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samedi 8 avril 2023

Vasarely en maillot de bain



Vasarely aurait pu en installer une chez lui.
Une quoi ?
Une piscine Caneton bien sûr !
Tout comme la piscine Tournesol qui reste le maitre-étalon, la piscine Caneton reste un must de l'architecture modulable et préfabriquée en France. Et si elle a moins d'écho face à celle de Schoeller, la piscine Caneton mérite aussi qu'on en face un inventaire.
Intelligente, belle, pop, ayant bien fait son travail, la piscine Caneton était un bel objet architectural un peu oublié aujourd'hui.
Regardez ! N'avez-vous pas envie de vous installer là devant les panneaux ouverts pour prendre le bleu du ciel et le bleu des panneaux dans vos yeux ? (et la dureté du sol sur vos fesses ?)
On voit bien l'architecture fonctionner. On voit que le photographe a trouvé un moment parfait pour raconter comme elle fonctionne. Deux panneaux ouverts permettent de voir l'intérieur, deux panneaux fermés de comprendre sa modularité. On cadrera des jeunes pour saisir qu'à la belle saison, l'espace de la piscine s'étend alors sur l'extérieur, une sorte de plage...
Le photographe des éditions Combier ayant fait un cliché de l'extérieur et de l'intérieur, il y a fort à parier que les deux clichés ont été pris successivement, dans la même séance photographique. Nous sommes à la piscine de Bonneval.
Sur les deux clichés, le photographe est bien repéré par les baigneurs. On le regarde, on nous regarde. Il faudra donc ré-installer ce modèle de piscine dans l'histoire de l'Architecture comme ayant réussi l'amalgame d'un programme économique et politique, d'un exemple d'une structure en lamelle-collé (dont il faudra faire l'histoire), de l'utilisation du plastique et de la modularité dans un design cinétique et pop.
Remercions les architectes du modèle de la piscine Caneton : A. Charrier, J.P. Aigrot, F. Charras.
Les éditions Combier ne les ont pas oubliés. Et nous ?

pour voir ou revoir des articles sur les piscines Caneton :



dimanche 21 mai 2017

Pragmatisme du lamellé-collé

J'aime le lamellé-collé.
J'aime cette technique peu valorisée finalement en France alors que, curieusement, elle est très présente. Si on chante les structures de béton, les voiles minces, il est peu commun de dire la grande beauté technique et aussi esthétique du lamellé-collé.
Faisons exception, regardons une belle réalisation :


Nous sommes à Brive-la-Gaillarde sous le marché couvert Georges Brassens. La carte postale est une édition IN'EDITE et la photographie est de Jean Daniel Sudres pour Scope. La carte postale est animée comme on dit chez les collectionneurs c'est-à-dire qu'elle est remplie de la vie du lieu. C'est une époque pas si lointaine où l'on pouvait photographier les gens sans que cela ne pose de problème de droit à d'image. Mais si j'aime cette présence, j'aime aussi beaucoup les cageots et cagettes de marché posés sur le sol, venant de manière amusante raconter finalement la même chose que la charpente en poutres de lamellé-collé. Comment faire structure avec un minimum de matériau, ici, le bois ? Il y a bien dans la réunion des deux objets une poésie du moment. Sur le sol, un contenant usé, réutilisé, chargé et peu valorisé, le cageot, au-dessus de la tête, une structure belle croisant les appuis et les traversants, laissant passer la lumière. On remarque en effet la très grande clarté de ce lieu couvert. On remarque aussi la minceur des poutres et la grande simplicité du dessin donnant toute la force et l'agrément de ce marché couvert. Ici, pas de gesticulation inutile, pas d'effet de style trop marqué mais un pragmatisme heureux et sobre qui laisse à la vie toute la place. Nous ne trouvons pas le nom de l'architecte, dommage.
"Le discours est le visage de l'esprit."


Ce n'est pas moi qui le dis mais le correspondant de cette carte postale Combier nous montrant le gymnase Raymond Aubertin de Villeparisis. Le photographe est venu de suite, juste à la fin de la livraison du gymnase. Regardez, la barrière n'est pas terminée, l'arbre est tout frêle. Et, partout, le bleu déteint sur l'image, comme si le ciel venait rejoindre l'architecture. Les fuyantes accentuent la courbe de la charpente, elle aussi, en lamellé-collé. Il fallait du pas cher, du couvrant, du solide et sans doute aussi quelque chose de rapide à monter. L'architecte, Monsieur Trannoy a bien répondu au cahier des charges. On a construit son gymnase avec ce pragmatisme et c'est tant mieux.
Quelques années plus tard :


La barrière est posée, la haie a poussé, l'arbuste a pris ses aises. Les efforts des corps ont dû, à l'intérieur du gymnase, produire des joies et des douleurs. Les garçons ont mis leur short blanc si court. Le photographe des éditions Abeilles-Cartes a-t-il vu le vieux cliché de son concurrent pour reprendre ainsi avec obstination le même point de vue ? Est-il le même photographe ayant changé de maison d'édition ? Pourquoi cette persistance ? Y-aurait-il un point de vue idéal sur une architecture aussi simple, aussi nécessaire, aussi touchante ?
Je ne sais pas. J'imagine.
J'imagine.
On pourra peut-être un jour le demander à Monsieur Rolf Walter, le photographe de cette carte postale pour Lyna et qui est devenu sur ce blog une véritable star.
Je ne résiste pas d'aller en Google Car voir ce que tout cela est devenu. On s'amusera de coller sur la vue de la Google Car la carte postale. Persistance du point de vue, je vous disais.








jeudi 11 août 2016

Le Doute et puis Mottini

Je me souviens bien comment Jean-Jean avait absolument voulu venir me voir sans que je ne comprenne d'abord pour quelle raison, il tenait en plus tout particulièrement à venir à Rouen. Je croyais alors naïvement qu'il voulait voir des réalisations de son arrière-grand-père. Je lui avais dit que peut-être le Havre serait mieux pour voir de l'architecture mais il avait insisté pour venir à Rouen, me rappelant qu'il connaissait déjà le Havre. Il arriva donc un mercredi matin. Il n'était pas seul, je fus surpris de le voir descendre de son train avec son ami Denis. Je me souviens d'avoir souri avec eux du fait qu'ils portaient tous deux les mêmes chaussures sauf que celle du pied gauche de Denis était ouverte à la semelle. J'avais dû alors insister vivement pour aller lui en offrir une nouvelle paire. Ils étaient tous deux gênés et Jean-Jean me soutenait que son père m'engueulerait à leur retour mais je leur expliquais que pour moi, les chaussures ouvertes c'était vraiment une honte, une honte enfantine, durable, quelque chose d'impossible. Et Denis, avec son aplomb fanfaronnant conclut la discussion en disant qu'il n'était pas le fils d'Alvar et qu'il n'avait pas de compte à lui rendre.
Nous étions d'accord.
Pendant que Denis essayait ses chaussures toute neuves, une belle paire de Stan Smith noire, je regardais comment Jean-Jean l'aidait à choisir, appuyait son pouce sur le bout de la chaussure pour voir la pointure, prenant soin d'accorder la couleur avec ses vêtements, tenant le sac à dos de Denis, lui râlant dessus quand il choisissait une paire de chaussures trop voyantes ou trop chères à son idée en s'excusant vers moi d'un regard.
J'en profitai pour acheter à mon tour une paire de chaussures à la fois pour le plaisir mais aussi pour, sans doute, faisant semblant de mêler mon besoin avec cette nécessité pour Denis, de moins le gêner.
On laissa d'un commun accord la vieille paire au vendeur du magasin.
Denis ouvrit immédiatement la conversation :
- Bon, puisqu'il ne te le dira pas, moi, je te le dis tout net. On n'est pas venus là pour acheter des chaussures mais parce que, voilà, Jean-Jean, il veut arrêter les études d'archi, l'année prochaine. Il a loupé ses partiels, il a pas le quota de notes et il veut pas redoubler.
- Vrai ? Jean-Jean ? Mais, je ne sais pas si c'est à moi de vous dire ce que vous devez faire ?
- Si, justement parce que mon père il m'a trop pris la tête et depuis l'accident de Mitica, je ne sais pas bien si c'est ce que je veux faire, tout ça, toute cette histoire qu'on me demande de traîner, de poursuivre... je ne suis pas certain que ce soit mon objectif et....
- Ok... Quoi vous dire ? Et toi Denis tu passes en seconde année ?
- Oh ! Oui, sans soucis. Oui, même si, bon, je ne m'éclate pas vraiment mais y paraît que plus on avance plus c'est intéressant. Enfin, je dois dire que le niveau d'exigence étant vraiment minable, je ne me sens pas très motivé.
- L'école n'est pas bien ?
- Bah, l'école si, enfin, l'émulation tout ça oui et puis, bah y a Jean. C'est déjà une bonne année !
Denis avait à peine terminé sa phrase que Jean-Jean lui tira sur la visière de sa casquette, lui abaissant sur ses yeux.
- On s'asseoit, on met tout à plat, ou on discute en marchant ? D'accord les gars ?
- Ok ! on te suit, David.
J'avais remarqué que Denis me tutoyait facilement alors même qu'il ne me connaissait que depuis peu alors que Jean-Jean, lui,  continuait à me vouvoyer certainement retenu par la relation amicale que j'entretenais avec son père.



Je leur fis faire le grand tour rouennais en passant par la place de la Pucelle, le Gros Horloge, l'Aître Saint Maclou. Ils aimèrent tout ou eurent la politesse de me le faire croire. Mais la charpente de l'église Jeanne d'Arc les laissa tout de même très admiratifs tout comme les têtes de mort et les squelettes dansant sur les poutres de l'Aître Saint Maclou.
- J'ai pas tellement besoin de machin macabre en ce moment, lâcha tout de même Jean-Jean devant les bas-reliefs.
Au Café Perdu, nous pûmes enfin nous asseoir et reprendre la discussion qui était la raison de leur venue sur ce territoire que je connaissais par cœur. Je ne savais trop quoi faire de cette confiance, de cette inquiétude et comment intervenir sans donner l'impression à Alvar que je me mêlais un peu trop de sa vie de famille. Il fallait surtout écouter, me dis-je et laisser le flot venir.
Une mousse blanche de bière finit par s'évaporer de la moustache de Denis. Il m'offrit une Dunhill que je refusai malgré ma furieuse envie de la fumer.
- Tu as encore combien de temps pour te décider ? demandais-je à Jean-Jean ?
- Il lui reste une semaine pour se ré-inscrire à l'école, coupa net Denis.
- C'est court en effet. Mais, dis-moi, tu voulais faire archi pourquoi en réalité ? demandais-je à Jean-Jean.
- Bon c'est certain que j'ai baigné dedans, la famille porte cette histoire et j'ai toujours aimé ça. Je me souviens que la première fois que j'ai voulu comprendre c'était à, vous allez rire, non, quand j'y pense...
- Oui ?






 - ... à Poitiers, j'avais 9 ou 10 ans,  dans les arènes, un espèce de parc d'exposition. Il y avait une immense surface ronde, comme un cirque en fait mais couvert en dur par d'énormes poutres en bois. Mon grand-père m'avait dit alors que c'était du comment, ah merde...
- Lamellé-collé ! rétorqua Denis.
- Oui, c'est ça ! Putain j'arrive jamais à me souvenir de ce terme là. Bon enfin, je ne sais pourquoi ça m'a fasciné. Voilà, ensuite, bah, ensuite, les archives, les histoires familiales, des visites, les pélerinages obligatoires à Ronchamp ou à Marseille. Bon et faut dire aussi qu'à Evry on est servi. Je dessine pas trop mal, j'ai passé le concours un peu comme ça et j'ai été pris. Voilà.
- Et tu voulais faire de l'archi pour qui ?
- Je viens de vous répondre David !
- T'écoute pas ! Tu viens de répondre pourquoi pas pour qui ! David il veut savoir pour qui tu voulais faire de l'archi ? insista Denis.
- Ah... euh.... bah.... moi, quand même...
- c'est quoi ton "quand même" appuyais-je à mon tour.
- La vache, oui, pour mon grand-père, enfin la famille, quoi, ils avaient l'air tous tellement heureux que je fasse ça, comme si, j'étais programmé, comme si même ils étaient soulagés... Putain.
- Quand tu dis "ils" c'est qui ? Visualise, c'est qui ? demandais-je à Jean-Jean.
- Un mélange de mon père et de mon grand-père. Bizarrement, alors même que lui n'est pas archi, c'est surtout à lui, à mon père que je pense.
- On avance non ?
- Ah ? demanda Jean-Jean, surpris.
Denis me sourit. Marie-Laure nous apporta une nouvelle tournée. Il faisait chaud. La fumée de Denis passait devant Jean-Jean avant de passer devant moi. Je n'eus rien à lui demander qu'il me proposa à nouveau une cigarette que, cette fois,  j'acceptai.
- Mais bon, je voudrais pas donner le sentiment que je veux faire de l'archi pour mon père, ça serait trop simple, trop un truc psycho à la con, disons que c'est aussi pour moi, j'aime ça l'archi, enfin, j'aime en voir, en parcourir. J'aime aussi comment je peux skater dessus. Je vous avais expliqué ma cicatrice là.
Jean-Jean me montra à nouveau sa cicatrice que j'avais vue à Royan.
- Oui, sacré balafre ! Mais toutes tes raisons sont valables et justes. Elles sont celles de quelqu'un de sensible aux enjeux de l'archi, il me semble. Tu dessines très bien, c'est révélateur. Je ne crois pas que tu sois seulement dans une histoire d'héritage et, le poids que tu portes, il est peut-être ailleurs que dans tes études non ?
- Ton frangin, et moi... lâcha Denis.
- Quoi ?
- Bah, oui ! Ton frangin a failli mourir il y a quelques mois et puis dans le même temps, nous on est ensemble. Moi, je crois que tu t'en veux un peu de commencer à assumer ta vie alors que tu crois que ton frangin a failli finir la sienne. Bon, c'est vrai aussi que le programme de l'année était assez nul, et chiant. Pas ce dont nous avions, enfin... dont j'avais rêvé, reprit Denis avec certitude.
- Mais, pardon, mais tu ferais quoi si tu ne suivais pas la voix de l'archi ? demandais-je à Jean-Jean.
- J'sais pas... En fait, j'me vois partir.
Denis et moi regardions Jean-Jean prononcer ce dernier verbe avec une voix fluette, semblant s'éteindre. Il y eut un silence. Jean-Jean reprit une gorgée de bière et soudain en souriant :
- Putain ! J'vous ai fait peur à tous les deux !
- Ouais, enfin surtout tu ne sais pas pour où tu te barrerais ! dit Denis
- Et tu ne veux pas partir sans lui ? appuyais-je en pointant Denis.
- Non... Et je peux pas lui demander de venir et de lâcher tout alors que lui, il réussit bien.
- Et si c'était le moteur ? Si ce désir de partir avec Denis était une promesse que vous vous fassiez à tous les deux ?
- Comprends pas, dit Denis.
- Moi non plus, insista Jean-Jean.
- Tu vas t'inscrire. Tu seras avec Denis. Vous passerez l'année ensemble à préparer ce départ. Ce voyage. Pour euh... au hasard...
- Rotterdam ! Le truc que tu voulais voir Denis, là les cubes !



- Oui ! Parfait ! Tu repiques ton année, tu y arriveras parce que tu verras Denis, que tu connais maintenant les attentes de l'école et que surtout, ton frère ira mieux, on le souhaite tous. Puis, en juin, l'année prochaine, tu m'appelleras, tu me diras que tu pars avec Denis pour la Hollande. On rira alors ensemble de cette conversation.
Jean-Jean regarda Denis comme pour un acquiescement de sa part.
- T'as rien à perdre, insistais-je, si dans trois mois, tu tiens pas à l'école, tu te barres. L'été va passer, tu auras pris une décision, tu verras, tu seras content de construire ce projet. Mais je veux, enfin, j'aimerais que tu le prépares vraiment, que tu le construises ce départ, ce projet. Ok ? Tu veux que l'air de rien, je fasse venir la conversation à ton père, que je tâte le terrain ?
- Non David, non. Il faut que j'assume. De toute façon, si je me ré-inscris ils seront tous contents, c'est sûr.
- Non, non, tu recommences, c'est toi, toi, qui devras être content.
En prononçant cette phrase, Denis savait que d'une certaine manière il venait de sceller un pacte avec Jean-Jean, qu'il était même prêt à sacrifier son attachement avec lui pour qu'il soit convaincu de son choix, qu'il le vive pleinement.
- Elles sont trop conforts mes pompes ! déclara de but en blanc Denis, pour changer de conversation et sans doute aussi pour que Jean-Jean ne revienne pas sur cette conclusion.
- Tant mieux ! Vous voulez voir un truc vraiment dément scandaleusement à l'abandon ? demandais-je.
- Oui quoi ? La vache oui ! affirma Jean-Jean, soudain très curieux.
Un quart d'heure après, nous étions tous les trois dans la cour de l'école d'Architecture à Darnétal, devant les somptueux mais délaissés Ateliers du Parc de l'architecte Mottini.
Curieusement, sans oser faire de bruit, Denis et moi regardâmes alors Jean-Jean s'asseoir par terre et sortir son imposant carnet de dessins.

 


 


















Par ordre d'apparition :
- carte postale Rouen, l'intérieur de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc, Arretche architecte, éditions Estel.
- carte postale Poitiers, intérieur des arènes, édition Théojac.
- guide d'architecture contemporaine en France, Dominique Amouroux, Technic-Union, 1970.
- carte postale, Rotterdam, Kubuswonningen 1983, Collection G.A.R, Yendor éditions. Piet Blom architecte.
- photographies de votre serviteur, merci de ne pas copier ou diffuser sans mon autorisation.

lundi 20 juin 2016

Du bois, du métal, du béton, ça coule de Source

Voilà bien l'exemple parfait de ce que nous aimons voir, découvrir, parcourir et partager sur ce blog :



La carte postale Combier fait son travail. Une vue aérienne d'un groupe scolaire dont on reconnaît immédiatement par les formes, les couleurs, la belle période. Rien d'étonnant à la publication d'une carte postale de groupe scolaire, l'école a toujours été un thème privilégié des éditeurs de cartes postales. Ici, pourtant, nous, amateurs de belles architectures, allons particulièrement nous réjouir.
Orléans-la-Source a déjà eu les honneurs de ce blog et il faut le rappeler, Monsieur Dominique Amouroux dans son Guide d'Architecture Contemporaine en France consacre à ce nouveau quartier pas moins de six pages !




 
 
 

Il est donc aisé de retrouver des informations sur ce groupe scolaire qui est l'œuvre conjointe de messieurs Andrault et Parat associés à Nathan Celnik. On notera immédiatement que Jean Prouvé est crédité comme ingénieur car c'est lui qui fournira les panneaux de façades. Mais voilà, il y a une contradiction. Au verso de la carte postale, ne sont pas nommés messieurs Andrault et Parat mais Messieurs Bukiet et Joly...
D'où vient cette confusion ?
Peut-être que Joseph Bukiet étant l'architecte d'un ensemble de logements sur Orléans-la-Source a vu son nom associé à cette réalisation. On se rappellera aussi ici que nous connaissons déjà cet architecte pour le Musée de la Poste à Paris.







Mais on voit bien sur cette carte postale trois moments architecturaux. D'abord ce qui est facile à identifier, le groupe scolaire lui-même situé à droite. Puis à gauche cette belle nappe de carrés en pyramides inversées dont j'aime l'étendue presque régulière et qui est le restaurant. Enfin, au fond de l'image, on trouve ce très beau bâtiment que Dominique Amouroux nous signale comme étant une salle polyvalente et dont on admire déjà la structure !
Dans l'excellente mais rare revue Bois d'Aujourd'hui datée de 1970, je trouve un article complet sur cette salle polyvalente attribuée à l'architecte Nathan Celnik sous la direction du Cabinet Andrault et Parat. L'article de Raoul Verguez fait bien sûr l'éloge de la structure en bois mais c'est justice vu l'ampleur et la beauté de ce lieu. On regarde ?




 



 




On retrouve d'ailleurs cette salle polyvalente dans une publicité de la même revue mais en 1971, publicité pour le Contreplaqué DouglasFir Canadien ! Cela prouve que cette salle polyvalente a bien fait parler d'elle tant elle est exceptionnelle et mériterait bien d'être protégée :





Toujours dans cette même revue, on trouve une photographie de l'intérieur cette fois du restaurant universitaire, celui au premier plan de la carte postale, qui nous permet bien de comprendre le très très très beau jeu de construction de cette structure ! Quelle merveille ! Là également, c'est bien messieurs Celnik et Leguen qui sont crédités comme architectes pour le Cabinet Andrault et Parat. On les remercie !











Enfin, comme ultime preuve que le travail du bois pour cet ensemble est remarquable, la revue Bois d'Aujourd'hui en fera sa couverture et nous donne également une interview de l'Agence Andrault et Parat. Je vous donne les questions et les réponses ainsi que les images superbes de ces structures, on notera le pragmatisme des réponses données par Georges Rousseau au nom de l'Agence Andrault et Parat :

 

Nous demanderons, tout d'abord, à chacun de nos interlocuteurs d'essayer de définir cette technique toute neuve en France :


Peut-on tenter l'historique de ce type d'emploi du contreplaqué à l'étranger puis en France ?

 

Peut-on déjà, dans ce domaine parler d'une doctrine ?
 
 Et le problème du feu, qu'on s'attache actuellement à dédramatiser ?

Pensez-vous que dans l'état actuel des choses, que les bureaux d'études et les architectes soient suffisamment informés de ce problème des structures en contreplaqué et des solutions existantes ?
 
Comment réagissent devant ce type de structures, les opérationnels, depuis le maître de l'œuvre jusqu'au compagnon ?
 
Pouvez-vous commenter brièvement des expériences que vous avez vécues dans ce domaine ?



 




Sur cette photo, on retrouve Monsieur Celnik avec la maquette du projet dans les mains !
 

Si on retrouve bien le Lycée d'Orléans-la-Source dans la très belle monographie consacrée au duo Andrault et Parat publiée au Cercle d'Art, on s'étonne de ne pas y trouver les noms de messieurs Celnik et Leguen...
Mais on n'oubliera pas de dire aussi que cet ensemble doit beaucoup au très beau travail de Bernard et Yvette Alleaume qui firent là, sans aucun doute, l'un des plus beaux paysages qui soit et l'une de leurs œuvres majeures. Leur compétence à dessiner et inventer des espaces au pied de l'architecture dénote aussi une parfaite compréhension des enjeux de celle-ci. C'est admirable. On leur doit également le même type d'aménagement au pied de l'Université Tolbiac à Paris.
Il est donc grand temps maintenant, vu la qualité exceptionnelle et rare de ce lieu, tenant à la fois d'une réflexion sur le programme, sur l'économie, sur la préfabrication, sur l'utilisation de tous les matériaux de la construction moderne (bois, béton, métal) de classer et protéger cet ensemble tout entier en prenant en compte aussi bien des bâtiments que des espaces. Il s'agit de l'un des chefs-d'œuvre de cette période en France, en ne faisant pas de Jean Prouvé la seule porte d'entrée pour en saisir l'importance.
La carte postale l'avait déjà compris. Et les institutions ?
Merci de ne pas copier ces images et documents sans mon autorisation.