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dimanche 10 novembre 2024

Alger, des vues indépendantes

 Hier matin, dans la boite à chaussures d'un vendeur que je vois régulièrement, je me décide pour une série de cartes postales du Japon et d'Algérie. Nous avons déjà évoqué ici un certain point de vue sur l'Algérie, je vous laisse le lire ou le relire.



La carte postale que je fus alors le plus heureux de retrouver fut celle, bien entendu, de l'Aéro-Habitat puisque, vous le savez, j'ai fait une demande d'inscription au Label Architecture Remarquable pour des logements ici dans ma ville, logements dessinés par le même architecte : Louis Miquel.
Ne dirait-on pas, si on regarde vite, la façade d'une Cité Radieuse ? 
La carte postale est une édition Jomone (où sont vos archives ?) qui ne nomme ni le photographe ni l'architecte.



Je trouve à nouveau cette belle carte postale de la Cathédrale d'Alger et j'aime bien retrouver mes icônes. Comment résister ? Ici une belle édition Jefal non datée, sans le nom des architectes : Herbé et Le Couteur que nous connaissons bien au Mans.



Mais voici une carte moins commune nous montrant la Cité universitaire d'Alger (Ben-Aknoun). On y voit un pavillon pour Jeunes Filles et cette fois le nom d l'architecte est bien indiqué : François Bienvenu.
Et elle est bien belle cette petite barre qui se courbe ! Le dessin évoque un peu l'architecture des maisons de repos ou des stations thermales. L'écriture est résolument moderne, on sent un peu un Art Déco finissant et on comprend que François Bienvenu a voulu offrir à chaque chambre un balcon qui fait office de coursives (?) et une orientation identique pour tout le monde. Magnifique petite construction et découverte !
Vous trouverez sur site un grand plein d'informations d'époque sur cette Cité universitaire :



Pour finir, un vrai monstre.
Cette carte postale Jefal nous montre l'Hôtel Aurassi qui est un archétype d'une architecture internationale. Il s'agit d'une icône de l'architecte au modernisme baroque : Luigi Moretti !
On pourrait être au bord de la Mer Noire, au Brésil...mais on est bien en Algérie. Ce qui est beau et impressionnant c'est bien l'articulation des deux blocs l'un sur l'autre et cette rampe qui amène les autos dans le parking. Quelle grosse machine autoritaire, brutale, franche ! J'adore ! Comme souvent avec ce genre de monstre il est difficile d'en rendre compte en photographie car il faut, pour l'appréhender en entier, se...reculer et donc ne pas très bien permettre d'en lire les détails. J'aurai bien aimé trouver d'autres points de vue et aussi des vues de l'intérieur...Pour une autre fois ?





mardi 16 février 2016

Herbé, Alger, élevé

Prise comme au coin de la rue, en noir et blanc mais profondément coloriée, surtout pour son ciel devenu un aplat bleu, la carte postale Jomone d'Alger nous laisse voir la superbe Cathédrale (ou Basilique) d'Alger, œuvre majeure de Paul Herbé, Jean Le Couteur et de l'ingénieur Sarger.



Œuvre majeure pourquoi ? Sans doute parce que peu de constructions semblent tenir ainsi la promesse d'une technicité poussée à son comble, celle des voiles en béton et d'un élan vers le ciel lui donnant symboliquement sa place et un lyrisme puissant. De plus la Basilique d'Alger revendique fièrement cet héritage et même en fait son centre, en laissant apparent en grande partie son béton brut de décoffrage comme savent le faire les constructions dont l'ingénierie n'est pas une coquetterie mais un sens absolu à leur fonction : ici un art sacré ambitieux, joyeux et élancé.




On notera que la carte postale ne nomme pas les architectes mais nomme Alger El-Djezair. On notera également que le correspondant ne fait aucun commentaire sur son choix pour cette architecture si particulière.
Vous me direz que la carte postale ne donne pas grand-chose à voir hormis l'immense cône qui s'élève dans le ciel. Alors, pour m'excuser, je vais vous faire plaisir avec des extraits d'un très bel ouvrage consacré à Paul Herbé et qui ne porte que ce nom comme titre car entièrement consacré aux réalisations de ce dernier. L'ouvrage fut publié en 1965 par l'atelier Herbé-Le Couteur et par l'atelier Pierre Faucheux qui est aussi crédité avec Denis Sloan pour la mise en page. De la belle ouvrage donc !
Et vous verrez que l'iconographie va vous laisser pantois devant les images de cette basilique d'Alger en construction ! Attention les mirettes, ça décoffre grave et brutal !
On regrettera qu'aucune des superbes images ne soit créditée... C'est d'ailleurs une superbe photographie d'un coffrage de la basilique qui orne la couverture.
Je profite de parler de Paul Herbé pour dire aussi que la somptueuse barre Le Couteur au Mans, au bord de la Sarthe est maintenant promise à une funeste réhabilitation qui laisse peu d'espoir sur le respect de ses qualités graphiques et architecturales. Venez vite la voir avant le sacrifice de ce bel édifice qui va perdre l'essentiel de ce qui le fonde. Vive les économies d'énergie et les réhabilitations ! Adieu Patrimoine Moderne...






















mardi 7 octobre 2014

Vue imprenable



Ce genre de cartes postales est rare. Je veux dire ce genre de point de vue.
Nous pourrions quasiment toutes les semaines présenter des cartes postales de Marina Baie des Anges à Villeneuve-Loubet, néanmoins il est difficile de regarder le monde depuis l'architecture au lieu de regarder l'architecture.
En effet, c'est une position de l'image qui est toujours à opposer à celle convenue de l'architecture regardée. Il en va ainsi pour les résidences luxueuses s'étalant sur la plage comme des immeubles de logements sociaux en banlieue. Pourtant, si parfois nous pouvions voir le paysage donné par ces immeubles, nous serions sans doute moins durs et rapides à les juger.
Véritables machines à voir, les tours, les barres décriées ont parfois depuis l'habitat des qualités d'ouverture, sont des promontoires sur le monde, des viseurs superbes.
La vue depuis la fenêtre vaut bien la vue du piéton au sol soit-disant perdu dans les vues perspectives autoritaires. Et comme l'imbécile qui regarde le doigt au lieu de regarder la lune, il y a ceux qui croient que voir d'en haut c'est voir avec violence, c'est forcément dominer, c'est forcément autoritaire.
Mais voilà, on aime tous monter dans les étages, ouvrir une fenêtre et, sans vis-à-vis, voir le monde. Mon collègue Didier Cornille qui habite en hauteur me fit un jour cette réflexion que, du haut de son habitat parisien, il pouvait embrasser deux millions de personnes. Il est gourmand et je ne le crois pas épouvantable dictateur ! N'est-ce pas Didier ?
Je me souviens des Oh! et des Ah! des étudiants récalcitrants au Hard French de la belle barre Le Couteur au Mans lorsqu'enfin, depuis ses fenêtres nous pouvions admirer la Sarthe et le paysage dégagé.
Cette perception est pourtant rare en carte postale alors même qu'elle est celle qui justifie parfois, comme ici au bord de mer, le type de construction et l'étalement des balcons, l'emmarchement des gradins. Faire voir le monde à l'horizon infini. On est certain que lors de la visite de l'appartement à Marina Baie des Anges, la première qualité vantée et vendue est bien "la vue".
Pourquoi donc si peu la représenter ?
Ouvrir la fenêtre c'est toujours avoir fait usage de l'architecture. Le photographe des éditions Combier venu là, dans cet appartement a dû garer sa voiture (comment ?) trouver l'entrée (comment est-elle signalée ?) pénétrer dans le bâtiment (comment le corps perçoit ce passage ?) monter dans les étages (de quoi est faite cette promenade ?) passer du domaine commun au domaine privé (comment cela est ressenti ?) arpenter l'appartement vers la lumière (comment est-elle distribuée ?) puis enfin revoir le monde. Tout cela constitue une expérience de l'architecture qui étrangement, au moment même où elle se constitue aboutit à ce que l'on mette l'architecture dans son dos pour ne garder d'elle que cette vue imprenable. Elle se nie au moment même où elle se justifie.
Alors on ne saura jamais sans doute comment le photographe de cette carte postale a choisi son point de vue, quelle familiarité il avait avec les propriétaires de cet appartement, quelle fut la discussion au moment de cette prise de vue. Mais, une fois encore, l'air de rien, l'air du large, la carte postale nous démontre bien qu'elle peut dans la manière où elle nous raconte une image nous raconter aussi l'architecture.

Merci à Laurent Patart pour cette donation.
La carte postale est donc une édition Combier, sans nom de photographe, mais qui nomme l'architecte Minangoy mais pas Michel Marot. La carte fut expédiée en 1978.





mercredi 11 juin 2014

Point de vue pylône


Peut-on depuis une image réellement fonder une analyse de lieu ?
Peut-on tenter ainsi de comprendre, aimer, rejeter un espace ?
Dans mes mains, une carte postale de Villeneuve-la-Garenne nous montrant la Cité "Terre et Famille".
On a le nom de celui qui regarde : Claude Lebegue. Chose extrêmement rare, en plus de ce nom de famille, est ajouté par l'éditeur Eurolux la mention suivante : le photographe de Villeneuve-la-Garenne.
LE photographe...
Est-ce là un photographe officiel de la ville ?
Nous sommes en hauteur, au troisième ou quatrième étage de la barre qui courbe à droite. Il faut donc imaginer que le photographe a demandé à ce qu'un habitant lui ouvre sa porte. Il s'est présenté, a dû donner la raison de sa visite, pris un café peut-être. Son habilitation officielle a dû lui faciliter cet accès, il a donc pu choisir parfaitement son point de vue, sa hauteur, son cadre et même son jour (lumière et heure).
Quel était l'objet de ce cadre ? Si on en croit le titre de la carte postale, il s'agissait de montrer les logements, or ce que vise Claude Lebegue c'est bien plus la vue et le vide entre ceux-ci. On pourrait dire que c'est comment les logements et l'architecture forment un vide, le dessinent. On appelle cela l'espace vert, le jardin, le parc selon l'échelle de grandeur de ce lieu, sa destinée, ses aménagements. Ici, il s'agit d'un parc si on on croit la taille et la présence massive, même si encore jeune, des arbres. Claude Lebegue laisse aussi l'ouverture entre les constructions au loin montrer la ligne haute-tension et former une perspective puissante comme pour une Tour Eiffel de la banlieue.



Mais finalement, on voit peu l'architecture. Je veux dire on n'en voit que la grille des façades raccourcies et resserrées sans bien en comprendre le dessin ni bien sûr le plan. On devine pourtant une rythmicité bien tempérée surtout pour la barre de gauche dont on comprend que le rez-de-chaussée est aveugle et dont les ouvertures sont verticales... Perret a gagné... Pas de pilotis... Corbu a perdu...



On devine aussi un plan qui permet aux deux barres de se voir sans être dans une proximité étouffante, l'une faisant écho à l'autre et dont l'objet de leur rassemblement est bien le parc qui est très dessiné offrant des alcôves derrière des petites haies. Nous sommes semble-t-il dans la barre la plus haute qui domine d'un étage ou deux celle de gauche. La tension entre les deux barres semble adoucie, tranquille. Il est bien question ici de fermer à la ville cet espace en lui offrant une forme intime comme prise entre les bras de l'architecture. Tout est silencieux toujours dans les images. On connaît le nom des architectes Herbé, Le Couteur et Appert. On les connaît bien.
Il s'agit d'une architecture sérieuse, bien conçue souvent dans son plan-masse, faisant de la préfabrication une esthétique de la grille dont la barre le Couteur au Mans est un chef-d'œuvre menacé.
Le photographe se met à la fenêtre, il tourne donc le dos à l'espace domestique pour projeter son corps au dehors. Il dit que l'architecture c'est ce que l'on voit depuis l'architecture. Il dit le jardin, la joie de vivre, l'œil qui observe. Il dit un espace mi-privé mi-public qui est délimité par deux murs habités. On ne sait rien de cette fenêtre, de sa détermination, de sa hauteur, de l'air, du soleil, de l'espace qui entrent là. On ne sait rien de sa promesse d'intimité, de son héritage moderniste. On ne sait rien de l'habiter. Claude Lebegue, le photographe de Villeneuve-la-Garennne ne donne à voir finalement que le vide puissant sur un ciel grand. Il dit que le dehors fonde sans doute le dedans et que le bonheur de vivre là doit venir de ce vide utile à tous.
Mais est-ce bien lui qui cadre ? N'est-ce pas plus certainement une forme de politique de l'image qui fait le travail d'un photographe officiel ? Pourquoi et pour qui est-il venu ici ? Que lui a-t-on dit de regarder et d'enregistrer ?
J'entends derrière lui l'habitante qui dit la belle vue sur le jardin, comment elle voit le petit dernier rentrer de l'école, comment aussi les cris des enfants rebondissants sur les parois obligent parfois à fermer la fenêtre mais "que voulez-vous, il faut bien que les enfants s'amusent..."



dimanche 7 juillet 2013

Hum ! Hard French on Radio On...

D'abord c'était un joyeux bordel !
Pas de câble, mon micro et celui des étudiants speakers pas branchés, Philippe Langlois qui court un peu partout, le fil de l'émission donné à Bertille qui lit en se chauffant la voix, Alice tente de saisir le conducteur de l'émission en clamant que c'est la première fois qu'elle fait ça, et Thibault en face de moi me regarde mi-amusé mi-interrogatif en se demandant pourquoi j'essaie de brancher le micro dans mon oreille.
Comme ça cela pourrait paraître peu sérieux... Et c'est vrai que le climat est à la rigolade certainement aussi dû à une fin d'année heureuse à l'école mais soudain, il suffit du claquement de doigt d'Arnaud pour que le silence tombe, le sérieux se fait communicatif et que, à ma surprise je découvre nos étudiants tenant l'antenne parfaitement. Ils m'impressionnent. il faut dire qu'ils sont à bonne école avec Philippe Langlois !
Bertille lance l'émission, sa voix est parfaite. Thibault lance l'interview et je m'entends raconter notre atelier autour de la barre Le Couteur, atelier organisé pour les étudiants de deuxième année design d'Espace de la Cité avec mes collègues Miguel Mazeri et Olivier Houix. Soudain tout est clair et je me surprends à beaucoup aimer ce moment particulier avec les étudiants.
Et Anastasia vient ensuite compléter par ses enregistrements la conquête de la Barre Le Couteur que nous avions découverte ici.
Si vous voulez découvrir l'antenne de Radio On, radio de l'école des Beaux-Arts du Mans et entendre votre serviteur c'est ici !
Vous découvrirez une radio faite par, pour les étudiants d'une école d'art.

http://radio-on.org/?q=node/18

http://radio-on.org/

Comme nous avons déjà vu cette barre, je vous propose un peu de Hard French inédit sur ce blog pour, en quelque sorte, replacer  un peu la barre de Le Couteur au Mans dans son environnement historique.



Cette vue d'avion sur la Duchère à Lyon nous la devons à J. Cellard l'éditeur.
On s'attardera bien évidemment sur les barres minces posées loin les unes des autres, se refusant pour une fois sans doute l'effet miroir de trop nombreuses cités similaires.
On regardera aussi comment les équipements sportifs semblent les seuls ici capables de dessiner un sol, un espace. Leur planéité est offerte aux regards des habitants qui doivent aussi en surveiller l'activation.
Seules les deux barres du fond semblent pouvoir profiter de la vue sur la vallée.



À Aubervilliers, au rond-point Casanova (sic !), la tour nous offre sa manière forte.
Elle trône comme une forme absolue, ne questionnant pas sa liaison au sol et jouant d'une manière ferme avec cette jonction.
On pourrait la croire capable d'infini vers le ciel mais aussi en s'enfonçant dans le sol, toujours égale, toujours identique sans autre variation que les ouvertures et fermetures des fenêtres.
Le photographe des éditions Lyna (contactez-moi !) met le soleil dans notre dos et laisse les ombres filer devant nous. La tour prend le soleil, impériale...
La carte fut expédiée en 1975 par une correspondante voulant gagner à un jeu-concours. Espérons qu'elle a gagné un voyage.



Dans un petit bassin d'eau bleuie de force par une peinture, les tours de la résidence "l'érable" se reflètent tranquillement. Dernier souffle du rêve de jardin à la française, les pelouses bien vertes ont sans doute été tracées à la règle avec une grande perfection. Il faut monter au dernier étage pour en profiter comme d'un désir, d'un rêve.
Pour le moment, cet agencement profite l'air de rien aux enfants qui doivent parfois eux, rêver de la baignade dans ce bassin. Les grandes sœurs veillent sur ce petit monde dont seuls les cris aigus montent le long de la façade.
Monsieur Ohnenwald l'architecte nommé ici par les éditions Combier a fait un travail honnête sans doute pris dans les règlements liés à ce genre si français.
La carte postale est neuve encore.
Espérons que cette résidence l'est aussi et qu'elle a su garder toutes ses qualités.
So hard, so french...

mercredi 22 mai 2013

Le Couteur à Alger

Parce qu'en ce moment, avec les étudiants de deuxième année Design du Mans, nous travaillons sur la barre "Le Couteur", je vous propose, (je leur propose...) de regarder une autre construction de cet architecte moderniste.
La Cathédrale d'Alger :



Cette très belle carte postale en couleur au ciel bleu comme il se doit nous vient donc d'Alger et nous propose un beau point de vue, très proche et resserré sur la Cathédrale dessinée par Jean Le Couteur et Paul Herbé. Depuis cette image, nous pouvons sans difficulté admirer le jeu subtil et complexe des courbes et contre-courbes de cet étonnant bâtiment qui est une ode au béton. La carte postale sans nom d'éditeur fut expédiée en 1974.
On trouve dans la revue Architecture d'Aujourd'hui n° 99 un article qui met en valeur cette construction sur quatre pages ! Je n'aurai donc rien à ajouter. Il faut dire que la complexité constructive est réelle et utile et que, au-delà d'une sorte de chef-d'œuvre technique, il s'agit bien d'une vraie sculpture habitée par une fonction. On notera la présence de René Sarger comme ingénieur.
Les photographies savent magnifier cette Cathédrale et celle du coffrage des piliers est digne d'une photographie de Rodtchenko !