samedi 13 avril 2019

Charlotte Perriand du pauvre

Qu'est-ce qui fait la beauté d'une image ?
Comment, dans la masse des cartes postales produites de Superdevoluy, être certain que celle-ci ou celle-là est bien plus belle qu'une autre ? Comment faire pour que la main hésitante du touriste devant le tourniquet du marchand de cartes postales saisisse cette vue-là ?
Est-ce finalement la même raison qui produit la décision de l'acheter, 45 ans plus tard, sur un vide-grenier ?
Voilà :






































D'une belle hauteur, le photographe (anonyme) des éditions La Cigogne cadre la grande courbe de la façade de l'immeuble, la laissant fuir au loin et emmener l'œil vers l'ouverture d'un paysage enneigé au ciel bleu réduit à peu de chose mais présent tout de même. Il faut affirmer les vacances, le ski, les sports d'hiver. Au premier plan, la terrasse colorée de son mobilier vient contredire le froid de la neige par un soleil tombant franchement presque à midi si on en croit les ombres peu portées. On aime de suite les points colorés des gros sièges, sorte de poufs de béton qui répondent au dessin sur le sol de grands cercles colorés ponctuant et animant cette terrasse.
Sofia ne dit rien à Sophie de l'architecture, elle ne parle que de la neige absente en bas des pistes. Est-ce pour cela que finalement, elle a choisi une carte postale mettant surtout en avant la construction ?


Le photographe des éditions Cellard, lui, tente d'associer mieux et davantage neige et architecture. Il offre au touriste l'occasion de montrer la grille de la façade et, dans l'indistinction des logements pris dans les horizontales des balcons filants, de tout de même pouvoir se situer.
C'est ce que fait ce père qui écrit à ses enfants et là, ils nous fait une surprise, il raconte :
"Comme vous pouvez le constater avec la croix sur la photo nous ne sommes pas tout seul(s). Quand on se croise dans les couloirs on se croirait dans le métro- c'est pas triste du tout. À part ça nous avons une vue sur les pistes, on ne peut pas tout avoir mais c'est vraiment superbe. Je passe ma vie sur le balcon à regarder les skieurs descendant."
Comment mieux dire l'architecture de Henry Bernard ? Tout y passe, l'effet de collectivisation de l'espace, le partage des lieux, le sens du regard, l'architecture comme machine à voir, le plaisir du partage d'un moment. J'aime aussi le sentiment de classe dans on ne peut pas tout avoir, autrement dit nous avons déjà le droit de venir, de voir, de jouir, on ne se plaindra pas de le faire avec les autres... Magnifique.
La croix au stylo-bille n'abime pas l'image et le collectionneur de cartes postales ne doit pas s'en plaindre. C'est le signe de la présence, l'accord parfait entre être, voir, se souvenir, se situer dans l'espace et le temps.
Étant donné le nombre de logements, étant donné le mode d'usage de cet immeuble de Superdevoluy, on peut être certain qu'il doit exister des centaines de cartes postales de ce modèle précis avec des croix au stylo-bille se déplaçant sur la façade au gré des visiteurs, chacun s'y situant. Magie de l'édition. Il nous faudra collectionner ce déplacement des situations...



Pour cette carte postale du même immeuble, Grégoire à l'écriture enfantine, n'ose pas faire la croix sur son logement, il préfère jouer avec nous à la bataille navale, nous indiquant comment le trouver :
"Nous habitons le cinquième étage en partant du balcon au-dessus de l'insigne : superdevoluy et à la troisième fenêtre(s) en partant de la droite."
On est touché par ce désir d'un enfant de faire savoir sa situation, de prendre autant de place dans l'écriture de sa carte pour le faire alors qu'un signe sur la photographie aurait suffi. Sans doute est-ce là cette retenue enfantine de ne pas vouloir abîmer l'image, de lui accorder une valeur plus grande, la nécessaire virginité de son interprétation.
Grégoire aurait pu préférer cette vision globale :


L'avion des éditions Cellard survole la construction qui soudain semble bien plus petite face aux montagnes. Le bâtiment se courbe moins aussi, semble plus tranquille mais aussi abandonné au milieu de son site, ne tentant en rien ni de jouer avec ni de trop contraster. Seul le bois sur la façade semble vouloir raconter une architecture de montagne comme si un HLM couvert de bardeaux pouvait passer pour un chalet collectif. Et nous aimons cette radicalité, cette faiblesse, ce désir de faire croire et de contenter le vacancier arrivant de son immeuble pour vivre dans un autre.
On ne peut pas tout avoir.
Mais la neige n'est pas là, c'est sans doute l'occasion rêvée pour faire décoller l'avion. Peut-on aimer et envoyer une carte postale de la montagne sans avoir le désir de la neige sur l'image ? Balancement évident des pratiques du lieu : vacances d'hiver, vacances d'été.
Du coup on devine d'où le photographe a pris son cliché pour faire une vue du dessus de la terrasse sur la carte précédente.
En 1981, Superdevoluy s'est agrandi :


La carte postale des éditions des Alpes nous montre en effet la nouvelle construction sur la gauche. Le photographe a pris ses skis, il a suivi les traces et, installant la construction dans le paysage qui justifie sa présence, il le cadre, cadre son usage et l'objet architectural dans le même moment. Image parfaite, attendue, réalisant le programme d'une carte postale. On aimera qu'il ait cadré les trois silhouettes rouges pour ponctuer le blanc, dressant des verticales vivantes et mouvantes contre les verticales des arbres, nous permettant d'entrer avec lui dans ce paysage, nous en redonnant l'échelle.
Isabelle d'ailleurs ne s'y trompe pas et indique : " Pensons bien à vous devant notre vue."
Magnifique allitération en V et magnifique indication de ce qui compte ici : voir.
Voir est la chance de ce moment, c'est à dire être présent à sa chance, le contemplateur passe devant l'utilisateur du paysage. On aime aussi avec si peu de mots comment Isabelle fait jouer le Vous et le Nous, ceux qui y sont, ceux qui voient, ceux qui pensent aux absents.
Et puis savoir habiter :


Avec ce genre de programme architectural ou le client n'achète pas vraiment un lieu mais du temps disponible pour en profiter, on se doute que les coûts de production doivent être tirés vers le minimum. Le luxe c'est ici de profiter de la montagne, pas tellement d'un mobilier ou d'accessoires par trop luxueux. Ça tombe bien, la période est au pragmatisme d'un design ayant retenu l'essentiel du fonctionnalisme dont il trouvera l'excuse de son économie dans un japonisme joyeux et pauvre de bon aloi. Charlotte Perriand fait école ici, et même si ce n'est pas elle qui dessine, on reconnaît ainsi ce goût pour des aménagements raides et bien pensés ou la mobilité et l'efficacité solide du bois massif traité en volumes simples donneront le sentiment d'un espace chaleureux, ludique et donc aussi économique...
On aime les assises résumées à de gros cubes, les lits glissant l'un vers l'autre pour former selon les besoins des couchages individuels ou commun, le paravent faisant une cloison minimale entre le coucher et l'hygiène. Le photographe de cette carte postale Chapel saisit-il un vrai moment d'intimité joyeux ou met-il en scène les joies du partage de cet espace économique ? On trouve tout de même que tout est bien trop à sa place comme pour en expliquer l'utilité ou la pseudo-générosité conviviale du lieu. La cruche agrémentée d'une branche suffit à faire rêver à un Ikebana de circonstance...
C'est mignon cette attention.
Le cliché de cette famille fut pris par Photopress. On se demande ce que cette famille est devenue.
Walid Riplet, J-J Lestrade.



Vous trouverez ici une fiche bien renseignée, merci :
http://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Provence-Alpes-Cote-d-Azur/Politique-et-actions-culturelles/Architecture-contemporaine-remarquable/Le-label/Les-edifices-labellises/Label-Architecture-contemporaine-remarquable-Hautes-Alpes/Devoluy-Le-Station-de-Superdevoluy

lundi 1 avril 2019

Jocelyne Lestrade pose dans la cabine

Parfois, faut le dire, fouiller c'est utile.
Dans le classeur gris au-dessus des plans, il y a tout un tas de trucs inutiles pour nous pour mieux comprendre l'Agence Lestrade et on a tendance, un peu vite, à croire que rien d'intéressant ne se trouvera dans de tels classeurs bourrés de factures ou de notes de restaurant même si celles-ci permettent de mettre des dates sur des voyages et des déplacements.
Mais là, on trouve deux photographies perforées pour rentrer dans ce classeur et c'est assez exceptionnel pour deux raisons : l'objet et la personne qui s'y trouve.



L'objet c'est l'exceptionnelle cabine hôtelière de Ionel Schein, véritable précurseur de l'architecture mobile en plastique moulé. L'unité de l'objet est toute resserrée sur ses fonctions comme emballées dans une grosse carrosserie rappelant à la fois les caravanes ou les cabines de chantiers. On est surpris d'abord par le très beau dessin tout en courbes qui se referme bien sur lui-même comme gonflé, tendu depuis l'intérieur. La volumétrie est particulièrement soignée offrant depuis l'extérieur une lecture assez claire de son intérieur, la partie salle de bain venant en saillie protégeant et signalant l'entrée. On note la trichromie de la cabine qui par une teinte sur la partie touchant le sol, en allège aussi la masse et rend certainement dans l'esprit de Ionel Schein un esprit joyeux et ludique. On note aussi comment les percées et la lumière sont travaillées laissant l'intimité bien protégée.
On trouve facilement sur le site du FRAC Centre de très beaux documents sur ce projet :
http://www.frac-centre.fr/collection/collection-art-architecture/index-des-auteurs/auteurs/projets/inventaire-detaille-90.html?authID=171&ensembleID=558&page=1&sortby=dateCreation&dir=1

On remarque aussi que l'objet est présenté de deux manières différentes, l'une en entier et l'autre sous forme d'éclaté permettant au public de juger de l'aménagement intérieur sans avoir à y rentrer. Cette manière (celle des salons de l'automobile) permet aussi de laisser croire à un espace bien moins oppressant qu'il ne pouvait le paraître réellement car cette ouverture ne correspond absolument pas à la volumétrie intérieure... On note que des étiquettes viennent raconter encore les particularités de l'espace qui se veut modulable et pratique.
























Cette philosophie du minimum donnant le maximum par le jeu des rangements, des charnières, des mobilités est représentative d'un design ou tout est intégré refusant de fait l'ajout de mobilier, tout étant taillé dans le bloc pour économiser l'espace et la matière mais aussi les gestes et l'entretien. Une forme radicale du fonctionnalisme que la Modernité a chantée jusqu'à la caricature somptueuse et drôle d'une Madame Arpel dans sa cuisine.
Ici Madame Arpel c'est Madame Lestrade qui sert donc de cobaye pour montrer les possibilités de cette cabine hôtelière datée sur le document au stylo-bille du 8 novembre 1956 !
















C'est Jean-Jean qui a reconnu son arrière-grand-mère avec confirmation de son oncle Gilles et de son père Alvar. Mais pourquoi est-elle là ? Par amitié avec Ionel Schein ? Par hasard, s'amusant avec Jean-Michel Lestrade à poser lors d'une visite au salon de l'équipement hôtelier ? C'est sans doute la vraie raison ! Jocelyne Lestrade n'avait pas l'habitude d'intervenir dans les affaires de l'architecture de son mari sauf pour préparer des repas mémorables pour les équipes à la fin des chantiers ou les soirs tardifs de charrette. Tout le monde se souvient de ses soupes à l'oignon servies à deux heures du matin ! Il est certain que, même bien aménagée et pensée, cette cabine hôtelière de Ionel Schein ne lui aurait pas permis de faire ainsi de la cuisine pour toute une équipe !
Cela reste pour notre famille un excellent souvenir (et une sacrée surprise !), preuve aussi qu'elle savait s'amuser et un excellent document pour l'histoire de l'architecture mobile et en plastique.
David nous signale la similitude de cette cabine hôtelière avec celle de Jacques Carchon et Jean Fournier présente à Piacé :
https://www.piaceleradieux.com/oeuvres/capsule-plastique-edf/
Walid Riplet, J-J Lestrade.
ces documents étant familiaux, ils n'ont pas vocation à être copiés sans autorisation de la famille Lestrade. Nous remercions Dominique Magdelaine pour son aide.

samedi 16 mars 2019

Corbu nippon ni mauvais




On s'excuse...
On n'a pas résisté...
Sur une carte postale faite uniquement de deux vues découpées se frottent deux architectures bien différentes. L'une concerne le sport avec un gymnase, l'autre un musée de l'Art Oriental. Comme nous ne parlons pas japonais, il nous est difficile de dire ce que le verso de l'image ajoute comme commentaire à ces deux photographies.
Rapidement nous nous étonnons de notre chance de trouver cette carte postale nous permettant d'évoquer l'une des belles architectures de Le Corbusier, son beau Musée de Tokyo !
Certes l'image n'est pas flatteuse, ni même très généreuse car elle fait de l'architecture un décor au penseur de Rodin mais nous ne pouvons que nous réjouir de trouver ainsi une représentation de cette architecture en carte postale.
Nous sommes descendus aux archives après avoir consulté Archirès et nous avons trouvé un somptueux numéro de L'architecture d'Aujourd'hui de 1961avec un article sur ce Musée. Nous ne pourrions mieux faire que vous le partager, nous rappelons que les photographies sont de Lucien Hervé himself, Lucien Hervé qui produit aussi dans ce même numéro un bel article sur le Japon.
Par contre, nous n'avons rien trouvé sur ce Gymnasium qui a la chance de côtoyer sur cette carte postale le musée de Le Corbusier...

D'abord l'article :














































































Le texte très juste de Lucien Hervé (extraits) :










































samedi 9 mars 2019

Le fameux bleu Gagès



-... oui ? Ah ? j'ai mis du temps pour identifier l'importance de cette carte postale. Tu sais, Walid, ça arrive. On sent un truc quand on regarde vite les cartes dans les boîtes à chaussures sur les vide-greniers, une minuscule sensation qui fait que tu achètes ou pas la carte. Des indices. Et puis, la carte, elle reste sur un tas à la maison. T'as vu ça quand t'es venu. Et puis, tu sais pas pourquoi, un jour tu la regardes à nouveau, tu rentres dans l'image. Tu cherches un peu, parfois mollement, et tu te promets de faire un article sur cette architecture, sur cette carte postale. Là, ouais, c'est vrai, j'avais pas pensé à René Gagès, j'avoue... Mais au-delà du nom du ou des architectes, tu vois, ce qui me plaît c'est comment le bleu se répand dans l'image.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ba, regarde, Walid, la tache de la belle piscine bleue et tout ce monde autour et puis vois-tu partout tous les points bleus faits par les maillots de bain, les sacs, les serviettes de bain, c'est curieux non ?
- Y'a ça aussi !
- Oui ! J'adore quand les gens entourent ainsi leurs fenêtres ! 
- Par contre, pas de commentaire sur l'architecture !
- Non... ? Ah... c'est souvent comme ça... Mais regarde bien Walid, tu vois pas ? Tu vois pas que les baigneurs ont la tête tournée vers le photographe ? Regarde, c'est marrant ! Même ceux qui sont loin regardent le photographe comme s'il avait appelé les gens !
- Ouais ! Génial ! Pourtant il a l'air un peu loin...
-... et un peu haut aussi !
- ... Alors ? t'as trouvé René Gagès comme architecte ? Super ! Je l'adore, voilà un grand monsieur... Il a fait travailler Lestrade.
-... ouais avec Gabriel Roche, et la gare de Lyon, purée, une tuerie ! Tiens, regarde, on trouve un excellent article ici pour les infos :
http://www.atelierthierryroche.fr/fr/labo/montessuy-a-50-ans-comment-leurs-architectes-de-peres-ont-cree-le-quartier_d211.html
-... je suis tellement content qu'on fasse ça ensemble. 
-... ouais....
-........
-... Euh... Vous voulez un thé les gars ? Vous avez l'air perdus...
- Oui, Merci, Jean-Jean, comme d'hab...
- Oui, lait et sucre, David, on sait.

Pour revoir quelques articles sur René Gagès :
https://archipostcard.blogspot.com/2008/05/merci-madame-gags.html
https://archipostcard.blogspot.com/2011/02/rene-gages-berlin.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/02/gages-et-prouve-font-lusine.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/03/paysage-avec-cubes.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/bron-bron-bron-faisait-lavion.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/12/lamour-12h58.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/premiers-pas-sur-un-chef-duvre.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/01/tout-est-sa-place.html













mardi 5 mars 2019

Les Halles ? C'est vachement bien raté comme d'habitude.

Un mot rapide pour vous dire que, hier, nous avons eu la grande joie d'entendre sur France Culture la belle analyse de Françoise Fromonot sur l'aventure des Halles à Paris.
Le moins que l'on puise dire c'est que, justement, elle dit les choses...
Il est toujours heureux d'entendre des personnalités qui travaillent avec ardeur nous faire partager généreusement leur travail sans donner de leçon, en étant au plus près de leur sujet, avec cette distance de l'observatrice amusée et aussi parfois interloquée des mœurs politico-financières, souvent trop loin, bien trop loin d'une politique participative et citoyenne.
Les Halles c'est un ratage à tous les étages : l'architecture, l'urbanisme, le social.
On passera sur l'habituelle démagogie qui récupère tout, même la liberté de la rue qui venait là.
À écouter d'urgence :

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/lurbanisme-est-il-un-sport-de-combat

Pour lire Madame Fromonot :
la Comédie des Halles. Intrigue, mise en scène.
La Fabrique, éditeur, 2019.
 Comme David nous a déjà beaucoup parlé des Halles de Paris, voici deux nouvelles cartes postales sans trop de commentaires :





































La première est une édition Chantal qui nous montre le Forum des Halles et la perspective sur Saint Eustache. On notera avec joie que l'éditeur nomme les architectes messieurs Vasconi et Pencreac'h. Mais un détail nous chiffonne. Quelle est donc cette construction faite d'éléments préfabriqués qui fait le raccord entre le Forum et l'église ? Il s'agit d'une construction éphémère mais dans quel but  ? Difficile de lire ce qui est inscrit sur sa façade... Le photographe a fait une image très serrée pour effectuer sans doute le collage judicieux de ce qui était alors la construction "moderne" et l'ancien Paris. On note que le photographe est très près du bord du trou.
Autre point de vue :


Toujours chez l'éditeur Chantal, cette fois le photographe cadre bien le trou du Forum des Halles et les galeries marchandes disparues aujourd'hui. Le soleil donne à tout cela un air joyeux que le jaune de la toile tendue de l'entrée éphémère du Métro souligne encore. Le Vieux Paris a bien du mal à faire une petite crête sur le haut des galeries. Pour notre part, nous aimons le caractère très minéral de l'ensemble et, sans succès nous nous amusons à croire que nous pourrions dans le reflet en face trouver le photographe piégé en train de cadrer. Le point rouge du vêtement nous fait penser à John Hinde.

David nous a montré il y a peu sa collection de vues stéréoscopiques qu'il avait effectuées avant la démolition, pour nous qui n'avons pas vraiment connu cet espace, c'est comme y être...
Merci.
Walid Riplet, J-J Lestrade

Pour voir ou revoir quelques articles sur les Halles :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/04/un-forum-ou-des-halles-pour-la.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/01/chose-perdue.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/fabio-rieti-lhomme-qui-marchait-sur-les.html 
https://archipostcard.blogspot.com/2010/07/lettre-de-monsieur-pencreach-au-maire.html
https://archipostcard.blogspot.com/2011/12/le-trou-desdedans-la-memoire.html
https://archipostcard.blogspot.com/2008/09/faire-le-plein-par-le-trou.html



lundi 25 février 2019

Je Bandol Dubuisson


Pardon...
Un intérieur cosy, un peu moche, surtout dans le choix du mobilier n'ayant pas su avoir la radicalité moderniste ou la simplicité du confort. Il se la pète un peu ce mobilier, voulant jouer à plus jeune qu'il n'est vraiment. Pourtant ça ne manque pas de clarté, murs blancs, mobilier clair. Mais, dans la teinte marronnasse des sièges, dans la mollesse de la moleskine, quelque chose d'un EHPAD ou d'une clinique privée, quelque chose de peu vivant, de déjà mort. Je reconnais immédiatement sur le mur une reproduction des chevaux rouges de Franz Marc et la netteté de la tasse de thé vide me dit que personne ne vit vraiment là. Nous sommes à Bandol, dans la Résidence "Le Bosquet" dans l'un des studios photographiés par les éditions Aris. Au stylo-bille une main anonyme a écrit Juin 83 sans autre précision. On devine que le studio laisse les couchages derrière un meuble bas ne séparant pas la pièce. C'est lumineux, comme on dit.
Alors donnons-nous rendez-vous là :

Les glaïeuls font le spectacle, petit feu d'artifice de couleur jeté au milieu du salon de la Résidence. Les gros fauteuils un rien mémère anglaise sont disposés pour une conversation sur le temps qu'il fera demain. Personne... pourtant quelqu'un a allumé la petite lampe. Une bibliothèque remplie de livres achetés au mètre, quelques bibelots censés rappeler le Sud, le santon, la cruche, terminent la décoration de ce lieu de convivialité collective. Pourtant un seul élément de mobilier donne soudain à ce salon une nécessaire attention et une curiosité, c'est la table basse en bois et son plateau en céramique....
Roger Capron ?
Bingo !


On la retrouve sur ce site de Brocante !
Courrez vite à Bandol la récupérer !
Au fond de l'image, quelques imitations de mobiliers modernistes à pied tulipe, sans doute aussi à récupérer !
Il fait beau, allons en terrasse :


Que la vue est belle !
Ne jamais oublier cela, l'architecture se regarde aussi du dedans vers le dehors. Admirons les magnifiques poutres de liaisons blanches venant cadrer le paysage, affirmer une géométrie dans le ciel. L'architecte de cette Résidence "Les Bosquets" a certainement tout fait (et bien fait) pour servir cette vue, ce paysage. Il a donné aux résidents l'espace infini d'un horizon lointain, cela permet certainement d'oublier le mobilier.
Et, finalement, le séjour, là, suspendu dans le ciel, sur une terrasse proprette doit être bien agréable.
Une femme écrit au dos de cette carte postale dont la photographie est de Mr Guinet que "chaque studio est séparé, l'entrée est sur la rue, il y a un escalier qui arrive sur la terrasse et le studio. Je suis complètement seule."
Nous n'arrivons pas à savoir si cette solitude est négative ou positive, nous essayons avec Jean de lire tour à tour ce texte avec des tonalités différentes pour comprendre...
Prenons le chemin, descendons :


C'est beau non ?  Ces bandeaux qui s'étirent en courbe ?
On devine bien les petits volumes cubiques reliés entre eux par ce travail de filtre que forment les poutres affirmant avec force la courbure de la construction et, en quelque sorte la dessinant à elles seules. On devine aussi un travail sur une intimité de chacun, chaque cube étant isolé de l'autre par des murs profonds. On voit l'escalier évoqué plus haut par la correspondante. Le jardin est tout neuf, espérons qu'il n'a pas trop bouché la lumière et la vue en grandissant.
Mais voilà, pas de nom d'architecte sur ces cartes postales nous montrant pourtant un très bel ensemble, bien construit, donnant au paysage sa chance et aux résidents à la fois l'intimité et la rencontre.
Il est aisé de savoir qui est venu là, en un seul clic vous trouverez la très belle fiche rédigée par Pascale Bartoli (merci !)  pour  la DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur qui vous donnera Jean Dubuisson comme architecte... Oui, rien moins que l'un des plus grands...
Lisez l'histoire :
http://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Provence-Alpes-Cote-d-Azur/Politique-et-actions-culturelles/Architecture-contemporaine-remarquable/Le-label/Les-edifices-labellises/Label-Architecture-contemporaine-remarquable-Var/Bandol/Bandol-Residence-Les-Katikias-et-residence-hoteliere-Le-Bosquet

Mais à Bandol, Jean Dubuisson n'a pas construit que "Les Bosquets", il a même un peu avant, comme nous le raconte Pascale Bartoli, construit l'ensemble "Athena", incroyable barre de logements venant mourir dans le rocher, comme un coin dans une buche. Comment peut-on faire plus radical comme geste, plus serein, plus violent aussi ! Quelle beauté contextuelle ! Quelle intelligence de ce que l'architecture se doit au paysage ! Et Paf ! La barre rentrera dans la géologie ! Paf !
Regardez ! Une édition Aris expédiée en 1979 :



Qu'il doit être curieux d'ouvrir sa fenêtre directement contre la pente du terrain ! La radicalité des Modernes c'est bien celle-là, l'expression, non pas d'un dédain pour le paysage mais la construction assumée d'un nouveau, accordant à la nature et au bâti une correspondance de force, d'action, d'ombre et de lumière.
Qui mieux que le grand Jean Dubuisson pour nous offrir cette radicalité. Là, à Bandol, par deux fois, il signe d'un geste architectural son sens du paysage, de la vue. Là suivant les courbes naturelles du terrain ou ici enfonçant avec force sa barre dans cet autre terrain. La géométrie c'est aussi cela, fabriquer des récifs de béton pour la vue et la joie, la Modernité c'est donner au plus grand nombre la chance de ce contact avec ce qu'aujourd'hui on appelle les éléments. 
Merci Monsieur Dubuisson. Merci.
Et rêvons, rêvons que la Ville de Bandol déclare son attachement à cet exceptionnel héritage, que la Ville de Bandol fasse de ces ensembles son Patrimoine, et que, rapidement, une protection leur soit accordée.
Walid Riplet, J-J Lestrade (surtout Walid en fait..., Oh l'autre ! Non mais je le crois pas... si, si...)

Pour voir ou revoir des articles sur Jean Dubuisson :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/04/dubuisson-bicyclette.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/03/dubuisson-sur-la-crete.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/dubuisson-uckange-grille-chatoyante.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/04/le-surmale-dubuisson.html




























Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !

Nous avons oublié deux cartes postales de ce programme ! Merci David pour ce rappel !
Sur la première, on nous donne à voir un "studio" dont on devine la petitesse car le lit, la table de salon et ses chaises et le coin repas sont réunis ensemble derrière l'immense baie vitrée. Le choix de la couleur corail orangé nous fait penser au Japon tout comme le dessin des petits fauteuils à la structure noire mat. On aime que l'ensemblier ou la décoratrice ait su faire de ce petit espace un lieu complet et chaleureux, les rideaux sont assortis aux coussins ! Sur la terrasse, la poutre vient bien là aussi dessiner le paysage et la vue, visibles pourtant encore depuis cet intérieur.
La seconde nous montre un espace bien plus grand et plus clair puisque le blanc est dominant dans cette carte postale. On note un gros bloc de service au fond de l'image faisant cuisine et placard. Difficile de savoir ce qui se passe derrière la porte, entrée ou salle d'eau ? La lumière est partout et nous aimons les petits objets au dessin bien marqué qui nous font penser immanquablement au Design italien mais aussi à Morandi. Sur la table basse, David nous signale que le livre est celui des recettes pour la cocotte-minute Seb !
C'est bien entendu un appartement-témoin. Les deux cartes postales sont photographiées pour les éditions Aris par C. Guinet. Qu'il (ou elle) nous écrive !
W.Riplet