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mardi 29 juillet 2014

Dakar Défense Europe


Une proue de navire dans un ciel moutonneux.
L'image est superbe. Elle rend service à l'architecture. Comment ne pas aimer ce point de vue sur l'hôtel N'Gor (Ngor) de Dakar ?
Ne peut-on pas dire qu'ici c'est autant le photographe que les architectes Chesneau, Verola et Lenoble qui ont fait cette image ? L'éditeur de cette superbe carte postale est Artis à Dakar et c'est difficile de dire si c'est également le nom du photographe.





L'extrémité arrondie, la fenêtre en hublot, la blancheur, les pilotis, les emboîtements des volumes, tout cela sent une architecture moderniste adoucie, un style qui répond au désir des grandes machines administratives et coloniales françaises. Certes mais ne soyons pas dur avec cette architecture de grand hall, d'escaliers époustouflants, de façades rigoristes car elle a des qualités indéniables, des forces que le photographe en venant ici a su révéler.  Cet héritage d'un grand style d'ordre français ne doit pas être boudé mais l'histoire doit nous autoriser à évaluer de nouveau ce style net, franc (oui !) au dessin souvent superbe.
C'est le cas ici. L'Hôtel Ngor est tellement moderne qu'il est attribué sur de nombreux sites locaux à ... Le Corbusier ! Bien évidemment, si on en croit Kultermann qui l'évoque dans son excellent ouvrage Architecture Nouvelle en Afrique, les auteurs de cet hôtel sont bien les architectes Chesneau, Verola et Lenoble.
On trouve très peu de choses sur ces architectes et sur l'hôtel lui-même. C'est d'ailleurs assez sidérant vu la qualité de l'ensemble et son ambition. Par contre, on retrouve messieurs Chesneau et Verola nommés pour la Tour Europe à la Défense à Paris en 1969 et cette fois ils sont associés à messieurs Delb et Lalande.
On voit cette Tour Europe ici :



La Tour Europe est celle à l'extrême gauche de la carte postale Yvon. On aimera l'alignement sage et puissant de toutes ses tours, assemblées comme des copines allant faire du shopping à la Défense. L'éditeur nous les nomme toutes et on s'amuse de ces nominations : Europe, Aquitaine, E.D.F-G.D.F, et notre très belle tour Aurore que nous avons évoquée si souvent.
On retrouve d'ailleurs la Tour Aurore et Europe ici :



Et même si nos deux tours ne sont visibles ici que par petits morceaux, (voyez-vous la Tour Europe au fond ?) une nouvelle fois l'éditeur Yvon nous sert l'ensemble des noms des noms : place des reflets, Centre commercial BUREF, Vision 80, Aquitaine, Europe et Aurore.
Je ne sais pas pourquoi mais l'éditeur ne nous donne les noms des architectes seulement pour la Tour Aquitaine et on y retrouve un nom bien connu ici : les frères Arsène, Henry et... Schoeller, l'architecte de nos piscines Tournesol !
Le point de vue de cette photographie est bien plus ouvert, nous présentant la Défense comme une organisation de canyons entre les tours et la place des reflets doit sans doute son nom aux parois de verres qui miroitent et reflètent à l'infini. On aimera l'effet de dalle que nous défendons, la convivialité minérale, la netteté paysagée dans laquelle la nature n'a sa place que dans des jardinières surdimensionnées et c'est bien suffisant, presque trop. Et là, les employés, les visiteurs viennent s'asseoir et jouissent du ciel, des façades, et du beau mobilier.
On n'a besoin de rien d'autre non ?









mercredi 19 décembre 2012

hommage à Aurore



 Hier France Culture et l'émission sur les docks nous ont permis de visiter le chantier de La Tour Carpe Diem, construite à l'emplacement de la Tour Aurore.
La Tour Carpe Diem, je m'en fiche. Elle est comme de nombreuses autres tours actuelles, à facettes, dansant un peu pour faire semblant d'avoir eu une idée formelle et architecturale. Ridiculement attendue, avec son petit contrat écologiquement correct qui lui donnerait sa raison.
La Tour Aurore était belle.
Une sorte de mille-feuille doré bétonné.
Elle avait su dans sa tournure et son échelle offrir une image simple et moderne.
Oh et puis... Non ! Pourquoi chercher des raisons futiles ?
La Tour Aurore je l'aimais surtout parce que les architectes qui l'avaient réalisée étaient aussi ceux qui avaient fait La Rafale à Reims : Messieurs Damery, Vetter et Weil, architectes. Alors que ce très beau centre commercial fut détruit dans l'indifférence générale, je croyais que je pourrais toujours à la Défense retrouver un rien La Rafale, à l'ombre de l'Aurore. C'est beau les noms des bâtiments non ?
Carpe Diem... Non mais vraiment... Carpe Diem...Vite ! Faisons une Tour Jouir.
Mais comment pourrions-nous nommer cette qualité qui consiste à voir un bâtiment au travers d'un autre ? Comment nommer cet effet de calque transparent de l'imaginaire, cette reconnaissance d'une forme et d'un espace dans un lieu réel et différent ?
Alors, une fois encore, mes rêveries architecturales passeront dorénavant par les cartes postales qui auront su garder la Tour Aurore vivante. Dans le canyon des immeubles de La Défense, mon imagination me fera circuler au pied de la belle tour disparue.
Voyez :





La carte postale SODALFA nous montre à gauche la belle Tour Aurore même si le photographe C. Tétard vise plus certainement la sculpture et la Tour Gan au fond. La lumière est étrange, un rien faible presque trop douce pour ces monolithes. La carte postale fut expédiée en 1986.
Et la nuit tombe :



La carte postale Yvon nous montre Courbevoie de nuit. Elle nous nomme : Tours Aurore, E.D.F et Europe. D'une qualité exceptionnelle, cette carte est imprimée en Draeger Procédé 301 ce qui est le signe en effet d'une grande attention éditoriale. Le temps de pose long fait filer les feux des automobiles en des néons de verre infinis et la nuit finalement éclairée par les immeubles eux-mêmes finit par devenir mauve. Les grilles des façades successives proposent leur géométrie respective dans une sorte de concours néo-géo du plus beau dessin. Magnifique.
Je vous donne, une fois n'est pas coutume, l'oblitération qui joue avec l'Arche de la Défense et permet de dater la carte postale de 1986.



Je trouve dans l'excellent livre Paris Construit, guide d'architecture contemporaine par Ionel Schein, une belle double page sur la Tour Aurore défunte :





Je trouve aussi une belle photographie du chantier de construction de la Tour Aurore dans l'ouvrage Paris La Défense aux éditions du Moniteur :



Et même si Ionel Schein n'est pas très gentil avec elle, je continue à aimer mon souvenir de l'Aurore et pour reprendre les propos de Monsieur Roland Castro, je dirais que, pour ma part, j'aime les tours aux verres fumés qui portent des Ray-ban, celles qui conservent ainsi une sorte de mystère sourd à notre connaissance, celles qui obligent les fumeurs à descendre à leur pied comme un respect qu'on doit leur rendre. Car, voyez-vous je n'en ai pas peur de ce mystère et même il renforce ma fiction.
Vivre le ciel ?
PS : Monsieur Chaslin nous aurait sans doute permis de comprendre, d'aimer un peu mieux les enjeux de ce nouveau phénomène de "reconstruction".

Paris Construit, guide de l'architecture contemporaine
Collection Environnement
Ionel Schein
éditions Vincent, Fréal et Co
1970

Paris, La Défense
métropole européenne des affaires
Cofer, collectif
1989