Affichage des articles dont le libellé est Jean Renaudie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean Renaudie. Afficher tous les articles

jeudi 7 juillet 2022

Jean et Serge Renaudie d'un peu haut, d'un peu loin



À l'heure d'un sursaut tardif des institutions culturelles et municipales sur l'oeuvre de Jean Renaudie et de Renée Gailhoustet à Ivry-sur-Seine, je tombe sur cette carte postale de St Martin d'Hères proche de Grenoble. Je n'ai pas bien vu de suite ce qui se passait sur cette image, surtout intéressé par les petits immeubles bien rangés au premier plan, avant que je ne sois titillé par la nappe au fond de l'image et que je m'emballe d'un coup ! Oui ! Mais Oui ! Est-ce possible ? 



Si j'ai parlé souvent sur ce blog de l'oeuvre de Jean Renaudie à Givors et à Ivry, je n'avais jamais eu l'occasion de croiser ainsi cet autre important quartier de l'architecte, ayant même, je l'avoue, oublié son existence ! Que voulez-vous...On ne peut pas toujours être efficace et perspicace !
Mais finalement c'est tant mieux. Cela me permet de rallumer ma flamme pour le travail génial (absolument génial) de l'architecte et me permet de vous en parler de nouveau, certain que vous ne devez pas être si nombreux derrière votre écran à connaître ce beau quartier des Terrasses de Renaudie ici en région grenobloise.
On remerciera d'abord les éditions André et les photographes F. et L. Dardelet d'avoir fait glisser leurs ailes au dessus de ce morceau de ville dont la vision pourrait être analysée à l'aune des visions urbaines et de leur histoire. C'est toujours intéressant en effet de voir comment les réalisations immobilières successives discutent ou pas entre elles et de voir ainsi des écoles différentes se toucher l'une l'autre. Il serait facile ici de rapidement chanter l'un (Renaudie) contre l'autre. Mais je ne me glisserai pas dans une vision aussi facile sur l'opposition des systèmes urbains voulant laisser une chance d'abord à leur rencontre et puis aussi à la possible utilité de l'un et de l'autre. On pourrait d'ici, d'un peu haut, analyser aussi la verdure qui se répand dans l'un et semble plus posée en bosquet dans l'autre. Peut-être que les grands arbres vont bien aux grands ensembles et que le jardinage d'une terrasse ponctue plus justement une nappe urbaine qu'elle ne s'y impose. On pourrait analyser les liens, comment les circulations tournent autour des zones urbaines, comment l'un joue avec l'autre. On devine déjà depuis cette vue la rue principale dans le quartier de Renaudie qui est, comme pour Ivry, enjambée par la grappe des terrasses. On note aussi un écrêtage du quartier de Renaudie formant une colline douce. Mais est-ce que ces petites informations depuis cette image peuvent raconter le génie d'un architecte qui se fait urbaniste pour ne pas dire paysagiste ? Non sans doute. Pour savoir comment on vit là, une belle association vous le racontera :
C'est toujours mieux de laisser les habitants prendre la parole.
On trouvera aussi une excellente (quoique un peu dure) analyse de l'ensemble ici. Sa conclusion est rude :
On notera que les vues depuis la Google Car, nous montre un ensemble assez sec, peu végétalisé, au béton très blanc comme cela est souligné dans le texte.

Je m'interroge donc aussi sur ce désir de faire une carte postale. Non pas que nous n'ayons pas l'habitude justement d'en voir de ce type sur ce blog (dont c'est la raison) mais disons que, au vue de l'époque de la construction et des difficultés rencontrées, on pourrait en effet trouver intrigant que ce quartier fut ainsi montré et édité. Peut-on penser que cette carte postale et ses auteurs n'auraient par hasard participé à une valorisation de l'ensemble, surtout lorsqu'est précisé que la photographie provient d'un livre "Grenoble vue du ciel" dont il est tout à fait possible que l'édition fut soutenue par des institutions. N'ayant pas de réponse, je ne peux que supputer cette possibilité.
Qu'importe ! L'essentiel étant toujours de promouvoir le travail de Jean Renaudie, nous prendrons ce qu'on nous donne pour le faire.
Bonne visite à ceux qui s'y rendront.

Pour voir ou revoir l'oeuvre de Renaudie sur ce blog :
etc...........................










dimanche 9 mai 2021

Jean Renaudie est inscrit à Ivry

Pour ceux qui sont engagés dans le combat Patrimonial (car oui, il s'agit d'un combat) et pour ceux qui pensent que malheureusement l'Architecture du Vingtième Siècle perd souvent ce combat, voilà enfin une excellente et même incroyable nouvelle qui m'arrive par Serge Renaudie :

L'immeuble Casanova de Jean Renaudie vient d'obtenir son inscription au titre des Monuments Historiques !

Oui.

Alors cela est très soudain et pour moi, cela m'étonne beaucoup. Alors qu'il y a peu j'évoquais l'abandon de ce Patrimoine par la Mairie d'Ivry-sur-Seine, voici la preuve que le travail de regard et d'attention se fait tout de même. Il faut donc remercier ceux qui en sont à l'origine directement en ayant constitué le dossier de classement et remercier tous les amateurs qui ont soutenu par leur attention à cette incroyable architecture cette décision. Une pression populaire en quelque sorte.
Bien entendu, la joie tombée et la surprise passée, on peut se demander pourquoi cela n'a pas eu lieu plus tôt, pourquoi l'ensemble du centre d'Ivry-sur-Seine n'est pas protégé en y associant les architectures de Renée Gailhoustet ?
Faut-il accepter d'être patient ? Faut-il voir là un signe, une étincelle ou une décision a minima pour étouffer ce désir bien plus vaste et surtout plus juste de voir cet ensemble urbain unique en France enfin atteindre un niveau de protection juste et nécessaire et surtout exemplaire ?
Continuons donc notre combat, continuons de dire à la ville communiste d'Ivry-sur-Seine et à l' OPH qu'elles sont responsables devant l'histoire de l'une des plus grandes expériences d'urbanisme du XXème Siècle, qu'elles se doivent à ce devoir, qu'elles doivent en faire une chance dans l'opportunité joyeuse de sa responsabilité immense. Atteindre à la dignité qui passera par l'exemplarité du tout et des détails. On attend... On espère... Et on croit encore en la synergie des bonnes volontés.


Je vous donne cette photographie de Jean Renaudie devant son immeuble, photographie de presse venant d'un documentaire TF1 "Un futur sur mesure", dans la série "les rendez-vous du 3ème millénaire". Je n'ai malheureusement pas retrouvé ce documentaire.



Mais dans celui-ci, Jean Renaudie dit : 

"Jamais je ne prendrai ce risque de me mettre à la place des gens."

Pour lire ou relire presque tous les articles consacrés à Madame Gailhoustet :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/merci-renee.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/10/madame-gailhoustet-merci.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html 

http://archipostalecarte.blogspot.com/2017/06/nouveau-scandale-ouiencore.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/09/ivry-par-jean-renee-et-laurent.html

Pour lire ou relire presque tous les articles sur Monsieur Renaudie :

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/07/en-pointe-design-et-architecture-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/09/jean-renaudie-le-modele.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/jean-renaudie-recadre.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/07/jean-renaudie-trois-portraits.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/10/premier-jour-de-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

http://archipostcard.blogspot.com/2008/04/mes-pieds-sont-utiles-3.html


lundi 25 janvier 2021

l'Honneur puis la Honte du Parti Communiste Français ?


Lettre ouverte

La fierté puis la honte du Parti Communiste Français ?


Monsieur le Maire d’Ivry-sur-Seine,


Il y a peu de villes dont l'architecture moderne ou contemporaine fait autant image et corps avec leurs architectes. On aime Le Havre et son Perret, Royan et son Ferret, Brasilia et son Niemeyer. Mais il semble qu'il manque à cette liste une autre ville dont l'histoire du logement social fait pourtant maintenant partie intégrante de la grande Histoire de l'Architecture : Ivry-sur-Seine.

Oui toute l'histoire de la politique sociale et urbaine de Ivry-sur-Seine est chantée par tous les grands architectes comme un exemple parfait de cohérence des idéologies sociales et d'une réponse architecturale spécifique, originale et surtout humaniste. On en connait les auteurs essentiels : Renée Gailhoustet et Jean Renaudie.

Peu de villes comme Ivry-sur-Seine peuvent s'enorgueillir d'un tel héritage, partout diffusé, partout enseigné, par tous visité, faisant même l'objet aujourd'hui d'un véritable culte, élevé au rang d'icône par les amateurs d'architectures ou simplement par les usagers. Rem Koolhaas y envoie ses collaborateurs. Modestement, j'en fais de même avec mes étudiants.


Il faut le dire de suite, sans l'appui politique et l'ouverture d'esprit d'un Parti Communiste alors très disposé à comprendre que l'utopie devait passer par la construction, ce centre ville d'Ivry-sur-Seine n'aurait sans doute pas, pendant toutes ces années, par nos deux architectes, accédé à une telle radicalité belle, écologique et généreuse et à une telle reconnaissance nationale et internationale.

Ivry-sur-Seine et son centre ville modelé par Gailhoustet et Renaudie étaient alors la preuve de sa gestion remarquable du logement social en France. Ivry-sur-Seine était alors l'honneur du Parti Communiste Français.

Et puis...

Alors que Le Havre est inscrit à l'Unesco, que la Ville de Royan fait un travail absolument remarquable de diffusion et de communication autour de son architecture et de son urbanisme, rien n'est entrepris de tel pour cet héritage à Ivry-sur-Seine et même, depuis peu, on assiste stupéfaits à la détérioration  des particularités de cette architecture et de cette histoire. Ce qui fut un honneur deviendra-t-il une honte ? 

Il faut comprendre la chance exceptionnelle que représente un tel héritage. Comment ne pas même instrumentaliser un tel patrimoine pour faire d'Ivry-sur-Seine la démonstration vivante de l'héritage du Parti Communiste, prouvant ici la validité dans le réel de ses thèses humanistes sur le logement social et d'une utopie prenant enfin forme dans le réel et cela au service de tous ?


Par exemple, les attaques récentes et honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et la dégradation du centre Jeanne Hachette de Jean Renaudie prouvent bien le trop peu d'intérêts de cet héritage. Aucune mesure n'est prise pour le respect total de cet héritage patrimonial, pour sa défense et son maintien. Il s'agit d'une œuvre totale méritant un respect complet de son dessin, des détails, de leurs jonctions, de son architecture et du rapport savant des constructions les unes avec les autres. Il s'agit d'une œuvre urbaine qui ne peut être manipulée à l'envi, dont la seule considération serait celle de surfaces libres à remplir n'importe comment, par n'importe quoi. Chez Renaudie et Gailhoustet la mixité sociale et des usages et les circulations font totalement partie de la réflexion des architectes et doivent être manipulées et respectées comme chacune des pierres de Notre-Dame de Paris.


Il en va de l'héritage du Parti Communiste Français. Il ne faudrait pas, alors même qu'il fête son centenaire qu'une illusion d'attention prenne place d'une vraie réflexion. Facebook ne peut pas remplacer un comité scientifique et architectural et un vrai travail de protection patrimoniale. 

Il serait utile de faire classer immédiatement les Tours de Renée Gailhoustet, le centre Jeanne Hachette et le Liègat. Et pourquoi pas, tout comme pour Le Havre de Perret, demander immédiatement une protection par l’Unesco*  de cet urbanisme dans son ensemble, architecture, circulation, etc... C'est maintenant, pour l'Histoire du logement social en France une belle opportunité et pour le Parti Communiste une incroyable responsabilité.


Il faut stopper immédiatement les attaques honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et celles du centre Jeanne Hachette, il faudrait entreprendre un travail de fond et une protection des constructions, des paysages et des zones urbaines de ce centre ville d'Ivry-sur-Seine, il faut que cette municipalité, au lieu de se sentir encombrée par ceux qui défendent l'exceptionnalité de cet espace, comprenne qu'elle a entre ses mains, la preuve que l'architecture du logement social pouvait être écologique déjà il y a plus de quarante ans et qu'offrir du logement social intelligent et beau était possible. Votre mairie de Ivry-sur-Seine devrait prendre toutes les mesures de protections possibles, organiser enfin un vrai travail de sauvegarde et de communication, qu'elle comprenne que oui, Renée Gailhoustet et Jean Renaudie ont offert à cette ville l'occasion d'une immense fierté, expression d'un génie humaniste si rare en France. Il faut effacer la honte de ces attaques actuelles et refaire de cet héritage l'honneur de cette ville et en maintenir toutes les particularités et détails dans sa totale et entière exceptionnalité.


Le monde de l'architecture et du patrimoine avec vos citoyens regardent ce que vous ferez de cet héritage. Vous avez avec votre équipe municipale en même temps qu'une immense opportunité l’immense responsabilité d'un bien patrimonial exceptionnel et la possibilité d'entrer dans l'Histoire comme ceux qui auront sauvé cet ensemble  ou comme ceux ayant défiguré et ruiné cette Histoire au profit d'une gestion à court terme et opportuniste.


Soyez Monsieur le Maire respectueux de chaque centimètre-carré de cet héritage.


Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'Expression de ma Considération Distinguée.


David Liaudet, un amoureux de votre ville, de son Patrimoine et de la logique politique qui l’a construite.


*Tous les critères sont réunis pour une telle demande : https://whc.unesco.org/fr/criteres/


Pour lire ou relire presque tous les articles consacrés à Madame Gailhoustet :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/merci-renee.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/10/madame-gailhoustet-merci.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html 

http://archipostalecarte.blogspot.com/2017/06/nouveau-scandale-ouiencore.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/09/ivry-par-jean-renee-et-laurent.html

Pour lire ou relire presque tous les articles sur Monsieur Renaudie :

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/07/en-pointe-design-et-architecture-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/09/jean-renaudie-le-modele.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/jean-renaudie-recadre.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/07/jean-renaudie-trois-portraits.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/10/premier-jour-de-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

http://archipostcard.blogspot.com/2008/04/mes-pieds-sont-utiles-3.html

.......

samedi 12 octobre 2019

Madame Gailhoustet, merci.




Je reçois dans ma boîte aux lettres (oui j'ai de la chance) le dernier opus des carnets d'architectes.
Cette fois, je suis extrêmement ému car il est consacré à celle que je considère comme la (le) plus grande architecte française : Madame Renée Gailhoustet.
Les fidèles de ce blog savent mon admiration pour cette grande dame et pour son œuvre. Nous avons souvent (le plus souvent possible en fait) évoqué son travail, sa philosophie et surtout comme le dit l'ouvrage sa poétique du logement.
Je ne vous ferai pas un article pour en décliner la puissance car je ne saurais faire mieux que la spécialiste de Renée Gailhoustet qui signe ce carnet : Bénédicte Chaljub.
Avec un tel duo, une excellente critique d'architecture et une très grande architecte, il vous sera facile de comprendre qu'il ne vous reste plus qu'à vous plonger dans ce livre, totalement indispensable, pour tous ceux qui s'intéressent à l'architecture collective et sociale. J'aimerais dire d'ailleurs que, pour moi, toute architecture est forcément collective (par son territoire) et forcément sociale (par son implication).
Chez Madame Gailhoustet, il est toujours question d'une appropriation possible du logement comme une nécessité première. Laisser vivre en quelque sorte l'espace et le construire pour qu'il puisse à la fois offrir l'incroyable capillarité entre le dedans et le dehors mais aussi fabriquer cette liberté par un génie du plan.
D'ailleurs c'est ce que révèle surtout cet ouvrage qui permet clairement de saisir l'incroyable réflexion du plan et de ses infinies variations dans une structure solide et urbaine offrant souvent la constitution d'un paysage. La végétalisation étant ici pensée par Madame Gailhoustet aussi comme une politesse urbaine.
Comme pour les autres carnets d'architectes, l'ensemble du texte est clair, limpide, sans verbiage inutile. On entre au cœur de l'œuvre et de l'histoire de Madame Gailhoustet et Bénédicte Chaljub nous donne deux désirs : aller voir et avoir envie d'y habiter.
L'ouvrage possède également une iconographie très belle et très fournie.
Je ne vous montre pas d'images car je voudrais que vous fassiez l'effort d'aller vous y promener, certain que je suis aussi que vous irez, chères lectrices, chers lecteurs, acheter rapidement cet ouvrage chez votre libraire indépendant.
Mon exemplaire ira sous le nez de mes étudiantes et étudiants. Il ne faudrait pas qu'il loupent l'occasion de voir, de comprendre et d'aimer l'une des œuvres les plus importantes de l'architecture contemporaine.
Merci Mesdames.
Merci.

(ps : serait-il possible de lire (éditer) ce texte écrit par Jean Renaudie sur le Mont Saint Michel ?)

Renée Gailhoustet, une poétique du logement
Bénédicte Chaljub
Carnets d'architectes, éditions du Patrimoine.

pour relire (presque...) tous les articles sur Madame Gailhoustet :
http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html 
http://archipostcard.blogspot.com/2008/12/un-exercice-danalyse.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2017/06/nouveau-scandale-ouiencore.html 
http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/merci-renee.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/09/ivry-par-jean-renee-et-laurent.html 
http://archipostcard.blogspot.com/2009/08/un-signe.html
http://archipostcard.blogspot.com/2008/12/merci-archiguide.html

pour avoir envie de lire les autres carnets d'architectes :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/01/fernand-pouillon-en-carnets.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/02/andre-bruyere-trois-livres-et-quelques.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/04/jean-ginsberg-le-mans-monaco.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/11/maisons-bulles-en-page.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/01/felix-dumail-le-precurseur.html






samedi 18 février 2017

Anniversaire ! 10 ans !

J'ai loupé une date importante !
Depuis le 29 janvier de cette année votre blog a donc 10 ans !
Joyeux anniversaire le blog !
En effet tout commença en 2007 avec une carte postale de La Grande Motte, ce qui m'étonne encore, car, sans doute on aurait pu s'attendre à une carte de Royan !
Mais depuis ! Que d'aventures ! Que de confiance aussi ! Et que de découvertes !
Suis-je épuisé par ces dix années ? Oui... Parfois. Il arrive que le sentiment d'avoir fait le tour de la question s'infiltre et puis surgit une carte, un détail, un correspondant pour que tout redémarre et j'ai aussi environ quatre à cinq mille cartes postales qui attendent...
Alors faisons le point chiffres : un million sept cent mille visites pointées par un post, ce qui laisse de la marge pour la lecture défilante... Deux mille deux cents articles... Deux volumes...
http://archipostcard.blogspot.fr/ et http://archipostalecarte.blogspot.fr/
Je n'ai pas le nombre d'images mais bon, avec une moyenne de deux ou trois par post...
Les meilleurs souvenirs ? Dans le désordre, quoique :
- Lire mon nom dans l'ouvrage de François Chaslin sur Le Corbusier. Un immense honneur.
- Rencontrer et partager avec Dominique Amouroux, l'auteur de notre guide d'architecture vénéré.
- La découverte du Fonds Bueb et la publication du livre. Spéciale dédicace à Julien Donada et à la famille Bueb si accueillante à notre projet.
- La résidence à Royan avec Thomas Dussaix et l'édition de mon livre sur Royan, ma grande fierté. Spéciale dédicace à Charlotte de Charette et Véronique Willmann.
- Bien évidemment, le classement de Sens et la joie d'avoir partagé un peu de ma vie avec Monsieur Claude Parent et sa famille. J'y ajoute la campagne pour Ris-Orangis inachevée. Spéciale dédicace à Viviane Rat-Morris.
- Le sauvetage de la bulle six coques avec toute l'énergie et l'amour autour. Spéciale dédicace à la famille Hérisson et à Manon Alberger.
- Ma rencontre avec Clément Cividino, son énergie passionnée, et sa certitude à faire de cette passion un moyen de sauver le Patrimoine mobilier et immobilier.
- Ma rencontre avec la Famille Lestrade et la confiance aiguë qu'ils me portent. Spéciale dédicace à Jean-Jean et Alvar.
- La rencontre avec le Comité de Vigilance Brutaliste dont je sais si peu de choses...
- L'exposition à Évreux, merci Emmanuel André et celle à La Forme au Havre avec Claude Parent, Thomas Dussaix et celle à Rouen sur l'invitation de Marc Hamandjian et Jean-Paul Berrenger.
- Toutes les conférences (beaucoup maintenant !), toutes les visites guidées, tous les articles, les interviews, les expositions, les films dont celui sur Royan...


- La chance de me laisser prendre le micro à Radio On et de faire ma Chronique Corbuséenne. Spéciale dédicace aux étudiants et à Philippe Langlois. Merci Philippe.
Merci à tous les donateurs, tous, ceux d'une seule carte postale ou ceux d'un paquet entier. Spéciale dédicace à Laurent Patart et Daniel Leclercq.
Merci aussi à tous ceux qui piochent dans mon Fonds, qui me demandent gentiment (ou non...) des images et qui ainsi prouvent chaque fois la validité des cartes postales comme documents historiques pour une compréhension pointue de la relation entre la photographie, l'architecture et la sauvegarde du Parimoine.
Merci aux éditeurs et à leurs photographes pour leur travail maintenant un peu mieux reconnu.
Ce blog se veut joyeux mais aussi citoyen. Chaque carte postale est un slogan, une preuve, une histoire et une tribune pour le sauvetage et la lutte pour la reconnaissance du Patrimoine Architectural du Vingtième Siècle.

Mais je voudrais faire un énorme merci, ÉNORME,  à celui qui me suit, me pousse, me porte. Celui qui relit dans l'ombre, qui corrige toujours avec une extrême patience (et il en faut...) tout ce que j'ai écrit. Sans le travail de Claude Lothier qui décide de mettre son propre travail de côté pour lire mes textes, sans son opiniâtreté, sans ses bras autour, toujours, rien ne serait.
Claude.... MERCI.
Tu es sans doute, de fait, le plus grand et le plus fidèle lecteur de ce blog. Mais tu es aussi par ton œil, ton analyse, tes décisions d'aller voir, ta certitude que les images nous portent, celui qui m'a le mieux permis de réaliser dix années d'écriture, de voyages, de combat.
Je te dédicace donc ces dix premières années. C'est de notre anniversaire qu'il s'agit.
Remerciez-le tous, chères lectrices, chers lecteurs, en allant par exemple voir son propre blog :
http://leblogdeclaudelothier.blogspot.fr/

Alors j'oublie sans doute plein de choses, de gens, de moments. Dites-le moi !
N'oubliez pas que ce blog est en deux volumes. N'oubliez pas que vous pouvez vous y abonner.
Quelle carte postale choisir pour un tel anniversaire ?
La dernière arrivée ? Une de Royan ? La première ? Je ne savais pas.

J'ai choisi une carte postale un peu particulière, qui parle de l'un des plus grands architectes français du Logement Social qui reste ma priorité.
J'ai choisi une carte postale représentant une œuvre majeure, un chef-d'œuvre absolu, une utopie humaniste, une leçon parfaite, un brutalisme utile et verdoyant.
J'ai choisi l'amour, l'homme, le paysage accompli par l'architecture.
J'ai choisi l'urbanité au lieu de l'urbanisme, j'ai choisi le plan au lieu de la surface, j'ai choisi l'altérité faite forme.
J'ai choisi l'architecte Jean Renaudie :



Cette carte postale un peu particulière est un dessin de Yves Orly pour Givors et les Étoiles de Monsieur Jean Renaudie. C'est une édition Combier réalisée semble-t-il spécialement pour en faire un entier postal et éditée pour l'affranchissement Premier Jour le 20 avril 1985 du timbre de ce quartier des Étoiles de Givors.
Le dessin de Yves Orly est bien des années 80. Il nous amuse aujourd'hui par sa manière de mettre un peu en retrait l'architecture. On dirait que le dessin vient d'un des premiers logiciels de retouche d'images ou de photocopies successives... C'est joyeux, tendre, presque fragile. Et c'est, pour ce dixième anniversaire, une parfaite représentation de l'architecture.
Vive l'architecture moderne et contemporaine !
Vive tous les citoyens qui se battent pour la sauver, la défendre, l'enseigner !
Allez-voir, battez-vous. Imaginez ! Imaginez ! L'architecture se parcourt, se visite, se rêve.
Et comme dit si bien Jules Verne cité par Georges Perec :

"Regarde ! De tous tes yeux, regarde !"

mardi 6 octobre 2015

Jean Renaudie recadré

Lorsque Jean Renaudie entra dans l'agence, Jean-Michel fut heureux. Non pas tant d'avoir à travailler avec l'un des architectes les plus justes pour lui mais simplement parce que ce rendez-vous était aussi le passage de témoin à l'agence entre lui et son fils Momo.
En effet, Jean-Michel, dès qu'il avait eu l'architecte au téléphone pour la création d'une école à Cergy avait pensé que c'était avec ce projet qu'il pourrait abandonner toute responsabilité à son fils, le mettre enfin en autonomie totale. Le projet était d'ampleur mais pas trop vaste, il était aussi suffisamment particulier et original pour poser des questions structurelles importantes, difficultés qui avaient poussé Jean Renaudie à faire appel à l'agence qui avait déjà travaillé avec lui pour le centre E.D.F d'Orléans.





Cette école avait aussi une très grande originalité qui était un argument important pour que Momo y porte un intérêt plus serré et une curiosité qui était son moteur. Momo, malgré son jeune âge avait déjà démontré ses capacités de calculs, avait étonné tout le monde sur ses premiers chantiers et avait soulevé dans le cœur de son père une grande fierté lorsque sur un chantier, sans peur, sans reproche, il fit remarquer au chef de ce chantier et devant l'architecte que là, sur ce plan, il y avait bien une erreur. Jean-Michel avait alors repensé à son histoire avec Jean Prouvé.
Jean Renaudie posa sur la grande table les premières projections et les grands dessins d'une beauté colorée étonnante faits de grand coup de feutres de couleurs. Momo ne put retenir un wahou d'admiration ce qui fit sourire l'architecte car on avait peu l'habitude dans le milieu d'exprimer si simplement son admiration. Jean-Michel et Jean Renaudie s'amusèrent tous deux de cette franchise et pointèrent en même temps en se touchant presque les doigts sur le plan l'endroit de la difficulté que Momo et l'agence devait résoudre : l'articulation et la reprise de poids de la structure en octogone.
 - Oui, j'ai vu ça affirma d'emblée Momo mais il n'y a rien de compliqué, c'est une question surtout d'épaisseur.
 - Vous croyez ? Reprit Renaudie Qu'en pensez-vous Jean-Michel ?
 - Oh mais je laisse Mohamed voir ça avec vous ! Mais je crois qu'il voit juste.
 - Mohamed, vous pourriez donc calculer cela pour nous ? Reprit à son tour en se tournant vers le jeune homme Jean Renaudie.
 - Oui, sans problème. Je vous fais ça pour demain et...
 - Demain ? Si tôt ! l'architecte était abasourdi par une si grande rapidité.
 - Oui... Cela vous gêne ? rétorqua Momo qui n'avait pas compris que Renaudie était positivement étonné.
 - Je vous avais prévenu Jean ! Il est meilleur que moi ! Affirma Jean-Michel qui ne put tout de même pas s'empêcher de préciser que, peut-être il manquait les plans d'exécution pour faire certains calculs.
 - Oui, sans doute Papa, mais regarde bien, j'ai là toutes les cotes et les angles, donc je peux faire une projection tout seul et faire les calculs, il me faut deux après-midi tranquilles.
Jean-Michel et Renaudie restèrent à se regarder sans oser dire un mot.
Momo sans autre cérémonie s'assit à la table, sortit ses instruments et se mit immédiatement au travail ne faisant alors plus attention ni à l'architecte ni à son père. Ce dernier était toujours surpris de voir comment ce gamin pouvait aussi simplement dans le travail trouver une discipline alors que dans sa vie, il était insaisissable. Mais quand Momo s'asseyait ainsi, la tête en appui sur le dos de sa main, les pieds repliés sous le tabouret dans une position étrange, plus rien ne comptait et devant lui, comme pour Jean-Michel la machine cérébrale projetait les formes, faisait défiler les chiffres comme sur un écran. Seules certaines voix faisaient alors sortir Momo de sa réflexion ce qui impressionnait toujours les visiteurs tant il était capable dans ce moment d'oublier le monde autour de lui. Pourtant, soudain Momo arrêta tout, revint en quelque sorte au monde, il avait senti quelque chose tirer sur le bas de son pantalon. C'était le petit Alvar, caché sous la table depuis le début de la conversation qui tirait ainsi sur le vêtement de son père. Momo le souleva, le posa sur ses genoux et reprit immédiatement son travail. Renaudie quitta la maison, laissant ainsi ses plans à un jeune père et un enfant jouant avec les papiers dessinés d'une école à venir. Renaudie avait confiance.....................................
............................................
C'est bien grâce à Momo et au travail effectué pour l'école des plants à Cergy quelques années plus tôt que Gilles put rencontrer et faire le film sur Jean Renaudie. Le projet devait être réalisé pour TF1. Gilles, depuis peu, faisait en plus de la photographie des films pour la télévision ou les documentaires scolaires. Il aimait ainsi avec les architectes construire des plans, des travelling, discuter de ce que l'architecte désirait porter comme image idéale de son architecture. Il aimait aussi, à son tour, trouver des angles et surprendre l'architecte mais aussi parfois déjouer les pièges d'une image que les architectes aimaient toujours maîtriser.




Là, dans la rue d'Ivry-sur-Seine, pendant que son collègue Patrick Guis discutait avec Jean Renaudie, Gilles le cadra et prit un cliché de l'architecte devant sa fameuse réalisation d'Ivry-sur-Seine. Dans le laboratoire, alors qu'il effectuait le tirage de cette photographie et que le visage souriant et échevelé de l'architecte apparaissait un peu en amont de son architecture restée plus blanche, plus douce derrière lui, Gilles expliquait à Alvar qui venait d'avoir 12 ans comment la chimie de la photographie pouvait révéler ainsi des images. Le garçon trouvait ça magique et disait toutes les cinq minutes à son oncle "c'est magique" "c'est magique" et, chaque fois, avec beaucoup de patience, Gilles répondait à son neveu que c'était bien plus chimique que magique.
 - Il a une drôle de trombine ton bonhomme dit Alvar à son oncle
 - Ah, tu trouves ?
 - Ba oui, il a une veste bizarre et une cravate qui vont pas ensemble.
 - Oui Alvar c'est vrai mais que penses-tu de ce qui se passe derrière lui ?
 - Les immeubles ? Ba, ils sont bizarres aussi, c'est tout déchiqueté.
 - Oui ! C'est ça ! T'as bien vu. Tu sais, on pourrait aller les voir pour de vrai cet après-midi.
 - Ba non, Tonton ! Je dois rentrer qu'il a dit papa, pas plus tard que le goûter.
 - Je me charge de ton père, veux-tu y aller avec moi ? On prend le métro et on y va !
 - Ça a pas l'air si marrant que ça ton truc à voir.
 - Mais si, tu verras, regarde, on peut monter dedans par les jardins, il y a plein de terrasses et si tu veux on peut même voir si Monsieur Renaudie est à son bureau.
 - C'est qui ton Rebaudie ?
 - Re Nau Die, Jean Renaudie ! C'est le monsieur dont on vient de tirer le portrait et qui a fait l'architecture !
 - Ah ba dis donc, il doit être bizarre.
 - Tout est bizarre avec toi Alvar ! Alors ? On y va ?



En rallumant la lumière du studio, Gilles regarda à nouveau le visage de Jean Renaudie baignant et flottant doucement dans le bac de rinçage des tirages. Des reflets brillants donnaient quelque chose de maritime à cette photographie en noir et blanc. Gilles trouva son tirage un peu trop doux, peu contrasté et il aurait aimé une image plus ferme, plus tenue, plus dure. Non pas pour le visage de l'architecte mais au moins pour son architecture.
Gilles entendit alors Alvar parler au téléphone que pourtant, il avait l'interdiction de toucher :
 - Oui, c'est Tonton Gilles qui a eu l'idée..... Non pas trop tard... oui... D'accord je lui dirai... Oui... À ce soir.
En raccrochant le combiné, Alvar se tourna vers son oncle Gilles et lui demanda tout d'un coup :
 - Ba alors ? t'es pas prêt ? Papa dit que t'as qu'à manger avec nous ce soir en me ramenant.
 - Ok ! Attends, je prends mon appareil photo et on y va........................................................................
.....................
 - Quelle édition désirez-vous ?
Cette question laissa Alvar hésitant. Il était là, debout, avec à sa gauche son copain de promotion Mickael, dans la bibliothèque de l'école d'architecture et il n'avait pas songé une seconde qu'il pouvait y avoir deux éditions différentes de ce Guide de l'architecture contemporaine en France de Dominique Amouroux.
 - Est-ce possible d'avoir les deux ? rétorqua immédiatement Mickael qui avait compris le doute de son camarade Alvar.
 - Bien sûr rétorqua immédiatement la bibliothécaire en remontant sur son nez ses lunettes. Je vous les apporte de suite, installez-vous.
Alvar et Mickael choisirent une table un peu au hasard, celle qui avait sa surface découpée en deux par un rai de lumière et ils attendirent.
 - Tu vas voir, j'ai vu ce guide chez mon grand-père et aussi chez mon oncle. Ce qu'on pourrait faire comme sujet pour la socio c'est de choisir de retourner sur des lieux et de voir ce qu'ils sont devenus, tu vois ?
 - Oui, je trouve marrant mais on ne pourra pas faire tous les lieux Alvar ! Et puis moi, ça m'emmerde toujours de devoir interroger les gens.
 - Ba là tu pousses un peu ! Je me démène pour trouver un sujet sympa et tu trouves encore à redire. Et puis parler aux gens, faudra bien que t'y passes pour faire de l'architecture !
 - Oh toi, t'es tellement ouvert ! Tu parles comme le prof. Moi ce qui m'intéresse c'est la structure et le dessin, les gens moi je m'en fous. Si c'est bien conçu, les gens ils sont contents et...
Mickael n'eut pas le temps de finir sa tirade que la bibliothécaire lui indiqua qu'il fallait parler moins fort et posa sur la table les deux exemplaires du guide de Dominique Amouroux.
 - Tiens regarde dans celui-là, moi je regarde celui là affirma Alvar.
Le silence se fit pendant quelques minutes. Les deux jeunes, un peu en retrait sur leur chaises regardaient  nonchalamment les deux volumes. De temps en temps, Mickael donnait un coup de coude lorsqu'il jugeait qu'une étudiante méritait l'attention d'Alvar.
 - Ils sont pareils non les deux guides ?
 - Ba, je sais pas, répondit Mickael. Tiens, comparons. Tu voulais aller voir du Renaudie non ? Eh bien regarde si on a deux pages pareilles sur Renaudie.
 - Moi j'ai page 359, Pontoise-Cergy, écoles primaire et maternelle.
 - Moi j'ai page... 357 ! Pontoise-Cergy, pareil écoles primaire et maternelle, mais regarde Mickael la photo est différente.
 - Oui sur la mienne c'est en construction. L'année c'est 1972 pour mon édition et pour toi ?
 - Pour moi c'est 74, Putain j'avais 7 ans. Tu sais mon père a travaillé sur ce bâtiment. Il a...
 - Oui... il a fait les calculs de structure avec Renaudie. Tu me la racontes toujours celle-là Alvar et ton père aussi. La dernière fois que je suis allé chez toi, il m'en a parlé et il m'a même montré les plans.
 - Ba, cela avait pas l'air de te déplaire ! Toi qui aimes les structures !
 - C'est vrai, j'avoue. Et si on allait là, voir ce que c'est devenu. On a tous les documents, tu pourrais interviewer ton père et on pourrait aussi raconter l'histoire de l'archi avec les nouveaux modes d'enseignement après 68 ?
 - Oh ba là, si on parle de 68, le prof de socio il sera aux anges !







 

Par ordre d'apparition : 
 - Carte postale Abeille-Cartes pour Lyna, Cergy, Quartier des Plants-École des plants. Pas de date, pas de nom de photographe ni d'architecte.
 - Document photographique, archives TF1 ou Patrick Guis.
 - Guide d'architecture contemporaine en France
Amouroux, Crettol et Monnet
Technic-Union 1972 et 1974.

lundi 9 mars 2015

Merci Renée

J'ai reçu, il y a quelques jours maintenant, sans doute l'une de mes cartes postales favorites. Vous allez comprendre pourquoi et surtout quelle charge émotionnelle elle porte.
La voici :



Si je ne vous dis rien vous aurez tout de même remarqué sur cette carte postale :
 - une dame qui parle à des jeunes femmes qui écoutent et notent. Certaines ont même un cahier "the little Prince". On passera sur ce détail...
 - des appareils photographiques sur la table et un grand monsieur chauve qui discute.
 - un poster d'un tableau de Miró, un chat en papier découpé et collé sur la fenêtre.
Étrange carte postale vous en conviendrez et vous aurez perçu rapidement qu'elle n'est pas ancienne.
Alors retournons cette carte postale et regardons ce qu'elle nous raconte :



Oui !
Vous avez compris !





Il s'agit de Madame Gailhoustet, que je me permets d'appeler Renée, car c'est elle qui me l'avait demandé lors de ma visite chez elle. Elle est en bonne compagnie car entourée d'étudiantes (mais où sont les garçons ?) et  Monsieur Yves Belorgey, artiste-peintre, les accompagne. Il s'agit d'une rencontre, d'un moment pédagogique et l'espace qui existe entre Renée et les étudiantes est le plus beau. Celui du partage et de l'écoute. Ils sont au Liégat, un ensemble d'habitations collectives dessiné par Renée Gailhoustet. Il est donc certainement question d'architecture dans cette discussion. La carte m'est envoyée par Xavier Dousson que nous connaissons bien ici car il a notamment remis en lumière le travail de Jean Bossu.
J'ai déjà dit combien pour moi le travail de Madame Gailhoustet reste un modèle que malheureusement on n'aime pas assez en France. Il faut dire que l'humanisme appliqué dans les formes, les questions sociales prises comme matériau, et une forme de pragmatisme jovial sont oubliés depuis longtemps. Il n'est pas question encore de se plaindre ni d'avouer une défaite d'une époque perdue, il est question de comprendre pourquoi (et par qui) tout ce travail visible, éprouvé, réussi est aujourd'hui un rien oublié et perçu comme un âge d'or alors qu'il est possible, toujours possible.
Je ne voudrais pas installer cette pensée architecturale dans une période révolue car cela serait accuser son éloignement, je voudrais juste le partager, le gueuler, pour qu'enfin, un peu, de temps en temps, on comprenne la leçon magnifique et claire et que, ici ou là, une jeune architecte, un jeune architecte construisent ainsi une nouvelle réalité sociale et architecturale.
Alors voir ainsi des étudiants parler avec Renée, entendre les espaces, voir la parole prendre forme, hors du jeu amusant de la prospective et de l'imaginaire des utopies (même joyeuses), voir un peintre, un critique et historien de l'architecture mettre face à face une jeunesse féminine (et tant mieux) avec l'une de nos plus grandes architectes est une image qui me réjouit.
Il faut que ça passe.
Et la lumière venant dans la pièce, la simplicité d'un espace partagé, la possibilité d'un jardin sur une terrasse disent bien comment on doit enseigner l'architecture.
Un peintre, une architecte, un lieu, des gens qui écoutent et viennent voir, des historiens, des désirs d'images aussi sans doute. C'est ça construire.
Je remercie vivement Xavier Dousson pour cet envoi.
Et merci pour tout Renée.

Xavier Dousson me demande de préciser et il a raison :


Bonjour David,

Je t'ai envoyé hier un petit paquet de cartes postales, et notamment la deuxième de la série (de 2!) que nous avions faite avec Renée Gailhoustet.
Je dis nous car, dans cette affaire pédagogique, tout a été combiné avec Sandra Parvu, mon alter-ego dans cet enseignement de projet en Licence 2.
Elle est assise à la gauche d'Yves, sur un petit banc magnifique dessiné par Jean Renaudie.
Sandra est architecte et chercheuse. Elle s'intéresse précisément aux mêmes sujets que nous! Et elle édite des cartes postales!!
Par ailleurs, même si la photo ne le montre pas, il y avait des étudiants avec nous! 2 garçons très sympathiques dont un, Gabriel, illumine le centre de la carte postale que tu vas recevoir!
Je ne sais pas dans quelle mesure ces compléments pourraient être apporté à ton texte magnifique et si encourageant, mais je ne voudrais pas que Sandra soit invisible de cette action pédagogique. 
Encore merci!
Bien à toi,
Xavier



Pour connaître un peu mieux Yves Bélorgey :
http://www.xippas.net/fr/artists/yves-belorgey/
Pour lire le livre sur Jean Bossu de Xavier Dousson :
http://editions.monuments-nationaux.fr/fr/le-catalogue/bdd/tri/1/livre/869

Je vous donne quelques extraits du très beau livre Éloge du logement, Renée Gailhoustet aux éditions Massimo Riposati qui vous permettront de voir mieux le Liègat et de reconnaître la table... et donc l'appartement de Renée Gailhoustet, si je ne me trompe pas. Il vous faudra surtout bien lire les plans pour saisir la vérité de ce travail permettant à des logements sociaux une vraie promenade architecturale offerte par la traversée d'un logement de 15 mètres de profondeur et de ses... trois terrasses.















lundi 22 décembre 2014

Archives 01



Sans doute l'un des livres les plus importants de cette fin d'année.
Archives 01 est un petit livre par son format mais un grand ouvrage par sa destinée.
Ce format à l'italienne rappelle ici celui de nos cartes postales. Et beaucoup de sa qualité vient aussi de cette proximité avec le creux de la main. Pas de grandiloquence éditoriale.
Des centaines de photographies de ce que deviennent, ou sont, les grands ensembles, photographiés à hauteur d'yeux, ne laissant rien paraître d'une forme spécifique, d'une attitude, ou peut-être alors une mécanique.
Il ne faudrait pas trop vite chanter ici une objectivité tant aujourd'hui celle-ci est usée mais plus certainement une forme respectueuse, c'est-à-dire justement, sans forme de jugement a priori, avant de venir voir.
Les photographies sont de Adel Tincelin.
Ce qui frappe, c'est l'incivilité. C'est son esthétisme en quelque sorte. Ce que je veux dire c'est que cette incivilité n'est pas seulement celle de la poubelle éventrée, de la Clio mal garée, du tag sous la fenêtre. Non, c'est celle aussi des politiques urbaines, des abandons des populations, des ayants-droits des lieux qui autorisent ou non la promenade. J'ai vécu cette expérience dans les Hauts-de-Rouen, du caïd culturel qui nomme les lieux possibles, et donne son nom comme un passe-droit en cas de souci, en étant certain de faire là un acte de liaison alors même qu'il accepte et même, de la sorte, valide l'exclusion.
Il y a dans ce livre une fatigue profonde qui monte. Elle monte dans des vases communicants entre la politique nécessaire et la réalité affolante. Et le chantier des politiques urbaines montre à la fois la nécessité de faire quelque chose et la manière désolante dans laquelle c'est fait.
En fermant ce livre, j'ai dit adieu à ces paysages. Ce n'est plus la peine. Ils ont raison, il faut tout raser. La tonalité insupportable du rose ocre blanc des peintures des façades qui a surgi partout pour adoucir les barres devient laiteuse, vomitive. Les photographies d'Adel Tincelin sont blanches souvent, un rien surexposées comme pour tranquilliser. Il faut fouiller les images pour trouver les drames, les petites vies et c'est tant mieux. La couleur c'est souvent un tube de plastique rouge d'un chantier. Même pas ici, l'explosion qui se voudrait signifiante des couleurs des graffitis pour faire semblant d'une créativité. On finit par s'en foutre de ceux qui vivent là. On les oublie. De toute manière, ils ne veulent pas être sur les photographies, ils ne veulent pas qu'on leur tire le portrait. Ils ont raison, ils furent trahis. Alors, pour parler d'eux, ils laissent la parole au vide vertigineux des espaces désertés du petit matin, ce temps que l'on conseille toujours pour faire des photographies de la banlieue car les petits dealers dorment encore sous les posters de Rihanna et de Riberi. Les grands ensembles ont toujours cette lumière couvrante, un peu sèche de ce moment de la journée. Ils ont perdu les ciels bleus et les ciels gris de mes cartes postales. Ils ont tout perdu.
Faisons table rase. Allez ! Grignote doucement ! Ça fait moins mal et surtout ça ne fait pas semblant de laisser de temps pour une nostalgie instantanée et esthétisante d'une implosion à la Mathieu Pernot.
Dans ce livre, pas de jugement verbeux, pas d'opinion sur image. On ne fait pas semblant que les grands noms de l'architecture ont œuvré là, ont tenté quelque chose. Tout passe pareil.
Les photographies d'Adel Tincelin passent devant ce travail en oubliant cette attention mais que voulez-vous, voyez ce qui en a été fait. Pourquoi chanter le génie d'un plan, l'efficacité du tracé quand le territoire est dessiné non plus par le "vivre ensemble" mais par les territoires de reventes. Ça n'aurait aucun sens.
Tout est pauvre. Tout, surtout, fut appauvri.
Le livre comporte en son centre un texte où les auteures rappellent plusieurs fois qu'elles sont journalistes. On ne sait même pas bien qui prend la parole. Qui est ce je ? Une fiction ? Mais là aussi, la force vient d'une forme de dépression du jugement. Pour une fois, pas de citation de Guy Debord, pas de citation de Foucault.  Pas de cette sociologie abusive et mal apprise qui serait utilisée comme une autorisation au travail. Pas non plus de cri de désespoir, de revendications, de désir d'appartenir à l'exclusion pour être dans le coup avec la jeunesse. On ne vient pas s'encanailler. C'est donc possible. On y a aimé, on y a vécu, on y revient, on regarde, on cadre, on publie.
Les photographies ont cette qualité étrange, arborant parfois fièrement une poésie du détail, l'ombre portée d'un arbre, la construction d'un pan de couleur ou laissant croire à une distance de constat. On balance entre Atget et la DATAR, entre Stephen Shore et le M.R.U. C'est ce qui en fait la beauté, celle d'une accessibilité possible, d'une familiarité. On ne tente pas de nous vendre la beauté de l'essor du chantier, ni l'arrogance voyou d'un grand reporter en mission.
On regrettera seulement l'absence quasi-totale des noms des architectes, sinon la qualité éditoriale est parfaite pour la reproduction des images, le graphisme et la mise en page. Un vrai bel objet éditorial.

Tout est calme.
Dans l'ombre d'un arbre, une camionnette de C. R. S. fait son travail un peu au loin. Pas d'événement. Son travail. Il faut que quelqu'un le fasse.

Archives 01 est un livre historique.

(je vais de ce pas en commander un deuxième exemplaire.)


Archives 01

La rénovation urbaine en Ile-de-France/Seine-Saint-Denis/Paris/ 2010-2012
Photographies : Adel Tincelin
Textes : Adel Tincelin, Nathalie Perrier
éditions Illimitées
ISBN 978-2-9537412-0-9