dimanche 17 mai 2026

Architecture du Vingtième Siècle sur le littoral du Golfe du Lion, un guide.

 Je m'aperçois que je n'ai pas pris le temps de vous parler d'un livre-guide que j'ai reçu et qui mérite que je vous donne envie de le lire et de vous le procurer surtout, si comme moi, vous aimez l'architecture du balnéaire et tout particulièrement l'élan moderniste exprimé dans toutes les catégories de constructions en suivant un peu l'écho de la Mission Racine.
On y retrouve en effet beaucoup des lieux que j'ai partagés avec vous depuis presque vingt ans maintenant, on y retrouve aussi des architectes que nous aimons bien et même quelques cartes postales, documents populaires toujours promptes à nous faire rêver de venir voir sur place même si, depuis la Normandie, c'est un peu loin tout de même.
Le livre :
 Architecture du 20ème siècle sur le littoral du golfe du Lion, collection Monuments/Objets, duo, sous la direction de Michèle François, Josette Clier, Yvon Comte, Loris Griot, Anne-Marie Llanta, Florence Marciano et le beau travail de photographie : Jean-François Peiré.

Merci pour cet envoi !

C'est à la fois un petit guide bien fait, clair et qui répond à toutes les questions d'un amateur d'architecture mais aussi un petit livre qui donne l'impression que le Patrimoine Moderne et Contemporain tient une place importante dans cette région. On aime y découvrir encore et encore des bâtiments que, pour ma part, je ne connaissais pas ou y retrouver des icônes maintenant bien identifiées même si certaines sont pourtant encore menacées (Kyklos). On pourrait regretter qu'un tel ouvrage, malheureusement, ne soutienne pas tout à fait (et assez tôt) cette architecture. Mais bon, le sursaut dont ce genre de livre témoigne est toujours bon à prendre même si on peut se demander pour qui il sera le guide pour des protections futures, en quoi il appuiera une vraie politique de sauvegarde en lieu et place d'un affichage, certes parfaitement réussi mais qui souléve aussi des craintes. C'est tout le dilemne de ce genre de publication qui agit comme un constat mais bien peu comme un manifeste de la part du Ministère de la Culture et de ses agences pour proposer une vraie politique de Patrimonialisation de cet héritage moderne. Mais ne boudons pas notre plaisir et notre joie de voir ainsi réunies des constructions et espérons que ce type d'affichage institutionnel serve les municipalités, les régions, les particuliers et surtout le grand public a bien saisir l'importance de ce Patrimoine.
Nous retrouvons donc les noms que nous défendons sur ce blog depuis longtemps : Candilis, Massota, Gleize, Baladur, Le Couteur etc...et nous retrouvons les lieux de la Mission Racine si présente sur ce blog puisque, dès 2007, c'est par une carte postale de la Grande Motte que nous avions commencé.
Comme je pense que le mieux pour vous c'est de vous procurer cet ouvrage, je ne vais pas vous en donner trop de pages ici, mais juste assez pour vous en montrer la belle qualité éditoriale. C'est une belle collection.
On finira par quelques cartes postale de Saint-Cyprien. On découvre en particulier dans le ce guide, un lieu absolument incroyable dans cette ville : le Centre des Sports de mer par Jacques Blanc, Jacques Dauvergne et Georges Rigaill. C'est un vrai chef-d'oeuvre du brutalisme à la française !












Expédiée en 1972, cette superbe carte postale Théojac pour Iris nous montre donc la très belle Résidence Port Cipriano. On admirera l'unité de couleur, tout tend vers le bleu et on admirera la belle compréhension du bâtiment par le photographe. La lumière permet de bien comprendre la radicalité du dessin et l'opposition entre les façades, coursives et ouvertures. Quelle image ! Magnifique !



Pour mieux comprendre la situation de cette Résidence Port Cypriano, voici une carte postale d'une vue aérienne Larrey expédiée en 1982. On perçoit mieux l'échelle et la forme générale de ce beau morceau d'architecture qui dynamise la ligne droite du littoral en venant simplement le compléter. 






mardi 5 mai 2026

une erreur de l'architecture peut-elle être aussi une icône ?


Si j'en crois le renouveau d'intérêt pour une certaine architecture post-moderne sur les réseaux sociaux et les blogs (renouveau auquel nous participons depuis 20 ans), il faudra bientôt ramener le sens de l'architecture bien plus à ses images qu'à son usage.
Alors que le Brutalisme s'amollit sous des définitions variées (voir l'article sur Chadwick), il semble que certaines constructions gagnent soudain en intérêt devenant des icônes obligées pour un urbex à ciel ouvert, un enfonçage de portes ouvertes.
Ricardo Bofill est en passe de devenir à ce titre le héros de cette réécriture de l'histoire de l'architecture tant les mochetés qu'il a pondu à l'envi sont devenues aujourd'hui pour la jeunesse des "lieux" saisissants, des aventures urbaines, des "place to be" jusqu'à l'écoeurement. Le grand bazar des illusions, la satisfaction éblouie des promoteurs-politiciens avides de grandeurs giscardiennes.

On regrettera (ou pas) que cette nouvelle génération ne se soit pas réveillée plus tôt (et mieux...) pour sauver sur l'Instagram des oeuvres majeures qu'elle ne sait pas voir et qui sont sans doute moins chics, moins amusantes, moins publiables. Le Mirail crève bien en silence malgré de courageux et courageuses défenseurs et défenseuses. Mais c'est moins...sexy.

Par contre, pas de souci pour reconnaitre à cette erreur architecturale, les Arènes de Picasso de Manuel Nunez Yanowsky, un rôle dans l'histoire de l'Architecture. Car oui : c'est une erreur. Une erreur décorée, bien façonnée et surtout remarquablement déguisée mais une erreur tout de même. On pourrait même dire que c'est cela qui la rend touchante cette erreur, son costume trop grand, sa révérence à Ledoux, aux utopistes, au cinéma, au...spectacle un peu comme une crête d'iroquois sur le crâne dégarni d'un vieux punk décati.
Certes, le Vintage (et l'urgence de le voir prendre la place de la nostalgie)  peut bien sauver tout en même temps, les youngtimers, les disques vinyles, les T-shirts de Hard Rock mais doit-on supporter que l'on confonde ce décor grandiloquent avec de l'architecture ? Car, où sont l'analyse des plans ? Qui s'interroge au pied de ces camemberts en béton moulé sur des façades de comment la gestion des espaces y est dessinée ? Mettre un cadre Napoleon 3 sur ce clapier à lapin est-ce faire de l'architecture ?
Doit-on sauver aussi les images ? Patrimonialiser les décors ? Se faire oublieux du fond pour ne sauver que les apparences des formes ? Vivre là, dans ce décor est-ce vivre vraiment et c'est vivre quoi ?
Les pauvres ont-ils besoin d'un décor de carton pâte pour supporter la pauvreté des solutions architecturale  qu'on leur propose, qu'on leur assigne ?

Oui, on peut reconnaitre à ces espaces d'être des lieux. Oui, on peut se convaincre de leur extravagance, de la joie de la situation, du plaisir du jeu et du théâtre. Après tout ce n'est pas pire que le pavillonnaire. Si ?
Ah oui...c'est minéral...Mais il semble que là, on doive encore attendre pour que la ruine des constructions laisse la végétation venir y apporter la folie de l'incohérence végétale qui rachète tout si on en croit Gilles Clément ou Descola. Manque de bol, sont en trop bon état ces Arènes de Picasso pour qu'on en chante l'uchronie, la ruine, les jubilations arty et bourgeoises des hétérotopies.
Moins d'espace pour parler d'Édith Girard ou de Henri Gaudin par exemple qui n'ont pas le malheur d'avoir réalisé des oeuvres grotesques (au sens baroque du terme). Là, l'intelligence fait moins spectacle, offre moins de points de vue instantanés. La discrétion et la délicatesse ne semblent pas intéresser ce désir d'images d'aujourd'hui. Et puis...faut apprendre à lire. Dommage pour l'histoire de l'Architecture.

Alors ne vous inquiétez pas de trop. Je défendrai toujours et encore cette architecture de merde. Je le fais d'ailleurs depuis longtemps déjà. Mais j'aimerai simplement que l'on rappelle que si des merdes font l'histoire, elles restent des merdes. Et que ce serait bien (et honnête) de défendre aussi, dans le même temps, des vraies oeuvres d'architecture, des vraies intentions humanistes, des vraies écritures modeste et intelligentes en lieu et place de ces façadismes immatures. Faites, faisons un effort. Et, s'il vous plait, une bonne fois pour toute : laissez Piranèse loin de cela.

Ah...j'oubliais...il en va de même des si fameux "choux" de Grandval à Créteil.

La carte postale est une édition Raymon (où sont vos archives ?), le photographe que nous connaissons bien sur ce blog est J.-N Duchateau. On notera que l'éditeur ne nomme pas l'architecte : Manuel Nunez Yanowsky.
On notera la ressemblance entre son projet et celui-ci, moqueur à rebours. 110 ans d'écart...Comme quoi c'est à ça qu'on les reconnait. On rira donc que ce tonneau habitable existe depuis 1897.





Pour vous rappeler que je les aime vraiment et depuis si longtemps (2008 !)  ces errements post-modernes :
etc....





mercredi 22 avril 2026

Dieu est structure

 Des cartes postales d'églises modernes, il en existes des milliers dont certaines finissent dans ma collection. c'est vrai aussi que, simplement, il existent des milliers d'églises construites en France ou ailleurs après 1945. Certaines sont plus que connues, d'autres deviennent tout doucement des icônes, d'autres sont un peu moins connues. Je suis certain que je ne suis pas le seul à méconnaitre celle qui suit qui est pourtant, pour la Suisse d'où elle vient, l'une des plus incroyables, des plus belles, des plus surprenantes et surtout surtout de plus intelligentes si on considère son Art de Bâtir.

On pourrait même dire que la carte postale qui suit ne rend pas si bien hommage que ça à cette structure et que la frontalité de la prise de vue écrase beaucoup les triangulations et les points d'appuis qui disparaissent dans une belle façade mais qui ne dit rien de l'aventure presque baroque de ce génie de la construction. Il faut dire que l'architecte Pierre Dumas a ici poussé le risque et l'équilibre au plus haut degrés de l'aventureux, formant une audace, un geste qui reste superbe. On aime.


Mais, pour vous rendre compte de cette audace, il faut regarder autre chose que cette façade et cette carte postale et je vous invite très très vivement à télécharger ce PDF qui vous montrera des images à couper le souffle ! 

https://www.bernhard-furrer.ch/wp-content/uploads/2016/10/Vicques.pdf

Sur ce blog, on a déjà beaucoup rencontré Pierre Dumas et pour des églises d'ailleurs. Et c'est tant mieux car son écriture est variée sauf pour une chose : le goût d'une certaine visibilité des structures, comme si l'église devait portée dans ses portés maitrisées toutes les joies de la Foi, montrant ainsi que la maitrise de l'équilibre y est formalisée. Enfin...Je crois...Nous aurons sans aucun doute la chance de croiser à nouveau, un peu au hasard des trouvailles le travail de Pierre Dumas et nous aurons toujours la joie de vous le montrer. En attendant vous pouvez retourner là :
Ouf...


Si nous devions en une seule carte postale et une seule église fabriquer un archétype des églises de la Reconstruction, il ne fait aucun doute que celle de Dieuze pourrait être élue ! Tout le langage de cette typologie y est réuni : volumes francs, mélange béton-moellons, sur-jeu des vitraux, sculpture monumentale et campanile dissocié qui ressemble toujours à une tour de séchage d'une caserne de pompiers ! Tout y est et on adore ! La très belle carte postale des éditons Bertrand fait le choix maintenant académique d'un ciel blanchi (dont les photographes d'aujourd'hui sont si friands depuis qu'ils regardent mal les Becher) et d'un noir et blanc bien contrasté. C'est piqué et la lumière est belle mais il manque la couleur que je vous conseille de découvrir ici car cette église est assez audacieuse de ce coté-là aussi ! C'est rien de le dire !







On notera que l'architecte Pierre Pagnon participa également à la reconstruction du village de Moyenvic. Son église est en passe de devenir pour moi un must ! Elle est simplement incroyable ! Comment se fait-il que je ne la découvre qu'aujourd'hui ! J'ai follement envie de prendre ma voiture pour m'y rendre ! La vache ! Quel morceau de brutalisme à la française ! Et pour paraphraser Alain Delon : "église de Moyenvic, je ferai de toi une star !" Voilà en tout cas un superbe document et une belle église. J'attends le moment ou je trouverai celle de Moyenvic en carte postale.



Est-ce que comme moi vous vous êtes fait avoir ? Je veux dire...Êtes-vous bien certains de ce que vous avez sous les yeux ? Car il ne s'agit pas de l'église de Mont Saint Aignan par Dominique Lefèbvre et Daniel Rauscher les architectes mais il s'agit de sa...maquette ! Oui ! C'est bien fait le collage non ? Avouez ! La carte date l'église de 1969 et les plus fidèles (et anciens...) lecteurs de ce blog se rappelleront l'avoir vu pour de vrai en 2008. Oups...ça date...
Je vous invite donc à revoir cet article ici sur le premier volume de ce blog.
La carte postale raconte : "Ce sera notre église dans le cadre de notre Cité."
Sans doute que cette carte servait à financer un peu la construction. Comment ne pas aimer son architecture et son insertion dans ce monde. Une très belle carte postale, une belle archive.
On en a sous le pied. On vous montrera encore et encore nos belles églises modernes parce qu'elles sont un signe des Temps, des chantiers d'expériences, des lieux d'accueil et des oeuvres d'Art ouvertes à tous et toutes. Visitez-les, défendez-les, sauvez-les. Elles sont à tout le Monde.


lundi 20 avril 2026

Denis Honegger dans les parages

J'avais envie de commencer avec cette carte postale parce qu'elle représente bien la joie de la découverte d'un lieu et d'architectes mais aussi d'une certaine idée de l'image parfaite du Hard French.

Tout commence donc par une localisation : nous sommes à Villiers-sur-Marne, Les Ponceaux "Notre Cottage". Jamais entendu parler de ce morceau de ville.

La carte postale des éditions Combier oublie une fois encore de nous nommer le photographe mais nomme bien les architectes : Messieurs Lesage et Guillemin.



J'ai aimé être là, dans cet espace. Sa tranquillité, son calme, la manière dont les bâtiments forment un canyon qui laisse la place au ciel. Mais surtout j'ai aimé la façade de la petite tour un rien ramassée et l'écriture très belle des redans, la manière dont les balcons sont imbriqués dans le creux de la façade. Et que dire de ce beau mélange de béton et de briques ? Regardez comme cela dessine bien ce bloc ! C'est de la belle ouvrage non ? La vue sur Google Map confirme le très beau dessin des façades qui, ouf...sont encore visibles ainsi... Espérons que l'isolation par l'extérieur et l'ANRU (les deux méfaits les plus graves pour le Patrimoine) n'interviennent pas sur ces beaux immeubles !

Il semble que Lesage et Guillemin aient travaillé dans la même ville avec Honegger ce qui est bon signe.

Une belle carte postale donc, un moment parfait, un bel ordre des choses.



Dans le même lot, je peux, grâce au travail fait sur la carte précédente, immédiatement attribuer le nom de l'architecte de cet espace : Denis Honegger !

En effet, nous sommes toujours à Villiers-sur-Marne, toujours avec une carte postale Combier, toujours sans nom du photographe. 

Et là encore...quelle grâce. Le premier plan fait monter les courbes du bassin et s'oppose à la grande rigueur de la grille de Honegger. Depuis ce point de vue c'est comme si le photographe avait tout saisi du sens urbain des Hautes-Noues, de la Place Triton et de son bassin qui permettent de bien comprendre que l'espace entre les barres est piétonnier et qui cheminent des enfants dont je reconnais les couleurs. Magnifique document même si ma carte postale est un peu abimée, je m'en fiche  tant j'aime cette sensation d'appartenir à ce monde. On note que cet ensemble est bien documenté et que vous pourrez trouver des infos ici :

https://archiwebture.citedelarchitecture.fr/ark:/43435/956449

ou ici :

https://expositions-virtuelles.citedelarchitecture.fr/portraits_architectes/honde.php

Merci.

On notera, pour être complet, que la seconde carte postale fut expédiée en 1975.

mardi 14 avril 2026

venir ici pour chatouiller vos yeux

 Être sa propre source, ça fonctionne comme ça : acheter de manière un rien frénétique des cartes postales sur les vide-greniers, en faire des tas un peu partout, un peu abandonnés puis, quelques mois après (voire quelques années) replonger dans ces tas pour y redécouvrir quelque chose, un espace, une architecture, une image qui me touche à nouveau.
C'est bien comme cela que je fonctionne, sans grande direction, sans plan pré-établi, sans réalité concrète de ce que le management d'une collection bien gérée voudrait dire.
Mais ce qui est toujours maintenu c'est bien mon premier émerveillement comme si je renouvelais de fait toujours ma joie à regarder une image d'architecture.
Parfois, comme c'est le cas ici, cette architecture reste anonyme, donne peu d'informations et reste comme un one shot de plaisir sensuel à l'image. Je cherche, je ne trouve pas. Parfois l'échec conduit alors à remettre à plus tard la publication d'une telle carte postale et elle retourne dans l'anonymat de son tas, ou bien, malgré tout, elle me donne l'envie de venir ici pour chatouiller vos yeux à votre tour.

N'est-il pas beau cet espace ? N'en aimez-vous pas tout comme moi sa lumière, la légère courbe, les pentes douces de son sol mais surtout le très beau travail du béton ? Non mais regardez cette structure si bien dessinée et les piliers qui la portent ! Fantastique dessin !
Je me souviens que mon cerveau au moment de la découverte de ce lieu y avait collé dessus le très beau travail de Willerval pour la Caserne Massena, comme ça, d'un coup, comme un éclair ! Puis...j'avais compris bien entendu que j'étais ailleurs, ici donc dans la Crypte de Sameiro au Portugal à Braga. J'étais certain devant un tel dessin que je n'aurais pas trop de mal à trouver son ou ses architectes. Mais non...je reste sans information. Pourtant que c'est beau cet espace ! Il mériterait de retrouver ses créateurs.
Se pose ainsi à moi cette question : d'où vient cette émotion et de comment elle fut construite, faite de toutes les choses que j'ai vues, lues, aimées et surtout apprises ? Cette culture des espaces et de leur représentation couve en moi comme un petit programme informatique me faisant immédiatement la surprise d'une réaction quasi-automatique, presque par dessus ma raison. On appelle cela l'imaginaire ?
Mais voilà comment faire pour ranger cette carte postale ? Vers quel architecte ? En attendant de trouver le moyen d'une identification, je vais devoir la ranger dans le classeur d'Art Sacré où elle restera anonyme. Mais qu'importe ! Je glisserai bien encore de temps en temps mes yeux sur cet espace.




Autre chose retrouvée :



Pas très loin de la première, cette carte postale de Thonon-lès-Bains, elle, nous propose presque une icône et un architecte que nous connaissons vraiment très bien sur ce blog, le prolixe Maurice Novarina !
Je pourrais presque faire un classeur rien que pour lui ! Mais ce n'est pas un reproche et cela n'entame en rien la joie toujours renouvelée de le croiser. Ici donc un bâtiment très marqué par une écriture très moderne un peu loin du goût de Novarina pour des citations plus régionalistes notamment dans ses églises. J'ai même cru longtemps que la façade de cette Maison de la Culture était de Prouvé. Mais non...Comme quoi les projections que je fabrique ne sont pas toujours justes mais disent tout de même bien mes rapports avec mon imaginaire et cette culture des formes.
L'image est forte en tout cas et la radicalité de la Modernité de cette façade est clairement l'objet de l'architecture de cette Maison de la Culture. Pureté presque glacée. J'adore.
Le photographe de chez Combier a cherché le contraste avec cette fontaine en fonte si éclectique, si dix-neuvième siècle. Au dos de cette carte un très touchant témoignage qui complète mon goût pour cette carte postale.


Si on aime une forme de radicalité sans tomber dans la pseudo et fausse néo-objectivité des fabricants d'Atlas de la France du vide, on aimera mieux cette édition de Jansol expédiée en 1967. On admirera le découpage des feuilles du premier plan venant ralentir en quelque sorte la radicalité moderne de la Maison de la Culture de Thonon devenue le Théâtre Maurice Novarina. C'est beau, c'est plastique, ça ne refuse pas les codes du genre et donc ça ne tombe pas dans l'académisme contemporain photographique...Ouf... Vive l'Art Populaire qui est bien mieux que la condescendance contemporaine.

Pour revoir la Caserne Massena :
Pour revoir Novarina :
etc....
Et pour connaitre un peu mieux la Maison de la Culture de Thonon :

jeudi 9 avril 2026

à Douvaine, donnez le coup de grâce !

 Nous pourrions être élitistes et nous refuser à aimer les cartes postales qui ne montrent pas directement les objets architecturaux que nous aimons découvrir. Nous pourrions bouder les cartes postales à multi-vues parce qu'elles ne proposent pas de resserrer  notre regard sur ces objets mais voilà, ici sur ce blog, nous aimons aussi ces cartes postales qui agissent souvent comme des menus de ce qu'il faudrait voir ici ou là dans une ville ou un village, véritables petits guides de l'architecture d'un lieux.


C'est pour cela que je n'ai pas boudé mon plaisir de trouver cette carte postale de Douvaine éditée par Cellard (où sont vos archives ?) et qui fut expédiée en 1988. On y voit donc quelques bâtiments anciens de la ville de Douvaine et puis...


Bien entendu ce fut ce détail qui me fit acheter cette carte postale. On y reconnait immédiatement l'écriture des bulles si à la mode aujourd'hui et qui pourraient être signées de Chanéac, Haüsermann ou Antti Lovag...cette architecture des Barbapapa est devenue si populaire aujourd'hui qu'on s'étonne que cette ville de Douvaine ne passe pas plus souvent sur les réseaux sociaux des aficionados de ce genre d'écriture architecturale hippie si organique qui doit beaucoup à la liberté qu'offre le béton de fabriquer des coquilles et des voutes minces. Merci donc le béton pour ta liberté.

J'avoue que j'avais oublié ce spot de l'architecture organique et que je fus surpris de ma propre surprise, devant me rappeler à la présence de cet ensemble que d'ailleurs on voit bien mieux sur cette autre carte postale Cellard qui, avec sa vue d'avion, nous montre bien l'agencement de tous ces volumes bulbeux ensemble. Ce qui est assez impressionnant c'est le vide entre les objets architecturaux ce qui, je trouve, fait perdre beaucoup à l'effet de prolifération de bulles que propose par exemple la si fameuse villa Bulles qui, elle, n'en finit pas de remplir les magazines, les fausses découvertes en retard, les imaginaires à rebours, les revues de Déco bourgeoises y voyant là, on rigole, la révolution promise de l'architecture naturelle...

On pouffe.


On peut d'ailleurs, au regard de cette carte postale aérienne, saisir la greffe de l'architecture organique sur la ville ancienne, les bâtiments n'offrant aucune prise iconique, le photographe se retrouvant alors un peu perdu sur les choix qu'il devrait faire pour raconter un ensemble urbain en lieu et place d'une architecture isolée et représentative. Enfin, on peut penser cela.


On note d'ailleurs, chose étrange, que les deux cartes postales furent imprimées à l'envers, inversant la symétrie de l'axe central. Pourquoi ? Je m'en aperçois en faisant des recherches sur Google Map ! Et ce que j'y vois est catastrophique...Dégradation des bâtiments, éradication d'une partie des coupoles, places de parking recouvrant comme la lèpre l'espace urbain devenu un ramassis de merde comme on en voit sur toutes les périphéries des villes d'aujourd'hui...Rond-ponts, boites commerciales...la honte paysagère totale construite sans doute dans un désir politique de "dynamisme économique"...La responsabilité politique est évidente face à cette catastrophe du paysage. Incroyable...ratage depuis une si belle utopie.

Parfois, quand les choses sont à ce point abimées, mon réflexe est toujours de penser qu'il faut achever la bête, finir totalement le travail de ruines. Car, à force d'éreinter ainsi un héritage, il serait bien mieux de pousser le curseur jusqu'au fantôme pour que l'écoeurement se fasse sur un souvenir plus que sur l'étalage de la honte et de la bêtise des responsables successifs de cet héritage. Foutez moi ça en l'air, finissez votre travail de sape, défoncez moi ce qui reste pour abréger les souffrances d'une certaine idée de l'architecture que vous voulez voir mourir. Soyez courageux ! Donnez, s'il vous plait, à Douvaine, le coup de grâce.

Et pour finir, autre chose...Arrêtez mais arrêtez de tracer des marelles toutes faites sur le sol de nos écoles...Offrez une boite de craies aux enfants et laissez-les fabriquer leur chemin vers le ciel. La norme a des limites et c'est toujours très mauvais signe quand les politiques éducatives et normées obligent à un certain ordre des choses poétiques. Gardez vos lignes blanches pour vos ralentisseurs d'idées, pour les places de parking de vos rêves déchus. 

Pour bien comprendre l'architecture de ce lieu, je vous conseille l'excellent article (comme toujours) de Raphaëlle Saint-Pierre dans la revue AMC, numéro 242. Comme l'article date de 2015, on pourra noter que les dégradations ont été poursuivies depuis.

On y trouve une photo intéressante d'un petit édicule encore visible sur la carte postale mais qui a disparu, bien entendu. La banalité du mal, comme dit l'autre.

pour revoir certaines architectures du même genre :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/11/une-baleine-en-gros-plan.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2021/05/bleue-comme-une-orange-la-maison-bernard.html

https://archipostcard.blogspot.com/2011/12/cite-marine-coquillages-et-crustaces.html

https://archipostcard.blogspot.com/2007/10/leau-vive-de-monsieur-hausermann.html

etc...















mardi 3 mars 2026

Le Même, architecte, Royan, souvenir

 Alors là...Franchement...
Depuis la très belle et incroyable découverte des cartes postales de Heaume et Persitz par Claude Lothier (merci Claude) il m'est arrivé assez peu souvent de tomber ainsi de ma chaise à la découverte d'une carte postale qui, par son destinataire, fait vibrer la corde de la  Modernité architecturale avec autant d'intensité.
Qui plus est lorsque cette carte postale est une vue de Royan, l'une de celles de la maquette et qu'elle est en parfait état.
Étrangement, je vais commencer par vous montrer le verso de la dite carte postale car si elle comporte beaucoup d'informations, elle demeure malheureusement assez mystérieuse quant à son expéditeur ou expéditrice. 




On a donc d'abord le nom du destinataire : Henry Jacques Le Même, immense architecte que nous connaissons un peu sur ce blog mais qui est très bien répertorié et évoqué par l'Histoire de l'Architecture. Je n'ai donc pas eu de difficulté à reconnaitre la chance que cette carte me tombe dans les mains ! On note que l'adresse reste très lacunaire et que cela prouve la célébrité du récipiendaire mais aussi la gentillesse des services postaux capables de bien retrouver à Megève Monsieur Le Même. Ce qui ne devait pas être très difficile. On note, et c'est très rare, que nous avons la date d'expédition le 7 avril 1953 mais aussi la date de réception car un tampon nous indique que la carte postale fut reçue le 9 avril 1953. Cela révèle aussi une pratique de l'architecte (ou de son secrétariat) qui ainsi tamponnait les lettres et correspondances arrivant chez l'architecte sans doute pour ses archives. On note aussi que la carte ne fut pas envoyée de Royan mais de ma ville, Saint-Palais-sur-Mer, qui est juste à coté. On note encore que c'est la maquette qui est ainsi sélectionnée par le correspondant pour parler de Royan, il faut dire qu'en 1953 on est encore très très tôt dans la Reconstruction de la Ville qui "sera l'une des plus belles et luxueuses stations balnéaires." Et c'est vrai...
Pas de doute qu'il s'agit d'une correspondance voulant montrer à un architecte de l'architecture et on peut donc supposer que le correspondant sait parfaitement opérer un choix qui satisfera le destinataire. Mais qui est-il, qui est-elle, ce correspondant, correspondante ? J'essaie de déchiffrer la signature mais je ne trouve rien de bien convaincant : Fr Ventue ? Hummm.....
Si quelqu'un connait assez les amis et famille de l'architecte pour reconnaitre cette signature ce serait très utile.

Bien entendu, je ne sais pas comment Le Même reçut cette architecture en cours de construction, comment il aura exercé son avis critique sur ce projet architectural et urbain de la nouvelle Royan. Au vu de sa propre production, au vu de sa carrière, on peut supposer (et que supposer) qu'il y aura retrouvé son goût pour une architecture ouvertement moderne en sachant y accoutumer des signes plus adoucis d'une architecture régionale (les deux faces de la couverture du Front de Mer par exemple). Mais qui sait ? Difficile depuis cette maquette d'être averti de ce qui va arriver même si Le Même avait comme     architecte l'habitude de lire une maquette. Sans doute aussi, avait-il toutes les informations nécessaires comme architecte pour saisir ce qui allait se passer là, à Royan, de si moderne. On ne peut que lancer des conjonctures. Aurait-il pousser sa curiosité jusqu'à aller voir et séjourner un jour à Royan ?


Pour finir, je vous donne à voir cette carte postale du sanatorium du Plateau d'Assy, la Clairière Guériant, oû Le Même est associé à P. Abraham. On est en 1942, la carte postale est une édition C.A.P et elle nous montre ce superbe bâtiment à l'écriture si moderne. On y reviendra un jour.