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mercredi 4 décembre 2013

Vago, Witzemann et Bauausstellung Berlin

Vous me connaissez et vous commencez à  avoir l'habitude de mes jubilations et de mes joies.
Vous devez vous dire qu'il me faut peu de choses pour me réjouir. C'est vrai.
Mais, là, si vous ne comprenez pas ma joie matinale, si vous ne la partagez pas c'est que vous n'avez vraiment aucun intérêt pour la représentation architecturale, pour cette question de la diffusion de l'architecture.
Regardez :



Tout (ou presque) est écrit sur cette carte postale Carl Köfer qui nous montre l'intérieur d'un appartement issu de l'exposition de Berlin à Hansaviertel : Internationale Bauausstellung Berlin 1957. On a déjà ici parcouru par l'extérieur des constructions de ce quartier et de ce moment de l'architecture tant les cartes postales sont nombreuses et rendent parfaitement compte de la richesse de cet événement. Mais l'intérieur d'un appartement... c'est inédit ! Il est déjà extrêmement rare que la carte postale montre ainsi, par ses appartements, les recherches dans le domaine de l'architecture moderne mais que, de plus, cela ait lieu en Allemagne me semble vraiment très particulier. On a vu que les Cités Radieuses ont eu droit à des cartes postales car leur très grande particularité devait mener à une très grande curiosité et à une forme de tourisme architectural naissant avec cette architecture innovante. Mais alors que la France se couvre de nouvelles constructions, alors que la modernité s'affiche sur des petites cartes 10x15 les éditeurs de cartes postales semblent avoir la plupart du temps évité de pénétrer dans les logements sociaux. Pourquoi ? Difficulté de photographie ? Espace par trop personnel et peu à même de généralisation ? Marché trop restreint ? Appartement trop restreint ? Il existait pourtant de nombreux appartements témoins qui auraient bien pu faire l'affaire...
Ici, l'affaire est un peu différente. Il s'agit d'une opération de grande ampleur, internationale même, où la fine fleur de la modernité vient faire ses gammes dans une Allemagne qui renaît. Les plus grands sont là rassemblés, Vago, Eckert, Müller, Baldessari, Gropius, Niemeyer etc. et le quartier Hansaviertel est bien comme une exposition de maquettes à l'échelle 1, une très rare expérience permettant de s'affronter entre confrères. Et, on vient là en visite, on vient ici en promenade avec même un petit train et un téléphérique qui vous promènent. Ce tourisme d'architecture contemporaine est très rare avec cette ampleur (un million de visiteurs ! ) et aujourd'hui encore, on voit sur place des gens comme vous descendre du métro, trouver le plan et partir en visite. J'ai fait cette promenade, nous avons fait cette promenade le nez au vent, faisant Ooooh ou Aaaaah ici ou là !
Mais on reste à l'extérieur. Ce que me laisse penser cette carte postale c'est qu'en 1957, on pouvait sans doute visiter des appartements témoins. Au verso de la carte postale on trouve : "Wohnungsentwurf Frau Prof. WitzeLmann im Object 8"
On pourrait traduire de la sorte (je crois) : Décoration intérieure par la Professeur Witzemann pour le projet 8. Il y a bien une erreur d'orthographe sur le nom propre car Frau Herta-Maria Witzemann est bien le nom correct pour cette créatrice de mobilier et décoratrice dont on trouve facilement des informations ici ou ici. Déjà c'est réjouissant non ? Malheureusement il nous est difficile de savoir si Frau Herta-Maria Witzemann a dessiné le mobilier, une partie seulement ou si elle a agencé cet ameublement. J'avoue beaucoup aimer les petites banquettes et le fauteuil assorti... Et on reconnaît aussi un tourne-disque Braun SK 4 dessiné par Dieter Rams... un must.





On s'étonnera tout de même que la décoratrice ferme ainsi l'espace sous le très bel escalier métallique avec le mobilier. Et les petites tables semblent appartenir autant au mobilier le plus furieusement radical ou au très beau mobilier de camping ! J'adore ça !
On pourra s'arrêter là et se réjouir de toutes ces informations mais dans quelle architecture sommes-nous ? Y avez-vous pensé ? Et là... C'est le choc !
L'Architecture d'Aujourd'hui est une mine. J'ouvre le numéro de Janvier 1958 consacré en partie à Hansaviertel et à la Bauausstellung et je tombe... sur ce qui ressemble beaucoup à ma carte postale ! Regardez l'un à côté de l'autre !





La similitude est frappante mais de très menus détails montrent qu'il s'agit d'un cliché différent. L'article ne parle pas de Frau Herta-Maria Witzemann mais d'André Bloc et de Viseux pour la réalisation d'éléments de décor de l'entrée. On ne saura pas, donc, si c'est l'architecte qui avait demandé à Frau Witzemann de faire la décoration des appartements ou si c'est l'organisation allemande qui imposa ses décorateurs. On en profite aussi pour voir d'autres pièces de Design et de mobilier dont les très belles chaises et le petit meuble passe-plat faisant cloison. Impossible de les attribuer à un designer précis, la revue ne fait pas écho à cette question, c'est dommage.



La similitude du point de vue entre carte postale et article d'une revue aussi pointue que l'Architecture d'Aujourd'hui est troublant. Même photographe ? Impossibilité de faire autrement ? Désir exclusif de l'architecte ? Je reste aussi très étonné que l'éditeur de cette carte postale nomme le nom mal orthographié de la décoratrice allemande mais ne nomme pas du tout le nom de l'architecte français !
Reste que cette architecture de Monsieur Vago est d'une très grande clarté et d'un dessin remarquable. J'ai déjà chanté ses louanges ici. Je vous propose donc de suivre ici les informations données par l'Architecture d'Aujourd'hui :













mercredi 6 novembre 2013

Dieu est structure

Au commencement (de l'architecture) était la structure.
Associer ensemble trois pierres plates, lier quatre branches sont encore parfois le meilleur début pour former un abri, déterminer un lieu.
Nous allons regarder aujourd'hui, trois cartes postales de trois espaces bien différents mais tous consacrés (c'est le cas de le dire) à une activité religieuse. C'est un peu le hasard, c'est beaucoup par une volonté et mon goût pour les Arts Sacrés Contemporains qui m'y poussent.
On retrouvera des bons amis bien connus mais vus, grâce aux éditeurs de cartes postales sous des angles inédits. On passera du plus ouvert au plus sombre.
Allez ! On commence fort !



Cette incroyable carte postale italienne nous montre la "Fase di costruzione" de l'église de Alvar Aalto à Riola. Nous avons vu cette église il y a peu sur ce blog. La photographie est de A. Masina. L'ensemble est un peu éteint par un gris très Grautag qui plaira à notre ami Nicolas Moulin. On peut d'ailleurs s'interroger sur cette définition de l'image ! Mais surtout on voit cette très belle structure qui formera sous la succession de ces arches d'un dessin superbe, le lieu sacré. Quel espace ainsi ! Regardez au fond on devine une structure d'échafaudage qui forme un cube et qui vient jouer avec ces courbes. Et, devant ce moment de l'architecture, déjà en lui-même superbe et puissant, je m'interroge sur l'absence de ce type de cartes postales du chantier de l'église de Royan...
Allez ! Plus pointu...



Nous sommes à Jambville dans les Yvelines au Centre National de Formation, devant la Chapelle des Pionniers, réplique de celle construite au camp des jeunes à Lourdes en 1985, dite "tente de la Charte" (sic).
Ce que j'aime dans cette petite architecture c'est bien sa structure fermement mise en avant. Le lamellé-collé fait merveille dans sa simplicité, joue parfaitement son rôle. J'aime aussi cette forme ouverte qui se projette vers l'extérieur et qui se donne à voir dans l'intimité de sa fabrication comme une cabane joyeuse et solide, dans sa franchise, un peu comme le Christ en croix posé devant la tente de bois. On a déjà également sur ce blog aimé voir que Dieu aime les pointes et les triangles !
Allez ! On pousse !
Et ça pousse fort !



Quelle architecture ! Quelle photographie !
Le sanctuaire de Lourdes doit faire partie avec la tour Eiffel des constructions les plus populaires en cartes postales. Je pourrais, je crois, en ramener à chaque vide-grenier ! Mais c'est justice et nous nous sommes si souvent régalés de cette incroyable construction française que je croyais n'avoir plus grand chose à vous montrer. Mais voilà !
Cette carte postale en véritable photographie nous montre un détail qui dit la grandeur et la force de cette architecture en nous montrant les points d'appui que la carte postale nomme "les béquilles triangulaires supportant les portiques."
On a droit aussi à quelques chiffres : longueur 201m et largeur 81m. Regardez cette photographie, regardez ce lieu. La courbe glisse doucement et s'éclaire dans le fond de l'image, les triangles ajourés font circuler l'œil dans la succession des appuis, nous pourrions être entre un échangeur d'autoroute et un pilier gothique. Que j'aime ce lieu souterrain ! Il faut aller à Lourdes rien que pour ce lieu superbe dont malheureusement l'éditeur de la carte postale oublie de nous nommer les architectes : Messieurs Vago, le Donné et Pinsard.
Vous pouvez retourner là pour voir le chantier et ici pour apprécier ce lieu encore plus.
Ainsi, avec trois cartes postales, nous aurons apprécié trois méthodes, trois dessins, trois techniques pour trois programmes très différents dans leurs échelles mais proches dans leur fonction : rassembler les hommes pour écouter : "au commencement était le Verbe construire."