Affichage des articles dont le libellé est Jean Benjamin Maneval. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean Benjamin Maneval. Afficher tous les articles

vendredi 24 janvier 2025

Bulle six coques pour Joseph Beuys

 Il faut toujours fouiller à coté, là où on ne croit pas que l'on trouvera quelque chose. Il m'était ainsi impossible de penser que dans des entiers philatéliques de La Croix-Rouge, j'aurai pu trouver ça :


Ce ça c'est donc une carte postale produite pour accueillir l'émission du premier Jour du timbre fêtant le 125ème anniversaire de La Croix-Rouge en 1988. Le principe de l'entier philatélique est de faire correspondre trois éléments au moins : l'image, le timbre et son oblitération. Il m'est arrivé dans ma vie de me rendre dans ce genre de manifestation où les collectionneurs viennent avec des enveloppes spéciales, des cartes postales, achètent en nombre des timbres ( dans un bureau de Poste provisoire) et se font oblitérer leurs objets. Souvent, bien entendu, ils ne les adressent à personne mais une boite aux lettres est à disposition pour bel et bien faire une expédition. C'est souvent joyeux, assez amusant de voir des objets comme des livres ou des cartes postales anciennes ainsi proposés à l'oblitération. Certains collectionneurs voulant aussi des timbres avec les bords, d'autres réclamant très précisément comment le postier doit poser son tampon.

C'est exactement le cas ici. Bien entendu, cette carte postale d'une Bulle six coques de Jean-Benjamin Maneval son architecte n'est pas une carte postale normale, achetée sur un tourniquet dans un bar-tabac d'un centre ville. C'est une édition spéciale, vendue sur place ou par correspondance pour recevoir ce timbre. Difficile donc de trouver cette carte postale au détour d'une boite à chaussures, il faut se rencontrer au milieu d'autres amies ainsi éditées et collectionnées. On note comment d'ailleurs ici, le timbre n'est pas du bon coté puisqu'il n'est pas du coté de la correspondance et forme bien une trilogie de signes : image, timbre, tampon. On admire d'ailleurs comment il faut que tout soit parfaitement lisible en étant pourtant construit dans un chevauchement bien précis. Le timbre se doit d'être oblitéré.

Comme cette carte, à part ce moment philatélique, ne dit rien de ce que nous voyons, il est difficile de dire pourquoi donc ce choix fut fait pour nous parler de l'anniversaire de La Croix-Rouge par la représentation d'un poste de secours installé dans une Bulle six coques dont je n'e connais pas la localisation. Nous sommes en 1988 et déjà à cette époque on avait un peu oublié l'importance de ces micro-architectures. Pourtant c'est certainement le coté spatial, futuriste que doit porter cette Bulle six coques associée à l'histoire de La Croix-Rouge.

Notre carte postale est une édition Empire Philatélique qui nous informe seulement que la photographie provient du Fonds Documents Roger Viollet. Pas de nom de photographe, pas de nom de l'architecte, pas non plus donc de localisation précise de cette Bulle six coques !

Mais mon esprit certainement par trop marqué d'une certaine culture ne peut s'empêcher de voir dans cette image un vibrant hommage à l'écolo-bobo-chamanico-pouet-pouet Joseph Beuys qui avait la maladie honteuse de tout marquer de sa croix rouge ou noire mystique, au bord du complotisme bureaucratique d'un Malévitch embauché dans une administration stalinienne fictive. Sans doute que je m'égare...Mais, que voulez-vous, à force de vouloir marquer son passage dans le monde et sur tous les objets que l'on touche, on finit par raconter l'histoire d'un certain désir d'omniprésence. Le coyote est mort on ne sait où, le piano est assourdi de feutre et le gourou est, heureusement, maintenant, un peu oublié. Ouf...

mercredi 31 août 2022

Quelques mini-trucs et des soucoupes volantes

Puisque l'histoire de l'architecture a l'air de se réjouir tout particulièrement en ce moment des ancêtres des Tiny-House (puisque le langage populaire aura définitivement cédé à ce terme en lieu et place de micro-architecture), puisque la redondance des références épuise un peu l'amateur mais convient aux réseaux sociaux qui répètent, répètent, répètent les mêmes icônes jusqu'à en faire des clichés éculés, je me joins à la troupe. Faut dire que depuis que je suis devenu propriétaire d'une bulle six coques, je me dois à mon rang, celui non plus des images, mais des responsabilités. Je me sens comme Stéphane Bern.
Et voilà qu'une carte postale va nous permettre à notre tour de jouer aux découvreurs, aux connaisseurs, d'arpenter l'histoire. Un festival.



J'ai bien failli passer à côté de cette carte postale*. Mais ce qui a retenu mon index dans le défilé des drouilles, c'est la présence très marquée de points oranges et puis d'un dôme.
J'ai alors compris ma chance et en retournant la carte postale, j'ai bien compris.
Il s'agit bien de la manifestation IKA qui proposait donc un inventaire des réalisations d'architectures en plastiques mobiles. Toutes les icônes y étaient rassemblées, toutes. Bien entendu, la bulle six coques de Maneval, la Futuro de Suuronen, l'Algeco,  la Rondo etc... Un véritable parking à soucoupes volantes, à projets utopiques que le prix du baril de pétrole fera bientôt disparaître, tout comme l'insouciance peuplée de bonnes intentions : une architecture dite de loisir s'étendant en nappe, en modules, faisait semblant de ne pas être permanente, luttant croyait-elle alors contre l'esprit du chemin de grue, rêvant comme le font aujourd'hui les amoureux de cabanes dans les arbres à une fantaisie hippie si détestable. 
Fourgons à la population des "abris design" pour leur rêves d'évasion, jouant sur la thématique du nomadisme (ah le bonheur de la yourte perdue dans la campagne de l'Ardèche et qui n'y bougera plus...) Cette architecture est à l'évasion ce que le camping-car est à mai 68 : la seule et dernière expression encore visible d'un sentiment de liberté pour prolétaires investissant leur prime de licenciement dans un rêve idéalisé. Fuir le réel et jouir partout, sans entrave, de la route devant soi et du paysage derrière le pare-brise, paysage qu'il faudra partager au petit matin embué avec tous les autres sur le parking donnant pas trop loin sur une vue imprenable sur le Mont Saint Michel. On aurait aimé que Reiser en fasse un album.
On remercie donc le pétrole d'être devenu si cher, cela aura sans doute freiné les élans de remplissage des terrains vagues par des machins en plastique parfois intelligents, parfois grotesques (la Futuro). Vous me direz que les campings sont maintenant remplis de "mobile-homes" atroces dont la mobilité tient surtout des flots des utilisateurs, singeant les propriétaires de villas, feignant de préférer cette vie à celle de l'hôtel, campings qui pourrissent littéralement le littoral et dont on souhaite que le réchauffement climatique, dans sa candeur tectonique, viendra les bouter hors de nos côtes. Les flots bleus disparus, enfin une bonne nouvelle du réchauffement climatique ?
Et comme la nostalgie contemporaine est plus encline à nous rabâcher ces modèles en lieu et place de s'interroger sur les vraies solutions techniques et architecturales de la même période (préfabrication lourde ayant logé des milliers de personnes, réflexion sur l'habitat participatif et sur les nappes, travail du seuil etc...) on voit alors ces exemples souvent trop peu convaincants du seul point de vue architectural devenir des trucs rigolos du temps jadis que la population n'ayant aucun moyen pour les replacer dans le champ de l'histoire prendra pour des utopies en lieu et place de produits de consommation ayant tout simplement raté leur profusion.

Je vous laisse donc jouer à retrouver ce qui est posé là. Saurez-vous reconnaître sur cette carte postale les fameuses icônes du temps jadis si merveilleux ? La Bulle de mon papa, la Futuro de mon tonton, la Rondo de mon papy ? 




Dans le même genre, sans doute un peu moins connu, voilà que je retrouve aussi les bungalow hollandais bien étranges. Impossible pour l'instant de retrouver le nom du ou des créateurs. Ils sont toujours en place, vous pouvez donc aller rêver là-bas, comme vous pouvez aller à Lège dormir dans un Tetrodon.
Vous pouvez aller là aussi : Réseau National des micros et mobiles architectures

* édition Hersteller

jeudi 16 décembre 2021

Maisons-ballons en Provence

Avant d'appeler David pour avoir la confirmation que je n'avais pas rêvé, j'ai d'abord cherché sur Google Map s'il restait quelque chose de ce village de bungalows en bulles de béton à Carnoux-en-Provence. Il semble bien que non, à part des exemplaires doubles restés debout devant les tennis de cette résidence de vacances.




On est heureux, une fois encore, qu'une bien modeste carte postale en multi-vues (si peu aimée des collectionneurs) soit à l'origine de cette découverte, malheureusement un peu tardive pour sauver cet ensemble remarquable. On a préféré fabriquer des immondes petits chalets en faux style provençal...
Je savais bien que j'avais vu ce modèle de bungalow en bulle de béton et David, immédiatement, me conseilla de chercher dans son classeur Mission Racine les cartes de Port Barcarès et je retrouve bien ce modèle.




Aucune des deux cartes postales ne donne malheureusement le nom de l'architecte ou du promoteur de ce type étonnant et assez beau de maison bulle. On note tout de même qu'il devait agir surtout dans le sud de la France. On reconnaît dans ce modèle bien entendu Beg-Meil de Mouette et Székely, le Motel de Raon- l'Étape de Hausermann, les bulles six coques de Maneval, mais surtout les expériences africaines de Wallace Neff à Dakar et ses maisons-ballons ou l'expérience de la maison gonflée pour l'Abbé Pierre. Mais ici, sans autre information, il est difficile de définir comment celles de Carnoux-en-Provence ou celles de Port Barcarès furent construites. Un moule ? Un ballon ? 
On peut s'étonner qu'une telle originalité, une telle image-même a fini par se démoder et que l'ensemble soit rasé sans remord. Pourquoi ? Des raisons structurelles ?

On reparlera de Carnoux-en-Provence car elle demeure une ville incroyable à l'histoire très particulière qui comme pour Mourenx ou Bagnols-sur-Cèze mériterait un véritable inventaire et sauvegarde avant que le mauvais goût des promoteurs canailles ne finissent par recouvrir cette histoire et cette ville moderne de tuiles romanes de merde, de fer forgé Leroi-Merlin pour faire semblant.
Peut-être que quelqu'un a écrit quelque part l'histoire de ce modèle de bungalow. Je vous écoute.
Walid Riplet pour le Comité de Vigilance Brutaliste.

La carte postale de Carnoux est une édition Tardy en Ektachrome.
La carte postale de Port Barcarès est une édition Dino par Paul Goudin, photographe.

Pour revoir quelques articles :
Sur Wallace Neff :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/le-palmier-la-bulle-et-wallace-neff.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/wallace-neff-est-gonfle.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/07/le-sucre-en-morceau.html

Sur la maison de l'Abbé Pierre :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2019/08/labbe-pierre-et-sa-boule-zero.html

Sur Beg-Meil et Székély :

https://archipostcard.blogspot.com/2011/07/le-futur-avait-raison.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/11/le-mont-analogue-de-monsieur-szekely.html

Sur la bulle six coques et les micros architectures sauvées :

https://renamimoa.jimdofree.com/chantiers-actualités/

Sur Raon-l'Étape :

https://archipostcard.blogspot.com/2011/09/lest-allez-vers-lest-2.html

https://archipostcard.blogspot.com/2007/10/leau-vive-de-monsieur-hausermann.html


etc...Bon courage, bonne lecture.





samedi 24 août 2019

Prisunic, le beau pour tous

Le supermarché et le centre commercial sont bel et bien représentés en cartes postales. Et d'ailleurs, pourquoi ne le seraient-ils pas ?
Modernes, affirmant un nouveau rôle dans l'espace urbain, signes parfaits d'un progrès que l'époque voulait défendre et vivre, ces supermarchés avaient tous les atouts du pittoresque pour finir sur des cartons 10 x 15cm.
Nous en avons d'ailleurs déjà vu ici et certains dessinés par Monsieur Claude Parent sont chers à notre cœur.
Voici un nouveau arrivé dans ma collection :


Nous sommes à Audincourt, ville que nous avons déjà chantée avant le Prisunic ! Cette marque résonne pour moi et dans notre famille d'une manière toute particulière puisque mon père avait dans sa jeunesse à Elbeuf, travaillé au Prisunic tout neuf de la Reconstruction d'Elbeuf avant d'être embauché chez Renault.
Alors, dès que nous voyons ce nom, chez nous, ça tape.
Prisunic !
D'abord quel beau nom bien choisi ! On dirait le nom d'un personnage d'un album d'Astérix.
Ici l'éditeur Combier resserre bien le cadre sur le magasin qui n'a rien d'architecturalement passionnant, tout au plus une sorte de droiture, de fermeté que la brique (?) sur la façade accentue. En fait, ce Prisunic offre surtout une grande lisibilité et une transparence avec un déploiement de vitrines sur toute sa façade. Venez ! Venez nous voir, entrez donc ! semble-t-il nous dire. On note les drapeaux flottant comme accrochés à d'immenses queues de billard qui devaient faire signal. On note aussi un garage à vélos bien développé !
Je n'ai pas réussi à retrouver ce Prisunic à Audincourt, il semble qu'il ait disparu ou qu'il soit tellement transformé qu'il soit méconnaissable. Tant Pis...
La carte postale Combier ne nous donnant pas le nom de l'architecte, il sombrera ainsi dans un oubli tranquille sauf pour les habitants d'Audincourt.
Dans ma collection, rangée dans le quatrième classeur Boring Postcard, je trouve sur une carte postale en multi-vues, un autre Prisunic, celui de la Courneuve. La carte postale est une édition PI qui a beaucoup travaillé et diffusé la banlieue parisienne.



Finalement, c'est une image de la Courneuve bien différente de celle que l'on attend, représentée ici comme une petite ville française typique avec son bar-tabac et ses immeubles. Ne dirait-on pas que le photographe a simplement tourné sur le carrefour en photographiant tous ses axes ? On y voit donc un Prisunic épousant le cercle du carrefour. Seul le nom du magasin fait ici architecture, il est bien moins intéressant que celui d'Audincourt.
Il est aisé de retrouver ce que tout cela est devenu et le moins que l'on puisse dire c'est que le sentiment de vide et d'espace donné par le recul du photographe est maintenant comblé par une densité urbaine bien... marquée.
Mon frère Christophe, ce fouineur parfait, m'apporte sa dernière trouvaille faite dans un minuscule dépôt-vente d'Elbeuf.
Ce livres est d'une très grande qualité éditoriale et permet de vivre la révolution du prêt-à-porter dans cette France de l'après-guerre. On y apprend aussi comment Prisunic était une sorte de projet global permettant à tous d'accéder au beau pour pas cher que ce soit pour l'habillement ou pour, bien entendu le design et le mobilier.
Le design Prisunic est bien reconnu maintenant et est devenu même une sorte de Graal pour chineur chic.
Sophie Chapdelaine de Montvalon nous permet donc de suivre le travail de Maïmé Arnodin et de Denise Fayolle, figures incontournables de cette révolution populaire.
On y trouve aussi pour nous, amateurs de micro et mobiles architectures une vieille connaissance !
La Bulle six Coques de Monsieur Maneval !







































Elle servait à promouvoir l'arrivée de Prisunic dans une ville et était une vitrine fort bien en accord avec le style et les idées de Mesdames Arnodin et Fayolle. Malheureusement, le livre ne s'attarde pas assez sur l'utilisation et le choix de la Bulle Six Coques par Prisunic. C'est dommage. Et surtout, qu'est-elle devenue cette Bulle six Coques ?
On note que la photographie nous donne à voir que son piètement de métal lui permettait d'atterrir partout ! Est-ce Monsieur Maneval lui-même qui avait dessiné ce piètement ? On remarque aussi que l'entrée dans la Bulle se faisait par l'une des grandes baies montée sur vérins et que l'escalier prenait appui sur la structure métallique de la Bulle. Bien conçu tout cela !

Ce livre est vraiment superbe : qualité du papier, mise en page, choix des documents, style clair et joyeux...
Il sera vite un indispensable dans votre bibliothèque si vous aimez la France intelligente du Beau pour Tous !
Attention, il fut publié il y a dix ans déjà...
Ruez-vous chez votre bouquiniste !

Le beau pour tous
Maïmé Arnodin et Denise Fayolle
l'aventure de deux femmes de style : mode, graphisme, design.
Sophie Chapdelaine de Montvalon
édition l'iconoclaste
2019
68 euros ou 15 quand c'est Christophe qui régale ! Merci  Christophe ! 









mercredi 12 septembre 2018

En Sarthe, les Journées Européennes du Patrimoine seront actives

Bien entendu, à Piacé, les Journées Européennes du Patrimoine seront très actives.
Vous pourrez y découvrir le Musée le Corbusier-Norbert Bézard, vous promener dans le parcours d'art contemporain, visiter la Bulle six coques et même cette année assister au début de la restauration de la seconde Bulle six coques qui fut sauvée en mars 2017.
La restauration d'une Bulle six coques c'est aussi l'occasion de mieux comprendre comment elle est construite, de saisir le travail nécessaire pour une remise en état et donc de soutenir ce travail de sauvetage patrimonial.
Venez nous voir !
Pour toutes les informations pratiques, allez ici :

https://www.piaceleradieux.com/page-daccueil/journees-europennes-du-patrimoine-2018/

Pour voir ou revoir tout le démontage de cette seconde bulle :
https://renamimoa.jimdo.com/chantiers-actualit%C3%A9s/





















Et si on regardait une carte postale ?
On retrouve nos Bulles six coques à Gripp grâce à cette carte postale des éditions Delachapelle "au petit Strasbourg" (sic) pour Combier.
Guy, le correspondant, nomme bien son lieu de villégiature de "bulle" et nous raconte sa chasse aux cèpes. Nous sommes en 1980. La photographie nous permet de voir que la neige est présente et on s'étonne de faire un cliché des bulles ni complètement sous la neige ni complètement dégagées. Le cadrage tente surtout de restituer le paysage autour des architectures de Monsieur Maneval s'opposant tranquillement au reste des constructions du village.
Deux Bulles six coques vertes entourent une blanche. Elles semblent toutes en excellent état après dix années d'installation. Le photographe fait le choix de ne pas animer le lieu laissant la neige faire le spectacle.
Je vous promets que si la neige vient à Piacé, nous ferons aussi de belles cartes postales.



mardi 17 avril 2018

Maneval is Hard, French and Douillet too.

Il y a des architectes dont l'œuvre est souvent résumée par l'histoire à une seule création. C'est le cas de Bernard Schoeller et de sa piscine Tournesol ou, maintenant de Jean-Benjamin Maneval et de sa fameuse Bulle six coques.
Pourtant l'un comme l'autre ont eu une carrière avant et après cette création que souvent on oublie tant cette dernière, devenue fétiche, occulte le reste.
Il suffit parfois de retourner une carte postale pour saisir cette question et soudain élargir le champ de vision et donc d'analyse sur un parcours professionnel.
D'abord, tombons amoureux d'une image :


Voilà.
Parfait.
Exactement la raison d'être de ce blog. Ciel bleu, personne ou presque (regardez bien) des tours somptueuses posées là, et un soleil au zénith qui ne fait que de l'ombre sous les automobiles. Une sorte de paradis étrange, une veduta digne de Piranèse. (merci Monsieur Chaslin)
Concentrons-nous sur les deux tours. Le jeu plastique de la façade se résume à une alternance de lignes blanches et noires étirant les tours vers le haut. On remarque qu'aucune des fenêtres n'est ouverte comme si les bâtiments étaient vides ou occupés par des membres d'une secte refusant le monde. Est-ce un moment précis de la construction, juste avant la livraison aux habitants ? Admirons la propreté presque effrayante des rues et des trottoirs, implacable hygiénisme urbain qui donne à cette carte postale Combier toute sa force expressive.
Mais au fait... Où sommes-nous ?
Nous sommes à Epinay-sous-Senart devant ce que l'éditeur appelle les nouvelles résidences. L'éditeur Combier nous offre même le nom des architectes, Messieurs Maneval et Douillet mais il oublie son photographe... Dommage... On connaît bien ce duo sur ce blog. Il nous faudra retourner à Châtellerault ou à Mourenx. Mais, bien évidemment, le surgissement d'un tel modèle dont l'analyse architecturale depuis cette image ne peut que se résumer à ses façades, son implantation et son prospect, ne laisse rien voir de la qualité des logements et du comment on habite là. Rien. On s'étonne d'autant plus que, au moins pour Jean-Benjamin Maneval, une forme aussi crue, aussi marquée par son époque ait pu quelques années après laisser place à une forme aussi débridée que la Bulle six coques. N'oublions tout de même pas que le duo Maneval et Douillet ont aussi réalisé Mourenx qui est bien plus proche de ce type de production et d'une très grande qualité urbaine et architecturale.
Mais quoi ? Ici, rien de de cette fantaisie débridée d'une architecture mobile (à part la grue qui a monté les immeubles), ici rien de la légèreté du plastique moulée, rien d'une dispersion spatiale, d'un éclatement en grappe. Tout tient dans la perfection formelle d'un Hard French assumé, raide, solide, droit. Peut-être faudrait-il revoir l'histoire de la carrière de Jean-Benjamin Maneval à l'aune de cet héritage de tours et de barres et ralentir un peu la frénésie sur la Bulle six coques ?
Nous pouvons aussi interroger l'éditeur de la carte postale qui n'est pas, toujours, très fiable sur les attributions.
Mais voyez-vous, j'aime beaucoup cela. J'aime ce paysage, sa chaleur accablante tombant du haut, j'aime le mystère passager des fenêtres closes et le silence des deux tours. J'aime le vide, la clarté de l'air, l'espace totalement libre sans fausse verdure d'un cabinet de paysagistes. J'aime que mon œil passe entre les tours, parcoure jusqu'au fond de la perspective l'image d'une netteté parfaite. Laissez-moi cette chance. Je suis, d'un coup, certain que cette Peugeot grise est celle du photographe. Vite ! Arrêtez-moi ! Je commence à fictionner..................

Et prenez des nouvelles du chantier de restauration de la Bulle six coques ici :
https://renamimoa.jimdo.com/chantiers/ 





 













Aujourd'hui :




mardi 12 décembre 2017

Jacques Beufé bluffant, électrique et flottant et corrigé


Une petite carte bien normale, presque banale d'une petite cité.
On pourrait depuis ce point de vue se réjouir déjà du dessin simple des façades dont l'essentiel tient dans des ouvertures généreuses encaissées et un lien au sol fait de pilotis blancs qui ne libèrent pas le rez-de-chaussée mais permettent un traitement de celui-ci comme un socle. Le peu de hauteur, la modestie de chaque bloc répété sur un terrain arboré en parc, tout cela nous rappelle d'autres expériences comme les Buffets à Fontenay-aux-roses par exemple.
Mais où sommes-nous ?
Nous sommes dans la Résidence E.D.F à Vaires-sur-Marne. La carte postale Raymon, collection MOREL est éditée en Bromocolor et on comprend qu'il s'agit surtout d'un cliché noir et blanc largement colorié. Tout devient doux, grisé par la photographie dessous.
Alors quoi ?
Pourquoi donc évoquer cette petite résidence qui ne démérite pas mais qui pourtant n'est pas très spectaculaire ? Justement aussi pour cela, pour raconter que la bonne architecture, celle dans laquelle on habite n'est pas toujours faite de bidules audacieux mais aussi d'espaces bien sentis, de franchises simples et d'une économie visuelle qui souvent cachent une belle intelligence.


Et ici, l'ensemble est dessiné par un architecte bien curieux : Jacques Beufé.
Jacques Beufé, les aficionados du modulaire, du plastique, de l'habitation expérimentale, le connaissent surtout pour ça :


Mais comme pour Jean-Benjamin Maneval dont le nom ne brille plus que par la Bulle six coques, on oublie souvent que ces architectes ont aussi eu une production bien différente de logements collectifs. On reviendra sur Monsieur Maneval plus tard. Ce phénomène d'occultation d'une partie de l'œuvre est la conséquence de notre époque encline à croire que l'utopie d'une époque passée est l'essentiel du besoin d'une période, qu'elle en fait l'image et même finalement la réalité. Le risque étant de dévaluer le reste de la production d'un architecte qui souvent, avant de rêver à des illusions dans l'air du temps a produit une architecture plus consensuelle mais aussi sans doute finalement bien plus habitable, réaliste, architecturale en somme.
Je vous donne donc ici d'abord des extraits de la revue Techniques et architecture datée de 1971. On notera le même vocabulaire que pour la Bulle six coques de Jean-Benjamin Maneval c'est-à-dire une mobilité, une modularité, un coût faible (eh oui...), une esthétique de coquille organique mais ayant surtout des formes simples pour le moulage industriel et aussi un désir d'un dessin fort mais venant s'intégrer dans le paysage par, non pas un camouflage, mais une sorte d'accord sur les sources des formes toujours tirées avantageusement de la... Nature... Il faut dire que cela a une sacrée gueule comme dirait le chanteur et que, comme le reste de ce type de production... cela a échoué.

dernière minute et correction nécessaire : 

Je reçois en commentaire à cet article une petite note de la part de nos amis du très beau site Le Strict Maximum (voir blog-roll à droite) :
Le Strict Maximum t'invite à venir prendre un café à la maison, à Vaires sur marne, dans du Beufé !
Par contre, Beufé n'a pas réalisé la cité EDF mais la résidence du Parc de l'Aulnay. Il semblerait que tu te sois emmêlé les pinceaux ;-)
Voici la résidence réalisée par Beufé:http://lestrictmaximum.blogspot.fr/2013/12/bons-baisers-du-parc.html

Il semble donc, sans aucun doute possible, que j'ai très mal attribué cette architecture ! Merci pour cette vigilance les amis ! Il me faudra donc pour réparer cela rapidement :
1 trouver une carte postale de la bonne résidence
2 venir boire ce café avec vous et visiter cette résidence.
Cela démontre en tout cas qu'il faut toujours bien croiser et recroiser les liens et les références surtout sur des objets aussi peu documentés et que aussi, la lecture des articles des uns et des autres nous permet d'être précis. Je trouve nécessaire de maintenir l'article tel qu'il est et de corriger ici car cela raconte bien aussi le fonctionnement des liens entre sites d'architecture et la difficulté d'attribution. Merci Alexandre pour la correction et pour l'invitation. Attention ! Je vais venir, c'est certain ! Mais alors qui a dessiné cette résidence E.D.F qui reste un très beau morceau...?









Et voici un article paru cette fois dans l'Architecture d'Aujourd'hui qui est totalement similaire pour l'écrit. On notera que Jacques Beufé est ici associé à J.P. Lewerer, B. Gilet, M. Menager. On notera que le numéro de cette revue est bourré d'expérimentations du même ordre ayant toutes en quelque sorte échouées. Il faut croire qu'aujourd'hui ce n'est plus l'architecture que l'on veut préfabriquer et industrialiser mais bien le merveilleux esprit des pavillonneurs et des lotisseurs. Les dernières lignes de l'article semblent aujourd'hui impossibles à défendre, pourtant les camping-cars et les mobile-homes, tous plus moches les uns que les autres polluent nos paysages sans vergogne. À qui la faute ?
Alors, au moment où un regain d'intérêt pour ce type de production rétro-futur voit le jour, où le Vintage viendra sans doute sauver les utopies flottantes de Monsieur Beufé, qui se préoccupera du reste de son œuvre, de son désir de préfabrication aussi pour le béton et pour le logement social ? La résurrection de Jacques Beufé ne passera-t-elle que par sa production Pop qui est bien sympathique mais tellement exclusive ou passera aussi par son énergie à donner à tous, un logement digne ailleurs que sur les pontons herbeux de petits lacs ensauvagés ? L'histoire de l'architecture contemporaine devra faire le tri, espérons que ce tri sera généreux. Pour info, la Cité E.D.F de Vaires-sur-Marne existe toujours presque à l'identique. Qui ira en safari la voir ? Qui ? Et qui la défendra si nécessaire ?