Voilà bien (sans doute) les deux cartes postales les plus contemporaines de ma collection et elles viennent de loin puisqu'elles viennent de Chine, de Guangzhou exactement. Ça fait de la route et du bilan carbone un peu lourd mais j'en ai cure car c'est Claude qui me les a apportées dans sa valise.
On y voit donc l'opéra de Guangzhou dessiné par Zaha Hadid, magnifique construction désorientante, en tout cas par ce que les images nous en donnent à voir, véritables noeuds de lignes où on est vite déstabilisés pour trouver le haut et le bas. Comme je n'ai pas (encore) fait l'expérience réelle de cette architecture, je ne peux que croire Claude qui m'indique que c'est bien ce choc esthétique que l'on éprouve en visitant cet opéra. On sait le goût des courbes chez Madame Hadid, parfois même à la limite d'un baroquisme sans doute surjoué mais on peut aussi y voir l'envie d'une expérience permanente de l'oeil et du corps au bord du naufrage de l'équilibre mettant en scène plus le design, c'est à dire parlant plus des obsessions de Madame Hadid que de ce que faire un opéra veut dire vraiment.
Après tout, qu'un opéra propose dès sa vision du spectacle (on aurait vite fait de dire du spectaculaire bavard) c'est assez normal depuis celui de Charles Garnier. On sait alors que l'on va à la rencontre de quelque chose sans la vanité de croire que l'économie des lignes servirait une attitude zen voire calviniste comme celle du Louvre-Lens où, à force de vouloir calmer le lieu culturel pour ne pas effrayer le petit peuple, on en fait un open-space, un garage Audi de Province, une aire d'autoroute un peu moderne et oublieuse du sacré que réclame un musée ou, oui ,la jouissance de la Culture...Excusez-moi...
Voyez ici : https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/lens-un-autoportrait-au-jeune-homme-de.html
Donc ici la générosité formelle et sa presque indécence amusent l'oeil, font des images, fabriquent l'événement avant même le spectacle. Et c'est tant mieux. Et donc cela fait des photographies pour cartes postales car, oui, en Chine, on fabrique encore des cartes postales. Désolé mais je ne pourrais pas vous donner ni le nom de l'éditeur ni celui du ou de la photographe...On remarquera juste que le nom de Zaha Hadid est bien indiqué sur le verso. Le choix d'un noir et blanc un peu bleuté accentue la force graphique de l'ensemble, permet aux lignes de s'exprimer entre un MerzBau de Schwitters ou un certain cinéma de CoopHimmelblau.
Ah ! que Monsieur Parent aurait aimé cette Chine là ! L'oeil perdu, le pas hésitant, la courbe facile et l'oblique permanente... Sauf pour les murs et les planchers...pour une architecture d'un bloc fracturé. Il parait qu'on distribue des niveaux à bulle à l'entrée de l'Opéra de Guangzhou aux visiteurs pour qu'ils puissent, avec leurs deux yeux, retrouver l'horizontale. Il parait...
J'irai voir un jour avec mon Verascope cette merveille et je remercie Claude pour ces deux cartes postales d'un format peu usité chez nous.
Mais Claude me prête aussi un livre sur la construction de cet Opéra, livre luxueux, parfaitement édité, avec de très belles photographies dont je ne connais pas l'auteur. Je ne pourrais pas vous en dire plus car le livre est entièrement en chinois mais on comprend vite qu'il est à la gloire des équipes techniques de la construction et c'est là que mon oeil glisse vers un sentiment peu usuel dans le livre d'architecture.
Ce qui me touche immédiatement c'est que l'ouvrage nous montre des photos des groupes d'ingénieurs, d'ouvriers, de tous ceux qui ont construit le délire de Madame Hadid et immédiatement, je me dis que c'est très rarement que l'on voit ça dans l'édition de livres sur l'architecture. Je crois même que c'est la première fois que pour un ouvrage d'une telle importance on fait un livre-hommage à ceux qui ont bâti. Et cela me touche à un point que je n'aurais pas soupçonné. Je regarde ces hommes, ces femmes, je regarde leur joie, leur sourire et je les remercie de loin, comme ça, par mon émotion de les savoir, eux aussi, présents. Je vous salue tous et toutes !
Et, au lieu de vous montrer des images de cet opéra de Zaha Hadid, images qui existent en nombre partout, je vous propose de faire comme moi la rencontre de ces hommes et de ces femmes. Et je les remercie. Je remercie aussi Claude pour cette occasion de comprendre que nos icônes n'existent aussi que par ceux et celles qui les fabriquent, les pensent, permettent leur éclosion, trouvent des systèmes, adhèrent simplement à la pensée d'une architecte, comme on dit, adhèrent à sa projection...
Merci.
Pour comprendre ce que Claude Lothier fait en Chine : https://leblogdeclaudelothier.blogspot.com/ ou son Instagram : claudelothier