samedi 17 septembre 2022

Journées Européennes du Patrimoine durable

Non non Madame Abdul-Malak, nous n'oublierons pas votre nom parce qu'il nous serait trop difficile à prononcer. D'ailleurs le fait que vous affirmiez cela résonne de deux manières. Cet oubli vous permettrait de vous croire dégagée de votre action et, en même temps cela vous permet de faire vibrer ce qui en serait sa particularité. Vous vous placez donc déjà comme une victime de cet oubli. Formidable manière de ce dégager des responsabilités qui vous incombent. Nous n'oublierons pas votre nom Madame la Ministre de la Culture parce que nous n'oublierons pas votre action, ou, peut-être, votre inaction.

La situation du Patrimoine en France, en ces Journées Européennes du Patrimoine, ne doit pas être oubliée non plus et l'écran de fumée annuel de cette manifestation communicationnelle se disperse rapidement si on regarde bien ce qui se passe. Et ni la thématique idéologique de cette année et encore moins la popularité de cette manifestation ne peuvent malheureusement changer ce bilan dont, à votre décharge, vous êtes aussi l'héritière de plusieurs années de total abandon par vos institutions (et la manière dont elles sont structurées, cette émission est particulièrement éclairante de son aristocratie...https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/jean-francois-et-xavier-lagneau-architectes-fous-d-histoire-7504184?fbclid=IwAR0K2zyXjh6BT_dn0Ge0iqbc2uLAA80PAQi28PDNd5I50-iY_qZ7H0lVSkg)

Que cette année la thématique de la durabilité du Patrimoine fut choisie en est même certainement la preuve supplémentaire. De fait, le Patrimoine c'est ce qui reste, ce qui dure comme signe d'un temps et d'une pensée passée. Il n'est pas possible alors, dans l'intégrité de cette pensée de vouloir la changer au nom d'une adaptation au temps présent. Qui demande aux fortifications de Vauban d'être encore efficaces à notre Défense Nationale ?
Ce choix thématique est donc bien une instrumentalisation politique du Patrimoine et non un désir de sauvegarde ou la ligne directrice de votre politique.

Et il est maintenant de bon ton de nier l'état d'exceptionnalité du Patrimoine (surtout quand il est moderne et contemporain), de toujours vouloir le réadapter comme si ce Patrimoine était un handicapé se refusant à l'ordre de l'efficience libéral. Il faut que le Patrimoine serve, qu'il serve le tourisme, la politique culturelle, les nuitées d'hôtel, les aberrantes et kitchs animations ridicules de ce Patrimoine allant de l'histoire vue au travers du Puy du Fou (folie en effet) à l'éclairage ignoble et à la projection d'images sur le moindre mur de pierre dont le silence de son histoire est nié par la fanfaronnade des jeux de lumières. Immonde. Et la foule ébahie applaudit le spectacle de son propre vide poétique face au monde.
On ne l'éduque plus à ce silence, on la dresse à consommer l'événement, on la biberonne au spectacle performatif. Et on couvre avec tendresse les murs d'un Street Art ayant perdu sa belle sauvagerie au profit d'une reconnaissance polie et institutionnelle. Vaut mieux les tenir comme ça, par la naissance d'un nouvel académisme policé.

Alors, je fais grève de ces Journées, je n'irai nulle part, je n'irai rien voir de ce spectacle affligeant de l'état de ruine de notre culture. La culture ça ne vient pas des bureaux de votre Ministère Madame la Ministre, ce n'est pas vos collaborateurs européens qui la décident.  Le New Bauhaus de Madame Von der Leyen est d'un comique...

La Culture ça émane. 

Ça émane des profondeurs. Mais faut-il qu'il reste quelque part des zones obscures.

Et vous ne faites rien pour défendre ce Patrimoine, celui-là même qu'usent vos concitoyens, celui qu'ils habitent vraiment. Et même, votre Ministère l'éradique au nom des accointances politiques, au nom de ce que certains nommeront un pragmatisme de l'urgence écologique. Nos paysages n'ont pas fini d'être détruits, enlaidis au nom de cette nouvelle raison et vous ne ferez rien pour frapper de votre tampon ministérielle l'exceptionnalité de ces constructions. Il y a, parait-il, urgence...C'est l'ordre nouveau du marché libéral, celui des emplois à venir dans l'éradication momentanée, instantanée qui réduiront l'héritage patrimonial à son seul score énergétique. Voilà la vraie politique à venir de la Culture en France. On en est même à penser qu'il vaut mieux ne pas exposer des oeuvres, que l'on peut s'en passer...Ridicule. (voir les dernières déclarations de Julie Narbey)
Finalement, plions les constructions et leur particularités à cette pensée démagogique vous permettant de croire que vous agissez au nom de tous alors que vous tentez de faire des signes à un électorat qui vous manque. Sandrine Rousseau n'en a rien à foutre Madame de votre signe à son égard, elle ne croit qu'au Matrimoine. Demandons maintenant, avant d'y pénétrer, le sexe d'un bâtiment, le genre de sa présence. Pensez-y Madame la Ministre pour l'année prochaine. Pensez que vous pourriez bien, avec vos collaborateur-e-trices (je ne sais plus) faire des Journées Européennes du Patrimoine genrées en 2023. Et comme il ne faut rien qualifier trop rapidement par le genre pour laisser à chacun sa fluidité, je vous propose qu'une année sur deux on nomme ces Journées par trop féminines, des Jours Européens plus masculins. Chacun son tour, Madame.

Voilà aussi un paysage, voilà aussi ce qui a construit nos villes, nos paysages, voilà de quoi aussi, nous, français, françaises sommes faits, voilà aussi ce qu'il faut penser comme patrimoine, voilà donc les espaces qui ont construit la France. Éduquez ceux qui l'ignorent parce qu'il n'y ont jamais vécu, travaillez avec ceux qui y vivent la culture de leur histoire. Et abandonnez l'aristocratie du Patrimoine, bouleversez-la, transformez une bonne fois pour toute la mécanique des institutions de Patrimonialisation de votre Ministère.
Il est temps. Il est sans doute même trop tard.

Ceci n'est qu'un exemple, Madame Abdul-Malak.
Dijon, Tours Mansard et Gabriel, édition P.M.









mercredi 14 septembre 2022

Rationalisme à l'italienne dans les Deux-Sèvres




Bon, franchement, avouez que si je ne vous avais pas dit dans le titre de cet article où nous sommes, vous n'auriez pu me suivre non ?
En effet, je vois bien dans ces Halles quelque chose de ce rationalisme italien mêlant souvent avec bonheur une grande rigueur des formes et une certaine abstraction, un truc sérieux et franc mais joueur aussi comme le traitement des angles. C'est sévère mais avec joie.
Moi j'aime ça le rationalisme italien, je lui trouve une grandeur souvent bien moins mièvre que notre Art Déco national.
Ici, on aime la régularité de la façade, le traitement audacieux des angles donc, l'austérité de l'ensemble opposant la blancheur des ourlets à la pierre et au jeu des courbes. Tout est fait pour que le dessin fasse des ombres et s'affirme. Oui c'est beau cette sorte de classicisme moderne.
Comme quoi la Province française continue de nous dispenser des petites merveilles peu connues qui nous changent du voyage obligatoire à la Grande Motte ou à la visite par paquet de vingt à la Villa Cavrois.
Nous sommes donc sur la commune de Sauzé-Vaussais dans les Deux-Sèvres. Le site de la ville nous apprend que Les Halles furent inaugurées en 1953 mais oublie de nous mentionner le nom de ou des architectes messieurs Pierre Gallot et J.P. Mongeaud. Il suffira d'un courriel à la mairie pour obtenir le nom des architectes. Je remercie ici Madame Pignoux pour sa si prompte réponse ! C'est rare aujourd'hui.
On notera que  les éditeurs de ces deux cartes postales oublient aussi de les nommer : Théojac pour la première, expédiée en 1961 et les éditions Gilbert à Jarnac pour la seconde.
Les Halles sont toujours debout mais on note des transformations notoires de la façade, ce qui est bien dommage, les pavés de verre ayant été occultés...Sans doute pour passer les cages d'ascenseurs depuis sa transformation.
Je ne trouve pas grand chose sur ces architectes qui n'ont pas démérité au contraire ! Difficile donc de dire ce qui les habitait comme références. On est aussi dans une période hésitant entre reprendre les signes modernes de l'avant-guerre ou tenter autre chose. L'audace aussi doit certainement être calmée par la localisation, par le budget. On veut un effort esthétique certes mais aussi une forme honnête et efficace.

Comment ne pas chanter là encore la qualité photographique des éditeurs, tous deux optant pour une lumière douce mais franche. L'un choisissant une confrontation plus frontale, l'autre laissant une chance de voir les autres faces.  Ces belles Halles ne sont ni protégées, ni repérées semble-t-il. C'est bien injuste au vue de la qualité de la construction et de son ambition moderniste. On croise les doigts...pour que l'écologisme ne vienne fondre sur ce bâtiment et en épaissir les façades.




vendredi 2 septembre 2022

Une semaine avec Perret, complément en retard

Quand on se donne un programme c'est bien de s'y tenir mais c'est bien aussi, si une occasion se présente, de le faire déborder un peu.
Voilà donc un petit complément à la carte postale de la pose de la première pierre de l'église du Raincy par les Frères Perret. Elle donne des réponses à certaines interrogations soulevées dans l'article précédent, enfin, je crois :



Comme nous sommes plus proches des acteurs de cette manifestation, on peut un peu mieux lire le moment et surtout les détails. On voit bien cette fois les curés, les enfants de choeur et surtout un groupe de messieurs bien mis, sérieux, presque tous pareillement habillés. Malheureusement, on ne peut pas savoir qui ils sont et donc savoir si les Frères Perret seraient dans ce groupe. On s'amuse aussi du terrain retourné, boueux redonnant enfin le vrai sens premier au mot béton. Des planches sont d'ailleurs disposées pour faire un chemin que les curés et enfants empruntent pour ne pas salir leurs vêtements et chaussures. On ne comprend évidemment pas à quel moment nous sommes de la cérémonie de pose de cette première pierre que d'ailleurs on ne voit pas ! Mais où est-elle ? Et de quoi est-elle constituée ?
Par contre, on retrouve bien ces petit domes de bois, l'un sur lequel sont posés les messieurs et les autres au fond de la carte postale en haut à gauche. Il ne fait maintenant aucune doute qu'il doit s'agir de coffrages. On note le petit appentis au fond dans lequel sont rangés quelques outils et ce qui ressemble à des briques creuses.
La carte n'est pas écrite, pas datée. Nous serions le 30 avril 1922.
On devine aussi que le photographe surplombe tout le monde et je me demande encore sur quoi il est juché ainsi pour dominer l'événement. Une échelle ? Car il est tout de même au milieu d l'événement et il a bougé depuis le premier cliché...Et pourquoi avoir choisi cet instant précis ? Les enfants de choeur sont en plein chant. Nous aussi.







mercredi 31 août 2022

quelques mini-trucs et des soucoupes volantes

Puisque l'histoire de l'architecture a l'air de se réjouir tout particulièrement en ce moment des ancêtres des Tiny-House (puisque le langage populaire aura définitivement cédé à cette terminaison en lieu et place de micro-architecture), puisque la redondance des références épuise un peu l'amateur mais convient aux réseaux sociaux qui répètent, répètent, répètent les mêmes icônes jusqu'à en faire des clichés éculés, je me joins à la troupe. Faut dire que depuis que je suis devenu propriétaire d'une bulle six coques, je me dois à mon rang, celui non plus des images, mais des responsabilités. Je me sens comme Stéphane Bern.
Et voilà qu'une carte postale va nous permettre à notre tour de jouer aux découvreurs, aux connaisseurs, d'arpenter l'histoire. Un festival.



J'ai bien failli passer à côté de cette carte postale*. Mais ce qui a retenu mon index dans le défilé des drouilles, c'est la présence très marquée de points oranges et puis d'un dome.
J'ai alors compris ma chance et en retournant la carte postale, j'ai bien compris.
Il s'agit bien de la manifestation IKA qui proposait donc un inventaire des réalisations d'architectures en plastiques mobiles. Toutes les icônes y étaient rassemblées, toutes. Bien entendu, la bulle six coques de Maneval, la Futuro de Suuronen, l'Algeco,  la Rondo etc...Un véritable parking à soucoupes volantes, à projets utopiques que le prix du baril de pétrole fera bientôt disparaitre, tout comme l'insouciance peuplée de bonnes intentions : une architecture dite de loisir s'étendant en nappe, en modules, faisait semblant de ne pas être permanente, luttant croyait-elle alors contre l'esprit du chemin de grue, rêvant comme le font aujourd'hui les amoureux de cabanes dans les arbres à une fantaisie hippie si détestable. 
Fourgons à la population des "abris design" pour leur rêves d'évasion, jouant sur la thématique du nomadisme (ah le bonheur de la yourte perdue dans la campagne de l'Ardèche et qui n'y bougera plus...) Cette architecture est à l'évasion ce que le camping-car est à mai 68 : la seule et dernière expression encore visible d'un sentiment de liberté pour prolétaires investissant leur prime de licenciement dans un rêve idéalisé. Fuir le réel et jouir partout, sans entrave, de la route devant soi et du paysage derrière le pare-brise, paysage qu'il faudra partager au petit matin embué avec tous les autres sur le parking donnant pas trop loin sur une vue imprenable sur le Mont Saint Michel. On aurait aimé que Reiser en fasse un album.
On remercie donc le pétrole d'être devenu si cher, cela aura sans doute freiné les élans de remplissage des terrains vagues par des machins en plastique parfois intelligents, parfois grotesques (la Futuro). Vous me direz que les campings sont maintenant remplis de "mobile-homes" atroces dont la mobilité tient surtout des flots des utilisateurs, singeant les propriétaires de villas, feignant de préférer cette vie à celle de l'hôtel, campings qui pourrissent littéralement le littoral et dont on souhaite que le réchauffement climatique, dans sa candeur tectonique, viendra les bouter hors de nos côtes. Les flots bleus disparus, enfin une bonne nouvelle du réchauffement climatique ?
Et comme la nostalgie contemporaine est plus encline à nous rabâcher ces modèles en lieu et place de s'interroger sur les vraies solutions techniques et architecturales de la même période (préfabrication lourde ayant logée des milliers de personnes, réflexion sur l'habitat participatif et sur les nappes, travail du seuil etc...) on voit alors ces exemples souvent trop peu convaincants du seul point de vue architectural devenir des trucs rigolos du temps jadis que la population n'ayant aucun moyen pour les replacer dans le champ de l'histoire prendra pour des utopies en lieu et place de produits de consommation ayant tout simplement raté leur profusion.

Je vous laisse donc jouer à retrouver ce qui est posé là. Saurez-vous reconnaître sur cette carte postale les fameuses icônes du temps jadis si merveilleux ? La Bulle de mon papa, la Futuro de mon tonton, la Rondo de mon papy ? 




Dans le même genre, sans doute un peu moins connu, voilà que je retrouve aussi les bungalow hollandais bien étranges. Impossible pour l'instant de retrouver le nom du ou des créateurs. Ils sont toujours en place, vous pouvez donc aller rêver là-bas, comme vous pouvez aller à Lège dormir dans un Tetrodon.
Vous pouvez aller là aussi : Réseau National des micros et mobiles architectures

* édition Hersteller

mardi 30 août 2022

Mes adieux à Royan

Encore un été où je ne serai pas allé à Royan. La plus belle ville du monde s'éloigne de plus en plus et ce n'est pas les routes qui se dégradent c'est le prix de l'immobilier qui devient fou.
Il y a donc un moment dans la vie où il faut se résoudre à comprendre que malgré le travail que l'on a effectué sur son histoire, que malgré les attaches familiales qui vous lient à elle, une ville ne vous appartient plus, vous tourne même le dos ostensiblement pour vous dire que vous ne la méritez plus. En fait, il y a donc des lieux où habiter veut dire autre chose que les aimer et les comprendre.
La promesse que je m'étais faite à l'été de mes douze ans sur la plage, cette promesse essentielle et qui a certainement fondé plein d'autres choses que je suis devenu maintenant, une promesse constructive donc, je me dois maintenant, aujourd'hui d'y renoncer.
Est-ce grave ? Certes non mais c'est au mieux triste, c'est aussi le ferment bien puissant d'une dépression en attendant que cela tourne en colère.
Je ne vivrai pas dans l'espace que j'ai appris à définir, dans celui que j'aime, dans celui qui fut le moteur de beaucoup de mes joies intellectuelles et points de vue que vous lisez sur ce blog.
Faut-il vraiment habiter ce quelque part pour que ce lieu vous appartienne ? Ou, mieux, faut-il vraiment habiter un lieu pour que vous lui apparteniez ? Finalement, si j'en crois mon ressentiment : oui.
Car ce qui remplace cette promesse c'est un point fixe, un retour, une indigénéité peu amène de me consoler puisqu'elle sonne comme, non pas un retour aux sources, mais comme une glue, comme si mon envol était contrarié par mes pieds pris dans le béton. Un poids donc.
Chaque fois que je trouve une carte postale sur Royan aujourd'hui, je ressens ce poids, je revis cet échec. Je sais que ces cartes postales ne seront plus des promesses mais des pis-aller, des écrans à une dépressive nostalgie, la pire, celle du ressentiment donc et aussi, je l'avoue, d'une forme d'injustice qui fonctionne par le pouvoir d'achat et non par le pouvoir d'aimer.
Parfois, je m'en veux même d'avoir popularisé cette ville, de l'avoir rendue attrayante, d'avoir trop chanté sa beauté. C'est ma calanque de Marseille à moi.
Je vais tout de même continuer de vous montrer des cartes postales de Royan. Je vais continuer d'y croire, de faire marcher ma lanterne à projections intérieures. Je voudrais fondre sur la ville comme les bombes en 1945.
J'ai, je crois maintenant, bien fait de donner ma collection de cartes postales de Royan aux archives de la ville. Aujourd'hui je n'y arriverais plus, je n'en aurais certainement plus la force à moins que, surtout, en lieu et place d'un sacrifice cela serait perçu pour moi aujourd'hui comme un abandon.
Voilà donc ce qui s'apparente à un relevé de compteur. Le compteur des jours heureux que j'aurais dû y vivre :



Je commence par cette carte postale des éditions Cap très abimée mais qui possède un puissant détail : Notre-Dame y est en chantier. On note aussi que le Portique est encore présent qu'il n'a pas été détruit par l'équipe municipale stupide de l'époque mais il sera un jour reconstruit ce portique, je vous le promets. Pour info, cette carte postale fut expédiée en 1958.




Poursuivons avec cette carte postale moins commune d'un morceau de la rue Gambetta par les éditions d'Art Videau. La ville est à son apogée, tout y est encore beau, de cette beauté de la rigoureuse et moderne Reconstruction.




Encore un beau morceau de ville avec cette carte postale des éditions de l'Europe expédiée en 1961. Notre-Dame est achevée mais on note que le chantier de la barre de Foncillon, lui ne l'est pas. Petite précision postale pour les collectionneurs, cette carte fut tamponnée avec une représentation du Palais des Congrès pour un salon international des fleuristes !





Et voilà la plus belle ville du monde depuis son ciel. On peut facilement en comprendre le plan d'urbanisme et sa grand clarté. La Poste n'est pas encore défigurée. Une très belle vue aérienne des éditions Berjaud.




Voilà le Portique ! Comment a-t-on pu croire que c'était une bonne idée de détruire ça, faut-il être con mais con. C'est n'avoir rien compris au sens de la ville, à son dessin, à la construction d'un chemin de vision sur la ville et la mer. Au fond, on devine le marché encore en construction et l'ancien centre commercial provisoire. Une magnifique édition Combier.




Et dans l'autre sens, ça donne ça ! Le marché est achevé, sa blancheur fait toute l'image de cette carte postale Artaud pour Gaby. On connait le nom du chanceux pilote photographe : Michel Le Collen ! Quel veinard vous faites ! La carte fait l'effort de nommer l'un des architectes du marché : Monsieur Ursault.




Redescendons et retrouvons le marché grâce à cette carte postale des éditions de l'Europe. Rien à ajouter que le frottement de l'horizon sur le haut des courbes.




Voilà la Poste au temps de sa gracilité. On note que le photographe a pris un peu de hauteur depuis les appartements en face. Il va ainsi chercher Notre-Dame au bout de la courbe. C'est malin. Cela permet aussi de bien comprendre le rôle urbain de ce morceau d'architecture séparant le balnéaire à gauche de la ville à droite. 




Jour Nuit sur le casino disparu. Massacre patrimonial organisé par Monsieur Jean-Noël de Lipkowski maire alors de Royan. Une faute très grave, très très grave de ce monsieur qui restera dans l'histoire surtout comme le destructeur d'un des plus beaux morceaux de sa ville. On a la postérité qu'on peut Monsieur de Lipkowski.
Le jour c'est une édition Théojac, la nuit c'est une édition du célèbre Monsieur Chatagneau. Où sont vos archives Monsieur Chatagneau ?

Pour finir avec une note optimiste :



lundi 29 août 2022

Pingusson, leur Maître à tous

 Il est vrai que je vous montre trop peu souvent des architectures de Pingusson. Les plus anciens et fidèles lecteurs se rappelleront peut-être d'un article publié en...2008 mazette !
Pourtant souvent son nom est donné par les architectes comme modèle, comme maître. En tout cas, je me souviens bien de Claude Parent l'évoquant lors d'une conversation et ce n'était pas la première fois que je voyais un architecte si heureux de le nommer.
Sans doute que son sens à la fois de la spatialité mais aussi de sa projection en image n'y est pas pour rien, l'esthétique ici étant comme une conséquence de l'intelligence, une poussée, un épiderme.
Dans les grandes machines impressionnantes de l'architecte, il y a bien entendu l'Hôtel Latitude 43, véritable icône de la période, monstre implacable dont je ne sais pas pourquoi, au moment du tri de ces cartes postales, je me suis mis à imaginer que la magnifique Chambre d'Amour d'Anglet pourrait en être aussi l'héritière : une masse fendue de fentes horizontales à peine bousculée par une verticale. On note aussi la similitude de la ligne générale brisée. Bien entendu, l'influence maritime, celle des paquebots et de leur rationalité  n'est pas très loin non plus. 
Le langage populaire a vite fait de nommer paquebot les immeubles s'étirant à l'infini de leurs lignes.
Mais avouez qu'en voyant ça :



Cette magnifique carte postale, d'une abstraction totale, se refusant à toute reconnaissance du programme ou même d'implantation est assez caractéristique, finalement, de la leçon de Pingusson. On sent bien qu'il faut faire propre, radical, enveloppant aussi. C'est peu dire que l'effet de masse ici prend le dessus sur la transparence, les ouvertures repoussées formant bien plus des ombres que des passages. Bien entendu, il en va là encore de la responsabilité du photographe de voir dans cet Hôtel Latitude 43 ce genre de perte de contrôle. Il joue. On n'aura jamais fini de parler des responsabilités ni du jeu de ping-pong entre le travail de l'architecte et celui du photographe et on pourra toujours se poser, devant ce genre d'image, la question suivante : mais qui a construit ça ? Le photographe ou l'architecte ?
L'architecte bien entendu...
On notera que le photographe reste anonyme et que peut-être il est confondu avec l'imprimeur puisque au verso de cette image spectaculaire (et qui se veut comme telle) ne figure que l'origine de l'hélio : J. Le Martigny à La Seyne-sur-Mer.
Mais, même si cela est efficace dans le registre de l'esthétique poussant presque le bâtiment à un logotype, on peut se demander si cela nous aide vraiment à voir l'architecture et ses qualités. Non. Il s'agit bien là d'un travail de complicité entre le photographe croyant avoir compris la leçon de l'architecte et celui qui regarde, se disant que cette réduction est aussi assez parlante pour comprendre que l'on a autant affaire à une œuvre qu'à un objet : en quelque sorte, une pareille réduction graphique ça signifie.
Car les collègues de ce photographe n'ont pas tous pris ce pli du refus du programme :



Le voilà donc de loin notre Latitude 43. Les éditions Condoyer ont opté pour un recul bien prononcé pour que la masse rentre dans le cadre. Et encore... pas complètement. Mais vous me direz que plus l'objet est grand plus le recul pour le cerner doit l'être aussi ; étrange mouvement qui, pour montrer mieux, réclame qu'on s'en éloigne au risque qu'il disparaisse dans son paysage, déjà mangé par les arbres, le blanc du ciel et les autres constructions. Comment faire ? On aura au moins une idée de la masse et donc aussi de l'ambition du projet. C'est là, à ce moment de la vue, à ce moment du texte que le badaud s'exbaudit : "mais c'est un paquebot !"
Nous prendrons la voiture de sport décapotable, une anglaise, nous monterons le chemin et nous arriverons ici :



Et immédiatement, tout comme moi, vous maudirez les arbres de nous empêcher ainsi de voir l'architecture... Mais qu'on les coupe Bon Dieu !
J'aimerais être écrasé par la blancheur de cette Latitude 43, j'aimerais être écrasé par sa géométrie et non flouté par les ombres trop sombres des arbres maigrelets. J'entends d'ici ceux qui chanteront le surgissement soudain dans la clairière du monstre et que, à trop voir trop vite, on perd la leçon de paysage de Poussin. Oui, oui.
Mais que voulez-vous je m'intéresse à l'architecture, c'est à dire au bâti. La nature arrangée à son pied, si elle participe à sa mise en scène ne me convient guère surtout depuis une image. Sur place, je ne dis pas. Faudrait voir. Faudrait voir. On voit tout de même qu'il y a là, dans ce détail, peu de choses à raconter, je veux dire que les choses prennent leur place dans la rigueur de la modernité. Formes simples se joignant, redents, balcons, cubes, points, lignes et plans. On dira ici : pureté.
Cette carte postale Lecompte possède deux trous de punaises. Oh ne croyez pas que cela me gêne ! Non au contraire ! J'aime l'idée qu'elle fut punaisée sur un mur, dans l'intérieur d'un placard. C'est la preuve qu'il y avait nécessité de la regarder encore et encore et encore. De l'avoir, comme on dit, sous les yeux. C'est bien la preuve que Latitude 43 était une leçon, un souvenir, une étape, un attrape-coeur.
Qui sait, un amour naissant pour l'architecture.

dimanche 28 août 2022

Toute une semaine avec Perret, première pierre : volume 4

La carte postale, dans son âge d'or, fut à la fois un objet de correspondance, de messages, d'images mais aussi d'événements. On peut parler sans crainte d'un média. Il y a une telle quantité de cartes postales éditées que tout semble possiblement imprimé, du plus connu des monuments à l'objet le plus fruste en passant donc par, non plus des lieux, mais des événements.
Quoi de plus événementiel que la pose d'une première pierre pour une église dans une époque à la fois moderne et encore bien inscrite dans une religiosité prégnante. Tout l'événement bourgeois y est condensé : présence de personnalités, religion, construction nouvelle, sens du temps et même du temporel, instantanéité radicale (on édite alors très vite entre l'événement et l'image).
Revoyez cet exemple :
Alors pourquoi donc la pose de la première pierre de l'église du Raincy par les Frères Perret y aurait échappé ? 
Eh bien non... régalons-nous !



Pour une fois donc j'aborderai un chef-d'oeuvre de l'architecture par son avenir et non sa présence car, de fait, on ne voit rien... puisque tout est à devenir. Au mieux, les plus courageux étudieront la parcelle pour comprendre comment l'église y fut projetée mais sinon quoi dire d'autre que nous sommes dans l'attente du surgissement de l'édifice. Comment alors la foule des curieux et des invités se faisait-elle une projection mentale de ce que serait ce lieu, cette église ? Avaient-ils vu les dessins et la maquette ? Et où ? Avait-elle conscience, cette foule, de l'importance et de l'originalité des Perret les architectes ? Cette foule est-elle aussi venue pour ça, pour voir la tête de ceux dont l'audace architecturale serait bientôt visible ? Quelle part de curiosité, de nécessité, d'émotion, et aussi de vraie sens de la foi furent les moteurs de leur curiosité à ce moment ?
Qui sont donc toutes ces personnes ? J'essaie d'entrer dans cette foule avec mon compte-fil mais on n'y voit rien de particulièrement signifiant. On y reconnaît la silhouette du prêtre, on s'amuse des gens qui regardent par dessus le mur mais, bien entendu, difficile d'y reconnaître les architectes. Tout le monde est chapeauté et tout le monde piétine un sol retourné. Mais déjà un détail m'étonne et me surprend, détail que je crois reconnaître : une pièce en bois sur lequel des bottines enfoncent leur talon sans vergogne.
On dirait bien un coffrage. 
En effet, il ressemble bien à celui des courbes du plafond mais pourquoi serait-il déjà construit alors-même qu'aucun des murs n'est monté ? C'est étrange. On note aussi que la foule évite au centre de l'image un espace et se place tout autour. Pourquoi donc ? Y-a-t-il là un trou ? Et surtout, depuis quelle hauteur est juché notre photographe ? Un échafaudage ? On ne sait, il faudrait un autre point de vue.
Je reste toujours amusé que quelques jours à peine après cette pose de la première pierre, les personnes photographiées ont pu trouver cette carte postale, s'y reconnaître sans doute, avoir plaisir donc de dire à quelqu'un au loin : "j'y étais."