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dimanche 13 mars 2022

Tournaire et Faye multi sourcés

Heureusement que notre école est abonnée à AMC car, sans cette revue et la mémoire de David, nous n'aurions pas pu bien comprendre ce que nous avions dans les mains.
Remercions donc Bénédicte Chaljub pour son article sur le duo d'architectes Tournaire et Faye pour lesquels nous avons trouvé dans les archives Lestrade les photographies d'un de leurs chantiers.
Les photos sont de grande taille et ne sont pas des photographies de Jean-Michel Lestrade. Il s'agit d'images de communication du chantier soit des architectes soit des constructeurs. On trouve au dos le nom des photographes : Gendre, photographe à Clermont-Ferrand pour le premier cliché et Fraissinier pour le second, toujours à Clermond-Ferrand.









Nous sommes donc devant le chantier de la Résidence Europe à Chamalières, magnifique ensemble ayant reçu le Label Architecture Remarquable, Label dont on sait qu'il ne sert pas à grand chose.
Comment ne pas tomber sous le charme de tels documents et bâtiment ? En bas de la première photographie, on aperçoit une affiche qui nous donne toutes les informations : noms des architectes, nom de la Résidence. Sur une petite pancarte, on voit même le nom de l'entreprise de menuiserie métallique Schaudel. Sur le Berlier, on peut lire que c'est l'entreprise Mazet qui est chargé des plâtres...Voilà pour la réunion de chantier.
Bien évidemment, cet immeuble est très représentatif du type de résidence moderne produite à l'époque avec sa forme en courbe, sa grille, l'adjonction de bâtiment satellite (une station-service et une pharmacie) et le jardin dégagé sur la parcelle pour accueillir les habitants. Pour l'instant... un terrain boueux !
La deuxième photographie permet de bien voir la résidence terminée et absolument superbe !
Les habitants se plaignaient-ils alors des émanations d'essence ?
Si ces documents sont dans les archives Lestrade c'est que, sans doute, Jean-Michel Lestrade a participé à l'élaboration du projet. C'est tout à fait possible en effet que le calcul des charges lui fut attribué. Mais nous n'avons aucune certitude.
En tout cas, dès que nous avons évoqué ce nom, David nous a dit qu'il devait avoir quelque chose en carte postale sur ce duo Tournaire et Faye et en effet :



Nous commençons donc par le plus simple car la carte postale indique directement le nom des architectes sur son image : Faye et Tournaire.
La carte nous montre un dessin d'un projet de réalisation, avenue de Royat à Chamalières comme la Résidence Europe ! La carte est une publication des éditions nivernaises qui ressemble fort à une édition promotionnelle. Impossible en effet de croire que ce genre de carte postale puisse avoir séjourné sur les tourniquets de maisons de la presse. Pourtant, au verso, aucune promotion n'est faite : pas de plan, pas de prix, aucun slogan publicitaire comme si l'image du projet se suffisait à elle-même. On notera que la carte fut expédiée en 1986 ce qui est, pour ce blog, relativement jeune !
Il serait assez facile depuis ce dessin de dire beaucoup de mal de l'écriture architecturale des Moulins de la Saigne... La réalité nous donne un peu raison même si l'ensemble semble s'articuler sur la création d'un îlot. En tout cas, la massivité est au rendez-vous bien plus que dans l'image promotionnelle, une massivité d'éléments en béton architectonique peu convaincants même si, bien entendu, il faudrait voir la distribution des plans pour en comprendre mieux les qualités éventuelles. On trouve facilement sur Google Map la Résidence des Moulins de la Saigne, d'ailleurs à quelques rues de la Résidence Europe.
-Doit y avoir un truc genre V.V.F ou centre de vacances...
Voilà comment David nous invite à chercher et nous trouvons dans ses classeurs deux cartes du même Centre de Vacances Tourisme et Travail au Sancy, toutes deux des éditions du Lys. Aucun nom d'architecte sur les cartes, nous demandons donc à David comment il les a identifiés :

- Ba, sais plus...J'ai dû appeler, sans doute, comme souvent...
- Et pour le chalet de l'école de ski à Sancy ?
-Pareil, à moins que je n'aie quelque part un livre sur les chalets modernes... Et allez voir dans le guide de Dominique Amouroux.






Dans le guide, nous trouvons bien l'incroyable et brutaliste église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Clermond-Ferrand mais pas les chalets ni les résidences.



En tout cas, nous retrouvons dans l'article de Bénédicte Chaljub, la publicité pour ce chalet et pas de doute d'identification possible, ce chalet est bien le modèle de Faye et Tournaire. David nous précise que l'éditeur Elcé est bien Châtagneau l'un des grands éditeurs de Royan. Il devait donc tourner dans toute la région Ouest.



Enfin, pour finir, mais là à l'envers, puisque c'est l'article dans AMC qui nous permettra de faire l'identification de ce C.C.A.S de Savines-Le-Lac perdu dans les classeurs Boring Postcard de David comme étant de Faye et Tournaire. David est alors ravi que cette carte quitte ce classeur anonyme pour celui des architectes, comme quoi il faut lire les revues et prendre son temps pour identifier des bâtiments. 
Nous vous proposons pour en savoir plus sur ce duo incroyable d'architectes de faire comme nous et de lire donc cet article qui leur est consacré. Nous n'avons pas l'habitude ici de paraphraser et d'emprunter le travail des chercheurs et critiques. Merci à eux. Bonne lecture à vous.
AMC N° 299, octobre 2021.
En tout cas, il est une fois de plus évident que la carte postale rend possible de suivre le travail d'architectes, de la promotion à la réalisation et que ces cartes postales agissent bien comme un inventaire presque exhaustif sans avoir à réclamer aucune école de photographie contemporaine ou atlas un peu vide.

Walid Riplet, Jean-Jean Lestrade et bien entendu, en bruit de fond, David Liaudet.

Merci aussi à notre école d'avoir un abonnement à AMC.
Merci de ne pas copier ces documents sans l'autorisation de la famille Lestrade.

Pour voir ou revoir les articles sur le Fonds de l'Agence Lestrade :
etc...
Et sur la famille Lestrade et son histoire :



mardi 1 décembre 2020

Les fers au cœur


Juillet 58

Monsieur Lestrade,

comme vous le voyez j'ai suivi vos conseils et je suis parti à Alger. Le centre de formation m'avait d'abord offert un poste de soutien technique à l'enseignement des structures et puis ils ont préféré me donner le cours de pratique du béton. Pas la peine de vous dire que je m'y sens mieux. Ici, il y a des types formidables et qui comprennent presque de manière intuitive les coffrages et les solutions rapides et efficaces. Vous aimeriez voir les planches voler d'un niveau à l'autre. Je garde bien votre leçon, celle de bien rentrer les fers au cœur des poteaux. Pas trop, pas trop... comme vous me le disiez toujours ! J'espère que votre famille va bien. Le petit salé aux lentilles de Madame me manque. La carte ci-jointe vous montrera ce qu'on fait ici. Ne soyez pas trop dur, c'est le travail des élèves qui ne feront jamais aussi bien et aussi net que vous. Je tente de rester digne de votre enseignement.

votre dévoué Alain Baroukian. Mes salutations à Madame.

Ps : je me marie le mois prochain, dites bien à Madame qu'elle avait raison, elle comprendra.

El-Affroun, Centre de Formation professionnelle des Ouvriers du Bâtiment, une construction de formation, carte postale éditions Photo-Africaines, Alger accompagnée d'une lettre manuscrite.

Alain Baroukian passa quelques mois à l'Agence Lestrade en 1957 ou il reçut une formation sur les structures béton et leurs calculs. Son nom figure sur quelques notes. Nous ne savons pas ce qu'il est devenu ni quelle formation initiale il avait reçue avant de rejoindre l'Agence Lestrade. On sait que Jean-Michel Lestrade avait eu avec ce centre de formation des échanges de courriers pour un éventuel poste d'enseignant qu'il refusa sans doute à cause des circonstances familiales et de la création de l'Agence. Le post-scriptum de cette lettre reste mystérieux sur la relation entre Jocelyne Lestrade et Alain Baroukian. Un conseil matrimonial ? Certainement...

Walid Riplet, Jean-Jean Lestrade.

mardi 23 juin 2020

Un cliché électronique, un poème argentique : Le Corbusier, Lestrade.

Je reçois, je diffuse :

" On sait que la famille Lestrade se rendit à Bruxelles pour son exposition internationale de 1958 et que Jean-Michel Lestrade travailla avec Guillaume Gillet sur le Pavillon français. Dans les archives Lestrade, dans le nécessaire rangement de celles-ci, arrivent parfois de manière incohérente des documents ou traces de cette présence. On sait que Jean-Michel Lestrade gardait tout, tout ce qui lui semblait intéressant d'un point de vue technique ou structurel pour l'architecture : cartes postales, coupures de presse, revues, courriers à des confrères et archives personnelles du travail.
Voici un document trouvé par hasard hier, mal rangé, dans le fatras d'un carton humide. (nous en verrons d'autres).
Cette photographie grand format ne donne aucune autre information que son image. On note un bien piètre tirage, aux taches  nombreuses venant d'un fixage raté. La photographie dégage d'ailleurs, étrangement, encore cette odeur acide si particulière des tirages argentiques. On y voit bien entendu le Pavillon Philips, œuvre de Le Corbusier et de Xenakis, œuvre étrange dont il est aisé de trouver partout la genèse compliquée tout comme l'attribution d'ailleurs. On sait aussi l'incroyable travail d'ingénierie qui fut nécessaire à sa construction. Le cliché montre un premier plan encombré de rouleaux de grillages, d'ouvriers s'affairant autour de bétonnières. Pourtant, il semble bien que le Pavillon Philips soit achevé et que donc ces travaux ne le concernent pas. La personne qui a donc fait ce cliché avait donc l'autorisation d'arpenter l'Exposition avant même la fin des travaux. Un journaliste ? Un architecte ? Un ingénieur ? Et comment et par qui cette photographie est arrivée dans les archives de Jean-Michel Lestrade ? L'a-t-il rapportée directement de Bruxelles lors d'une de ses visites ? Est-il lui-même l'auteur de cette photographie et de son tirage amateur ? Cela est peu probable. Ce tirage a donc surtout une valeur de repère pour le travail de l'ingénieur. Il prouve son intérêt pour les objets complexes à traduire, pour aussi l'œuvre de Le Corbusier bien entendu. Même si l'ingénieur était plus souvent axé sur le travail du béton armé, il ne fait aucun doute que sa collaboration à quelques mètres de là, sur le Pavillon de Gillet, démontre aussi son intérêt pour le métal et sur le calcul des surfaces gauches. Ici, le Pavillon Philips est la preuve pour lui que l'onirisme formel et l'inventivité des formes nécessitent bien l'appui de la raison, celle qui construit les rêves. Les mathématiques sont alors bien celles qui permettent au réel de monter dans le ciel."
Walid Riplet, Jean-Jean Lestrade.

Merci messieurs, je me permets d'ajouter :
pour revoir Lestrade à Bruxelles 
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/royan-les-bruxelles.html 
pour revoir les archives et l'histoire de Jean-Michel Lestrade 
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=lestrade
pour revoir le Pavillon Philips à Bruxelles 58 
http://archipostcard.blogspot.com/2010/11/le-corbusier-dark-vador-et-xenakis.html 
pour revoir Xénakis
https://archipostcard.blogspot.com/search?q=xenakis
pour revoir Bruxelles moderne
https://archipostcard.blogspot.com/search?q=bruxelles 
pour revoir Guillaume Gillet à Bruxelles
http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/03/larchitecte-est-sur-le-toit.html

lundi 1 avril 2019

Jocelyne Lestrade pose dans la cabine

Parfois, faut le dire, fouiller c'est utile.
Dans le classeur gris au-dessus des plans, il y a tout un tas de trucs inutiles pour nous pour mieux comprendre l'Agence Lestrade et on a tendance, un peu vite, à croire que rien d'intéressant ne se trouvera dans de tels classeurs bourrés de factures ou de notes de restaurant même si celles-ci permettent de mettre des dates sur des voyages et des déplacements.
Mais là, on trouve deux photographies perforées pour rentrer dans ce classeur et c'est assez exceptionnel pour deux raisons : l'objet et la personne qui s'y trouve.



L'objet c'est l'exceptionnelle cabine hôtelière de Ionel Schein, véritable précurseur de l'architecture mobile en plastique moulé. L'unité de l'objet est toute resserrée sur ses fonctions comme emballées dans une grosse carrosserie rappelant à la fois les caravanes ou les cabines de chantiers. On est surpris d'abord par le très beau dessin tout en courbes qui se referme bien sur lui-même comme gonflé, tendu depuis l'intérieur. La volumétrie est particulièrement soignée offrant depuis l'extérieur une lecture assez claire de son intérieur, la partie salle de bain venant en saillie protégeant et signalant l'entrée. On note la trichromie de la cabine qui par une teinte sur la partie touchant le sol, en allège aussi la masse et rend certainement dans l'esprit de Ionel Schein un esprit joyeux et ludique. On note aussi comment les percées et la lumière sont travaillées laissant l'intimité bien protégée.
On trouve facilement sur le site du FRAC Centre de très beaux documents sur ce projet :
http://www.frac-centre.fr/collection/collection-art-architecture/index-des-auteurs/auteurs/projets/inventaire-detaille-90.html?authID=171&ensembleID=558&page=1&sortby=dateCreation&dir=1

On remarque aussi que l'objet est présenté de deux manières différentes, l'une en entier et l'autre sous forme d'éclaté permettant au public de juger de l'aménagement intérieur sans avoir à y rentrer. Cette manière (celle des salons de l'automobile) permet aussi de laisser croire à un espace bien moins oppressant qu'il ne pouvait le paraître réellement car cette ouverture ne correspond absolument pas à la volumétrie intérieure... On note que des étiquettes viennent raconter encore les particularités de l'espace qui se veut modulable et pratique.
























Cette philosophie du minimum donnant le maximum par le jeu des rangements, des charnières, des mobilités est représentative d'un design ou tout est intégré refusant de fait l'ajout de mobilier, tout étant taillé dans le bloc pour économiser l'espace et la matière mais aussi les gestes et l'entretien. Une forme radicale du fonctionnalisme que la Modernité a chantée jusqu'à la caricature somptueuse et drôle d'une Madame Arpel dans sa cuisine.
Ici Madame Arpel c'est Madame Lestrade qui sert donc de cobaye pour montrer les possibilités de cette cabine hôtelière datée sur le document au stylo-bille du 8 novembre 1956 !
















C'est Jean-Jean qui a reconnu son arrière-grand-mère avec confirmation de son oncle Gilles et de son père Alvar. Mais pourquoi est-elle là ? Par amitié avec Ionel Schein ? Par hasard, s'amusant avec Jean-Michel Lestrade à poser lors d'une visite au salon de l'équipement hôtelier ? C'est sans doute la vraie raison ! Jocelyne Lestrade n'avait pas l'habitude d'intervenir dans les affaires de l'architecture de son mari sauf pour préparer des repas mémorables pour les équipes à la fin des chantiers ou les soirs tardifs de charrette. Tout le monde se souvient de ses soupes à l'oignon servies à deux heures du matin ! Il est certain que, même bien aménagée et pensée, cette cabine hôtelière de Ionel Schein ne lui aurait pas permis de faire ainsi de la cuisine pour toute une équipe !
Cela reste pour notre famille un excellent souvenir (et une sacrée surprise !), preuve aussi qu'elle savait s'amuser et un excellent document pour l'histoire de l'architecture mobile et en plastique.
David nous signale la similitude de cette cabine hôtelière avec celle de Jacques Carchon et Jean Fournier présente à Piacé :
https://www.piaceleradieux.com/oeuvres/capsule-plastique-edf/
Walid Riplet, J-J Lestrade.
ces documents étant familiaux, ils n'ont pas vocation à être copiés sans autorisation de la famille Lestrade. Nous remercions Dominique Magdelaine pour son aide.

dimanche 24 février 2019

Est-ce le regardeur qui fait le paysage ?


"...ah oui j'avais oublié ce cliché ! C'est bien Hans qui a pris la photographie et pas moi, aussi curieux que cela paraisse ! C'est bien moi de dos.
Avec Hans, on avait croisé par hasard cet ensemble, sur la route. Je m'étais promis d'en faire un reportage et finalement je ne l'ai pas fait. Le 11 juin 67... Oui c'est sans doute ça, je ne me souviens pas bien. Je sais que Hans avait offert ce tirage à tes arrière-grands-parents mais c'est moi qui avais fait le tirage. Par contre, je ne me rappelais plus que je découpais ainsi les bords, j'ai toujours détesté ça. C'est du papier Agfa, c'est celui que j'aimais et surtout que l'on trouvait facilement en Allemagne pour pas trop cher. Voilà, j'espère que je réponds à vos questions, les gars. Continuez le tri et faites remonter tout ça. La bise." 
Gilles Lestrade



Bien entendu, nous aimons beaucoup cette photographie car, au-delà de l'histoire personnelle et familiale, elle est porteuse d'un charme certain, un peu romantique, un peu nostalgique, un peu, aussi cinématographique. Dans une image de paysage, un personnage qui regarde vers un objet lointain, c'est toujours comme un hôte qui vous invite à regarder avec lui, un compagnon de vue, de paysage.

Aujourd'hui cette photographie serait impossible à faire, Vigneux a renoncé à son paysage et ses tours. Elles sont  détruites. Ah oui, c'est vrai, c'est dans... L'Essonne...


Pourtant, sans doute que de telles constructions auraient dû être sauvées car elles étaient, en quelque sorte, l'aboutissement d'un type et d'une idée de l'architecture. De plus leur grande plasticité, la fabrication d'un paysage, l'intelligence du mode constructif et leur position dans l'histoire du logement en France auraient dû permettre ce sauvetage. Mais voyez-vous, le petit commerce avait des trucs à vendre pas très catholiques, alors... le patrimoine... Des petits ensembles de cinq étages certainement peu ambitieux, écologico-joyeux viendront remplacer l'Histoire.
Dans un numéro de la revue L'Oeil de 1966, on trouve un article passionnant de Henri Duthu sur ce très grand ensemble. On le remercie d'avoir ainsi donné à Messieurs Lopez et Tourry la chance d'entrer au moins dans les archives. Nous sommes de cette génération qui regarde ces pages, ayant l'impression d'avoir loupé un Monde plus ambitieux, moins boutiquier de Province, petit élu gentil.
Nous remercions une fois encore Marc Lavrillier pour ses somptueuses photographies redressées. Finalement, entre souvenirs familiaux et archives de presse, l'Histoire de l'Architecture contient encore la possibilité de voir et surtout de croire que cela fut.
Walid Riplet, J-J Lestrade.










samedi 2 février 2019

Pin Up au cube

Si on sait que mon arrière-grand-père Jean-Michel Lestrade est allé travailler au Maroc et que c'est bien lors de ses séjours qu'il rencontra le petit garçon qui deviendra par adoption mon grand-père, Mohamed Lestrade, on sait moins sans doute que Jean-Michel Lestrade aimait bien les belles choses, belles choses pouvant prendre la forme d'une jeune femme posant devant l'une des plus belles architectures modernistes du Maroc, l'Hôtel MARHABA à Mazagan.
Voilà qu'on trouve avec Walid, dans le fonds de l'Agence, bien rangées dans la pochette bleue marquée Maroc les trois cartes postales suivantes :








































L'hôtel, l'un des plus modernes et des plus beaux du Maroc est de l'architecte Duhon. Il est remarquable par sa belle silhouette tout en courbes dont les brise-soleil, comme de belles ailes de béton, viennent souligner la forme. Remarquable aussi le plan, par la superposition des fonctions de l'hôtel, les unes sur les autres. Si aucun document ne prouve la participation de l'Agence Lestrade à la conception ou au contrôle de cette construction, la période y est bien propice et l'Hôtel correspond bien dans son dessin et ses plans aux types de chantiers que suivait l'ingénieur. Il est aussi possible qu'il y ait séjourné simplement, et qu'il ait donc acheté ces trois cartes postales comme souvenirs. On notera qu'elles ne furent pas expédiées, sans doute que l'atout majeur de ces cartes postales, la présence par trois fois d'une très belle femme blonde, n'est pas permis à mon arrière-grand-père d'envoyer à notre famille restée en France, tous les charmes du travail en Afrique du Nord...








































On notera que les trois cartes postales sont du même éditeur et photographe, Bernard Rouget, qui logeait au 7, de la rue Rouget de l'Isle (cela ne s'invente pas !) à Casablanca.
Mais qui est cette jeune beauté blonde posant pour ce photographe ? Une amie ? Une jeune femme rencontrée là, à l'hôtel ? En tout cas, présente sur trois clichés, il ne fait aucun doute que c'est le photographe qui la place, rendant honneur à sa jeunesse, sa beauté et aussi sa candeur.
L'une des trois cartes postales possède un verso un peu différent où l'éditeur a ajouté la mention " visage photographique du Maroc". On sait à quel visage il faisait référence. On notera aussi que l'éditeur précise dans l'emplacement du timbre :


















Il s'agit donc d'un désir de faire œuvre, d'être créateur, de sortir du lot de l'édition habituelle des cartes postales. On aurait aimé qu'il nous donne le nom de cette jeune Pin Up.
Qui, à Casa ou à Mazagan, se souvient d'elle et des troubles qu'elle aura engendrés dans l'imaginaire d'un ingénieur en structure, spécialiste du béton armé...

Il vous est possible de vous reporter à l'article de David, publié en 2011 pour retrouver cet hôtel, cet architecte et le Maroc.

http://archipostcard.blogspot.com/2011/02/la-reserve-de-patricia.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=duhon 

Dans la cave, nous trouvons dans la revue l'Architecture Française cet article. On aime que le journal comporte aussi une belle publicité pour la Société Marocaine des Entreprises Gagneraud qui profite d'articles sur ses réalisations pour faire sa promotion.

J-J Lestrade, Walid Riplet.