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mardi 22 juillet 2025

Le Corbusier avec deux étoiles

 Il n'existerait donc aucun recoin, aucun espace qui ne furent pas photographiés à la Cité Radieuse ! Et cette carte postale (qui est bien rare) peut vous en montrer l'un de ses atouts : le restaurant situé dans la rue intérieure...En trente ans de collection, c'est la première fois que je la vois mais, ce qui m'étonne, c'est justement mon étonnement au vu du très grand nombre de surprises de ce genre que nous aura réservé la Cité Radieuse.


Le restaurant, au dos de la carte, est affublé de deux étoiles. Bien...mais pas plus...en 1965...Mais que c'est beau non ? Même si nous ne savions pas que nous sommes à la Cité Radieuse, avouez que c'est bien beau cet espace, son mobilier, les volumes ! Reconnaissez-vous au fond notre barman ? La carte postale fut expédiée le 8 février 1965 vers l'Italie d'où elle revient vers moi...Quelle voyage !

Il s'agit là encore d'une édition Ryner que nous connaissons bien.  Où sont vos archives ? Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus pour une telle vue. Il faut dire que nous avons bien ratissé la Cité Radieuse, de son local à poubelles à sa terrasse en passant par la cuisine ou la chambre des enfants. Nous avons déjà expliqué ce désir de représentation, le tourisme architectural à laquelle fut associée cette Cité Radieuse. Nous nous sommes déjà régalés des chaises de René-Jean Caillette. On imagine que cette photographie fut prise dans la même séquence que celle du bar. On imagine aussi ce moment, la présence du photographe choisissant avec les propriétaires le point de vue vidé des clients. On s'imagine mangeant sur le balcon intérieur, projetant la vue sur l'extérieur par le haut de la baie vitrée.

Et si nous arrêtions de discuter ? Si nous allions au bar commander un cocktail puis, tranquillement que nous rejoignons notre table pour déjeuner simplement d'une rouget grillé après avoir visité la Cité Radieuse, le MUCEM ou les Pouillon sur le Vieux Ports ?

Allez ! On y va.

Pour refaire (un peu) la visite...bonne lecture...
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html 
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/08/le-corbusier-en-miniature.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/10/meubles-immeuble-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/le-corbusier-habitable.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.html




samedi 5 juillet 2025

Système béton archéologie

 Vous en conviendrez : on va rarement aussi loin en arrière sur ce blog. Il est clair que ce dernier est plus attaché à l'Architecture des Trente Glorieuses qu'à l'histoire naissante d'un matériau et de ses usages, le béton (ciment) armé. Pourtant, comme il se doit pour presque tout en ce début de siècle dernier, la carte postale a bel et bien balayé et enregistré les inventions, les apparitions de ce nouvel art de bâtir, mettant en avant son originalité et ses capacités constructives vues, justement, comme modernes.

En voilà un exemple avec deux cartes postales. Ces deux cartes postales sont bien des cartes postales de promotion d'entreprises et d'entrepreneurs, elles sont donc publicitaires comme on dirait aujourd'hui et montrent d'emblée que la carte postale est perçue comme un mode de diffusion des inventions particulièrement bien adapté au message à porter.
Il suffit en quelque sorte d'une image, d'une petite explication qui en traduit l'originalité et la raison d'être pour faire un objet éditorial est tout à fait convaincante ! La preuve ? C'est que cela reste encore informatif cent ans après !
Ici, deux exemplaires mais il est tout à fait probable que l'entrepreneur et l'inventeur ont du en faire plusieurs autres. Comment étaient-elles diffusées ?

Alors ? Régalons-nous de la manière dont ce béton armé et ses applications furent mis en oeuvre dans des objets architecturaux particulièrement intéressants car encore entre deux mondes. L'écriture architecturale ici est moins mise en avant, voir même tente de faire oublier le matériaux au profit d'une image assez banale de maisons qui pourraient, sans les explications de leur origine technique, presque passer inaperçues. Est-ce pour ça qu'il est mentionné que ce béton armé est artistique ? Je me demande d'ailleurs comment aujourd'hui ces originalités techniques ont passé le siècle. Est-ce que, sur place, les deux constructions existent encore ? Sont-elles signalées comme primitives à leur Art, comme pionnières ? Ont-elles glissées dans l'oubli justement à cause de leur écriture par trop banalisée de petits pavillons de banlieue ?

Non ! Au contraire ! On trouve facilement des infos et même une très belle promenade à faire pour aller à leur rencontre. Ouf ! Pour ma part, j'ai fait la visite depuis ma Google Car...Et c'est aussi très amusant de chercher ainsi dans les rues de Migennes-Laroche et de retrouver exactement les maisons que nous avons en cartes postales. J'ai mis une heure pour ma promenade. On est surpris par le fait que l'on reconnait rapidement sur ces façades l'écriture du Système Bérard faite de plaques et de raidisseurs verticaux et horizontaux. Les angles droits sont arrondis. On remarque aussi que Bérard aimait les grandes ouvertures verticales, il aurait plu à Auguste Perret ! On reste circonspects sur l'avenir de ces constructions, certaines sont déjà abimées par l'isolation extérieure. Va-t-on vers une protection globale de ces maisons qui sont d'un intérêt patrimonial de premier ordre ? Les propriétaires et habitants sont-ils suffisamment informés de l'importance de leur bien ?











Donc si vous aimez l'archéologie du béton armé il vous faut prendre votre auto et faire le pèlerinage vers Migennes-Laroche dans l'Yonne. Vous savez dans l'Yonne il y a aussi le centre commercial de Claude Parent. L'Yonne ? The place to be pour les Aficionados du béton armé ?
On pourra aussi s'amuser à admirer la collection incroyable de clôtures en béton des années 20 à 30 que l'on voit autour des jardins dans cette ville ! Un véritable musée à ciel ouvert !

Je me pose la question de l'héritage de ce Système Bérard dans l'histoire de l'Architecture. Ce goût pour des plaques de ciment glissées dans des armatures et fixées par des clefs et un coulage léger fait penser à Marcel Lods par exemple. Comment ce Système Bérard fut diffusé ailleurs que par les cartes postales ?

Au nombre assez impressionnant de constructions à Migennes-Laroche, on peut dire que Mr Vertu et le Système Gérard ont bien réussi ! Est-ce que ce Mr Vertu avait avec l'inventeur du Système Bérard des relations particulières ? Et pourquoi c'est ainsi à Migennes-Laroche (et pas ailleurs?) que ce Système Bérard a trouvé son expression ? Existe-il des constructions avec ce même Système Bérard dans d'autres lieux ? Et, au-delà de la construction de maisons et villas, ce Système Bérard a-t-il permis l'édification d'autres types d'architecture ?
Oui ! Notamment une église à Rungis !

Il nous faudrait un jeune étudiant ou une jeune étudiante en Histoire de l'Architecture pour fouiller cette question. Quelle médiation est faite sur place pour signaler et protéger ces constructions ?

On espère donc que ce Patrimoine trouvera l'occasion d'études et d'une protection sous la responsabilité des autorités municipales, régionales et nationales en charge de sa protection...On croise les doigts !
Vous pouvez vous rendre là :
On m'indique que Migennes-Laroche se dit aussi parfois Laroche-Migennes...











On vous glisse une pépite moderne, c'est cadeau :


mardi 10 juin 2025

Brutalisme en réunion

Vous ne pourrez pas me dire que vous en avez assez de voir les cartes postales que je vous propose ce matin car, le moins que l'on puisse dire c'est que la localisation concernée est rare dans ma collection. Nous allons en effet faire un petit tour sur l'Ile de la Réunion !
Le plus étonnant c'est que nous allons y rencontrer un architecte que nous aimons bien sur ce blog et que nous avons croisé souvent : Jean Hébrard. Franchement, je ne m'attendais pas à le retrouver là mais il fut bien un acteur très important de la Modernité sur l'Ile de la Réunion  et c'est heureux pour elle car il y a fait du beau travail.
Donc, dans un petit lot de cartes postales acheté hier à Rouen, je tombe sur ça :



Il s'agit du Palais du Conseil Général à St Denis que l'on trouve aujourd'hui plus facilement sous l'appellation "Palais de la Source". La carte postale est une édition Hachette qui ne nomme ni son photographe ni l'architecte. On note que rien dans cette photographie ne signe un quelconque exotisme à part quelques palmiers au pied du bâtiment. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis cru à Mériadeck. La photographie est marquée par un premier plan très ombré, très sombre qui ne laisse que peu de chance à la construction de s'exprimer pleinement. Mais l'expressivité passe tout de même avec une belle grille sur la façade de la petite tour au fond et bien entendu le traitement très brutaliste de l'amphithéâtre au premier plan. Tout cela a fait vibrer ma pulsion d'achat !
Il me fut assez difficile de retrouver des infos sur ce bâtiment sans doute à cause du changement de nom mais c'est vrai aussi que peu de choses sont lisibles sur le Modernisme en Architecture sur ce territoire. Il faudrait un guide.
Donc les recherches me mènent sur la piste de Jean Hébrard qui fut l'un des architectes du Temple de Royan mais surtout que nous aimons ici pour l'iconique V.V.F Belambra de Anglet, la Chambre d'Amour dont nous chantons la beauté depuis...oulala...longtemps ! (2008...)
Vous trouverez sur cette fiche très bien faite toutes les informations sur ce beau bâtiment :
Mais pas grand chose d'autre...
On retrouve facilement le bâtiment sur Google map sous un ciel bien peu radieux...



Dans le même ordre d'un beau modernisme au bord du brutalisme, l'autre carte postale nous montre cette fois à St-Pierre un magnifique Hôtel des Postes et Télécommunications. Comment ne pas, chez nous, ici , sur ce blog, tomber immédiatement amoureux de cette belle machine ! On aime beaucoup l'épaisseur de ce gros bourrelet de béton presque aveugle et le très beau dessin en contraste du petit volume venant s'y coller. Les pare-soleils font le travail d'animation. Regardez bien les détails, par exemple, comment les évacuations des pluies sont dessinées. Tout cela est superbe mais...je fais chou blanc...
Je ne trouve rien sur le ou les architectes de ce très beau bâtiment. Faut-il y voir là aussi l'écriture de Hébrard ? Qui m'aidera ? 
Aurions-nous des lecteurs et lectrices sur l'Ile de la Réunion ?
On pourrait un peu vite penser à Jean Bossu mais sa Poste à lui est à St-Denis pas à St-Pierre...
J'y vois (ai-je tort ?) l'influence d'un Wogenscky.

On notera que la Cité de la ZUP IV toujours à la Réunion et toujours par Hébrard et Dabadie a obtenue le Label Patrimoine Architecture Remarquable. Allez voir ici :

Pour retrouver et voir Jean Hébrard à Royan et ailleurs sur ce blog :
Etc...etc....


dimanche 6 avril 2025

Bel air et désir d'un dimanche d'Art Sacré

 Mon frère Christophe aime aussi me ramener de ses promenades sur des foires à tout quelques images glanées pour moi. Je n'ai donc même plus besoin de me lever tôt pour ramener sous vos yeux quelques belles cartes postales d'architecture moderne. Quelle chance !

Alors comme je ne maitrise pas les choix qu'il fait pour moi, les cartes arrivent dans des ensembles un peu disparates constitués par ce que mon frère croit (justement) être mes désirs d'images. C'est toujours intéressant de ce voir ainsi imité.




Dans ce petit paquet de cartes postales, j'ai envie de commencer par cette belle barre à la grille magnifique dont le désir de crier sa modernité est poussé dans une forme de paroxysme allant de la belle typo du nom de l'Hôtel Bel Air au bleu d'un ciel un rien forcé. Magnifique lumière. Malheureusement, pour l'instant, je n'ai pas trouvé le nom du ou des architectes de cette merveille moderniste, affirmant avec force son ambition d'être dans un style international bien reconnu. On aime que la façade de verre soit absolument et parfaitement occultée par tous les rideaux tirés. Un désir du photographe ? Pas de nom d'architecte donc, pas plus de nom de photographe, il s'agit d'une édition Anjalik Giftshop. Mais où vais-je ranger cette carte postale ?


D'un tout autre programme, voici donc une très belle carte postale d'une église, celle de Caudan dans le Morbihan dont nous connaissons au moins l'un des architectes. En effet, cette église est signé de : Guillou et Lindu. Tout est à l'unisson d'une image parfaite : modernité tranquille d'une église qui laisse son toit se poser sur le sol, couleurs pastels adoucies et tendres (le champ élargi du bleu et du gris), silence de l'espace vide. Comment ne pas tomber amoureux immédiatement de cette belle carte postale des éditions France Publicité qui ne nomme pas son excellent photographe.

Vous trouverez toute l'histoire de ce magnifique lieu d'Art Sacré ici : https://www.paroisse-caudan.fr

Pour finir sur une très belle note de béton comme on l'aime ici :


L'église St-Désir de Lisieux est l'oeuvre de rien moins que Robert Camelot, architecte. Les vitraux sont de Max Ingrand. On remarque que cette carte postale est cadrée dans la verticale pour une construction tout en longueur, comme si le photographe voulait lui redonner de l'élan. Comment ne pas tomber sous le charme de ce très beau bloc parfaitement dessiné jouant des occultations et des fermeture et dont l'épiderme de béton brut fait toute la radicalité. Cela me donne furieusement envie de retourner à Lisieux pour l'explorer ! Il fait...beau...

On note une chose étonnante : le premier plan ! Regardez cette petite troupe d'animaux en faïence posés sur le gazon...j'avoue ne pas bien comprendre leur présence, leur rôle, leur sens. Cette très belle architecture est donc servie par un bon éditeur : Alfa.



Pour revoir le travail merveilleux de Robert Camelot sur ce blog :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/05/en-cachan-un-beton-technique.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/ronds-scolaires.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/a-st-martin-lecole-est-bienfaite.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/03/affaire-non-classe.html

https://archipostcard.blogspot.com/2012/11/le-lievre-et-la-tortue.html

https://archipostcard.blogspot.com/2010/11/altra-au-sicob.html

etc.....

vendredi 23 juin 2023

Le Brutalisme de pacotille d'un tsunami breton



Dans le mouvement général voyant dans tout voile de béton courbé et mur aveuglé un brutalisme récemment réinventé, on peut dire que trainent des icônes maintenant admirées, comme si la Grande Motte et son retour d'affection avaient essaimé des miettes partout sur le territoire.
La Grande Motte est bien devenue le mètre-étalon du bétonnage bon chic bon genre dont le répertoire formel passe maintenant à la postérité sans toujours le génie de ce lieu. Il était temps et on s'en étonne même encore un peu.
Alors voilà, la série de vagues de Mazy de Pierre Doucet à la Baule, si elle n'est pas en passe de devenir à cause de la pauvreté architecturale de sa conception, une pièce essentielle de l'architecture moderne ou contemporaine, elle est bien en passe, par contre, de devenir une icône pour Instagram ou excités du bocal vintage. Oui, oulala, que c'est marrant et typique cette architecture ! Oui, oulala que c'est osé, curieux même un peu moche... Oui, oulala qu'est-ce qu'on aime ça contre le monde entier du bon goût d'un régionalisme bretonnant.
Comment résister en effet au dynamisme de l'ensemble, à la volonté bien plus sculpturale qu'architecturale de ce mur devant la mer ! Un peu comme Grandval et ses choux si iconiques et pourtant si pauvres, les vagues de Mazy de Pierre Doucet seront bien des codes visuels, des logotypes de la Baule, des machins graphiques pour faire passer la pilule des années Giscard, de la mort des années 70 trop riches, trop secouées, trop démentes.
Vas-y Coco ! Mets-moi du Plexiglas fumé sur les balcons, des grands cercles sur les façades aveugles pour les décorer ! Vas-y Coco, ripoline-moi tout ça en tons grège, en marron glacé, en beige sable ! Vas-y Coco, fais-moi un belle barre avec gel dans les mèches pour la coiffer ! Faut qu'on soit ébouriffés, on est au bord de mer, Bordel de merde !
Est-ce que l'hédonisme excuse tout ? Sans doute. Et, rassurez-vous, je les aime bien ces machins architecturés un rien surjoués. Pour ma part, je trouve que ça manque gravement de massivité, que les voiles sont trop fins, que les pointes sont comme des morceaux découpés dans du balsa. J'aimerais voir l'arrière de ces barres.
Ba voilà...Y a rien à dire... C'est moche.



On assiste donc bien à une image, pas à une architecture. Rien n'est ici réglé d'autre que la superposition d'appartements onéreux avec façade sur mer et avec un petit effort pour un style communicationnel et sans doute publicitaire.
"Habitez la vague !"
"Vue sur mer depuis votre balcon comme sur un navire"
"Ne regardez plus la mer, habitez-la !"
Des conneries comme ça, sans doute imprimées sur un catalogue de promoteur roulant en Cx Citroën intérieur cuir ou dans les pages pub du Figaro Madame.
Cette architecture sera donc sauvée par le biais de sa forme un peu rigolote, un peu originale, marquant son époque. Pourquoi pas d'ailleurs, ça compte aussi. Ce n'est pas pire que les délires tarabiscotés et hétéroclites du style balnéaire du début du XXème.
On verra comment l'écologisme, la montée des eaux, l'air marin permettront ou pas à ce type d'écriture de tenir le cap et de ne pas subir l'épaississement par l'extérieur... Ça risque d'être sauvage pour  le syndic des vagues de Mazy ce XXIème siècle...
Pour l'instant, rien n'a bougé.
La carte postale est une édition Yvon datée de 1979 mais de 1982 par l'expéditeur. On en remarque les couleurs saturées, l'importance du bleu, les points rouges des autos.
C'est beau.
Mais qu'est devenue la petite sculpture d'entrée visible bien à gauche sur la carte postale ?


mardi 21 mars 2023

Le Corbusier Faire/Voir ?

 Est-ce qu'à force de vouloir tout montrer des spécificités d'un espace, de sa satanée révolution, on ne finit pas par en épuiser les lieux et ridiculiser son sens ?
À vouloir mettre dans toute question architecturale une réponse originale (et qui crie son originalité), n'épuisons-nous pas le message de cette transformation ?
On pourrait bien se demander cela en regardant les quelques cartes postales qui suivent.


On peut en effet se demander quel sens pouvait avoir d'envoyer et aussi de recevoir une carte postale représentant une cuisine, cuisine qui depuis ce point de vue ne dit pas grand chose finalement de sa révolution spatiale. Elle apparait petite, tassée, comme un recoin, sans ouverture, tout ce qui tombe sous l'oeil n'est que placards et pans de mur. Depuis ce point de vue, rien de la révolution supposée de l'espace ouvert n'apparait. Il faut connaître le lieu pour y reconnaitre ce qui le caractérise. La carte postale de la cuisine de la Cité Radieuse ici pourrait même effrayer devant sa minuscule taille où certes tout est à distance du bras tendu mais où justement la taille de l'espace n'est déterminé que par cette distance. Le corps devient un pivot sous lequel tombent toujours instruments, placards, fluides. Le corps apparaitra comme submergé par les outils de la cuisine car même l'ouverture à peine visible sur ce cliché ne peut contrarier ce sentiment d'objectivation du corps ici au travail. On note que l'éditeur (sous l'impulsion de qui ou de quoi ?) précise au dos de la carte postale : "véritable petit laboratoire complètement équipé"
On s'amuse aujourd'hui de lire ainsi la fonction de faire la cuisine et des repas reliée à un autre monde. Faire la cuisine et nourrir la famille serait donc uniquement une fonction utile, pratique, scientifique pour laquelle tout devrait être orienté, produire une efficacité parfaite. Le cuisinier ou la cuisinière est donc un laborantin ou laborantine exécutant une tâche et non une certaine idée du partage. Il faut exécuter cette tâche finalement en rêvant de l'achever au mieux, rapidement, sans que la participation, l'improvisation, le génie de l'économie ou même du spectacle de la cuisine soient à l'oeuvre. On notera que cette carte postale fait le choix de ne pas animer le lieu par les patriciens à la différence de celle-ci :
Est-ce qu'ainsi, vidée, la pièce serait plus encore dans l'ordre froid de sa fonction et moins de son ergonomie ? Aucun des placards de Perriand ne sont ouverts, aucune épluchure de patate sur l'évier, aucune soupe en train de mijoter. Même si cela peut paraitre étonnant, je pense pourtant qu'il s'agit bien de la cuisine de quelqu'un, que nous ne sommes pas dans un appartement témoin. Quelques indices trop étranges servent ma certitude : le choix de certaines vaisselles et les objets posés sur le si célèbre...passe-plat...
On imagine la mise en place avec les habitants, les choix de vider le lieux, de le ranger, de le briquer : tout brille sous le flash du photographe des éditions Ryner. Mais ce n'est pas là non plus le signe d'une mise en scène dictatoriale décidée par l'architecte, c'est un accord entre le commun et le général, entre le type et la vie. Faire voir. Faire/Voir
On a perdu aussi le coté ludique de la cuisine presse-bouton de Madame Arpel. Ici, la cuisine-laboratoire n'est pas une cuisine-cockpit de fusée spatiale.
On notera la seule fierté technologique de ce laboratoire : le petit électro-ménager posé ostensiblement sur le plan de travail mais même pas branché.






Ce désir de projeter partout l'absolu de la beauté, sur tout objet, toute fonction pourrait donc bien être un rien épuisant, si ce n'est ridicule, un peu comme un restaurant en forme de canard sur le bord de la route. Pourrait-on donc oser dire qu'il était bien inutile de vouloir faire du beau avec le collecteur des déchets de la Cité Radieuse ? À quoi donc pouvait bien servir cette gesticulation esthétique sur un objet si pragmatique ? Quelle peur cela tente d'effacer ? Pourquoi donc vouloir faire de cet objet une sculpture ? C'est sans doute là la preuve que Le Corbusier n'est pas tant que ça un brutaliste préférant faire disparaître  une fonction sous la coquille d'une esthétique. 



Ou, avec humour, Le Corbusier et ses collaborateurs, auront voulu nous faire un pied de nez. Le retournement de sens de l'objet devenu le plus sculptural de la Cité Radieuse (sculptural au sens que sa fonction est largement dépassée par son esthétique) sera le point d'étonnement de tout visiteur voyant là le degré d'attention au maximum pour l'un des objets dont la fonction est la moins ragoutante. Ah ! Même là, le Maitre a posé sa patte, son style ! Quel sens du beau ! Quel attention portée à tout même à ce qui, finalement, ne le réclame pas vraiment ! 
J'aime infiniment ce petit bunker, ce petit caillou arrondi comme un galet sur lequel une feuille de béton est venue faire de l'ombre. Le gardien de la Cité Radieuse devait aimer se rendre dans cette petite chapelle des ordures de la Cité Radieuse, faisant du cheminement des poubelles de la Cité vers la rue, une sorte de pèlerinage joyeux... Quelle ode au beau partout disponible, partout nécessaire, partout aveuglant. Tromper la fonction par l'esthétisme trop marqué est-ce la le dernier ressort de séduction du fonctionnalisme ?
Et surtout, comme preuve de cette réussite, voilà même que, devant tant d'étonnement et de beauté, le désir d'en faire une image, une carte postale devient presque normal. Car pour quel autre bâtiment, le collecteur des poubelles mérite-il donc ainsi d'être montré et diffusé ? Et si la folie du Fada était justement démontrée par ce désir incontrôlé de voir partout des objets nécessitant l'amourachement de l'esthétique ? Trop en faire pour Faire/Voir.

Et les Aficionados repéreront aussi les lampes en béton dans les allées : tout à l'unisson de la surprise du beau.
Mais ne vous y trompez pas : j'aime cela. Je dois même dire que cela m'est nécessaire. Car, justement, cette surcharge d'attention esthétique est ce qui définit le mieux Corbu. Aimer tout, aimer faire de tout un geste, une chance. 
Avoir de l'égard. 
Et si on aime aussi son génie quand il s'exerce sur le pragmatisme moral des défauts (le banchage qui déborde) on peut aussi voir dans de tels gestes, presque inutiles (certainement inutiles) sa puissance poétique car alors c'est l'autonomie du sentiment esthétique qui prend le dessus et c'est bien là l'une des parts importantes de l'architecture. C'est pour cela que les détracteurs de Corbu n'ont rien compris : son fonctionnalisme n'est pas une réduction ni un maniérisme mais il est le socle à un autre ordre du Monde, celui de la poésie, de la beauté,  au bord oui, et c'est certainement étonnant de l'entendre pour Corbu de l'inutile. Ce qui fait la différence entre l'ergonomie et le geste.

Pour revoir la cuisine chez Corbu :

Pour comprendre le dépassement du fonctionnalisme :

dimanche 11 décembre 2022

Des cloches et des lapins, pourtant ce n'est pas Pâques chez Corbu



Vous admirerez sans doute comme moi cette belle vue contrastée d'un immeuble moderne en béton brut. Vous lui trouverez une forme abstraite, un contraste appuyé pour ses cellules de vie, quelque chose de radical que l'on aime tant dans les beaux immeubles d'habitations de nos chers architectes du Vingtième Siècle.
Pourtant, vous auriez bien tort de vous réjouir trop vite.
Ce que vous voyez-là n'est pas une expérience d'architecture préfabriquée pour nous les hommes et même si on pourrait, après tout, y trouver de l'intelligence constructive dans sa préfabrication, ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas d'une habitation mais bien d'habitations pour les...lapins.
Cette carte postale est bien une manière pour l'entreprise Venot Père de faire la promotion de ses clapiers à lapins démontables en ciment armé. Et la proximité plastique et peut-être conceptuelle entre ces clapiers et des appartements raconte sans doute quelque chose. La préfabrication lourde et le chemin de grue ont en effet dans le langage populaire et moqueur souvent été comparés à la fabrication de clapiers...
Pour ma part, j'y vois à la fois une mauvaise lecture des qualités et finalement, une certaine logique que l'on pourrait retourner contre les moqueurs : construire solide, pas cher, rapidement des espaces de vie bien conçus et fonctionnels. Quoi redire à ça ? Une leçon à reprendre aujourd'hui ?
Allez...Laissez-vous faire...




Mais voici une autre belle carte postale de l'architecture moderne et de Le Corbusier. On a déjà souvent évoqué ici ce lieu rare et parfois maltraité qu'est la péniche Louise-Catherine de l'Armée du Salut, péniche en béton dont les aménagements intérieurs ont été conçus par Corbu.
A-t-elle été renflouée ? Restaurée ? Aimée à nouveau ?
Quel programme à venir pour ce lieu exceptionnel ?
Mais voici une bien belle carte car elle est très animée de ceux qui, justement, en sont la raison : les clochards de Paris comme on disait alors, voire mêmes les cloches. Aujourd'hui on dirait les sans-abri. Gentiment alignés devant le photographe avec quelques autorités, ils attendent le droit d'aller retrouver les lits juxtaposés et installés entre poteaux de l'architecte. Ce document est à la fois touchant et un rien voyeuriste. Comment savoir si cette prise de vue servant à promouvoir l'Armée du Salut a laissé la chance à ces hommes de refuser la photographie au risque de ne pas pouvoir dormir à l'abri. Qu'ont-ils pu faire ensuite de leur image ainsi diffusée et que saura-t-on de leur histoire ? Rien, je pense. La carte postale ne permet même pas de comprendre les aménagements de Le Corbusier dont le nom ne figure pas sur la carte postale. On sait pourtant comment il défendait la représentation de ses oeuvres, bonnes oeuvres également ?


Pour finir, le voilà le clapier magnifique ! Qui peut encore ainsi faire comparaison ? 
Ce paquebot (pensée positive) ce monstre de béton (pensée négative) ce clapier donc est d'une poésie superbe et décidée. Il est une réponse juste, honorable, en tout cas attentive à ce que l'époque (mais non mais non pas l'ordre...) réclamait alors. Une réponse au mal-logement.
Doit-on encore ici en nommer les richesses ?
Je crois que ce n'est pas nécessaire.
Ici il s'agit d'une édition Iris spéciale pour la Maison de la Culture de Firminy. Comme l'immeuble de Le Corbusier a l'air seul sur la rondeur de sa colline ! 
Je n'ai rien à ajouter.
Ah si...

lundi 7 novembre 2022

Archétype malheureusement, Patrimoine évidemment

Dans un siècle ou deux, on regardera ce genre de cartes postales en tentant d'en comprendre le surgissement dans le quotidien des personnes. Quelques universitaires zélés formeront des commentaires sur le dégoût, sur l'erreur urbaine, sur l'architecture de béton polluante, sur la défaite des utopies.
Certains d'entre eux, peut-être, tenteront de relativiser ce constat et peut-être même que cet archétype du surgissement des Grands Ensembles sera aimé comme une chose étrange, une curiosité. Peut-être qu'un effort d'analyse aura été produit pour que, finalement, on puisse le regretter, le sauvegarder, tuant ainsi la nostalgie appliquée trop rapidement sur des objets trop proches.
L'Histoire sera passée et qui sait ce qui sera passé avec elle.
Il y aura alors des exemples, des étonnements que tel ou tel grand ensemble ait pu survivre aux politiques de réaménagement du territoire, aux politiques sécuritaires et écologistes qui auront agi de concert pour crier l'inadaptation à la vie contemporaine de ce genre architectural. Un genre architectural qui aura pourtant été un modèle, un esprit, une tentative et surtout, surtout pour une grande part une vraie réponse.
De quoi sera fait dans deux cents ans le logement social ? De quoi sera faite l'architecture collective, le mal logement ? Et sur quel modèle ancien les nouveaux architectes s'appuieront ?
Continura-t-on à nommer les terroristes des activistes du climat ?
Seront-ils des vieux sages qu'une jeunesse amourachée prendra pour des gourous et des anciens combattants ? Qui posera des fleurs naturelles sur les pieds de la statue de bronze de Laurent Fabius et de sa copine Greta en lieu et place d'une statue de Napoléon ?
Le souci avec les archétypes, avec les modèles c'est qu'ils sont communs. C'est pourtant bien ce commun qui fonde l'imprégnation dans l'histoire. Le Patrimoine ne devrait pas souligner l'exception mais bien aussi le commun partagé par une époque comme un modèle bon ou non d'ailleurs. Le Patrimoine est aussi fait des multitudes des échecs ayant justement et étrangement survécu.
Alors, en regardant ces deux cartes postales, cet historien du Temps Prochain, ce Volodine du réel verra-t-il la tendresse de la correspondance qui s'y attache ? Verra-t-il les hésitations de l'éditeur qui nomme parfois ZUP ou Résidences ce même morceau d'urbanisme ? Verra-t-il qu'entre les deux clichés le quartier a poussé, que des immeubles sont venus rejoindre les autres et que cela raconte l'histoire du parcellaire et le contact entre des types différents d'habitat ?
Cet historien sera-t-il encore sensible à la grande beauté des châteaux d'eau, au plan orthogonal des espaces, au dégagement de ces espaces, au prospect sans ombre projetée sur les barres ? Aura-t-il lu l'excellent ouvrage de Bruno Vayssière ? 
Et surtout, notre historien des Temps Futurs pourra-t-il aller sur place voir ce qui reste de cet archétype ? Sera-t-il comme dans Akira équipé d'une moto puissante ? Viendra-t-il, toute morale respectée, en vélo cargo électrique ? Peut-être que cet historien s'étonnera qu'à cette époque on puisse par deux fois prendre un avion à essence pour survoler un quartier et en faire des images sans que le bilan carbone de ce choix éditorial ne soit critiqué par personne ?
Peut-être rira-t-il de mon article avec ses copains sur les bancs d'une Fac virtuelle ou l'orthographe sera abandonnée au profit d'un esprit de liberté créative sans assignation de genre, de race mais ayant maintenu malgré tout l'assignation sociale qui permet finalement toujours aux cadors de tenir dans leurs mains la richesse d'un monde violent ?
Peut-être que finalement, ce quartier de Bihorel sera devenu totalement inaccessible, devenu une forteresse, un espace ségrégué et abandonné ou la nuit noire sans éclairage publique polluant servira les trafics les plus illégaux : cigarettes, vielles revues féminines devenues interdites, jouets genrés, viande. Comme dans Soleil Vert.
Aujourd'hui la protection des architectures du Vingtième semble vouloir s'orienter sur le Patrimoine Fun et rigolo, sur les exceptions luxueuses, sur les machins étranges et hors norme, or, justement c'est la norme qu'il faudrait aussi protéger, celle qui a fondé dans le réel des archétypes de paysages aujourd'hui menacés, reniés, accessoirisés et détruits. Vous me direz que même les incroyables exceptions le sont aussi. Comme vous avez raison.

Les deux cartes postales sont des éditions Combier. Pas de nom d'architecte ni de photographe.






lundi 24 octobre 2022

Tous mes idéaux des mots abîmés

Cela fait donc un mois maintenant que j'ai publié le dernier article. Et, malgré les demandes de scans, d'autorisations d'utilisations de mes cartes ou de documents du Fonds Lestrade que je reçois tous les jours, la fréquentation du blog ne fait que chuter. 
Vous me direz, il n'y a pas grand monde non plus pour écouter les Chroniques Corbuséennes et en faire un retour critique. Bref, ça sent mauvais.
Au moment-même où le tri de l'histoire semble accorder surtout aux icônes pop de l'architecture un regain d'intérêt, le reste de la production des Trente Glorieuses peut mourir toute seule sous les coups d'une structure républicaine de la défense du patrimoine qui regarde ailleurs (la carrière) et d'une politique de la réhabilitation qui est surtout une excuse pour accuser l'Architecture de cette période d'être inapte aux temps nouveaux des gourous de l'écologisme, des économies énergétiques. Viendra bien un jour un crétin ou une crétine (ne jamais oublier tous les genres) pour m'expliquer que refuser l'isolation par l'extérieur à un immeuble moderniste au nom du Patrimoine c'est être un complice de Poutine.
Alors quoi faire, quoi dire, quoi écrire ?
Je me suis pourtant lancé dans une dernière croisade (attention référence réactionnaire) pour tenter de mettre en lumière une résidence de Louis Miquel dans ma commune. Faut bien poursuivre nos rêves et puis on ne sait jamais, sur un malentendu politique et culturel, on pourrait bien y arriver.
On va bien maintenant en pélerinage sur les ruines de Port Leucate où pourtant il ne reste plus grand chose à sauver. Ça doit donner bonne conscience à certains (ou certaines) cette réhabilitation de ce qui n'existe plus depuis 10 ou 15 ans... Héroïsme du regret, du retard, du rebours. Ah... Si seulement... Ah... si on avait su... Ah si on s'était battu....
Trop tard Port Leucate.
Trop tard la Maison du Peuple de Clichy ?
Trop tard la Butte Rouge ? 
Alors voilà une carte postale du temps jadis, du temps où la Modernité pleine de naïveté, de courage, de politique de logements décents pour tous proposait une forme, une solution, un esprit radical.
Plus grand monde pour l'aimer même pour le critiquer scientifiquement. On balancera sur ce grand ensemble tous les qualificatifs habituels du "bétonnage", des cages à lapins, de l'orthogonalité sévère des régimes totalitaires, de la disparition de la ville, de la poétique petite bourgeoise de la rue et son retour par la végétalisation sociale démocrate.
Pour ma part, je regarde cette carte postale.
Et je défendrai toujours et encore cet ordre-là. Oui, cet ordre-là.


Blanc-Mesnil, Cité des 4 Tours, édition Abeilles-Cartes pour Lyna, expédiée en 1972.




vendredi 2 septembre 2022

Une semaine avec Perret, complément en retard

Quand on se donne un programme c'est bien de s'y tenir mais c'est bien aussi, si une occasion se présente, de le faire déborder un peu.
Voilà donc un petit complément à la carte postale de la pose de la première pierre de l'église du Raincy par les Frères Perret. Elle donne des réponses à certaines interrogations soulevées dans l'article précédent, enfin, je crois :



Comme nous sommes plus proches des acteurs de cette manifestation, on peut un peu mieux lire le moment et surtout les détails. On voit bien cette fois les curés, les enfants de chœur et surtout un groupe de messieurs bien mis, sérieux, presque tous pareillement habillés. Malheureusement, on ne peut pas savoir qui ils sont et donc savoir si les Frères Perret seraient dans ce groupe. On s'amuse aussi du terrain retourné, boueux redonnant enfin le vrai sens premier au mot béton. Des planches sont d'ailleurs disposées pour faire un chemin que les curés et enfants empruntent pour ne pas salir leurs vêtements et chaussures. On ne comprend évidemment pas à quel moment nous sommes de la cérémonie de pose de cette première pierre que d'ailleurs on ne voit pas ! Mais où est-elle ? Et de quoi est-elle constituée ?
Par contre, on retrouve bien ces petit dômes de bois, l'un sur lequel sont posés les messieurs et les autres au fond de la carte postale en haut à gauche. Il ne fait maintenant aucune doute qu'il doit s'agir de coffrages. On note le petit appentis au fond dans lequel sont rangés quelques outils et ce qui ressemble à des briques creuses.
La carte n'est pas écrite, pas datée. Nous serions le 30 avril 1922.
On devine aussi que le photographe surplombe tout le monde et je me demande encore sur quoi il est juché ainsi pour dominer l'événement. Une échelle ? Car il est tout de même au milieu d l'événement et il a bougé depuis le premier cliché... Et pourquoi avoir choisi cet instant précis ? Les enfants de chœur sont en plein chant. Nous aussi.







mardi 30 août 2022

Mes adieux à Royan

Encore un été où je ne serai pas allé à Royan. La plus belle ville du monde s'éloigne de plus en plus et ce n'est pas les routes qui se dégradent c'est le prix de l'immobilier qui devient fou.
Il y a donc un moment dans la vie où il faut se résoudre à comprendre que malgré le travail que l'on a effectué sur son histoire, que malgré les attaches familiales qui vous lient à elle, une ville ne vous appartient plus, vous tourne même le dos ostensiblement pour vous dire que vous ne la méritez plus. En fait, il y a donc des lieux où habiter veut dire autre chose que les aimer et les comprendre.
La promesse que je m'étais faite à l'été de mes douze ans sur la plage, cette promesse essentielle et qui a certainement fondé plein d'autres choses que je suis devenu maintenant, une promesse constructive donc, je me dois maintenant, aujourd'hui d'y renoncer.
Est-ce grave ? Certes non mais c'est au mieux triste, c'est aussi le ferment bien puissant d'une dépression en attendant que cela tourne en colère.
Je ne vivrai pas dans l'espace que j'ai appris à définir, dans celui que j'aime, dans celui qui fut le moteur de beaucoup de mes joies intellectuelles et points de vue que vous lisez sur ce blog.
Faut-il vraiment habiter ce quelque part pour que ce lieu vous appartienne ? Ou, mieux, faut-il vraiment habiter un lieu pour que vous lui apparteniez ? Finalement, si j'en crois mon ressentiment : oui.
Car ce qui remplace cette promesse c'est un point fixe, un retour, une indigénéité peu amène de me consoler puisqu'elle sonne comme, non pas un retour aux sources, mais comme une glue, comme si mon envol était contrarié par mes pieds pris dans le béton. Un poids donc.
Chaque fois que je trouve une carte postale sur Royan aujourd'hui, je ressens ce poids, je revis cet échec. Je sais que ces cartes postales ne seront plus des promesses mais des pis-aller, des écrans à une dépressive nostalgie, la pire, celle du ressentiment donc et aussi, je l'avoue, d'une forme d'injustice qui fonctionne par le pouvoir d'achat et non par le pouvoir d'aimer.
Parfois, je m'en veux même d'avoir popularisé cette ville, de l'avoir rendue attrayante, d'avoir trop chanté sa beauté. C'est ma calanque de Marseille à moi.
Je vais tout de même continuer de vous montrer des cartes postales de Royan. Je vais continuer d'y croire, de faire marcher ma lanterne à projections intérieures. Je voudrais fondre sur la ville comme les bombes en 1945.
J'ai, je crois maintenant, bien fait de donner ma collection de cartes postales de Royan aux archives de la ville. Aujourd'hui je n'y arriverais plus, je n'en aurais certainement plus la force à moins que, surtout, en lieu et place d'un sacrifice cela serait perçu pour moi aujourd'hui comme un abandon.
Voilà donc ce qui s'apparente à un relevé de compteur. Le compteur des jours heureux que j'aurais dû y vivre :



Je commence par cette carte postale des éditions Cap très abimée mais qui possède un puissant détail : Notre-Dame y est en chantier. On note aussi que le Portique est encore présent qu'il n'a pas été détruit par l'équipe municipale stupide de l'époque mais il sera un jour reconstruit ce portique, je vous le promets. Pour info, cette carte postale fut expédiée en 1958.




Poursuivons avec cette carte postale moins commune d'un morceau de la rue Gambetta par les éditions d'Art Videau. La ville est à son apogée, tout y est encore beau, de cette beauté de la rigoureuse et moderne Reconstruction.




Encore un beau morceau de ville avec cette carte postale des éditions de l'Europe expédiée en 1961. Notre-Dame est achevée mais on note que le chantier de la barre de Foncillon, lui ne l'est pas. Petite précision postale pour les collectionneurs, cette carte fut tamponnée avec une représentation du Palais des Congrès pour un salon international des fleuristes !





Et voilà la plus belle ville du monde depuis son ciel. On peut facilement en comprendre le plan d'urbanisme et sa grand clarté. La Poste n'est pas encore défigurée. Une très belle vue aérienne des éditions Berjaud.




Voilà le Portique ! Comment a-t-on pu croire que c'était une bonne idée de détruire ça, faut-il être con mais con. C'est n'avoir rien compris au sens de la ville, à son dessin, à la construction d'un chemin de vision sur la ville et la mer. Au fond, on devine le marché encore en construction et l'ancien centre commercial provisoire. Une magnifique édition Combier.




Et dans l'autre sens, ça donne ça ! Le marché est achevé, sa blancheur fait toute l'image de cette carte postale Artaud pour Gaby. On connait le nom du chanceux pilote photographe : Michel Le Collen ! Quel veinard vous faites ! La carte fait l'effort de nommer l'un des architectes du marché : Monsieur Ursault.




Redescendons et retrouvons le marché grâce à cette carte postale des éditions de l'Europe. Rien à ajouter que le frottement de l'horizon sur le haut des courbes.




Voilà la Poste au temps de sa gracilité. On note que le photographe a pris un peu de hauteur depuis les appartements en face. Il va ainsi chercher Notre-Dame au bout de la courbe. C'est malin. Cela permet aussi de bien comprendre le rôle urbain de ce morceau d'architecture séparant le balnéaire à gauche de la ville à droite. 




Jour Nuit sur le casino disparu. Massacre patrimonial organisé par Monsieur Jean-Noël de Lipkowski maire alors de Royan. Une faute très grave, très très grave de ce monsieur qui restera dans l'histoire surtout comme le destructeur d'un des plus beaux morceaux de sa ville. On a la postérité qu'on peut Monsieur de Lipkowski.
Le jour c'est une édition Théojac, la nuit c'est une édition du célèbre Monsieur Chatagneau. Où sont vos archives Monsieur Chatagneau ?

Pour finir avec une note optimiste :