lundi 10 août 2020

Suisse très amicale et très brutaliste aussi

Avoir de l'écho, sentir que nos mots partent loin et rebondissent, ça fait du bien.
C'est exactement ce que me permet de ressentir Serge Fruehauf qui m'écrit et joint à son courrier deux cartes postales somptueuses et si nécessaires maintenant à ce blog. La première vient en complément de l'article sur Pierre Pinsard publié il y a peu et c'est d'ailleurs suite à cet article que Serge m'écrit et m'envoie la carte postale qui manquait à la suite de celles proposées à votre sagacité. Enfin une carte postale qui nous montre donc l'église de Pierre Pinsard bien réalisée et depuis son extérieur. Ouf ! La logique éditoriale est respectée : maquette, construction, intérieur, extérieur ! La carte postale enregistre bien toute l'histoire d'un bâtiment. Je vous conseille de la découvrir sur l'article consacrée à cette église ici :https://archipostalecarte.blogspot.com/2020/07/pierre-pinsard-cest-le-kirkeby-francais.html 

Mais voici que Serge joint à l'envoie une autre belle vue, de Genève cette fois, et c'est vrai que ce blog parle peu, trop peu, de la Suisse mais heureusement c'est souvent pour en évoquer ses beautés brutalistes. 

 

 

 

Nous sommes donc à Carouge-Genève devant l'incroyable série de barres brutalistes. Tout est à l'unisson pour cette carte postale des éditions Pierre Jaeger et fils : choix judicieux du cadrage, beauté ineffable de l'architecture (j'en fais trop ? Ah...vous croyez...) lumière superbe et aussi animation joyeuse des enfants libres de jouer dans la fontaine. Serge Fruehauf m'indique d'ailleurs que Georges Brera l'un des architectes des constructions serait aussi celui de la fontaine au premier plan. Quelle image non ? Je me pose la question de ma culture de l'architecture suisse qui, pour un admirateur de le Corbusier est bien peu développée. Est-ce que ce franco-suisse aurait bouché la vue sur son héritage helvète ? Où suis-je le seul dans ce cas à n'avoir que peu rencontré l'Architecture Suisse du Vingtième Siècle en carte postale du moins ? Quoiqu'il en soit, voilà une occasion de compléter et d'apprendre. Merci encore à la carte postale d'être ce vecteur de culture et merci Serge pour cette découverte. Pour tout savoir sur ce groupe d'immeubles, je vous conseille d'aller lire le très complet PDF de Édouard Terrier, je ne ferai pas mieux et j'ai horreur de la paraphrase du travail des autres :

http://icietla-ge.ch/voir/spip.php?article305

Dans mes archives, peu de trace de Georges Brera, l'architecte. Je trouve un article sur une villa dans un numéro de l'Architecture d'Aujourd'hui de 1959. C'est peu de choses... mais c'est déjà ça. On y lit bien cette écriture post-corbuséenne au béton brut bien affirmé dans des formes solides. On y retrouve aussi P. Waltenspuhl comme ingénieur pour la structure. Les photographies de cet articles sont de G. Klemm.





























Pour revoir des beautés suisses :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/10/deux-hotels.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/06/sos-helvete-brutalisme.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/04/i-shake-it-off_22.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/03/suisse-marocaine.html

mercredi 5 août 2020

Quand notre cœur fait boum.

Comme je le rappelais dans cette chronique corbuséenne*,  Charles Jencks a déclaré la fin de la modernité pour les États-Unis le 15 juillet 1972 . La destruction de Pruitt-Igoe figure dans tous les livres d'histoire d'architecture comme la parfaite illustration de la fin de cette modernité.
Mais en France ?
Certes, sur notre territoire, la politique patrimoniale sur les constructions du Vingtième siècle ne manque pas de signes de sa faiblesse de protection (et aussi de ses ordres reçus) et on ne compte plus les destructions, les défigurations de bâtiments pouvant réclamer le titre de martyr de la modernité.
Le Musée des Arts et Traditions Populaires de Dubuisson est sans doute en ce moment l'exemple-type. La défiguration à venir des Tours Nuages d'Émile Aillaud et Fabio Rieti en est un autre.
Il faut croire aussi que les fils ne comprennent plus leurs pères.
Mais la carte postale que je vais vous montrer est à la fois un document populaire et un programme politique : une étrange réjouissance.






































Est-ce que les historiens de l'Architecture verront un jour ces destructions spectaculaires comme des erreurs ? Sans aucun doute que ce type de paysage, cette approche de l'habitat et de l'urbanisme manqueront dans les visites urbaines. Aujourd'hui, on aime flâner sur les remparts de Vauban devenus inutiles. On aurait pu aimer dans cent ans, deux cents ans voir et visiter les archétypes d'une politique du logement collectif du Vingtième Siècle. Il faudra beaucoup d'imagination alors pour comprendre le choc des volumes, la puissance écrasante et subtile des espaces, la logique irrémédiable des modes de construction, les déroulements des vies mêlant fierté d'y avoir vécu et misère de n'avoir pu en partir, épuisées par de mauvaises politiques successives de remplissage et de déshérence sociale. Rien qu'à ce titre nous devrions les conserver.
Mais nous pourrions aussi le faire parce que nous y trouvons aussi une beauté, sentiment esthétique qui aujourd'hui semble intolérable et que l'on couvre immédiatement du fameux : "vous auriez voulu vivre là ?"
Pourtant ce sentiment esthétique et la force que je trouvais à cet ensemble, (justement son incroyable brutalité franche) auraient pu aussi participer à sa sauvegarde (et aussi une politique sociale plus juste et une attention permanente aux bâtiments). On sait bien que finalement ce n'est pas tant le bâti que l'on fait exploser ainsi. C'est un climat social que l'on croit éradiquer (en communicant dessus) par une fête de la dynamite, de la promesse d'une échelle plus humaine. On éradique aussi un espace et tout ce qui le constitue. Je dis bien TOUT ce qui le constitue. Si la gentrification sauve parfois les architectures modernes, ici rien n'aurait pu porter ce projet funeste d'un possible sauvetage par une bourgeoisie encanaillée d'un esprit populaire instrumentalisé comme un décor amusant à la vie d'adhérents à la Start Up Nation. Rien ! Alors laissons croire que tout cela est une fête, un spectacle et Boum !
Éditer une carte postale de ce moment est assez peu usité même si cela n'est pas unique. Doit-on y voir un regard distancié qui ne fait que suivre l'événement ? Après tout c'est l'histoire de la carte postale d'être un enregistreur des catastrophes. Doit-on y voir un objet éditorial de propagande pour dire les bienfaits d'un futur radieux n'ayant même pas peur d'une éradication totale ? Doit-on surtout y voir le cynisme d'un genre éditorial ayant, quelques décennies auparavant, chanté par l'impression de cartes postales la joie de vivre là enfin dans la modernité ?
Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il faudrait demander aux éditions Dubray qui ne nomment ni l'architecte de la barre Églantine de Meaux, ni le photographe ayant réalisé ces clichés ni même les raisons de cette édition. Imagine-t-on la famille délogée de cette barre, quelques jours après l'implosion, envoyer cette carte postale à sa famille ? Et pour en dire quoi ? Soulagement, tristesse, tout cela en même temps comme dit l'autre ? Il me faudra en trouver des exemplaires avec au dos une correspondance signifiant l'impulsion (et non l'implosion) de cet achat...
Justement, ce mot implosion, décrivant une puissance venant s'exercer vers l'intérieur m'a toujours semblé parfait pour laisser croire que le problème dont la réponse est cette implosion viendrait de l'intérieur-même de l'objet que l'on détruit. C'est par et vers son intérieur, son contenant que l'on détruit. Le bâtiment doit disparaître sur lui-même comme si cette image signifiait d'où vient la responsabilité. Même là, on lui interdit sa projection, son extension. Il fait en quelque sorte communauté dans sa destruction sur lui-même. Borborygme final radical, pyrotechnie auto-nettoyante.
La carte postale date l'événement de 1990. Il y a déjà 29 ans. Je n'arrive pas à y croire. Ils sont donc nombreux ceux qui aujourd'hui regardent cette carte postale sans pouvoir y ajouter autre chose que l'image elle-même, pleine finalement que de son spectacle.
Elle est déjà un document, une trace, une relique.
Et sans doute, aussi, une nostalgie.
Et les couleurs de la République, bleu, blanc, rouge, affichées sur la façade de la barre Églantine ne devaient porter aucune fierté mais bien pointer les responsabilités politiques. La République a failli. A-t-elle failli quand elle a construit ? A-t-elle failli quand elle a abandonné ?
Vous aurez compris, je crois.






Pour revoir la Cité de la Pierre Collinet au mieux de sa force, je vous propose cette belle veduta.
Posées à champ comme des planches franches, voici donc deux barres de Meaux laissant à leur pied l'espace récupéré par la densité de l'habitat. Le parc est dessiné, entretenu, plein d'un futur que l'on croit encore long et qui laissera les arbres grandir. Voyez-vous que le pignon aveugle est peint d'une couleur jaune en dégradé allant du plus sombre au plus clair vers le haut de la barre ? Voyez-vous le jeu cinétique des façades et l'incroyable saignée géométrique de l'escalier qui me fait penser à une couture d'agrafes sur une cicatrice.


Julien est en vacances. Il envoie cette carte depuis Meaux en 1964 à Jean resté à Paris. Quoi de plus beau que de passer des vacances au pied du Hard French ensoleillé de Meaux ? Qui pour reprocher à Julien ce désir de jeu savant, correct et magnifique de formes assemblées sous la lumière ? Qui ?

La carte est une édition Hodbert, éditions de Massy pour Iris. Pas d'architecte nommé, pas de photographe nommé, devant autant de Beauté, on est sans doute obligé à la modestie d'un anonymat.
Pour tout savoir sur la Cité de la Pierre Collinet quoi de mieux qu'un inventaire du Patrimoine n'ayant pas servi à son sauvetage :
https://inventaire.iledefrance.fr/dossier/cite-de-la-pierre-collinet/f1880d4d-fad7-472d-a31d-6ac19037a55f
*Pour écouter ma chronique corbuséenne N°59 sur la fin de la modernité et toutes les autres chroniques :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/04/les-chroniques-corbuseennes-disponibles.html
Pour revoir sur ce blog la Cité Pierre de la Collinet et Ginsberg :
http://archipostcard.blogspot.com/2019/02/as-tu-deja-oublie.html
https://archipostcard.blogspot.com/2012/09/ginsberg-la-barre.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/04/un-anneau-pour-les-reunir-tous.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/04/jean-ginsberg-le-mans-monaco.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/02/construire-sur-et-avec-la-fragilite.html
Pour voir d'autres exemples de cartes postales de destructions de l'architecture :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/02/alain-bublex-mon-amour.html

Au lieu de vous donner des vidéos de la destruction de ces barres de Meaux, je préfère vous offrir celle-ci. Vous y retrouverez mon goût pour le spectral :




jeudi 30 juillet 2020

Le Corbusier sous le Radar

Essayons de voir la réception de l'architecture de Le Corbusier dans un document populaire qui, pour une fois encore ici, ne sera pas une carte postale.
Un matin d'été 1952, une famille devait être heureuse d'aller au marchand de journaux et de se retrouver photographiée dans les pages du journal Radar, journal d'actualités sensationnelles et... euh... spectaculaires.
Sans doute que cette famille fut moins heureuse de lire le petit texte qui accompagne la photo des parents et des enfants en plein repas et le dédain mi-amusé mi-moqueur du journaliste qui est venu à leur rencontre.
Tout commence par le titre où la famille est appelée "locataires cobayes" comme si elle participait à une expérience et que cette famille était de fait sous les yeux de quelques scientifiques ou sociologues surveillant leurs faits et gestes comme pour une émission de télé-réalité quelconque.
Pourtant, ils sont bien des locataires et chez eux donc.
Ensuite l'article est prompt à faire croire qu'ils n'auraient pas su, ces gens-là, comprendre la merveilleuse révolution de vivre là et le journaliste, pour feindre une complicité avec cette modernité, laisse croire que les anciens usages et habitudes de mode de vie de cette famille n'ont pas su trouver leur chemin dans les habiletés de Le Corbusier.
Et leur liberté ?
Certes le mobilier n'a rien de moderniste, certes ce mobilier est placé étrangement un peu près de la baie, certes le bahut et le fauteuil surtout semblent hors d'âge. Et alors ? Ne pourrions-nous pas y voir justement, non pas une incompréhension de l'espace mais bien au contraire la possibilité d'en faire exactement ce que l'on veut ?  L'adaptation de cet espace est le signe de son indétermination, c'est bien ce qu'a vu cette famille qui n'est donc pas inadaptée au lieu mais libérée de ses fonctions. 
Ils sont chez eux non ?
Plier l'architecture à sa manière de vouloir y vivre est tout de même la moindre des choses. Et c'est bien ce qui est lisible ici dans cette photographie.
Et les chaises de pailles, dernier lien d'un monde hérité, ces chaises utiles autant qu'elles sont usées, ont bien du mérite que Charlotte Perriand dans un pragmatisme paysan aurait pu goûter à son tour.  Pourquoi abandonner ce lien, cette histoire ?
Vouloir être proche du ciel, vouloir sentir l'air frais du balcon, rapprocher la table de cette grande ouverture c'est comme mettre la table dehors devant la porte. C'est faire fi des conventions quand bien même elles seraient MÔdernes... C'est Monsieur Hulot retournant le canapé chez Madame Arpel. Ce n'est ni mal comprendre l'espace ni en rejeter ces révolutions, c'est juste vouloir vivre comme on l'entend, c'est tenir sa vie. Mais à qui s'adresse ce dédain du journaliste ? Croit-il, lui, avoir compris la modernité ? S'amuse-t-il de la résistance des modes de vie ? Croit-il signifier à Le Corbusier un échec puisque sa révolution n'oblige pas à ses idées ? On pourrait lui rétorquer à ce journaliste le bon sens paysan, la structure archaïque d'une tradition ou encore la joie de vivre ensemble autour d'une table familiale ? Qui sait vraiment ? Et où et par qui serions-nous censé apprendre les usages particuliers de ce lieu ?
Je suis certain que Corbu aurait aimé cette tablée et que, oui, il aurait fait aussi la leçon au père de famille entre la poire et le fromage.
Le journaliste sert la soupe. Il parle de disposition si ingénieusement conçue, il fait le tour assez habilement d'ailleurs des nouveautés de cette Cité Radieuse. Pourquoi s'amuser avec le lecteur qui serait forcément le complice des moqueries sur les errements de style de ces locataires ? On imagine facilement d'ailleurs l'écho de ce Radar chez le lecteur populaire d'une telle publication car Radar n'était tout de même pas ni Le Monde ni l'Architecture d'Aujourd'hui.
Le journaliste n'est pas nommé, pas plus que le photographe d'ailleurs. Et si on s'amuse à regarder les publicités pour le mobilier dans les pages de ce même numéro de Radar, le moins que l'on puisse dire c'est que la modernité n'y est pas très présente non plus.
Que voulez-vous... on prend ce qu'il y a à prendre.
Reste que cet article prouve la grande présence de ce monument architectural dans les médias très populaires et que le sous-entendu de cet article c'est tout de même que le lecteur a déjà entendu parler de la Cité Radieuse et de Le Corbusier. Et même si c'est sur le mode un rien moqueur, le journaliste reste tout de même assez positif sur les avancées de cette Cité allant jusqu'à la complicité et l'étonnement avec son lectorat d'une mauvaise réception justement de cette modernité.

Pour revoir une autre réception de Corbu dans la presse :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/08/mon-chez-moi-est-une-machine-habiter.html
Pour revoir les questions du mobilier de la Cité Radieuse :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=meubles+corbusier
















































































dimanche 26 juillet 2020

Pierre Pinsard c'est le Kirkeby français. (ou l'inverse)

Voilà un cas assez étonnant pour un grand architecte que nous aimons beaucoup ici sur ce blog : Pierre Pinsard. Nous l'aimons, Pierre Pinsard, aussi parce que je me suis fais la promesse de vous montrer un jour le très bel ensemble paroissial de Saint Jean-Baptiste-de-la-Salle à Rouen.
Mais aujourd'hui, je rassemble enfin trois cartes postales de l'une de ses très belles réalisations dans le Nord, à Maretz en particulier, la Chapelle Don Bosco.

Le collectionneur fonctionne toujours par collage, capillarité doucereuse, rassemblement patient. D'abord, il y a le hasard d'une première rencontre puis le désir d'en savoir plus et commence alors la quête de l'objet manquant.
C'est le cas ici pour ces trois cartes postales du même objet, cette Chapelle Don Bosco. J'ai d'abord trouvé la carte postale de la maquette du futur projet de cette chapelle. Vous savez comme nous aimons ici les cartes postales de maquettes et notamment celles d'églises modernes et contemporaines. Vous savez donc aussi que ces cartes servaient souvent pour des appels au don montrant la future réalisation aux paroissiens et censées déclencher par l'image un désir de participer financièrement à ce chantier. C'est bien le cas ici, la carte postale agit d'ailleurs comme une véritable déclaration du programme architectural de Pierre Pinsard !


On y voit selon l'esthétique toujours identique la maquette de la Chapelle perdue dans le noir du studio proposant un épiderme blanc et gris et des formes superbes, assumant pleinement son abstraction. Admirez déjà la jonction des espaces, comment le bâtiment va littéralement chercher les fidèles et comment le campanile est une sculpture dressée. Depuis ce point de vue, la future chapelle apparaît aussi comme très fermée, très close, les seules ouvertures sont des failles dans l'escalier de la toiture. La lumière du studio écrase un peu l'ensemble, tout est un peu éteint et le bois de la maquette ne laisse aucune chance à la lumière de former des ombres.
Mais nous avons de la chance. Si le Père Directeur de Binordy (?) remercie de manière un rien mécanique Madame Vagan pour son don, on note que le texte exprime aussi le projet architectural et également une partie de la carrière de l'architecte Pierre Pinsard ! Comme s'il fallait avec ce Curriculum Vitae rassurer le fidèle du sérieux de ses intentions... On a donc le programme et la description de l'ensemble, on note une attention particulière à la lumière dans la construction. Qui a écrit cette description ? Pierre Pinsard lui-même ? le Père Directeur ? Madame Vagan était-elle heureuse de ces explications et de ce projet ? Notons aussi que c'est Electric Photo à Busigny qui a réalisé ce cliché. Drôle de nom de studio. On imagine la maquette quittant l'agence de Pierre Pinsard à l'arrière d'une 2CV fourgonnette, être descendue puis montée dans le studio puis repartir vers l'agence. Petit détail amusant, sur cette carte de remerciement, la signature, le Madame et le nom de Madame Vagan sont bien manuscrits et donc personnalisés. Où est passée cette maquette aujourd'hui ?

Mais voilà une autre incroyable et belle découverte :


Cette carte postale toujours imprimée et éditée par Electric Photo nous montre bien le chantier de la chapelle Don Bosco. On sait comment je regrette toujours l'absence presque complète de cartes postales des chantiers. Seulement de très rares exceptions viennent troubler ce manque. On sait aussi comment souvent ce sont justement les chantiers d'églises qui sont représentés alors. En voilà une autre preuve. Mais comme ce cliché est beau ! Comme aussi il permet de comprendre le plan de la chapelle, sa fabrication, la beauté concrète de sa construction.
On peut donc comparer la déclaration d'intentions de la carte postale précédente et de l'état du chantier : briques et ciment armé sont bien utilisés. Les ouvriers maçons donnent aussi l'échelle. Ainsi figée dans un moment du chantier, cette chapelle me fait incroyablement penser aux magnifiques sculptures en briques de Per Kirkeby ! C'est incroyable !
La carte postale nous donne la date précise de la prise de vue : 1er juin 1964.
Proposition pédagogique : donner ce document de chantier à nos étudiants et leur demander de finir virtuellement le chantier. Puis comparaison avec la réalisation. Comment poursuivre librement une élévation ?

Comme moi, à ce stade, vous devez avoir envie de voir la réalisation finale... Comme moi, vous resterez sur votre fin... Aussi incroyable que cela puisse paraître, pour l'instant, je n'ai toujours pas trouvé de carte postale montrant la Chapelle achevée...C'est d'ailleurs cette attente qui a produit un si long temps de détente pour réunir les deux premières et pour que je comprenne que je possédais bien, dans un autre classeur, une vue intérieure de cette chapelle. Seulement l'intérieur...


Ma première interrogation face à cette très belle image, c'est, bien entendu, le traitement des briques ayant reçu un chaulage blanc. On note aussi la très grande beauté du mobilier sacré et de son autel qui, en pierre sombre, vient contraster fortement avec cette blancheur. Sur le mur on retrouve le travail des briques que nous percevions déjà sur le chantier.
Le petit pan de mur jaune à gauche est illuminé par l'ouverture que l'on voit très bien sur la gauche de la maquette.
Au dos, on retrouve le principe des remerciements mais cette fois c'est le Père Directeur Afrelle (?) qui signe. Electric Photo fait encore là un magnifique travail de photographie. Mais toujours pas de vue extérieure... en carte postale.
Restons optimistes et un jour nous trouverons bien cette carte manquante ou, mieux, nous la ferons ! 
 
 
Dernière minute ! Dernière minute !
Grâce à Serge Fruehauf, un fidèle et généreux lecteur Suisse, voilà que nous arrive une carte postale nous montrant l'église terminée ! On remarque qu'ils s'agit encore d'une carte de remerciement du même éditeur. Le photographe nous montre donc une belle construction solide dont l'expression plastique de la brique et du béton est remarquable. Comment ne pas tomber sous le charme d'une telle franchise ? On note que le dais de béton de l'entrée n'a pas été construit totalement. On devine que le photographe se met à l'ombre pour prendre la bonne lumière sur la construction. On a donc par la carte postale un programme complet d'architecture allant de la projection par la maquette, d'une vue du chantier, de vues intérieures et extérieures. C'est bien là une documentation. Merci Serge Fruehauf pour cette vision bien complétée du travail d'un excellent architecte peut-être encore trop peu connu.

Alors je me contente de vous donner une image de Wikipédia pour voir l'extérieur de cette Chapelle. C'est déjà bien.




mercredi 15 juillet 2020

Le Corbusier, Claude Parent, Nobert Bézard, des artistes et vous ?

Il est grand temps de vous informer que la Quinzaine Radieuse aura bien lieu cette année à Piacé et que nous profiterons des Journées Nationales de l'Architecture pour inaugurer un nouvel et rare espace consacré entièrement à Claude Parent.
Pour la Quinzaine Radieuse, je vous laisse regarder la liste alléchante des artistes invités pour vous rendre compte de la richesse de cette programmation !
Le Vernissage aura lieu le 19 septembre et se terminera par un concert.
Réservez votre week-end dès maintenant !

Pour les Journées Nationales de l'Architecture le 18 et 19 octobre, votre serviteur vous racontera lors d'une conférence  l'histoire incroyable de la rampe de Claude Parent installée maintenant de manière définitive dans le parcours d'architecture de Piacé. Cette rampe a même droit à une maison pour elle toute seule et vous pourrez donc y pratiquer et essayer pour de vrai la fameuse Fonction Oblique ! C'est mieux que les images, je vous le promets.
Quoi rêver de plus ?
Même si le chantier n'est pas tout à fait terminé, je ne résiste pas à l'envie de vous en montrer quelques images. (là encore, beaucoup, beaucoup de travail...)

Et n'oubliez pas que le Musée le Corbusier-Norbert Bézard sera ouvert, que c'est le seul endroit au monde où vous pouvez voir trois Bulles six coques réunies, un Tétrodron, une Penta et l'ensemble des œuvres d'Art et d'Architecture disséminées dans la commune de Piacé. Alors ? Pourquoi ne pas venir ? On vous attend !
Pour toutes les infos pratiques, allez-ici sur le site de l'Association :

https://piaceleradieux.com/page-daccueil/programme-2020/ 

Association Piacé le radieux, Bézard – Le Corbusier 
Moulin de Blaireau 
72170 Piacé
Renseignements: 02 43 33 47 97 / 06 81 30 45 48 
Mail: contact@piaceleradieux.com



L'état de la maison avant l'arrivée de la rampe : plancher supprimé  pour apporter de la lumière et de l'espace, pose d'un I.P.N pour supprimer le poteau... Merci Philippe Rousseau pour les conseils d'un architecte sachant manier la pelle et les idées ! Pose clope bien méritée ! Nicolas Hérisson assure le gros du travail comme d'habitude ! Incroyable détermination !



Mise en place des structures métalliques et des planches ainsi que du mur-rideau explicatif. Notez que la peinture est effectuée et que l'I.P.N est placé : 


 

Début de la pose des assises en mousse et d'une partie la moquette. Naturellement, tout le monde prend des poses spécifiques à la Fonction Oblique ! N'est-ce pas Philippe ?



Les stickers sont collés ainsi que le texte. Pour le reste et la finition... rendez-vous en octobre à Piacé pour les Journées Nationales de l'Architecture.



mardi 7 juillet 2020

Parking Péguy

J'ai lu Péguy. Et cela grâce au mot Parking.
Voilà comment je pourrais résumer rapidement mon impression du livre remarquable (au sens où il doit être remarqué) Parking Péguy de Charles Coustille et Léo Lepage.
Alors que j'ai acheté ce livre à Noël, je ne me suis mis à sa lecture d'une traite que tout à l'heure, certainement encore ralenti par la peur de Péguy et de ce que l'on attache à son nom.
Le ralentisseur des images culturelles est puissant.
Mais c'est un livre passionnant et surtout profondément beau. Partant d'un constat simple, le fait qu'un parking de banlieue puisse porter le nom d'un des grands écrivains français (et l'un des moins lus maintenant) Charles Coustille va à la découverte de cette France qui affuble à ses paysages et à ses villes des noms d'écrivains un peu oubliés.
Très loin de la béate hétérotopie des territoires perdus pour Art Contemporain, Charles Coustille réussit ce tour de force de nous parler de l'écrivain, de son rapport avec ses textes, des paysages traversés, des lieux rencontrés sans aucun dédain, sans leçon, sans même une ironie ennuyeuse devenu pensum des artistes en safari dans une France péri-urbaine dont ils croient être des découvreurs (d'Aurélien Bellanger à Éric Tabuchi). Car ce qui fait surtout la force du travail ici accompli c'est la mise en parallèle audacieuse d'images de ces lieux tous nommés Péguy et d'extraits parfaitement bien choisis de textes de l'écrivain. Ce qui aurait pu être un affront devient un incroyable monument nous donnant une envie impérieuse de lire Péguy et d'apprendre en plus, grâce à l'enquête de Charles Coustille, plein de choses sur la vie de l'écrivain, les raisons de sa présence ainsi dans nos paysages. Il y fait lui aussi travail d'écrivain.
Remarquable aussi le travail photographique de son compère (leur complicité est touchante) Léo Lepage qui lui non plus ne tombe ni dans la nostalgie d'une photographie d'une France perdue (celle de Depardon en couleur) ni dans une pseudo-objectivité froide venant de la New Topography épuisée. On voit des gens. Oui, Léo Lepage photographie des gens dans leur lieu. Incroyable...
Voir des gens, apprendre des choses et donner envie de lire voilà bien la force de cet ouvrage. On note aussi une parfaite réalisation éditoriale et l'ouvrage devient vite indispensable pour prouver que faire de la photographie contemporaine et raconter notre monde étrange peuvent se faire encore avec invention, subtilités, idées et même osons, une certaine forme d'amour tragique.
J'ai hâte de retrouver mes étudiants pour leur mettre cet ouvrage dans les mains.
Pour ma part, je vais me plonger dans Péguy. Merci Messieurs.

Parking Péguy
texte Charles Coustille,  photographies Léo Lepage
Flammarion
22 euros, (ça les vaut très largement et commandez votre exemplaire chez un libraire indépendant)

quelques fragments pour vous donner envie :