mercredi 21 octobre 2026

Parent/Virilio, un caillou en friche

 Le monde de la carte postale moderne ne cessera donc de m'apporter des surprises alors même que je pense toucher le fond.
Les Aficionados de ce site savent toute l'histoire qui me lie à Claude Parent. Beaucoup d'articles évoquent son travail, notamment pour les centre commerciaux, et racontent ma rencontre avec l'architecte.
Mais voilà : lorsque souvent on me demande si je ne devais garder qu'une seule carte postale dans ma collection, laquelle je garderai, il m'arrive souvent de dire que ce serait l'une de celles de l'église Sainte Bernadette du Banlay à Nevers. Je serai bien heureux aujourd'hui de pouvoir pointer celle-ci :



Oui, cette carte postale est bien inédite sur ce blog ! Voilà donc une nouvelle carte postale de ce qui est, sans aucun doute, l'église du XXème siècle en France la plus singulière. Comme Monsieur Parent m'avait fait l'honneur de me citer dans l'ouvrage sur Nevers, je ne vais pas refaire ici la démonstration de mon amour pour ce caillou de béton brut, pour ce bunker de la Foi, pour cette grotte en pente douce. Non.
Je voulais juste partager avec vous le fait que, finalement, il ya bien eu un nombre assez conséquent de cartes postales éditées pour représenter cette oeuvre de Parent et Virilio.
Celle-ci est une édition France Publicité, elle n'est pas écrite, pas datée, le photographe n'est pas nommé et encore moins...les architectes !
On remarque juste que le photographe était un rien impatient de faire sa carte postale car il est venu alors même que l'église du Banlay émerge encore d'une sorte de friche, un terrain peu travaillé, comme si on n'avait pas eu le temps d'en travailler les abords. Alors si aujourd'hui, l'école de Gilles Clément verrait dans ce joyeux bordel des plantes dites sauvages l'expression la plus belle des non-humains, on pourrait aussi y voir l'expression d'un photographe qui a su comprendre qu'il s'agit autant d'un caillou échoué que d'une église. L'impatience du photographe célèbre donc le surgissement et la puissance. On notera le très bel angle pris par le photographe permettant de bien lire l'enchainement des volumes tout en laissant derrière, de manière discrète mais en contraste, la petite cité. Le ciel est évidemment complètement retravaillé et l'image est coupée en trois lignes de couleur : une bleue, une ocre, une verte.
On aime tout particulièrement le store rouge à droite, parfait contre-point à cette très belle image.

Mais voilà aussi :



Chez le même éditeur et donc certainement du même photographe, voici l'autre surprise, une carte postale de l'intérieur cette fois !
On comprend mieux le génie des deux architectes, on sent la pente sous nos pieds et surtout sous nos yeux, on comprend parfaitement comment le bloc a été fendu et mal recollé pour laisser passer la lumière.
La Grotte est là aussi. 
On notera que cette carte fut expédiée en 1989 pou remercier d'un baptême qui avait donc du avoir lieu là. Quelle chance.
Voilà donc une belle entrée en matière pour me rappeler mon lien avec ce lieu et ses architectes. J'aimerai tellement, un jour, y emmener tous mes étudiants dans un grand bus confortable, voir leur tête lors du surgissement du caillou, les voir arpenter les contours, expérimenter les pentes, pénétrer par les interstices.
Rien dans la vie ne me réjouit plus que ça, cette transformation de leur visage, la béatitude amusée de leur bouleversement.
Je le ferai.

En attendant, nous avons un rendez-vous à Nevers pour l'inauguration de la fin des travaux sur l'église ce samedi 24 octobre.
Je me fais avec joie le relais de cette manifestation. Je ne sais pas si je viendrais, c'est un peu loin pour moi.
Mais faites le voyage, un jour, faites le voyage. Tout semblera différent après comme un baptême au brutalisme, au vrai. Puis allez à Piacé, éprouver l'oblique et le courage.
Belle journée avec Monsieur Parent et Monsieur Virilio.
David Liaudet

Pour revoir quelques messages :
Etc...etc...etc...

Et bien sûr 
etc...etc...etc...







mercredi 14 octobre 2026

ne pas fléchir



Je me suis demandé longtemps si je devais vous montrer cette carte postale.
Car son objet n'est pas tellement l'architecture mais bien plus l'un de ses éléments : le béton armé. On sait que les images tendant à prouver la solidité du procédé du béton armé sont fréquentes dans les livres d'histoire de cette technique et que pour convaincre les futurs acquéreurs ou commanditaires d'une architecture il était fréquent de poser en groupe sur une poutre, sur un plancher, sur un porte-à-faux pour démontrer la confiance que l'on avait alors de ce matériau.
Surtout pour ce qui concerne le fléchissement car on sait que le béton en compression résiste bien. Nombreuses sont les images de ponts en béton armée chargés avec des chariots, des véhicules, des hommes de troupe pour prouver la résistance des arches par exemple. 
C'est toujours amusant de voir ces rassemblement d'hommes sans peur prenant la pose sur une voute de quelques centimètres d'épaisseur pour montrer que tout va bien !
Il fallait donc bien éduquer les nouveaux usagers de ces oeuvres du génie civil montrant à la fois leur élégance, leur finesse et aussi leur solidité.
Ici, étrangement, ce poteau retourné comme une poutre est bien un poteau électrique. Il ne fléchit pas sous le poids des dix ouvriers l'ayant réalisé. Les sabots de bois contre le béton armé, il pourrait, rien que là, dans ce contact étrange, y avoir une poésie.
La séance photographique est joyeuse et évidemment complètement construite. C'est une pose.
Pose pour qui ? L'entrepreneur ? Le Patron ? Est-ce simplement une photographe d'un groupe qui s'amuse ? Tout est trop bien organisé pour une improvisation.
D'ailleurs deux pancartes sont sensées nous donner des informations mais elles restent illisibles sous mon scanner. À peine peut-on déchiffrer l'une d'elles qui indiquerait : Mollinier (Moulinier ?) ingénieur,  Pylones sel (?) en béton armé. Cela reste...mystérieux.
L'image reste belle et representative. Pour ma part, ce pylône me rappelle celui si beau perdu un peu dans les paysages de Piacé. Il est l'oeuvre de Stéphane Vigny qui réussit à ramasser tous les signes, les indices d'une période, mêlant vitrail d'une église moderne à un objet de peu, faisant de ce poteau une sorte de totem de la modernité au croisement de l'Art Sacré du XXème et du prosaïque usage du béton. Tout tient dans la projection des signes qui se rencontrent, formant une poésie simple, belle et grandement efficace. Venez la voir.

Alors je ne sais pas si je devais vous montrer cette carte postale. À l'heure du retour des doutes qui s'emparent de moi vis-à-vis de l'avenir de ce blog et de ma collection, au vu du peu de retour d'une exposition qui se voulait pourtant généreuse et populaire (et gratuite), au vu de l'usage immodéré des images sans la politesse de leur analyse, au vu d'un Brutalisme galvaudé où Grandval devient un héros et un bon architecte, je me demande donc quoi faire de toutes mes orientations et de ce que j'essaie de faire passer. Je tire l'élastique jusqu'en 2027 pour tenter de fêter joyeusement les 20 ans de ce blog mais je crois bien que le plus dur c'est d'avoir compris qu'on a fait le tour des préoccupations et que l'on a gagné quelques batailles. Je me sens un peu comme ce poteau E.D.F, à la fois solide mais piétiné, ne voulant pas fléchir mais étant tout de même couché...
Avoir compris aussi, depuis mon dernier retour de Royan que les images à la fois nourrissent une nostalgie un peu morbide d'une jeunesse disparue mais qu'elles ne remplacent pas la présence de l'espace et la promesse que je me suis faite il y a longtemps d'y vivre.
Mais tout cela, cette tristesse assumée, n'est que l'expression un peu pathétique d'un vieux monsieur qui ne sait plus très bien si il se doit de partager ainsi un fléchissement vers le vide, comme un porte-à-faux inutile, comme un portique disparu dans la ville de mes rêves.

Ne pas fléchir. Ne pas fléchir.




samedi 10 octobre 2026

Royan, avec eux, avec Nino, avec Claude Ferret

Nino.
Nino d'abord, sur la plage de Royan. Nino et nous.



Alors que nous revenons (quelques étudiants et collègues) de Royan pour un séjour de découverte, un workshop et une future exposition sur la découverte de Royan, je trouve dans ma boite aux lettres cette carte postale assez étonnante car elle affiche la signature de l'architecte.
Les plus fidèles auront reconnu la Palais des Congrès de Royan récemment restauré avec brio et qui livre enfin tous ses secrets, toutes ses qualités architecturales. Il est redevenu une fierté, un point de ralliement, la preuve que l'Architecture Moderne peut être sauver, restaurer et être redonner au gens si on en a le désir politique.
Nos étudiants ont bien compris la leçon de ce retour en grâce de cette architecture et cette nouvelle génération ne boude pas son plaisir à la découverte de tels chefs-d'oeuvre.
Mais dans l'histoire de ma collection de cartes postales de la Ville de Royan, je n'ai pas eu encore l'occasion de découvrir ainsi une carte postale de l'une de ses constructions signée de son architecte, ici donc Claude Ferret !
On voit de suite qu'il s'agit d'un entier philatélique c'est à dire que tout est à l'unisson : timbre, carte postale, oblitération et donc...en prime...signature de l'architecte !
Pas de doute qu'il s'agit d'une petite série exclusive sur laquelle Claude Ferret a posé son paraphe. L'a-t-il fait dans le Palais des Congrès ? Est-ce l'éditeur de cartes postales ou La Poste qui lui ont demandé de faire cela ? Était-il simplement sur place pour dédicacer aux collectionneurs quelques cartes postales à la volée ? 
On imagine déjà la surprise pour un architecte de voir son bâtiment être choisi pour produire un timbre, on imagine aussi la joie de pouvoir le coller sur une carte postale représentant son travail.
On note que l'éditeur "First Day Cover" dont le nom ne laisse aucun doute sur sa fonction philatélique (extension de Combier) date sa carte postale de 1968 et que Claude Ferret est bien nommé au verso. D'ailleurs, dans le cadre de cette édition spéciale, le timbre et le tampon (la signature suit) sont posés du coté image et non sur la partie réservée à la correspondance.
Voilà donc une belle surprise qui me laisse à penser qu'il pourrait y en avoir d'autres du même acabit pour d'autres architectures.
Bien entendu, au vu du bâtiment iconique, au vu de la ville que j'aime le plus au monde, au vu de cette signature d'un architecte dont je respecte le travail, voilà une carte postale importante dans ma collection.
Et allez à Royan avec des jeunes ! Car si on en croit notre récent séjour, u peu en fin de saison, il semble bien que les royannais aiment bien les jeunes qui s'attardent sur les plages ou dansent du Rock un peu trop tard dans le dernier bar ouvert.
Et merci encore à la Ville de Royan, à Nadine David, à Charlotte de Charette pour cet accueil.
Ne m'oubliez.





jeudi 17 septembre 2026

Journées Européennes du Patrimoine ? On y participe cette année !

 


Je suis heureux de vous annoncer que nous pourrons nous rencontrer ce samedi à 17h au milieu de l'exposition qui est organisée à l'espace Torreton de St-Pierre-lès-Elbeuf autour de la découverte de deux oeuvres majeures de Jacques Couëlle et de Louis Miquel sur ma commune : une maison en fusées céramiques pour l'un et une résidence pour l'autre.

Autour de cette découverte, nous montrerons une sélection de cartes postales gravitant autour des questions du logement collectif ou individuel et bien entendu, plus particulièrement dans ma région.

C'est modeste mais je l'espère joyeux et c'est l'occasion de se voir et de discuter du petit et du grand patrimoine architectural du XXème siècle, de la photographie d'architecture et de voir dans le réel nos magnifiques documents que sont les cartes postales modernes !

En plus...nous en avons éditées des toutes spéciales qui seront distribuées gratuitement! 

Alors je vous attend !

Je serai sur place dès 14h. La visite aura lieu elle à 17h.

Toutes les infos ici :

https://www.ville-de-saint-pierre-les-elbeuf.fr/journees-du-patrimoine/







dimanche 13 septembre 2026

L'étalement pavillonnaire ? Moi, j'y crois, j'y vis.

 Depuis quelques temps maintenant, je me vois vibrer à un nouveau type d'images un peu loin de mes préoccupations de jadis, voir même à leur total opposé.
Si ce blog a promu pendant bientôt vingt ans les beautés du Hard French, de la préfabrication lourde, des Grands Ensembles et du Brutalisme, il était temps que je regarde le réel, celui qui m'entoure, le monde dans lequel je vis. Donc il était tant que je commence à intégrer dans ma collection des cartes postales de l'étalement pavillonnaire.
On sait comment le petit monde des critiques de l'urbanisme déteste cette typologie justement parce qu'il s'agit d'une architecture sans architecte. On pourrait même dire que le seul architecte des pavillons c'est la projection d'un imaginaire de la maison idéale et que c'est, en ce sens, avant tout une architecture d'image, image parfaite d'un bonheur enfin acquis. Un archétype profondément ancré d'ailleurs à un point qui laisse pantois sur l'incapacité des architectes malgré de très belles expériences à le transformer dans l'esprit d'une population ne rêvant qu'à l'obtention d'un chez soi, d'un territoire minimum pour exprimer que, enfin, un morceau du Monde lui appartient. Je sais de quoi je parle : c'est là que je vis, c'est depuis cette histoire que je vous écris, c'est dans une Maison Phénix que s'est constituée ma collection de cartes postales.

Alors quand je trouve une telle série de cartes postales, j'y reconnais tous les travers et toutes les joies d'une partie de ma culture architecturale que non seulement je ne renierai pas mais que je me dois de remercier car, au-delà du second degré de cet attachement, il y a aussi une vérité plus profonde sur le bonheur d'y vivre, d'y avoir construit une oeuvre, une histoire, une manière d'être sensible.

C'est justement ce qu'il est difficile de comprendre car, pour l'architecture et son exercice, il est souvent question de vouloir donner une forme au bonheur, de vouloir le rendre évident, de réfléchir pour autrui à ce qui fera sa joie d'un espace. On pourrait rapidement reprocher ça à la Révolution Moderne, ce surplomb  des désirs préfabriqués. Mais si il est impossible de produire un modèle parfait de bâti pour une vie parfaite, il est tout de même juste de penser qu'un minimum de bienfaits peut être produit par l'architecture : le soleil, la lumière, le silence, la capillarité douce entre espace privé et espace publique, des matériaux sans danger, une liberté d'aménagement intérieur, une sécurité. bref...la définition a minima du Fonctionnalisme si accusé aujourd'hui.
Alors ? Est-ce que cette réponse pavillonnaire correspond à tous ces points ? 
Oui. Souvent. Pas toujours, pas très bien, mais souvent.

Quartz, Turquoise, L Sud, Quartz, Saphir, Opaline, Corail, Nacre, Turquoise, Jade.

Non il ne s'agit pas d'une liste de minéraux dans un album de Jules Verne découvert par Georges Perec, non, il ne s'agit pas d'un poème de Francis Ponge. C'est la liste des noms (parfois doublés) attribués à ces pavillons de la société Maison Familiale. Bien entendu, je vois déjà certains sourirent au second degré sur le décalage poétique entre ces mots de minéraux rares et les images de ces pavillons et de leur représentation. Rire de la naïveté d'autrui c'est toujours un peu dégueulasse.

Et si certains mots semblent usés face au réel qu'ils sont sensés représenter, on pourrait rire aujourd'hui des mots suivants : typologie, nouvelle objectivité, série, vernaculaire, frontalité et surtout l'épuisée à tout jamais hétérotopie...Rions à notre tour.

Alors ces cartes postales sont un peu particulières au regard du reste de la production. Il s'agit de promouvoir et défendre ce choix d'habitat, il s'agit d'obtenir de la documentation ou un rendez-vous avec un vendeur, il s'agit donc de mesurer le possible accès financier à son rêve. Il s'agit d'objets de communication. En ce sens, ces cartes postales fonctionnent bien comme des cartes postales habituelles, elles aussi là pour se donner le change d'un exotisme populaire. On notera que la promotion passe donc beaucoup par l'image et que l'image ici est idéalisée le plus possible par ce qu'elle passe, non pas par une photographie mais par une peinture (entre gouache et aquarelle) dont on ignore tout de l'artiste qui les a conçues, dont on ignore tout du programme qu'on lui a donné, dont on ignore tout de sa méthode de travail. Projection depuis des plans, des maquettes, des réalisations ? Comme pour les cartes postales, le ciel est bleu, les couleurs sont un peu saturées, l'objet (la maison) est bien cadré et net, l'animation y est réduite pour que la projection des futurs acheteurs s'y fassent facilement. Car, même si il s'agit de maisons en série, il faut que chacun puisse l'inventer aussi un peu. Faut-il donc vraiment, comme sur chacune de ces cartes, qu'un arbre y soit planté si proche ? On note aussi que la maison y est toujours isolée ce qui signifie que la parcelle y est grande et que le prospect y est généreux. Le Plan d'Occupation des Sols devait être assez strict.

On note aussi que ces cartes postales ne parlent que peu d'architecture mais bien plus de financement. Aucune allusion au plan, aucune allusion au matériau ou au raccord avec la ville. Les arguments sont ceux de l'accessibilité financière et les dates de livraison. Pas de plan au verso comme sur certains modèles déjà vus ici. On ne sait comment on y vit qu'en regardant les images. Les enfants jouent dans un bac à sable, on sort les courses de la voiture garée devant le garage, on se repose dans une chaise longue, on joue avec le chien, on sert un jus d'orange au mari qui tond la pelouse torse nu...Dans ce monde, on ne s'y dispute pas, on n'y baise pas, on ne gifle pas les enfants, on n'oublie pas d'entretenir le jardin. 

Alors je me demande quel est l'avenir de ce type d'images ? Comment elles seront des marqueurs ou des témoins de cet étalement pavillonnaire, comment et combien de temps encore on rira de leur belle naïveté populaire ? Car ce bonheur un peu préfabriqué, un peu servi avec trop de générosité, ce bonheur perdu dans des voisinages pas si sages, dans des difficultés de remboursement du crédit, ce bonheur un peu simple montré ainsi est-il un témoin ou un errement d'image ? Moi, j'y crois. Je l'ai vécu et le vis encore un peu. 

Comment la grande Histoire de l'Architecture prendra en compte aussi ce type de document ? Avec quel type de distance ? Celle d'annalistes, de sociologues, d'historiens, d'anthropologue, pire...de philosophes ? Et qui pour dénoncer des jardins aux espèces trop restreintes ? Qui pour râler sur des pelouses trop tendues ? Qui pour, une fois encore, comme pour les Grands Ensembles, dire à ceux qui y vivent qu'ils y vivent mal ?
Qui ? Qui voudra, osera dire que ce bonheur n'est pas bien dessiné, projeté, imaginé ? Car, après tout, et c'est sans doute là ce qui fait sa force d'action, le bonheur n'est sans doute qu'une image. Et, est-ce vraiment grave d'y croire un peu, de penser, le temps de lire le recto d'une carte postale de promoteur, qu'on y a aussi le droit à ce bonheur ?

Toutes les cartes sont pour Maison Familiale, certaines sont datées de 1983, 1985. On note qu'est précisé que le Cabinet d'architecture GPA-SARL a donné son "concours" pour fabriquer des modèles. Une signature de peintre est bien visible en bas d'une image mais elle est coupée et illisible. Vous trouverez l'exception dans la liste qui suit.
Je vais donc inventer un emplacement dans ma collection pour cette typologie de cartes postales.
Belle promenade dans mon Monde :
















La plus belle déclaration d'amour au pavillonnaire : 




samedi 12 septembre 2026

Scrive sur les murs de Willerval

 À l'heure où les nouvelles générations s'encanaillent dans le rêve de faire des inventaires des halls d'entrée des immeubles modernes, à l'heure où l'intégration des arts reprend du poil de la bête et où le vintage épuisant remet tout debout sur le trône de l'avant-garde, voilà bien un morceau de bravoure qui devrait contenter tout le monde, les vieux chnoques comme moi qui parcourent ces typologies depuis trente ans et les aficionados du matin frais qui s'erbeluent d'un rien.


L'image (je pourrais bien sûr dire la photographie) fait le travail toute seule. Une composition abstraite faite de facettes triangulaires qui jouent sous la lumière voilà qui est bien dans le goût de l'époque. Un cinétisme un rien tranquille mais bien beau qui nous fait penser à l'Oeuf, centre d'études ou à Székély ou encore Stahly. Un truc du genre comme disent les jeunes.

Vous retrouverez facilement tout ça sur ce blog, les gamins.

Et puis, pour moi, une chance car il s'agit d'une carte postale publicitaire comme je le aime tant, voulant promouvoir un matériau de l'architecture, ici un "exemple d'incorporation d'éléments décoratifs modulés dans un revêtement de série, dimension 6mX 4m" pour l'entreprise Grés Guérin S.A en Belgique...

Oh...

En plus, la carte postale nous indique le nom de l'architecte que nous connaissons bien sur ce blog et que nous aimons : Willerval mais la carte nous indique aussi le nom du créateur que nous connaissons également, le sculpteur Scrive !

Voilà un doublet gagnant ! Ne nous manque que le nom du photographe qui malheureusement ne fait pas parti du lot...le sculpteur lui-même ?

Il se trouve que le lieu d'exécution de cette oeuvre en céramique nous le connaissons aussi puisque la carte nous indique que nous sommes dans le Quartier St Sauveur de Lille. On notera que la maison Grés Guérin a envoyée sa carte vers la Belgique mais je n'ai rien trouvé de pertinent sur le correspondant De Heer Eggermont à Gent. Un architecte ? Un entrepreneur ?

On ne sait pas si le sculpteur Scrive avait créé des modules différents pouvant s'imbriquer les uns dans les autres au gré de la fantaisie du carreleur ou si il s'agit d'une composition unique et originale venant s'inclure dans des modèles déjà préfabriqués. On ne sait pas non plus quelle fut la diffusion de ce type de création dans les immeubles de Willerval ou ailleurs. Un One Shot ? Peut-on rêver que la Maison Grès Guérin ait produit d'autres cartes postales pour promouvoir ses créations ? Sans aucun doute.

revoir Willerval :

https://archipostcard.blogspot.com/2007/07/sylvain-et-willerval.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/04/dubuisson-bicyclette.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/09/la-virilite.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/03/jouir-dun-va-et-vient.html

https://archipostcard.blogspot.com/2009/07/pyramide-anisee-inversee.html

revoir Scrive :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/07/sylvain-bonniol-porte-folio-au-forum.html


mardi 25 août 2026

Jean Dubuisson, discipline poétique

 Je commence toujours comme ça : je dis ce que je vois et ma surprise à le voir.
Voir n'est pas un crime, les images ne nous trompent pas tant que cela.
J'ai toujours eu, d'abord et avant tout, confiance en elles.



Alors devant ce petit lot de cartes postales de la Z.U.P (n'ayez pas peur, ça va bien se passer) de Borny à Metz, je me demande pourquoi donc toutes ces vues sont des vues aériennes ? Qu'avaient donc compris, éditeurs et photographes, de cette architecture pour qu'il faille exiger qu'elles soient perçues depuis l'avion ? On sait comment Marcel Lods (si mal aimé encore, surtout à Rouen) était un aviateur qui aimait prouver l'efficacité de son architecture par quelques vues aériennes de son oeuvre. ici, ce n'est pourtant Marcel Lods qui régale mais Jean Dubuisson, oui le grand, l'implacable Jean Dubuisson que nous aimons tant sur ce blog.
Alors ? Que voit-on ? Que sommes-nous sensés comprendre de cette Z.U.P qu'une vue depuis le sol ne dirait pas ? 
Que veut dire Françoise qui envoie cette carte postale en 1976 à son correspondant allemand à Berlin ? 
Sans aucun doute l'échelle. 
Car ce que cette édition Fink nous montre c'est l'immensité de cette cité et son installation dans la plaine qui s'étend si loin. On y voit la magnifique disposition des barres infinies contre-carrée par des tours. On y voit bien là comment l'urbanisme moderne dans un pays comme le nôtre qui adore les villes fortifiées et les Bastides a su réécrire cette histoire d'une architecture dont l'infini de ses répétitions, l'accord parfait avec l'horizon bas d'une plaine, le désir de faire beau, dans un ordre si français (entre Le Nôtre et Corbu) font un (grand) ensemble d'une beauté et d'une audace radicale qui coupent le souffle, comme le feront les Hauts du Lièvre par exemple ou le Havre de Perret. C'est d'une telle beauté cette écriture ample, autorisée, programmée qui donne à voir ainsi une discipline non pas autoritaire mais poétique. Oui, c'est ça : une discipline poétique.
"Ici, on se trouve bien." Voilà comment Françoise écrit son rapport à cette architecture. A-t-elle vu que la carte postale nous montre sa Z.U.P encore en chantier ?


Et Josée ? Qu'a-t-elle voulu dire à Catherine en choisissant cette autre vue aérienne des éditions Combier ?
Rien finalement qui nous concerne. Sa vie. Elle a fait une minuscule croix pour indiquer où son frangin habite. Il m'a fallu lire la correspondance pour m'en apercevoir. Discrétion de la projection dans l'espace de Dubuisson. Là encore, l'avion est haut pour prendre presque dans sa globalité la Z.U.P de Borny en travaux. La carte fut expédiée en 1973. 




Et les deux cartes que voici nous montrent la greffe des petits plots de béton posés comme des micro-processeurs sur le terrain un peu loin de l'ordre de Dubuisson. Et qui se plaindra de l'espace entre ? Qui se plaindra de la lumière et de l'air passant au travers ? Qui rira des projections visuelles depuis les étages ? Avoir la chance d'avoir à voir du lointain, de l'horizon.
Et le Docteur qui écrit à Joseph qu'il a fait une "belle promenade à Metz", il choisit au Tabac Simonot, sur le tourniquet des cartes postales cette vue aérienne une fois encore de chez Fink. Cette vue-ci, celle-là, pas une autre.



Et sur cette vue multiples de Metz Borny, mini-guide des beautés de la ville et du quartier, la correspondante a aussi fait une croix. Se situer dans toutes ces images est en effet nécessaire. Et rien pour critiquer la ville, pas un mot pour dire du mal de cette Z.U.P. 
Voilà donc des représentations d'architecture qui en montrent son déploiement, son ampleur. Il y a certainement quelque part des cartes postales de ce même lieu prises depuis le sol ou même depuis une tour vers une autre. Mais comment ne pas être certain que la conception d'un tel espace ne peut que bien se montrer ainsi ? Oh non...pas la hauteur d'une quelconque puissance...d'une surveillance panoptique des rabâcheurs de Foucault. Non la hauteur pour montrer que l'angle droit n'a jamais interdit la lumière du soleil, le bleu du ciel, l'espace du sol retrouvé entre les construction, la liberté de courir et de faire courir l'oeil vers les infinis des lignes parallèles.
Et si je vous leurrais ?


Avouez que vous y avez cru ? Que vous avez cru que vous étiez encore à Borny ? Pourtant cette carte postale Combier qui a servi à répondre à un jeu nous montre une autre belle réalisation de Jean Dubuisson, cette fois à Lapalud dans le Vaucluse. Là encore on retrouve cette écriture, cette manière de faire des redents, d'ouvrir des espaces. On regrettera que l'écriture de Jean Dubuisson fut massacrée par un ravalement jaune pisse déshonorant. Espérons qu'un jour cette poétique retrouve son verbe.
Maintenant il faut que je range tout ça. Il me faut de l'ordre et assi un peu de discipline.
Vive Jean Dubuisson !