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samedi 24 mai 2025

Revoilà les soviets constructivistes alsaciens !

 Quel plaisir de retrouver les soviets et les constructivistes russes sur une carte postale ancienne ! Les plus fidèles de ce blog (et vous l'êtes n'est-ce pas ?) auront certainement reconnu ce pavillon de l'Union des Républiques Soviétiques Socialistes créé pour la Foire Exposition de Strasbourg en 1929. Nous avons déjà analysé le type de cette construction dans cet article, je ne vais donc pas me répéter mais ici, sous cet autre angle on peut confirmer ce que j'ai déjà dit et aussi y voir des différences. La plus évidente est que, sur ce cliché, les lames pointus comme des cutters qui font tout le dynamisme de l'entrée sur la première carte postale ne sont pas encore posées. On pourrait donc dire que cette dernière carte est en fait la première. Combien de temps entre les deux clichés ? Impossible de le dire. Le photographe aurait-il été un peu trop pressé de faire des images, ne sachant pas attendre la fin du chantier ? On note bien qu'il s'agit d'une construction fragile, sans doute très économique, toute de bois ou presque. Une sorte donc de cabane dont on ne peut malheureusement pas deviner les couleurs.

Pour le reste...peu de choses à ajouter à la première carte. Malheureusement celle-ci n'est pas écrite, ni datée. L'édition est là encore due à la représentation Commerciale de l'U.R.S.S. en France. On aurait aimé savoir enfin qui a dessiné ça, dans quel cadre esthétique, sur quel proposition architecturale donc politique. Il s'agit donc d'un beau document qui prouve une certaine présence du constructivisme russe en France. On devine que ce type de cabane légère et maigre a pu sans doute à la fois rencontrer un public et dérouter un autre. 

Y-a-t-il dans les archives de la Ville de Strasbourg des informations sur ce pavillon ? Qui veut mener l'enquête ?

Et comment ne pas tomber sous le charme de ce cabanon soviétique ?


 pour revoir d'autres articles sur la présence constructiviste en France :


lundi 4 septembre 2023

Club Roussakoff Melnikoff Klub Russakow Melnikov

Dans ma petite histoire personnelle, dans les souvenirs qui ont fondé mon rapport à l'architecture moderne et contemporaine, il ne fait aucun doute que ce bâtiment fut pour moi comme un déclencheur important. Je me souviens si bien de ce cours sur le Constructivisme et les Avant-Gardes russes que nous donnait Annie Boulon, notre professeur d'histoire de l'Art au Lycée André Maurois. J'adorais ses cours et me revient facilement en mémoire la vision d'une diapositive projetée nous montrant ce si célèbre bâtiment de Melnikoff. Je me souviens surtout du mot engrenage que Annie Boulon associait à ce morceau de bravoure, voulant nous montrer comment les références mécaniques et industrielles alimentaient en images poétiques les visions de ces architectes de la Révolution d'Octobre. Aujourd'hui, je suis en âge d'interroger ce rapport entre un mot et une architecture mais il me reste ce moment important permettant aussi à ma mémoire de me souvenir quarante ans après de ce cours et donc aussi de ce bâtiment incroyable. 
Je reste depuis attaché à ce souvenir mais aussi à ce style architectural. Je fus donc particulièrement surpris de revoir et de trouver cette première carte postale du Club Roussakoff. Comment pouvais-je penser qu'une telle carte existait ?





On a au dos de cette carte la description en français (!) de cette architecture. On a la date, 1928, le nom de l'architecte, Melnikoff et même le nom de l'éditeur : Trust Mosresclamspravizdat...sic...C'est déjà bien non ? Je note la piètre qualité du papier et de l'édition qui n'est pas datée mais que je pense être de l'époque, du moins du début des années Trente. La carte ne fut ni expédiée ni écrite. Le grain de l'hélio est épouvantable (on ne peut lire les inscriptions) mais donne à l'image un aspect assez esthétique. Je m'étonne qu'un document aussi fragile ait pu traverser ainsi le temps. 
J'ai cru longtemps que j'avais déjà beaucoup de chance de trouver une carte postale d'un bâtiment aussi iconique mais j'ai attendu plusieurs années avant de trouver aussi ça :




Cette première carte est encore plus pauvre dans son édition que la première. Le papier est si léger qu'il est difficile de croire que cette carte postale aurait pu soutenir un voyage par la Poste. On dirait un papier de journal ! Pourtant, tous les signes éditoriaux d'une carte postale sont bien là et la description, cette fois, ne se fait qu'en anglais et en allemand. Je ne sais pas quoi conclure de l'absence du français, cette fois. On note donc qu'il s'agit bien du Club Municipal des travailleurs Roussakoff, ici écrit Russakow, bien entendu. On note qu'une fois encore le photographe a attendu l'hiver et même la neige pour faire son cliché. On note aussi beaucoup d'inscriptions sur la façade qui resteront pour nous indéchiffrables. Bien entendu, c'est toujours cette façade que choisit le photographe, cette façade qui fait à elle seule le spectacle architectural du bâtiment. Il reste difficile de lire la volumétrie globale du Club. On perçoit aussi que cette carte postale fut détachée d'un carnet ou d'une autre édition si on en croit son bord gauche. Une série ?
Cette carte ne nomme pas l'architecte Melnikoff et le nom de l'éditeur est mystérieux : All-Union Company "Hotel Limited"...L'image donne une impression de massivité, de puissance en fermant les blocs, en exagérant les ombres. La radicalité est à son comble.

Mais voilà que je trouve cette dernière version :




Superbe surprise de retrouver le Club Roussakoff, une fois encore sous la neige mais cette fois en couleurs. Comme l'éditeur Aura date son édition de 1987, on peut en conclure que l'Union Soviétique voulait bien communiquer sur cette période de son histoire de l'architecture et que le bâtiment de Melnikoff apparaissait encore (ou déjà...) comme du Patrimoine digne d'être montré et défendu par la carte postale. On sait comment le retour un peu tardif sur cette héritage a eu lieu dans cette période, juste avant l'écroulement de l'Union Soviétique. Le rachat de la réputation de Melnikoff comme appartenant à l'Histoire de l'Architecture est donc prouvé de la sorte. Y-avait-il déjà en 1987 un tourisme architectural dédié au Constructivisme en Union Soviétique ? Sans doute car les années 80 et le Post-Modernisme ont beaucoup regardé alors cet héritage. La fameuse exposition Paris-Moscou avait eu lieu en 1979.
On note ici la très belle qualité éditoriale et photographique de cette carte postale. Je m'étonne du choix audacieux d'un format à la verticale resserrant encore le détail de l'engrenage géant du Club Roussakoff. C'est un peu une image pour amateur connaissant déjà le bâtiment et moins une carte postale descriptive chargée de le montrer. Ce détail, en quelque sorte signe la complicité du regardeur avec l'objet architectural. Ce qui reste mystérieux pour moi, pour ces trois cartes d'ailleurs c'est bien le lieu de leur diffusion. Et comment les touristes pouvaient donc acheter ces cartes. Sur place ? Dans le Club lui-même ? 
Peut-être.
Mais me vient une question : comment les cartes postales expédiées vers la France ont pu apporter à leur époque une influence à nos architectes ?

Pour tout bien comprendre de ce bâtiment, je vous conseille ces sites :

Pour revoir Melnikoff et le constructivisme sur ce blog (bon courage) :l
etc....


mardi 6 décembre 2022

le constructivisme soviétique en France, une preuve :

 On va de surprise en surprise si on suit les pavillons de l'U.R.S.S en France ! Trop vite, on le sait, on s'arrête à la production du somptueux et spectaculaire Pavillon de Melnikov à Paris en 1925 (icône parfaite) mais on oublie le reste de la production des pavillons de l'U.R.S.S, production dont on commence ici sur ce blog à faire le tour.
Et voilà une nouvelle étape de la présence du constructivisme soviétique (et russe ?) en France :



Ce pavillon superbe est bien celui de la Foire de Paris. Malheureusement la carte postale ne nous indique pas l'année... ni le nom de l'architecte...ni le nom du photographe. Ça fait peu d'informations. Ne nous reste que la forme et l'écriture de cette petite architecture éphémère dont on ne peut pas nier qu'elle est marquée par une certaine idée de la géométrie simple, du désir de faire moderne.




Depuis ce point de vue, trois volumes se succèdent et le dernier finit même en lanterneau largement ouvert soutenu par le mot U.R.S.S répété cette fois à la verticale. D'ailleurs les lettres énormes couvrent le bâtiment par deux fois ! On ne peut pas risquer de se tromper quant à l'attribution de ce dernier !
Ouvertures généreuses dans un angle, hublot sur-dimensionné sur le coté, jeu de couleurs éteintes par le noir et blanc, tout cela fabrique bien une architecture qui se veut moderne, dépouillée, franche et un peu raide aussi.
Mais l'ambiance frustre tient aussi à l'édition dans un noir et blanc un peu fade, un peu doux comme si un ciel blanc de brouillard était tombé sur la construction mangeant un peu les lignes du bâtiment.
On ne peut pas pour l'instant attribuer cette architecture à qui que ce soit, on ne peut pas savoir si ce dessin est venu d'Union Soviétique, si ce pavillon a été conçu en France par des soviétiques en séjour le temps de la foire. On ne sait pas grand chose mais on peut dire tout de même que cette architecture est encore dans la veine d'un constructivisme bien senti, qu'elle est modeste mais bien dessinée et qu'elle a (bien évidemment) disparue...
On peut, une fois encore, s'interroger sur l'influence d'une telle présence constructiviste à Paris avant les années trente. 
Et, on ne sait pas non plus comment était conçu l'intérieur, quel service rendait alors la tour-lanterne, quelle production de ce pays était alors promue à l'intérieur ni quel écho critique ce pavillon a reçu.
La carte postale est une édition soviétique et donc officielle puisqu'elle indique l'adresse de la représentation commerciale de l'U.R.S.S à Paris.
Une image autorisée donc mais une image un peu pauvre.

Pour suivre ce dossier :

mardi 11 janvier 2022

Des constructivistes et donc des communistes à Strasbourg


 
Il est amusant de voir comment le constructivisme officiel a essaimé en France depuis le Pavillon de 1925 de Melnikov (Melnicov, Melnikoff etc...). Après la découverte de Zolotobin à Marseille, voilà que c'est à Strasbourg, en 1929, que l'on retrouve les constructivistes soviétiques. Et de quelle manière !
Car il ne fait aucun doute au vu de cette carte postale que l'influence du Pavillon de Paris est grande. D'abord le toit clairement inspiré des croisements de l'escalier de celui de Paris puis l'entrée spectaculaire faisant entrer les visiteurs entre des lames dont on devine par le constat qu'elles devaient être de couleur (rouge sans doute ?)
Évidemment, le plan en est bien plus simple, un rectangle, mais on pourrait aussi voir dans cette simplicité, cette fragilité le sens-même de l'influence du pavillon préfabriqué de Melnikov à Paris.
On notera que la carte postale, malheureusement, ne nomme pas le ou les architectes, il est donc difficile de savoir si cette construction fut supervisée par un compagnon de Melnikov et encore moins par Melnikov lui-même, ce qui semble peu probable. Pas plus nous ne saurons si Zolotobin est intervenu dans cette propagande architecturale de L'U.R.S.S comme il l'a fait pour Marseille.
La carte postale nous indique seulement qu'il s'agit là d'une représentation commerciale de l'U.R.S.S, 25 rue de la Ville-L'Evêque à Paris. Peut-être que c'est là que travaillait Zolotobin.
Qui en dessina les plans ? Des soviétiques travaillant en France ? Les plans furent-ils décidés en France puis contrôlés par l'U.R.S.S ? Cela est presque certain de la part d'un état aussi bureaucratique. Est-ce que cette fragilité apparente est aussi l'expression d'un état pauvre, jouant sur l'intelligence pour faire de l'économie un signe de sa modernité ?
Deux messieurs à chapeau à large bord et une dame sont sur le perron et nous attendent. Ils donnent l'échelle de la construction. On s'amuse à rêver que Zolotobin soit l'un deux...
On voit donc que de 1925 à Paris, en passant par 1928 à Marseille et donc 1929 à Strasbourg, la Représentation Commerciale de l'U.R.S.S produit trois Pavillons, tous bien marqués par l'influence constructiviste, très affirmée même, et que ces architectures semblent poursuivre par des formes simples, une certaine pauvreté des matériaux et une éloquence affichée, une architecture avant-gardiste.
Va-t-on vers la découverte d'une école française du constructivisme soviétique en France ? Qui donc étaient ceux qui travaillaient pour cette image moderne en France ?





Mais...
Mais ce n'est pas fini.
Le verso de la carte postale est tout aussi passionnant, je vous le transcris difficilement tant l'écriture est en pattes de mouche.

Strasbourg, le 5 octobre 29
Mon cher Jean,

Merci de ta carte qui nous annonce ta rentrée dans la cage !!!
Notre ami Carlier est toujours en U.R.S.S. il est emballé. Les camarades l'hébergent entièrement à l'œil depuis son arrivée ; ils ne veulent pas qu'il paye 1 centime -ni un kopeck- et sont charmants. Il va tous les soirs au théâtre, qui est tout simplement merveilleux. L'Opéra de Moscou laisse loin derrière lui celui de notre Paris aussi bien illisible, que décors, musique -etc- Le Congrès de Médecin est très intéressant- les installations scientifiques sont hors lignes. Carlier traduit en français et en allemand tous les travaux du congrès. De tout cela il résulte que la haine contre L'U.R.S.S est justifiée de la part des capitalistes car ceux-ci pensent illisible se rendre compte des progrès de géant réalisés là-bas !
As-tu lu les attaques de cet arsouille d'Istrati dans la N.R.F. en voilà une fripouille qui ribouldinguerait là-bas. maintenant insulte salauds ! (sic) Les roumains sont des vauriens. Amitiés Piôtr.

Mais qui sont ce Piôtr et ce Jean à qui est adressée la carte postale ? Qui est ce Carlier qui reste en U.R.S.S ?
Pour Istrati, aucun doute, il s'agit de l'écrivain Panaït Istati dont on sait ce qu'il pensait de l'U.R.S.S. 

Pour Carlier, il pourrait bien s'agir de Aimé Carlier dont la biographie ici semble corresponde point à point à la carte, notamment pour ce qui est des traductions.

On reste sans précision donc sur Piôtr et son ami Jean. Par contre, on devine donc que Piotr est un lecteur de la N.R.F et que les précisions sur le Médecine et l'Opéra prouvent sans doute un niveau culturel élevé.
En tout cas, Piôtr est à Strasbourg, il faudrait donc peut-être chercher du côté des médecins communistes en Alsace à cette période. À moins qu'il ne soit là que de passage. La carte entièrement recouverte d'écriture fut expédiée sous enveloppe car elle ne possède pas d'adresse pour Jean. La familiarité de l'évocation de Carlier pourrait prouver qu'il s'agit de cadres du Parti communiste de l'époque. Mais... rien n'est certain. On notera, une fois encore que, malgré le choix d'une architecture audacieuse et politiquement marquée, le correspondant ne fait aucune allusion à cette architecture, n'émet aucun jugement positif ou négatif sur ce qu'il y a vu. L'image fait foi de cette modernité et de cette communauté d'idées.
Il va sans dire que, pour notre part, cette carte postale de par son image et son texte, fait partie maintenant des plus belles de la collection de David.
Walid Riplet.

Pour relire les articles sur Georges Zolotobin, Melnikov et les constructivistes :






mercredi 24 juillet 2019

La nuit sur leur vie

Il m'est toujours apparu comme étrange ce noir profond entourant les photographies de maquettes d'architecture.
Il ne s'agit pas d'une nuit tombée sur les bâtiments ou imitée par les photographes de studio car cette nuit artificielle ne laisse aucun doute sur la nécessité et la raison de faire voir le bâtiment. Il n'y a là aucune illusion d'une nuit mystérieuse, enveloppante, occultante. Non, bien au contraire, ce noir est celui d'une lecture maximum qui doit, par l'éclairage contrasté et parfaitement englobant, faire lire la maquette. C'est un noir qui cerne, qui entoure, qui donne à voir.
La lumière, si elle tournait autour de la maquette dans le studio du photographe, donnerait forcément à voir la banalité des artifices du studio. Cela serait trop direct comme lecture de l'échelle. Ici le noir autour des maquettes sert bien à oublier la réalité de cet espace du studio, à faire tenir dans un onirique réel la forme parfaitement lisible de la future architecture.
Comme c'est beau cette poésie étrange.
Mais personne n'est dupe. Ni du jeu des illusions des échelles, ni des illusions des lumières. Personne, ni l'architecte, ni le maquettiste (personnage toujours anonyme) ni l'acheteur de la carte postale.
Tout tient dans une cohésion de principe, une adhésion à ce jeu.
Voici :



Cette somptueuse représentation de la maquette du pavillon de l'U.R.S.S pour l'exposition de 1937 ne nous donne pourtant ni le nom du studio de photographie, ni le nom du maquettiste. Cette carte postale par contre nous donne bien le nom des architectes : Iophan pour le soviétique et Bonnères, Coquet et Jossitewitch pour les français. Elle est une concession de H. Chipault pour S.P.A.
On les connaît bien.
On devine que la sculpture n'est pas encore bien déterminée. Peut-être que le maquettiste n'a pas su bien la réduire ou qu'il n'a pas eu assez tôt des images de celle-ci terminée. Mais d'ailleurs d'où provient cette maquette ? Quel est son rôle ? Où était-elle visible ? Qu'est-elle devenue ?
Dans l'exposition Rouge au Grand Palais, j'ai vu une maquette similaire qui me fit comprendre la radicalité de ce pavillon si souvent décriée comparé à celui plus bouleversant de Melnikov en 1925. Pourtant, ce couloir infini buttant sur l'étagement de volumes finissant en socle géant est, finalement, bien radicale aussi. Comme une locomotive cubiste.
Une autre nuit, à Paris, la même année :


Et pour le même H. Chipault...
Il devait avoir l'exclusivité des éditions de maquettes !
Ce très beau pavillon donnant à voir une complexité très technique faite de flèche, de croisillons, de portiques en métal et pleine aussi de décrochements est celui de la Tchécoslovaquie. On dirait presque l'une des Folies de Tschumi pour la Cité des Sciences, une sorte de condensé technico-futuriste dont l'influence vient jusqu'au Centre Pompidou...
L'architecte de ce beau pavillon est Kreskar dont je ne trouve de trace nulle part... Il est associé à Nicod, Molinié, Boulanger et Barberis.
Un accident de tirage ou de prise de vue produit un flou sur le devant de la maquette, comme une brume matinale. Les câbles sont mal tendus pourtant la flèche se dresse bien dans cette nuit de studio. Le contraste avec l'architecture de Iophan est dur. Ici la légèreté arachnéenne du métal répond à la masse des russes. Une fragilité peut-être...
Mais pourquoi Kreskar l'architecte de ce beau projet reste si peu visible sur le net ? Qu'a-t-il fait ? Qu'est-il devenu après ce moment parisien ? Est-ce que la nuit de la maquette serait aussi tombée sur sa carrière, son destin ?

Je vous donne à voir quelques images de la maquette du Pavillon Soviétique prises dans l'exposition Rouge. Si j'ai bien compris, je dis bien si, il pourrait bien s'agir de cette maquette vue plus haut même si les arbres ont depuis perdu leur feuilles...






































Pour revoir quelques articles concernés par cette thématique :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/09/avoir-une-belle-poutre-bien-droite.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/marcel-aux-pays-des-soviets.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/10/melnikov-un-temoignage-exceptionnel.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/10/un-constructiviste-marseille-en-1928.html
https://archipostcard.blogspot.com/2012/10/face-face-extreme.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=maquette


samedi 21 octobre 2017

Un constructiviste à Marseille en 1928

 - Je l'ai ! Je l'ai ! Je l'ai !
Dans les enceintes de mon autoradio, la voix de Jean-Jean me fit comprendre que je devrais immédiatement à la fois être dans sa joie et dans la compréhension du sujet dont il me parlait.
 - Ouais, David, j'ai retrouvé Zolotobin ! Une photo et une carte !
 - Attends... Deux secondes, Jean-Jean, deux secondes.
Je stoppai la voiture sur le bas côté, je coupai le moteur et j'essayai d'avoir une conversation plus posée avec mon interlocuteur.
 - Alors ? Redis-moi ça calmement, Jean-Jean.
 - David, On a retrouvé ce matin une photo de Zolotobin dans les papiers. Tu vois le carton Pays de l'Est sur l'étagère ?
 - Oui.. Celui à gauche en bas de l'escalier ?
 - Euh non, celui en haut...
 - Qu'importe ! Donc ?
 - Bon eh bien, là, dans une enveloppe du même papier que le texte, on a retrouvé une photo et une carte postale d'un pavillon à la Foire de Marseille en...
 - ...en 1928, reprit Walid dont je reconnus la voix en arrière-plan.
 - Ouais, 1928. La photo est étrange comme un photomaton mais découpée dans une carte postale également très bizarre mais au dos, figure le nom de Georges Zolotobin écrit au crayon et la date de 1928.
 - Ah mais c'est génial ! Je veux voir ça !
Dans l'instant, sur mon portable, je reçus une image des mains de Jean-Jean tenant la photographie puis une autre tenant la carte postale.


























Je m'empressai de demander à Jean-Jean de me faire des scans rapidement et de me les envoyer. Le temps que je rentre chez moi, j'avais dans ma messagerie les images suivantes :




Bien entendu la surprise était totale et la jubilation bien grande. Pourtant il fallait tenter de froidement analyser ce qui pouvait l'être et relativiser aussi un peu l'importance des documents, non pas tellement pour eux-mêmes mais pour ce qu'ils pouvaient livrer d'informations supplémentaires sur Georges Zolotobin. D'abord la carte postale du Pavillon de l'U.R.S.S à la Foire de Marseille n'indiquait aucun lien direct avec Zolotobin à part la promiscuité du rangement. Cela ne nous permet pas d'établir de liens directs et concrets entre les deux images, à part, bien entendu, que Jean-Michel Lestrade avait cru bon de les ranger ensemble. Rien dans les feuillets tapuscrits ne signalant ce Pavillon de l'U.R.S.S. il fallait tenter de trouver un lien. On pourrait en suivant le texte penser que Zolotobin, seulement quelques années après le Pavillon de Melnikov à l'exposition des Arts Décoratifs de 1925, avait pu aussi s'occuper de celui de Marseille en 1928. Cela semble assez logique. Mais de quel type d'aide s'agissait-il ? Avait-il participé au dessin et à l'architecture de ce Pavillon de Marseille ? Ou, comme pour Paris seulement servi d'intermédiaire ou de médiateur entre les différents acteurs de cette construction ? On notera que malheureusement la carte postale ne donne pas le nom du ou des architectes de ce Pavillon qui pourtant affiche clairement une modernité bien marquée.



Le Pavillon rouge flotte sur Marseille.

Sa volumétrie, ses décrochements, la gestion de l'entrée, l'importance même accordée au mot U.R.S.S écrit dans une superbe typo et brandi comme un totem, tout cela donne bien la sensation d'une architecture encore marquée par le constructivisme. On devine aussi des aplats de couleur et on regrette vivement que l'image soit imprimée seulement en deux tons...
Je n'ai rien trouvé sur cette manifestation commerciale à Marseille mais les Foires commerciales de ce type sont assez fréquentes et bien entendu imitent celles de la capitale. Au dos de la carte postale on trouve les indications suivantes :




On peut donc penser que Zolotobin ait travaillé pour cette Représentation Commerciale de l'U.R.S.S. à Paris. On notera que les tampons de la Poste indiquent bien que la carte fut expédiée au moment même de la Foire de Marseille même si le correspondant semble illisible. Il ne peut bien entendu pas s'agir de Jean-Michel Lestrade car, rappelons-le, ce dernier est né en 1923. Les documents sont donc arrivés chez Lestrade bien après. Don de Zolotobin lui-même ? Possible mais on sait aussi que Lestrade conservait et cherchait des documents de tous ordres pour ses archives. On notera enfin que le cliché de ce Pavillon de l'U.R.S.S est signé Rap et que la qualité éditoriale de cette carte postale est vraiment peu luxueuse...
Pour ce qui est de la photographie de Georges Zolotobin, je crois que c'est plus simple. On voit d'abord un jeune homme au chapeau à bord très large et bien enfoncé sur une tête qui est sérieuse et qui sait qu'elle pose pour la postérité. Il s'agit d'une photographie de studio. On devine un manteau d'hiver et la date écrite à la plume et à l'encre verte nous indique le 20 mars 1927 ce qui correspondant à l'age de Georges Zolotobin né en 1900.


Au dos, avec la date apparaît donc son nom, écrit au crayon et sans doute a posteriori comme pour ne pas oublier qui est photographié. On reconnaît d'ailleurs l'écriture de Jean-Michel Lestrade. On note aussi que la photographie est tirée sur un papier ayant les marquages d'une carte postale, je pense donc que cette photographie fut tirée sur un papier pour carte-photo, sans doute avec plusieurs vues puis découpée selon les besoins en plusieurs petites photographies. Mais quel visage ! Quelle expression ! Il serait aisé de voir dans ce portrait l'image d'un jeune homme de caractère, sûr de lui, fier même, surtout de son chapeau superbe. Vu la familiarité de cette photographie, je suis certain que c'est Zolotobin qui l'a donnée directement à Lestrade, je n'imagine pas qu'un tel document, aussi personnel, ait pu être trouvé par Lestrade en dehors du cercle familial de Georges Zolotobin. Si on conclut à cette proximité, cela veut dire également que Jean-Michel Lestrade a connu personnellement au moins la famille de Zolotobin si ce n'est Zolotobin lui-même qui, rappelons-le habitait Sèvres tout comme Lestrade...
Un scénario se dessine : Lestrade fait un enregistrement du témoignage de Zolotobin et lors de cet enregistrement ou à cause de lui, une amitié pousse Zolotobin a lui confier son histoire et aussi ces deux documents. Mais pour quoi faire ? Et pourquoi alors que l'ordre règne dans les documents du Fonds de l'Agence Lestrade, le tapuscrit de l'interview et ces deux documents ne furent pas conservés ensemble ? Un projet éditorial ? Un article ? Et pourquoi Zolotobin ne fait pas allusion à ce Pavillon de la Foire de Marseille en 1928 dans son témoignage ? Pourtant, ce Pavillon par son architecture prouve bien qu'en 1928 la jeune U.R.S.S communiquait encore avec une architecture moderne et abstraite même pour une manifestation en Province. Mais quel document !
Le souci c'est que, évidemment plus on creuse, plus il faut trouver des réponses. Qui furent les architectes de ce Pavillon, quel rôle Georges Zolotobin a joué dans sa construction, pourquoi ne pas l'évoquer dans son témoignage et donc aussi, finalement quelle relation exacte entretenait Jean-Michel Lestrade avec son voisin, son aîné de 23 ans, ayant travaillé avec Melnikov et l'avant-garde soviétique ?
Merci de ne pas copier ces documents sans l'autorisation de la famille Lestrade.


lundi 9 octobre 2017

Melnikov, un témoignage exceptionnel

Dans cet article, j'évoquais la découverte, pliés en deux dans l'ouvrage Architecture et mode de vie, de quelques feuillets tapuscrits sur un papier extrêmement fin.
Ces feuillets provenant de la bibliothèque du Fonds de l'Agence Lestrade, je vais vous les donner à lire car ce qu'ils contiennent est sans doute un témoignage de la première importance sur la construction du Pavillon de l'U.R.S.S à Paris par Melnikov, architecte constructiviste.
Les feuillets donnent peu d'informations sur leur origine. On comprend rapidement pourtant grâce à de fréquentes notations de coupures qu'il s'agit de la transcription écrite d'un ou de plusieurs enregistrements d'une conversation avec un interviewer anonyme et un certain Georges Zolotobin qui est le témoin de cette histoire. Les feuillets ne sont pas datés mais si on en croit la fiche de renseignements de la première page, nous serions en 1978. On notera aussi que Georges Zolotobin est domicilié à Sèvres, tout comme l'Agence Lestade et la famille. Le voisinage doit certainement indiquer quelque chose sur la présence de ce témoignage chez Jean-Michel Lestrade. Pourtant aucun des enfants, Mohamed ou Gilles (merci messieurs !) ne se souvient de ce nom ou de cette amitié avec leur père. Aucun autre document pour l'instant, dans les archives de l'Agence Lestrade ne parle de ce Zolotobin. Le fait que ces pages soient simplement pliées et rangées dans le plat de couverture d'un livre consacré à l'architecture soviétique raconte bien par contre comment Jean-Michel Lestrade accordait une importance relative à ce témoignage et aussi comment il avait décidé de l'associer à Anatole Knopp dont on pourrait déduire qu'il est l'interviewer même si cela peut sembler étrange car il est lui-même nommé par Zolotobin. On sait déjà que Jean-Michel Lestrade avait des amitiés disons progressistes et communistes et qu'il a travaillé d'une certaine manière pour le bloc de l'Est, presque à son corps défendant, du moins, c'est ainsi qu'il a toujours raconté son histoire. Si on observe de près encore l'aspect des documents avant leur contenu, on voit un papier à lettre très fragile, extrêmement léger comme on en produisait pour les courriers internationaux pour limiter leur poids. On voit aussi la très mauvaise qualité de la transcription à la machine à écrire, pleine de fautes de frappe, d'une mauvaise mise en page, voire des hésitations orthographiques notamment sur le nom même de Melnikov orthographié Melnicov. C'est donc une personne peu au fait des techniques de dactylographie qui a réalisé cette transcription. Il ne peut s'agir de Jean-Michel Lestrade qui était, selon le témoignage de sa famille, un véritable tueur au clavier comme me l'affirma au téléphone Gilles Lestrade hier, capable d'abattre des pages et des pages sur sa machine Olivetti.
Par contre, pour ce qui est du contenu, aucun doute que cette parole est de premier ordre. On entend enfin une personnalité affirmer beaucoup d'éléments sur la construction de ce Pavillon de Melnikov et l'ensemble est assez ahurissant. La personnalité de cet architecte exilé devenu traducteur et critique d'architecture laisse pantois car, même s'il est très présent à ce qu'il raconte, sa personnalité et son histoire personnelle restent tout de même mystérieuses. En ce sens la petite fiche résumant sa vie est la seule vraie histoire de ce Zolotobin, vraie histoire dont on ne sait malheureusement qui a décidé de la réduire à ces quelques informations. On voit se découper la personnalité d'un homme dont on ne sait rien de sa vie privée, ayant participé à l'épopée de Melnikov à Paris puis sans doute à une vie diplomatique de la jeune U.R.S.S avec des trous et des absences très étonnants. L'homme semble avoir passé sa vie entre les Amériques et la France où il séjourne donc au moment de l'interview. Étant né en 1900, il ne fait pas de doute qu'il est décédé. J'ai demandé à Jean-Jean Lestrade de voir en mairie de Sèvres si on aurait la trace de ce décès et sa date. Le contenu montre aussi un homme philosophant, ayant des idées très marquées sur le Constructivisme ou la philosophie, ayant peut-être aussi, pour ce qui est de la Modernité été retourné par le Stalinisme, sans doute plus pour vivre de manière protégée à l'étranger que par sa possible adhésion à l'idéologie. Il va sans dire que depuis cette lecture, nous (Jean-Jean, Alvar, Walid et moi) tentons notre possible pour retrouver le plus d'informations sur cette personnalité qui, parfois se contredit un peu, par exemple sur la réussite de la préfabrication du Pavillon, contradictions qui peuvent aussi raconter une interview en plusieurs jours.
Dans le fil du texte, on entend d'ailleurs Georges Zolotobin demander si c'est bientôt fini, ce qui prouve aussi qu'il accorde cette interview pour faire plaisir à son interlocuteur, montrant sa lucidité sur le fait que ce qui est intéressant c'est bien son témoignage sur Melnikov et non sa propre vie pourtant très riche et particulière.
Malgré tous mes efforts, je n'ai pu trouver aucune trace de Zolotobin. Même l'excellent ouvrage de S. Frederick Starr sur le Pavillon de Melnikov reste muet.
Je vous donne à voir puis à lire des extraits du texte dont j'ai fait la transcription. J'ai corrigé au mieux les fautes de frappe ou d'orthographe. J'ai indiqué les coupures. Merci à la famille Lestrade de nous laisser partager ce document et merci de ne pas le dupliquer sans autorisation. Ce texte fera en effet l'objet bientôt d'une édition. Pour illustrer ce beau document, je vous en offre un autre au moins aussi rare en fin d'article. Bonne lecture.





Georges Zolobotin : né en 1900 (Aloutcha), étudie à Moscou, ASCOVA, participe à la première consultation pour le Pavillon de l’U.R.S.S. de Melnikov en 25. Ami du peintre Georges Nisski, rencontré au Vhutemas en 1923.Travaille pour Melnikov sur le Pavillon. Reste en France, travaille comme agent de liaisons culturelles pour le gouvernement soviétique en France jusqu’en 1939. En 37 participe activement au Palais des Soviets de l’exposition Universelle de Paris. Fréquents aller-et-retours entre Paris et Moscou, puis reste définitivement en France. Divers travaux de traduction, conseille Le Corbusier pour le Centrosoyouz. Fréquente Maïakosky et organise une partie de son voyage de 1925. Départ probable pour les U.S.A et l’Amérique Latine (Brésil, Mexique) en 39. Aucune trace pendant la guerre.
Retour en France en 1948. Certainement expulsé des U.S.A qui le considèrent comme un possible agent de renseignement. Son nom réapparaît pour des manifestations culturelles diverses, exposition universelle de Bruxelles de 58 et celle de Montreal en 67. Sans doute qu’il sert de traducteur russe/français. Son nom est alors orthographié Zlobotine. Nombreux articles sur l’architecture russe et soviétiques dans les revues comme France U.R.S.S Magasine, Études Soviétiques. Grand ami d’Anatole Knopp (correspondance abondante) il organise avec lui une tournée de conférences sur l’héritage du Constructivisme en Europe (Paris, Amiens, Le Havre, Marseille, Bruxelles). Aragon le nomme dans son ouvrage Histoire Parallèle U.R.S.S. Obtient la Nationalité Française grâce à l’appui d’Aragon en 62. Il organise sans doute la venue de Niemeyer en France pour les siège du P.C.F et appuiera aussi le choix de Niemeyer pour la Maison de la Culture du Havre. Travaille alors pour les éditions Nagel. Voyages officiels comme représentant de l’Architecture Gouvernementale de l’U.R.S.S. dans l’Europe de l’Est, Roumanie (58, 62, 68) et Bulgarie (59, 72).
Semble avoir quitté toutes activités officielles en 78 mais garde de nombreux contacts avec le Parti Communiste Français. Participe à l’exposition 60 ans peinture soviétique, Comité d’Organisation avec Larissa Ivanovna Novojilova en 1977, Musée Russe d’État de Leningrad. Sans doute qu’il participe au choix des œuvres. Son nom est aussi visible dans le catalogue de l’exposition les Châles Russes, Paris. Réside en France à Sèvres. 


- Vous savez tout est arrivé par le train. Tous les éléments étant préfabriqués, il ne restait plus qu’à faire le montage. J’ai dû aider les ouvriers français recrutés pour ce faire mais l’ensemble était bien conçu et il n’y eu aucune difficulté particulière. C’était si simple que les ouvriers russes et français n’avaient pas besoin de se comprendre. Seulement on était en retard et la flèche n’était pas montée le jour de l’inauguration. Mais je ne sais pas pourquoi cela n’inquiétait personne...
-Tout était en bois un peu comme une cabane ?
-Oui, tout en bois sauf les éléments de toiture en toile goudronnée pour l’étanchéité. On aurait dit une cabane c’est vrai. C’était tellement léger que les autres groupes qui montaient leur pavillon croyaient que nous montions l’échafaudage et non le pavillon lui-même. Je me souviens de l’un des charpentiers français qui me demanda plusieurs fois quand est-ce que les pierres de taille arriveraient.
- Cela d’ailleurs choqua en partie la critique de l’époque ?
- De l’époque ? Et encore aujourd’hui ! Melnikov tenait à cette impression, à cette légèreté, finalement à ce manque d’histoire. Ne pas faire semblant que cela avait un poids pour l’éternité. Oui, une cabane, une baraque de fête foraine, on parle trop peu de cette influence, la fête foraine ou le cirque. Pourtant, il y a une expression en français... Ah... Comment dit-on ça déjà... Oui un entre-sort, un entre-sort ! C’est ça. Melnikov avait fait en fait un entre-sort. Autrement dit la fluidité des visiteurs, la circulation entre le dedans et le dehors devait être à la fois lisible et naturelle. Le spectacle tenait bien dans la surprise de se comprendre ou dedans ou dehors. Mais il ne faut pas oublier aussi la couleur. Rodchenko avait fait un travail superbe, fort et très tranchant.
Du gris et du noir ?
Oui et du blanc et surtout il avait compris aussi que la transparence des ouvertures créerait des zones mouvantes et sombres, des ombres visibles depuis l’extérieur. Il avait su jouer avec la polychromie pour faire chanter les aplats de rouge avec la vie du bâtiments. Comme une vitrine de grand magasin. Personne ne pense à Rodchenko pour ce pavillon. C'était pourtant comme une peinture abstraite en volume. On pouvait littéralement pénétrer dans la peinture. La faire bouger avec ses pieds, son corps et ses yeux. Le gris lui prit beaucoup de temps, d’attention. Il avait fait des essais et une palette avec tous les choix possibles. Je me souviens qu’il mettait toujours les feuilles des arbres contre ses gris pour voir comment le vert des feuilles jouait avec.
- Vous étiez tout le temps sur le chantier ?
coupures
- Non pas tous les jours. Melnikov suivait les travaux avec attention, vérifiant bien que tout était bien arrivé. C’était sa hantise qu’il manque une pièce. Mais non, tout était là, il n’y eu que très peu d’adaptations finalement. Des détails comme la rampe de l’escalier ou l’alternance des pointes des triangles de la flèche. Aussi la forme des lettres qui écrivaient le URSS que Melnikov voulait le plus simple possible comme dessinées par des ouvriers à la scie. Mon travail consistait à apporter un peu de confort dans la vie quotidienne, vous voyez, des trucs pratiques comme commander à manger, résoudre les problèmes de livraisons et faire aussi un peu de publicité. J’étais jeune ! Je n’avais peur de rien ! J’étais à Paris ! Je ne suis pas rentré et vous êtes là. (Rires)
coupures
 - Très peu pour le Pavillon de 37. Tout autre histoire. Tout autre construction. Pourtant j’ai travaillé pour la traduction là encore mais pas pour la construction.
- Alors revenons à 1925 et à Corbu.
 - Corbu, il n'avait rien compris au Pavillon de Melnikov. Il le trouvait léger. Je le revois tâter les murs et nous dire que ça irait à la rigueur pour un théâtre japonais mais pas pour une Révolution. Melnikov lui a répondu que faire un trou pour faire passer un arbre c'était du sentimentalisme petit bourgeois tout aussi théâtral. L'autre, il n'a pas apprécié ! Mais Corbu a tout de même fait la visite de Paris avec Melnicov.
- Comment était perçu Corbu par l’équipe de Melnicov ?
- L’équipe je sais pas. Melnikov est resté un peu en retrait, ne sachant pas très bien de quelle manière il était instrumentalisé par les architectes français, chacun voulant faire croire que la Modernité se propageait parce qu’on partageait la banquette arrière d’une même automobile. Corbu, moi je le trouvais important mais le problème c’est que lui aussi se croyait important et que toute son équipe lui disait son importance tous les matins... Corbu pas de doute, un grand mais rien à voir avec la Révolution. Il voulait bâtir pour construire autant son image que des architectures. Mais bon, les Cités Radieuses elles auraient bien pu être à Moscou en 25. Faut croire aussi que Corbu il a bien regardé nos architectes. Faut bien des échanges comme on dit...(Rires)
- Vous l’avez rencontré combien de fois ?
- Oh, je ne sais pas... Souvent... Je l’ai revu en 62 ou 63 pour un dernier article. Toujours pareil. Un peu grande gueule, il nous a reçu en maillot de bain et torse nu dans son cabanon dans le sud. Bon, y en a encore pour longtemps ?
coupures
- Non, non et non. Les constructivistes ne devaient pas être ces despotes de la vie conjugale, de ceux qui se croient force prolétarienne parce qu'ils ordonnent aux machines à l'usine et laissent la femme et les enfants au domicile. Le vrai constructiviste ne voulait pas fabriquer une boite moderne, il voulait ouvrir la boite, en déplier un à un tous les murs sur la terre commune. La femme soviétique ne devait construire qu'un seul mur, celui la protégeant de la violence conjugale des hommes quand bien même ils se diraient constructivistes. Faire une machine à habiter ça n'a de sens que si homme et femme maîtrisent la machine, huilent les rouages, la nettoient et même la jettent ensemble lorsqu'elle est usée. Le patrimoine familial ! Voilà l'ennemi de classe ! Le foyer conjugal voilà l'autre !

coupures
- Je tentais de démontrer que plus la vitesse augmente pour les communications et les circulations moins l’espace de la pensée est ouvert un peu comme le champ visuel se resserre au fur et à mesure que l’on va vite. Il est alors aisé de comprendre que sans espace de réponse ou d’une instantanéité trop forte, la pensée architecturale ou philosophique produira des formes abâtardies, réduites à rien et en métamorphose permanentes. Un monstre s’auto-dévorant. Les communications aujourd’hui ne réclament plus de formes mais des instants. Alors tout suit. C’est pour cela aussi que je crois que Virilio a vu dans les blockhaus la  dernière forme totale, brutale, ancrée, menaçante de notre époque à l’inverse de la pensée-vitesse. Il viendra un jour, vous verrez, où les blockhaus, disons bunkers, j'aime mieux ce mot plus court dans lequel ne figure pas maison, viendra un jour donc où tout le monde les aimera et fera comme si leur présence était un trophée à la compréhension du monde. Ce jour-là, la pensée-vitesse, celle du mur qui court et qui sépare autant qu'il relie, et je mets Berlin dans ce cas, ce jour-là, la pensée-vitesse capitaliste aura tout son sens, sera aimée, dominatrice. Et non seulement, la pensée globalisante aura détruit une seconde fois l'architecture de ces objets de guerre mais aussi le sens même de leur présence. Quand l'art prendra le bunker comme motif, comme Cézanne prend une pomme, le répétera, le déclinera au sens étymologique, alors plus rien ne pourra le sauver de sa lente fuite vers les eaux et la profondeur de la terre. Il faudra renoncer à interpeller ce monde. La guerre aura gagné. Les machines-visions et les horizons abolis par elles seront nos maîtres. Partout des caméras au lieu des mitraillettes tireront des vues en rafale qu'un gardien anonyme épiera toute la journée. Les murs ne seront plus de béton, ils seront d'images.



Cette carte postale du Pavillon de l'U.R.S.S à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925 est rare et très intéressante. On pourrait facilement croire que nous l'avons déjà vue mais il faut toujours être perspicace lorsqu'on regarde une image. D'abord le photographe de cette édition Braun et Compagnie se place au pied même de l'escalier n'offrant finalement que peu de recul sur la construction de Melnikov, ici, orthographié Melnikoff. Cela n'est pas si étrange que cela car, bien entendu cela signifie que le bâtiment se raconte là, dans cet étrange dessin d'escalier, partant de biais, en diagonale dans le pavillon et dont le jeu des planches croisées qui le couvrent accentue encore les effets cinétiques et troublants. Nous sommes donc pile-poil en face du point de vue exactement opposé aux autres cartes postales de ce Pavillon de l'U.R.S.S que nous avions déjà vues sur ce blog. Nous sommes donc aussi, et c'est la chance de cette image au pied de la grande flèche qui le signalait aux visiteurs. On peut observer à loisir là aussi par le jeu des diagonales, des triangles ce vocabulaire de la fragmentation, de la fragilité aussi. Des vides associés les uns aux autres, des espaces pulvérisés comme si l'ensemble était inachevé, dans un état intermédiaire en quelque sorte.



On devine aussi au travers de la large vitrine quelques objets d'Arts Décoratifs qui étaient visibles dans le Pavillon de Melnikov. Finesses des châssis des fenêtres, planches apparentes sur le seuil, tout concède à ce Pavillon à une grande radicalité bien, oui, bien loin de la pompeuse tradition décorative des autres Pavillons de cette Exposition (hormis le Pavillon de l'Esprit Nouveau).
Autre chose :


Comme vous pouvez le voir sur le verso de cette carte postale, elle fut éditée par la maison de Chocolat Martougin et expédiée en... 1934... La carte fut-elle éditée si loin de l'événement ou bien a-t-elle traîné dans le tiroir de l'expéditeur avant de trouver son correspondant ? Pourquoi donc le Chocolat Martougin communique-t-il avec ce Pavillon de L'U.R.S.S. Sans doute, s'agit-il d'une série publicitaire sur cette Exposition Internationale de Paris. Malheureusement, cette fois encore, aucun témoignage de l'expéditeur sur son choix de carte postale et donc aucun avis sur l'architecture ne sont émis. Mais pouvoir ainsi être au pied de l'une des plus belles architectures constructivistes du siècle dernier est déjà une chance. On trouve dans l'ouvrage de S. Frederick Starr de très belles photographies qui nous permettent de mieux saisir ce point de vue. Réjouissons-nous de cette belle carte postale et si le Chocolat Martougin existe encore... Merci de nous envoyer une petite dégustation....




mardi 12 septembre 2017

Avoir une belle poutre bien droite

Hier, Jean-Jean Lestrade m'a confié cette carte postale venant de l'épluchage du Fonds de l'Agence Lestrade :


Je n'ai pas besoin de vous dire de quoi elle parle !
Les cartes postales d'éléments d'architectures sont assez rares car, bien entendu, les éditeurs aiment mieux proposer des cartes postales des architectures achevées. Pourtant, nous avons déjà vu ici quelques exemples.
Il va de soi que cette carte est une carte promotionnelle visant à promouvoir l'exploit technique de la société Poutrelles Grey qui démontre ainsi ses capacités techniques. Pour ce qui est du Pavillon de l'U.R.S.S à l'Exposition Universelle de Paris en 1937, nous avons déjà aussi évoqué sa présence. Malheureusement le dos de cette carte postale est vide, nous n'aurons donc pas d'information supplémentaire sur cette poutrelle ayant servi à la construction. On remarque d'ailleurs que sur la carte postale poutrelles est écrit au pluriel ce qui laisse penser que le bâtiment en possédait plusieurs. Mais cet élément d'architecture, à lui seul, montre aussi le virage effectué par l'U.R.S.S entre la légèreté du Pavillon de 1925 de Melnikov (nous reviendrons bientôt dessus avec un document exceptionnel), pavillon préfabriqué en bois et ce monstre d'acier, se voulant puissant et surtout faisant ici la démonstration de sa force technique et même de son poids ! Je n'ai pas trouvé de plan technique du Pavillon de l'U.R.S.S de 1937 pour saisir où ces poutrelles pouvaient bien être situées dans le Pavillon. J'aurais aimé aussi vous en dire plus sur le point de vue de cette photographie mais je ne connais pas assez Paris (est-ce bien Paris d'ailleurs ?) pour situer ce moment de pose dans une ville sous la pluie au ciel un peu bas. Purée ! Quelle image tout de même !
Cette carte postale est donc exceptionnelle à tous points de vue, elle permet aussi de voir que l'époque est encore à une fierté technique du bâtiment, à ses exploits, à ses images. On voit une fois encore que la carte postale a enregistré des moments essentiels, a su faire d'un événement une image et même en produire en quelque sorte l'émergence.







































Faire stopper le camion et sa remorque dans la ville vide, demander aux deux chauffeurs (?) de poser, puis repartir vers le chantier en attendant l'édition et l'expédition des cartes postales. Quelle conscience de l'image et de son rôle avaient donc les deux chauffeurs ? Ont-ils acheté, expédié cette carte postale à leur famille et qui pourra nous dire quelle politique de diffusion fut entreprise par l'entreprise Grey pour cette carte postale ?
Enfin, un homme et un petit enfant surgissent devant la cabine du camion, heureux de poser là.
Hasard de la situation ?
L'autre mystère de cette photographie est son photographe. Est-il d'occasion ? Un photographe de l'entreprise ?
Jean-Jean Lestrade (merci !) m'indique que la carte postale était dans une boîte d'archives marquée Russie-Europe-Est. Rappelons-nous que Jean-Michel Lestrade étant né en 1923, il avait donc quatorze ans lors de cet événement. A-t-il fait l'acquisition de cette image à ce moment ou plus tard ? Difficile de répondre. En tout état de cause, la possession de cette carte postale dans le Fonds Lestrade prouve l'attachement de Jean-Michel Lestrade aux données techniques des constructions et à l'image qu'elles procurent. On pourrait facilement imaginer que c'est ce genre de moments qui décida Lestrade à devenir ingénieur-structure. À quatorze ans, ils sont nombreux les garçons qui aiment bien les poutres dans la ville.
Ne voulant pas juste rester avec ce témoignage venant de l'Agence Lestrade, j'ai entrepris de recherches et je suis tombé à mon tour sur cette carte postale :


Incroyable non ?
Il est évident qu'il s'agit du même moment photographique, je serais même tenté de dire que cette photo fut prise juste après l'autre au regard du déplacement des personnages. Ici, le cadrage rend bien plus hommage à l'échelle de la poutrelle et les deux chauffeurs donnent bien la proportion du beau morceau d'acier !  Sol humide, ciel blanc encore et toujours ce vide sidérant de monde autour de cet incroyable objet ! Une fois encore la carte postale n'a pas de correspondance éclairante mais je trouve finalement que ce mode d'édition fait bien plus penser à une impression du début du siècle que des Années Trente. Deux cartes postales pour le même événement, voilà qui montre bien un attachement promotionnel et l'envie de marquer ce moment historique. Par contre, cette deuxième carte postale ne nous renseigne pas sur le photographe ou la possibilité d'une série plus vaste. Jamais deux sans trois ! Espérons...
Je peux vous dire que cette poutrelle Grey pourrait bien venir des Usines de Differdange et que D.A.V.U.M signifie " Dépôts et Agences de Vente d'Usines Métallurgiques" dont le siège social était 96 rue Amelot à Paris...
Je remercie une fois encore Jean-Jean Lestrade pour cette découverte et l'autorisation de diffusion.







































lundi 31 juillet 2017

Trois livres pour la Révolution

 Le hasard ou la nécessité ?
Tout a commencé avec la découverte dans la bibliothèque de Jean-Michel Lestrade de l'ouvrage de Anatole Knopp Architecture et mode de vie qui est une compilation de textes des années 20 en U.R.S.S des architectes et urbanistes qui ont tenté et parfois réussi à faire de l'architecture révolutionnaire que, trop vite, on mettra sous le même mot de constructivisme.



Ce que permet Anatole Knopp dans cet ouvrage c'est bien de montrer les combats idéologiques et esthétiques de cette période et de relativiser l'uniformité de cette école. Pour ma part, j'avoue que c'est sans doute l'un des plus forts ouvrages qu'il m'ait été donné de lire, tant la liaison entre les désirs de changement de vie, de remise à plat de la société ont généré des mouvements, des formes, des articulations urbaines d'une grande richesse, d'une grande âpreté aussi mais avec des combats et des violences qui ne furent pas seulement de papier. La disparition violente de Okhitovitch en est la preuve, tout comme l'extinction finalement du mouvement moderne des constructivistes très rapidement mis sur le bord sous la pression d'un despotisme, comme partout, extrêmement conservateur et qui accusait (parfois aussi avec raison) les modernistes d'un formalisme vain et donc réactionnaire... La trajectoire de Melnikov est à ce point exemplaire.
Difficile parfois de faire le tri, de trouver sa respiration dans ce tourbillon de réflexions et d'urgences mais aussi dans une violence politique absolue voulant changer la vie par des constructions sommées de faire image de cette Révolution, sommées de produire sa communication et surtout affirmer que le Peuple, celui-là même qui est l'objet de ce bouleversement de l'histoire, doit être celui qui pense son architecture. Notons que ce livre, très pauvre dans son édition, n'est pas un bel objet d'éditions de belles images et icônes constructivistes pour Arty en mal de libération formelle ou de révolution de papier pour centre d'art contemporain. Il faut le lire et pas le regarder...
Le livre est publié en 1979 à seulement 1500 exemplaires, sans doute que déjà à cette période, le Constructivisme, le vrai, celui dur rêvant pour de vrai ne risquait pas encore de trouver son public. Je crois qu'aujourd'hui, il ne serait même pas publié tant le fond de ses idées doit être appréhendé avec une liberté d'esprit bien plus grande que nous l'autorise notre France en marche. En tout cas, il sera, restera pour moi, un livre essentiel, l'une des briques les plus importantes de ma bibliothèque mentale, le livre lui, devant retourner dans l'agence Lestrade.
Je me pose évidemment la question de la réception de ce livre par Jean-Michel Lestrade et la place que pouvait avoir cet ouvrage dans sa propre bibliothèque. Pour l'instant, à part peut-être ses relations ambigües avec Briniscu ou sa participation à des mouvements de la Libération, rien ne permet de penser que Lestrade était particulièrement impliqué dans des mouvements communistes. D'ailleurs, en 1979, on pourrait aussi penser que ce fut Briniscu qui lui offrit ce livre. Mais, ce livre possède une particularité, il contenait des feuillets libres, un tapuscrit dont nous évoquerons le contenu plus tard.
L'autre livre dont je veux vous parler est celui que m'a offert Thomas Dussaix.



Ce livre est un superbe ovni, une chance, un angle vif. Il s'agit de l'ouvrage de Fabien Bellat Amériques/U.R.S.S, Architecture du défi qui réussit à nous faire comprendre les échanges entre les deux mondes, comment des histoires communes, des oppositions, des défis mutuels ont créé bien plus de similitudes ou de proximité que l'histoire de la Guerre Froide ne pourrait le laisser croire. Ce livre est incroyablement documenté, d'un sérieux solide mais pas pesant, d'une lecture aisée et qui donne la sensation de vous aider à comprendre ce qui nous étonne. Là encore, un auteur en débordant seulement le jeu facile d'un comparatif d'images ou d'un point de vue trop rapide et expéditif, nous permet de saisir une part de l'Histoire de l'Architecture qu'on aurait pu croire simplement impossible. Or, les échanges, les capillarités entre les deux mondes sont ici expliqués, analysés, dépouillés avec vigueur en échappant à des idées trop préconçues. Et on apprend, on apprend, on apprend ! Quel plaisir ! Ce livre sera le complément idéal au très beau livre de Chaubin en y apportant sans doute un environnement politique, conceptuel et théorique qui lui manquait un peu. J'ai, pour ma part, repris le Chaubin juste après la lecture du livre de Fabien Bellat pour, comme imprégné par les analyses, regarder et redécouvrir à nouveau les images. On notera que le livre de Fabien Bellat est très illustré et pourrait passer pour un simple livre d'images. Il est pourtant aisé d'entrer dans le texte, l'auteur sachant construire et conclure chacun des chapitres, raconter l'histoire, trouver des personnalités incroyables ou des mouvements de pensée passant les frontières et le rideau de fer avec agilité ! Voilà une vraie découverte ! Merci Fabien Bellat, merci Thomas pour ce cadeau.
Pour finir, comment ne pas retourner à l'origine et entendre la voix de l'un des acteurs de cette Révolution ?



Maïakovski !
Les éditions du sonneur nous offrent l'opportunité de lire le voyage vers les Amériques que le poète soviétique fit en 1925, l'année même du Pavillon de Melnikov à Paris. On y retrouve une langue tranquille, une manière assez simple de décrire et d'expliquer mais aussi de décrypter le monde et ce que le poète voit. Il s'agit bien d'un texte de voyage qui tente de raconter le mouvement, les perceptions et de faire des signes des sens souvent à charge...
Le livre est court, ramassé, dense. Pas ici d'exploit stylistique particulier ou révolutionnaire, pas de jeux formalistes, pas de remise en question de la nécessaire description des objets ou des sentiments. Tout tient dans la manière dont l'angle de lecture permet bien de saisir un monde à la fois fascinant mais aussi accusé et coupable d'avance.
Mais une chose stupide finalement m'interpelle. À la fin de l'ouvrage, je comprends que Maïakovski est passé au Havre et à Rouen. Je ne sais pas pourquoi, soudain, ces deux noms de villes pour moi si proches, si familières, nommées ici par le poète, traversées par lui, m'émeuvent beaucoup.
Rouen, Le Havre, Maïakovski. Des lieux et un corps, des lieux et une pensée. Surtout des lieux et un espoir. Changer la vie, changer la ville.

Bonnes lectures à tous.

Architecture et mode de vie, textes des années 20 en U.R.S.S.
Anatole Knopp, édition Presses Universitaires de Grenoble/actualités-recherches
isbn-2.7061.0155.05 1979

Amériques/U.R.S.S. Architectures du défi
Fabien Bellat, éditions Nicolas Chaudun
isbn-978-2-35039-173-1

Ma découverte de l'Amérique
Vladimir Maïakovsky, éditions du sonneur
isbn-978-2-37385-039-0
Merci Nicolas Moulin pour le conseil de lecture.

Pour revoir certains articles liés à ces lectures :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/10/construire-le-constructivisme.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/08/marcel-aux-pays-des-soviets.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2009/02/tres-lest-recto-verso.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2008/08/constantin-melnikov-paris.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/05/et-si-la-revolution.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/10/melnikoff-contre-tout-contre-hausermann.html
http://archipostcard.blogspot.fr/search?q=moscou
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/10/face-face-extreme.html
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