Affichage des articles dont le libellé est Lucien Hervé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lucien Hervé. Afficher tous les articles

samedi 14 août 2021

Le Corbusier entre tas et colline

 Bien entendu, il existe des cartes postales pour ceux qui connaissent déjà les lieux. Des cartes postales dont l'objet premier n'est pas tellement de faire découvrir au correspondant un espace à lui inconnu, mais bien des cartes postales voulant le montrer sous un angle inusité. Le rôle du photographe alors est bien de regarder ailleurs, c'est-à-dire de permettre la reconnaissance, la complicité entre le regardeur et l'expéditeur  mais aussi de prouver là une originalité particulière, une forme inattendue de ce qui est connu. Souvent cet angle est perçu comme plus artistique, plus original, donnant surtout au photographe une place plus importante puisque sa présence est alors l'atout de l'originalité de cette image.
Il a vu ça lui, en quelque sorte. Et il le signifie.
En voici deux exemples sur un objet architectural iconique : Ronchamp et sa Chapelle. 
Il s'agit d'une telle icône qu'on peut en effet se demander comment il est encore possible d'en montrer une particularité, un terrain peu exploité, une vision fraîche. Le ou les photographes vont alors faire une chose incroyable, ils vont prendre le risque de ne pas montrer l'icône !
Regardez comment sur cette carte postale, le photographe resté anonyme (Bueb ?) tourne ostensiblement le dos à La Chapelle !



Quel culot !
Par contre, il ne tourne pas le dos au programme corbuséen puisque, ainsi, il nous montre l'un des abris du pèlerin sur la colline et il nous montre aussi sa situation dans le paysage. Il est déjà rare de voir des représentations mettant en avant ces petites constructions mais il est encore plus rare d'en voir une depuis ce point de vue. On pourrait en chanter le brutalisme tranquille et le toit végétalisé, on pourrait s'amuser de la polychromie ici éteinte par le noir et blanc mais mon œil quitte rapidement ces questions pour s'attarder sur le tas de terre fraîchement retournée qui vient là, comme une maquette de la colline de Ronchamp. Pourquoi diable avoir laissé ici ce tas de terre et pourquoi donc le photographe a cru intéressant de le cadrer ? Pour me faire écrire ? N'aurait-il pas pu simplement monter sur ce tas de terre et faire son cliché ? Est-ce là l'indice que tout cela sort de terre, que tout cela reste encore inscrit dans le chantier ou dans la rudesse radicale et franche du réel ? L'architecture se doit-elle, quand elle est sacrée, de dire quelque part son origine première et géologique ? Ce tas de terre serait-il un indice de la vanité du monde ? Allez... Je vous sens un peu réticent. Parfois, les choses sont là et c'est justement ce qui fait leur force. Être tas.
Et si nous osions encore plus, et si nous prenions un risque encore plus grand ?



Sur cette carte postale sans nom de photographe, on voit la colline de Ronchamp et en émergeant à peine, presque imperceptiblement  La Chapelle de Le Corbusier. En effet sur la courbe naturelle de la colline un truc, un machin vient perturber la douceur de la courbe, prenant en quelque sorte la pente pour la poursuivre comme un tremplin minuscule, une cale pour un ciel bien trop vide. Trois registres de gris divisent l'image de manière horizontale : herbes folles au premier, forêt sombre au deuxième et grand ciel au troisième. L'écorchure au milieu, le pépin dans la bouche, le caillou dans la chaussure c'est bien La Chapelle. Pour faire une telle image, pour penser que celle-ci rencontrera ses amateurs, il faut savoir déjà de quoi est faite l'architecture. Il n'est plus nécessaire de la montrer vraiment mais il reste possible que son surgissement en soit aussi un signe. Ici, si l'on considère d'abord l'ascension de la Colline de Ronchamp et son pèlerinage comme le centre-même du projet architectural, alors c'est bien depuis ce point de vue, dans l'attente de l'ascension qu'il faudrait montrer La Chapelle. C'est bien ce qui est là-haut qu'il faut aller voir et surtout rencontrer. Aller à Ronchamp c'est parcourir l'espace entre ce point de vue et cette Chapelle. 
Le chemin est l'objet de cette image.
Aucune de ces deux cartes postales, extrêmement originales, osées et révélatrices n'a cru bon nous donner le nom des photographes. C'est bien dommage. Mais on imagine aussi la réception un peu timide de ce genre de cartes, le pèlerin aura toujours tendance dans la masse des cartes postales montrant de face la Chapelle à en bouder les points de vue plus originaux. On y est allé, en effet. Il ne fait aucun doute que la rareté-même de ces cartes démontre aussi que ce que l'on demande à cet art c'est bien une forme de clarté de l'objet, sans risque de se tromper ou de préférer le cheminement du photographe à celui du visiteur. Chacun, en quelque sorte veut son Ronchamp et étrangement, celui-ci ne le sera que dans une communauté d'images et non dans une forme trop personnelle. L'erreur du photographe c'est de croire que ses particularités, son originalité sont recevables par d'autres. Garde ton histoire, garde ton chemin, je veux juste tenir dans mes doigts l'objet pour lequel je suis venu ici, en haut de la colline.

Pour revoir quelques articles sur Ronchamp :
...et tant d'autres....

samedi 16 mars 2019

Corbu nippon ni mauvais




On s'excuse...
On n'a pas résisté...
Sur une carte postale faite uniquement de deux vues découpées se frottent deux architectures bien différentes. L'une concerne le sport avec un gymnase, l'autre un musée de l'Art Oriental. Comme nous ne parlons pas japonais, il nous est difficile de dire ce que le verso de l'image ajoute comme commentaire à ces deux photographies.
Rapidement nous nous étonnons de notre chance de trouver cette carte postale nous permettant d'évoquer l'une des belles architectures de Le Corbusier, son beau Musée de Tokyo !
Certes l'image n'est pas flatteuse, ni même très généreuse car elle fait de l'architecture un décor au penseur de Rodin mais nous ne pouvons que nous réjouir de trouver ainsi une représentation de cette architecture en carte postale.
Nous sommes descendus aux archives après avoir consulté Archirès et nous avons trouvé un somptueux numéro de L'architecture d'Aujourd'hui de 1961avec un article sur ce Musée. Nous ne pourrions mieux faire que vous le partager, nous rappelons que les photographies sont de Lucien Hervé himself, Lucien Hervé qui produit aussi dans ce même numéro un bel article sur le Japon.
Par contre, nous n'avons rien trouvé sur ce Gymnasium qui a la chance de côtoyer sur cette carte postale le musée de Le Corbusier...

D'abord l'article :














































































Le texte très juste de Lucien Hervé (extraits) :










































mardi 15 décembre 2015

Au Havre, Mr Plossu dans la voiture

Je ne ferai pas ce qui pourtant pourrait sembler naturel sur ce blog, un article tentant de comparer les photographies de Bernard Plossu sur le Havre et celles produites par les éditeurs de cartes postales sur cette même ville.
Non pas que je craigne que les cartes postales que j'aime ne soient pas à la hauteur, ni non plus pour affirmer à quel point la photographie plasticienne doit se détacher de ce modèle si rustre mais simplement parce que ces deux mondes sont chers à mon cœur, à mon œil et à mon esprit.
Et que j'aime bien plus les liaisons que les désaccords surtout quand ceux-ci s'inscrivent dans une doxa devenue faible, ennuyeuse, répétée à l'envi par ceux qui ont besoin d'une faiblesse partagée pour redire sans cesse les mêmes inepties et croire qu'ils pensent à leur tour.
Non.
Je préfère vous parler de plaisirs. Bernard Plossu nous propose donc en ce moment une série de photographies sur le Havre absolument superbes. Pourquoi ? Parce que la première chose qu'elles donnent à voir c'est une intimité - (j'avais écrit timidité).
Quelque chose de simple, celui d'un regard à hauteur d'homme, sans l'effet particulier d'un cadrage audacieux mais bien plus une attention fragile, ténue, celle d'une main tendue pour éviter la chute.
C'est fragile, parfois même presque indifférent. Mais tout tient dans l'ensemble à ce jeu que le photographe installe entre nous. Il nous dit qu'il est de notre monde, que comme nous il marche, voit, cadre, choisit, enregistre et rend enfin dans des petits formats parfois à peine plus grands que ceux de la planche contact et plus petits que ceux de la carte postale. Cela, voyez-vous, oblige le corps à l'approche, à viser presque la photographie sur le mur pour se laisser enfin entrer dans l'image. Les gens sont là, en groupe noirci, en ombres furtives, les automobiles, les paraboles sur les cheminées des villas, tout fait signe d'un contact de l'œil avec la ville et ses habitants. Pas ici de formalisme vain, ni de tentative de jouer l'abstraction géométrique de la ville de Perret comme un Lucien Hervé, mais une vison ouverte, joyeuse avec parfois un goût pour une nostalgie étrange. Des side-cars, des Renault 4, des capots d'automobiles un peu anciennes mais vivant là s'accrochent aux photographies comme pour leurrer et amuser le regardeur de son Havre si marqué de son époque. Mais soudain me saute au yeux une particularité. Souvent dans les gris du ciel, je remarque des signes, des tonalités déplacées. Il s'agit du reflet d'objets pris dans le pare-brise du véhicule depuis lequel photographie souvent Bernard Plossu. Au-dessus de containers marqués Italia apparaissent bien ces types de traces douces. Et j'aime ça ! Car cette place derrière la glace de l'automobile dit tout de cette position au monde du photographe. Il est avec nous. Il ne tente pas une hauteur conceptuelle et programmatique, il tient seulement à maintenir dans le temps de pose et dans le cadre le surgissement soudain d'une évidence d'images. On s'amuse autant de la brume sur un café que des porte-livres abandonnés dans une vitrine de la bibliothèque. C'est bien là une poésie.
Et comme au Musée Malraux on ne fait pas les choses à moitié, ce superbe accrochage de Bernard Plossu est introduit par une série de photographies du Havre réalisées par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme dont on pourra mieux comprendre l'importance en lisant l'ouvrage de Didier Mouchel sur cet objet photographique. Mais quel plaisir ces images d'un Havre renaissant, sensible et même parfois drôle qui vise à dire le dynamisme de la période et l'effort de la France, tout cela avec une photographie certes gouvernementale mais qui reste humaniste et joyeuse. On profitera aussi du très bel accrochage réalisé par Véronique Souben intitulé De la ruine à l'architecture utopique qui nous propose une selection d'œuvres d'art très variées allant d'Hubert Robert aux utopies architecturées du XXème siècle. ces trois expositions forment une cohérence de propos, des écarts de points de vue, bref une riche promenade qu'il ne faut louper sous aucun prétexte. Lorsque vous vous retrouvez dehors, vous sentez une envie impérieuse à votre tour de photographier le Havre et d'apprendre à le regarder de nouveau.
Je vous propose de regarder des cartes postales éditées à l'occasion de cette exposition, qui reproduisent des photographies de Bernard Plossu. Elles sont éditées par La Galerne. On regrettera leur prix vraiment exorbitant que même un bord blanc pour faire carte postale d'artiste ne justifie pas... S'il vous plaît, la carte postale est populaire...








Et voici deux "vraies" cartes postale du Havre :




Celle-ci écrite le 6 juillet 1958, nous montre une vue si parfaite avec son premier plan de tulipes plantées dans le jardin de l'Hôtel de ville. Eh quoi ? Il faudrait faire semblant de ne pas les avoir vues ces tulipes ? Bien droites, fragiles, elles sont à l'image de la renaissance de la ville, fières, identiques et très présentes. Il s'agit d'une édition La Cigogne pour André Leconte. Pas de nom de photographe.



Cette autre, vue de haut, nous montre le square et peu finalement, l'architecture reléguée au fond de l'image. Ici on chante la verdure, le parc, une France reconnue, celle de la promenade de la nourrice, de la petite vieille qui donne à manger aux pigeons et des amoureux en rendez-vous...
Je suis certain que Monsieur Plossu aurait aimé faire ces images. On notera qu'aucun des correspondants ne dit rien en bien ou en mal de l'architecture de Monsieur Perret !

Pour toutes les informations pratiques sur les expositions, vous pouvez aller là :
http://www.muma-lehavre.fr/fr/expositions

dimanche 16 novembre 2014

Les béquilles de Jean Prouvé par Lucien Hervé

Ne vous inquiétez pas ou mieux, comme aurait dit Jean-Paul 2 : "n'ayez pas peur !"
Il est vrai qu'en ce dimanche, je vais vous parler à nouveau d'une église mais votre blog préféré (si si ...) n'est pas en train de se tourner uniquement vers ce genre de constructions même si, ici, il va de soi que nous aimons et défendons nos belles églises modernes et contemporaines.
Alors, oui, en ce dimanche de novembre, je vous propose de voir à nouveau une église, la voici :


La carte postale est une belle édition Raymon (contactez-moi !) qui nous montre en fait une chapelle, la chapelle Notre-Dame de Grâce à Morsang-sur-Orge. La carte fut expédiée en 1977 mais date sans doute du début des années soixante. Elle ne nomme pas l'architecte de la chapelle : Monsieur Faraut.
D'une grande simplicité, presque timide, cette belle chapelle de pierre dont la beauté tranquille vient de la régularité des percées en grand nombre sur les façades et au décalage efficace de son plan possède pourtant un trésor bien caché depuis ce point de vue, trésor qui va faire triper (excusez-moi de cette expression) les aficionados du métal.





Ce trésor c'est sa structure et ses appuis réalisés par Jean Prouvé, lui-même.
Alors, je vois déjà les petits suiveurs prendre leur voiture, leur scooter, le train pour se précipiter à Morsang-sur-Orge et faire des photographies qu'ils mettront sur Facebook ou dans des galeries d'art contemporain en inventeurs géniaux qu'ils sont.
Je préfère pour ma part ne pas jouer à l'inventeur d'un inventaire dont je ne suis qu'un passeur qui tire ses informations d'un travail de lecture de documents que d'autres, avant moi, par leur disposition d'esprit, leur travail me permettent d'utiliser. J'aime apprendre et je sais les remercier.
En l'occurrence, je remercie la revue Architecture d'Aujourd'hui de 1957 et surtout Daniel Leclercq, infatigable lecteur de ce blog et pourvoyeur d'informations ! Remercions chaleureusement aussi, dans cette chaîne simple mais réelle des informations, la Maison de Banlieue et de l'Architecture qui a fait une étude du Patrimoine religieux moderne en Essonne.
Non, décidément, les images ne sont pas flottantes, elles ont des créateurs, les informations n'émanent pas seules depuis les fonds profonds de nos esprits, les architectures ont bien des architectes et des chercheurs, des historiens qui œuvrent pour notre plaisir d'apprendre.

Alors... Jouissons !
Regardons comment la revue Architecture d'Aujourd'hui en 1957 relate cette architecture et lui offre tout de même une page entière ! Et qui est le photographe de cet article ?
Rien moins que Lucien Hervé !
Sans doute que la présence de Jean Prouvé dans ce projet est la raison d'un tel attachement à cette petite mais délicate chose. Car c'est peu spectaculaire, c'est surtout structurel, cela ne se laisse pas percevoir si facilement. C'est d'ailleurs là qu'est l'intelligence de l'association de l'architecte Faraut et de l'ingénieur constructeur Jean Prouvé. Se mettre au service d'un programme, faire pour que ce soit juste et que, sans être un objet bavard, la chapelle Notre-Dame de Grâce porte bien son nom. Pourtant tout est dessiné. Et comme un pigeonnier caché, l'architecte avec toutes ces petites niches dans la pierre sait faire une chapelle à la fois solide dans l'impression visuelle (la matière de la pierre effectuant le travail de solidité et de pérennité) mais aussi ouverte et même incroyablement lumineuse. On admirera la finesse des béquilles porteuses de métal réalisées par Jean Prouvé. Voilà encore l'une des merveilles religieuses de notre territoire, l'une de ses richesses. Méfions-nous, soyons vigilants... En France, en ce moment, les trésors on les brise.









jeudi 2 janvier 2014

Le Corbusier et l'Architecture d'Aujourd'hui : sources secondaires !



Alors que je finis de préparer mon intervention pour un colloque à l'école d'architecture de Lille la semaine prochaine, je retombe à nouveau sur cette carte postale du couvent des Dominicains à Eveux de Le Corbusier. Si je vous ai déjà montré cette carte postale c'est qu'elle a plusieurs raisons d'être aimée et représentée ici.
D'abord elle me fut offerte par Claude Lothier (merci Claude !) et rien qu'à ce titre mérite attention mais ce qui en fait aussi sa valeur ce sont ses destinataires : Messieurs Heaume et Persitz, architectes. Cette carte postale appartient en effet à un lot de cartes postales toutes adressées à Monsieur Persitz que Claude avait chinées par hasard... On sait que Monsieur Persitz était le rédacteur en chef de la revue l'Architecture d'Aujourd'hui dont on sait aussi l'importance pour la diffusion de l'architecture. Or, au verso de cette carte postale on trouve bien évidemment la correspondance ici d'une femme nommée Christina dont je ne sais rien, l'adresse de l'agence Heaume et Persistz à Paris mais aussi des tracés de lignes, des mesures qui évoquent un recadrage...



Eh bien oui... j'ai la preuve maintenant que ce recadrage est bien celui opéré pour la diffusion de cette photographie ainsi retaillée dans la revue l'Architecture d'Aujourd'hui... Il m'a suffit de chercher dans ma collection de revues et j'ai retrouvé à l'identique ma carte postale agrandie mais bien recadrée suivant les indications au verso de ce document populaire !









Cela signifie bien que la carte postale servait de base photographique à l'une des plus grandes revues d'architecture et qu'elle offrait, au-delà des représentations cadrées par Le Corbusier une source iconographique valide !
Quelle découverte !
On peut donc maintenant visiter à nouveau ce fonds iconographique de la revue à l'aune de cette découverte et s'amuser à penser que, même si de très grands photographes ont bien marqué la revue de leurs clichés (Lucien Hervé, Pierre Joly et Vera Cardot etc...) la revue ne se privait pas de piocher aussi dans des représentation plus anonymes, populaires et disponibles quand cela était nécessaire. Cela replace donc également parfaitement la carte postale dans l'histoire de la représentation de l'architecture. Nous avions bien déjà vu des rapprochements de points de vue, nous avions déjà même vu comment l'Architecture d'Aujourd'hui s'amusait des éditeurs de cartes postales dans un article mais nous avons ici la preuve de l'utilisation directe de ce type de document. C'est juste, pour moi et pour ce blog une information primordiale sur le regard posé sur ce type de document. On notera que l'article ne nomme pas l'éditeur de cette carte postale indiquant seulement : photo SPADEM...
Et je crois qu'il me faudra maintenant faire une comparaison de l'ensemble des cartes postales du lot Persitz pour le comparer aux publications de la revue. Il faudra de même s'interroger sur la constitution non pas par hasard de ce fonds mais peut-être simplement, de la part des collaborateurs de la revue, d'une construction volontaire et exigée par le comité de rédaction d'un fonds documentaire pour cette revue.
Passionnante perspective... n'est-pas Claude ?
Une journée formidable !
J'ai donc en ma possession un original d'un document publié dans l'Architecture d'Aujourd'hui en 1961.
Quelle émotion de pouvoir mettre côte à côte le document d'origine et sa représentation dans la revue.
Et quelle merveilleuse introduction à ce séminaire doctoral dont voici, pour les plus courageux, le programme ! Peut-être, nous verrons-nous à Villeneuve-d'Ascq !

Feuilletons ensemble la revue de Juin/Juillet 1961 :















    Séminaire doctoral 2013-2014 domaine histoire


Des sources secondaires, ou les possibilités de nouveaux récits

Date : Mercredi 8 janvier 2014 14h30-18h30
Lieu : salle Jean Challet (1er étage)

Organisation, conception : Gilles Maury (Lacth)
Chercheur invité : Luis Burriel Bielza (doct. en architecture/Madrid, MA invité ENSA Belleville)
Intervenant : David Liaudet (activiste en cartes postales et en architecture)
Doctorante : Véronique Boone

Durant la seconde moitié du XXe siècle alors qu'elle se constituait lentement en discipline autonome, l'histoire de l'architecture s'est appuyée, suivant en cela les principes établis en histoire de l'art, sur l'examen de sources premières (fonds d'archives d'architectes, correspondances…). Toujours tributaires des conditions à partir desquelles elle s'élabore, se pense et se concrétise, l'histoire de l'architecture reflète sa propre époque. Aujourd'hui, d'un côté les grandes figures historiques que sont Le Corbusier, Mies ou Wright semblent ne pouvoir faire l'objet que de digest ressassant les mêmes documents ou informations ; et d'autre part, le manque de fonds constitués, de sources balisées, pour certains autres héros gêne ou à longtemps gêné la production d'ouvrages de synthèse : de Charles Garnier à Paul Nelson, les exemples abondent

Le renouvellement des approches, encouragés par la transdisciplinarité à l'œuvre dans les sciences humaines en France depuis les années 1980, autorise, voire impose, le recours à des sources secondaires autrefois négligées. Dans le foisonnement documentaire produit par le siècle passé, les images en tout genre sont légion (photographie de presse, publicités, documentaires amateurs ou professionnels …) et place souvent l'architecture en arrière-plan, quand elle n'est pas le sujet principal. La mise en intrigue nécessaire au récit historique suppose que ces documents soient analysés, contextualisés, afin d'en tirer les informations pouvant éclairer les hypothèses à l'œuvre.

Pour toutes ces raisons, la carte postale est un médium particulier, dont la richesse sur le plan de la recherche commence à émerger
. L'introduction proposera un balisage de la carte postale en tant que support iconographique complémentaire ou indispensable (de l'œuvre toujours debout à l'édifice disparu), en tant que document aux multiples possibilités (de l'esquisse à la réception, du chantier aux transformations), en tant que document de l'architecture ordinaire ou célébrant l'exception. Elle s'attachera ensuite à dresser un premier système d'interrogation afin d'en faire un outil de recherche.

Intervenants
Luis BURRIEL, architecte, enseignant (Maître Assistant Invité ENSA P-B) et chercheur.
Les cartes postales de Le Corbusier, le regard transversal du monde

Le sujet ici énoncé est parfois apparu dans le monde de la recherche corbuséenne, mais toujours d’une façon fragmenté et tout simplement au titre de source d’appui ou de souvenir. Nous avons dans le fonds Le Corbusier environ 2.300 cartes postales que l’architecte mettra en valeur par le biais de trois fonctions principales attachées : source d’inspiration capable de faire pousser son univers imaginaire créatif, source de formation pour comprendre le monde qui l'entoure et source de vérification et confirmation de ses propres recherches. Elles font foi de son intérêt pour un regard transversal, capable de mettre en résonance des différentes civilisations sous un même sujet dans une approche transculturelle et même parfois atemporelle. Il s’agit en fait d’un autre outil du travail qui établit des rapports puissants avec sa peinture, ses expériences du voyage, ses carnets de croquis, son architecture et ses écrits. La valeur de cette collection ne reste donc pas seulement centrée sur elle-même, mais s'ouvre par la place qu’elle occupe dans un réseau des significations et connections. À défaut de témoignages sur l’état original de la collection du vivant Le Corbusier, l’approche ici proposée s’appuie sur l’idée de «Technique de  groupements» énoncé par l’architecte au début des années 1930, que l’auteur développe ensuite vers un concept que nous pourrions dénommer «assemblage poétique» par opposition à une «classification» d’après la discipline philatélique.

Bio-bibliographie : Luis BURRIEL BIELZA est architecte associé de l’Agence SOMOS Arquitectos, qui a remporté des nombreux prix dans les Concours Publics, avec un regard spécifique sur la question domestique et les nouvelles formes pour l’habitat collectif. Il est titulaire d'un doctorat de l'Université Polytechnique de Madrid (ETSAM). En tant que chercheur, ses champs principaux de recherche prennent Le Corbusier et son univers créatif comme point de départ pour creuser le rapport au visuel comme activateur des cinq sens, la structure sous le regard sculptural et la dimension poétique de l’architecture. Il a été le commissaire de l'exposition sur la collection de cartes postales de Le Corbusier au CIVA (Bruxelles) ; Le Corbusier, la passion des cartes, CIVA, Bruxelles, 2013. Il a enseigné dans plusieurs Écoles d’Architecture basées à Madrid et actuellement, il est Maître Assistant Invité en TPCAU dans l’École Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville.

David Liaudet, artiste-lithographe, enseignant à l’École des Beaux-Arts du Mans.
Architectures de cartes postales : un blog, deux blogs sinon rien

Depuis 2007, la publication d'articles sur mon blog “architecture de cartes postales” me permet de redéfinir la relation entre l’image et l’architecture essentiellement dans la période des Trente Glorieuses. D’abord comme Martin Parr, en accusant la carte postale de “boring”, puis au fil des articles,  elle semble bien plus proche Tom Phillips qui la trouve “gripping”.
Ce changement de statut s’appuie sur une analyse des qualités plastiques, historiques et conceptuelles de ce type de document populaire et détaché des architectes et de leurs propres désir d’image. Il s’agit de dire que la carte postale est bien moins un cliché qu’on ne le pense, qu’elle offre une richesse photographique inouïe et qu’elle a su, sans remord, mettre l’architecture moderne et contemporaine à la portée de tous. Il s’agit aussi d’aimer apprendre par ce média cette histoire de l’architecture et aussi, en s'appuyant sur la richesse iconographique inventer récits, narrations et fictions.

Bio-Bibliographie : David Liaudet est artiste, dessinateur d’un complément d’illustrations au Dictionnaire Larousse. Il enseigne les pratiques de l’Estampe et de l’image imprimée au sein de l’école des Beaux-arts du Mans. Il intervient également au près des étudiants sur la question de la représentation de l’architecture.
Membre du Comité de Vigilance Brutaliste, il est aussi à l’origine du classement au titre des Monuments Historiques du centre commercial de Claude Parent à Sens. http://archipostcard.blogspot.fr,

Véronique Boone, doctorante
Documents filmiques et télévisés : de l'enthousiasme à la méfiance. Le cas de Le Corbusier

Documents assez oubliés, Jacques Barsac réalise en 1987 trois vidéos, Le Corbusier par lui-même, qui rassemblent des films, des reportages et des interviews télévisées qui nous présentent l'architecte. Cette collection de documents nous livre un point de vue personnel de Le Corbusier sur son œuvre, et met en avant le défi de ces sources. D’une part, les sources filmées nous donnent un aperçu inédit sur la personne de Le Corbusier, et nous présentent des appréciations et des perceptions de l’époque, tout  comme celles faites lors de son centenaire. 25 ans plus tard, avec de nombreuses bases de données filmiques et télévisées numérisées, d’autres questions se posent par rapport à ce matériau.
Pour la thèse, le film comme source est constamment interrogé à travers ses différentes pratiques, ses techniques et ses possibilités. Cette source a nécessité ses propres méthodes de recherche, de classement et d’interprétation. Elle est non seulement un autre type de document propre à l’histoire moderne et contemporaine de l’architecture, mais elle demande aussi une réflexion critique sur l’historiographie par ces sources.




dimanche 16 juin 2013

Une quinzaine vraiment radieuse

Comme il se doit je me fais l'écho de la Quinzaine Radieuse à Piacé.
Cette manifestation toujours aussi généreuse et ambitieuse vous permettra une nouvelle fois en s'appuyant sur l'héritage d'une histoire entre Le Corbusier et Nobert Bézard de profiter d'architecture, de design et d'art contemporain.
Cette année est particulièrement consacrée à Norbert Bézard, céramiste qui est à l'origine en quelque sorte de cette aventure de Le Corbusier à la campagne. On appréciera la mise en scène des Frères Bouroullec dont la réputation rejoint donc même les plis les plus profonds de nos campagnes françaises. Les amoureux de la photographie moderne se réjouiront des clichés inédits de Lucien Hervé autour de cette œuvre singulière et touchante maintenant importante entre un homme de la campagne et un homme des villes nouvelles. On notera qu'un catalogue des œuvres de Norbert Bézard est maintenant disponible.
Une fois encore, soulignons l'incroyable travail de Nicolas Hérisson et Marie Lemétayer pour la mise en place de cette manifestation, leur implication, leur énergie. On pourrait dire : leur dévouement.
Alors, vous vous précipiterez pour soutenir mais aussi simplement pour vous réjouir de cette manifestation.
Voici les informations :






Mais comme nous sommes des amateurs de cartes postales, profitons-en pour faire un point sur les nouveautés arrivées dans les classeurs.
Ronchamp :



Le grand bassin est ici offert par les éditions Guy Janin qui le visent comme un cadran solaire, un lieu astronomique sur lequel le soleil semble vouloir raconter quelque chose de mystique. Ce soleil d'automne fait un beau travail en donnant à la géométrie la raison même de sa rudesse.



L'autel extérieur est ici présenté par les éditions de la Société Immobilière de Notre-Dame du Haut. On en aimera le silence étrange d'objets vidés de leur fonction et dans l'attente de leur mise en marche. Là, également, les formes dépouillées, simples comme des pierres romanes disent bien une mise en scène. Le minimalisme formel sert ici surtout à mettre en avant la fonction sacrée de ces objets de culte. Le photographe Silvester sait bien ouvrir son image sur l'horizon et jouer avec l'ensemble du spectre des gris.



Ce très inattendu point de vue de l'intérieur de la Chapelle laisse la lumière faire son travail. Elle entre par la puissante porte émaillée. Le mur épais comme un contrefort semble traversé de force par les rayons de lumière qui révèlent ainsi à la fois son épaisseur mais aussi sans doute sa fragilité. Le sol est bien en pente douce et on aime aussi le détail des rais de lumière séparant le plafond des murs. Là encore, il est bien question de faire dire à l'œil étonné la réalité constructive de la chapelle. Une image de forteresse que la lumière fragilise, écarte, rompt.



Et ici, devant une telle abstraction formelle, Charles Bueb dont on devra rapidement dire l'importance pour Ronchamp comme photographe révèle à son tour un espace étonnant que seule la lumière peut sans doute rendre accueillant. On aimera comment le photographe saisit un écho de lumière sur le haut de son cliché qui donne ainsi sa hauteur et rappelle qu'il existe un monde extérieur. La rudesse du lieu que la qualité du crépi des murs rend presque repoussant est ici pourtant bien une alcôve que nous avons envie de visiter, de s'y réfugier.
On ne s'étonnera pas que seule une petite marche formant estrade serve à dire le caractère sacré de ce lieu que la lumière vient couronner en son sommet. Le photographe a parfaitement compris cet espace et sa frugalité.

Eveux :



On pourrait bien ainsi voir une liaison avec la carte postale précédente !
Nous sommes ici à la Tourette dans le couvent des Dominicains. La carte postale Combier nous donne à voir l'Oratoire. La lumière ici est puissante, un rien égale, presque impudique. On la dirait bien artificielle venant d'un flash puissant qui pourtant n'arrive pas à éteindre le rai de lumière venant par la gauche sur le sol et par la droite dans l'architecture.
Sur un socle simple dont le poids visuel dit l'importance de ce que l'on y pose, les objets du culte semblent bien être le centre même de l'image. Autant d'espace, autant de lumière pour des objets si simples, ne peut que vouloir dire le rayonnement de leur fonction.
Une fois encore, admirons les qualités de l'épiderme de cette construction où le lisse, le grenu, le strié et même l'usé se retrouvent pour que l'œil et sans doute le toucher parlent à l'unisson. La carte postale est datée de 1975 et informe que la construction fut classée monument historique en 1965.