mardi 25 août 2026
Jean Dubuisson, discipline poétique
dimanche 23 août 2026
La modestie comme terrain de recherche en architecture : une église
vendredi 21 août 2026
Architectures avec des autorités dedans
Ah...les joies du rangement et du tri...Faire disparaître les tas de cartes postales trainant sur le mobilier Ikea vers les classeurs du rangement salutaire qui permet très souvent de croiser les noms des architectes et de faire les liens entre des cartes postales nouvellement arrivées et les anciennes un peu endormies depuis vingt ans.
Je tombe sur ça...
samedi 15 août 2026
Pierre Jeanneret à Chandigarh et finalement chez Noz
vendredi 14 août 2026
Un Sextant familial par le Corbusier
J'aurais pu faire semblant et voir ceux ou celles parmi vous qui sont assez fidèles à ce blog pour me dire dans un message personnel que j'avais déjà publié cette carte postale. Mais s'il est vrai que je ne publie que rarement la même carte postale (ou alors par erreur ce qui sur vingt ans, est bien normal) il ne faut pas se priver trop tôt de cette chance surtout quand, d'une certaine manière, la publication d'un doublon pourrait prouver la diffusion plus généreuse de cette carte postale, une rareté moindre donc.
Dans la collection de cartes postales sur Le Corbusier, certaines ne furent croisées qu'une seule fois et restent des exceptions bien appréciées de mon sentiment de collectionneur. Alors, lorsque, pendant longtemps une carte qui semblait très isolée trouve son double, on reste toujours interloqués.
Voilà :
Cette carte postale de la Villa Le Sextant vous la reconnaitrez. Mais elle soulève beaucoup de questions et apporte peu de réponses. D'abord donc son existence démontre que cette carte postale de la Villa Le Sextant fut plus diffusée que ce que nous pourrions le penser. La rencontrer deux fois dans l'immense hasard des recherches montre bien que cette diffusion fut assez généreuse. (Pas non plus en exagérant trop...)
On remarque qu'il s'agit exactement de la même, qu'il n'y a aucune différence entre les deux exemplaires. Qu'aucune des deux, dans leur édition ou dans la correspondance, ne nomme Le Corbusier comme architecte ! Comme si cela aller de soi...On sait bien comment Corbu suivait toutes les images de sa production, on reste donc étonnés que celle-ci lui soit passée à côté. Le nom du photographe restera aussi anonyme une fois encore. Mais si la première fut expédiée en 1948 ce qui peut sembler assez proche de la construction de la Villa le Sextant (ou de sa reconstruction d'après-guerre) on s'étonne que la seconde fut expédiée (cachet de la Poste faisant foi) en...1974 ! Quoi ? 1974 !
Comment diable cette carte postale a-t-elle pu ainsi se maintenir jusqu'à cette époque et dans quel cadre ? On imagine mal cette carte postale perdue sur les tourniquets des Mathes jusqu'à cette date ? Disponible aux touristes ne sachant sans doute rien de l'importance de cette Villa dans l'Histoire de l'Architecture ? Peut-on l'imaginer trainant dans un tiroir de quelqu'un ou quelqu'une concerné directement par cette Villa le Sextant et utilisant un reste de cartes pour, de temps en temps, en envoyer à des amis ? À la famille ?
Car qui donc a bien pu mandater un photographe et un éditeur (sans autorisation de Corbu) pour faire ainsi une carte postale et qui pour soutenir l'idée que sa diffusion serait un atout touristique ou familiale ? Qui ?
Peut-être que la famille étant encore en possession des lieux, au vu par exemple des plantations sur la parcelle, pourrait nous dire déjà la période. Avant-guerre ? Juste après ? Une édition en hélio ne peut pas avoir été éditée trop tard.
Le hasard veut aussi que, sur les conseils de la famille propriétaire des lieux, je viens de terminer la lecture de l'excellent ouvrage consacré à cette Villa Le Sextant pour en préparer la visite avec mes étudiants en septembre.
jeudi 30 juillet 2026
Zaha chinoise et ses ouvriers
Voilà bien (sans doute) les deux cartes postales les plus contemporaines de ma collection et elles viennent de loin puisqu'elles viennent de Chine, de Guangzhou exactement. Ça fait de la route et du bilan carbone un peu lourd mais j'en ai cure car c'est Claude qui me les a apportées dans sa valise.
On y voit donc l'opéra de Guangzhou dessiné par Zaha Hadid, magnifique construction désorientante, en tout cas par ce que les images nous en donnent à voir, véritables noeuds de lignes où on est vite déstabilisés pour trouver le haut et le bas. Comme je n'ai pas (encore) fait l'expérience réelle de cette architecture, je ne peux que croire Claude qui m'indique que c'est bien ce choc esthétique que l'on éprouve en visitant cet opéra. On sait le goût des courbes chez Madame Hadid, parfois même à la limite d'un baroquisme sans doute surjoué mais on peut aussi y voir l'envie d'une expérience permanente de l'oeil et du corps au bord du naufrage de l'équilibre mettant en scène plus le design, c'est à dire parlant plus des obsessions de Madame Hadid que de ce que faire un opéra veut dire vraiment.
Après tout, qu'un opéra propose dès sa vision du spectacle (on aurait vite fait de dire du spectaculaire bavard) c'est assez normal depuis celui de Charles Garnier. On sait alors que l'on va à la rencontre de quelque chose sans la vanité de croire que l'économie des lignes servirait une attitude zen voire calviniste comme celle du Louvre-Lens où, à force de vouloir calmer le lieu culturel pour ne pas effrayer le petit peuple, on en fait un open-space, un garage Audi de Province, une aire d'autoroute un peu moderne et oublieuse du sacré que réclame un musée ou, oui ,la jouissance de la Culture...Excusez-moi...
Voyez ici : https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/lens-un-autoportrait-au-jeune-homme-de.html
Donc ici la générosité formelle et sa presque indécence amusent l'oeil, font des images, fabriquent l'événement avant même le spectacle. Et c'est tant mieux. Et donc cela fait des photographies pour cartes postales car, oui, en Chine, on fabrique encore des cartes postales. Désolé mais je ne pourrais pas vous donner ni le nom de l'éditeur ni celui du ou de la photographe...On remarquera juste que le nom de Zaha Hadid est bien indiqué sur le verso. Le choix d'un noir et blanc un peu bleuté accentue la force graphique de l'ensemble, permet aux lignes de s'exprimer entre un MerzBau de Schwitters ou un certain cinéma de CoopHimmelblau.
Ah ! que Monsieur Parent aurait aimé cette Chine là ! L'oeil perdu, le pas hésitant, la courbe facile et l'oblique permanente... Sauf pour les murs et les planchers...pour une architecture d'un bloc fracturé. Il parait qu'on distribue des niveaux à bulle à l'entrée de l'Opéra de Guangzhou aux visiteurs pour qu'ils puissent, avec leurs deux yeux, retrouver l'horizontale. Il parait...
J'irai voir un jour avec mon Verascope cette merveille et je remercie Claude pour ces deux cartes postales d'un format peu usité chez nous.
Mais Claude me prête aussi un livre sur la construction de cet Opéra, livre luxueux, parfaitement édité, avec de très belles photographies dont je ne connais pas l'auteur. Je ne pourrais pas vous en dire plus car le livre est entièrement en chinois mais on comprend vite qu'il est à la gloire des équipes techniques de la construction et c'est là que mon oeil glisse vers un sentiment peu usuel dans le livre d'architecture.
Ce qui me touche immédiatement c'est que l'ouvrage nous montre des photos des groupes d'ingénieurs, d'ouvriers, de tous ceux qui ont construit le délire de Madame Hadid et immédiatement, je me dis que c'est très rarement que l'on voit ça dans l'édition de livres sur l'architecture. Je crois même que c'est la première fois que pour un ouvrage d'une telle importance on fait un livre-hommage à ceux qui ont bâti. Et cela me touche à un point que je n'aurais pas soupçonné. Je regarde ces hommes, ces femmes, je regarde leur joie, leur sourire et je les remercie de loin, comme ça, par mon émotion de les savoir, eux aussi, présents. Je vous salue tous et toutes !
Et, au lieu de vous montrer des images de cet opéra de Zaha Hadid, images qui existent en nombre partout, je vous propose de faire comme moi la rencontre de ces hommes et de ces femmes. Et je les remercie. Je remercie aussi Claude pour cette occasion de comprendre que nos icônes n'existent aussi que par ceux et celles qui les fabriquent, les pensent, permettent leur éclosion, trouvent des systèmes, adhèrent simplement à la pensée d'une architecte, comme on dit, adhèrent à sa projection...
Merci.
Pour comprendre ce que Claude Lothier fait en Chine : https://leblogdeclaudelothier.blogspot.com/ ou son Instagram : claudelothier