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samedi 15 août 2026

Pierre Jeanneret à Chandigarh et finalement chez Noz

 J'ai hésité à vous donner à voir cette carte postale. Non pas que son objet ne soit pas intéressant (bien au contraire), non pas parce qu'il ne s'agit pas d'un lieu et d'une architecture en France mais simplement parce que cette carte postale est particulièrement mal imprimée. Ça pique un rien les yeux.
Pourtant nul doute que nous sommes bien quelque part d'intéressant et même d'important dans le siècle dernier car nous sommes en Inde à Chandigarh exactement devant le très beau et spectaculaire Gandhi Museum que l'on doit à Pierre Jeanneret.
Le contraste entre la pauvreté éditoriale et le luxe des formes de l'architecture me fait penser à ces cartes postales de la période soviétique où le brutalisme le plus échevelé et la Modernité la plus innovante étaient  diffusés par des cartes postales en version euh...économique.
Pourtant cette image est (par cette raison-même) incroyablement poétique et forte car le mauvais calage de la quadrichromie procure à la masse de ce musée une vibration dont je ne suis pas certain que le scan que j'en ai fait rende bien toute la mouvance optique. Ça vivre, ça tremble, ça chatoie un rien.
La composition est parfaite avec son contre-point obligatoire, une silhouette rouge sur la pointe de la courbe du bassin. Pour le reste...il n'y a que peu à faire (ou trop ?) et l'architecture baroque et lyrique s'exprime toute seule, un peu trop bavarde de pointes et de courbes mêlant dans un subtil cocktail la douceur de Ronchamp et le lyrisme du Pavillon Philips. Enfin...c'est mon avis.



Je m'interroge une fois de plus sur le chemin qu'à fait cette carte postale pour finir dans l'un de mes classeurs. L'Inde (c'est tout de même loin...) puis Londres et enfin la Normandie...La carte est datée de 1976 ce qui fait que je suis contemporain de son envoi. On notera que l'expéditeur ou l'expéditrice (j'ai du mal à déchiffrer) parle d'un lieu dessiné par Le Corbusier...Ce qui est vrai mais pas tout à fait non plus...
Le voyage, si on en croit la correspondance, se finira au Taj Mahal...Ce n'est pas si mal.




Comme ce travail est parfaitement encadré d'un point de vue historique, je ne vous ferai pas la leçon. Je vous laisserai juste comme moi avec le plaisir de ce surgissement et de sa poétique. On notera que j'aime tout particulièrement le minuscule petit lapin des éditions M.T.C mais que ces éditions oublient de nommer leur photographe et même le nom de l'architecte.
Ce n'est pas grave. Vous connaissez l'histoire. Moi, maintenant il faut que je range et je crois bien que pour des raisons pratiques qui disent quelque chose de l'histoire de ce lieu, je vais ranger cette carte postale dans l'un des classeurs Le Corbusier. On ne se refait pas.

On notera qu'il y a peu on trouvait de belles copies très inspirées du mobilier de Chandigarh chez Noz, soldeur professionnel. J'ai laissé cette chaise avec un dédain profond, non pas que je me moque de la popularisation de ce Design mais, justement, pour ne pas tomber dans le piège de son appropriation iconique. Vous appellerez ça une certaine hauteur si vous voulez , moi j'en ai juste marre du Design et des signes sociaux de sa reconnaissance culturelle qu'il nous oblige à produire. Vive les copies ! On attend avec impatience les copies chinoises de bonne qualité d'un Jean Prouvé épuisé par l'icône qu'il est forcé de devenir. On veut des millions de chaises sortant des chaines de Guangzhou pour dix balles. Retrouvons le vrai esprit populaire de ces chef-d'oeuvres du Design fabriqués et pensés pour nous tous. Les pilleurs de Chandigarh ont eu raison et il faudra aussi, dans le même mouvement de reconnaissance remercier les futurs copistes de nos icônes. Du Prouvé chez But ou Gifi et vite ! S.V.P !
Pour revoir Chandigarh :








mardi 7 juillet 2026

Faire et refaire les Emmaüs

 Aux Emmaüs de Saint-Pierre, c'est devenu la dèche ou pire, une boutique Vintage pour bobos. Plus rien à voir avec l'esprit lancé il y a bien longtemps maintenant. On regrettera aussi la politesse disparue en même temps que les bonnes affaires. Plus important de regarder son téléphone que de dire bonjour aux clients qui arrivent. Où est passée la convivialité ?

Je continue de les fréquenter ces Emmaüs par habitude, pour maintenir avec mon frère quelque chose d'une tradition familiale et parfois...très rarement maintenant...Il faut attendre les "grandes ventes" pour trouver quelque chose. En temps ordinaire, des caisses de livres pourrissent dans la cour alors que rien n'est renouvelé dans les rayons de la librairie et soudainement, pour ces "grandes ventes",  on voit surgir quelques nouveautés tarifées certainement à coup d'identification rapide sur Google...Un "expert" fait les prix m'avait ainsi répondu la vendeuse un jour...Un expert ! On rigole. Puis on est triste devant une telle stupidité d'argumentation.

Il faut donc se réjouir du peu que l'on trouve. Cette fois ce sera un livre de Paul Andreu, faire et refaire, et quelques cartes postales dont je vous montre un exemplaire.


La carte postale Magne était en état très moyen et j'ai dû en partie la nettoyer en arrivant. Mais elle valait le coup tant le bâtiment  est spectaculaire et correspond parfaitement à tout ce qu'on aime sur ce blog : l'église Sainte-Thérèse de la Z.U.P d'Amiens. La vache ! Quelle bâtisse ! 

La massivité est vraiment très marquée et toute la poésie tient dans quelques décrochements, quelques meurtrières, quelques ombres portées. Le message de la sévérité est bien envoyé en quelque sorte. Mais que c'est beau cette église qui fait bien penser à des églises fortifiées du roman. Remarquez les deux petits contre-forts sur la façade dont, j'avoue, je doute de leur utilité technique de raidisseur pour ce mur de pignon. Ils sont sans doute là surtout pour briser la monotonie de ce grand pan de briques. Mais il est à peu près certain que cette brique n'est qu'un décor posé sur un mur de béton armé qui, lui, effleure dans l'écriture de la bâtisse par quelques signes : rectangle au dessus de la porte, campanile et, bien entendu, (mais moins visible ici) sur la structure sur les bas-côtés de l'église apportant donc le contraste nécessaire.

Mais quel beau dessin ! On pourrait tout de même aussi se dire que ce point de vue est un peu aussi une trahison du bâtiment. Il ne permet pas de voir comment le campanile est plein de vide, le mur de façade venant se coller à la brique de ce dernier et on ne perçoit pas non plus la double pente du toit. Cette massivité est donc accentuée par la photographie. Si on ne peut pas parler de trahison, on peut tout de même dire qu'il faut toujours relativiser une impression depuis une image. Mais je crois aussi en cette image comme une image désirée sans doute aussi par les architectes Devillers et Langlois. Se pose donc encore une fois la question de comment l'architecture et son projet porte en soi son image idéale, sa photogénie, l'axe-même de sa communication. Une sorte de message avant même l'exploration de sa spatialité. Imaginons un Monde où les architectes n'auraient pas le droit aux images pour évoquer leur projet mais seulement la parole. Il ne fait aucun doute que la projection spatiale en serait bien différente !

En attendant, nous allons ranger cette carte postale dans le classeur adéquat. Elle fait maintenant (l'image et l'architecture) partie des icônes. Un pan de mur comme un écran de projection, un lieu d'accueil, une sérénité puissante.

Et malgré tout, j'irai aux Emmaüs ce samedi.









mercredi 1 juillet 2026

Serqueux et la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie

 On a donc, sous nos yeux et dans le temps présent, l'opportunité de voir la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie, en Seine Maritime, à Serqueux. Si je fais ce tour des géographies c'est pour montrer que ce drame patrimonial a eu lieu sous les hospices de toutes ces territoires sans qu'à aucun moment l'un ou l'autre (avec leurs institutions respectives) ne permette de sauver l'église de Serqueux pourtant inscrite au Label Architecture Contemporaine Remarquable dont il est (encore, encore, encore) fait la preuve de sa totale inefficacité à protéger et que sa fonction de signalisation, de communication au grand public de l'Architecture Contemporaine et Moderne est finalement peu efficace à retourner les opinions négatives sur cette architecture.

Échec à tous les niveaux donc, le pire étant celui de la démagogie locale, ayant par référendum municipal décidé de l'avenir d'un bâtiment qui n'appartient pas seulement comme héritage à cette commune. Ah la démocratie participative qui passe par dessus l'expertise de la Patrimonialisation...! Magnifique petit tour de passe-passe démagogique d'un maire sans souffle patrimonial, sans idée, encombré par un bâtiment dont il ne sait quoi faire et qui, par la peur de sa responsabilité qu'il a pourtant réclamé en se faisant élire, se trouve fort dépourvu devant une architecture dont il n'a rien compris de son rôle comme jalon de l'histoire.

Faut dire qu'il s'excusera à bon compte sans doute en rappelant qu'il ne fut que le dernier jalon municipal, tous les prédécesseurs n'ayant pas désiré entretenir le bâtiment depuis sa construction. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.

Qui aurait laissé l'avenir de Notre-Dame de Paris dans les seules mains des parisiens ? Qui pensent que l'avenir de Versailles n'appartient qu'aux versaillais ? Personne non ? C'est bien pour cela qu'il y a des institutions dont le rôle est justement de passer par dessus les enjeux locaux pour maintenir aux yeux de tous et toutes la présence de ce qui fait histoire. Pas à Serqueux.

Mais les institutions, là, on en parle ? Dans mon département la Seine Maritime et sur mon territoire, la région rouennaise, on peut tirer un bilan assez catastrophique cette année concernant l'Architecture Moderne et Contemporaine puisque la mairie socialo-écologique de Rouen (Mayer-Rossignol) a fait déclasser de son classement au titre des Monuments Historiques (rien que ça...) un ensemble d'immeubles Verre et Acier dessiné par Marcel Lods pour le détruire. On se rappelle que la responsable écologiste El Khili (qui pense donc que détruire est le geste le meilleur pour la Nature qu'elle défend) avait même nommé cet ensemble de  "verrues"...L'expertise de la dame est puissante....On pourrait rigoler devant autant de hauteur de jugement. Là aussi la politique de la ruine à venir, sans ambition, sans idée. Et le terrain livré aux promoteurs et, pire, aux communicants. Les arbres sont sauvegardés...Ouf...je m'occupe bien de la Terre.

Alors à quoi sert de financer des commissions, des réunions, des Labelisations, de mobiliser des fonctionnaires du Patrimoine ? Â quoi sert de tenter de vulgariser cette architecture si c'est pour que les politiques mus par leur petites trajectoires personnelles puissent d'un coup décider de la destruction de ce qui est repéré comme historique ? À quoi servez-vous ? Et pourquoi on ne vous entend pas défendre plus fortement le travail d'analyse et d'expertise que vous avez, pour nous public et citoyens, réalisé ? Oû sont vos colères face à ce remugle politique qui écrase vos avis d'experts ? On vous piétine pourtant. Silence gêné...

Alors l'église de Serqueux, dernier grand exemple de voute en fusées céramiques de Normandie a disparu maintenant du paysage de sa ville, du territoire seino-marin, de la Région Normandie, de l'espace national. On connaît maintenant les noms des responsables locaux, régionaux, nationaux. Être le maire qui a détruit un Patrimoine de sa ville ça doit pas être facile à vivre tous les jours... Si ? Ah ? Aucun remord pour les démagogues, jamais ne se dédire ou s'excuser. Et pour quoi faire puisque les institutions sont d'une telle faiblesse de pouvoir. Alors ne reste que la colère et la rage citoyenne qui seront vues comme des lubies, comme des agitations d'inquisiteurs du Patrimoine, d'idiots de la réalité face à des personnes qui se veulent et se croient, eux et elles, "dans le réel" et "en responsabilité". Petites choses politiques.

On viendra à Serqueux, de temps en temps, redire à son maire et à ses citoyens, l'épouvantable erreur qu'ils ont faite, qu'ils furent complices de la destruction d'un Patrimoine essentiel dans leur ville et notre pays. 

Bonnes Journées du Patrimoine à Serqueux : j'arrive.

Walid Riplet

Pour revoir l'épouvantable déroulement de ce dossier :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/07/le-socialisme-et-lecologie-rouennais.html

https://archipostcard.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html

Le vide laissé par l'église de Serqueux est la parfaite analogie du vide politique du Patrimoine en France :








mardi 5 mai 2026

une erreur de l'architecture peut-elle être aussi une icône ?


Si j'en crois le renouveau d'intérêt pour une certaine architecture post-moderne sur les réseaux sociaux et les blogs (renouveau auquel nous participons depuis 20 ans), il faudra bientôt ramener le sens de l'architecture bien plus à ses images qu'à son usage.
Alors que le Brutalisme s'amollit sous des définitions variées (voir l'article sur Chadwick), il semble que certaines constructions gagnent soudain en intérêt devenant des icônes obligées pour un urbex à ciel ouvert, un enfonçage de portes ouvertes.
Ricardo Bofill est en passe de devenir à ce titre le héros de cette réécriture de l'histoire de l'architecture tant les mochetés qu'il a pondu à l'envi sont devenues aujourd'hui pour la jeunesse des "lieux" saisissants, des aventures urbaines, des "place to be" jusqu'à l'écoeurement. Le grand bazar des illusions, la satisfaction éblouie des promoteurs-politiciens avides de grandeurs giscardiennes.

On regrettera (ou pas) que cette nouvelle génération ne se soit pas réveillée plus tôt (et mieux...) pour sauver sur l'Instagram des oeuvres majeures qu'elle ne sait pas voir et qui sont sans doute moins chics, moins amusantes, moins publiables. Le Mirail crève bien en silence malgré de courageux et courageuses défenseurs et défenseuses. Mais c'est moins...sexy.

Par contre, pas de souci pour reconnaitre à cette erreur architecturale, les Arènes de Picasso de Manuel Nunez Yanowsky, un rôle dans l'histoire de l'Architecture. Car oui : c'est une erreur. Une erreur décorée, bien façonnée et surtout remarquablement déguisée mais une erreur tout de même. On pourrait même dire que c'est cela qui la rend touchante cette erreur, son costume trop grand, sa révérence à Ledoux, aux utopistes, au cinéma, au...spectacle un peu comme une crête d'iroquois sur le crâne dégarni d'un vieux punk décati.
Certes, le Vintage (et l'urgence de le voir prendre la place de la nostalgie)  peut bien sauver tout en même temps, les youngtimers, les disques vinyles, les T-shirts de Hard Rock mais doit-on supporter que l'on confonde ce décor grandiloquent avec de l'architecture ? Car, où sont l'analyse des plans ? Qui s'interroge au pied de ces camemberts en béton moulé sur des façades de comment la gestion des espaces y est dessinée ? Mettre un cadre Napoleon 3 sur ce clapier à lapin est-ce faire de l'architecture ?
Doit-on sauver aussi les images ? Patrimonialiser les décors ? Se faire oublieux du fond pour ne sauver que les apparences des formes ? Vivre là, dans ce décor est-ce vivre vraiment et c'est vivre quoi ?
Les pauvres ont-ils besoin d'un décor de carton pâte pour supporter la pauvreté des solutions architecturale  qu'on leur propose, qu'on leur assigne ?

Oui, on peut reconnaitre à ces espaces d'être des lieux. Oui, on peut se convaincre de leur extravagance, de la joie de la situation, du plaisir du jeu et du théâtre. Après tout ce n'est pas pire que le pavillonnaire. Si ?
Ah oui...c'est minéral...Mais il semble que là, on doive encore attendre pour que la ruine des constructions laisse la végétation venir y apporter la folie de l'incohérence végétale qui rachète tout si on en croit Gilles Clément ou Descola. Manque de bol, sont en trop bon état ces Arènes de Picasso pour qu'on en chante l'uchronie, la ruine, les jubilations arty et bourgeoises des hétérotopies.
Moins d'espace pour parler d'Édith Girard ou de Henri Gaudin par exemple qui n'ont pas le malheur d'avoir réalisé des oeuvres grotesques (au sens baroque du terme). Là, l'intelligence fait moins spectacle, offre moins de points de vue instantanés. La discrétion et la délicatesse ne semblent pas intéresser ce désir d'images d'aujourd'hui. Et puis...faut apprendre à lire. Dommage pour l'histoire de l'Architecture.

Alors ne vous inquiétez pas de trop. Je défendrai toujours et encore cette architecture de merde. Je le fais d'ailleurs depuis longtemps déjà. Mais j'aimerai simplement que l'on rappelle que si des merdes font l'histoire, elles restent des merdes. Et que ce serait bien (et honnête) de défendre aussi, dans le même temps, des vraies oeuvres d'architecture, des vraies intentions humanistes, des vraies écritures modeste et intelligentes en lieu et place de ces façadismes immatures. Faites, faisons un effort. Et, s'il vous plait, une bonne fois pour toute : laissez Piranèse loin de cela.

Ah...j'oubliais...il en va de même des si fameux "choux" de Grandval à Créteil.

La carte postale est une édition Raymon (où sont vos archives ?), le photographe que nous connaissons bien sur ce blog est J.-N Duchateau. On notera que l'éditeur ne nomme pas l'architecte : Manuel Nunez Yanowsky.
On notera la ressemblance entre son projet et celui-ci, moqueur à rebours. 110 ans d'écart...Comme quoi c'est à ça qu'on les reconnait. On rira donc que ce tonneau habitable existe depuis 1897.





Pour vous rappeler que je les aime vraiment et depuis si longtemps (2008 !)  ces errements post-modernes :
etc....





mercredi 22 avril 2026

Dieu est structure

 Des cartes postales d'églises modernes, il en existes des milliers dont certaines finissent dans ma collection. c'est vrai aussi que, simplement, il existent des milliers d'églises construites en France ou ailleurs après 1945. Certaines sont plus que connues, d'autres deviennent tout doucement des icônes, d'autres sont un peu moins connues. Je suis certain que je ne suis pas le seul à méconnaitre celle qui suit qui est pourtant, pour la Suisse d'où elle vient, l'une des plus incroyables, des plus belles, des plus surprenantes et surtout surtout de plus intelligentes si on considère son Art de Bâtir.

On pourrait même dire que la carte postale qui suit ne rend pas si bien hommage que ça à cette structure et que la frontalité de la prise de vue écrase beaucoup les triangulations et les points d'appuis qui disparaissent dans une belle façade mais qui ne dit rien de l'aventure presque baroque de ce génie de la construction. Il faut dire que l'architecte Pierre Dumas a ici poussé le risque et l'équilibre au plus haut degrés de l'aventureux, formant une audace, un geste qui reste superbe. On aime.


Mais, pour vous rendre compte de cette audace, il faut regarder autre chose que cette façade et cette carte postale et je vous invite très très vivement à télécharger ce PDF qui vous montrera des images à couper le souffle ! 

https://www.bernhard-furrer.ch/wp-content/uploads/2016/10/Vicques.pdf

Sur ce blog, on a déjà beaucoup rencontré Pierre Dumas et pour des églises d'ailleurs. Et c'est tant mieux car son écriture est variée sauf pour une chose : le goût d'une certaine visibilité des structures, comme si l'église devait portée dans ses portés maitrisées toutes les joies de la Foi, montrant ainsi que la maitrise de l'équilibre y est formalisée. Enfin...Je crois...Nous aurons sans aucun doute la chance de croiser à nouveau, un peu au hasard des trouvailles le travail de Pierre Dumas et nous aurons toujours la joie de vous le montrer. En attendant vous pouvez retourner là :
Ouf...


Si nous devions en une seule carte postale et une seule église fabriquer un archétype des églises de la Reconstruction, il ne fait aucun doute que celle de Dieuze pourrait être élue ! Tout le langage de cette typologie y est réuni : volumes francs, mélange béton-moellons, sur-jeu des vitraux, sculpture monumentale et campanile dissocié qui ressemble toujours à une tour de séchage d'une caserne de pompiers ! Tout y est et on adore ! La très belle carte postale des éditons Bertrand fait le choix maintenant académique d'un ciel blanchi (dont les photographes d'aujourd'hui sont si friands depuis qu'ils regardent mal les Becher) et d'un noir et blanc bien contrasté. C'est piqué et la lumière est belle mais il manque la couleur que je vous conseille de découvrir ici car cette église est assez audacieuse de ce coté-là aussi ! C'est rien de le dire !







On notera que l'architecte Pierre Pagnon participa également à la reconstruction du village de Moyenvic. Son église est en passe de devenir pour moi un must ! Elle est simplement incroyable ! Comment se fait-il que je ne la découvre qu'aujourd'hui ! J'ai follement envie de prendre ma voiture pour m'y rendre ! La vache ! Quel morceau de brutalisme à la française ! Et pour paraphraser Alain Delon : "église de Moyenvic, je ferai de toi une star !" Voilà en tout cas un superbe document et une belle église. J'attends le moment ou je trouverai celle de Moyenvic en carte postale.



Est-ce que comme moi vous vous êtes fait avoir ? Je veux dire...Êtes-vous bien certains de ce que vous avez sous les yeux ? Car il ne s'agit pas de l'église de Mont Saint Aignan par Dominique Lefèbvre et Daniel Rauscher les architectes mais il s'agit de sa...maquette ! Oui ! C'est bien fait le collage non ? Avouez ! La carte date l'église de 1969 et les plus fidèles (et anciens...) lecteurs de ce blog se rappelleront l'avoir vu pour de vrai en 2008. Oups...ça date...
Je vous invite donc à revoir cet article ici sur le premier volume de ce blog.
La carte postale raconte : "Ce sera notre église dans le cadre de notre Cité."
Sans doute que cette carte servait à financer un peu la construction. Comment ne pas aimer son architecture et son insertion dans ce monde. Une très belle carte postale, une belle archive.
On en a sous le pied. On vous montrera encore et encore nos belles églises modernes parce qu'elles sont un signe des Temps, des chantiers d'expériences, des lieux d'accueil et des oeuvres d'Art ouvertes à tous et toutes. Visitez-les, défendez-les, sauvez-les. Elles sont à tout le Monde.


mardi 14 avril 2026

venir ici pour chatouiller vos yeux

 Être sa propre source, ça fonctionne comme ça : acheter de manière un rien frénétique des cartes postales sur les vide-greniers, en faire des tas un peu partout, un peu abandonnés puis, quelques mois après (voire quelques années) replonger dans ces tas pour y redécouvrir quelque chose, un espace, une architecture, une image qui me touche à nouveau.
C'est bien comme cela que je fonctionne, sans grande direction, sans plan pré-établi, sans réalité concrète de ce que le management d'une collection bien gérée voudrait dire.
Mais ce qui est toujours maintenu c'est bien mon premier émerveillement comme si je renouvelais de fait toujours ma joie à regarder une image d'architecture.
Parfois, comme c'est le cas ici, cette architecture reste anonyme, donne peu d'informations et reste comme un one shot de plaisir sensuel à l'image. Je cherche, je ne trouve pas. Parfois l'échec conduit alors à remettre à plus tard la publication d'une telle carte postale et elle retourne dans l'anonymat de son tas, ou bien, malgré tout, elle me donne l'envie de venir ici pour chatouiller vos yeux à votre tour.

N'est-il pas beau cet espace ? N'en aimez-vous pas tout comme moi sa lumière, la légère courbe, les pentes douces de son sol mais surtout le très beau travail du béton ? Non mais regardez cette structure si bien dessinée et les piliers qui la portent ! Fantastique dessin !
Je me souviens que mon cerveau au moment de la découverte de ce lieu y avait collé dessus le très beau travail de Willerval pour la Caserne Massena, comme ça, d'un coup, comme un éclair ! Puis...j'avais compris bien entendu que j'étais ailleurs, ici donc dans la Crypte de Sameiro au Portugal à Braga. J'étais certain devant un tel dessin que je n'aurais pas trop de mal à trouver son ou ses architectes. Mais non...je reste sans information. Pourtant que c'est beau cet espace ! Il mériterait de retrouver ses créateurs.
Se pose ainsi à moi cette question : d'où vient cette émotion et de comment elle fut construite, faite de toutes les choses que j'ai vues, lues, aimées et surtout apprises ? Cette culture des espaces et de leur représentation couve en moi comme un petit programme informatique me faisant immédiatement la surprise d'une réaction quasi-automatique, presque par dessus ma raison. On appelle cela l'imaginaire ?
Mais voilà comment faire pour ranger cette carte postale ? Vers quel architecte ? En attendant de trouver le moyen d'une identification, je vais devoir la ranger dans le classeur d'Art Sacré où elle restera anonyme. Mais qu'importe ! Je glisserai bien encore de temps en temps mes yeux sur cet espace.




Autre chose retrouvée :



Pas très loin de la première, cette carte postale de Thonon-lès-Bains, elle, nous propose presque une icône et un architecte que nous connaissons vraiment très bien sur ce blog, le prolixe Maurice Novarina !
Je pourrais presque faire un classeur rien que pour lui ! Mais ce n'est pas un reproche et cela n'entame en rien la joie toujours renouvelée de le croiser. Ici donc un bâtiment très marqué par une écriture très moderne un peu loin du goût de Novarina pour des citations plus régionalistes notamment dans ses églises. J'ai même cru longtemps que la façade de cette Maison de la Culture était de Prouvé. Mais non...Comme quoi les projections que je fabrique ne sont pas toujours justes mais disent tout de même bien mes rapports avec mon imaginaire et cette culture des formes.
L'image est forte en tout cas et la radicalité de la Modernité de cette façade est clairement l'objet de l'architecture de cette Maison de la Culture. Pureté presque glacée. J'adore.
Le photographe de chez Combier a cherché le contraste avec cette fontaine en fonte si éclectique, si dix-neuvième siècle. Au dos de cette carte un très touchant témoignage qui complète mon goût pour cette carte postale.


Si on aime une forme de radicalité sans tomber dans la pseudo et fausse néo-objectivité des fabricants d'Atlas de la France du vide, on aimera mieux cette édition de Jansol expédiée en 1967. On admirera le découpage des feuilles du premier plan venant ralentir en quelque sorte la radicalité moderne de la Maison de la Culture de Thonon devenue le Théâtre Maurice Novarina. C'est beau, c'est plastique, ça ne refuse pas les codes du genre et donc ça ne tombe pas dans l'académisme contemporain photographique...Ouf... Vive l'Art Populaire qui est bien mieux que la condescendance contemporaine.

Pour revoir la Caserne Massena :
Pour revoir Novarina :
etc....
Et pour connaitre un peu mieux la Maison de la Culture de Thonon :

dimanche 1 mars 2026

Et l'espérance c'est au moins aussi solide que la précontrainte

 Alors que l'orgue de la messe sur France Culture résonne dans mon poste de radio et que je quitte une conversation avec Louis, je me dis qu'il est évident que ce qui fait église ce n'est pas tant l'espace de l'architecture que les gens qui y viennent. Ce rassemblement est la raison même de la présence dans nos paysages de lieux de cultes que nous aimons ici montrer.
On commencera par une église que nous aimons beaucoup mais que nous avons vu il y a bien longtemps maintenant puisque c'était il y a...16 ans...Et on ne commencera pas par l'extérieur mais par l'intérieur avec deux cartes qui justement, dans leur juxtaposition, montreront que la présence des croyants rend l'architecture plus lisible, plus utile, fabrique une image plus exacte du fonctionnement de cette forme.
J'ai donc envie, un peu à rebours, de commencer par cette carte postale de l'église de Trois-Épis prise de l'intérieur par le photographe de édition de l'Europe. On note que l'éditeur nous nomme bien les architectes : Keller et Dumas.



On voit donc bien les gens. On voit donc bien comment le photographe a pu ainsi se placer là, à ce moment exact, sans aucun doute avec l'accord de ceux qui sont là même si personne ne nous regarde. On remarque immédiatement l'incroyable courbe du toit et la fente de lumière bleue qui, comme un coup de cutter sur une toile de Fontana, fait tout le travail mystique de cet espace. On note aussi la très belle présence de l'orgue qui, dans ses propres courbes, semble vouloir faire un signe à l'architecture qui le protège. Comme une identification.
Sinon...rien à voir d'autre qu'une croix un peu frêle, un peu légère et un mur blanc, éclatant, qui agit comme un écran sur lequel chacun viendra fabriquer des images. On note que les prêtres à eux seuls donnent bien l'échelle justement de ce mur et de l'élévation de la courbe. C'est, vous en conviendrez, une incroyable image d'architecture, une très belle photographie qui, malheureusement, restera anonyme.

Mais voilà que dans ma collection, je trouve cette autre carte postale, du même espace mais pas tout à fait du même endroit et certainement pas du même moment.


C'est toujours l'Édition de l'Europe qui régale. On remarque immédiatement que le photographe est bien plus avancé vers l'autel que la carte précédente. Il semble ne pas vouloir couper le haut de la croix et montrer la jonction des deux fentes du vitrail. L'ensemble est d'une incroyable beauté bleutée oû les ombres font le seul décor. Le vide ici est devenu spectacle, attente, présence intériorisée. On entend si bien ce silence. Magnifique. Mais pourquoi cette différence d'approche ? Sans doute (et j'imagine) que ce mouvement de recul de la carte précédente est dû à la nécessité d'y inscrire l'orgue dans le cadre. Peut-être que lors de la première visite, cet orgue n'était tout simplement pas en place et que, à son arrivée, il fut nécessaire de refaire les cartes postales en l'intégrant. Mais de ce nouveau point de vue, la courbe du toit tombant comme un voile sur les fidèles disparait malheureusement. L'architecture ne présente donc plus son atout principal et le mur blanc devient le seul argument architectural du lieu. Cela aussi aurait bien pu être un argument pour refaire le cliché. On note tout de même que surgissent les cercles des trois canons de lumière posés sur le toit et que l'on verra bien sur la carte de l'extérieure de l'église.
Alors ? Laquelle choisir ? On pourrait trouver deux usages différents à ces deux cartes postales. On pourrait dire que la première permet de mieux saisir l'objet architectural et que donc elle s'adresserait plus à des personnes n'ayant jamais vu le lieu et ainsi pourrait en découvrir mieux l'espace, la structure, la particularité, on dira 'écriture. L'autre permet surtout de se recueillir dans un espace produit par la photographie et donc s'adresserait plus à des personnes voulant retrouver la plénitude du silence et de la tranquillité du lieu plus que le cri un peu bavard des audaces des architectes. Mais qui sait vraiment ?

Pour ceux qui depuis 2010 auraient oublié la forme extérieure de cette belle et audacieuse église de Trois-Épis :


On quitte l'édition de l'Europe pour les Éditions d'Art Marasco Collection Loubière (sic!). La carte fut expédiée en 1974. Alors ? C'est beau non ? Ça bascule, c'est déstabilisé comme aurait dit Claude Parent !
On aime aussi que le photographe a pu installer son point de vue depuis un petit jardin potager. Quelle image ! Quelle architecture ! On adore.


Pour finir avec cette question de l'occupation d'une architecture emblématique et de ce qui fait église, je vous propose une icône de l'architecture brutaliste à la française que nous adorons ici : la Basilique Souterraine Saint-Pie X. L'échelle n'a rien à voir avec la précédente mais si il est courant de voir des cartes postales de ce lieu vide montrant sa somptueuse structure, j'aime tout particulièrement cette carte postale MSM qui nous le montre habité. La chaleur des ampoules fabrique un ton ocre et orangé si particulier ! On perçoit surtout là encore l'échelle de cette Basilique absolument gigantesque. Ce lieu, cette place sont à voir absolument une fois a moins. C'est simplement, avec ceux qui vous y accompagnent, un lieu qui devient merveilleux car porté à la fois par sa structure en béton armé et par la joie de ceux qui y viennent avec l'espérance. Et c'est au moins aussi solide que la précontrainte.

Et la revoilà :

Lorsqu'on range...On retrouve.
Amusant ce contre-temps. Cette fois la carte postale est une édition Elnacap sans nom de photographe. Ce dernier a d'ailleurs choisi un autre point de vue qui met en avant la géométrie du lieu en jouant avec les angles et les pointes. Étrange de viser ainsi littéralement le coin de l'espace de cette église, ce point de jonction entre la pente du toit et les murs. On s'amuse que le bois du plafond fasse un écho au bois des bancs comme une mer calme saluant une mer agitée. La rudesse d'ailleurs de ce mobilier me fait rêver.
On note que sur le mur derrière l'autel est inscrite la phrase : "l'annonce fut faite à Marie". On retrouve cette inscription sur la première carte postale. On note aussi que les canons de lumières sont bien lisibles.
Trois éditeurs sont donc venus dans cette église des Trois-Épis. Cela prouve que les ventes de cartes postales devaient y être abondantes ce qui signifie une belle réception populaire de ce lieu et un désir de communiquer sur son originalité. Keller et Dumas devaient être fiers de voir ainsi leur église partir en voyage par la Poste. Ils sont d'ailleurs bien nommés sur cette nouvelle carte. 

Pour revoir Keller et/ou Dumas :
Pour revoir la Basilique Saint-Pie X :
etc....

lundi 19 janvier 2026

Royan, un premier janvier pour un retour lent vers septembre

 Dernière minute ! Incroyable rebondissement !
Hier, je vous présentais une carte postale située (voir ci-dessous) et je vous expliquais ma joie de trouver une carte postale de Royan située, où les habitants de leur logement sur le Front de Mer, signalaient leur présence par une croix montrant ainsi cet appartement. C'était déjà bien !
En rangeant cette carte postale ce matin, je fais un peu de classement d'un tas de cartes laissées à l'abandon et je tombe sur cette carte postale :



Non mais...me dis-je !
Le même appartement situé, la même carte postale ! Il semble bien qu'il s'agisse du même expéditeur puisque les deux cartes postales sont parties pour le Puy-de-Dome !
Incroyable donc de pouvoir avoir ainsi deux cartes consécutives du même lieu, du même appartement, du même éditeur et...du même correspondant faisant ce même signe sur son appartement ! On image qu'il ou elle avait acheté un petit lot ou achetait régulièrement cette carte postale montrant l'appartement familial. Il faut le dire c'est toujours une joie de se trouver ainsi situer sur une édition !
Mais c'est bien pour moi la première fois que dans ma vie de collectionneur je me retrouve ainsi avec une telle suite ! Quelle chance y avait-il que ces deux cartes achetées séparément se retrouvent chez moi ensemble ? Je suis abasourdi par ma chance...
Celle trouvée ce matin est datée de 1956 et elle est donc antérieur à celle d'hier. Elle fut expédiée vers le Docteur Cortial à Arlanc par Odile, Paul, Marius, Jean etc...
Non mais...quelle matinée ! le rangement ça a du bon tout de même...et la mémoire visuelle aussi.

retour sur l'article d'hier :

On va reparler de Royan sur ce blog parce qu'arrivent dans ma collection quelques nouveautés que j'ai envie de vous donner toutes ensembles, en même temps, sans chichi.
Et comme je construis un atelier pédagogique à Royan pour septembre avec mes étudiants et étudiantes j'ai le coeur tout ragaillardi de vous reparler de la plus belle ville du Monde.




On commencera très fort avec une carte de circonstance puisque c'est une carte de voeux pour l'année 1957 envoyée le premier janvier. Au-delà de l'anecdote, cette carte présente une particularité que j'aime beaucoup : les expéditeurs ont localisé l'appartement depuis lequel ils font leurs voeux ! Quelle jubilation ! Une carte située comme je les aime tant donc. De plus, cette carte postale, une édition du Tabac de la plage, nous montre un endroit que j'aimais beaucoup : le portique si stupidement détruit. Mais il va sans dire que la restructuration du Front de Mer en cours à Royan a prévu la reconstruction du portique afin que la ville retrouve le génie de son dessin d'urbanisme qui en faisait toute l'intelligence.
N'est-ce pas ?
Il y a fort à parier que les habitants de cet appartement n'y sont plus. On notera que les vitres sont encore couvertes de blanc de Meudon. Le chantier est donc en finition.


Du même endroit mais juste en dessous de l'appartement, voici un point de vue bien original pour ce portique qui nous montre surtout les grilles et les rambardes ! La ville de Royan avait donc tant besoin d'images et de représentation d'elle-même que les photographes n'hésitaient pas à faire de tels points de vues ! Pourtant on ne fera jamais aussi bien que celui-ci, rappelez-vous...
Il s'agit d'une carte postale Flor (Marceau carrière Niort) expédiée en 1958.

Mais Royan c'est aussi ça :



Le Temple ! Qui est une pépite un peu oubliée de Royan. Ici, c'est une carte postale venant très tôt dans l'histoire de sa construction, on doit être tout juste à la fin du chantier. On aime que le magnifique pin qui aujourd'hui passe au travers de l'auvent ne soit pas encore présent. Remarquez comme cette photographie reste assez mystérieuse, assez peu lisible tant l'architecture offre ici une abstraction  radicale. Le ciel prend beaucoup de place...et pour un édifice religieux c'est bien normal !
Quelle image tout de même ! On la doit à notre célèbre Berjaud éditeur qui n'oublie pas de nommer les architectes : messieurs Baraton, Bauhain et Hébrard. 
Rappelez-vous ici :

Pour Mr Bauhain architecte :






dimanche 14 décembre 2025

Chandigarh to Ronchamp by air mail

 


J'achète une carte postale de Chandigarh et je m'aperçois assez rapidement qu'il ne s'agit pas d'une édition mais d'une carte-photo. Il s'agit donc d'un tirage d'un particulier transformé en objet postal. La carte postale ainsi créée est plus petite qu'un format habituel et nous propose une très belle vue de Chandigarh, assez douce, un peu flou mais touchante par sa simplicité. On y devine l'échelle immense du bâtiment. Dans ma collection, les cartes postales de Chandigarh sont très rares. Il faut dire que les voyageurs vers cette contrée devaient être bien peu nombreux...Alors quand une carte postale m'arrive de Chandigarh dans les mains, je me réjouis immédiatement.

Mais cette carte postale a une autre particularité bien amusante. Elle fut expédiée par Jean Petit qui n'est rien moins que l'un des éditeurs de Le Corbusier et notamment du très beau livre sur Ronchamp. Elle est adressée à Alfred Canet à Ronchamp qui n'est rien d'autre lui que le Secrétaire de la Société Immobilière de Notre-Dame-du Haut ! Comment faire plus corbuséen ? Ne manque que la signature de l'Architecte pour que cet envoi soit complet !

Il est très rare que les cartes postales à ce point parlent de relations directes entre l'image envoyée et les expéditeurs ou receveurs. C'est donc émouvant de voir un exemple d'une carte postale qui plus est est une carte-photo.

La carte fut expédiée le 11 mars 1963, du vivant de Corbu. Un must de ma collection donc...ne soyez pas jaloux, je vous la partage.



Et...depuis Ronchamp, peut-être que Alfred Canet a pu renvoyer cette carte postale à Louis Petit :


Cette très belle carte Janin nous montre...nous montre quoi en fait ? Le chemin qui mène à La Chapelle bien plus que La Chapelle de Ronchamp elle-même ! Et la neige qui s'y pose. On aime ainsi voir la belle polychromie sur la façade du refuge jouer avec le bleu du ciel, on aime les dessins des branches nues venir chatouiller les courbes de La Chapelle. On aime ce "moment" où, pas encore sous la puissance de l'Architecture, celle-ci se donne à voir d'un peu loin, doucement, comme une promesse au bout du chemin creux, dans la fraicheur lumineuse d'un matin d'hiver.

Nous ne bouderons pas cette joie.

dimanche 26 octobre 2025

En France et en Architecture, la sévérité est un hédonisme

 Voilà une belle série de cartes postales d'un lieu majeur, certes un peu moins connu que Eveux mais qui en est presque l'ombre, une ombre blanche d'ailleurs car la particularité de cette architecture c'est justement l'usage technique et esthétique de son béton blanc.

Nous sommes à Orsay et nous allons visiter la Clarté-Dieu, ensemble superbe et raide, que l'on pourra sans remord qualifier de vrai brutalisme à la française. Le programme ? Un séminaire franciscain avec tout ce que nous pouvons deviner de ce que cela suppose comme enchainement des espaces : réfectoire, chambres, bâtiments conventuels, église etc...La série est pratique, elle nous permet de faire la visite. On ne s'étonnera pas d'ailleurs que l'éditeur de cartes postale fasse faire le tour des espaces à son photographe pour rendre compte justement des emboitements spéciaux. On a l'habitude sur ce blog que l'époque soit à l'inventaire et qu'un lieu sacré, église moderne ou couvent moderne, ne puisse pas se résumer à un seul cliché. On notera qu'aucune des photographies n'est signée, que le ou les photographes sont restés en retrait derrière l'appellation générique de "Cliché Édition Franciscaines". On notera tout de même l'incroyable qualité photographique de l'ensemble et le très bon niveau d'édition. Les images sont bien contrastées, mettent bien en valeur les matières et les lumières tombant dans les lieux, lumière assez douce certainement choisie pendant une météo un peu grise pour que la lumière ne durcisse pas trop les lieux.

Là encore, on fait le choix d'une description non vivifiée par la présence directe des usagers des lieux. Aucun corps, aucun geste, personne n'est visible ici pour donner à l'ensemble du sens ou une échelle. Difficile donc de bien comprendre parfois les échelles des lieux, en ce sens la chambre donne une idée par ses meubles de la petitesse des espaces, d'une forme de sévérité dépouillée, d'un contentement de peu, celui de la lumière entrant dans la cellule par une fenêtre debout pour faire sans doute plaisir à Perret et moins à Corbu ! 

Mais c'est bien ce qu'on aime dans ce genre de lieu sacré, ce dépouillement, cette tendresse du presque rien où l'oeil et l'esprit doivent se contenter d'aimer ici le banchage du béton, là la rugosité de sa surface prenant la lumière. Tout est un peu raide, rigoureux mais laissant ainsi à la poésie l'essentiel : le rapport du monde à l'architecture, le dehors dans le dedans, un hédonisme naissant dans l'économie d'une architecture vue comme une interface avec le Divin, le Sacré. En regardant les images, on s'entend faire Chuuuttttt......et demander le silence pour ne rien gâter de cette joie simple des choses bien regardées.

Mais je ne vous ai pas dit qui sont les architectes de cette merveille ! Il s'agit des Frères Arsène-Henry et de E. Besnard-Bernadac. Vous trouverez sur ce site toutes les infos nécessaires et bien complètes. Allez-y ! 

https://journals.openedition.org/insitu/5394

Les plus fidèles d'entre vous se souviennent sans doute des Frères Arsène-Henry que nous avions découverts ici en 2017 grâce à Jean-Michel Lestrade :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/05/les-freres-et-leur-ciment-superblanc.html


Sans doute que cette première carte postale aurait pu suffire à dire la qualité du lieu. On aime, bien entendu, la qualité du béton, le jeu des ouvertures offrant presque toujours un noir profond et l'incroyable rigueur de l'image, toute de gris délicats venant d'un ciel chargé et filtrant. Les photographes contemporains d'architecture et leur mode de blanchir les ciels sous Photoshop n'ont donc rien inventé...Cela objective sans doute le sujet. On perçoit, au rythme soutenu des fenêtres, l'étroitesse des chambres...


D'un peu loin, l'ensemble de la Clarté-Dieu est comme perdu dans un brouillard de lignes végétales, d'ombres projetées voulant sans doute montrer une certaine intégration de ce beau rationalisme que nous appelons parfois un peu vite du Brutalisme.


Le Cloitre intérieur nous permet de voir la beauté presque classique des banchages. On se croirait en Suisse. Admirons comment l'alternance des planches forme le seul chatoiement pour l'oeil. On sent la main caresser les joints.


Cette carte est sans doute pour nous ici sur ce blog celle qui nous fait le plus kiffer comme disent les jeunes ! Perfection absolue de la rigueur, de la dureté, de l'âpreté des lieux. Les colonnes sont réduites à des poteaux raides et sublimes n'offrant presque que leur succession comme jubilation. C'est...implacable...Quel pied le brutalisme !

Vous savez comme j'aime ce genre de cartes postales ou le collectif est réduit à l'expression de son mobilier esseulé dans ses espaces. Là encore comment ne pas être amoureux du bois brut des tables dont la perspective contraste à l'orthogonale des poutres du plafond. Tout le cadrage donne au crucifix sa puissance. La symétrie ici, ne vous y trompez pas est une poésie. Silence ! Silence !

On a vu chez Le Corbusier le sens de la proportion des chambres (cellules) pour le corps. On s'y retrouve presque...Admirons la projection du bureau vers la droite pour que l'oeil voit le mur...N'auriez-vous pas, simples mortels, l'envie comme moi, de faire glisser le bureau sur la gauche ? On note que le photographe a réussi à faire monter le paysage extérieur dans la fenêtre sans qu'il soit brulé par une surexposition.

N'est pas beau ce détail de La Chapelle ? L'autel est de Costa Coulentianos.


Pour finir en beauté et en verticale, nous voici dans l'Église Conventuelle ! Tout est dressé devant nous ! J'aime particulièrement la puissance des pièces de la charpente et là encore le vide et la symétrie donnent à cette image sa force tranquille. Savez-vous que les vitraux du fond sont en partie de...Paul Virilio. Oui, du temps où, avant d'être philosophe et architecte, il était un maitre-verrier...Heureux de le retrouver là !

On note enfin que cet ensemble était si important déjà à son époque que la revue l'Architecture d'Aujourd'hui y consacre en 1957 un article sur une double page dont les photographies sont de Lucien Hervé lui-même ! Bonne lecture :