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jeudi 6 juillet 2023

Maxime Old n'est pas si ancien



Il m'aura fallu un peu de temps pour recoller les morceaux. 
D'abord il y a eu l'achat de ce livre sur une foire à tout. Le livre s'intitule Maxime Old, architecte décorateur édité par Norma édition et écrit par Yves Badetz. 
Il n'aurait jamais été question pour moi d'acheter un tel livre à sa sortie, son prix de 550 fr à l'époque m'aurait immédiatement rebuté. Il faut donc dire une fois encore la chance culturelle que représente ces vides-greniers pour accéder à la Culture surtout pour le marché du livre...Apprendre ne coûte pas cher, ce qui coûte cher c'est éduquer à l'intérêt de la Culture.
Ceci dit, j'ai donc lu ce livre et j'ai été absolument passionné par ce personnage de Maxime Old que j'avoue je ne connaissais pas du tout. Comme quoi, la connaissance des designers de l'époque et des icônes habituellement rabattues occulte bien toute une partie de l'histoire du design.
L'écriture et le sérieux de Yves Badetz permettent bien de comprendre la place essentiel de Maxime Old sur la scène des décorateurs, ensembliers et designers dans l'époque du tournant moderniste où l'on passe des artisans d'Art aux designers de renoms. Mais justement, ce qui fait bien la grande qualité de Maxime Old c'est la manière dont sans rien renoncer de son métier d'ébéniste et de fabricant de meubles il a toujours su suivre et même devancer les dessins nouveaux et les nouvelles approches de son métier dans des réalisations d'une qualité absolument époustouflante ! Quel dessin, surtout, oui, quel dessin !
Comme Yves Badetz est rigoureux, il n'oublie aucune réalisation et j'ai immédiatement reconnu l'une de celle que je possède dans ma collection : l'Hôtel Marhaba de Casablanca par Émile Duhon, architecte. Tout de suite, le nom de Duhon a raisonné pour moi comme il devrait le faire pour vous si vous êtes un ou une fidèle lecteur-lectrice de ce blog. On connait bien un autre Hôtel Marhaba.
Mais je ne crois pas vous avoir déjà montré cette magnifique carte postale de l'intérieur d'une chambre meublée et décorée donc par Maxime Old, voilà donc que je peux enfin mettre un nom sur le designer (?) de ce mobilier. Quel plaisir ! 
Le livre de Yves Badetz semble bien permettre d'identifier les fauteuils, la petite table, les lits mais le cadrage du photographe ne permet pas de reconnaitre le petit meuble bas sur la droite de la carte postale. La photographie des éditions Flandrin (si célèbre) n'est pas datée, pas plus que la carte évidemment. Ne sont pas nommés l'architecte Émile Duhon ni Maxime Old. On note une chambre qui propose bien deux espaces soulignés et séparés par le traitement du mur et du sol. Le micro-salon est poussé contre l'immense fenêtre, notez comment le tissus des rideaux se projette sur le mur formant, rideaux fermés, une alcôve unifiée.
Pour le reste...pas de fioriture, de bibelot, rien qui encombre l'espace qui ne devait pas être si grand que cela si on observe bien les espaces entre les meubles. Le génie de Maxime Old étant bien de faire illusion de cet espace et de donner à l'oeil un mobilier solide, massif et donc luxueux sans débordement inutile. J'adore les motifs géométriques des tapis. 
Pour ceux qui aurait oublié la forme de cet Hôtel Marhaba de Casablanca et sa très belle volumétrie moderniste, je vous propose cette carte postale du même éditeur Flandrin. L'image ne rend pas très bien hommage à son accroche sur le sol, laissant le parking manger un bon tiers de la photographie. La Modernité de Casablanca est d'ailleurs soulignée par son expéditeur qui n'oublie pas d'utiliser cet Hôtel pour le prouver. Bien vu Michel ! On est en 1956.
On aura sans aucun doute l'occasion de recroiser Duhon l'architecte et Maxime Old le décorateur. Il a notamment travaillé pour Rouen... Pas de doute que maintenant, je serai éveillé à leur production. Remercions donc encore Yves Badetz de nous avoir éclairé, enseigné et fait aussi voyager dans cette époque étonnante et riche.

Pour revoir Émile Duhon :


samedi 2 février 2019

Pin Up au cube

Si on sait que mon arrière-grand-père Jean-Michel Lestrade est allé travailler au Maroc et que c'est bien lors de ses séjours qu'il rencontra le petit garçon qui deviendra par adoption mon grand-père, Mohamed Lestrade, on sait moins sans doute que Jean-Michel Lestrade aimait bien les belles choses, belles choses pouvant prendre la forme d'une jeune femme posant devant l'une des plus belles architectures modernistes du Maroc, l'Hôtel MARHABA à Mazagan.
Voilà qu'on trouve avec Walid, dans le fonds de l'Agence, bien rangées dans la pochette bleue marquée Maroc les trois cartes postales suivantes :








































L'hôtel, l'un des plus modernes et des plus beaux du Maroc est de l'architecte Duhon. Il est remarquable par sa belle silhouette tout en courbes dont les brise-soleil, comme de belles ailes de béton, viennent souligner la forme. Remarquable aussi le plan, par la superposition des fonctions de l'hôtel, les unes sur les autres. Si aucun document ne prouve la participation de l'Agence Lestrade à la conception ou au contrôle de cette construction, la période y est bien propice et l'Hôtel correspond bien dans son dessin et ses plans aux types de chantiers que suivait l'ingénieur. Il est aussi possible qu'il y ait séjourné simplement, et qu'il ait donc acheté ces trois cartes postales comme souvenirs. On notera qu'elles ne furent pas expédiées, sans doute que l'atout majeur de ces cartes postales, la présence par trois fois d'une très belle femme blonde, n'est pas permis à mon arrière-grand-père d'envoyer à notre famille restée en France, tous les charmes du travail en Afrique du Nord...








































On notera que les trois cartes postales sont du même éditeur et photographe, Bernard Rouget, qui logeait au 7, de la rue Rouget de l'Isle (cela ne s'invente pas !) à Casablanca.
Mais qui est cette jeune beauté blonde posant pour ce photographe ? Une amie ? Une jeune femme rencontrée là, à l'hôtel ? En tout cas, présente sur trois clichés, il ne fait aucun doute que c'est le photographe qui la place, rendant honneur à sa jeunesse, sa beauté et aussi sa candeur.
L'une des trois cartes postales possède un verso un peu différent où l'éditeur a ajouté la mention " visage photographique du Maroc". On sait à quel visage il faisait référence. On notera aussi que l'éditeur précise dans l'emplacement du timbre :


















Il s'agit donc d'un désir de faire œuvre, d'être créateur, de sortir du lot de l'édition habituelle des cartes postales. On aurait aimé qu'il nous donne le nom de cette jeune Pin Up.
Qui, à Casa ou à Mazagan, se souvient d'elle et des troubles qu'elle aura engendrés dans l'imaginaire d'un ingénieur en structure, spécialiste du béton armé...

Il vous est possible de vous reporter à l'article de David, publié en 2011 pour retrouver cet hôtel, cet architecte et le Maroc.

http://archipostcard.blogspot.com/2011/02/la-reserve-de-patricia.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=duhon 

Dans la cave, nous trouvons dans la revue l'Architecture Française cet article. On aime que le journal comporte aussi une belle publicité pour la Société Marocaine des Entreprises Gagneraud qui profite d'articles sur ses réalisations pour faire sa promotion.

J-J Lestrade, Walid Riplet.