Affichage des articles dont le libellé est René Gagès. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est René Gagès. Afficher tous les articles

samedi 9 mars 2019

Le fameux bleu Gagès



-... oui ? Ah ? j'ai mis du temps pour identifier l'importance de cette carte postale. Tu sais, Walid, ça arrive. On sent un truc quand on regarde vite les cartes dans les boîtes à chaussures sur les vide-greniers, une minuscule sensation qui fait que tu achètes ou pas la carte. Des indices. Et puis, la carte, elle reste sur un tas à la maison. T'as vu ça quand t'es venu. Et puis, tu sais pas pourquoi, un jour tu la regardes à nouveau, tu rentres dans l'image. Tu cherches un peu, parfois mollement, et tu te promets de faire un article sur cette architecture, sur cette carte postale. Là, ouais, c'est vrai, j'avais pas pensé à René Gagès, j'avoue... Mais au-delà du nom du ou des architectes, tu vois, ce qui me plaît c'est comment le bleu se répand dans l'image.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ba, regarde, Walid, la tache de la belle piscine bleue et tout ce monde autour et puis vois-tu partout tous les points bleus faits par les maillots de bain, les sacs, les serviettes de bain, c'est curieux non ?
- Y'a ça aussi !
- Oui ! J'adore quand les gens entourent ainsi leurs fenêtres ! 
- Par contre, pas de commentaire sur l'architecture !
- Non... ? Ah... c'est souvent comme ça... Mais regarde bien Walid, tu vois pas ? Tu vois pas que les baigneurs ont la tête tournée vers le photographe ? Regarde, c'est marrant ! Même ceux qui sont loin regardent le photographe comme s'il avait appelé les gens !
- Ouais ! Génial ! Pourtant il a l'air un peu loin...
-... et un peu haut aussi !
- ... Alors ? t'as trouvé René Gagès comme architecte ? Super ! Je l'adore, voilà un grand monsieur... Il a fait travailler Lestrade.
-... ouais avec Gabriel Roche, et la gare de Lyon, purée, une tuerie ! Tiens, regarde, on trouve un excellent article ici pour les infos :
http://www.atelierthierryroche.fr/fr/labo/montessuy-a-50-ans-comment-leurs-architectes-de-peres-ont-cree-le-quartier_d211.html
-... je suis tellement content qu'on fasse ça ensemble. 
-... ouais....
-........
-... Euh... Vous voulez un thé les gars ? Vous avez l'air perdus...
- Oui, Merci, Jean-Jean, comme d'hab...
- Oui, lait et sucre, David, on sait.

Pour revoir quelques articles sur René Gagès :
https://archipostcard.blogspot.com/2008/05/merci-madame-gags.html
https://archipostcard.blogspot.com/2011/02/rene-gages-berlin.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/02/gages-et-prouve-font-lusine.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/03/paysage-avec-cubes.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/bron-bron-bron-faisait-lavion.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/12/lamour-12h58.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/premiers-pas-sur-un-chef-duvre.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/01/tout-est-sa-place.html













samedi 11 mars 2017

Paysage avec cubes

L'avion a dû faire un peu peur aux habitants.
Il est passé une fois, puis une autre, au dessus de la Cité E.D.F de Meximieux, il est passé bien bas.
Ce qui est amusant, c'est qu'il devait y en avoir deux, l'un pour les éditions Cellard, l'autre pour les éditions Combier.
Commençons par Combier :




L'éditeur choisit donc le mode aérien pour montrer cette Cité E.D.F dessinée d'après lui par Gabriel Roche, architecte D.P.L.G. de Lyon. On sait que ce cadrage permettra à un plus grand nombre d'habitants de pouvoir se situer dans la Cité et donc de désirer envoyer la carte postale... Logique commerciale autant qu'esthétique.
Cette carte postale Combier ne nomme pas le photographe-opérateur qui volait et photographiait en même temps. Combier oublie aussi de dater et de nommer René Gagès !
Car cette très belle architecture de logements est bien de René Gagès également, associé à Gabriel Roche.
L'écriture sobre mêlant un béton brut de décoffrage et une superbe volumétrie moderniste font de cet ensemble sans doute l'un des plus réussis du type des logements regroupés en France. Une fois encore, la démonstration d'un logement collectif, dense et paysager est faite. Une fois encore on s'étonne qu'aujourd'hui ce type soit abandonné au profit d'une lèpre pavillonnaire inondant par lotissements entiers nos paysages sous le regard satisfait de petits maires heureux de voir remplir les écoles. Le permis de construire offert aux lotisseurs-pollueurs étant une arme contre la fuite des habitants et des services publics, le rêve du chez soi devient l'enfer de nos paysages. Ici, regroupés en grappes, maintenu serrés sans effet de masse trop dur, laissant la place à la chance d'un aménagement paysager et à la circulation subtile entre espace privé et public, les constructions de René Gagès et Gabriel Roche font acte d'architecture mais aussi de citoyenneté. L'architecture intelligente, belle, puissante même, maintient dans le paysage pourtant protégé de Perouges, une grande idée de la ville et de l'habiter.
Une leçon.
Continuons avec Cellard :




D'un peu plus près, la carte postale nous permet de mieux saisir l'architecture et les emboîtages des volumes. On pourrait regretter que les toits-terrasses ne soient pas travaillés pour leur accessibilité. Aujourd'hui, tout est toujours en place. Le béton a été peint en blanc. C'est dommage. La végétation a pris aussi une importance forte qui invente, au milieu de la verdure, la surprenante et belle surprise de cubes dans le paysage.
On ira à Meximieux voir cette beauté soudaine.
Notons que le CAUE de Haute-Savoie a édité un ouvrage sur René Gagès qui comporte un interview de Gabriel Roche. Certainement très intéressant !
http://www.caue74.fr/ressource/culture/publication/rene-gages-la-permanence-de-la-modernite.html



Quelques extraits du livre René Gagès, les chemins de la modernité publié en 1988 par Mardaga :



dimanche 26 février 2017

Gagès et Prouvé font l'usine

Il me fallait pour reprendre après cet anniversaire, un objet digne de ce blog, digne de ce que nous défendons ici, digne aussi d'une architecture de collaboration forte et puissante entre un architecte et un ingénieur.
Avec Claude Parent, René Gagès fait partie des grands architectes que nous défendons ici. Je pense qu'il sera parfait pour reprendre notre travail. Architecte très bien ancré dans l'histoire de l'Architecture, il souffre pourtant d'un manque de visibilité de la part du grand public qui souvent arpente son travail sans savoir qu'il est œuvre de René Gagès. La gare de Lyon-Perrache, objet superbe et d'une rare intelligence, en est l'exemple type.
Aujourd'hui nous allons regarder cet objet :



Une carte postale bien modeste usant de tous les artifices de la colorisation délicate nous montre dans une paysage verdoyant un petit ensemble de constructions modernes très aplaties et franches. L'ensemble ne se veut ni un objet spectaculaire ni même un archétype de l'architecture d'usine. On devine une écriture judicieusement simple car pratique que l'architecte définit comme un désir de maintenir par la transparence une relation permanente entre le dedans et le dehors. Il semble également que jouant avec le topographie, l'architecte tente et réussit à faire une architecture paysagère dont l'implantation affirmera en quelque sorte la douceur.





Ce que ne dit pas la carte postale Combier de cette Usine Gambin à Viuz-en-Sallaz c'est que l'ensemble des transparences est l'œuvre de Jean Prouvé ! Il s'agit bien là d'un ensemble exceptionnel de l'ingénieur ayant offert à René Gagès le moyen de son expressivité.
On trouve dans l'ouvrage René Gagès, les chemins de la Modernité, deux photographies de cet ensemble et surtout un témoignage de René Gagès à propos de l'ingénieur que je me propose de vous donner à lire :





Qui aujourd'hui s'occupera de cet héritage mêlant l'un des plus grands architectes et l'un des plus grands ingénieurs ? Qui regarde encore, depuis le bord de la route ou dans l'intérieur de l'espace de travail ce qu'il y a là de beau, d'élégant, de simple ?

dimanche 20 décembre 2015

L'amour à 12H58





"Je t'ai d'abord regardée arriver du fond de cette allée piétonne et les couleurs venaient rythmer tes pas. J'avais de mon côté la main d'Alvar dans la mienne et je regardais sa mère, toi, venir vers nous deux, aussi simplement, tranquillement que si nous devions toujours faire ainsi : nous rejoindre.
Depuis que nous nous sommes rencontrés à la Grande Motte (tu t'en souviens ?)  depuis ce jour nous avons su que ce serait toujours comme ça, un désir permanent de se retrouver, de revivre l'intensité de ce moment.
Ton imper jaune était un petit soleil posé sur une paire de bottes noires que tu avais achetées à Cherbourg, j'en connaissais tous les secrets et j'aimais le matin les trouver debout, vides, à l'entrée de l'appartement, comme j'aimais ce geste si particulier que tu avais pour jeter cet imper sur un fauteuil ou le plier joliment sur le dos d'une chaise d'un restaurant. Il faisait du bruit cet imper jaune, un bruit de caoutchouc, un peu. Ça crissait. Je t'ai vue tant de fois, l'ouvrant généreusement, y installer Alvar comme si vous étiez tous deux, trottinant dans la rue, réfugiés dans une petite tente de camping ambulante. Et vous couriez tous deux, Alvar et toi, et vous vous amusiez tous deux de la pluie et vous râliez après moi que je n'arrive pas à ouvrir rapidement la porte de la Renault.
À Lyon, nous étions encore séparés. Tu avais voulu prendre du recul, réfléchir. Tu m'avais dit ça comme ça. J'avais compris. J'avais expliqué à Alvar, sans lui mentir, pourquoi parfois il faut être un peu loin pour aimer mieux. Nous avions attendu tous les deux à la maison ton retour. Alvar avait posé à côté du téléphone sa chaise, celle minuscule en rotin qui venait d'Allemagne, celle que Hans lui avait offerte pour ses deux ans. Il attendait là des heures que le téléphone sonne, que tu appelles. Tu as appelé. Nous avions pris le train pour venir te retrouver. Rien de précipité, tu n'as pas couru vers nous, tu as marché sous cette lumière colorée de ce pas décidé, affirmé et joyeux. Le rythme des talons de tes bottes était la musique dont Alvar et moi avions besoin. J'ai senti une tension dans mon bras droit. C'était Alvar qui tirait dessus, qui lâcha ma main pour faire, en courant vers toi, les quelques derniers mètres. Tu as fait ce geste que tu fais toujours avec lui de t'agenouiller, de te mettre à sa hauteur, de le serrer fort. Je n'ai pas bouger. J'ai regardée, usé à mort ma rétine pour retenir ça. C'est ma plus belle image, Sidonie.
Ma plus belle image.
Momo."
 - Tu as fait une faute à bouger que tu as écrit ER au lieu de É. Mais le ton est bien. Je ne te savais pas ainsi capable d'écrire comme ça.
 - J'ai l'air si bête frangin ?
 - Oh écoute tu sais bien... Qui te faisait tes rédacs au lycée ? Qui ?
 - Ba oui Gilles mais là c'est pas une rédac comme tu dis, c'est pour un anniversaire.
 - Oui, eh bien c'est bien. C'est bien tourné comme on dit. Et vous en êtes où tous les deux ?
 - Comment ça ? Où ?
 - Ça va mieux tous les deux ? Pas de nouveau départ ?
 - Oh non non ! C'est génial ! C'est une vieille histoire maintenant. Elle a même parlé d'un frère ou d'une sœur pour Alvar mais bon, j'suis pas chaud pour ça.
 - Ah ? Ça pourrait être bien pour vous et surtout pour Alvar. Il en pense quoi le gamin ?
 - Il est d'accord mais il veut pas changer les couches ! Tu crois ça toi ! Il a 10 ans et c'est sa seule pensée ! Il veut pas donner ses jouets non plus. Ni sa chambre...
 - Pas très chaud quoi ! Je vais lui parler. Hans aussi. Hans sait bien parler avec Alvar.
...................................................................
...................................................................................


 - Allo ? Allo ?..... Allo ?
 - Oui ? Je t'entends Jean-Michel, allo ?
 - Ah.... Allo ? Oui... Tu m'entends ?
 - Oui, c'est bon, je t'entends. Comment vas......
 - Allo ? Oui, bien , je vais bien. Je rentre pas ce soir, je .....
 - Quoi ? Ce soir tu rentres ce soir ? Allo ?
 - Pardon Madame, la ligne est très mauvaise, je n'entends pas bien ma femme.
 - Oui, Monsieur Lestrade je sais, ça fait ça des fois, tenez, mettez-vous là, sur mon poste, faites le 4 pour sortir et votre numéro.
 - Ah ! Merci. Merci. Allo ?
 - Ah ! Enfin, je t'entends bien mieux, tu m'as raccroché au nez !
 - Oui, j'ai changé de poste car l'autre ne marchait pas bien. Bon, écoute, l'essentiel c'est que je ne rentre pas ce soir, je reste jusqu'à demain, le directeur...
 - Quoi ? tu n'as pas encore su dire non ! Je te rappelle Jean-Michel que Hans et Gilles arrivent demain d'Allemagne et que ce serait bien que tu sois là pour Noël...
 - Oui, écoute ne t'énerve pas, je prendrai l'autoroute mais je dois finir le rendu de ce chantier ici.
 - Ah toujours ta conscience professionnelle ! Rien de ce que tu as construit ne s'est écroulé que je sache ? Bon... Il te faut combien de temps pour revenir de Pleaux ?
 - S'il n'y a pas de neige, euh disons... 6 heures... je serai...
 - Bien, bon, je mettrai la dinde à cuire en conséquence, tu verras que c'est encore Gilles et Hans arrivant d'Allemagne qui seront là avant toi.... Bon, fais attention à toi. Sois prudent sur la route. J'aime mieux que tu arrives tard que pas du tout.
 - Oui, Jocelyne. Je te le promets. Je t'embrasse ma Princesse. À demain.
 - Oui à demain. Je t'attends.



Par ordre d'apparition :
 - Lyon, Centre d'échanges gare de Perrache, mail piétons, Atelier d'Architecture et d'Urbanisme, René Gagès. Édition Combier, non datée, pas de photographe nommé.
 - Pleaux, centre de vacances C.C.A.S, le foyer, la nuit. Photographie et édition de Sully, pas de nom d'architecte.

Merci Claude pour cette donation.


mardi 27 octobre 2015

Premiers pas sur un chef-d'œuvre




















L'avion survole Lyon.
Le pilote prend l'axe visuel de la rue Victor Hugo et glisse au-dessus du centre d'échanges multimodal, gare Perrache, dessiné et conçu par René Gagès et l'Atelier d'Architecture et d'Urbanisme si on en croit l'éditeur de cette carte postale Combier.
Je suis de ceux qui considèrent qu'il s'agit là d'une pièce maîtresse de l'architecture du XXème siècle et qu'il est grand temps de la défendre, de l'aimer.
L'objet est étonnant car il constitue une forme architecturale peu répandue celle du nœud construit. Comment faire croiser les trains, les automobiles, les piétons et les transports en commun dans un seul et même lieu ?
Comment faciliter les échanges entre tous ces modes de transports, comment donc bâtir une architecture de la circulation ?
René Gagès y répond avec une immense poésie c'est-à-dire qu'il y répond par une extrême rationalisation poussant l'architecture jusqu'à son paroxysme d'outil, adossant l'ensemble des fonctions les unes aux autres, greffant dans la ville une mécanique spatiale unique en son genre. Sur le toit de cette mécanique des fluides et des arrêts, il pose une terrasse et un jardin pour que chacun puisse attendre et retrouver ceux qui viennent, ceux qui partent, ceux qui arrivent.



Si vous aimez les bidules Design, si vous aimez le formalisme inutile, si vous aimez placages et les effets passez votre chemin. Le centre d'échanges de Perrache c'est comme une pièce chirurgicale, un réseau prenant forme, définissant dans ses espaces ses rôles. Rien de moins, rien de plus. C'est ce qui en fait la beauté, son intelligence, sa force urbaine et donc, je le redis, sa poésie.
Voyez :



















Sur cette carte postale Combier, le photographe photographie un père et son enfant faisant ses premiers pas dans un jardin suspendu sur le centre d'échanges. Apprendre à marcher là, quelle chance !
Comment depuis ce cadrage pourrions-nous deviner ce qui se passe sous les pieds de l'enfant et des visiteurs, cet immense jeu d'allées et venues de véhicules, de trains etc...
Offrir une place au-dessus de ce carrefour gigantesque, une place calme, une place urbaine c'est tout de même un exploit.
Nos yeux ne peuvent aussi, depuis ce point de vue, que se réjouir de l'aire de jeux que nous reconnaissons bien, production de Sculpture-jeux, modèle identique à celui de Fontenay-sous-bois.





samedi 14 février 2015

Bron Bron Bron faisait l'avion



 - Oh c'est incroyable !
 - Pardon ?... entends... bien...
 - Je dis... est... oyable...
Jean-Michel fit signe avec son pouce en l'air que la virée lui plaisait bien ! L'avion passait maintenant pour la deuxième fois au dessus de L'U.C. 1 de Bron-Parilly. Le pilote, un type aussi jeune que lui avait appris à piloter en Angleterre à la Royal Air Force pendant la guerre et se permettait des mouvements d'appareil un rien effrayants. Il lui arrivait de tenir le manche entre ses genoux pour pouvoir faire des signes des deux mains à Jean-Michel car le bruit du moteur était assourdissant et caviardait la conversation sans arrêt. Alors les signes des mains remplacèrent le langage des mots et les deux jeunes hommes dans la complicité de leur génération et la folie joyeuse de leur jeunesse commune faisaient des acrobaties qui débordaient largement la mission photographique confiée à l'ingénieur par Bourdeix et Grimal, deux des architectes de cet ensemble hyper-moderne et innovant. Jean-Michel travaillait surtout avec le troisième architecte, René Gagès pour lequel il avait une admiration profonde due au charisme simple et tempéré de ce dernier.





Jean-Michel voyait parfaitement les cabanes du chantier et notamment celle un peu isolée au bord de la route où il travaillait depuis deux mois. Il regardait la forme générale de l'ensemble et s'émerveillait de sa belle grille de façade cinétique et du très beau travail de couleurs fait par Jean Amado mais aussi, il s'étonna de la proportion de cette barre si étroite pour sa longueur qui en faisait depuis le ciel une chose presque fragile, fine, comme un tasseau posé sur son champ. Et quel contraste avec le reste des habitations et du paysage ! Jean-Michel aurait voulu que cette barre coure à l'infini de ce paysage, adoptant sa topographie, jouant avec les vallons comme un mur de pierre avançant dans la campagne. Il se souvenait du choc du projet d'Alger de Le Corbusier et d'ici, depuis l'avion, il se dit que le toit aurait bien pu aussi être un paysage comme pour Marseille.



L'avion fit un appui sur la gauche et reprit de l'altitude puis plongea à nouveau vers la droite et soudain, comme pour confirmer ses réflexions, la grande courbe de l'autre unité de voisinage vint s'inscrire sur le Plexiglass du cockpit. Plus aucune parole, plus aucun geste dans l'avion, les deux hommes étaient comme muets devant la puissance de cette construction qui faisait fi de son  environnement, prenait l'espace et surtout, l'inventait. En même temps que Jean-Michel voyait par transparence les structures, les défis techniques, les réalités de la construction, il était saisi par la poésie délicate de l'ensemble et comment l'architecture ici dessinait le monde au service du logement social. Il voyait dans l'immeuble la force de cette France qui se relève, la naissance possible d'un nouveau monde offrant toutes les ambitions de l'industrie au service des populations à reloger. Et dans cette forme géométrique dont il savait jubiler, dans l'étalement de cette courbe, c'étaient soudain toutes ses compétences réunies qui prenaient formes dans le réel, comme pour dire que la géométrie, le calcul, les mathématiques et les matériaux ne sont pas des abstractions vaines ou violentes mais des outils d'émancipation. Le pilote s'amusa un peu et vint en rase-motte au-dessus du toit sur lequel de minuscules ouvriers travaillaient encore. Puis l'avion passa entre les deux tours avant de remonter d'un coup, clouant les deux hommes dans leur siège.



Jean-Michel eut le temps de reconnaître une dernière fois la voiture de René Gagès et il comprit alors que ce dernier lui avait offert, au-delà de sa mission, une occasion unique de voir son travail.
Grimal, Bourdeix et Gagès venaient par ce vol de lui dire merci pour l'ensemble de son travail de calcul. Il fit pour rien un signe de la main pour tenter à son tour de les remercier.
Il ferma les yeux laissant pendant quelques secondes le bruit du moteur habiter son esprit.
Il faudra raconter cela à Jocelyne.

Par odre d'apparition :
Bron-Parilly, architectes Bourdeix, Gagès et Grimal, vue aérienne sur U.C. 1, éditions J. Cellard.
Bron-Parilly, Vue générale, éditions Cellard, architectes en chef : MM Bourdeix, Gagès et Grimal.
La carte est datée du 2 septembre 1958 à midi...

dimanche 12 janvier 2014

Tout est à sa place

Sur une carte postale Estel en Éditions de Luxe et en photographie véritable, s'allonge implacablement une Unité de Construction à Bron-Parilly.


Nous en sommes un peu loin, comme pour bien la faire tenir dans le cadre, il faut dire que la barre est une géante qui déploie sur sa façade toute la complexité des typologies d'appartements.
Exactement contemporaine des Cités Radieuses, elle n'a que peu à leur envier finalement, sauf quelques points majeurs comme le toit non aménagé et l'absence de pilotis. Il serait même aisé ici, devant cette peau photographique de confondre les deux pour un regard non averti.


Il faut dire que les architectes de cette construction avaient bien tenté de faire ici moderne. Ils y avaient réussi en grande partie et malheureusement cet héritage est aujourd'hui disparu.
René Gagès l'un des auteurs de ces Unités de Construction avait bien ici déployé tout son talent mais surtout tout son regard sur le programme et les fonctions de cette typologie. Et, il serait aisé sur une image un rien durcie par le noir et blanc de ne voir là que du Hard French à l'avenant.
Mais les architectes Pierre Bourdeix, René Gagès et Franck Grimal ont bien ici œuvré même si les propos tenus dans le N° 66 de l'Architecture d'Aujourd'hui mettent plus l'accent sur la pré-fabrication lourde de l'ensemble que sur le mode d'habitat ou sur la manière dont on peut vivre ici. Pourtant, comme il est dit dans ce superbe petit film consacré à cet ensemble et à ce travail, "tout est à sa place" et on devine bien une attention particulière à l'habitant.



<iframe frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0"  scrolling="no" src="http://fresques.ina.fr/rhone-alpes/export/player/Rhonal00151/360x270" width="360" height="350"></iframe>

Gain de place, modularité des espaces, circulation dans le logement, lumière, confort moderne s'associent alors pour vivre bien, du moins... pour vivre mieux. On notera que l'article consacré à Bron-Parilly est juste après celui consacré à la Cité Radieuse de Rezé... Les deux typologies, les deux exercices sont donc bien là, ensemble. On remarque aussi que l'article consacré à Bron-Parilly montre des photographies de l'industrialisation du bâtiment et peu des appartements (sauf par les plans) alors que la Cité Radieuse est dépouillée dans chacun de ses détails et de ses aspects par la belle photographie de Lucien Hervé... Il y a bien là une forme hiérarchique établie par la revue qui utilise les photographies de Lucien Hervé pour faire sa couverture !
J'aime pour ma part cette drôle d'opposition entre UNITÉ D'HABITATION et UNITÉ DE VOISINAGE dans la revue. Une poétique de la nomination dont il faudrait analyser la portée et les choix puisque on trouve également l'appellation Unité de Construction... Est-ce que chez le Corbusier le privé est serti dans le collectif et que finalement l'échange avec l'autre est du domaine d'une décision des particuliers alors qu'à Bron-Parilly, le voisinage et donc les relations sociales sont plus désirées et constituées dans la construction elle-même ? On peut aussi penser que chez Le Corbusier le traitement total des multiples fonctions (habitat, écoles, commerces etc.) dans une forme tenue et close sur elle-même (sorte d'île autonome) s'oppose à celle de Bron-Parilly dont seule la fonction d'habitat est présente dans la construction, laissant à l'urbanisme et non à l'architecture la dispersion de l'ensemble des fonctions sociales. Me trompé-je ? (oui je sais c'est dur à dire).












<iframe frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://fresques.ina.fr/rhone-alpes/export/player/Rhonal00151/360x270" width="360" height="350"></iframe>