jeudi 26 février 2026

Mr Chaslin et un morceau d'amitié

 Je range un peu désabusé un petit tas de cartes postales qui traine sur un meuble en métal acheté chez Ikea et que j'aime beaucoup.
Passent dans mes doigts une énième carte postale de la Grande Motte ou une carte postale des rues du Mans. Ces dernières me servent à faire un atelier de rentrée avec nos étudiants du Mans chaque année. Mais rien ne m'inspire vraiment, rien ne me fait dire qu'il faut que je vous en parle, rien n'affirme ouvertement le travail que je fais ici depuis bientôt vingt ans. Ce sera en 2027...
Depuis tout ce temps passé à faire la vulgarisation d'une certaine architecture mal aimée et d'un médium mal compris (la carte postale moderne) j'ai eu la chance de rencontrer beaucoup d'acteurs importants de cette histoire et de ma relation à celle-ci. Mais voilà...Le temps passe cruellement. Il laisse plus de souvenirs maintenant que de vivifications renouvelées et cela cause parfois chez moi un sentiment désabusé presque dépressif devant ce monde qui disparait tout comme disparaissent les créateurs de ces architectures en question. Disparue Renée Gailhoustet, disparu mon fidèle Dominique Amouroux, disparu Claude Parent, disparu Paul Virilio, disparu mon cher Didier Mouchel, disparu Monsieur François Chaslin...Et tant d'autres architectes, photographes, critiques que j'ai aimés et qui m'ont fait avancer dans mon travail.

Et, dans ce moment, ma main glisse sur un papier plus léger, une image un peu moche, un peu pauvre.
Je la reconnais immédiatement : une carte postale envoyée par François Chaslin !
Que fait-elle là ?





Comment résister à vous la montrer et à vous la faire lire !
Ce qui m'étonne c'est que je ne me souviens pas de comment il a eu mon adresse. Sans doute l'a-t-il obtenue lors du combat pour Sens et son centre commercial dessiné par Claude Parent dont il m'avait fait l'honneur de parler sur Métropolitains. Quelle joie ce fut de l'entendre évoquer ce cas et cela sans me prévenir comme pour éprouver ma fidélité à son écoute, écoute qui était chez moi cérémonialisée et nous étions nombreux dans ce cas à tout suspendre pour l'écouter. N'est-ce pas ? Mais où est la nouvelle émission sur l'Architecture et l'Urbanisme sur France Culture aujourd'hui ? Pourquoi cette station n'a pas repris ce flambeau ?

On note l'humour sous-jacent de son envoi, j'y vois presque une petite moquerie de mon obsession à défendre le Hard French et la brutalité des blocs. Il savait être joueur Monsieur Chaslin. Mais rien ne peut me toucher plus que de penser qu'à un moment donné, dans sa tête, face à cette image trouvée, il ait eu une pensée pour moi et une pensée amusée et complice. Il a fait là un ready-made postal.
On note le...vieux brutalisme...
Voulait-il que je vois dans mon Brutalisme un certain goût de l'ordre ? Un goût des choses bien rangées ? Une certaine idée du bloc ? Une admiration sans faille  du Plan Voisin ? 
Sans doute. Et j'aime cette joyeuse raillerie.
Et comme je suis dans une école des Beaux-Arts où Le Corbusier aujourd'hui associe d'emblée les étudiants qui s'y reportent à des petits fascistes qui s'ignorent sans que la relativité de l'Histoire ne soit possible, comme je suis obligé d'être celui (un peu seul) à défendre non seulement l'architecte que nous avons tant aimé mais aussi le fait qu'un étudiant doive surtout se faire son idée (et en allant voir) je pense aussi à ce qu'il aurait voulu dire, lui, à cette jeunesse un peu perdue sous des autorités datant d'avant hier ayant mal lu, mal vu, mal compris. Sans peur donc, sans préjugé, en tout état de connaissance, une position éclairée mais surtout...complexe. C'est la leçon que j'ai retenue de Monsieur Chaslin.
Je tente bien modestement, Monsieur Chaslin de maintenir cette idée au moins chez moi, ce qui n'est pas le plus simple.
Excusez-moi si je n'y arrive pas aussi bien que vous et parfois mes Chroniques Corbuséennes sur Radio On, filles de votre émission, ne laissent pas beaucoup de place à la...délicatesse.

Me voilà donc avec cette carte postale à ranger quelque part. Mais où ? Dans quel classeur ? Celui sur le Hard French ? Celui des "belles images" où dort déjà la carte postale que m'avait envoyée Valère Novarina (lui aussi disparu il y a peu) ? Je ne sais pas. Dans l'un des classeurs de Le Corbusier ? Ou dans la proximité des cartes de Monsieur Parent ? Où voudrais-tu dormir carte postale ?

Je décide : ce sera dans le classeur de Corbu, à coté du Plan Voisin. Ce sera parfait pour vous y perdre et vous y retrouver, comme on dit, en bonne compagnie.
Ah...J'oubliais...merci pour ça et merci pour tout Monsieur Chaslin.


Il y a quatorze ans :
et :


mercredi 25 février 2026

Une Tournesol et des omoplates


 Tiens...Allez...On ne va pas s'en priver...
Et ce qui vous étonnera tout comme moi, ce n'est pas tant de découvrir une nouvelle piscine Tournesol que de savoir où elle fut construite. Car, pour une fois, elle n'est pas sur le territoire national mais...au Luxembourg !


Et il semble qu'elle soit encore debout, voir même en excellent état si on en croit Google Map ! Ouf !
Celle-ci nous est montrée en pleine action, ouverte, avec les baigneurs et les baigneuses dans le bassin et les familles et les adolescents sur la pelouse qui sert de plage. On se baigne puis on revient se sécher au soleil du Luxembourg sur un gazon tout propre, comme un tapis.
Que pourrions-nous ajouter de plus à cette piscine et à notre joie ? Que j'aime toujours autant voir les omoplates se déployer comme des ailes dans les dos ? Que les plaisirs simples de la baignade sont partout partagés ? Que donc, la piscine Tournesol fut exportée ailleurs qu'en France ? Qui nous trouvera des piscines Tournesol en Belgique, en Hollande, au Portugal ou bien ailleurs ? Combien d'entre elles furent ainsi exportées ? Difficile de le dire.
Cette carte postale est une édition Publivano Design et la carte, au vu de son timbre, fut expédiée vers 1994. Ce qui est tardif pour une piscine Tournesol, preuve que celle-ci était encore une chose intéressante à partager.


Et comme vous êtes bien courageux d'être venus ici, je ne vais pas vous laisser repartir sans deux autres belles raisons de se réjouir de l'eau chaude, de la natation et de la belle architecture. On commencera par une autre vieille amie, la piscine de Saint-Germain-en-Laye que nous connaissons bien sur ce blog et depuis longtemps. Ici la carte postale est une édition Leconte qui donne beaucoup de place au parking et pose le dôme de la piscine comme une soucoupe volante dans un jardin. On peut donc voir le beau travail d'insertion de la piscine dans un paysage et des dénivelés très travaillés.
Notre guide favori, celui du regretté Dominique Amouroux, nous indique Monsieur Blanchet comme architecte en 1968.



Et à Alençon, tous les garçons sont à la piscine tentant de faire le saut depuis le plongeoir sous les ordres attentifs et certainement aussi dirigistes du photographe si on en croit les jeux de regards des adolescents vers celui-ci. Sans doute que le photographe était désireux d'avoir sur son cliché le corps suspendu dans le vide d'un jeune plongeur pour animer cette belle vue d'une piscine dessinée par Messieurs Sylvano et Maillard, architectes. On voit plus les bassins que la construction mais ça reste un beau moment de joie collective. On notera que si Alençon possède rien moins que cinq (!) entrées dans son guide, l'ami Dominique a oublié de nous y parler de cette piscine. On lui pardonne volontiers.
Peut-être la reverrons-nous d'une autre manière.

Pour revoir la piscine de Saint-Germain-en-Laye et d'autres pépites (en 2010 !) :
Pour revoir l'autre modèle de piscine de Maillard, architecte, je vous conseille cet article :





mercredi 21 janvier 2026

Peux pas...j'ai piscine caneton, tournesol etc...

 


Puisque j'ai commencé, il faut bien que je continue. Certainement aussi pour maintenir l'intérêt iconique de ces deux architectures devenues depuis peu des incontournables des amateurs d'architecture moderne.

Faire un inventaire.

Pas une semaine sans que la piscine Tournesol ne fasse quelque part l'objet d'une vénération Vintage larmoyante sur sa future disparition ou d'une déclaration émouvante face aux souvenirs d'enfance. En passe de devenir comme le stylo Bic, la 2cv, le verre Gigogne Duralex ou le Solex, un objet d'attendrissement populaire, la Piscine Tournesol aura donc mis beaucoup de temps (trop de temps...) pour devenir du Patrimoine. Nous nous sommes déjà expliqué ici à ce sujet qui chatouille les agents du Patrimoine :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2022/12/y-en-marre-des-piscines-tournesol-et-de.html


Donc...je ne pouvais vous laisser sur ce blog sans vous montrer la dernière carte postale trouvée nous montrant la Piscine Tournesol de Bourgoin-Jallieu, piscine associée à de l'architecture moderne de la ville, le tout étant dans les tons ocre, orange, rose...On s'amuse donc que l'éditeur Cellard nous indique qu'il s'agit là des "nouveaux aspects", dans les années 50, les éditeurs n'avaient pas peur d'écrire : "ville moderne".

Bref...c'est une assez belle carte postale montrant bien comment on aimait encore à cette période chanter la Modernité de l'architecture et la transformation des villes. Aujourd'hui...mes étudiants se battent pendant leurs évaluations contre les attaques faites à Corbu, le traitant de fasciste. On vit vraiment une autre époque du rapport à la Modernité...On note que la carte fut expédiée pour un jeu en 1985 mais je la crois plus ancienne.

Comme on aime la Piscine Tournesol on ne peut qu'aimer aussi sa concurrente et bien moins soutenue piscine Caneton qui pourtant était très belle aussi et surtout très intelligente dans sa construction, offrant les mêmes désirs que sa soeur : économique, préfabriquée, modulable, ouverte sur l'extérieur, pop.




La Piscine Caneton faudra aussi en sauver un ou deux exemplaires mais malheureusement je crois bien que la Tournesol éclipse dans les coeurs et dans les recherches patrimoniales sa place pourtant méritée.

Celle-ci est à Aise-sur-Vienne et c'est l'éditeur Cap-Théojac (où sont vos archives ?) qui nous régale de cette très belle vue nous faisant bien comprendre les possibilités de cette piscine Caneton. N'allez pas à Aise-sur-Vienne avec votre maillot de bain...La piscine n'existe plus...Oups...

Rappelons les noms des architectes : messieurs Charvier, Aigrot et Charras. Merci à eux pour ce beau travail.

Pour revoir les piscines Tournesol sur ce blog...vous avez l'embarras du choix...

etc...

Pour les piscines Caneton :

etc...



lundi 19 janvier 2026

Royan, un premier janvier pour un retour lent vers septembre

 Dernière minute ! Incroyable rebondissement !
Hier, je vous présentais une carte postale située (voir ci-dessous) et je vous expliquais ma joie de trouver une carte postale de Royan située, où les habitants de leur logement sur le Front de Mer, signalaient leur présence par une croix montrant ainsi cet appartement. C'était déjà bien !
En rangeant cette carte postale ce matin, je fais un peu de classement d'un tas de cartes laissées à l'abandon et je tombe sur cette carte postale :



Non mais...me dis-je !
Le même appartement situé, la même carte postale ! Il semble bien qu'il s'agisse du même expéditeur puisque les deux cartes postales sont parties pour le Puy-de-Dome !
Incroyable donc de pouvoir avoir ainsi deux cartes consécutives du même lieu, du même appartement, du même éditeur et...du même correspondant faisant ce même signe sur son appartement ! On image qu'il ou elle avait acheté un petit lot ou achetait régulièrement cette carte postale montrant l'appartement familial. Il faut le dire c'est toujours une joie de se trouver ainsi situer sur une édition !
Mais c'est bien pour moi la première fois que dans ma vie de collectionneur je me retrouve ainsi avec une telle suite ! Quelle chance y avait-il que ces deux cartes achetées séparément se retrouvent chez moi ensemble ? Je suis abasourdi par ma chance...
Celle trouvée ce matin est datée de 1956 et elle est donc antérieur à celle d'hier. Elle fut expédiée vers le Docteur Cortial à Arlanc par Odile, Paul, Marius, Jean etc...
Non mais...quelle matinée ! le rangement ça a du bon tout de même...et la mémoire visuelle aussi.

retour sur l'article d'hier :

On va reparler de Royan sur ce blog parce qu'arrivent dans ma collection quelques nouveautés que j'ai envie de vous donner toutes ensembles, en même temps, sans chichi.
Et comme je construis un atelier pédagogique à Royan pour septembre avec mes étudiants et étudiantes j'ai le coeur tout ragaillardi de vous reparler de la plus belle ville du Monde.




On commencera très fort avec une carte de circonstance puisque c'est une carte de voeux pour l'année 1957 envoyée le premier janvier. Au-delà de l'anecdote, cette carte présente une particularité que j'aime beaucoup : les expéditeurs ont localisé l'appartement depuis lequel ils font leurs voeux ! Quelle jubilation ! Une carte située comme je les aime tant donc. De plus, cette carte postale, une édition du Tabac de la plage, nous montre un endroit que j'aimais beaucoup : le portique si stupidement détruit. Mais il va sans dire que la restructuration du Front de Mer en cours à Royan a prévu la reconstruction du portique afin que la ville retrouve le génie de son dessin d'urbanisme qui en faisait toute l'intelligence.
N'est-ce pas ?
Il y a fort à parier que les habitants de cet appartement n'y sont plus. On notera que les vitres sont encore couvertes de blanc de Meudon. Le chantier est donc en finition.


Du même endroit mais juste en dessous de l'appartement, voici un point de vue bien original pour ce portique qui nous montre surtout les grilles et les rambardes ! La ville de Royan avait donc tant besoin d'images et de représentation d'elle-même que les photographes n'hésitaient pas à faire de tels points de vues ! Pourtant on ne fera jamais aussi bien que celui-ci, rappelez-vous...
Il s'agit d'une carte postale Flor (Marceau carrière Niort) expédiée en 1958.

Mais Royan c'est aussi ça :



Le Temple ! Qui est une pépite un peu oubliée de Royan. Ici, c'est une carte postale venant très tôt dans l'histoire de sa construction, on doit être tout juste à la fin du chantier. On aime que le magnifique pin qui aujourd'hui passe au travers de l'auvent ne soit pas encore présent. Remarquez comme cette photographie reste assez mystérieuse, assez peu lisible tant l'architecture offre ici une abstraction  radicale. Le ciel prend beaucoup de place...et pour un édifice religieux c'est bien normal !
Quelle image tout de même ! On la doit à notre célèbre Berjaud éditeur qui n'oublie pas de nommer les architectes : messieurs Baraton, Bauhain et Hébrard. 
Rappelez-vous ici :

Pour Mr Bauhain architecte :






mercredi 24 décembre 2025

La situation étant tellement grave que je ne ferai pas de voeux...

 ...à part pour le départ immédiat de la Ministre de la Culture et de ses collaborateurs et collaboratrices du Patrimoine...

Depuis au moins vingt ans maintenant, on vit dans l'incurie des Ministres de la Culture qui se succèdent et se ressemblent : un petit tour en attendant un autre poste et puis s'en vont...Ailleurs, souvent dans des institutions prestigieuses qui n'ont que des rôles protocolaires. Suivez mon regard...

Que sont devenus Riester, Pellerin, Nyssen, Azoulay, Filipetti, Bachelot, Abdoul Malak....

La prochaine devrait rejoindre le privé en étant conseillère-image pour une marque de Luxe. Car c'est clair elle n'aura pas sa Mairie. Sans doute travaillera-t-elle pour une marque de chaussures ou des bijoux. Selon ce qui trainera sous le canapé, on verra. Pas trop de travail mais beaucoup de représentation. Il y a là un Patrimoine aussi.

La situation du Patrimoine moderne et contemporain en France est tellement grave. 

Je le dis ici depuis longtemps, les institutions en charge de la défense du Patrmoine sont paralysées par les enjeux politiques et par les expériences désastreuses de l'ANRU par exemple ou par des maires (hommes ou femmes) qui n'y comprennent rien à leur Patrimoine et surtout qui le méprisent. Cela n'a pas beaucoup changé depuis vingt ans, cela s'aggrave même avec les fameux enjeux climatiques ou les nouvelles couleurs d'une politique baignée dans le vocabulaire contemporain d'une écologie bon tain, pistes cyclables, herbes folles et végétalisations à tous les étages. Une sorte de dégout des surfaces lisses ou de la minéralité. 

Alors que faire ? Continuer à mobiliser ? Dire ici quelque chose ? Quel impact cela a-t-il ? 

Et puis, il faut ajouter que le monde n'aime que les icônes. On n'en peut plus de Jean Prouvé fétichisé, des Piscines Tournesols, du brutalisme dont plus personne ne sait très bien de quoi il est fait. On n'en peut plus de voir et revoir les mêmes "pépites" rabâchées, remâchées par les réseaux sociaux. On n'en peut plus des émissions de radio traitant le béton de fasciste. On n'en peut plus.

Si vous voulez une caricature de la situation regardez chez moi à Rouen. D'un coté, le socialisme écologique qui détruit des "verrues" qui ne sont rien d'autres que des immeubles classés au titre des Monuments Historiques déclassés pour permettre...Une opération immobilière...Ah...la Gauche d'aujourd'hui c'est quand même autre chose...Et de l'autre, en face, des vieux Guy Deboridens qui croient faire la Révolution en instrumentalisant la défense du Patrimoine pour faire mousser leur indignation bourgeoise sur la situation d'ouvriers africains. Entre les deux, quelle "gauche" choisir ? Quelle politique patrimoniale est juste ou efficiente ? Aucune bien entendu.

Dernière attaque en règle : l'église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson.

Encore un maire qui cède à son incurie patrimonial, encore un qui ne voit rien, ne veut pas apprendre, se croit démiurge. La bêtise patrimoniale à son point le plus haut. Monsieur le Maire veut détruire non seulement un édifice mais aussi la rencontre avec cet édifice. Il ne comprend rien à l'architecture du XXème donc, forcément, si lui ne comprend rien c'est qu'il...n'y a rien à comprendre. La bêtise patrimoniale de ce type de représentant de l'autorité ajoutée à la certitude de son petit pouvoir de maire et voilà encore un Patrimoine qui va disparaitre sous les yeux des responsables locaux du Patrimoine...Qu'on n'entend pas beaucoup.... Y a quelqu'un à la Région, à la Ville, au Département , au Ministère ?

Il y a bien un problème systémique de la défense du Patrimoine et de sa gestion en France. ABF, Label, commissions, CAUE...tout ce fatras inefficace et toujours en retard de 25 ans...qui regarde la destruction du Patrimoine moderne et contemporain (et pas seulement) avec la larme à l'oeil du regret perpétuel.

Oh lalala...on regrette, on regrette tellement...mince...si on avait su....

Et, comme toujours avec le soutien de la presse locale qui parle de "bunker" et de "béton" mais pas d'espace, de paysage, de déambulation ou d'écriture sculpturale. Tu m'étonnes, le pauvre journaliste ou la pauvre journaliste est bien incapable de mesurer l'importance patrimoniale d'un édifice et ne fait que répéter les argumentations qu'on lui sert.

Alors, il faut qu'un citoyen ou une citoyenne se bouge pour que tout cela remonte aux oreilles de ceux...qui sont normalement en charge de ce Patrimoine...

Toutes les semaines, je reçois des demandes pour dire un mot sur tel bâtiment, pour défendre telle action de sauvetage. Et c'est toujours le même schéma de la honte.

 Non, aucun voeu pour 2026 autre qu'un grand coup de pied dans le cul des institutions du Patrimoine, toutes. Et ne me demandez pas quelles sont les solutions ! Il y en a plein. Plein ! Mais pour ça il faut travailler, défendre une certaine idée du Patrimoine, avoir de l'imagination et apprendre en regardant ce qui se fait ailleurs. Il faut aussi du....courage.

Walid Riplet.

Pour montrer dans quel monde de merde on vit. voici la très belle Église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson, (oui...rien que ça) qualifiée de bunker par un journaliste au fait de la Culture Patrimoniale et Architecturale.



Voilà ce que les "autorités Patrimoniales" (Ministère, CAUE, Conservation, ABF, etc) laissent détruire. Vive la France !

On notera qu'aujourd'hui l'église Sainte Marie-Magdeleine est enfouie sous des arbres, sans doute pour cacher ce "bunker"... On notera que l'architecte Remondet a fait ici un travail remarquable, d'une grande puissance de dessin, d'un radicalisme poétique que son époque, elle, savait comprendre et aimer. Il s'agit d'une carte postale Combier sans nom de l'architecte ni du photographe. Il nous restera au moins ça pour pleurer.


samedi 20 décembre 2025

Abbé Pierre et Béton, maisons ballons

 je reçois, je diffuse :

Bonjour David,
Tu vas halluciné ! Regarde ce que nous avons trouvé ! La photo était glissé dans un dossier "moulage" perdu sur le haut de l'étagère. Rien à part des listes de chiffres et des calculs mais cette photographie qui nous tomba dessus avec Jean-Jean.
Bien entendu, il ne nous fut pas difficile d'identifier l'architecture et la Maison-Ballon ainsi photographiée. On voit donc celle-ci dans une rue d'une ville non-identifiée. On a pensé avec Jean à Brignais bien sur mais ça pourrait être partout...Faudrait avec accès aux Archives de la Fondation Abbé Pierre pour savoir où cette démonstration fut faite car il ne fait aucun doute qu'il s'agit-là d'un modèle qu'on pourrait dit vite "d'exposition".
La photo n'est ni datée ni située donc.
Mais elle prouve bien que l'Abbé Pierre avait donc cru en ce modèle qui change un peu de celui de la Maison des Jours Heureux de Jean Prouvé.
Au vu des habits et de la taille minuscule de la photographie, on pense que nous pourrions être très tôt : milieu des années cinquantes sans doute.
T'en penses quoi ?
Bon allez, régale toi avec cette photo. Appelle si tu veux, y a longtemps qu'on s'est vu non ? Tu vas bien ?

Walid.
j'oublie : bien entendu rien n'indique que ce soit Jean-Michel Lestrade qui ait fait la photo. Personne dans la famille ni dans les albums de famille Lestrade ne possède de photos de ce format étonnant. Donc...sans doute un envoi.




Merci Walid et Jean-Jean.
Je pense bien que vous avez raison les gars. Je regarde la photo au compte-fil pour chercher un indice sur la localisation mais je ne vois rien comme piste. Quelle ville aurait pu accueillir sur une telle place une telle expérience architecturale ? Je pense qu'il faut chercher à proximité de Brignais, voir à Brignais-même, ce serait le plus logique. Wallace Neff a-t-il participé à ce montage ? À cette démonstration ?
On note que Notre-Dame des Sans-Abri est noté sur la pancarte et qu'il existe à Lyon un foyer qui porte ce nom. Brignais...Lyon...ça se tient non ?
Oui, on s'appelle !
David.

Pour revoir les maisons-Ballons et celles de Brignais en particulier :

Pour celles de Dakar :

Etc....





dimanche 14 décembre 2025

Chandigarh to Ronchamp by air mail

 


J'achète une carte postale de Chandigarh et je m'aperçois assez rapidement qu'il ne s'agit pas d'une édition mais d'une carte-photo. Il s'agit donc d'un tirage d'un particulier transformé en objet postal. La carte postale ainsi créée est plus petite qu'un format habituel et nous propose une très belle vue de Chandigarh, assez douce, un peu flou mais touchante par sa simplicité. On y devine l'échelle immense du bâtiment. Dans ma collection, les cartes postales de Chandigarh sont très rares. Il faut dire que les voyageurs vers cette contrée devaient être bien peu nombreux...Alors quand une carte postale m'arrive de Chandigarh dans les mains, je me réjouis immédiatement.

Mais cette carte postale a une autre particularité bien amusante. Elle fut expédiée par Jean Petit qui n'est rien moins que l'un des éditeurs de Le Corbusier et notamment du très beau livre sur Ronchamp. Elle est adressée à Alfred Canet à Ronchamp qui n'est rien d'autre lui que le Secrétaire de la Société Immobilière de Notre-Dame-du Haut ! Comment faire plus corbuséen ? Ne manque que la signature de l'Architecte pour que cet envoi soit complet !

Il est très rare que les cartes postales à ce point parlent de relations directes entre l'image envoyée et les expéditeurs ou receveurs. C'est donc émouvant de voir un exemple d'une carte postale qui plus est est une carte-photo.

La carte fut expédiée le 11 mars 1963, du vivant de Corbu. Un must de ma collection donc...ne soyez pas jaloux, je vous la partage.



Et...depuis Ronchamp, peut-être que Alfred Canet a pu renvoyer cette carte postale à Louis Petit :


Cette très belle carte Janin nous montre...nous montre quoi en fait ? Le chemin qui mène à La Chapelle bien plus que La Chapelle de Ronchamp elle-même ! Et la neige qui s'y pose. On aime ainsi voir la belle polychromie sur la façade du refuge jouer avec le bleu du ciel, on aime les dessins des branches nues venir chatouiller les courbes de La Chapelle. On aime ce "moment" où, pas encore sous la puissance de l'Architecture, celle-ci se donne à voir d'un peu loin, doucement, comme une promesse au bout du chemin creux, dans la fraicheur lumineuse d'un matin d'hiver.

Nous ne bouderons pas cette joie.