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mercredi 13 juillet 2022

Après les Trente Glorieuses, les Trente Dépressives* ?

 Aujourd'hui tournent en boucle sur les pages Facebook qui se veulent spécialisées toujours les mêmes icônes rabattues de l'Architecture du XXème, et ça jusqu'à l'écœurement. On pille sans nommer les sources, on copie-colle, on like mais on ne travaille pas beaucoup finalement. Bientôt on vomira les piscines Tournesol de les avoir trop vues, on ne pourra plus regarder la Villa Cavrois sans un haut-le-cœur ou on tournera la tête à une nouvelle vision par un artiste contemporain des Choux de Grandval (très mauvaise architecture devenue une excellente icône) ou des Tours Nuages de Aillaud. Ajoutez que les académiciens de la photographie contemporaine, croyant inventés quelque chose, continueront de partir en Safari culturel sur des terres sauvages de la banlieue pour vendre leur rendu à des galeries et centre d'art  ( le déplacement culturel est toujours un mauvais signe) et on finira par regretter d'avoir un peu ouvert la voie.
Alors ?
Et si on bougeait un peu d'époque ? Si on regardait de côté ? Une architecture ignorée de Stephane Bern, des "amateurs-chercheurs" de Patrimoine, des historiens des Trente Glorieuses pour regarder cette architecture des Trente Dépressives* (80, 90, 2000). Oh c'est un peu plus difficile parce que la fiche histoire n'est pas encore éditée et que AD Magazine ne vous dira pas que le bon plan pour un week-end c'est de faire un tour à St Quentin-en-Yvelines ou à Val de Reuil....Déjà le Hard French est vendu à Louis Vuitton, il trouve un nouveau souffle dans le BeurCore (est-ce là ce qui pouvait lui arriver  de mieux?) il ne nous reste donc plus grand chose pour échapper à la gentrification culturelle. Une forme de vérité des lieux ?
Finalement est-ce que aller voir (revoir pour l'histoire) ce n'est pas déjà enfermer les espaces et les architectures dans une réification comme un corail qui doucement pose une gangue durcie sur les vérités d'une histoire et finit par tout blanchir ?
Suis-je à mon tour coupable ?
Suis-je coupable en vous montrant ça ?



D'ailleurs, je m'excuse, ce n'est pas moi qui vous montre ça mais un photographe dont le nom figure sur cette carte postale des éditions La Décade d'Architecture : Frédéric Achdou.
Nous sommes donc à St Quentin-en-Yvelines, au Hameau de la Sourderie, par les architectes Patrice et Catherine Novarina. L'ensemble est daté de 1984.
J'adore cette carte postale. Je l'adore. (pour ceux qui croirait que je n'ai que des opinions négatives ou que je suis toujours en colère :-)
Je l'adore !
J'aime la construction si marquée d'une époque, voulant ouvrir les façades, multipliée les signes, s'amuser des références. J'aime cette idée d'une architecture spectacle voulant redonner par l'invention d'un lieu le sentiment d'habiter quelque part, l'essoufflement esthétique des petits riens contre la radicalité du chemin de grue, fantaisie pleine d'humour pour fabriquer presque du vernaculaire, petit palais de l'habitation collective joyeuse en couleur. J'adore les colonnettes trop fines peintes en rouge vif, j'adore le carrelage blanc rectangulaire (on pourrait faire un ouvrage consacré uniquement à ce carrelage dans les années 80), j'adore l'arcade en plein cintre coupée comme un Portzamparc déprimé, j'adore l'épaisseur des balcons et les vides, écrans pour des ombres bien dessinées. J'adore tout cela.
Mais ce qui me touche le plus, voyez-vous, ce n'est pas tout ça, non. Ce qui me touche le plus c'est la ligne des ados et des enfants venant poser devant le photographe exactement dans la même attitude que la génération précédente posant devant les barres du Hard French et que nous aimons tant sur ce blog. Mais un détail parle peut-être. Oh ! je ne veux pas trop vite tirer de conclusion mais cette ligne de jeunes n'est composée que...de garçons...Et je me reconnais complètement dans cette génération, dans les vélo, dans leurs habits. Quoi en conclure ? Une nostalgie ? 
Pourtant je ne suis pas de ce lieu. Y ai-je droit ?



La google Car nous montre bien qu'il y a encore des enfants qui font, là, du vélo aujourd'hui.
Sur le site de Catherine et Patrice Novarina, je ne trouve rien sur ce bâtiment. Il y a bien eu un article dans Technique et Architecture mais je n'ai pas ce numéro. On restera donc sans trop d'informations sur les formes, le programme, les désirs de bien faire des architectes. Je n'en sais pas davantage sur la publication de cette carte postale, sur ce désir éditorial : carte promotionnelle d'un organisme, d'une ville, d'une société de promoteur ou vraie carte postale de tourniquet que les ados photographiés ont pu acheter et envoyer à leur famille avec la fierté d'être ceux qui sont de ce lieu, ceux qui l'ont fait chanter de leur cris, de leurs bêtises, de leurs amitiés rebelles. Ont-ils suivi les conseils de Émile Aillaud ?

"J'aimerai que l'enfant des pauvres que je loge,...puisque je ne fais que des H.LM...ait été dressé à ne pas avoir peur, à n'avoir pas été surpris, à ne pas avoir été surveillé et à ne pas être entrainé par des moniteurs à jouer dignement. Il faut qu'il fasse rien."
Émile Aillaud.

Alors, sans doute, que cette architecture, celle qui vient cogner contre la toute fin du XXème Siècle, sera difficile à partager ici par des cartes postales normales, banales, ennuyeuses comme le prétend Martin Parr. L'époque n'est déjà plus, depuis longtemps à la joie des banlieues et des cités toutes neuves. Plus personne pour en envoyer, plus personne aussi pour aller les photographier pour en faire des cartes postales. Difficile de dire si cette architecture ne le mérite pas ou si c'est l'évolution sociale qui ne le permet plus. Il ne sert à rien de chercher une responsabilité devant un fait aussi simple. La fierté de ces espaces n'est plus alors dans un carton imprimé d'une photographie, elle est maintenant dans des textes de chansons, dans des clip musicaux, dans une survalorisation (souvent masculine) de l'appartenance à un lieu, une cité, un numéro de département tagué vite au feutre dans une cage d'ascenseur en panne. Et les ados sur cette carte postale sont en âge aujourd'hui d'avoir des enfants qui chantent comme ça, qui racontent ça, qui commencent à comprendre que, au nom des améliorations, on éradique aussi cette architecture des Trente Dépressives. Et là, l'inventaire patrimonial, le regard des artistes venus d'ailleurs, le trophée d'une prise de vue n'y peuvent pour l'instant pas grand chose. C'est qu'il est encore temps de vous dire d'aller voir et surtout d'y être invité.
Essuyez vos pieds sur le paillasson avant d'enter.


* dois-je déposer ce nom ?









mardi 9 août 2016

Le Boiscommun, un Grandval et des éclaireurs

Bon.
Là, franchement si on ne se réjouit pas de l'étendue du champ photographique et documentaire de la carte postale c'est qu'on n'a rien compris.
Quelle chance y avait-il qu'une construction aussi rare, de taille modeste, posée dans un village, puisse avoir eu droit à une représentation en carte postale et même à deux !
Le village de Boiscommun dans le Loiret a en effet eu la chance d'héberger sur son territoire l'une des plus curieuses architectures des Trente Glorieuses, le Club des Jeunes dessiné par Gérard Grandval. 
Rappelez-vous ici, comment j'avais été heureux de le surprendre par hasard au milieu d'une carte postale aérienne du village.

http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/01/un-grandval-et-un-boiscommun.html

Mais pourquoi suspendre ainsi notre jubilation au seul hasard d'une image quand, soudain, en surgit une autre :



Oui.
Ce que nous voyons là, ce sont bien les deux bâtiments du Club des Jeunes de Boiscommun dessinés par Gérard Grandval mais cette fois, ils sont posés aux Floralies d'Orléans ! Que nous dit exactement la carte postale ? Club des Jeunes de Boiscommun, Éclaireurs et Éclaireuses de France, Floralies Internationales d'Orléans. On a même le nom du photographe J. Boulas mais cette fois, pas de nom d'éditeur... Difficile donc de savoir la réalité éditoriale de cette carte postale. Fut-elle vendue au profit des Éclaireurs sur place à Orléans ? Est-ce que ce Monsieur J. Boulas faisait partie de cette organisation ? Les deux cartes en ma possession (oui, j'en ai deux identiques) n'ont, au dos, aucune correspondance ce qui ne nous aide pas.
Si, maintenant on regarde bien le décor de la carte aérienne de Boiscommun et cette dernière, on comprend bien que le Club des Jeunes fut monté et montré aux Floralies d'Orléans avant de rejoindre Boiscommun, ce qui est pleinement justifié par les qualités de démontages et remontages possibles de cette architecture qui devait pouvoir être ainsi construite par les jeunes eux-mêmes. L'autre chose qui m'étonne un peu, mais sans en être vraiment certain, c'est que la carte postale d'Orléans montre les deux bâtiments très surélevés sur des pilotis, alors qu'à Boiscommun, ils semblent bien plus bas sur le sol, un peu comme pour l'autre exemple déjà publié également, le club de ski de Arette. 
Donc... Il ne fait aucun doute que la visibilité de ce Club des Jeunes aux Floralies était vraiment d'ordre éphémère et que, donc, en faire une édition en carte postale, avait un intérêt très ponctuel. Est-ce le caractère exceptionnel de cette architecture qui donna l'envie d'en réaliser rapidement une image ? Possible. La carte postale est en noir et blanc ce qui tenterait aussi à prouver un tirage plus limité car plus facile à réaliser par un amateur. Quoique... On notera que J. Boulas place bien les constructions dans son cadre, les mêle à la verdure des Floralies et préfère en perdre un peu de précision pour gagner en ambiance. Ce cadrage nous permet aussi de voir que les deux bâtiments sont volontairement construits à des hauteurs différentes.
Je me suis permis de joindre les Éclaireurs de France et j'ai eu la chance d'avoir une très complète et prompte réponse sur la construction de ce Club des Jeunes qui semble bien avoir disparu aujourd'hui.
Je remercie ici très vivement Monsieur Henri-Pierre Debord pour toutes ses informations et témoignages, voici sa réponse :

Bonsoir Monsieur,

Cette histoire des "Mille Clubs" qui s'inscrivaient dans la "Politique Jeunesse" de François MISSOFFE, ministre du Général de Gaulle raconte un moment important et sensible de la relation entre Pouvoirs publics et Mouvements de jeunesse parmi lesquels les mouvements scouts tenaient, quoiqu'en début de fragilisation, une place déterminante.
Ce projet des "Mille Clubs" est à resituer également dans le contexte de l'effervescence des M.J.C. de l'époque.
Les deux documents que vous trouverez ci-joint datent pour l'un de Avril-Mai 1967 et pour l'autre de Avril-Mai 1968 (Je dis bien Mai 1968).
Le second est le résultat des échanges entre un représentant du Ministère (Roland RICORDEAU si je me fie à ma connaissance de l'organigramme de l'époque) et divers cadres dirigeants des EEDF de l'époque dont plusieurs concernés par la tranche d'âge 16 ans et plus que nous appelons aujourd'hui "Ainés" et qui portaient le nom de "Routiers" à l'époque.
Cette table ronde situe bien le climat de l'époque et les enjeux.
Je tiens à souligner que plusieurs des intervenants sont d'anciens Résistants et que Roland RICORDEAU, présenté comme "représentant du Ministère" est un ancien commissaire départemental des "Eclaireurs de France" sous l'occupation, ancien Résistant lui-même et fait "Juste parmi les Nations" en 2011. En vous signalant ceci, je ne pense pas m'éloigner du sujet. Jacques TRIPART est lui-même frère de l'ancien "Chef de Clan" de Clermont Ferrand qui s'est illustré dans une attaque contre le chef de la Milice à Clermond en 1943, Jean ESTEVE, fondateur des "Maquis-Ecoles" en Rhône-Alpes (Résistant-déporté à Dachau). Jacques BADOR est le bras droit de Eugène CLAUDIUS-PETIT (ancien ministre de la reconstruction) à la SONACOTRA (Foyers logements pour migrants du Magrheb dans les années 60) et Daniel BOUTEILLE (Frère de Romain Café de la Gare) est le fils d'un ancien de l'Equipe nationale des EDF sous Vichy comme Jacques BADOR dont les activités "Eclaireurs" servaient de couverture à ....
Ceci nous éloigne des Mille Clubs et de Bernard GRANDVAL? Pas sûr!
Ci-joint également des fiches profils concernant RICORDEAU et ESTEVE et un texte de François AMOUDRUZ , membre du Clan de Jean-François TRIPART racontant les conditions de son arrestation en novembre 1943 avant sa déportation en Allemagne à l'âge de 17 ans.
Un dernier mot sur RICORDEAU. Il est le fondateur du CREPS d'Houlgate et a été membre du C.A. de "Peuple et Culture" dont le Président a été longtemps Paul CHASLIN, ancien EDF, Résistant, bâtisseur de locaux universitaires à la fin des années 60 et créateur avec Jean ESTEVE des "Equipements intégrés" dont l'expérimentation était à YERRES. Paul CHASLIN est le père de François CHASLIN, architecte et chroniqueur de France Culture sur les questions d'architecture... Une autre piste sur notre intérêt pour les architectures qui pourraient correspondre à notre vision de l'intégration de la jeunesse dans la société.
Espérant ne pas être trop hors sujet... (Je pense que non...
Je suis bien entendu intéressé par vos travaux sur GRANDVAL et les Mille-Clubs
Très cordialement
Henri-Pierre DEBORD

 
Grâce à ces documents, nous savons que nous sommes en 1967 pour ce qui est des Floralies d'Orléans. On voit aussi comment il nous est dit qu'il s'agit bien d'un prototype et non d'un exemplaire fabriqué en série. On devine aussi que la politique d'utilisation de ces Clubs tentant d'être totalement libres dans leur fonctionnement se heurtait aussi à cette liberté et que, sans l'encadrement et la structure d'associations ou, ici, des Éclaireurs et Éclaireuses de France, il était parfois difficile de vraiment organiser et animer cette jeunesse.
Est-ce là l'échec de ce type de projet ? Comment, quand et pourquoi finalement ce Club des Jeunes de Boiscommun, intéressant d'un point de vue de l'histoire de l'architecture a-t-il fini par être abandonné ? Soucis d'organisation, de gestion ou simplement vétusté des locaux ?
Une fois encore, l'édition de cartes postales a bien permis à l'époque mais aussi également aujourd'hui de diffuser cette originalité architecturale et d'en conserver pour l'histoire sa forme la plus expérimentale.
Reste une énigme : où est ce Club des Jeunes de Boiscommun ? Broyé par une pelleteuse, offert au feu joyeux de la St-Jean ? Démonté, remonté dans la campagne du Loiret à l'abri de regards indiscrets ? Servant aujourd'hui de cabane à outils ? Partez donc en chasse ! Oh mais... Attendez... Que vois-je là-bas ? Mais... Non ? Pas possible...
Merci de ne pas copier ces images et documents sans mon autorisation ou celle de Monsieur Debord.
Voici quelques extraits de revues des Éclaireurs et Éclaireuses de France, on remarquera la faute d'orthographe sur le nom de l'architecte et le fait qu'il s'agit d'un cliché pris à Orléans, aux Floralies :




 

Comme vous avez été sages, je vous redonne tout de même les deux autres cartes postales de Clubs des Jeunes par Gérard Grandval, d'abord Boiscommun puis Arette :



dimanche 24 mai 2015

C'est le bon coin pour un bungalow

J'ai vu par deux fois en quelques jours d'intervalle la même annonce parue sur le site "Le Bon Coin".
Puis, alors que je cherchais à mon tour pour une amie critique d'architecture des cartes postales d'un village reconstruit, je retrouve, perdue dans ma douzaine de boîtes Ikea pleines de cartes postales, l'une d'entre elles qui fait plus qu'évoquer l'annonce du Bon Coin.
Regardons d'abord la carte postale :



Un premier plan fleuri de rosiers rouges permet au photographe des éditions Pierre Artaud et Compagnie de placer les bungalows étranges au fond de la verdure. Nous sommes à Cournon-d'Auvergne, sur les bords de l'Allier, proches d'un plan d'eau dans ce que l'éditeur appelle la "station-verte".
On y voit donc des petites constructions tout en courbes mêlant semble-t-il l'aluminium et le bois, posées sur une sorte de petite estrade. On devine aussi deux modèles car certains ont deux ouvertures et d'autres une seule. À moins qu'il ne s'agisse du recto et verso de la même construction. On ajoute une terrasse sur le devant et on peut aimer, sous l'ombre du parasol bleu, se reposer au vert dans des bungalows hésitant entre le tonneau, la yourte, ou le chalet suisse...
La carte postale ne nomme aucun architecte, aucun nom d'entrepreneur ou de constructeur.









Mais voilà qu'arrivent les annonces du site Le Bon Coin :
http://www.leboncoin.fr/ventes_immobilieres/806560359.htm?ca=11_s
http://www.leboncoin.fr/collection/780976950.htm
Même s'il y a deux annonces, il s'agit bien de la même habitation légère de loisirs. Est-ce vraiment un hasard ces deux annonces simultanées pour un objet aussi particulier ou s'agit-il d'une liquidation d'un ensemble provenant d'un camping ou d'une zone de loisir, un peu à l'exemple des Tétrodons ?
En attendant, on peut se régaler de retrouver ainsi notre beau modèle de bungalow vu sur la carte postale plus haut et qui cherche donc un heureux propriétaire pour vivre une nouvelle vie. On peut aussi grâce aux photographies de ces annonces mieux comprendre la structure de la construction et la grande beauté de ses courbes. Difficile aussi de savoir si ce bungalow en vente pourrait venir de Cournon-d'Auvergne. Il va de soi que cela nous donne aussi l'occasion de dire que l'histoire des micro-architectures passe souvent sur ces types un peu oubliés de cette histoire et de l'histoire de l'architecture tout court. C'est bien dommage car ce modèle n'a rien à envier à une bulle six coques ou à un chalet en bois de Gérard Grandval. Qui nous trouvera si ce n'est le nom de l'architecte, celui du concepteur ?
Qui se fera ce cadeau superbe et, un matin un peu frais, posera sur un semi-remorque le beau bungalow pour qu'il vive une nouvelle vie, restauré et aimé ? À vos chéquiers !
Je remercie le site le Strict Maximum (très bon site) et Marc Hamandjian de m'avoir signalé cette annonce qui trouva un écho favorable dans mon désordre finalement bien riche.


























Dernière minute !
Voici que notre ami photographe Frédéric Lefever m'envoie un très beau cliché qu'il a réalisé en 1999 à Fumel de la même habitation légère de loisirs ! C'est incroyable ! On remarque sur celle-ci une transformation de la façade beaucoup plus ouverte et c'est aussi très beau. Tout cela donne vachement envie d'en savoir plus sur cette construction et sur sa diffusion.
Merci de ne pas dupliquer cette image sans autorisation de son auteur.
Pour retrouver l'univers de Frédéric Lefever, allez sur son site :
http://www.frederic-lefever.com/



Des nouveautés aussi sur ce nouvel article :

lundi 16 février 2015

I am so purple !

La revue de mode Purple Fashion Magazine me fait l'honneur de me recevoir dans ses pages.
En effet le dernier Volume III du printemps vient de sortir et la rédaction de cet énorme pavé dédié à la mode et à l'art m'a demandé un texte pour un article illustré des photographies de Gianni Oprandi, photographies faites à Créteil autour des Tours de Grandval.







Je vous donne en français le texte ci-dessous pour les personnes qui ne pourraient pas lire l'anglais, car, toute la revue est dans cette langue.
Cette revue fait une large part bien évidemment à la Mode avec de nombreux articles incroyablement illustrés de photographies superbes dans une mise en page et une qualité d'impression remarquable qui fait que, sous la main comme sous l'œil, c'est immédiatement un objet d'un luxe inouï qui est reconnu. Mais Purple Fashion Magazine aime aussi l'architecture moderne et contemporaine en l'utilisant comme décor, comme lieu de shooting pour des articles ou des publicités mais aussi donc, pour des articles analysant pour eux-mêmes les lieux.
La publicité pour Ermenegildo Zegna est à ce titre remarquable de la manière dont on peut reconnaître un espace. J'ai immédiatement reconnu derrière la fiction des mannequins et de la narration amusée de leur espace, le toit du Parti Communiste Français d'Oscar Niemeyer ! J'avoue que cela est assez drôle cette reconnaissance par le Luxe de l'un des objets architecturaux les plus éloignés sans doute par sa fonction de cet univers.









Il y a aussi un article sur la Villa Savoye dont les photographies sont de Olivier Zahm. La Villa Savoye sert de fond à un article nous montrant la nouvelle collection Hugo Boss. Ici l'objet architectural est bien mis en relation avec les vêtements et leurs coupes, quelque chose souvent de délicat et qui n'éteint ni l'architecture, ni les vêtements ce qui est pourtant la difficulté du genre. La promenade architecturale est réussie et un hommage appuyé à Saul Steinberg est toujours bien venu !
Un autre article se déroule à la Fondation Maeght...
Mais ma joie, au-delà de mon article, c'est que je suis voisin de l'un de mes photographes favoris, Wolfgang Tillmans dont j'admire tant le travail. Alors, même si ce frottement n'est que de hasard, laissez-moi croire quelques minutes que je côtoie le photographe !
La revue contient également des articles sur l'art contemporain comme John Armleder, Gabriele Orozco ou encore Laurence Weiner et Claude Rutault. Les amoureux du naturisme se régaleront d'un article sur l'île du Levant mais la revue contient surtout des articles sur la mode cela va de soi. L'article sur la collection hommes du Printemps avec des photographies de Mattias Karlsson est juste incroyable. Il y a plus de 500 pages en tout donc... Bonne lecture !
Je remercie la rédaction de Purple Fashion Magazine pour sa confiance.
Luxe, calme et volupté... D'une revue qui est si proche d'un livre d'Art.
Bien à vous.

Purple Fashion Magazine
Volume III Issue 23, Printemps 2015
25 euros




























Voici la version originale de mon texte sur Grandval largement remaniée :

Dans son extraordinaire Guide d'architecture contemporaine en France, publié en 1970, Dominique Amouroux parle de l'opération de Créteil par Gérard Grandval en ces termes : " Immeubles pétales de G. Grandval simple décoration de façade qui cache mal la pauvreté des cellules intérieures..."

Dominique Amouroux avait raison. Pourtant, ces immeubles sont devenus des icônes de l'architecture des grands ensembles et des villes nouvelles, dans une confusion certaine entre spectaculaire et modernité, réalité des positions architecturales et emblèmes monumentaux.
Que peut-on y faire et surtout est-ce démérité ? L'histoire de l'architecture est ainsi faite que l'intelligence (et même la poésie) du Mirail à Toulouse ne sont  pas reconnus (et même détestés) alors que des effets de façades par leur design traversent l'histoire et prennent par leur magie bucolique un sens.
Il ne faut pas lutter contre cette histoire et se réjouir pour l'un en regrettant pour l'autre. Il faut croire que la puissance d'image en architecture fait autant son succès que son intelligence conceptuelle et que, pour ceux qui vivent là, également, la valeur monumentale, celle d'un signe urbain reconnu est également une chose importante.
On habite aux Choux de Créteil et cela suffit à habiter quelque part. Tout le monde se fait une image de ce lieu particulier dont les balcons en forme de pétales qui m'évoquent bien plus les feuilles du Ginkgo Biloba que celles des choux devaient supporter une végétalisation qui ne fut jamais réalisée. La crainte d'un entretien mal assuré par les habitants et le coût ont eu raison de ce désir. Une tour fanée n'aurait pas été supportable ! Restées debout, vides de l'âme bucolique qui devait les habiller, les tours de de Monsieur Grandval ont atteint le statut d'icônes. 
Pour ma part, je préfère sans doute comme Dominique Amouroux le génie de Jean Renaudie qui réussit pour du logement social à offrir dans ses plans des appartements ayant parfois plusieurs terrasses végétalisables.

À notre époque où l'on nous ressert le mur végétal comme panacée face au souci urbain, où l'on croit que l'architecture parce qu'elle est habillée d'une broche verdoyante est plus acceptable, il est bien possible que le refus même de végétalisation des tours de Mr Gandval, par un curieux effet elliptique, en ait valorisé le statut d'aïeule de l'architecture verte. Les grands ensembles s'entouraient de parcs qui aujourd'hui font de l'œil aux aménageurs urbains avides de densité, mais très peu de programmes incluaient dans leur programme une façade végétale dégoulinante comme les lianes sur les ruines des gravures de Piranèse. Monsieur Grandval rêvait d'une image. Il a sans doute réussi. Et les coquilles vides de ses balcons de béton ont sans doute dans leur beau dessin donné le change à ce refus du vrai vert.
Alors, en me promenant à Ivry-sur-Seine, en regardant les terrasses en friche ou cultivées de certains appartements de Monsieur Renaudie, je me dis qu'il n'y a pas de morale en histoire de l'architecture. Il n'y a que notre désir de reconnaître, de nommer, de situer.

Et au jeu des nominations, les Étoiles de Monsieur Renaudie brillent, excusez-moi, toujours un peu plus que les Choux de Monsieur Grandval que, par ailleurs, j'aime comme on aime une image.
David Liaudet