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vendredi 27 juin 2025

Ionel Schein fut brutaliste à Angers

Monument !


Cette carte postale pourrait à elle seule résumer ce blog. Force d'une photographie à la chambre ayant redressé les verticales, un noir et blanc délicat, un isolement du bâti, une tour massive en béton, une grille magnifique, et un ciel blanchi comme tentent de le faire encore (après les Becher) tous les photographes contemporains de la dernière heure.

La radicalité de cette Tour Viollet à Angers est un pur chef-d'oeuvre du hard-french et du brutalisme à la française, c'est à dire peu spectaculaire dans ces atours mais vibrant d'abord de sa structure et de sa pensée architecturale. On sait qu'à Angers sévissent aussi les grottes de Kalouguine.

Ici, on dessine, on monte, on oppose, on brutalise rien moins que le ciel et c'est tant mieux ! Ah ! La joie de lever la tête, d'être un piéton au pied, heureusement surpris de la hauteur mais aussi du très beau traitement des espaces du rez-de-chaussée aujourd'hui...remplis, défigurés.


Et comme cela doit être un privilège que de monter dans les étages et d'avoir à la fois la vue comme aurait dit Raymond Roussel et l'étoile au front.

Bien entendu, je ne pouvais qu'avoir cette carte postale des éditions M. Chrétien à Angers dans ma collection. On note que cet éditeur nous donne bien la nomination de la Tour Viollet mais également le nom de l'un de ses architectes : Ionel Schein ! Rien moins ! Et les amateurs d'architecture de plastique, des utopies oubliées, des architectures étranges, ceux qui fréquentaient le FRAC Centre avec avidité il y a encore peu doivent se dire : 

- Qui ? Pardon ? Ionel Schein ? Vraiment ?

Oui. Lui-même. Moi aussi ça m'a fait ça ! Mais pourquoi donc l'éditeur oublie-t-il de nommer aussi René-André Coulon et Yves Magnant alors même qu'il nomme les noms des constructeurs : établissement Brochard et Gaudichet. Et pourquoi, une fois encore oublier de nommer Jean-Michel Lestrade l'ingénieur qui travailla avec les architectes et les constructeurs pour le calcul des charges ? Manque de place ? D'informations ? Modestie de l'ingénieur ?

En tout cas, cette très belle, imposante et importante historiquement Tour Viollet d'Angers est assez méconnaissable aujourd'hui. La façade fut reprise, le rez-de-chaussée comblé donc et l'allure générale est bien triste aujourd'hui, toute l'écriture des pleins et des vides écrasée, comme lissée. Quel dommage ! J'ai eu du mal à la reconnaitre. Mais comment se fait-il que dans tous mes voyages à Angers je n'ai jamais entendu parler ni vu ce beau totem de la Modernité ? Personne pour m'y emmener ! 

Il faudra donc faire descendre cette façade hideuse, redonner des volumes et des ombres à celle d'origine, reprendre et réouvrir le rez-de-chaussée, préserver l'auvent-signal de l'entrée, revoir l'implantation globale de la Tour Viollet. On demande à Lacaton et Vassal de nous faire ça ? Allez ! Venez ! On a besoin de vous.

On notera que la Tour Viollet (orthographiée Violet) est bien répertoriée dans le guide de mon très cher Dominique Amouroux. 

Walid Riplet.

Pour revoir L'architecte René-André Coulon sur ce blog :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/11/je-hais-la-famille.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/06/1023-endormis-au-moins.html


Pour revoir Ionel Schein :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/03/jocelyne-lestrade-pose-dans-la-cabine.html

https://archipostcard.blogspot.com/2009/11/paris-construit.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/11/pour-joachim-la-rue-dulm.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/09/claude-parent-des-livres-chapitre-1.html








mardi 16 juillet 2024

Joyeux anniversaire la Grande Motte !

Par deux fois, la télévision se fait le relais de la bonne nouvelle : la Grande Motte a 50 ans !
Et il semblerait qu'il faille s'en réjouir officiellement. Dire qu'il y a encore quelques années, il était plus souvent question de la moquer, de la critiquer voir de l'utiliser comme repoussoir de l'architecture moderne ! On se souviendra longtemps de comment les curés de Thalassa nous servaient la Grande Motte comme exemple ignoble de la bétonisation du littoral...Ils n'étaient pas très subtiles, les pauvres...
Et, quand j'ai commencé ce blog, nous étions peu nombreux à chanter la chance de cette architecture.
Je n'oublie pas que mon tout premier post sur mon blog en...2007 était une carte postale de la Grande Motte !
C'est donc depuis presque vingt ans que j'assiste (et les amateurs de belles architectures avec moi) au retournement d'opinion sur ce qui est maintenant devenu un Patrimoine, a place to be, un lieu Vintage et surtout une vraie ville habitée toute l'année.
Tant mieux !
Tant pis pour la génération Thalassa...
Une ville de cinquante ans c'est quoi ? D'abord c'est une ville complète dont les jardins, les aménagements urbains, les architectures, les espaces publiques permettent de mieux comprendre comment Jean Balladur avait bien pensé cet accord entre mer, architecture et paysage. C'est une évidence aujourd'hui. Mais c'est aussi le début nécessaire d'une première réflexion sur sa préservation et une lumière puissante doit être posée sur tout ce qui fait de la Grande Motte sa particularité. En ce sens, tout le monde doit être vigilant à...tout. 
Et dans toutes les échelles : du plan d'urbanisme aux poignets de portes, aux huisseries, aux couleurs, au respect complet et total des dessins des ouvertures et les matériaux, tout doit faire l'objet maintenant d'une attention non seulement des habitants permanents ou saisonniers, des autorités locales municipales mais aussi des autorités patrimoniales régionales et nationales. C'est de leur lourde responsabilité. La Grande Motte, comme d'ailleurs l'ensemble de la Mission Racine, doit dorénavant accéder à cette exigence de l'avenir...attention donc à Port Leucate par exemple.
Ne donnons pas raison aux curés de Thalassa en laissant se dégrader et perdre son sens à toutes ces réflexions urbaines que furent donc les projets de la Mission Racine. 
Exigence partout, tout le temps, respect inaliénable.
Mais l'autre question que je me pose c'est que la Grande Motte profite aussi d'une image fun, joyeuse, ensoleillé. Le Patrimoine au soleil et au bord de mer c'est toujours plus facile à défendre (quoique...) Mais pourquoi ne fête-on pas aussi le Mirail à Toulouse ? Sarcelles ? 
Pourtant en voilà bien aussi du Patrimoine en désérrance...Et le Mirail subit actuellement des attaques honteuses comme bientôt les Tours Nuages de Aillaud à Nanterre...Espérons donc que la télévision française ira y faire un tour et saura aussi célébrer ces mondes qui, sous nos yeux, disparaissent. Doit-on y envoyer Thalassa ? Doit-on mettre un maillot de bain au Mirail ?

Je vous ai déjà tellement montré de cartes postales de la Grande Motte que je ne sais pas très bien comment innover ! Je choisis donc quelques cartes vous montrant la Grande Motte en chantier. On y voit encore des parcelles sans construction. C'est toujours émouvant ce moment d'une ville !
J'aurai bien aimer connaitre ce moment et, en remontant de la plage, sentir le béton frais et l'élan joyeux de la construction d'un nouveau lieu. Quelle chance cela devait être !

Pour revoir La Grande Motte sur ce blog...Ba...Bon courage...Il y en a des posts (plus de 40...)


Pour revoir Jean Balladur :


Pour revoir Thalassa...euh...non...merci...

Par ordre d'apparition :
Carte postale Yvon, imprimée en 301 Draeger (un must!), photographie de Alain Perceval, pas de date.
Carte postale Société des éditions de France, expédiée en 1973, pas de nom de photographe.
Carte postale Estel, pas de nom de photographe et pas datée.




mercredi 8 mai 2024

L'eau et le feu : deux tours

 Le rangement ça a toujours du bon, notamment pour trouver ensemble, sans aucune raison, deux cartes postales très éloignées dans l'objet représenté et dans la localisation. Ici, l'écart est immense...
On va commencer avec une vieille connaissance mais une vieille connaissance que nous n'avons pas vue en carte postale en premier mais bien dans le réel de sa ville, il y a très longtemps maintenant : Nancy.
Voici donc le très beau et très célèbre Building Joffre (St Thiébault) représenté par cette très réussie carte postale des éditions La Cigogne. Comment ne pas jubiler devant un aussi beau morceau de bravoure, une image aussi parfaite, presque trop. Remarquez l'incroyable beauté du champ coloré, tout est tenu dans un gris bleuté d'un effet absolument magnétique ! Nous ne pourrons pas remercier le photographe puisqu'il n'est pas nommé...Pourtant ! Quel cliché !
Mais nous pourrons remercier l'éditeur car il nomme bien l'architecte : Henri Prouvé.
On note aussi que, comme souvent avec ce genre d'objet architectural moderne, l'éditeur se croit obligé de nous donner deux indications supplémentaires comme pour en accentuer la modernité.
Hauteur : 82 mètres.
28 Niveaux. Voilà qui est dit. On note la solidité de la perspective qui permet par le redressement des verticales de faire tenir debout, bien droit, le beau Building Joffre.
Ce qui est assez particulier c'est que si on interroge un moteur de recherche sur ce Building, on tombe immédiatement sur l'incendie de 1982 qui le ravagea mais qui le laissa tout de même suffisamment entier pour qu'il soit encore aujourd'hui debout. On parle même de Tour Infernale.
On a vu ici un exemple d'incendie tout aussi dramatique :
On apprend que ce beau morceau d'architecture est maintenant inscrit au titre (totalement inutile) de Label Architecture Remarquable.
On notera que Dominique Amouroux avait bien inscrit lui ce Building dans son guide et je vous redonne plus bas son article.



Mais voici une bien étrange curiosité.
Avouez que c'est bien là un morceau de bravoure étonnant !
Cette tour est en fait un château d'eau maquillé mais bel et bien habité !
Je vous invite à lire ici son histoire et son origine :
J'espère que certains d'entre vous iront y dormir ! N'est-ce pas amusant cette grosse maison posée sur une tour presque banale ? J'aimerai bien voir comment on y dort...
C'est certes une architecture de camouflage mais on ne peut que lui accorder des qualités assez singulières d'onirisme, d'humour et d'étrangeté.
Ce morceau de bravoure me rappelle l'audacieux et facétieux travail d'Edouard François à Champigny-sur-Marne. 
Il ne faut pas trop vite moquer l'humour en architecture même si parfois l'humour touche presque au cynisme.
Ici, nous sommes donc à Thorpeness, devant ce qui est appelé "the House in the Clouds". L'édition est de Pawsey & Sons.
Ainsi voici deux tours, l'une reçut l'épreuve du feu, l'autre cache l'eau. 
Il faut vraiment que je range, que je trie.



lundi 21 mars 2022

Pareil pas pareil, le duo Maillard Ducamp

Il y a certainement quelque chose de fascinant à ce que l'édition de cartes postales rende compte de l'édition de l'architecture. En effet, comme nous le suivons sur ce blog avec les piscines Tournesol ou Caneton, certains objets architecturaux réalisés en série sont bel et bien diffusés en série par ce médium populaire. On croit donc souvent revoir une construction que nous connaissons déjà alors qu'il s'agit d'un même modèle construit ailleurs. La mémoire fait ainsi des bonds et il est curieux de se voir piégé d'un lieu à un autre. Et puis, il y a des architectes qui ont, pendant leur carrière, tenté de diffuser partout où cela était possible un système constructif et structurel permettant de répondre à chaque fois d'une manière similaire. Voir par exemple Michel Duplay.
C'est bien aussi le cas des architectes Maillard et Ducamp.
On peut s'en apercevoir d'une manière assez simple en prenant notre guide vénéré et en s'apercevant du nombre d'entrée dans ce seul guide : 9 ! Et Archires aussi nous donne plein d'entrées également, surtout des piscines d'ailleurs.
J'avoue aimer retrouver cette silhouette si particulière des piscines dessinées par le duo Maillard et Ducamp et de le reconnaître mais aussi, chaque fois, avoir un doute sur sa localisation, à cause justement de la multiplication de ce modèle.
Regardez :





Il est certain que cette écriture architecturale reste facilement identifiable et que depuis une simple carte postale on pourrait se penser devant la même piscine ! Or, nous sommes, dans l'ordre à Tournon, Montbard, Avallon, Orsay et Château du Loir !
Toutes des piscines donc ayant comme architectes Maillard et Ducamp et leur fameux et très beau système de construction en béton. Vous me direz que nous avons l'habitude de la préfabrication des piscines pendant cette période avec les Piscines Caneton ou Tournesol mais ici, loin de l'image de légèreté et d'atterrissage de ces modèles, nous avons une mise en œuvre du béton précontraint et d'un jeu très subtil et formellement réussi de points portants et de points d'extension. C'est d'une grande beauté et intelligence structurelles, celles du Brutalisme à la française, c'est à dire alliant d'abord une efficacité à une esthétique. 
Et ce travail fut largement édité et diffusé dans les revues de l'époque.
Par ordre d'apparition donc :

1 une édition Combier expédiée en 1970 qui nomme les architectes Maillard avec Ducamp-Roche pour cette piscine de Tournon. Difficile de savoir pourquoi ici le nom de Ducamp est associé à Roche. La jeune Véronique indique que le camping est très propre. C'est déjà ça. On admire le travail du photographe qui réussit, tout en étant proche, à nous faire voir à la fois le bassin extérieur et la façade superbe de la piscine. Admirons le travail du béton, la succession des courbes et des ouvertures.

2 une édition la Cigogne pour cette piscine de Montbard qui nomme bien les architectes Ducamp et Maillard (DPLG) et associe également les architectes Jouven et Phelouzat, également DPLG. Certainement les architectes qui ont suivi sur place la mise en ordre. Pas de date d'expédition ni de photographe. Comme la structure est ouverte en partie haute, on peut admirer la structure et le remplissage ici des espaces non plus par du béton mais par des briques.

3 une carte publiée par les Éditions Nivernaises qui nous montrent donc la piscine d'Avallon. Les architectes sont bien nommés, Maillard et Ducamp, la carte fut expédiée en 1970. Le photographe se place hors du terrain de la piscine, cadre donc d'un peu loin celle-ci. N'a-t-il pas eu l'autorisation de rentrer, n'avait-il pas pris son maillot ou bien a-t-il décidé d'installer la piscine dans son décor urbain ? On note, là aussi, un remplissage par la brique.

4 une édition Combier pour cette carte de la piscine d'Orsay. La carte nomme bien le duo Maillard et Ducamp et y ajoute Monsieur Hubert comme architecte d'opération. J'aime qu'il y ait si peu de monde dans son grand bassin, la couleur de l'eau et le store rouge vif lui donnent beaucoup d'allure aussi. On notera que la piscine est accessible par une immense rampe qui longe une bâtisse ancienne... C'est étrange cette rampe. Les huisseries en bois sont superbes. La carte ne fut pas expédiée ni datée et ne comporte pas de nom de photographe.

5 une édition Abeille-Cartes pour Lyna (écrivez-moi) nous montre donc la piscine de Château du Loir. La carte fut expédiée en 1976 mais la carte est plus ancienne sans doute. On note que, cette fois, les architectes sont oubliés mais que le photographe Monsieur Serge Henry est lui bien nommé. Aurait-il fait partie d'une équipe de la célèbre maison Lyna ? On note le peu de monde dans cette piscine ce qui fait rêver. L'architecture de Maillard et Ducamp se déploie le long du bassin, tranquillement. Une image d'un certain idéal.

Si, dans vos promenades, vous voyez une piscine Maillard-Ducamp dites-vous bien que vous avez en quelque sorte un don d'ubiquité architecturale. Ne nous reste qu'à trouver un jour une carte postale de l'intérieur pour compléter notre admiration de ce beau travail structurel.

Pour revoir toutes les piscines Tournesol ou Caneton (vous avez du boulot...) :


mercredi 11 août 2021

Piscine Tournesol sur l'autre rive

Dans nos circulations habituelles, il y a des lieux que l'on voit toujours identiques comme des repères mais que l'on ne va pas vraiment voir. Jalons importants mais pas traversés. Porcheville c'est exactement ça pour moi. Sur la route vers Paris j'attends toujours les cheminées de Porcheville, géantes magnifiques, qui me rappelleront systématiquement que, lors d'un voyage scolaire, l'un de mes camarades de collège, fièrement, nous indiqua que son père avait participé à leur construction. J'avais aimé cette idée du père et j'avais jalousé cette particularité.
Mais aujourd'hui j'aurai autre chose à penser et à rêver : une piscine Tournesol !
Il me faudra faire un détour au retour d'une visite de la capitale et traverser la Seine pour aller la voir. Pour l'instant, voici deux cartes postales aériennes éditées par le Studio M. François qui m'ont permis de découvrir cette piscine Tournesol dont je ne connaissais pas l'existence. 
Une de plus dans notre inventaire ! Et il semble, en plus, que celle-ci soit toujours debout. Il faudra vite y aller. Peu d'autre chose à vous dire qui ne fut déjà dit sur nos piscines Tournesol, ailleurs... On peut remarquer tout de même que la piscine est enclavée sur son terrain mais qu'elle est construite à proximité des écoles dont on devine facilement les raisons. Et j'avoue que je vois de Porcheville une autre image, un village étendu et vert que l'autoroute A13, au loin, ne laisse pas deviner.  La ville a-t-elle eu droit à une carte postale mettant cette piscine Tournesol en vedette ? On espère ! Porcheville ! J'arrive !










lundi 4 janvier 2021

Mais l'architecture, on entre dedans

Alors que je cherche (en vain encore) le nom du maquettiste qui réalisa les si somptueuses maquettes en bois plein de Architecture Principe, je tombe sur un petit texte de Claude Parent dans son autobiographie, petit texte qui résonne à la fois avec une carte postale reçue récemment et une discussion avec l'ami Louis Lepère sur l'évolution de son travail d'artiste-sculpteur.

Les astres et surtout mon Soleil s'accordent donc en ce début d'année.

Commençons par le commencement, c'est-à-dire par l'objet même de ce blog, une carte postale et une architecture :


Les aficionados du brutalisme à la française, les amoureux des machins biscornus de la Modernité, les chasseurs en Safari de bidules oubliés et les fabricants d'Atlas douteux de formes auront reconnu cette icône : le Château d'Eau de Valence dessiné par le sculpteur Philolaos que nous avons déjà rencontré ici sur ce blog et notamment au Mans où il œuvra avec Andrault et Parat. Je vous laisse chercher, cela vous fera des pieds musclés.

Ce travail remarquable et remarqué est d'ailleurs dans notre guide vénéré d'architecture contemporaine en France et voilà ce que nous en dit Dominique Amouroux :



On est heureux de voir que André Gomis, grand architecte est associé à cette œuvre et même qu'il en serait le commanditaire. On voit aussi comment Dominique Amouroux explique bien que, en quelque sorte, c'est la visite architecturale et le déplacement de l'œil qui permettent d'en saisir le sens comme si la photographie figeait quelque chose d'essentiel à cette construction : sa mouvance. Certes les images en noir et blanc du guide (véritable hommage à rebours à Bernd et Hilla Becher) nous laissent tout de même émus de ce que nous percevons du génie du dessin du sculpteur. D'ailleurs les auteurs du guide proposent bien deux photographies de ce Château d'Eau ce qui prouve leur désir de rendre compte de cette plasticité mouvante de l'objet. Dans le même temps cela signifie bien qu'il est difficile d'en trouver un point de vue idéal, celui qui déterminerait depuis l'image le sens du regard que l'on doit porter dessus. 

Mais. Oui mais. 

Après tout, n'est-ce pas le cas pour toute l'architecture ? N'est-ce d'ailleurs pas le signe même de ses qualités qu'un objet architectural nécessite plusieurs points de vue pour être relativement bien perçu dans son entité ? Pourquoi donc penser que, parce qu'il se voudrait sculptural avant d'être architectural, un objet nécessiterait de fait plus d'images ? Risquerait-on quelque chose à ne voir ce Château d'Eau que d'un seul point de vue ? On sait bien que l'architecture a toujours pu être perçue comme une sculpture pénétrable dont les émotions spatiales seraient déterminées par la visite des formes vides contre le cheminement des formes pleines. La fameuse promenade. Mais la tentation d'image a conduit depuis toujours les architectes à se laisser tenter par une architecture-signe, bloc, faciale, faisant d'un coup image, se résumant à une forme sculptée dont finalement la coque extérieure suffirait à dire le génie. Mais l'architecture, on entre dedans.




Que faire de ce désir et cette nécessité de la pénétration ?

Si j'en crois les images de ce Château d'Eau (que je n'ose pas encore appeler sculpture), si j'en crois seulement mon imagination (puisque je n'ai pas eu la chance de voir dans le réel cet événement architectural), je dirai que ce qui le constitue surtout comme son intérieur n'est finalement pas, bien sûr, ce que contiennent les deux formes accolées l'une à l'autre mais bien l'espace entre elles, cette fente maintenue, se frôlant, donnant presque parfois l'illusion même qu'elles se touchent. C'était aussi en quelque sorte, dans un objet bien loin formellement de cette sculpture ce qui se produisait de poétique au World Trade Center de Yamasaki, la chance que le point de vue donne finalement l'illusion superbe que les deux tours finissaient par parfois se toucher. Comme les deux mains assemblées de Rodin qu'il appela... Cathédrale



Faut-il donc se plaindre que parfois l'architecture prenne le risque d'un baroque formel plus fort que son unique fonction ? Faut-il rapprocher ce désir de fondre la fonction dans une forme de Design dont l'échelle pourrait réduire la forme à celle d'un vase ? Doit-on oublier les fonctions qui, trop terre-à-terre ne seraient pas dignes de faire des formes ? La gratuité esthétique est-elle payante dans un objet se voulant comme un signal, fabriquant pour une Z.U.P un événement culturel, un choc, une grandiloquence ? Les Becher nous ont appris à aimer la variété formelle parfois indigente des réservoirs, à s'amuser des différences, des faiblesses de certains. Mais leur inventaire ne nous fait jubiler finalement que par la multitude et l'œil alors aime ne plus s'arrêter et éprouve une autre mouvance, celle des formes toujours renouvelées et toujours finalement identiques. C'est pour cela qu'en architecture, il est ridicule de se réfugier dans la typologie. Ils nous ont appris à aimer même et surtout les Châteaux d'Eau normaux. Fallait-il qu'il soit exceptionnel pour qu'on supporte la présence de celui-ci dans le paysage de Valence ?

Alors que faire de ce va-et-vient profond et répété entre la sculpture et l'architecture ? Rien. Surtout apprendre que les formes répondent à une fonction (programme) ou à un rôle (culture) et doivent être justes c'est-à-dire aptes en effet à faire oublier justement ce qui les fonde. C'est pour cela que l'on jubile dans le même temps d'une grotte, d'un supermarché, de l'espace infini d'un horizon ou du dessous de la table à manger.

Reste que l'architecture inutilement torturée pour faire une forme est une erreur et que tout ce qui est constitué d'un vide dans le dedans d'une forme n'est pas une architecture. Dubuffet aurait pu convaincre de cela Gehry.

Voyons donc ce que nous dit Monsieur Parent :





Bien entendu que Monsieur Claude Parent utilise l'exemple du Château d'Eau pour construire son attaque dans un ouvrage contemporain de celui de Philolaos ne laisse que peu de doute sur celui à qui s'adresse cette attaque... Enfin... j'en suis quasiment certain. Il devait préférer celui de Gaston Jaubert. On s'amusera aussi de l'utilisation de la claustra qui résonne aujourd'hui avec celle de Jean Nouvel à l'Institut du Monde Arabe, comme si, bien des années après, l'élève avait voulu faire enrager le Maître ! On reparlera de Gilioli un autre jour.

Il est donc bien difficile de faire la part des choses car, avant même de savoir souvent on ressent et ce sentiment spatial, cette émotion n'a que peu à faire avec son origine de sculpture ou d'architecture. Il y a des formes justes et juste des formes pour faire un jeu de mots facile. L'architecte sculpte son espace, c'est évident. Reste à savoir quels principes il utilise pour ce faire. Et la jubilation de l'œil ne suffit sans doute pas. On sait aussi que notre culture architecturale nous permet bien aussi une jubilation plastique dans la transparence des principes constructifs. C'est là la belle invention du néo-brutalisme par Banham. Il ne faut pas s'y tromper comme le malheureux Chadwick. 

Pour finir, je vous donne les informations nécessaires : la carte postale est une édition de l'Association Philatélique de Valence dont le photographe est Jean-François Sbardella. La carte postale nomme bien (merci!) le nom de Philolaos et celui d'André Gomis comme architecte. Il s'agit donc certainement d'une carte postale éditée pour constituer des entiers philatéliques et pas d'une carte postale distribuée sur les tourniquets.

En effet, le Château d'Eau a fait l'objet de l'édition d'un timbre que voici : 



samedi 22 août 2020

Port Gruissan ? C'est Daniel Leclercq !

L'histoire de l'architecture est souvent écrite par des professionnels de la recherche, des historiens de l'architecture construisant leur théories et explications au sein d'une corporation qui se reconnaît. Pourtant, il existe des personnalités qui, souvent par amour pour un lieu et une histoire, construisent à leur tour des histoires de l'architecture. Par le biais d'un regard amouraché, ils réussissent à rétablir si ce n'est une vérité du moins des précisions plus grandes, des originalités hors d'un commun admis de l'histoire de ces lieux, de ces architectures.

Daniel Leclercq depuis des années maintenant est de ceux-la. Port Gruissan, c'est Daniel Leclercq. Et il travaille Daniel, il creuse son sillon, il cherche, toujours prêt à remettre en question le dogme, à rétablir la vérité, à décrypter les documents, à les faire chanter entre eux, se refusant à croire trop rapidement aux affirmations répétées toujours avec les mêmes inexactitudes. Il aime aller à la source où l'eau est plus fraîche et plus limpide.

Voilà que je reçois de sa part deux ouvrages entièrement consacrés à Port Gruissan et à son architecte Raymond Gleize. On y retrouve son goût immodéré pour une analyse pointue, une jubilation documentaire et ce désir un peu fou d'aller contre des préjugés et des présupposés. Il n'a pas peur. Il n'a pas peur parce qu'il travaille.

Certes, parfois c'est touffu mais que voulez-vous, si vous tenez à comprendre la Mission Racine, l'implantation de Port Gruissan et de ses choix esthétiques et urbains, il ne faut pas faire semblant de lire mal des documents mais bien prendre les traces et archives pour ce qu'elles sont : indispensables pour penser vrai. C'est l'amour qui le conduit, qui le porte. Car il vit cette architecture, il la parcourt, il l'arpente, la décrypte et tente même tout pour en défendre son plan masse et ses décors les plus fins, ses espaces publics et les crépis des murs. Un vrai travail d'inventaire comme on dit dans le métier. Il ne fait aucun doute que ce travail gigantesque devra servir à l'avenir de base à toute analyse patrimoniale de Port Gruissan. Daniel Leclercq est, de fait, une autorité, c'est-à-dire, au sens noble, il est autorisé à parler et expliquer. Car, chez lui, il y a surtout ce désir de passeur, de pédagogue. Il veut être précis pour aider à comprendre mais il ne manque alors ni d'humour, ni de fantaisie et même de délicatesse que ses photographies des lieux ou le jeu amusant et frais d'une fiction lui permettent de révéler. C'est goûteux.

Alors bien entendu Port Gruissan est aujourd'hui bien moins mainstream que La Grande Motte, la Reine de la Mission Racine. Mais justement, il ne faudrait pas que son ombre occulte les autres lieux et Port Gruissan mérite de fait ce regard. Car c'est une ville équilibrée, moderne, moins spectaculaire sans doute mais aussi plus urbaine au sens exacte de l'urbanité : vivre une vraie ville. Port-Gruissan est marquée par une architecture sensible et délicate qui a presque pour vocation d'en faire oublier l'extravagance d'une modernité de spectacle de sa grande sœur. Une sérénité franche.

Port Gruissan a de la chance d'avoir Daniel Leclercq.

Lisez Daniel Leclercq ! 

Ce livre est un ovni dans la production des livres d'architecture et même une audace car Daniel Leclercq y joue un jeu curieux dont je vous laisse découvrir la règle en le lisant. En tout cas, l'entretien qu'il produit avec Raymond Gleize permet de bien entrer dans le travail de l'architecte et de ses subtilités en oubliant pas, en retour de dresser un autre portrait, celui de son auteur. Savoureux, je vous dis et inédit dans sa forme et dans la richesse de son fonds historique. 

Entretiens, Raymond Gleize, essai. Daniel Leclercq éditions de Saint/Roch 

Ce grand album est LE livre sur l'histoire de Port-Gruissan. Bourré de documents, rempli d'une analyse fine de l'histoire, Daniel Leclercq y plonge littéralement dans toutes les particularités, les aspérités, les contre-vérités pour rendre un hommage appuyé à cette ville et à ce projet inscrit dans la Mission Racine. Le chapitre sur Paris Match est réellement typique des errements faciles empruntés par les répétiteurs que Daniel Leclercq corrige avec précision. Et ça change beaucoup de choses sur la vision de cet ensemble ! Tous les amoureux de l'histoire de l'architecture du balnéaire et de cette période architecturale devraient regarder cet ouvrage comme l'exemple de ce qu'il faut faire pour bien restituer une histoire : précision et amour mêlés. C'est aussi un beau livre à l'iconographie bien choisie venant appuyer l'argumentaire.

Port-Gruissan, Patrimoine (remarquable) du XXe Siècle, Daniel Leclercq, édition Valda/Saint Roch 

Et comme Daniel Leclercq n'oublie pas les cartes postales comme documents possibles à l'histoire de l'architecture, j'en glisse une petite qui le réjouira. il s'agit d'une édition As pour Apa-Poux à Albi. la carte n'indique ni le nom de l'architecte, ni du photographe; Nous sommes sur le nouveau port et on y voit bien la belle architecture-signature de Port-Gruissan :

 

Pour voir ou revoir des cartes postales de Port-Gruissan :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/gruissan-son-guide.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/07/port-gruissan-en-verite.html 

https://archipostcard.blogspot.com/2010/04/bleu-jaune-orange-gris-nostalgie.html


dimanche 29 septembre 2019

Expressionisme de bois sur neige

Entre le brutalisme de Flaine et l'expressionnisme d'Avoriaz, mon cœur a toujours balancé. Et puis, rapidement, je me suis promis d'aimer les deux.
Aujourd'hui ce sera Avoriaz.
Tout est déjà dit et bien dit sur cet ensemble absolument remarquable dans son échelle, ses formes et son utilisation du bois ajoutant un signe régionaliste sans être tombé dans les errements actuels du chalet post-moderne.
Nous commencerons donc notre promenade réfrigérante avec cette carte postale des éditions SFP (Savoie Film Production) dont la photographie semble être de Robert Pellet. On notera le choix de nous montrer les Dromonts et le Séquoia de près, enneigés.


Mais depuis quelle résidence le photographe fait-il ce paysage ?
L'image donne toute sa chance à toutes les nuances du blanc de la neige en laissant le bois réchauffer l'ensemble par des teintes orangées voire presque roses. L'image souligne parfaitement le désir d'intégration au paysage par les pentes des toits et des bâtiments qui reçoivent la neige comme pour la distribuer à l'identique des pentes des sommets à l'arrière-plan. Le rouge des personnages nous donnant l'échelle. Un très beau cliché donc.


Pour Combier éditeur, il est toujours bien de faire un beau plan d'avion pour comprendre l'éparpillement des constructions. Quatre tours font comme un immense portail à la montée vers la coulée des bâtiments plus haut, serpentant sur la pente. On note la ligne droite du téléphérique passant au travers et s'opposant aux courbes des bâtiments.
Même ainsi, d'un peu haut, on devine bien la grande originalité de cet ensemble et son ampleur pourtant pas écrasante face au paysage.


Voilà un désir d'image !
Saisie de nuit, la station semble briller de mille feux ! C'est encore Robert Pellet qui signe cette photographie un rien étrange que l'éditeur qualifie lui-même de fantastique ! On note d'ailleurs que sa signature apparaît sur la photographie en bas à droite, ce qui signifie bien le désir de faire œuvre.
Reste qu'il nous est difficile depuis cette image de lire l'architecture mais qu'importe, puisque cette forme onirique est aussi un beau regard sur l'architecture et la preuve de l'attention du photographe à son paysage et à son désir, dans la pléthorique production de cartes postales d'Avoriaz, de faire une image originale. La carte fut expédiée en 1984.
Pour finir, une vraie carte postale proposant un vrai expressionnisme tortueux :




































L'éditeur SECA nous dit qu'il s'agit du clocher d'Avoriaz qui appartient à un ensemble de services d'accueil de la station.
Le moins que l'on puisse dire c'est que son dessin biscornu est comme un décor de Murnau ou une gravure de Schmidt-Rottluff ! Sans doute que le refus de l'angle droit ou des lignes parallèles est un manifeste anti-moderne.
On notera qu'aucune de ces cartes postales ne nomment les architectes de ces constructions. Faisons-le pour elles avec l'aide de notre guide d'architecture contemporaine en France et remercions Dominique Amouroux de son aide :






jeudi 22 août 2019

Pierre Pinsard en exposition


































Les amis Franck Delorme et Dominique Amouroux m'invitent pour une exposition : 
Pierre Pinsard, architectures sacrées dans l'Ain
Nous aimons Pierre Pinsard sur ce blog et nous avons déjà eu la joie de parler plusieurs fois de son travail d'ailleurs fort riche pour l'Art Sacré. Bien entendu, une exposition mettant en lumière cet architecte et dirigée par ces deux amis ne peut qu'avoir sa place sur ce blog. C'est donc avec joie que je vous annonce celle-ci et que je vous conseille d'aller la visiter.
Peut-être aurais-je le courage de m'y rendre moi-même, Bourg-en-Bresse c'est un peu loin.
Mais Franck m'informe également de la publication d'un ouvrage consacré à cet architecte. Voilà qui est une belle autre manière d'apprendre et d'aimer. Nous en reparlerons donc.
Tous à Bourg-en-Bresse !

 Pierre Pinsard, architecture sacrée dans l'Ain
L'exposition aura lieu du 28 août au 19 septembre
du mardi au samedi de 14h30 à 19h30
H2M, Hôtel Marron de Meillonnas 5, rue de Teynière, Bourg-en-Bresse
Renseignements : 04 74 21 11 31

Vous pouvez retrouver Pierre Pinsard dans ces articles :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/04/poncharra-pinsard.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/11/dieu-est-structure.html
http://archipostcard.blogspot.com/2009/08/pie-x-et-claude-parent.html

Et je vous redonne au complet le dernier article :

Crypte est un mot important pour le Comité de Vigilance Brutaliste.
D'abord parce qu'il raconte une typologie, celle d'un lieu clos, sombre, enterré ou souterrain, d'un accès souvent unique, et qui, par le déploiement de sa surface contredit parfois l'impression de son extérieur. La crypte est bien un espace à deux détentes qui offre deux lectures différentes.
Le choc provient souvent de cet écart entre l'extérieur laissant imaginer un espace intérieur dont l'apparition soudaine sous une lumière inattendue déstabilise le visiteur.
Paul Virilio défendit ardemment cette qualité avec les bunkers dont l'instabilité du sol basculé est accusée par l'émergence d'une lumière crue parvenant des meurtrières et des trouées des visées. En fait, c'est la parfaite définition d'une architecture dont la qualité principale serait bien la gestion d'une spatialité ouverte à une sensibilité très corporelle.
Il y a en France un très grand architecte de ce genre qu'est la crypte. Il s'appelle Pierre Pinsard.
Nous n'arrêterons pas de chanter Lourdes et l'immense basilique souterraine qui est un chef-d'œuvre de l'architecture du siècle passé. Il faut aller à Lourdes. Il faut aller voir et surtout vivre cet espace gigantesque caché sous le sol pour comprendre ce que l'architecture du béton a pu produire de plus fort et de plus saisissant et cela, que l'on soit croyant ou non. Ici on a foi d'abord dans le génie constructif.
Aujourd'hui nous allons voir un autre très beau bâtiment de Pierre Pinsard : la Grande Crypte de Ars.



Oui.
En voyant cette carte postale, je sais bien que ceux qui nous suivent ont dû pousser des cris de joie quasi hystériques devant la qualité à la fois de la carte postale et du lieu. Le noir et blanc produit par l'éditeur Combier sert à merveille le travail de l'architecte et nous donne à voir un espace continu strié dans son plafond de poutres solides dont le béton banché reçoit la lumière venant de la gauche. Comment ne pas aimer cet espace solide, dur, en défense, presque baroque dans son économie ? Comment ne pas y voir la citation immédiate de la vie de pauvreté partagée, de rusticité même du Saint Curé d'Ars ? Il s'agit bien là de dire que le lieu parle de celui qui est invoqué. L'alignement des bancs, bancs d'une extrême simplicité, ajoute aussi à ce retrait de toute fantaisie. La lumière est la seule à avoir droit de cité, offrant l'occasion de lire la structure, le matériau, l'espace qui fondent en quelque sorte l'architecture.
Regardons encore :
Nous nous sommes rapprochés de l'autel :



Les bancs ont disparu et l'éditeur nous précise que "la crypte est en voie d'achèvement". Nous ne savons rien de ce degré d'achèvement depuis ce point de vue car tout semble bien à sa place ici. Regardez la matière du mur au fond qui laisse presque lire la coulée du béton. Regardez comment les petites meurtrières du fond de l'autel laissent passer la lumière. Regardez le très puissant dessin de l'autel, construit pour les millénaires à venir. Regardez le rectangle de lumière décentré découpant le plafond d'un blanc pur. Regardez la chaire à gauche faite d'un simple cube. Regardez à nouveau les détails superbes du béton banché sur les poutres. Ne voyez-vous pas dans cette volonté quelques restes d'absolument romans, primitifs, et essentiels ?
Une mise en scène parfaite de la pauvreté et de la retenue qu'il ne faut pas confondre avec une indifférence ou une économie. C'est une abstinence heureuse et conceptuelle.
Rapprochons-nous encore :



La couleur pourrait presque être en trop, presque dure.
Pourtant la tonalité grise tirant sur un bleu naît bien d'une photographie faite au flash qui fait monter des ombres trop dessinées et écrase la matière du béton. On remarquera l'apparition d'une croix fine posée depuis peu et remplaçant celle suspendue dans le vide des cartes postales précédentes. Mais comment ne pas remercier les éditions Combier de la fabrication d'une telle image rendant hommage à la rigueur abstraite de Pinsard ? Comment ne pas croire que nous ne pourrions pas être ici dans la Chapelle du béton armée, celle d'une nouvelle religion nucléaire, celle d'une idéologie de la grotte tellurique, celle qui raconte que le vivant des corps doit s'opposer à la minéralité coulée du béton ?
Il s'agit bien d'une sculpture. Il s'agit bien d'un lieu disant le déroulement d'une cérémonie dont la plasticité absolue, parfaite, claire à son origine de pauvreté est tenue par la plasticité intelligente d'un architecte. C'est d'une beauté éclairante. On osera enfin le lyrisme.
Et dehors ?



La voilà la Crypte. La voici, posée dans le champ donnant l'impression d'un balcon, d'une terrasse portant l'ancienne église et le village. Elle est un socle puissant, modeste, éteint comme un ouvrage militaire n'ayant comme esthétique que son utilité.
Mais Pierre Pinsard fait ce travail en conscience. Il le fait avec cette qualité de retrait dont seule la nécessité constructive devra faire voir le bâtiment. Il ne construit pas un machin orgueilleux, il construit une absence, une discrétion solide qui ne dit rien d'autre que sa nécessité d'espace et de recueillement.
Quelle merveille !
Ma main glisse sur la peau rugueuse de l'édifice. J'imagine comment Pierre Pinsard à chaque moment de son dessin et de sa pensée a dû tout mettre en œuvre pour tenter de ne pas concurrencer l'histoire sans croire à la disparition. Affirmer une forme silencieuse c'est savoir composer avec le bruit des autres. C'est poser une tonalité basse et continue.
Une ascèse.