mardi 7 juillet 2026

Faire et refaire les Emmaüs

 Aux Emmaüs de Saint-Pierre, c'est devenu la dèche ou pire, une boutique Vintage pour bobos. Plus rien à voir avec l'esprit lancé il y a bien longtemps maintenant. On regrettera aussi la politesse disparue en même temps que les bonnes affaires. Plus important de regarder son téléphone que de dire bonjour aux clients qui arrivent. Où est passée la convivialité ?

Je continue de les fréquenter ces Emmaüs par habitude, pour maintenir avec mon frère quelque chose d'une tradition familiale et parfois...très rarement maintenant...Il faut attendre les "grandes ventes" pour trouver quelque chose. En temps ordinaire, des caisses de livres pourrissent dans la cours alors que rien n'est renouvelé dans les rayons de la librairie et soudainement, pour ces "grandes ventes",  on voit surgir quelques nouveautés tarifées certainement à coup d'identification rapide sur Google...Un "expert" fait les prix m'avait ainsi répondu la vendeuse un jour...Un expert ! On rigole. Puis on est triste devant une telle stupidité d'argumentation.

Il faut donc se réjouir du peu que l'on trouve. Cette fois ce sera un livre de Paul Andreu, faire et refaire, et quelques cartes postales dont je vous montre un exemplaire.


La carte postale Magne était en état très moyen et j'ai du en partie la nettoyer en arrivant. Mais elle valait le coup tant le bâtiment  est spectaculaire et correspond parfaitement à tout ce qu'on aime sur ce blog : l'église Sainte-Thérèse de la Z.U.P d'Amiens. La vache ! Quelle bâtisse ! 

La massivité est vraiment très marquée et toute la poésie tient dans quelques décrochements, quelques meurtrières, quelques ombres portées. Le message de la sévérité est bien envoyé en quelque sorte. Mais que c'est beau cette église qui fait bien penser à des églises fortifiées du roman. Remarquez les deux petits contre-forts sur la façade dont, j'avoue, je doute de leur utilité technique de raidisseur pour ce mur de pignon. Ils sont sans doute là surtout pour briser la monotonie de ce grand pan de briques. Mais il est à peu près certain que cette brique n'est qu'un décor posé sur un mur de béton armé qui lui effleure dans l'écriture de la bâtisse par quelques signes : rectangle au dessus de la porte, campanile et bien entendu (mais moins visible ici) sur la structure sur les bas-cotés de l'église apportant donc le contraste nécessaire.

Mais quel beau dessin ! On pourrait tout de même aussi se dire que ce point de vue est un peu aussi une trahison du bâtiment. Il ne permet pas de voir comment le campanile est plein de vide, le mur de façade venant se coller à la brique de ce dernier et on ne perçoit pas non plus la double pente du toit. Cette massivité est donc accentuée par la photographie. Si on ne peut pas parler de trahison, on peut tout de même dire qu'il faut toujours relativiser une impression depuis une image. Mais je crois aussi en cette image comme une image désirée sans doute aussi par les architectes Devillers et Langlois. Se pose donc encore une fois la question de comment l'architecture et son projet porte en soi son image idéale, sa photogénie, l'axe-même de sa communication. Une sorte de message avant même l'exploration de sa spatialité. Imaginons un Monde où les architectes n'auraient pas le droit aux images pour évoquer leur projet mais seulement la parole. Il ne fait aucun doute que la projection spatiale en serait bien différente !

En attendant, nous allons ranger cette carte postale dans le classeur adéquate. Elle fait maintenant (l'image et l'architecture) partie des icônes. Un pan de mur comme un écran de projection, un lieu d'accueil, une sérénité puissante.

Et malgré tout, j'irais aux Emmaüs ce samedi.









mercredi 1 juillet 2026

Serqueux et la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie

 On a donc, sous nos yeux et dans le temps présent, l'opportunité de voir la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie, en Seine Maritime, à Serqueux. Si je fais ce tour des géographies c'est pour montrer que ce drame patrimonial a eu lieu sous les hospices de toutes ces territoires sans qu'à aucun moment l'un ou l'autre (avec leurs institutions respectives) ne permette de sauver l'église de Serqueux pourtant inscrite au Label Architecture Contemporaine Remarquable dont il est (encore, encore, encore) fait la preuve de sa totale inefficacité à protéger et que sa fonction de signalisation, de communication au grand public de l'Architecture Contemporaine et Moderne est finalement peu efficace à retourner les opinions négatives sur cette architecture.

Échec à tous les niveaux donc, le pire étant celui de la démagogie locale, ayant par référendum municipal décidé de l'avenir d'un bâtiment qui n'appartient pas seulement comme héritage à cette commune. Ah la démocratie participative qui passe par dessus l'expertise de la Patrimonialisation...! Magnifique petit tour de passe-passe démagogique d'un maire sans souffle patrimonial, sans idée, encombré par un bâtiment dont il ne sait quoi faire et qui, par la peur de sa responsabilité qu'il a pourtant réclamé en se faisant élire, se trouve fort dépourvu devant une architecture dont il n'a rien compris de son rôle comme jalon de l'histoire.

Faut dire qu'il s'excusera à bon compte sans doute en rappelant qu'il ne fut que le dernier jalon municipal, tous les prédécesseurs n'ayant pas désiré entretenir le bâtiment depuis sa construction. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.

Qui aurait laissé l'avenir de Notre-Dame de Paris dans les seules mains des parisiens ? Qui pensent que l'avenir de Versailles n'appartient qu'aux versaillais ? Personne non ? C'est bien pour cela qu'il y a des institutions dont le rôle est justement de passer par dessus les enjeux locaux pour maintenir aux yeux de tous et toutes la présence de ce qui fait histoire. Pas à Serqueux.

Mais les institutions, là, on en parle ? Dans mon département la Seine Maritime et sur mon territoire, la région rouennaise, on peut tirer un bilan assez catastrophique cette année concernant l'Architecture Moderne et Contemporaine puisque la mairie socialo-écologique de Rouen (Mayer-Rossignol) a fait déclasser de son classement au titre des Monuments Historiques (rien que ça...) un ensemble d'immeubles Verre et Acier dessiné par Marcel Lods pour le détruire. On se rappelle que la responsable écologiste El Khili (qui pense donc que détruire est le geste le meilleur pour la Nature qu'elle défend) avait même nommé cet ensemble de  "verrues"...L'expertise de la dame est puissante....On pourrait rigoler devant autant de hauteur de jugement. Là aussi la politique de la ruine à venir, sans ambition, sans idée. Et le terrain livré aux promoteurs et, pire, aux communicants. Les arbres sont sauvegardés...Ouf...je m'occupe bien de la Terre.

Alors à quoi sert de financer des commissions, des réunions, des Labelisations, de mobiliser des fonctionnaires du Patrimoine ? Â quoi sert de tenter de vulgariser cette architecture si c'est pour que les politiques mus par leur petites trajectoires personnelles puissent d'un coup décider de la destruction de ce qui est repéré comme historique ? À quoi servez-vous ? Et pourquoi on ne vous entend pas défendre plus fortement le travail d'analyse et d'expertise que vous avez, pour nous public et citoyens, réalisé ? Oû sont vos colères face à ce remugle politique qui écrase vos avis d'experts ? On vous piétine pourtant. Silence gêné...

Alors l'église de Serqueux, dernier grand exemple de voute en fusées céramiques de Normandie a disparu maintenant du paysage de sa ville, du territoire seino-marin, de la Région Normandie, de l'espace national. On connaît maintenant les noms des responsables locaux, régionaux, nationaux. Être le maire qui a détruit un Patrimoine de sa ville ça doit pas être facile à vivre tous les jours... Si ? Ah ? Aucun remord pour les démagogues, jamais ne se dédire ou s'excuser. Et pour quoi faire puisque les institutions sont d'une telle faiblesse de pouvoir. Alors ne reste que la colère et la rage citoyenne qui seront vues comme des lubies, comme des agitations d'inquisiteurs du Patrimoine, d'idiots de la réalité face à des personnes qui se veulent et se croient, eux et elles, "dans le réel" et "en responsabilité". Petites choses politiques.

On viendra à Serqueux, de temps en temps, redire à son maire et à ses citoyens, l'épouvantable erreur qu'ils ont faite, qu'ils furent complices de la destruction d'un Patrimoine essentiel dans leur ville et notre pays. 

Bonnes Journées du Patrimoine à Serqueux : j'arrive.

Walid Riplet

Pour revoir l'épouvantable déroulement de ce dossier :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/07/le-socialisme-et-lecologie-rouennais.html

https://archipostcard.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html

Le vide laissé par l'église de Serqueux est la parfaite analogie du vide politique du Patrimoine en France :








samedi 13 juin 2026

Pierre Gencey au travail et ça réjouit tous les amateurs

 Dans l'histoire des blogs consacrés à l'architecture et au design des Trente Glorieuses, il ne fait aucun doute que celui de Pierre Gencey (Art Utile)  aura marqué son temps. Je me souviens bien du vertige de sa découverte, comme si quelqu'un avait su ramasser toutes mes attentes sur la connaissance pointue du mobilier et du design de cette période. Si on reconnait un blog au pillage dont il fait l'objet, pas de doute que celui de Pierre est l'un des plus reconnus...On y aimait son sens de l'analyse, on y aimait la qualité de l'iconographie et surtout une certaine probité qui faisait aussi son sérieux.

ici : http://art-utile.blogspot.com/

Alors, Pierre Gencey m'annonce une bonne, voir même une excellente nouvelle ! Il publie un livre sur Gautier, l'un des grands décorateurs et ensemblier de la période qui nous concerne. Et le livre fera date sur ce créateur cela ne fait aucun doute car son auteur y aura mis tout ce qui faisait le succès de son blog.

Je ne peux donc que vous conseiller chers lecteurs, chères lectrices, de vous procurer cet ouvrage car vous aurez la certitude d'y retrouver toute la verve et les connaissances de son auteur. C'est un bel ouvrage et un excellent moyen de replonger dans l'histoire du design du Vingtième Siècle.

Pour avoir toutes les informations sur la publication, voir l'ouvrage et aider à l'édition, allez là :

https://fr.ulule.com/gustave-gautier/

Il faut soutenir Pierre ! Je compte sur vous !

Remercions donc Pierre pour ce nouveau jalon éditorial et souhaitons-lui tout le succès qu'il mérite.

Heureusement qu'il y a encore des gens qui travaillent ainsi dans la joie du partage de leurs connaissances pour faire de beaux ouvrages qui nous passionnent.





mardi 19 mai 2026

Royan : Portique comme back

 J'ai décidé de vous montrer ensemble ces trois cartes postales car elles ont un point en commun : le cadrage de la rambarde du portique. De loin, de près, les photographes de ces trois cartes ont, en effet, décidé de mettre dans leur cadre cet élément architectural pour nous montrer ce fameux portique qui a disparu si stupidement de l'écriture urbaine de Royan.
Ce que nous montre sans doute ces choix de photographe c'est que, bien loin de boucher la vue ou de l'entraver, le portique était un élément de connaissance de la ville, une belvédère, un balcon pour voir la ville et la mer ici dans le dos des images. Il y avait donc bien un goût et un commerce pour des images de la ville prenant la place des images de la mer.
Depuis donc le portique on cadrera les Nouvelles Galeries (superbe bâtiment très défiguré aujourd'hui), le Front de Mer ou la place de la Renaissance. Ces images permettent aussi de bien lire l'incroyable jeu urbain des vides et des horizons, la ville montrant une Reconstruction très large, très ouverte dont les espaces vides contrastent admirablement avec les constructions. L'oeil circule parfaitement.
Mais on s'étonne sans doute aujourd'hui que de tels cadrages aient pu être édités tant justement la rambarde du portique y est présente, presque utile à des jeux de structuration des images, permettant d'en accentuer la géométrie et l'orthogonalité. C'est assez beau comment les photographes des éditions Flor, Chatagneau ou Yvon ont chacun leur tour joué avec cet élément urbain ! 

A-t-il fallu être stupide pour ne pas voir et comprendre donc l'importance de cet élément dans le dessin urbain de cette ville de Royan !
C'est pour cela que le portique sera reconstruit car c'est une évidence qu'à l'heure du retour en grâce des enjeux patrimoniaux de Royan, le portique ne peut que revenir pour offrir enfin à la ville son sens premier : une ville articulant le balnéaire et le résidentiel. C'est pour 2026 à n'en point douter.



On commence donc par cette superbe vue chez Yvon éditeur expédiée en 1956 et nous montrant la place de la Renaissance.On lit la parfaite gestion des espaces et comment ce portique permettait littéralement e ce promener dans le ciel de l'architecture moderne.



Cette autre carte postale n'est pas sans nous rappeler celle-ci que j'aime tant :
Là encore on se pose la question de ce choix, rambarde en avant, construisant un premier plan abstrait avec une belle courbe opérant une si belle jonction avec l'architecture du Front de Mer. Qui préférerait, au retour du bain de mer envoyer une telle carte postale en lieu et place d'une vue de la plage ? Tous les amateurs d'architecture moderne, tous les témoins de la Reconstruction bien sûr ! Merci donc au photographe des éditions Marceau Carrière de Niort (où sont vos archives ?) d'avoir ainsi fabriqué ce qui aujourd'hui est un magnifique document de l'usage de ce portique.


Pour finir cette promenade, nous voilà en hauteur, visant les Nouvelles Galeries grâce aux célèbres et locales éditions Chatagneau (où sont vos archives ?). Ciel en aplat d'un gris très léger, pavage superbe de la place, flottage au premier plan de la rambarde, architecture magnifique sous un soleil bien haut, tout cela s'accorde pour faire une image presque trop parfaite de Royan à son apogée. J'ai eu soudain l'envie de vous montrer chacune et chacune des visiteurs, rendre hommage à leur présence tranquille. Mon peuple de Royan. J'arrive, j'arrive, j'arrive...ne m'oublie...









Si vous aimez...les rambardes....:



dimanche 17 mai 2026

Architecture du Vingtième Siècle sur le littoral du Golfe du Lion, un guide.

 Je m'aperçois que je n'ai pas pris le temps de vous parler d'un livre-guide que j'ai reçu et qui mérite que je vous donne envie de le lire et de vous le procurer surtout, si comme moi, vous aimez l'architecture du balnéaire et tout particulièrement l'élan moderniste exprimé dans toutes les catégories de constructions en suivant un peu l'écho de la Mission Racine.
On y retrouve en effet beaucoup des lieux que j'ai partagés avec vous depuis presque vingt ans maintenant, on y retrouve aussi des architectes que nous aimons bien et même quelques cartes postales, documents populaires toujours promptes à nous faire rêver de venir voir sur place même si, depuis la Normandie, c'est un peu loin tout de même.
Le livre :
 Architecture du 20ème siècle sur le littoral du golfe du Lion, collection Monuments/Objets, duo, sous la direction de Michèle François, Josette Clier, Yvon Comte, Loris Griot, Anne-Marie Llanta, Florence Marciano et le beau travail de photographie : Jean-François Peiré.

Merci pour cet envoi !

C'est à la fois un petit guide bien fait, clair et qui répond à toutes les questions d'un amateur d'architecture mais aussi un petit livre qui donne l'impression que le Patrimoine Moderne et Contemporain tient une place importante dans cette région. On aime y découvrir encore et encore des bâtiments que, pour ma part, je ne connaissais pas ou y retrouver des icônes maintenant bien identifiées même si certaines sont pourtant encore menacées (Kyklos). On pourrait regretter qu'un tel ouvrage, malheureusement, ne soutienne pas tout à fait (et assez tôt) cette architecture. Mais bon, le sursaut dont ce genre de livre témoigne est toujours bon à prendre même si on peut se demander pour qui il sera le guide pour des protections futures, en quoi il appuiera une vraie politique de sauvegarde en lieu et place d'un affichage, certes parfaitement réussi mais qui souléve aussi des craintes. C'est tout le dilemne de ce genre de publication qui agit comme un constat mais bien peu comme un manifeste de la part du Ministère de la Culture et de ses agences pour proposer une vraie politique de Patrimonialisation de cet héritage moderne. Mais ne boudons pas notre plaisir et notre joie de voir ainsi réunies des constructions et espérons que ce type d'affichage institutionnel serve les municipalités, les régions, les particuliers et surtout le grand public a bien saisir l'importance de ce Patrimoine.
Nous retrouvons donc les noms que nous défendons sur ce blog depuis longtemps : Candilis, Massota, Gleize, Baladur, Le Couteur etc...et nous retrouvons les lieux de la Mission Racine si présente sur ce blog puisque, dès 2007, c'est par une carte postale de la Grande Motte que nous avions commencé.
Comme je pense que le mieux pour vous c'est de vous procurer cet ouvrage, je ne vais pas vous en donner trop de pages ici, mais juste assez pour vous en montrer la belle qualité éditoriale. C'est une belle collection.
On finira par quelques cartes postale de Saint-Cyprien. On découvre en particulier dans le ce guide, un lieu absolument incroyable dans cette ville : le Centre des Sports de mer par Jacques Blanc, Jacques Dauvergne et Georges Rigaill. C'est un vrai chef-d'oeuvre du brutalisme à la française !












Expédiée en 1972, cette superbe carte postale Théojac pour Iris nous montre donc la très belle Résidence Port Cipriano. On admirera l'unité de couleur, tout tend vers le bleu et on admirera la belle compréhension du bâtiment par le photographe. La lumière permet de bien comprendre la radicalité du dessin et l'opposition entre les façades, coursives et ouvertures. Quelle image ! Magnifique !



Pour mieux comprendre la situation de cette Résidence Port Cypriano, voici une carte postale d'une vue aérienne Larrey expédiée en 1982. On perçoit mieux l'échelle et la forme générale de ce beau morceau d'architecture qui dynamise la ligne droite du littoral en venant simplement le compléter. 






mardi 5 mai 2026

une erreur de l'architecture peut-elle être aussi une icône ?


Si j'en crois le renouveau d'intérêt pour une certaine architecture post-moderne sur les réseaux sociaux et les blogs (renouveau auquel nous participons depuis 20 ans), il faudra bientôt ramener le sens de l'architecture bien plus à ses images qu'à son usage.
Alors que le Brutalisme s'amollit sous des définitions variées (voir l'article sur Chadwick), il semble que certaines constructions gagnent soudain en intérêt devenant des icônes obligées pour un urbex à ciel ouvert, un enfonçage de portes ouvertes.
Ricardo Bofill est en passe de devenir à ce titre le héros de cette réécriture de l'histoire de l'architecture tant les mochetés qu'il a pondu à l'envi sont devenues aujourd'hui pour la jeunesse des "lieux" saisissants, des aventures urbaines, des "place to be" jusqu'à l'écoeurement. Le grand bazar des illusions, la satisfaction éblouie des promoteurs-politiciens avides de grandeurs giscardiennes.

On regrettera (ou pas) que cette nouvelle génération ne se soit pas réveillée plus tôt (et mieux...) pour sauver sur l'Instagram des oeuvres majeures qu'elle ne sait pas voir et qui sont sans doute moins chics, moins amusantes, moins publiables. Le Mirail crève bien en silence malgré de courageux et courageuses défenseurs et défenseuses. Mais c'est moins...sexy.

Par contre, pas de souci pour reconnaitre à cette erreur architecturale, les Arènes de Picasso de Manuel Nunez Yanowsky, un rôle dans l'histoire de l'Architecture. Car oui : c'est une erreur. Une erreur décorée, bien façonnée et surtout remarquablement déguisée mais une erreur tout de même. On pourrait même dire que c'est cela qui la rend touchante cette erreur, son costume trop grand, sa révérence à Ledoux, aux utopistes, au cinéma, au...spectacle un peu comme une crête d'iroquois sur le crâne dégarni d'un vieux punk décati.
Certes, le Vintage (et l'urgence de le voir prendre la place de la nostalgie)  peut bien sauver tout en même temps, les youngtimers, les disques vinyles, les T-shirts de Hard Rock mais doit-on supporter que l'on confonde ce décor grandiloquent avec de l'architecture ? Car, où sont l'analyse des plans ? Qui s'interroge au pied de ces camemberts en béton moulé sur des façades de comment la gestion des espaces y est dessinée ? Mettre un cadre Napoleon 3 sur ce clapier à lapin est-ce faire de l'architecture ?
Doit-on sauver aussi les images ? Patrimonialiser les décors ? Se faire oublieux du fond pour ne sauver que les apparences des formes ? Vivre là, dans ce décor est-ce vivre vraiment et c'est vivre quoi ?
Les pauvres ont-ils besoin d'un décor de carton pâte pour supporter la pauvreté des solutions architecturale  qu'on leur propose, qu'on leur assigne ?

Oui, on peut reconnaitre à ces espaces d'être des lieux. Oui, on peut se convaincre de leur extravagance, de la joie de la situation, du plaisir du jeu et du théâtre. Après tout ce n'est pas pire que le pavillonnaire. Si ?
Ah oui...c'est minéral...Mais il semble que là, on doive encore attendre pour que la ruine des constructions laisse la végétation venir y apporter la folie de l'incohérence végétale qui rachète tout si on en croit Gilles Clément ou Descola. Manque de bol, sont en trop bon état ces Arènes de Picasso pour qu'on en chante l'uchronie, la ruine, les jubilations arty et bourgeoises des hétérotopies.
Moins d'espace pour parler d'Édith Girard ou de Henri Gaudin par exemple qui n'ont pas le malheur d'avoir réalisé des oeuvres grotesques (au sens baroque du terme). Là, l'intelligence fait moins spectacle, offre moins de points de vue instantanés. La discrétion et la délicatesse ne semblent pas intéresser ce désir d'images d'aujourd'hui. Et puis...faut apprendre à lire. Dommage pour l'histoire de l'Architecture.

Alors ne vous inquiétez pas de trop. Je défendrai toujours et encore cette architecture de merde. Je le fais d'ailleurs depuis longtemps déjà. Mais j'aimerai simplement que l'on rappelle que si des merdes font l'histoire, elles restent des merdes. Et que ce serait bien (et honnête) de défendre aussi, dans le même temps, des vraies oeuvres d'architecture, des vraies intentions humanistes, des vraies écritures modeste et intelligentes en lieu et place de ces façadismes immatures. Faites, faisons un effort. Et, s'il vous plait, une bonne fois pour toute : laissez Piranèse loin de cela.

Ah...j'oubliais...il en va de même des si fameux "choux" de Grandval à Créteil.

La carte postale est une édition Raymon (où sont vos archives ?), le photographe que nous connaissons bien sur ce blog est J.-N Duchateau. On notera que l'éditeur ne nomme pas l'architecte : Manuel Nunez Yanowsky.
On notera la ressemblance entre son projet et celui-ci, moqueur à rebours. 110 ans d'écart...Comme quoi c'est à ça qu'on les reconnait. On rira donc que ce tonneau habitable existe depuis 1897.





Pour vous rappeler que je les aime vraiment et depuis si longtemps (2008 !)  ces errements post-modernes :
etc....