mercredi 7 avril 2021

Alpha 2000

 Je surfe. De carte en carte, de boîte en boîte, dans un sentiment curieux de déjà vu, d'avoir rempli sans doute un peu ma mission qui s'achève. Quelques belles nouvelles d'hommes qui se reconnaissent sur les cartes postales publiées ou la nomination au Pritzker Price de Lacaton et Vassal pourraient me réjouir pourtant.

Que dire encore ? le Brutalisme est maintenant devenu un objet pour défilé de mode, pour safaris exotiques au risque d'en perdre l'essence-même et sa vraie histoire. On voit ainsi depuis Chadwick* que le mélange des genres est devenu la norme et même le très beau et sans doute utile SOSBrutalism n'est constitué que d'un cocktail de constructions dont finalement on ne sait plus très bien le goût original. Dois-je participer à cette confusion ?

Faut-il d'abord se dire que finalement les choses avancent ? Mais si le charme des bétons biscornus Vintage est maintenant considéré comme des spots pour Instagrameurs barbus, cela ne risque-t-il pas d'occulter les vrais combats patrimoniaux qui, eux, sont toujours aussi peu visibles. Renaudie et Gailhoustet sont menacés à Ivry. Pas grand monde pour dire quelque chose. Et ne parlons pas de l'architecture préfabriquée en béton et des futurs remodelages éco-énergétiques à venir qui effaceront ce Patrimoine, bien loin des sursauts culturels yuppies. Devrons-nous espérer que la gentrification ou un jardin participatif viendront sauver ces lieux ? 

Alors bien loin de la France, en Afrique, l'Architecture aussi pourrit doucement. Les monstres des années soixante-dix dont on ne sait à qui vraiment ils étaient adressés (sans doute à un certain esprit moderne de la Liberté post-coloniale) sont aussi en danger. Il faut regarder des séries de cartes postales pour y trouver ces monstres en belle forme dans la toute puissance de leur affirmation. Faisons-ça un moment. J'aime l'idée de quitter un peu la France de la culture, celle du dimanche après-midi avec des vélos couchés et des jongleurs sur échasses. Espérons que la France ne devienne pas une Nantes géante...

Voilà :



Il est beau non cet ensemble ? Un rien imposant. On ne comprend pas bien l'articulation de la pyramide qui sert de socle et l'implantation de la tour posée dessus. Vous aurez noté que l'ensemble de notre surprise tient au dégradé du brun chaud sur la façade sensé, sans doute, exprimer une attention à l'architecture de terre africaine. Qui y croit vraiment ? Nous sommes à Abidjan, en Cote d'Ivoire devant l'ensemble Alpha 2000 dessiné par le Cabinet de Henri Chomette. Qui allait sur les terrasses herbues prendre l'air ? Je dois dire que mon œil ne peut pas s'empêcher aussi de regarder la très belle grille moderne juste derrière Alpha 2000, tour dont je ne sais rien mais qui pourrait être ailleurs, partout ailleurs qu'en Afrique. La carte est une édition La Librairie de France et le photographe est J.C. Nourault. Pas de date.

Une autre ?


Même éditeur, même photographe, nous voici à hauteur de piéton, tombant sous le charme un rien fardé de cette tour Alpha 2000. Le photographe, écrasé par la hauteur, coupe le haut de la tour mais laisse le parking surchargé prendre bien sa place. Je me demande ce qui est africain sur cette image et puis...je me demande ce que cette recherche d'africanité peut bien vouloir dire pour moi. 

Et de trois :


J.C. Nourault aurait-il pris l'avion dans la même journée car il signe encore ce cliché aérien du plateau d'Abidjan. On y retrouve notre Alpha 2000 bien entouré, pris dans un quartier moderne qui semble en mutation si on en croit les chantiers. Cette vision presque internationalisée d'une ville moderne laisse tout de même la vision d'une nature assez libre, au loin. Qu'en est-il aujourd'hui ? Notez l'étrange changement de couleur de notre Alpha 2000.

Dans un numéro de la magnifique et rare revue le mur vivant (1979) je trouve un article sur cet ensemble Alpha 2000. Je vous le donne à lire. Vous verrez que les attaques et les affirmations sont assez étranges et pour le moins directes. Aucune vraie critique architecturale mais un beau placement de produit post-colonial, avec affirmation d'une certaine indépendance des référents historiques. C'est malin en attendant d'être objectif...

*nommé d'ailleurs par John Waters dans son dernier livre...c'est dire que c'est devenu mainstream.








mardi 30 mars 2021

Un petit pet à l'UNESCO



 -Tu ne bouges pas ! Compris ? Tu m'attends là et tu ne bouges pas !

Alvar regardait Jean-Michel Lestrade s'éloigner en compagnie d'un monsieur un peu âgé qui était venu à la rencontre de son grand-père. L'homme, avec de grands gestes, pointant ici ou là un détail avec son index, avait posé son autre bras sur les épaules de Jean-Michel. 

Alvar avait alors compris qu'il existait une complicité et une familiarité entre les deux hommes que pourtant son grand-père n'avait pas jugé bon d'expliquer à son petit-fils âgé alors de sept ans. Alvar était assis sagement dans l'un des fauteuils. Il s'amusait que ses pieds ne touchent pas par terre et quand il se mettait plus au fond, le dos contre le coussin du dossier il avait à peine les pieds qui dépassaient de l'assise. Il remarqua que son lacet, à la chaussure droite était défait. Il essaya vainement de se rappeler la comptine qu'on lui avait apprise pour refaire le nœud mais il ne réussit à n'en faire qu'un très disgracieux, un peu mollement desserré qui ne le convainquit pas. Il se sentait un peu bête et il se demanda si un jour il arriverait à faire tout seul ses lacets. Il y avait plein de choses encore comme cela dans sa vie qui le préoccupaient comme le jour où il pourrait enfin monter devant dans la voiture de son père, le jour où le coiffeur ne mettrait plus sous ses fesses cet humiliant réhausseur sur le fauteuil du salon de coiffure, ou encore il rêvait du jour où il pourrait avoir enfin l'aile du poulet rôti le dimanche midi. Par contre, il aimait bien que sa mère le lave encore, il aimait qu'on le serre dans d'immenses serviettes éponges que sa mère lui présentait au sortir de la baignoire et dans laquelle il se perdait comme dans un cocon, sentant les mains vigoureuses de sa mère qui le séchait. Il voulait alors que ça dure toujours d'être un enfant.

Alvar regarda autour de lui, se demandant combien de temps son grand-père allait le laisser seul ainsi. Il avait perdu de vue ce grand-père et, étrangement n'avait pourtant pas peur. Une dame pressée lui passa devant, il fut inquiet qu'elle lui demande ce qu'il faisait là mais elle ne lui prêta une attention que par un large sourire qu'Alvar perçut sur une silhouette déjà passée, disparue dans les couloirs. Mais pourquoi donc avait-il demandé avec autant d'insistance à accompagner son grand-père dans ce bâtiment tout en béton alors que les adultes lui avaient bien expliqué qu'il allait s'y ennuyer et que surtout, son grand-père n'y allait pas pour s'amuser ? La joie qu'il avait ressentie au moment où son grand-père avait finalement cédé et décidait de le prendre avait maintenant disparu et Alvar s'ennuyait ferme ici.

Il essaya de comprendre la peinture sur le mur et trouva que le dessin était un peu simple, que lui aussi aurait pu faire ça, même que l'autre jour, pour l'anniversaire de son père, il avait fait un dessin avec un avion à réaction et un château fort bien plus beau et réaliste. Il avait même dessiné le casque du pilote de l'avion et le drapeau bleu, blanc, rouge sur sa carlingue, ce qui lui avait valu des cris d'admiration de son père et un gros baiser mouillé dans le cou. Mais perdu dans ses pensées, il s'aperçut d'une chose amusante. Sous son poids, il se voyait s'enfoncer tout doucement dans le coussin et ses jambes qui jusque là étaient à l'horizontale commençaient à prendre un angle, les fesses étant maintenant enfoncées dans le coussin. Débuta alors pour lui un jeu qui consistait à s'asseoir en se jetant dans le fauteuil puis de se laisser ainsi avaler par le coussin, tout doucement. Cela s'accompagnait d'un petit bruit étrange comme un pet joyeux et sympathique lorsque après que le coussin ait repris sa forme, le poids du garçon l'enfonçait de nouveau. Il remarqua que ces plongeons successifs dans le fauteuil faisaient faire des plis au tapis et il eut soudain peur de se faire gronder.

Mais au loin, il entendit une conversation qui se rapprochait et puis finalement il reconnut la voix de son grand-père qui revenait.

-Tu vois... béton... non, non, non, Brésil...ah oui !... pas avant la fin de l'année... Jocelyne..

Alvar n'entendait ainsi que des bribes hachées car, à la fois la conversation des adultes ne l'intéressait guère et de toute façon, le son des voix se répercutait sur les parois du béton des murs ne laissant aucune clarté possible à la conversation.

-Voilà Amir, c'est mon petit-fils !

-Il est adorable ! Tu ne t'es pas trop ennuyé ? Tu vois je te rends ton grand-père ! Les deux hommes ne laissèrent aucune chance à Alvar de répondre aux questions et déjà la main de Jean-Michel Lestrade emmenait vers la sortie son petit-fils et l'homme avait repris le cours de sa vie, s'éloignant rapidement.

-C'était qui Grand-Père ? demanda Alvar.

-Un vieil ami, mon garçon, un vieil ami. 

Jean-Michel remarqua le lacet mal fait de son petit-fils. Il s'agenouilla donc pour le refaire. Alvar sentit alors que ce nœud était bien plus serré que sur l'autre pied mais n'osa pas le dire à son grand-père. Il aimait bien voir le cercle de cheveux manquant sur le crâne de ce grand-père, quand ainsi celui-ci était plus bas que lui ou que, il y a encore peu, Jean-Michel le portait sur ses épaules.

-Un vieil ami...

Une fois encore et étrangement, Jean-Michel prononça cette phrase à peine audible en sortant de l'UNESCO. Alvar mettra longtemps à comprendre la raison de ses mots prononcés ainsi dans un souffle.




samedi 6 mars 2021

Presque Cités Radieuses

Quand un historien ou une historienne de l'architecture décideront de faire un ouvrage sur les presque Cités Radieuses, lorsque, enfin, on se décidera de regarder à nouveau ces modèles du logement social dense et humaniste, il ne fait aucun doute qu'il leur faudra aller là :



Là, c'est à Anvers dans le quartier de Kiel.

Comment, en effet, ne pas immédiatement coller à tort ou à raison, sur cette magnifique Résidence "Edgar Castelein" le titre de Cité Radieuse ? Oh, bien entendu, j'entends les spécialistes, les aficionados de Corbu rire de toutes les choses qui manquent pour en faire une vraie Cité Radieuse : la signature de Corbu, un toit-terrasse aménagé, une répartition en duplex des appartements, des rues intérieures et une certaine réalité physique et brutale du béton. Mais tout de même...

J'avoue que la carte postale en noir et blanc doit aussi accentuer l'imitation possible au modèle de notre Maître. On peut d'ailleurs saluer immédiatement la très belle qualité éditoriale et photographique de cette carte postale qui semble curieusement n'avoir été disponible qu'auprès de la "Drogisterji-Parfumerie" ! 

Pour ma part, je lui trouve à cette "résidentie"de très belles qualités plastiques qu'une visite sur Google Street vous permettra aussi de colorer avec les belles couleurs modernistes de l'époque, toujours visibles sur place. Eh oui... Leçon pour la France, leçon pour Le Mans...

Ce que j'aime aussi beaucoup c'est la hauteur des pilotis qui dégage vraiment l'ouverture sous le bâtiment, ce qui, pour les vraies Cités Radieuses m'a toujours semblé un peu raté, manquant un peu de hauteur. Là, ça traverse vraiment et même, les pilotis semblent presque trop graciles pour supporter la masse. Mais quelle belle grille moderne ! Quelle belle écriture franche, directe, lisible. Admirez aussi sur cette première carte postale le volume des escaliers à gauche qui relie, de fait, deux barres entre elles sur leur angle.

Voulez-vous en voir plus ? Mais voilà, chers amis, chères amies :



Magnifique non ? Regardez une fois encore le bel espace sous les pilotis. On commence à mieux comprendre les articulations des bâtiments entre eux. On perçoit aussi comment la densité a permis de libérer les espaces verts, ici, complètement vides de voiture. Comme c'est beau.

On se rapproche ? Cette fois c'est la résidence "Jozef Schobbens". On voit bien comment les deux barres sont accolées l'une à l'autre, dans un angle très ouvert d'ailleurs. 



Allez ! Je vous sens gourmands :



Cette dernière carte postale nous montre la résidence "Alfred Cools" mais surtout finalement les jardins et les jeux des enfants. Je trouve cette image presque trop parfaite, trop idéale à l'attente de l'urbanisme moderniste, presque trop ouverte en quelque sorte. L'espace y est si généreux que les distances semblent pour des constructions urbaine trop horizontales. Mais je n'ai qu'une envie : aller voir ces beautés car, oui, elles sont toujours debout.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, il se trouve que l'Architecture d'Aujourd'hui de 1954 a publié un excellent et long article sur cet ensemble. On a donc une date, 1954 et même le nom des architectes : R. Braem, R. Maes, et V. Maeremans. Du beau monde donc.

Je vous donne ici quelques extraits de la revue, les photos sont de F. Claes :





Et je vous invite à une petite promenade. Peut-être nous retrouverons-nous au pied de ces belles barres, un jour, à Anvers.












mercredi 24 février 2021

Peut-on rire de tout ?

 Voilà que je cherche dans mes boîtes quelque chose à vous dire. Il est vrai que je commence à plafonner et qu'il me semble parfois avoir fait le tour de la question, question dont vous suivez le déroulement depuis 11 ans maintenant. Ceci explique sans doute cela.

Mais, dans une collection comme la mienne, il arrive que l'impulsion d'achat de la carte postale s'achève parfois dans un nouvel oubli comme si la carte postale passait d'un oubli vers un autre. C'est ce qui m'est arrivé avec cette carte postale dont j'avais totalement oublié l'existence jusqu'à ce matin, un matin clair et lumineux. C'est peut-être la raison de sa redécouverte.

La voilà :





Je me suis souvenu alors que lors de l'achat, la forme architecturale, la langue et le Brésil m'avaient permis de croire en une construction de Niemeyer. Vite fait. comme ça... ce qui m'intéressait surtout c'est qu'il s'agit d'une carte postale de construction d'un bâtiment, ce qui est assez rare dans la production de cartes postales. Une pyramide en construction, cela suffisait alors à mon bonheur et à l'impulsion d'achat. La carte postale n'indiquant pas le nom de l'architecte, j'oubliais cette jubilation en rêvant qu'un jour j'aurais le courage de m'y coller.

Ce matin, après seulement deux ou trois clics sur des moteurs de recherche, je trouve finalement cette construction et cette vidéo que je ne résiste pas à vous montrer. Peu de choses me font rire à ce point et je sais que ce n'est pas bien. Pas bien du tout de se moquer des croyances des autres. Disons que je ris surtout de la vidéo, véritable petit chef-d'œuvre de propagande confondant œcuménisme et élévation d'un temple à l'adoration d'une personnalité. On se croirait chez Visualize dans le feuilleton The Mentalist dont d'ailleurs l'architecture du "Temple" me fait rêver. Mais comment, comment tout ce folklore d'un syncrétisme douteux peut produire de tels espaces ? Tous y est : le labyrinthe que l'on parcourt pieds nus (idée de pureté et de rédemption), la petite fille en prière (là, j'ai pouffé de rire) le mélange délicieux du Christ et de l'Egypte ancienne revue et corrigée par un Mickael Jackson chez Jardiland, la pyramide bien entendu, l'énergie venant d'un soleil en résine, le culte du bienfaiteur, et enfin, perché sur le sommet de la Pyramide, le cristal de roche géant prodiguant ses bienfaits par une radiation évidente de... euh... de... sa... euh... présence ?

Il est temps que le New Age disparaisse non ? Et si nous pouvons aimer le très étonnant Auroville (voir Roger Anger), et si nous pouvons comprendre que la peur trouve ici un moyen d'être calmée (je parle de la peur métaphysique de vivre) ce ramassis kitch de symboles mielleux me fait vraiment rire. Et puis... ça me désole, car il est aussi dangereux, on le sait.

Alors pouvons-nous simplement ne faire que regarder et juger cette architecture pour ce qu'elle est ? Après tout, comme athée, j'aime les visites des églises, des temples... et du siège du Parti Communiste. Comment analyser un tel bâtiment en ne faisant que juger de son sens de l'espace, de ses circulations ou même de l'image qu'il produit ? La pyramide a bien eu droit à d'autres déclinaisons et celle du Louvre reste l'une des plus belles sans aucun doute. Sert-elle, elle aussi, après tout, un œcuménisme culturel ? Ici la pyramide sert surtout d'image, elle envoie une certaine idée des Temps passés, de l'intemporel illusion qu'une forme ouvre le ciel et garantisse le sauvetage des âmes. C'est bien usé comme métaphore. Mais je sais aussi que je ne résisterais pas à sa visite si l'occasion m'en était donnée car l'exceptionnel, l'étonnant, le fantastique et l'ironique sont aussi des qualités que j'aime en architecture et Étienne-Louis Boullée me le pardonnera, je crois.

La carte postale ne donne aucun nom d'architecte. Elle est troublante d'ailleurs car le nom qu'elle donne à ce bâtiment a changé et maintenant il faut l'appeler Templo da Boa Vontade. On nous donne la date de 1989 pour sa construction sous l'égide de l'illuminé José de Paiva Netto. Est-ce lui qui a dessiné ça ? 

Alors, allez rire un peu, bon visionnage et peut-être bonne vision d'un autre monde. Excusez-moi je sens le rayon de la Béatitude cosmique me prendre le cœur.






mardi 23 février 2021

Un Manifeste.



 Je viens de terminer  la lecture de l'ouvrage Histoire et sauvegarde de l'architecture industrialisée et préfabriquée au XXème siècle, livre sous la direction de Franz Graf et Yvan Delemontey.

Je le dis de suite c'est un livre essentiel pour tous ceux qui s'intéressent à cette architecture et à cette période mais aussi à tous ceux se demandent quoi et comment faire avec cet héritage aujourd'hui. Un livre que le maire du Mans et celui d'Ivry-sur-Seine, toutes les société d'H.L.M, tous les responsables du Patrimoine devraient lire religieusement, sérieusement au moins et... rapidement avant de faire des bêtises.

Que c'est passionnant de voir des réflexions intelligentes, des analyses justes, de voir qu'il est possible d'être respectueux et surtout d'avoir avec cette production architecturale un minimum d'égards, de savoir en lire les particularités, les chances, la Beauté, l'évidence de la nécessaire patrimonialisation de certaines de ces constructions !

Avec des exemples précis, parfaitement documentés et surtout pour les autodidactes comme moi, parfaitement décryptés, les auteurs nous permettent de comprendre les structures, les environnements historiques, les rôles expérimentaux et oui aussi de saisir que la Beauté est souvent dans le mode de construction et dans l'intelligence de sa conception.

À ce titre, l' article de Jean-Pierre Cêtre est ébouriffant ! Parfois même, j'y vois une poésie subtile dans la manière qu'il a d'écrire et de décrire les constructions. Que c'est bon d'apprendre !

On se régalera de la très belle restauration de la Tour Baudoin et Lopez à Berlin, de la transformation de la Tour Bois-le-Prêtre par Druot, Lacaton, Vassal dans un article de Yvan Delemontey tout à fait passionnant.

J'ai aimé découvrir l'architecte Miguel Fisac, redécouvrir le centre ville d'Orléans et comment ne pas se réjouir d'un article (enfin !) sur le système Camus à Fontainebleau, remarquable ensemble.

Il va sans dire qu'il s'agit d'un ouvrage scientifique, parfaitement bien documenté et sérieux qui, s'il laisse la place aux images comme outils pédagogiques, n'est pas un ouvrage de photographies sur les Trente Glorieuses. C'est, je crois, presque un manifeste, une manière de montrer que ce Patrimoine peut, doit être restauré, sauvé, regardé pour toutes ses qualités et ses défauts mais aussi pour ce qu'il représente d'essentiel dans l'histoire de l'Architecture.

Un livre donc important. Lisez-le et emparez-vous de ce livre pour montrer aux politiques ce que ce Patrimoine a de remarquable.

Je remercie Yvan Delemontey pour l'envoi.

Histoire et sauvegarde de l'architecture industrialisée et préfabriquée au XXème siècle, livre sous la direction de Franz Graf et Yvan Delemontey. éditions EPFL Press 2020.

Je vous mets quelques images pour vous mettre en appétit :














mardi 9 février 2021

Je crois dans les formes de l'esprit



C'est insaisissable ce que l'on ressent en regardant ce type d'image. J'avais envie d'écrire ce type d'histoire. Car, bien entendu, la radicalité du décor, sa presque sur-nostalgie, son trop plein de perfection éteignent tout récit par la stupéfaction de pouvoir y être et de constater que cela a bien eu lieu. Les messieurs sont tous en costumes, les boules de verre sont toutes de couleurs chaudes comme des soleils suspendus et les coupoles blanches lévitent dans l'espace, poussées par les bavardages et les bruits de vaisselles qu'elles sont chargées d'absorber. Il faut le dire, on est au Chesnay.
Il y a là du chic, une certaine joie d'être moderne, la découverte aussi d'un nouveau type d'espace et de service : un Drug-West.
Et le mobilier de chez Knoll dans sa blancheur idéale suffit à nous dire le désir du présent.
On devait vivre là une expérience nouvelle, on devait y voir l'Amérique, y croire à la suspension hydraulique, à la bureautique et aux greffes du cœur. Radieux avenir déjà dans le présent. 
Je me souviens, dans ma famille, du plaisir quasi-érotique de prononcer pour les premières fois les mots de Cafétéria ou de self-service.
Je n'arrive pas à parler d'architecture ici. Non pas qu'elle soit absente de cette image, bien au contraire, mais simplement parce que l'atmosphère prend le pas sur l'espace. Je suis déjà assis, je suis déjà en train de commander, et mon Vittel Orange a le goût trop prononcé des moments enfantins que l'on sait sortis des habitudes de la famille. 
Un plateau de fruits de mer réchauffe un peu au bord de l'image en bas, un serveur fait son travail et seuls les enfants semblent voir le photographe des éditions Pi.
Doit-on se demander qui a dessiné cet espace ? Qui l'a décoré ? Est-ce vraiment essentiel de trouver Dieu quand on est déjà au Paradis ?




Un autre Paradis ?
Ici bien entendu tout sera plus fruste, plus calme et moins luxueux pour les fesses. Ici, c'est un banc de bois qui vous accueille, un banc simple qui doit chanter immédiatement l'humilité peut-être même le pragmatisme de sa fonction. Ici, les formes seront géométriques non pas tant par peur d'être trop bavardes mais pour que l'esprit soit entièrement tourné vers l'essentiel : la cérémonie.
C'est beau d'ailleurs. Très, même.
J'aime tout dans cette carte postale France-publicité. J'aime d'abord ce que j'y vois, un ensemble de formes, de couleurs, de matières. J'aime l'éclat des fenêtres sur les surfaces, les immeubles à peine visibles dans les ouvertures, j'aime le lustre pris dans les triangles du plafond, j'aime surtout ce cylindre de pierre blanche, sculpture étrange, mobilier de culte fascinant par sa simplicité romane. J'aime surtout cette église que vous connaissez déjà.
Mais si.
Si.
Elle est à Vénissieux, c'est l'église de la Z.U.P des Minguettes dessinée par le Cabinet Grimal. 
Le cuivre a verdi depuis.







lundi 25 janvier 2021

l'Honneur puis la Honte du Parti Communiste Français ?


Lettre ouverte

La fierté puis la honte du Parti Communiste Français ?


Monsieur le Maire d’Ivry-sur-Seine,


Il y a peu de villes dont l'architecture moderne ou contemporaine fait autant image et corps avec leurs architectes. On aime Le Havre et son Perret, Royan et son Ferret, Brasilia et son Niemeyer. Mais il semble qu'il manque à cette liste une autre ville dont l'histoire du logement social fait pourtant maintenant partie intégrante de la grande Histoire de l'Architecture : Ivry-sur-Seine.

Oui toute l'histoire de la politique sociale et urbaine de Ivry-sur-Seine est chantée par tous les grands architectes comme un exemple parfait de cohérence des idéologies sociales et d'une réponse architecturale spécifique, originale et surtout humaniste. On en connait les auteurs essentiels : Renée Gailhoustet et Jean Renaudie.

Peu de villes comme Ivry-sur-Seine peuvent s'enorgueillir d'un tel héritage, partout diffusé, partout enseigné, par tous visité, faisant même l'objet aujourd'hui d'un véritable culte, élevé au rang d'icône par les amateurs d'architectures ou simplement par les usagers. Rem Koolhaas y envoie ses collaborateurs. Modestement, j'en fais de même avec mes étudiants.


Il faut le dire de suite, sans l'appui politique et l'ouverture d'esprit d'un Parti Communiste alors très disposé à comprendre que l'utopie devait passer par la construction, ce centre ville d'Ivry-sur-Seine n'aurait sans doute pas, pendant toutes ces années, par nos deux architectes, accédé à une telle radicalité belle, écologique et généreuse et à une telle reconnaissance nationale et internationale.

Ivry-sur-Seine et son centre ville modelé par Gailhoustet et Renaudie étaient alors la preuve de sa gestion remarquable du logement social en France. Ivry-sur-Seine était alors l'honneur du Parti Communiste Français.

Et puis...

Alors que Le Havre est inscrit à l'Unesco, que la Ville de Royan fait un travail absolument remarquable de diffusion et de communication autour de son architecture et de son urbanisme, rien n'est entrepris de tel pour cet héritage à Ivry-sur-Seine et même, depuis peu, on assiste stupéfaits à la détérioration  des particularités de cette architecture et de cette histoire. Ce qui fut un honneur deviendra-t-il une honte ? 

Il faut comprendre la chance exceptionnelle que représente un tel héritage. Comment ne pas même instrumentaliser un tel patrimoine pour faire d'Ivry-sur-Seine la démonstration vivante de l'héritage du Parti Communiste, prouvant ici la validité dans le réel de ses thèses humanistes sur le logement social et d'une utopie prenant enfin forme dans le réel et cela au service de tous ?


Par exemple, les attaques récentes et honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et la dégradation du centre Jeanne Hachette de Jean Renaudie prouvent bien le trop peu d'intérêts de cet héritage. Aucune mesure n'est prise pour le respect total de cet héritage patrimonial, pour sa défense et son maintien. Il s'agit d'une œuvre totale méritant un respect complet de son dessin, des détails, de leurs jonctions, de son architecture et du rapport savant des constructions les unes avec les autres. Il s'agit d'une œuvre urbaine qui ne peut être manipulée à l'envi, dont la seule considération serait celle de surfaces libres à remplir n'importe comment, par n'importe quoi. Chez Renaudie et Gailhoustet la mixité sociale et des usages et les circulations font totalement partie de la réflexion des architectes et doivent être manipulées et respectées comme chacune des pierres de Notre-Dame de Paris.


Il en va de l'héritage du Parti Communiste Français. Il ne faudrait pas, alors même qu'il fête son centenaire qu'une illusion d'attention prenne place d'une vraie réflexion. Facebook ne peut pas remplacer un comité scientifique et architectural et un vrai travail de protection patrimoniale. 

Il serait utile de faire classer immédiatement les Tours de Renée Gailhoustet, le centre Jeanne Hachette et le Liègat. Et pourquoi pas, tout comme pour Le Havre de Perret, demander immédiatement une protection par l’Unesco*  de cet urbanisme dans son ensemble, architecture, circulation, etc... C'est maintenant, pour l'Histoire du logement social en France une belle opportunité et pour le Parti Communiste une incroyable responsabilité.


Il faut stopper immédiatement les attaques honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et celles du centre Jeanne Hachette, il faudrait entreprendre un travail de fond et une protection des constructions, des paysages et des zones urbaines de ce centre ville d'Ivry-sur-Seine, il faut que cette municipalité, au lieu de se sentir encombrée par ceux qui défendent l'exceptionnalité de cet espace, comprenne qu'elle a entre ses mains, la preuve que l'architecture du logement social pouvait être écologique déjà il y a plus de quarante ans et qu'offrir du logement social intelligent et beau était possible. Votre mairie de Ivry-sur-Seine devrait prendre toutes les mesures de protections possibles, organiser enfin un vrai travail de sauvegarde et de communication, qu'elle comprenne que oui, Renée Gailhoustet et Jean Renaudie ont offert à cette ville l'occasion d'une immense fierté, expression d'un génie humaniste si rare en France. Il faut effacer la honte de ces attaques actuelles et refaire de cet héritage l'honneur de cette ville et en maintenir toutes les particularités et détails dans sa totale et entière exceptionnalité.


Le monde de l'architecture et du patrimoine avec vos citoyens regardent ce que vous ferez de cet héritage. Vous avez avec votre équipe municipale en même temps qu'une immense opportunité l’immense responsabilité d'un bien patrimonial exceptionnel et la possibilité d'entrer dans l'Histoire comme ceux qui auront sauvé cet ensemble  ou comme ceux ayant défiguré et ruiné cette Histoire au profit d'une gestion à court terme et opportuniste.


Soyez Monsieur le Maire respectueux de chaque centimètre-carré de cet héritage.


Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'Expression de ma Considération Distinguée.


David Liaudet, un amoureux de votre ville, de son Patrimoine et de la logique politique qui l’a construite.


*Tous les critères sont réunis pour une telle demande : https://whc.unesco.org/fr/criteres/


Pour lire ou relire presque tous les articles consacrés à Madame Gailhoustet :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/merci-renee.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/10/madame-gailhoustet-merci.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html 

http://archipostalecarte.blogspot.com/2017/06/nouveau-scandale-ouiencore.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/09/ivry-par-jean-renee-et-laurent.html

Pour lire ou relire presque tous les articles sur Monsieur Renaudie :

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/07/en-pointe-design-et-architecture-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/09/jean-renaudie-le-modele.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/jean-renaudie-recadre.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/07/jean-renaudie-trois-portraits.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/10/premier-jour-de-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

http://archipostcard.blogspot.com/2008/04/mes-pieds-sont-utiles-3.html

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