Si j'en crois le renouveau d'intérêt pour une certaine architecture post-moderne sur les réseaux sociaux et les blogs (renouveau auquel nous participons depuis 20 ans), il faudra bientôt ramener le sens de l'architecture bien plus à ses images qu'à son usage.
mardi 5 mai 2026
une erreur de l'architecture peut-elle être aussi une icône ?
Si j'en crois le renouveau d'intérêt pour une certaine architecture post-moderne sur les réseaux sociaux et les blogs (renouveau auquel nous participons depuis 20 ans), il faudra bientôt ramener le sens de l'architecture bien plus à ses images qu'à son usage.
mercredi 22 avril 2026
Dieu est structure
Des cartes postales d'églises modernes, il en existes des milliers dont certaines finissent dans ma collection. c'est vrai aussi que, simplement, il existent des milliers d'églises construites en France ou ailleurs après 1945. Certaines sont plus que connues, d'autres deviennent tout doucement des icônes, d'autres sont un peu moins connues. Je suis certain que je ne suis pas le seul à méconnaitre celle qui suit qui est pourtant, pour la Suisse d'où elle vient, l'une des plus incroyables, des plus belles, des plus surprenantes et surtout surtout de plus intelligentes si on considère son Art de Bâtir.
On pourrait même dire que la carte postale qui suit ne rend pas si bien hommage que ça à cette structure et que la frontalité de la prise de vue écrase beaucoup les triangulations et les points d'appuis qui disparaissent dans une belle façade mais qui ne dit rien de l'aventure presque baroque de ce génie de la construction. Il faut dire que l'architecte Pierre Dumas a ici poussé le risque et l'équilibre au plus haut degrés de l'aventureux, formant une audace, un geste qui reste superbe. On aime.
Mais, pour vous rendre compte de cette audace, il faut regarder autre chose que cette façade et cette carte postale et je vous invite très très vivement à télécharger ce PDF qui vous montrera des images à couper le souffle !
https://www.bernhard-furrer.ch/wp-content/uploads/2016/10/Vicques.pdf
lundi 20 avril 2026
Denis Honegger dans les parages
J'avais envie de commencer avec cette carte postale parce qu'elle représente bien la joie de la découverte d'un lieu et d'architectes mais aussi d'une certaine idée de l'image parfaite du Hard French.
Tout commence donc par une localisation : nous sommes à Villiers-sur-Marne, Les Ponceaux "Notre Cottage". Jamais entendu parler de ce morceau de ville.
La carte postale des éditions Combier oublie une fois encore de nous nommer le photographe mais nomme bien les architectes : Messieurs Lesage et Guillemin.
J'ai aimé être là, dans cet espace. Sa tranquillité, son calme, la manière dont les bâtiments forment un canyon qui laisse la place au ciel. Mais surtout j'ai aimé la façade de la petite tour un rien ramassée et l'écriture très belle des redans, la manière dont les balcons sont imbriqués dans le creux de la façade. Et que dire de ce beau mélange de béton et de briques ? Regardez comme cela dessine bien ce bloc ! C'est de la belle ouvrage non ? La vue sur Google Map confirme le très beau dessin des façades qui, ouf...sont encore visibles ainsi... Espérons que l'isolation par l'extérieur et l'ANRU (les deux méfaits les plus graves pour le Patrimoine) n'interviennent pas sur ces beaux immeubles !
Il semble que Lesage et Guillemin aient travaillé dans la même ville avec Honegger ce qui est bon signe.
Une belle carte postale donc, un moment parfait, un bel ordre des choses.
Dans le même lot, je peux, grâce au travail fait sur la carte précédente, immédiatement attribuer le nom de l'architecte de cet espace : Denis Honegger !
En effet, nous sommes toujours à Villiers-sur-Marne, toujours avec une carte postale Combier, toujours sans nom du photographe.
Et là encore...quelle grâce. Le premier plan fait monter les courbes du bassin et s'oppose à la grande rigueur de la grille de Honegger. Depuis ce point de vue c'est comme si le photographe avait tout saisi du sens urbain des Hautes-Noues, de la Place Triton et de son bassin qui permettent de bien comprendre que l'espace entre les barres est piétonnier et qui cheminent des enfants dont je reconnais les couleurs. Magnifique document même si ma carte postale est un peu abimée, je m'en fiche tant j'aime cette sensation d'appartenir à ce monde. On note que cet ensemble est bien documenté et que vous pourrez trouver des infos ici :
https://archiwebture.citedelarchitecture.fr/ark:/43435/956449
ou ici :
https://expositions-virtuelles.citedelarchitecture.fr/portraits_architectes/honde.php
Merci.
On notera, pour être complet, que la seconde carte postale fut expédiée en 1975.
mardi 14 avril 2026
venir ici pour chatouiller vos yeux
jeudi 9 avril 2026
à Douvaine, donnez le coup de grâce !
Nous pourrions être élitistes et nous refuser à aimer les cartes postales qui ne montrent pas directement les objets architecturaux que nous aimons découvrir. Nous pourrions bouder les cartes postales à multi-vues parce qu'elles ne proposent pas de resserrer notre regard sur ces objets mais voilà, ici sur ce blog, nous aimons aussi ces cartes postales qui agissent souvent comme des menus de ce qu'il faudrait voir ici ou là dans une ville ou un village, véritables petits guides de l'architecture d'un lieux.
C'est pour cela que je n'ai pas boudé mon plaisir de trouver cette carte postale de Douvaine éditée par Cellard (où sont vos archives ?) et qui fut expédiée en 1988. On y voit donc quelques bâtiments anciens de la ville de Douvaine et puis...
Bien entendu ce fut ce détail qui me fit acheter cette carte postale. On y reconnait immédiatement l'écriture des bulles si à la mode aujourd'hui et qui pourraient être signées de Chanéac, Haüsermann ou Antti Lovag...cette architecture des Barbapapa est devenue si populaire aujourd'hui qu'on s'étonne que cette ville de Douvaine ne passe pas plus souvent sur les réseaux sociaux des aficionados de ce genre d'écriture architecturale hippie si organique qui doit beaucoup à la liberté qu'offre le béton de fabriquer des coquilles et des voutes minces. Merci donc le béton pour ta liberté.
J'avoue que j'avais oublié ce spot de l'architecture organique et que je fus surpris de ma propre surprise, devant me rappeler à la présence de cet ensemble que d'ailleurs on voit bien mieux sur cette autre carte postale Cellard qui, avec sa vue d'avion, nous montre bien l'agencement de tous ces volumes bulbeux ensemble. Ce qui est assez impressionnant c'est le vide entre les objets architecturaux ce qui, je trouve, fait perdre beaucoup à l'effet de prolifération de bulles que propose par exemple la si fameuse villa Bulles qui, elle, n'en finit pas de remplir les magazines, les fausses découvertes en retard, les imaginaires à rebours, les revues de Déco bourgeoises y voyant là, on rigole, la révolution promise de l'architecture naturelle...
On pouffe.
On peut d'ailleurs, au regard de cette carte postale aérienne, saisir la greffe de l'architecture organique sur la ville ancienne, les bâtiments n'offrant aucune prise iconique, le photographe se retrouvant alors un peu perdu sur les choix qu'il devrait faire pour raconter un ensemble urbain en lieu et place d'une architecture isolée et représentative. Enfin, on peut penser cela.
On note d'ailleurs, chose étrange, que les deux cartes postales furent imprimées à l'envers, inversant la symétrie de l'axe central. Pourquoi ? Je m'en aperçois en faisant des recherches sur Google Map ! Et ce que j'y vois est catastrophique...Dégradation des bâtiments, éradication d'une partie des coupoles, places de parking recouvrant comme la lèpre l'espace urbain devenu un ramassis de merde comme on en voit sur toutes les périphéries des villes d'aujourd'hui...Rond-ponts, boites commerciales...la honte paysagère totale construite sans doute dans un désir politique de "dynamisme économique"...La responsabilité politique est évidente face à cette catastrophe du paysage. Incroyable...ratage depuis une si belle utopie.
Parfois, quand les choses sont à ce point abimées, mon réflexe est toujours de penser qu'il faut achever la bête, finir totalement le travail de ruines. Car, à force d'éreinter ainsi un héritage, il serait bien mieux de pousser le curseur jusqu'au fantôme pour que l'écoeurement se fasse sur un souvenir plus que sur l'étalage de la honte et de la bêtise des responsables successifs de cet héritage. Foutez moi ça en l'air, finissez votre travail de sape, défoncez moi ce qui reste pour abréger les souffrances d'une certaine idée de l'architecture que vous voulez voir mourir. Soyez courageux ! Donnez, s'il vous plait, à Douvaine, le coup de grâce.
Et pour finir, autre chose...Arrêtez mais arrêtez de tracer des marelles toutes faites sur le sol de nos écoles...Offrez une boite de craies aux enfants et laissez-les fabriquer leur chemin vers le ciel. La norme a des limites et c'est toujours très mauvais signe quand les politiques éducatives et normées obligent à un certain ordre des choses poétiques. Gardez vos lignes blanches pour vos ralentisseurs d'idées, pour les places de parking de vos rêves déchus.
Pour bien comprendre l'architecture de ce lieu, je vous conseille l'excellent article (comme toujours) de Raphaëlle Saint-Pierre dans la revue AMC, numéro 242. Comme l'article date de 2015, on pourra noter que les dégradations ont été poursuivies depuis.
On y trouve une photo intéressante d'un petit édicule encore visible sur la carte postale mais qui a disparu, bien entendu. La banalité du mal, comme dit l'autre.
pour revoir certaines architectures du même genre :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/11/une-baleine-en-gros-plan.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2021/05/bleue-comme-une-orange-la-maison-bernard.html
https://archipostcard.blogspot.com/2011/12/cite-marine-coquillages-et-crustaces.html
https://archipostcard.blogspot.com/2007/10/leau-vive-de-monsieur-hausermann.html
etc...