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mardi 25 août 2026

Jean Dubuisson, discipline poétique

 Je commence toujours comme ça : je dis ce que je vois et ma surprise à le voir.
Voir n'est pas un crime, les images ne nous trompent pas tant que cela.
J'ai toujours eu, d'abord et avant tout, confiance en elles.



Alors devant ce petit lot de cartes postales de la Z.U.P (n'ayez pas peur, ça va bien se passer) de Borny à Metz, je me demande pourquoi donc toutes ces vues sont des vues aériennes ? Qu'avaient donc compris, éditeurs et photographes, de cette architecture pour qu'il faille exiger qu'elles soient perçues depuis l'avion ? On sait comment Marcel Lods (si mal aimé encore, surtout à Rouen) était un aviateur qui aimait prouver l'efficacité de son architecture par quelques vues aériennes de son oeuvre. ici, ce n'est pourtant Marcel Lods qui régale mais Jean Dubuisson, oui le grand, l'implacable Jean Dubuisson que nous aimons tant sur ce blog.
Alors ? Que voit-on ? Que sommes-nous sensés comprendre de cette Z.U.P qu'une vue depuis le sol ne dirait pas ? 
Que veut dire Françoise qui envoie cette carte postale en 1976 à son correspondant allemand à Berlin ? 
Sans aucun doute l'échelle. 
Car ce que cette édition Fink nous montre c'est l'immensité de cette cité et son installation dans la plaine qui s'étend si loin. On y voit la magnifique disposition des barres infinies contre-carrées par des tours. On y voit bien là comment l'urbanisme moderne dans un pays comme le nôtre qui adore les villes fortifiées et les Bastides a su réécrire cette histoire d'une architecture dont l'infini de ses répétition, l'accord parfait avec l'horizon bas d'une plaine, le désir de faire beau, dans un ordre si français (entre Le Nôtre et Corbu) font un (grand) ensemble d'une beauté et d'une audace radicale qui coupent le souffle, comme le feront les Hauts du Lièvre par exemple ou le Havre de Perret. C'est d'une telle beauté cette écriture ample, autorisée, programmée qui donne à voir ainsi une discipline non pas autoritaire mais poétique. Oui, c'est ça : une discipline poétique.
"Ici, on se trouve bien." Voilà comment Françoise écrit son rapport à cette architecture. A-t-elle vu que la carte postale nous montre sa Z.U.P encore en chantier ?


Et Josée ? Qu'a-t-elle voulu dire à Catherine en choisissant cette autre vue aérienne des éditions Combier ?
Rien finalement qui nous concerne. Sa vie. Elle a fait une minuscule croix pour indiquer où son frangin habite. Il m'a fallu lire la correspondance pour m'en apercevoir. Discrétion de la projection dans l'espace de Dubuisson. Là encore, l'avion est haut pour prendre presque dans sa globalité la Z.U.P de Borny en travaux. La carte fut expédiée en 1973. 




Et les deux cartes que voici nous montrent la greffe des petits plots de béton posés comme des micro-processeurs sur le terrain un peu loin de l'ordre de Dubuisson. Et qui se plaindra de l'espace entre ? Qui se plaindra de la lumière et de l'air passant au travers ? Qui rira des projections visuelles depuis les étages ? Avoir la chance d'avoir à voir du lointain, de l'horizon.
Et le Docteur qui écrit à Joseph qu'il a fait une "belle promenade à Metz", il choisit au Tabac Simonot, sur le tourniquet des cartes postales cette vue aérienne une fois encore de chez Fink. Cette vue-ci, celle-là, pas une autre.



Et sur cette vue multiples de Metz Borny, mini-guide des beautés de la ville et du quartier, la correspondante a aussi fait une croix. Se situer dans toutes ces images est en effet nécessaire. Et rien pour critiquer la ville, pas un mot pour dire du mal de cette Z.U.P. 
Voilà donc des représentations d'architecture qui en montrent son déploiement, son ampleur. Il y a certainement quelque part des cartes postales de ce même lieu prises depuis le sol ou même depuis une tour vers une autre. Mais comment ne pas être certain que la conception d'un tel espace ne peut que bien se montrer ainsi ? Oh non...pas la hauteur d'une quelconque puissance...d'une surveillance panoptique des rabâcheurs de Foucault. Non la hauteur pour montrer que l'angle droit n'a jamais interdit la lumière du soleil, le bleu du ciel, l'espace du sol retrouvé entre les construction, la liberté de courir et de faire courir l'oeil vers les infinis des lignes parallèles.
Et si je vous leurrais ?


Avouez que vous y avez cru ? Que vous avez cru que vous étiez encore à Borny ? Pourtant cette carte postale Combier qui a servi à répondre à un jeu nous montre une autre belle réalisation de Jean Dubuisson, cette fois à Lapalud dans le Vaucluse. Là encore on retrouve cette écriture, cette manière de faire des redents, d'ouvrir des espaces. On regrettera que l'écriture de Jean Dubuisson fut massacrée par un ravalement jaune pisse déshonorant. Espérons qu'un jour cette poétique retrouve son verbe.
Maintenant il faut que je range tout ça. Il me faut de l'ordre et assi un peu de discipline.
Vive Jean Dubuisson !

samedi 6 juillet 2024

Dubuisson avant Dubuisson



Non mais ce n'est pas vrai !
Voilà un peu mon interjection ce matin en cherchant des informations sur les architectes de la Reconstruction de Saint-Lô suite à l'achat d'un petit lot de cartes postales de la ville.
Et dire que j'ai failli laisser ces deux-là avec un peu de dédain je l'avoue, puis je me suis (avec joie maintenant) heureusement ravisé ! Car...oui, ces deux cartes postales de l'hôtel Mercure nous montre bien l'une des premières constructions de Jean Dubuisson ! On est en 1953 !
Quand je vous dis qu'il faut toujours tirer le fil de l'histoire, toujours bien regarder et apprendre, toujours finalement aussi ne rien négliger surtout quand une carte postale ne vaut que quelques centimes et qu'elle vous permet ainsi de saisir un beau morceau d'histoire sur l'un des plus grands architectes du XXème siècle.
Alors, il y avait aussi bien des raisons à mon premier mouvement de dédain. On ne peut pas dire que l'écriture de cet immeuble soit ni spectaculaire ni très signifiante de l'oeuvre de l'architecte à venir. Et les très légers signes d'une modernité m'ont tout de même fait changer d'avis : distribution des ouvertures, longueur régulière, blancheur et maigreur. J'aimais surtout le rapport des masses entre le pont du premier plan et donc l'hôtel dessiné par Dubuisson. On dirait qu'il est posé dessus. Ce qui a donc changé mon avis c'est bien le travail du photographe des éditions C.A.P. Quel bonheur !
Je ne trouve pas grand chose sur cet immeuble mais on note qu'il est tout de même bien référencé par Archiguide (merci!).
Aujourd'hui, il est toujours debout et semble en bon état à part une immonde vérandalisation* pour le restaurant  La Plage...tentant, sans doute, de faire une terrasse au plus proche de la Vire. Il faut le dire, on peut, en effet, regretter que le bâtiment de Dubuisson soit ainsi poussé un peu loin de la rivière et laisse devant lui une esplanade un rien vide servant de parking. C'est assez curieux d'un point de vue urbanistique. Les chambres donnent donc sur un parking. On comprend donc ce mouvement cherchant à récupérer la proximité avec la Vire.
On admire un peu plus loin le magnifique bâtiment qui était alors un garage Citroën (maintenant tendanceOuest) ! Incroyable !




La belle béquille qui dessine son profil est superbe ! Peut-être que le génie de Dubuisson se tient ici. On voit mieux comment l'architecture alors tente de récupérer la pente pour faire glisser les deux constructions l'une sous l'autre. 
D'ailleurs...est-ce bien encore du Dubuisson ? Oui ! 
Voilà donc une belle découverte comme je les aime. Il me faudra sans doute aller un jour dans cette ville si bien reconstruite et en admirer les architectures. Il existe d'ailleurs un parcours dans la ville pour ce faire créé par l'Office de Tourisme de Saint-Lô. Quelle belle idée ! Bravo ! J'espère qu'il nous fait passer devant ce beau morceau juvénile de Jean Dubuisson ! Oui ! 
Très belle plaquette à télécharger ici : 

* véranda + vandalisme = vérandalisation. Néologisme inventé par Charlotte de Charette pour Royan (merci Charlotte !)

Pour revoir Jean Dubuisson sur ce blog :
etc...






mercredi 20 mars 2024

Saige Formanoir Dubuisson cas d'école

 Pour une fois, je ne m'étendrais pas sur ce cas d'école de l'état actuel de la réflexion sur le Patrimoine bâti contemporain, sur l'héritage du Modernisme, sur l'avenir d'un certain Patrimoine. On voit en ce moment un certain ras-le-bol des pratiques par exemple celles de l'ANRU, je vous communique en fin de message un lien pour bien comprendre ce qui est en jeu et sur les procédés politiques à l'oeuvre pour une gentrification qui ne veut jamais dire son nom. La gentrification elle arrive toujours masquée, elle dodeline du cul pour vous faire croire à ses charmes et puis...Paf ! 
Pour soutenir et informer de ce qui se passe en France avec ce Patrimoine, pour soutenir donc un peu, à ma ma manière les luttes en cours, je vous propose ce que je sais le mieux faire : une carte postale.


Cette carte postale nous provient d'un éditeur que l'on connait bien sur ce blog et que nous aimons : Elcé.
Celle-ci fut expédiée bien tardivement en 1988 mais reste évidemment plus proche d'une typologie de la carte en multi-vues des années 70.
On y voit donc en quatre petites photographie les constructions que l'on doit à Dubuisson et qui ont obtenues le fameux Label Architecture Contemporaine Remarquable et que donc...On propose de détruire en partie. Ba ! Oui ! On met un Label donc on détruit, c'est logique, c'est français, c'est basique...
J'entends déjà ceux qui diront que le calme des images ne dit rien de comment on y vit, mais je rétorque que c'est donc vers ceux qui y vivent qu'il faut demander un avis sur la destruction de leur immeuble. Et faire du nettoyage anti-drogue par la destruction de logements sociaux c'est assumé d'accuser ceux qui y vivent d'en...vivre...c'est curieux. 
La grignoteuse plus efficace donc que la Police. Quand le bâtiment va, tout va.
Bref...comme d'habitude depuis presque 40 ans maintenant. Toujours le même constat, la même absence d'idée politique, les mêmes procédés, la même communication. Pourtant là, Lacaton et Vassal ont un projet meilleur et moins cher mais pourquoi donc devrions-nous écouter des architectes ayant reçu un Pritzker Prize ? Sont certainement pas assez légitimes...pour des politiques.

Alors certes, on n'est pas obliger de crier au génie en voyant ce morceau de Dubuisson qui a certainement produit des oeuvres plus intéressantes, certes on pourrait bien penser que cette écriture urbaine et architecturale peut mériter une nouvelle définition, un travail d'analyse face aux nouveaux besoins, mais ici, la faiblesse écoeurante de ce qui est proposée et son coût (ahurissant !) ne laisse aucun doute sur son inutilité et sa stupidité radicale. C'est sur cette radicalité que se fonde surement le sommeil bien heureux des décideurs politiques, veulent "bien faire les gars"...

Comme d'habitude.
Je vous conseille vivement d'aller lire ici un excellent article de Vivien Latour et Alexandre Tellier :

Pour le combat contre l'ANRU :




La lutte continue donc pour le respect des habitants, du Patrimoine, de l'action citoyenne.
Vous trouverez sur ce blog plein d'articles sur le génial Dubuisson.







mardi 14 septembre 2021

Émile Dubuisson et sa maquette du Beffroi


Il n'y aura pas grand chose à ajouter à l'image que je vous donne, si ce n'est ma surprise une fois encore de tomber sur un document aussi rare, montrant l'architecte Émile Dubuisson ! Mais pourquoi est-ce vers moi qu'ils viennent ces documents ? Pourtant l'architecture d'Émile Dubuisson est bien moins ma partie que le travail de son fils ?
Si je n'étais pas très certain* que sur la carte postale il s'agissait bien de l'architecte, ici, pas de doute, on reconnaît bien le monsieur. Et qui d'autre pour poser aussi fièrement à côté de la maquette de son somptueux et hardi Beffroi de Lille ?


Il nous restera maintenant à identifier le moment et le lieu d'une telle grande photographie. Où sommes-nous ? De qui est le tableau sur le mur derrière l'architecte ? À quel moment fut réalisé ce cliché et qui l'a pris et pourquoi ?


On a bien une signature sur le bas de la photographie d'une qualité de tirage remarquable mais cette signature reste illisible. Il ne fait aucun doute que pour signer de la sorte un cliché, nous avons affaire à un photographe de métier ou à un amateur très éclairé. On retrouve d'ailleurs les codes de la photographie de studio, l'homme debout, accoudé, prenant la pose avec le regard vers l'extérieur. Les papiers dans la main pourraient bien n'être là que pour agrémenter cette pose. Qu'est devenue cette maquette toute blanche qui semble ici irradier l'image ? Notez la belle distribution de la lumière venant de la droite ! Superbe !
L'architecte Dubuisson, né en 1873, avait entre 51 et 59 ans pendant la construction de son Beffroi de Lille.  Il est possible que ce cliché nous montre l'architecte pendant cette période mais difficile d'en être certain. J'adore toujours imaginer le dialogue entre le photographe et l'architecte. La composition laisse la place aux deux protagonistes, maquette et architecte, mais les verticales sont partout bien tenues. La maquette dépasse son créateur et vient toucher le bord du cadre en haut. Ouf... de justesse !
Je n'ai pas grand chose à dire sur l'architecture ou la construction de ce chef-d'œuvre stylistiquement pris entre plein de contradictions et d'hésitations formelles tout à fait typiques de l'époque ne pouvant pas encore lâcher le béton et ses structures pour eux-mêmes. Les Perret avaient encore du travail à faire et d'ailleurs leur Tour de la Houille Blanche (1925) n'est pas si loin de ce type d'hésitations. On note tout de même que ce style est un peu marqué et fait davantage penser à Jules Verne qu'à Le Corbusier. Mais ne soyons pas trop dur ou mesquin, l'élancement, la pureté et l'économie de décor restent ici avec ce Beffroi tout à fait exceptionnels et les proportions sont remarquables d'audace tout comme la hauteur de l'édifice ! Et techniquement, c'est une pleine et heureuse expression du béton.
On trouvera sur ce site un excellent article sur sa construction et sur Émile Dubuisson. On regrettera que les sources ne soient pas systématiquement nommées.
Je ne vais pas ranger cette photographie dans mes archives, je vais la faire encadrer. Elle rejoindra celle de Claude Parent, Charlotte Perriand et Jean Renaudie. Il faut bien s'inventer une famille.

* maintenant il n'y a plus beaucoup de doute.
Merci de ne pas copier et diffuser ce document sans autorisation.

Pour revoir Émile Dubuisson, sa bicyclette et son Beffroi :
Pour revoir les articles sur son fils Jean Dubuisson :
etc...




lundi 5 juillet 2021

10 000 logements



Cela m'a sidéré. 
Comme d'habitude, je tire le fil des informations disponibles sur une carte postale et cette fois c'est une carte assez typique d'un immeuble que je tente de décrypter. Bref, une journée comme une autre. Nous sommes à Tourcoing, devant la Résidence du Parc grâce à une édition Cap non datée. Il arrive que les éditeurs nomment l'architecte et ce matin, je lis donc le nom de G. Lapchin que j'avoue ne pas connaître et c'est tant mieux, j'aime apprendre. 
Alors il est aisé de partir de ce nom et de lancer une recherche*. C'est bien là que ma sidération arrive car il est aisé de trouver ce nom d'architecte qui appartient à une dynastie toujours active puisque l'Agence Lapchin existe encore. Mais ma sidération vient du nombre de logements qui sont attribués à Guy Lapchin : 10 000. 
10 000 logements !
Et immédiatement se pose la question de la relativité de l'histoire de l'architecture et du logement collectif. Devant un tel chiffre, une telle ampleur comment se fait-il que ce nom je ne le rencontre que maintenant ? Comment expliquer qu'une telle responsabilité ne laisse que si peu de traces dans les débats sur l'histoire du Hard French. 10 000 logements ! Combien cela fait-il de familles, de gens ayant croisé les espaces et l'architecture de Guy Lapchin ?
Et comment en construire ou pas un impact dans cette histoire ? Comment en déterminer l'importance patrimoniale ?
La carte postale Cap de cette résidence laisse peu d'impressions originales ou particulière. Une barre à la façade bien dessinée dans l'esprit du Mouvement Moderne, à la grille réglée offrant variations tranquilles, lignes simples mais bien tenues. Rien d'extravagant, rien qu'on ne remarque mais rien non plus de honteux ou de triste. Une barre installée dans son parc, c'est comme ça que l'on dit quand il s'agit d'une "résidence". Le cygne est même dans le bassin donnant immédiatement un chic à l'ensemble. Le photographe place d'ailleurs la barre comme perdue dans la végétation et la leçon de Poussin est lisible. Les  branches d'un arbre viendront offrir la vision bucolique d'une modernité perdue dans la verdure.
La vue sur Google nous permet de remettre une échelle sur cette barre et là ! C'est incroyable ! Elle est bien plus intéressante dans son écriture que ne laisse croire la carte postale et son implantation est sidérante. Malheureusement on ne peut pas voir la façade prise sur la carte postale, le parc agissant comme un tampon à la Google Car. Mais quel bel objet ! La façade sur la rue offre bien une écriture remarquable avec des coursives et une alternance de cages d'escaliers offrant des verticalités dans cette longueur infinie ! L'écriture de cette barre vient en total contraste avec le reste de la ville. Au vu du dessin et du luxe du Parc, il ne s'agit certainement pas d'une barre de Hard French banale. Le mot "résidence" aurait dû m'alerter...
Voilà une belle découverte et nul doute, qu'au vu de la production de Guy Lapchin, nous le retrouverons en cartes postales un jour. On l'espère en tout cas !

*Comme ici, on nomme ses sources, je remercie le site PSS pour m'avoir orienté.

Dernière minute ! Dernière minute ! (18/07/21)
Comme nous sommes en plein rangement et tri d'été, voilà que nous tombons sur cette carte un peu perdue. Il s'agit d'une édition de l'Europe expédiée en 1971. On voit que le parc est encore mis à l'honneur, laissant la Résidence au loin fermer l'horizon. Là aussi les cygnes donnent l'idée du calme et du luxe.








mercredi 5 août 2020

Quand notre cœur fait boum.

Comme je le rappelais dans cette chronique corbuséenne*,  Charles Jencks a déclaré la fin de la modernité pour les États-Unis le 15 juillet 1972 . La destruction de Pruitt-Igoe figure dans tous les livres d'histoire d'architecture comme la parfaite illustration de la fin de cette modernité.
Mais en France ?
Certes, sur notre territoire, la politique patrimoniale sur les constructions du Vingtième siècle ne manque pas de signes de sa faiblesse de protection (et aussi de ses ordres reçus) et on ne compte plus les destructions, les défigurations de bâtiments pouvant réclamer le titre de martyr de la modernité.
Le Musée des Arts et Traditions Populaires de Dubuisson est sans doute en ce moment l'exemple-type. La défiguration à venir des Tours Nuages d'Émile Aillaud et Fabio Rieti en est un autre.
Il faut croire aussi que les fils ne comprennent plus leurs pères.
Mais la carte postale que je vais vous montrer est à la fois un document populaire et un programme politique : une étrange réjouissance.




































 
Est-ce que les historiens de l'Architecture verront un jour ces destructions spectaculaires comme des erreurs ? Sans aucun doute que ce type de paysage, cette approche de l'habitat et de l'urbanisme manqueront dans les visites urbaines. Aujourd'hui, on aime flâner sur les remparts de Vauban devenus inutiles. On aurait pu aimer dans cent ans, deux cents ans voir et visiter les archétypes d'une politique du logement collectif du Vingtième Siècle. Il faudra beaucoup d'imagination alors pour comprendre le choc des volumes, la puissance écrasante et subtile des espaces, la logique irrémédiable des modes de construction, les déroulements des vies mêlant fierté d'y avoir vécu et misère de n'avoir pu en partir, épuisées par de mauvaises politiques successives de remplissage et de déshérence sociale. Rien qu'à ce titre nous devrions les conserver.
Mais nous pourrions aussi le faire parce que nous y trouvons aussi une beauté, sentiment esthétique qui aujourd'hui semble intolérable et que l'on couvre immédiatement du fameux : "vous auriez voulu vivre là ?"
Pourtant ce sentiment esthétique et la force que je trouvais à cet ensemble, (justement son incroyable brutalité franche) auraient pu aussi participer à sa sauvegarde (et aussi une politique sociale plus juste et une attention permanente aux bâtiments). On sait bien que finalement ce n'est pas tant le bâti que l'on fait exploser ainsi. C'est un climat social que l'on croit éradiquer (en communicant dessus) par une fête de la dynamite, de la promesse d'une échelle plus humaine. On éradique aussi un espace et tout ce qui le constitue. Je dis bien TOUT ce qui le constitue. Si la gentrification sauve parfois les architectures modernes, ici rien n'aurait pu porter ce projet funeste d'un possible sauvetage par une bourgeoisie encanaillée d'un esprit populaire instrumentalisé comme un décor amusant à la vie d'adhérents à la Start Up Nation. Rien ! Alors laissons croire que tout cela est une fête, un spectacle et Boum !
Éditer une carte postale de ce moment est assez peu usité même si cela n'est pas unique. Doit-on y voir un regard distancié qui ne fait que suivre l'événement ? Après tout c'est l'histoire de la carte postale d'être un enregistreur des catastrophes. Doit-on y voir un objet éditorial de propagande pour dire les bienfaits d'un futur radieux n'ayant même pas peur d'une éradication totale ? Doit-on surtout y voir le cynisme d'un genre éditorial ayant, quelques décennies auparavant, chanté par l'impression de cartes postales la joie de vivre là enfin dans la modernité ?
Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il faudrait demander aux éditions Dubray qui ne nomment ni l'architecte de la barre Églantine de Meaux, ni le photographe ayant réalisé ces clichés ni même les raisons de cette édition. Imagine-t-on la famille délogée de cette barre, quelques jours après l'implosion, envoyer cette carte postale à sa famille ? Et pour en dire quoi ? Soulagement, tristesse, tout cela en même temps comme dit l'autre ? Il me faudra en trouver des exemplaires avec au dos une correspondance signifiant l'impulsion (et non l'implosion) de cet achat...
Justement, ce mot implosion, décrivant une puissance venant s'exercer vers l'intérieur m'a toujours semblé parfait pour laisser croire que le problème dont la réponse est cette implosion viendrait de l'intérieur-même de l'objet que l'on détruit. C'est par et vers son intérieur, son contenant que l'on détruit. Le bâtiment doit disparaître sur lui-même comme si cette image signifiait d'où vient la responsabilité. Même là, on lui interdit sa projection, son extension. Il fait en quelque sorte communauté dans sa destruction sur lui-même. Borborygme final radical, pyrotechnie auto-nettoyante.
La carte postale date l'événement de 1990. Il y a déjà 29 ans. Je n'arrive pas à y croire. Ils sont donc nombreux ceux qui aujourd'hui regardent cette carte postale sans pouvoir y ajouter autre chose que l'image elle-même, pleine finalement que de son spectacle.
Elle est déjà un document, une trace, une relique.
Et sans doute, aussi, une nostalgie.
Et les couleurs de la République, bleu, blanc, rouge, affichées sur la façade de la barre Églantine ne devaient porter aucune fierté mais bien pointer les responsabilités politiques. La République a failli. A-t-elle failli quand elle a construit ? A-t-elle failli quand elle a abandonné ?
Vous aurez compris, je crois.





Pour revoir la Cité de la Pierre Collinet au mieux de sa force, je vous propose cette belle veduta.
Posées à champ comme des planches franches, voici donc deux barres de Meaux laissant à leur pied l'espace récupéré par la densité de l'habitat. Le parc est dessiné, entretenu, plein d'un futur que l'on croit encore long et qui laissera les arbres grandir. Voyez-vous que le pignon aveugle est peint d'une couleur jaune en dégradé allant du plus sombre au plus clair vers le haut de la barre ? Voyez-vous le jeu cinétique des façades et l'incroyable saignée géométrique de l'escalier qui me fait penser à une couture d'agrafes sur une cicatrice.


Julien est en vacances. Il envoie cette carte depuis Meaux en 1964 à Jean resté à Paris. Quoi de plus beau que de passer des vacances au pied du Hard French ensoleillé de Meaux ? Qui pour reprocher à Julien ce désir de jeu savant, correct et magnifique de formes assemblées sous la lumière ? Qui ?

La carte est une édition Hodbert, éditions de Massy pour Iris. Pas d'architecte nommé, pas de photographe nommé, devant autant de Beauté, on est sans doute obligé à la modestie d'un anonymat.
Pour tout savoir sur la Cité de la Pierre Collinet quoi de mieux qu'un inventaire du Patrimoine n'ayant pas servi à son sauvetage :
https://inventaire.iledefrance.fr/dossier/cite-de-la-pierre-collinet/f1880d4d-fad7-472d-a31d-6ac19037a55f
*Pour écouter ma chronique corbuséenne N°59 sur la fin de la modernité et toutes les autres chroniques :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/04/les-chroniques-corbuseennes-disponibles.html
Pour revoir sur ce blog la Cité Pierre de la Collinet et Ginsberg :
http://archipostcard.blogspot.com/2019/02/as-tu-deja-oublie.html
https://archipostcard.blogspot.com/2012/09/ginsberg-la-barre.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/04/un-anneau-pour-les-reunir-tous.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/04/jean-ginsberg-le-mans-monaco.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/02/construire-sur-et-avec-la-fragilite.html
Pour voir d'autres exemples de cartes postales de destructions de l'architecture :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/02/alain-bublex-mon-amour.html

Au lieu de vous donner des vidéos de la destruction de ces barres de Meaux, je préfère vous offrir celle-ci. Vous y retrouverez mon goût pour le spectral :




lundi 25 février 2019

Je Bandol Dubuisson


Pardon...
Un intérieur cosy, un peu moche, surtout dans le choix du mobilier n'ayant pas su avoir la radicalité moderniste ou la simplicité du confort. Il se la pète un peu ce mobilier, voulant jouer à plus jeune qu'il n'est vraiment. Pourtant ça ne manque pas de clarté, murs blancs, mobilier clair. Mais, dans la teinte marronnasse des sièges, dans la mollesse de la moleskine, quelque chose d'un EHPAD ou d'une clinique privée, quelque chose de peu vivant, de déjà mort. Je reconnais immédiatement sur le mur une reproduction des chevaux rouges de Franz Marc et la netteté de la tasse de thé vide me dit que personne ne vit vraiment là. Nous sommes à Bandol, dans la Résidence "Le Bosquet" dans l'un des studios photographiés par les éditions Aris. Au stylo-bille une main anonyme a écrit Juin 83 sans autre précision. On devine que le studio laisse les couchages derrière un meuble bas ne séparant pas la pièce. C'est lumineux, comme on dit.
Alors donnons-nous rendez-vous là :

Les glaïeuls font le spectacle, petit feu d'artifice de couleur jeté au milieu du salon de la Résidence. Les gros fauteuils un rien mémère anglaise sont disposés pour une conversation sur le temps qu'il fera demain. Personne... pourtant quelqu'un a allumé la petite lampe. Une bibliothèque remplie de livres achetés au mètre, quelques bibelots censés rappeler le Sud, le santon, la cruche, terminent la décoration de ce lieu de convivialité collective. Pourtant un seul élément de mobilier donne soudain à ce salon une nécessaire attention et une curiosité, c'est la table basse en bois et son plateau en céramique....
Roger Capron ?
Bingo !


On la retrouve sur ce site de Brocante !
Courrez vite à Bandol la récupérer !
Au fond de l'image, quelques imitations de mobiliers modernistes à pied tulipe, sans doute aussi à récupérer !
Il fait beau, allons en terrasse :


Que la vue est belle !
Ne jamais oublier cela, l'architecture se regarde aussi du dedans vers le dehors. Admirons les magnifiques poutres de liaisons blanches venant cadrer le paysage, affirmer une géométrie dans le ciel. L'architecte de cette Résidence "Les Bosquets" a certainement tout fait (et bien fait) pour servir cette vue, ce paysage. Il a donné aux résidents l'espace infini d'un horizon lointain, cela permet certainement d'oublier le mobilier.
Et, finalement, le séjour, là, suspendu dans le ciel, sur une terrasse proprette doit être bien agréable.
Une femme écrit au dos de cette carte postale dont la photographie est de Mr Guinet que "chaque studio est séparé, l'entrée est sur la rue, il y a un escalier qui arrive sur la terrasse et le studio. Je suis complètement seule."
Nous n'arrivons pas à savoir si cette solitude est négative ou positive, nous essayons avec Jean de lire tour à tour ce texte avec des tonalités différentes pour comprendre...
Prenons le chemin, descendons :


C'est beau non ?  Ces bandeaux qui s'étirent en courbe ?
On devine bien les petits volumes cubiques reliés entre eux par ce travail de filtre que forment les poutres affirmant avec force la courbure de la construction et, en quelque sorte la dessinant à elles seules. On devine aussi un travail sur une intimité de chacun, chaque cube étant isolé de l'autre par des murs profonds. On voit l'escalier évoqué plus haut par la correspondante. Le jardin est tout neuf, espérons qu'il n'a pas trop bouché la lumière et la vue en grandissant.
Mais voilà, pas de nom d'architecte sur ces cartes postales nous montrant pourtant un très bel ensemble, bien construit, donnant au paysage sa chance et aux résidents à la fois l'intimité et la rencontre.
Il est aisé de savoir qui est venu là, en un seul clic vous trouverez la très belle fiche rédigée par Pascale Bartoli (merci !)  pour  la DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur qui vous donnera Jean Dubuisson comme architecte... Oui, rien moins que l'un des plus grands...
Lisez l'histoire :
http://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Provence-Alpes-Cote-d-Azur/Politique-et-actions-culturelles/Architecture-contemporaine-remarquable/Le-label/Les-edifices-labellises/Label-Architecture-contemporaine-remarquable-Var/Bandol/Bandol-Residence-Les-Katikias-et-residence-hoteliere-Le-Bosquet

Mais à Bandol, Jean Dubuisson n'a pas construit que "Les Bosquets", il a même un peu avant, comme nous le raconte Pascale Bartoli, construit l'ensemble "Athena", incroyable barre de logements venant mourir dans le rocher, comme un coin dans une buche. Comment peut-on faire plus radical comme geste, plus serein, plus violent aussi ! Quelle beauté contextuelle ! Quelle intelligence de ce que l'architecture se doit au paysage ! Et Paf ! La barre rentrera dans la géologie ! Paf !
Regardez ! Une édition Aris expédiée en 1979 :



Qu'il doit être curieux d'ouvrir sa fenêtre directement contre la pente du terrain ! La radicalité des Modernes c'est bien celle-là, l'expression, non pas d'un dédain pour le paysage mais la construction assumée d'un nouveau, accordant à la nature et au bâti une correspondance de force, d'action, d'ombre et de lumière.
Qui mieux que le grand Jean Dubuisson pour nous offrir cette radicalité. Là, à Bandol, par deux fois, il signe d'un geste architectural son sens du paysage, de la vue. Là suivant les courbes naturelles du terrain ou ici enfonçant avec force sa barre dans cet autre terrain. La géométrie c'est aussi cela, fabriquer des récifs de béton pour la vue et la joie, la Modernité c'est donner au plus grand nombre la chance de ce contact avec ce qu'aujourd'hui on appelle les éléments. 
Merci Monsieur Dubuisson. Merci.
Et rêvons, rêvons que la Ville de Bandol déclare son attachement à cet exceptionnel héritage, que la Ville de Bandol fasse de ces ensembles son Patrimoine, et que, rapidement, une protection leur soit accordée.
Walid Riplet, J-J Lestrade (surtout Walid en fait..., Oh l'autre ! Non mais je le crois pas... si, si...)

Pour voir ou revoir des articles sur Jean Dubuisson :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/04/dubuisson-bicyclette.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/03/dubuisson-sur-la-crete.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/dubuisson-uckange-grille-chatoyante.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/04/le-surmale-dubuisson.html




























Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !Dernière minute ! Dernière minute !

Nous avons oublié deux cartes postales de ce programme ! Merci David pour ce rappel !
Sur la première, on nous donne à voir un "studio" dont on devine la petitesse car le lit, la table de salon et ses chaises et le coin repas sont réunis ensemble derrière l'immense baie vitrée. Le choix de la couleur corail orangé nous fait penser au Japon tout comme le dessin des petits fauteuils à la structure noire mat. On aime que l'ensemblier ou la décoratrice ait su faire de ce petit espace un lieu complet et chaleureux, les rideaux sont assortis aux coussins ! Sur la terrasse, la poutre vient bien là aussi dessiner le paysage et la vue, visibles pourtant encore depuis cet intérieur.
La seconde nous montre un espace bien plus grand et plus clair puisque le blanc est dominant dans cette carte postale. On note un gros bloc de service au fond de l'image faisant cuisine et placard. Difficile de savoir ce qui se passe derrière la porte, entrée ou salle d'eau ? La lumière est partout et nous aimons les petits objets au dessin bien marqué qui nous font penser immanquablement au Design italien mais aussi à Morandi. Sur la table basse, David nous signale que le livre est celui des recettes pour la cocotte-minute Seb !
C'est bien entendu un appartement-témoin. Les deux cartes postales sont photographiées pour les éditions Aris par C. Guinet. Qu'il (ou elle) nous écrive !
W.Riplet




vendredi 14 avril 2017

Dubuisson à bicyclette

D'abord tout commença par cette belle carte postale qui ne montre d'ailleurs que peu d'architecture :



On y voit un jeune homme assis dans l'herbe en train de réparer une crevaison sur une bicyclette. Le seau d'eau servant sans doute à trouver ladite crevaison en faisant buller le pneu sous l'eau.
L'herbe, le soleil, le chapeau et la veste, le corps posé dans l'herbe, tout cela sent bon le début de siècle dernier, quelque chose entre Proust et Manet, Alfred Jarry et Seurat.



Mais je n'aurais sans doute pas acheté cette carte postale si elle ne comportait au dos quelques importantes informations, je vous laisse lire :









D'abord le tampon d'Émile Dubuisson, architecte diplômé par le Gouvernement, Lille puis la correspondance et la signature qui prouve l'envoi par cet architecte. On note l'affranchissement du 18 février 1914 depuis Lille. Il s'agit bien d'une carte postale envoyée par l'architecte lillois, père de Jean Dubuisson dont nous chantons si souvent ici les joies architecturales de ses belles grilles modernistes. La carte postale est envoyée à Robert Roger à Pamiers. On lit mal mais il pourrait s'agir aussi d'un architecte. On trouve d'ailleurs son nom associé à la construction d'écoles dans la région de Pamiers.
Bien entendu, il nous sera difficile de définir ces liens d'amitiés ou professionnels entre ces deux personnes. La photographie relate un moment convivial et familier et il s'agit d'une carte-photo, c'est à dire une carte postale faite à partir d'une photographie privée tirée sur papier préparé comme une carte postale. Ici, un papier As de Trèfle. On peut imaginer que soit Émile Dubuisson a photographié Robert Roger, soit Robert Roger a photographié Émile Dubuisson...À moins que ce ne soit ni l'un ni l'autre !
N'ayant pas trouvé de photographie d'Émile Dubuisson, il m'est difficile de l'authentifier sur ce cliché. On attendra que des spécialistes de cet architecte ou même sa famille toujours active en architecture nous disent s'il s'agit bien de l'arrière-grand-père ou pas.



Grâce à l'oblitération, il nous est aussi aisé de savoir qu'Émile Dubuisson n'est pas encore père de Jean Dubuisson qui ne naîtra que le 18 septembre de cette même année 1914.
Mais comme il s'agit ici de parler de cartes postales d'architectures, voulez-vous voir l'une des œuvres emblématiques d'Émile Dubuisson ?
Le Beffroi de Lille bien sûr !



Il est aisé de trouver des cartes postales de ce Beffroi, véritable emblème de la ville de Lille. J'avoue ne pas être particulièrement touché par ce style même si j'en aime un certain goût un peu Steampunk, quelque chose entre Little Nemo, les interprétations de Schuitten, un Jules Verne concret. C'est déjà bien ! Mais il se trouve qu'aujourd'hui, au pied de ce Beffroi d'Émile Dubuisson est construit un ensemble moderniste d'un architecte que nous aimons défendre (parfois...) sur ce blog. Oui, il s'agit de Jean Willerval qui a construit cette résidence :



Voici une carte postale des éditions T.T. Lille qui, étrangement nous nomment bien le Beffroi, sa hauteur (105m) et le datent du début du XXème siècle (sic) mais oublient l'ensemble moderniste à son pied. Pourtant, la photographie tente bien ici de faire jouer le contraste entre le Lille moderne et le plus ancien, plaçant comme il se doit un premier plan de verdure, comme si soudain, au détour d'un bois, dans une clairière urbaine, surgissait la ville...
D'une très grande qualité architecturale et urbaine, l'ensemble nous séduit surtout ici par la grande beauté du béton et le travail des poutres et des piliers. On note aussi comment la façade très régulière, implacable, joue de son épaisseur, alternant une horizontalité contrariée par une ouverture verticale revenant en limite soutenant ainsi visuellement au moins les enfilades des balcons.





Dans l'Architecture d'Aujourd'hui de 1967, on remarque que la mise en page, tout comme la carte postale font jouer le Beffroi avec la résidence. Gilles Ehrmann, photographe bien connu ici, donne toute la mesure du collage et de la puissance de la construction dans cette revue. On aimera aussi, et c'était bien là une qualité de cette revue, comment, sur une seule page (!) on trouve plan, dessins, photographies et texte tout cela parfaitement lisible et équilibré. Bravo le metteur en page ! On note aussi que la présence du Beffroi est toujours affirmée comme pour montrer son intégration, du moins sa lisibilité au milieu de ce programme moderne.
Comment Jean Dubuisson a-t-il perçu de ne pas pouvoir inscrire son travail au pied de celui de son père ? Avait-il concouru pour ce programme ? J'aimerais bien savoir ça.