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vendredi 15 septembre 2017

Saint-Ouen, Journées Européennes de Destruction du Patrimoine

La Ville de Saint-Ouen-sur Seine va faire œuvre d'une grande originalité pour ce week-end des Journées Européennes du Patrimoine en offrant à tous l'occasion de voir le massacre d'un élément important de son histoire et de son Patrimoine Architectural du Vingtième Siècle : la Tour Cara de Paul Chemetov et Jean Prouvé.
On sait ici, et partout dans le Monde, (sauf à la Mairie de Sant-Ouen et chez Madame Pécresse) le rôle historique de Jean Prouvé, architecte-ingénieur dont l'œuvre entière est amoureusement sauvegardée, sauvée et même fétichisée. Eh bien, voyez-vous, il aura suffi d'une inculture générale des responsables politiques de cette ville associée à un pouvoir politique pour que, une fois encore en Ile-de-France, un Patrimoine de cette importance échappe à la sauvegarde pour faire plaisir à l'esthétique et au bon goût des Princes et des Princesses locaux mais surtout à leur amis agents immobiliers qui, avec mépris et arrogance, viendront pondre leur merde spéculative sur l'histoire de l'Architecture. La complicité est partout, la lâcheté est son instrument. Faut dire, y a du pognon à gagner et de la gentrification à faire, faisons main basse sur les signes du populaire. Et Foyer des Jeunes Travailleurs ça fait peur à la Dame. Surtout le soir, la nuit, tous ces jeunes travailleurs...

















Monsieur Chemetov est donc maudit. Il faut croire que le message architectural qu'il a défendu est aujourd'hui perdu à jamais, foulé aux pieds par des institutions et des villes dont pourtant l'histoire sociale et politique, celle d'un humanisme, est fondatrice. Si la Ville de Saint-Ouen perd cet ensemble constitué d'une tour Cara de Paul Chemetov et d'une construction de Jean Prouvé, elle niera son histoire et son patrimoine d'une manière inédite que seules les communes de Fontainebleau, de Vigneux-sur-Seine, de Grand-Quevilly ont su partager.
Car c'est la honte qui doit tomber sur cette ville et ceux qui prennent ces décisions hors de toutes réalités historiques. Il faut tout de même, une fois encore, se demander comment il se fait qu'une telle construction  ayant deux des plus grandes signatures de l'architectures associées ait pu échapper aux responsables patrimoniaux de l'Ile-de-France ? Pourquoi aucune mesure de protection, aucun signalement n'ont été opérés sur cet ensemble ? Il y a quelqu'un ? Ouhou... y a quelqu'un ?
On notera que sur la page web de la Mairie de Saint-Ouen-sur-Seine, aucun nom d'architecte n'est donné. Tu m'étonnes... Jean Prouvé et Paul Chemetov sont de grands inconnus... On réduit le travail de Jean Prouvé à des "bâtiments préfabriqués jouxtant la tour." Avec une telle réduction du travail architectural, on comprend le niveau de la culture architecturale du personnel de la Mairie de Saint-Ouen ! On voit comment on joue avec le mot préfabriqué pour réduire l'importance du bâtiment.
Je vous laisse avec la parole de Paul Chemetov. Tout est dit et bien dit :

http://www.telerama.fr/scenes/paul-chemetov-pas-touche-a-ma-tour,n5196366.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1505145422

En espérant que Monsieur William Delannoy Maire de Saint-Ouen, que Madame Brigitte Bachelier adjointe chargée à la Culture de cette ville seront fiers d'être les agents d'une honte patrimoniale à l'heure même de ces journées Européennes dudit Patrimoine....
Que Vivent ces Journées Européennes du Patrimoine avec leur cortège d'ignorants, de spéculateurs et de complices. En France, aujourd'hui, à Sant-Ouen-sur-Seine, on méprise l'héritage de Jean Prouvé et celui de l'A.U.A, c'est à dire l'héritage d'une politique architecturale humaniste inscrite dans les formes mêmes de l'Architecture. Bonne journée La France.

Pour en savoir plus :
https://www.seine-saint-denis.fr/IMG/pdf/cahier_du_patrimoine.pdf
http://www.caue13.fr/sites/default/files/fichaffiche_15_la_setec_rv.pdf

Dernière minute :
la revue AMC vient de publier un article en ligne. On s'amuse de le lire, mettant en avant, l'indifférence générale, l'article oublie de signaler Télérama qui a déclenché l'alerte et surtout, on est certain maintenant, vu les tournures de phrases de cet article de AMC que le rédacteur de cet article vient lire les miens. Je les remercie donc d'autant de proximité de langage...Sans doute que leur retard à signaler le risque en préférant attendre la destruction est aussi une prudence toute corporatiste à Monsieur  Ferrier.
https://www.amc-archi.com/photos/saint-ouen-rase-son-patrimoine-du-xxe-siecle,8092/la-tour-cara-a-saint-ouen.1 





dimanche 28 février 2016

Madame Azoulay ? Êtes-vous avec nous ?

Bon dimanche à tous,
bon dimanche militant, ne lâchons rien même si les remaniements ministériels peuvent nous laisser un peu d'espoir, il faut se maintenir éveillé car les changements peuvent dans un grande redistribution des cartes avoir des effets positifs comme négatifs... Soyons vigilants...
Donc, je vous donne à lire le communiqué de presse concernant le combat pour la CPAM de Vigneux-sur-Seine qui sera désormais un test pour Madame Azoulay, test nous permettant de voir comment notre nouvelle Ministre de la Culture prendra position sur le Patrimoine architectural moderne et contemporain. Madame Azoulay... Faites quelque chose...

 Le 25/02/2016
     COMMUNIQUE DE PRESSE

LA BATAILLE JURIDIQUE POUR EVITER LA DESTRUCTION DU BATIMENT DE LA CPAM DE VIGNEUX SUR SEINE CONSTRUIT PAR L’ARCHITECTE PAUL CHEMETOV SE POURSUIT.


Le 17 février 2016 l’Agence France Presse diffusait une information relative au jugement du 14 janvier 2016 du Tribunal de Grande Instance de PARIS refusant d’interdire la démolition du bâtiment de la CPAM de VIGNEUX SUR SEINE construit dans les années 1970 par Paul CHEMETOV.
 
Il convient de préciser que Paul CHEMETOV a fait appel de ce jugement qui n’est donc pas définitif.

De ce fait, la société France Pierre 2 a interdiction de procéder à la démolition de l’immeuble de la CPAM jusqu’à ce que la Cour d’appel de PARIS statue sur l’appel de Paul CHEMETOV, et ce en application d’une ordonnance de référé rendue le 8 septembre 2015 dans cette affaire.

Ainsi, la bataille juridique menée par Paul CHEMETOV se poursuit.


Par ailleurs, il peut être fait état des derniers éléments factuels suivants :

- Le 5 février 2016, un représentant du Ministère de la Culture et de la Direction régionale des actions culturelles se rendaient à Vigneux-sur-Seine pour visiter le bâtiment et rencontrer le délégué à la rénovation urbaine de la ville. Le Ministère de la Culture a fait une demande expresse pour qu’un représentant de la mairie rencontre Paul CHEMETOV pour trouver une issue amiable à cette situation.


-  Le 9 février 2016, Fleur Pellerin alors ministre de la Culture et de la Communication écrivait à François de Mazières, député des Yvelines maire de Versailles, qui s’était ému du sort des «Briques Rouges» et de la CPAM de Vigneux-sur-Seine. ¹


« La mairie de Vigneux-sur-Seine a délivré le 18 juin 2015, au bénéfice de France-Pierre 2, un permis de démolir sur le bâtiment de la Caisse primaire d’assurance maladie de Paul Chemetov construit en 1972. Le site comporte également un ensemble de 273 logements HLM, dit des « Briques Rouges, édifié de 1964-1967 et labellisé « Patrimoine du XXe siècle » en 2008, mais qui n’est pas inclus dans le permis de démolir. Le bâtiment des « Briques Rouges » n’étant pas situé en espace protégé, les services déconcentrés du ministère de la Culture et de la Communication n’ont pas été informés ni consultés sur le permis de démolir. (…) Dès que mes services ont été alertés de la menace qui pesait sur l’œuvre de Paul Chemetov, la direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France a engagé une réflexion avec le maire de Vigneux-sur-Seine pour orienter les projets urbains de la ville vers une meilleure prise en compte du bâtiment. Une réunion s’est tenue en mairie le 20 novembre 2015 avec le chef du service territorial de l’architecture de l’Essonne et le conservateur régional des monuments historiques pour défendre cette position. (…) Comme vous le savez je suis particulièrement sensible à la reconnaissance et à la préservation du patrimoine du XX et XXIe siècles et c’est pourquoi j’ai souhaité inclure, dans le projet de loi relatif a la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine un article concernant le «Label patrimoine XXe siècle», afin de lui donner une existence au niveau législatif. Cette mesure vise à assurer l’instauration d’un dialogue en amont, pour prendre en compte l’intérêt patrimonial et architectural des édifices labellisés.»  

Une menace plus large pèse sur l’ensemble des Briques Rouges, labellisé patrimoine du XXe siècle en 2008. Un protocole de préfiguration des projets de renouvellement urbain de la communauté d’agglomérations de Sénart Val de Seine  daté du  20 décembre 2015, projette la démolition partielle des Briques Rouge à savoir : la CPAM, le monument aux morts, le foyer des vieux, le centre commercial et un bâtiment d’habitation. 
Néanmoins, cet ensemble peut s’adapter aux besoins actuels tout en respectant l’architecture et la protection qui s’y rattache. 
Tel est l’enjeu de cette affaire.
 


C'est moi qui souligne en rouge cette partie de la déclaration de Fleur Pellerin que je vous conseille de mettre en parallèle avec... Son action...
Pour reprendre le cours normal de ce blog, pour évoquer le travail de Paul Chemetov, je vous propose de voir deux cartes postales de la bibliothèque-médiathèque d'Évreux dessinée par le Cabinet Chemetov et Huidobro. Les cartes postales  ne comportent aucune mention d'éditeur ni de photographe, il s'agit sans aucun doute de cartes postales éditées par l'Agence même. Cette affirmation est appuyée aussi par le fait que ces cartes postales me furent gentiment envoyées par Agnès Chemetov. Merci !
Pour revoir le dossier de la CPAM de Vigneux-sur-Seine, allez ici :

http://archipostalecarte.blogspot.fr/2016/02/on-va-rester-poli-encore-combien-de.html

http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/07/le-label-patrimoine-du-xxeme-siecle-est.html

































































Et pour rester dans la grande famille de L'A.U.A, je vous donne également deux photographies prises ce jeudi du palais des Congrès du Mans dessinée par Messieurs Perrotet et Fabre et qui, sous la verdure à son pied, ressemble de plus en plus à une étrange et superbe construction piranésienne :


 



mercredi 1 juillet 2015

Le Label Patrimoine du XXème siècle est-il inutile sous votre Ministère, Madame Pellerin ?



La semaine dernière alors que je rédigeais un article sur le foyer des Vieux dessiné par Paul Chemetov pour Vigneux-sur-Seine, l'agence de ce dernier me signalait, dans une concordance des temps incroyable, que l'ensemble des Briques rouges Labelisé Patrimoine du XXème siècle était menacé de destruction et notamment sa Caisse Primaire d'Assurance Maladie CPAM, petite merveille d'architecture reconnue, publiée et... Labelisée... et déjà défigurée, la fresque du Peintre Foujino ayant été peinturlurée par des imbéciles.
Il va sans dire que c'est une nouvelle attaque du Label qui tend à prouver maintenant son inutilité patente.
N'oublions pas le dossier de la Caisse d'Épargne de Toulon menacée par une architecture d'une laideur insoutenable de l'agence OKKO Hôtel dont le dessin du remodelage a même réussi à faire rire mes étudiants, c'est dire... Puis les mettre en colère... c'est clairvoyant.
Il est donc nécessaire de penser maintenant un avenir pour ce Label si français permettant sans doute, démagogiquement, de faire semblant d'un signalement pour faire plaisir à un petit cercle d'initiés (dont je fais partie) sans prendre le risque (la politique) d'un vrai classement, d'une vraie reconnaissance. Si éduquer la population française à l'architecture du XXème siècle c'est poser une plaque sur une construction pour s'autoriser quelques mois après à la broyer sous les pelleteuses, ce que l'on enseigne à cette population ce n'est pas le respect de ce travail architectural et patrimonial mais bien l'indifférence à ce patrimoine et à son territoire.
L'inculture généralisée n'est pas transformée par ce Label, les petites politiques locales, les petits responsables, les agencements financiers et immobiliers d'architectes en mal de mètres carrés en centre ville s'allient ensemble pour cracher à la gueule du Patrimoine et du travail de signalement tout cela sous les yeux (impuissants ?) des institutions chargées de la défense de ces lieux. On a même des émissions sur France Inter, radio nationale et complice (on sait pourquoi, on sait comment), où l'on donne sans contradiction, la parole à ces architectes démolisseurs qui viennent expliquer comment ils suivent " l'esprit de Candilis" sous l'égide d'un pauvre philosophe instrumentalisé et cabot, heureux d'avoir une écoute à sa petite pensée. Voyez le Mirail à Toulouse... La honte à la française.
Je ne sais pas finalement, je ne sais plus, ce qui construit ma colère. La perte de merveilles architecturales qui défendaient dans leur volumes et leurs espaces une pensée et une intelligence ? Oui.
Le rêve impossible de retenir du monde ses images ? Oui. Penser qu'un état, représentation démocratique servant à signaler notre culture commune, est impuissant, voire complice ? Oui. Devoir enseigner cet échec de la politique culturelle ? Oui.
Alors, si rien ne bouge, si aucune action immédiate n'est prise, (et l'été qui arrive servira l'inaction) il est clair que le Label Patrimoine du XXème siècle deviendra une duperie au service d'une démagogie de la défense patrimoniale d'un Ministère incapable de réagir. Ce Label sera un tombeau silencieux.
Le pire, voyez-vous, c'est qu'on commence à s'y habituer.

David Liaudet pour Le Comité de Vigilance Brutaliste.

tout le dossier clairement décrit ici :
http://acvigneux.blogspot.fr/2015/06/la-villa-montesquieu-nouvelle-offense.html

Mobilisation :
http://www.darchitectures.com/alerte-destruction-a2524.html





Je reçois une nouvelle carte postale montrant au premier plan le foyer des Vieux de Vigneux-sur-Seine et au fond, l'ensemble Croix-Blanche. La carte postale est une édition Scintex en exclusivité pour Lhotellin. Mais qui a dessiné cet ensemble Croix-Blanche ?
Je trouve dans mes revues un article paru dans Techniques et Architecture de 1973 sur la sécurité sociale de Vigneux-sur-Seine, œuvre de Paul Chemetov, œuvre menacée aujourd'hui.
Je vous le donne à voir, il ne nous restera que ça bientôt ?

Les photographies de cet article sont de Augustin Dumage.












mardi 30 juin 2015

Coulons les vieux dans le béton brut



Une carte postale en noir et blanc est coloriée de trames un peu mal posées.
Un grand pan de béton brut dont les planches sont fossilisées dans sa peau nous donne le programme à l'entrée de la bâtisse : Foyer des Vieux, Ambroise Croizat.
S'y opposent immédiatement, un autre pan, celui-ci de briques, puis un toit en tôle ondulée et de grandes ouvertures. Là, dans l'embrasure, un vieux monsieur se tient fièrement et regarde le photographe et donc, nous regarde.
On pourrait un peu s'ennuyer si nous n'avions pas une certaine habitude de cet ennui que nous décryptons immédiatement. Non, il ne s'agit pas d'une Boring Postcard. Quelque chose de simple, d'équilibré, de généreux dans les ouvertures et dans la simplicité aimée des matériaux nous fait signe d'une architecture.
Le verso de la carte postale Combier en photographie véritable nous donne la réponse à ce doute : l'architecte est nommé, c'est Paul Chemetov.
Nous sommes à Vigneux-sur-Seine où l'architecte a aussi livré des H.L.M et donc ce Foyer des Vieux, appellation que le politiquement correct renommerait aujourd'hui foyer des cheveux argentés, Maison des aînés... Les vieux on n'aime plus ça.
J'avoue qu'il est difficile depuis cette carte postale de vous raconter quelque chose, de vous en parler en termes d'architecture. Depuis la frontalité serrée d'une image, on ne peut que saisir des détails parlant d'un tout. L'ensemble apparaît comme une construction économique, ne camouflant pas cela, jouant simplement et efficacement de matériaux premiers, laissant les matières donner leur rôle. La brique porte, le béton soutient, la tôle protège, l'auvent fait abri, les ouvertures larges distribuent la lumière.
On ne devine rien du plan ou trop peu, on ne devine même rien de l'ampleur de la construction. Mais la solitude de ce vieux posant sa main sur une huisserie épaisse, le débordement du béton de ses planches de coffrage, un jeu optique de briques très délicat (il m'a fallu dix minutes pour le saisir) tout cela donne la sensation d'une construction tournée vers l'essentiel : son programme au plus ample de ses moyens techniques et financiers. On appelle cela, voyez-vous, l'Architecture.
Alors je vais tenter d'avoir plus d'informations auprès de qui vous savez.



Mais sur cette autre carte postale Combier, nous retrouvons la belle architecture du Village Vacances Familles de Grasse dont l'éditeur nous dit que Jean Deroche est l'architecte. On veut bien le croire. Là aussi, on devine ce beau sens du matériau, cette application à la française d'un brutalisme intelligent encore héritier de Le Corbusier. Masses, volumes, jeu avec le paysage, plaisir des liaisons fondent un ensemble d'une très grande qualité. Nous en avons déjà parlé de nombreuses fois ici sur ce blog.
Mais cette carte postale possède son punctum.
En haut de l'escalier, un petit groupe de personnes âgées s'est formé pour être sur la photo et donc sur la carte postale. Ils sont là, heureux au soleil, s'amusant de leur rôle de témoins et animant discrètement la photographie de cette carte postale.
Cela m'émeut un peu, que voulez-vous, je suis sensible.
Comme toujours, j'imagine la scène, les dialogues entre le groupe et le photographe. Hasard d'une rencontre ? Rendez-vous ? Choix des sujets ou joie simple d'un moment partagé ?
Plus personne ne doit le savoir. Combien d'entre eux ont acheté la carte postale ensuite pour l'envoyer à la famille ? Qui, un jour, au hasard d'une fouille dans l'album familial s'apercevra que Tata Yvette ou Raymond sourient en haut des marches sur une carte postale ?
L'architecture s'offre ainsi un public et des usages d'images.
Tant mieux.
Et rien des discours pré-construits ne peut rivaliser avec la véritable tendresse d'un corps heureux de partager un espace et de l'inscrire sur, oui, ce que vous appelez un cliché.






mardi 19 mai 2015

Les Chemetov chez Candilis et Niemeyer

Je reçois régulièrement des cartes postales par des donateurs avisés et amicaux qui, d'une certaine manière, par le choix des images qu'ils m'envoient font un peu un portrait d'eux-mêmes.
Aujourd'hui, dans un rangement frénétique de printemps, je retrouve une enveloppe expédiée par Agnès Chemetoff contenant trois cartes postales absolument superbes.
Je le dis de suite, recevoir de l'Agence de Paul Chemetov un courrier c'est toujours émouvant. J'ai déjà eu le plaisir de vous dire ici combien souvent l'œuvre de cette agence et donc de Paul Chemetov m'est sensible. J'ai eu quelques belles émotions au pied des œuvres comme le Ministère de l'Économie, la station de métro des Halles ou l'incroyable et toujours d'actualité immeuble d'habitations rue de l'épée-de-Bois à Paris. J'aime ce parcours et ce travail.
Ici, l'agence de l'architecte par l'intermédiaire d'Agnès Chemetoff ne m'envoie pas des cartes postales de l'œuvre de l'architecte ou de l'agence mais trois vues de deux endroits qui me sont aussi très chers : Brasilia et Toulouse-le Mirail !
Je commence par cette carte postale :



Bien qu'elle soit en multi-vues, cette carte postale du Mirail est rare et passionnante. L'éditeur est Carterie Occitane par F. Loubatières et nous montre donc quatre vues. On en devine la dalle piétonnière, le traitement de la grappe et des petites constructions plus basses en contraste. On voit que le photographe fait verdir l'architecture en cherchant, et c'est facile, à placer des végétaux devant le béton. La vue qui m'intéresse le plus est celle-ci :



En se plaçant à l'intérieur même de la construction, en laissant à gauche les logements, le photographe nous dit bien le ressenti de cette architecture. On devine dans le bas le traitement du sol et les jardins de béton mêlé de végétal. Car, il faut le dire encore, souvent, dans sa présentation d'image, la photographie d'architecture nous projette comme regardant le bâtiment mais peu comme ceux qui y vivent. On ignore trop souvent ce point de vue depuis l'architecture. Ici, par cette miniature photographique, le photographe signifie bien l'espace et la vision de la machinerie du Mirail. C'est donc un très beau document populaire sur l'une des œuvres majeures de l'architecture.
Mais je rêve un peu et sans doute que vous allez rire un rien si je vous dis que dans cet autre détail, je m'autorise à y voir... Candilis lui-même... regardez, c'est troublant...






Ce petit bonhomme rondouillard avec de grosses lunettes fumées qui se promène en cravate et semble visiter le lieu accompagné de deux acolytes, j'aime à croire qu'il s'agit de Georges Candilis ! Et pourquoi pas... Laissez moi au moins croire que le photographe n'est pas venu par hasard en cette journée sur la dalle du Mirail mais qu'il suivait l'architecte et son équipe. Bon, je sais, je fictionne sans doute mais je vous sens troublés tout comme moi... Avouez...
Prenons l'avion et restons en l'air :



Nous voici au-dessus de l'autre plus belle ville du Monde après Royan, c'est bien sûr Brasilia !
La très belle carte postale des éditions Edicard nous montre les Ministères et la très belle perspective implacable des immeubles rangés sagement dans un ordre fulminant. On devine aussi la courbe de l'aile du plan en oiseau de la ville qui se courbe dans le fond de l'image.
Une autre ?



Toujours chez le même éditeur, l'avion ici remonte l'axe monumental de Brasilia dont les deux tours rapprochées forment comme un instrument de visée, la fente idéale de la vue.
La limpidité ouverte de ce plan, la générosité des aplats vides, la radicalité des circulations et la monumentalité parfaite d'une géométrie aimée, souhaitée, dirigée font de cette ville LA cité idéale à nos rêves de modernité, presque effrayante à sa justesse d'image. Parfois, une partition trop claire, trop juste peut faire croire à une simplicité. Ici, c'est d'abord une volonté politique qui s'affirme. Rien n'y résiste, c'est beau, c'est capital.
J'aime aussi dans cette carte postale, la très fine ligne de ciel qui est maintenue en haut de l'image. Deux millimètres de ciel céruléum tenant sa promesse d'horizon.
Me reste à remercier vivement Agnès Chemetoff pour cet envoi qui dit sans doute aussi quelque chose de la liaison de l'agence avec ces architectures. Cartes postales ramassées sur place ? trouvées dans des archives ?
Qu'importe, elles disent une liaison effective, un désir partagé d'une architecture puissante, dessinée, et donc de l'Architecture.

mardi 5 mars 2013

Lénine enfin



Enfin une belle carte sur la belle cité Lénine à Aubervilliers.
Pas si simple de trouver une carte postale regardant droit dans les yeux ce beau bloc étoilé et fier.
La Cité Lénine est l'œuvre des architectes de l'A. U. A.
La carte postale des éditions Abeilles-Cartes pour Lyna nous montre en deux parties la Cité Lénine, sans doute parce que sa masse est difficile à cadrer !
Mais on en perçoit tout de même bien les beaux détails de dessins de façades dont la coloration qui est aujourd'hui oubliée malheureusement.
Dans le toujours aussi impertinent Paris Construit, le petit livre rouge de Ionel Schein, on trouve un article et une superbe photographie de la Cité Lénine.
Le texte de Ionel Schein reste bien mystérieux et attaque fort !
" la difficulté d'être... des architectes... (sic)"
et il finit par :
" Cela reste néanmoins, une architecture de qualité mais..."
Le doute vient ici plus certainement de l'environnement politique que de celui du travail de l'architecture.





On trouve ici une très belle fiche descriptive du bâtiment.
On peut aussi se tourner vers Architecture d'aujourd'hui qui, dans son numéro spécial sur le logement collectif de 1972, nous proposait un article complet :














samedi 23 février 2013

Forteresse verte et belle dialectique

Alors que la honte et le scandale s'abattent sur la ville de Courcouronnes et son maire qui veut détruire l'une des œuvres majeures de l'architecte Paul Chemetov, destruction invalide si on s'appuie sur la préservation du patrimoine, sur le manque cruel de logements, sur la qualité urbaine d'un espace et sur le regard nécessaire et cultivé d'un héritage urbain, je reçois une carte postale émouvante.



Cette carte postale porte cette émotion parce qu'elle offre plusieurs éléments importants.
D'abord, bien évidemment, elle vient en écho à cette annonce de destruction de Courcouronnes et elle offre un regard sur une autre réalisation des architectes Paul Chemetov et Borja Huidobro : Les Hauts du Lac dans la ville nouvelle de L'Isle d'Abeau.
Puis, cette carte postale possède aussi une particularité intéressante pour nous ici sur ce blog puisque la photographie en est de Borja Huidobro lui-même. C'est donc le regard de l'architecte que nous percevons sur cette carte postale, ce qui est assez rare.
Enfin, cette carte postale nous est adressée par Agnès Chemetov, ce qui ajoute à l'émotion de l'annonce de la destruction de Courcouronnes.
Mais regardons L'isle d'Abeau.
Le paysage est ici totalement construit : une très longue masse verte prend appui sur son sol, en émerge, dans une coloration qui joue au camouflage, à l'hommage au paysage. On ne sait plus qui arriva le premier : la construction ou le paysage, tant l'un et l'autre semblent être liés.
La masse est imposante, forte, déterminée comme les forteresses du moyen-âge dont le temps et l'usure les constituent en collines construites.
Le bâtiment depuis ce point de vue propose bien une image défensive, aveugle qui garde un secret. La masse est peu ouverte depuis ce point de vue très éloigné ce qui évidemment permet de saisir l'étendue. Ici on a construit non pas un bâtiment mais un paysage abouti qui fait dans sa détermination un lieu.
Le vocabulaire des forteresses pourrait ici s'appliquer. On est aussi dans une proue de paquebot dont la silhouette viendrait marquer et dessiner un horizon. C'est superbe.
La photographie possède un grain très fort, un pointillisme dont je ne connais pas l'origine mais qui adoucit incroyablement l'image. Tout le vert de l'image est soutenu par le bleu doux du ciel et, comme le contrepoint savant d'une image, le punctum rouge d'une automobile dépassant des masses de feuilles des arbres ajoute un équilibre parfait. Un œil photographique à n'en point douter.
Que nous dit la carte postale ?
Sur son verso on peut lire : Les Hauts du Lac, Architecture Contemporaine, Quartier des Moines, Ville nouvelle de l'Isle d'Abeau, 1981. Architectes : Paul Chemetov - Borja Huidobro.
L'édition serait de la Décade d'Architecture et la photographie est donc de Borja Huidobro.
Dans Technique et Architecture de 1981, on trouve un bel article sur cette construction de l'Isle d'Abeau. Cela permet de bien cerner la construction et d'ajouter à l'image du bastion et du rempart, l'attachement des architectes à produire avant tout un habitat collectif digne, intelligent et beau. Il s'agit bien d'une expérience d'invention d'un lieu.

" La disposition des bâtiments collectifs, en ligne épaisse forme un rempart comme limite dialectique du quartier et de la nature. "

Borja Huidobro