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mercredi 24 janvier 2018

Toit et joie pour de vrai



Oui j'aime cette architecture.
Je ne fais pas semblant ou je ne joue pas à l'excentrique. Non. Vraiment, j'aime cette architecture.
Car elle est bien photographiée. C'est curieux comme conclusion.
J'entends par là que Rolf ( parfois Ralf) Walter, photographe des éditions Abeilles-Cartes et que nous aimons tant sur ce blog, ce cher Rolf, nous donne l'occasion de voir des polychromies de façade et des polychromies plus subtiles.
D'abord celle de façade : nous sommes à Dugny devant la résidence Danielle Casanova, rue Georges Guynemer. La carte fut expédiée en 1988 mais je la crois plus ancienne. On voit bien une construction qui affirme par son choix coloré de raconter les plaques de béton les unes sur les autres, comme si l'œil devait immédiatement depuis l'extérieur saisir les emplacements et les intérieurs. On note un désir de teintes chaudes, du jaune au brun foncé, teintes qui ont comme rôle certainement de briser la monotonie supposée de ces blocs. La couleur devrait donc, contre la blancheur véridique de la Modernité, un peu attendrir l'idée de vivre dans un immeuble dont, ainsi peinturluré, le locataire pourrait plus facilement y trouver son "chez soi". C'est aussi un jeu plastique, gratuit, joyeux. Et finalement c'est vrai que les horizontales ainsi marquées soulagent le poids du bâti et de la répétition de ses façades. Creux, pleins, redents, balcons, tout cela a besoin d'être contrarié dans leur égalité pour amuser l'œil. Et, il faut le dire, ça marche bien. Sans doute que la photographie permet cette jubilation car tout y est propre, net, parfait. L'aplat du ciel semble lui-même déterminé par l'image, souhaité par le constructeur.
Puis, donc, l'autre polychromie : le photographe de ce genre photographique qu'est la carte postale se doit à l'honnêteté de son métier. Non pas qu'il n'en ait pas conscience, non pas que le pauvre soit pris dans les errements d'une photographie indigente et populaire, non, simplement il a un travail à faire. Il vient là, il doit montrer ce qu'il vient voir. L'école est simple. Il doit pour faire beau que la lumière soit un peu ignorée et ne soit pas l'héroïne de l'image, il doit être planté droit devant pour que le bâtiment soit lisible dans ses fonctions, en quelque sorte, reconnu. Enfin, il placera un premier plan, animé ou non selon la durée de vie validée par l'éditeur de cette carte postale. Si la construction est solide, elle sera peu animée de manière à ce que la permanence temporelle de son édition, sa contemporanéité soit pérenne et que l'image ne soit pas trop personnalisée. Ici, ce n'est pas qu'il n'y ait personne, ce vide n'est pas un jugement maladroit sur l'architecture (non Madame l'historienne du logement social) mais c'est que ce vide est comme un écran, que chacun doit animer en s'y projetant, libre de croire y être ou de laisser croire à celui qui reçoit qu'il peut s'y promener. Une, oui... une politesse de l'accueil.
C'est un document, pas une propagande, Madame.
Et le photographe cadre en posant les deux arbres dans son image, il laisse la perspective révéler les balcons à gauche pour que l'habitant de ce coin y retrouve sa place, il redresse les verticales parce que c'est plus solide et non pour mentir. Le bâtiment est sérieux, tenu, dans une géométrie simple et belle. Le photographe lui rend hommage. Depuis ce point de vue, il dira la verdure du parc, les bancs possibles comme rendez-vous, les oiseaux l'hiver venant depuis les branches sur les balcons pour picorer les miettes. Depuis ce document, on lit les rideaux.
La Résidence Danielle Casanova existe toujours. Elle est toute blanche maintenant. Sans doute que le bailleur, Toit et Joie, a dû trouver que c'était bien compliqué de reprendre les couleurs, que personne n'y ferait attention. C'est dommage ce lessivage, cette netteté pseudo-hygiénique et surtout un peu fainéante. Un ravalement qui aura supprimé l'une des belles qualités de cette modeste architecture. On a déjà vu cela ailleurs, ce manque d'intérêt pour la polychromie. Le blanc perçu comme signe d'une attention virginale. Souvent ça vient avec le Digicode et la clôture du parc.





mardi 18 mars 2014

Constat : contre ou contraste ?

Deux cartes postales de deux lieux, deux architectures bien différentes (!) mais qui sont cadrées sans aucun doute pour exprimer un contraste fort et surprenant entre cette modernité et l'ancien monde. On pourra aussi moquer de manière égale la modernité... et l'ancien monde !
Très dur ...



Chez Lyna, grand éditeur de cartes postales de banlieue, C'est le génial Ralf Walter qui cadre à Colombes la Mairie et la Résidence Marie Curie. Il place au fond de la photographie la Pagode qui grimpe en fermant radicalement la vue et qui monte jusqu'à presque fermer le ciel ! Non, Ralf Walter ne fait pas semblant de ne pas voir mais joue parfaitement son rôle de piéton et place dans son image la ville ancienne et officielle, la Résidence (le nouveau monde) et la verdure chatoyante car il sait ce que son image doit comporter, comment elle doit se comporter. Les Marronniers en fleur devant une mairie, rien de plus républicain !





Équilibre subtil visible seulement de ceux qui ne croient pas avoir affaire à un simple cliché photographique, un contrepoint bleu dans le bas à gauche, cette femme et son sac plastique, vient dynamiser la photographie. Une merveille de la carte postale de cette période, sans doute par son objet et son cadrage l'une des plus belles cartes postales de Ralf Walter chez Lyna.
Mais il reste difficile sans doute de savoir ce que Ralf Walter pense de cette image urbaine. Si on regarde la localisation de cette Résidence Marie Curie on comprend qu'il est difficile de cadrer autrement, que ce contraste est déjà un désir d'image de la part du ou des architectes dont je ne sais rien. Pourtant, il aurait été aisé sans doute en s'approchant plus, de réserver le cadre uniquement à l'immeuble moderne ou, au contraire, en tournant vers la gauche de donner à voir surtout la mairie de Colombes. Non, il ne fait aucun doute que le photographe joue avec les deux architectures, il sait qu'il dit quelque chose de la monstruosité joyeuse de cette Pagode qui vient gloutonnement avaler le point de fuite !
Ralf Walter est un photographe, ne vous en déplaise, il n'est pas une inconscience photographique et mécanique.
Dans le Gard :



Cette carte postale est bien un programme d'images.
Nous sommes à Bagnols-sur-Cèze dont nous savons sur ce blog l'importance pour l'architecture contemporaine mais nous y sommes d'une bien drôle de manière ! Le photographe L. P. Badet qui signe ce cliché dans la série " Paris-Photo" nous montre l'enchevêtrement des tuiles comme des vagues déchiquetées d'un grand romantisme régionaliste venant s'épuiser sur l'horizon de la ville nouvelle et de ces tours prises dans une petite brume adoucissante...
Hum...
Que penser ?
On aurait vite fait aujourd'hui d'y voir une image régressive sur le temps jadis et la beauté perdue de notre vieille France... Oui, vite fait...
Le titre de la carte postale nous dit : "Vieux toits et cités neuves".
Cela reste dans une neutralité relative même si dans le terme vieux, il n'y a rien de particulièrement tendre. C'est bien ce qu'on voit car l'état des couvertures est vraiment dégradé. La ruine de l'ancien monde face au nouveau moderne ? Mais ce monde est bien loin pour le juger meilleur. On pourrait parler d'une carte postale d'équilibre. D'abord, et c'est prosaïque, celui du photographe juché sur les tuiles branlantes ! Puis, celui d'un regard possible ne remettant rien en cause, ni le monde perdu, ni le monde nouveau, mais jouant simplement d'un contraste expressif et aussi, finalement, objectif. La composition ne propose pas de ruptures si franches que cela et la cité neuve arrive doucement, presque, oui, discrètement dans un sfumato délicat du début de journée. Même le ton général, la colorimétrie de l'ensemble associent l'un et l'autre.
Alors ?
"C'est ainsi."
C'est bien la seule chose que l'on pourrait entendre sortir de ce type d'image, le photographe et l'éditeur ne voulant sans doute ni se priver des amateurs de vieilles bâtisses, ni des habitants de la cité neuve, en émettant quelque jugement que ce soit.
Ils proposent "une vue" construite sans doute surtout par sa lumière mettant sur cette image un filtre qui fusionne doucement les deux aspects de la ville.
Bien plus qu'un jugement, c'est le constat d'un contraste.
C'est une jubilation atmosphérique.
C'est, oui, une photo-graphie.