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mercredi 18 septembre 2019

On se voit à Clichy samedi Rudy ?



Je me fais le relais du communiqué de presse de DOCOMOMO France qui évoque le dossier épouvantable de la Maison du Peuple à Clichy.

Il vous est possible de vous retrouver ce samedi à 11h devant la Maison du Peuple pour protester contre le projet de Rudy Ricciotti et ses compères.

Combien encore de Journées Européennes du Patrimoine pour constater les errements de la protection patrimoniale en France ? Après les halles de Fontainebleau, après le centre Thomson-Houston, après l'inqualifiable transformation en cours du Musée de L'homme, après la future dé-requalification des Tours Aillaud à Nanterre, voilà que ce profile cette nouvelle catastrophe.
 
Alors, contre l'exil de la Beauté, comme il dit Rudy, retrouvons tous samedi à Clichy.

Communiqué de presse
Alerte sur la cession de la Maison du Peuple de Clichy (92), MH classé, prévue le lundi 23 septembre 2019 et appel à un rassemblement samedi 21 septembre à 11 heures à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine
18 septembre 2019
Le lundi 23 septembre 2019, au lendemain des Journées Européennes du Patrimoine, l’ordre du jour du Conseil Municipal de la ville de Clichy-la-Garenne prévoit l’organisation de la cession par déclassement des biens du domaine public et cession au profit du Groupe Duval, de la Maison du Peuple de Clichy, Monument Historique classé (1983), propriété de la Ville et des Clichois depuis son inauguration en 1939.
Ce déclassement fait suite à l’appel à projets 1 lancé par la Métropole du Grand Paris au début de l’année 2017, auquel la Mairie de Clichy a décidé de présenter le Monument Historique classé qu’elle prétend ne pas avoir les moyens de finir de restaurer, sans consultation ni concertation des Clichois. Un projet de « restauration » prévoyant la construction sur le Monument Historique classé d’une tour R+31 de 99 mètres, présenté par le groupe Duval et le cabinet Rudy Ricciotti, a été déclaré lauréat à la mi-octobre 2017. Depuis cette date, le projet n’a fait l’objet d’aucune réunion publique ni concertation auprès des Clichois. Ceux-ci ignorent très largement le projet, présenté au public par voie de communication institutionnelle extrêmement limitée et sans rapport avec les évolutions récentes du projet. Une procédure de recours contentieux est en cours concernant la modification n°5 du PLU proposée et votée de manière à permettre l’élévation de la tour de 99m, aucune information n’est à ce jour encore disponible quant à l’étude d’impact demandée par le préfet de la région Ile-de-France le 30 août 2018 et nul compte n’a été tenu des recommandations et réserves du commissaire-enquêteur ni de la « vive inquiétude » exprimée par la Ministre Nyssen par lettre du 28 septembre 2018. En dépit de ce contexte, la Mairie de Clichy s’apprête à céder le Monument Historique classé au promoteur.
La Maison du Peuple, oeuvre de Beaudouin Lods et Prouvé, est un monument emblématique de l’architecture du début du 20e siècle pour son mur-rideau, sa modularité et son toit-ouvrant. Elle a fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration par l’Architecte des Monuments Historiques Hervé Baptiste en 1995, 2003 et 2005.
 

Revue de presse succincte :
« La Maison du Peuple, monument emblématique du XXe siècle gravement menacé », La Tribune de l’Art, 1er septembre 2018 https://www.latribunedelart.com/la-maison-du-peuple-monument-emblematique-du-xxe-siecle-gravement-menacee
« Le préfet de région se mêle du projet de la Maison du Peuple », Le Parisien Supplément 92, 4 septembre 2018, p. iv.
« Spécial Patrimoine. Pierre-Antoine Gatier », Télérama n°3583, 15-21 septembre 2018, p. 10.
QUARTIER MAISON DU PEUPLE 43 rue Klock 92110-Clichy contact :quartiermaisondupeuple@laposte.net FB @MaisonPeupleClichy Twitter @MaisonPeuple




mardi 26 juin 2018

La honte sans miracle à Lourdes






































C'est l'une des raisons, Louis, pour lesquelles je ne vais que rarement voir ce que c'est devenu.
Souvent, le temps fait son ouvrage, souvent, le temps fait son outrage.
Tu vois, l'image suspend un moment, retient un état qui semble inaltérable justement parce qu'il fait image, comme si, étrangement, la photographie protégeait à jamais les lieux. Mais finalement, il suffit de quelques années, de quelques fautes, de quelques errements commerciaux sans génie pour que ce qui semblait une belle construction, solide, marquée par son temps, abstraite et bien dessinée devienne un machin, une erreur sans style, un local propre faussement moderne pour clients sans regard. Bref, comme j'aime à le dire, Louis, une honte.
L'Hôtel de Padoue, je l'ai aimé de suite quand dans ma main son image a surgi au milieu des cartes postales anodines. C'est, Louis, sa façade qui m'a plu, sa radicalité moderne traînant encore un Art Déco adouci, presque simple, timide. Peut-être d'ailleurs que cette timidité tendue de blanc lui donne toute son allure sur cette carte postale sans nom d'éditeur. La construction bien droite dans son cadre et dans son ciel parfait fait jouer la façade sans ombre de toute sa volumétrie des balcons aux pans découpés, filant sur la longueur, créant comme une seconde façade en retrait, libérant le coin de l'hôtel en une tour retenue dans la masse. Tu noteras, Louis, comment l'architecte a bien su articuler sa construction sur son îlot, comment il a su lui donner du sens, projetant le plus possible d'ouvertures par des fenêtres généreuses, l'hôtel est littéralement percé de part en part. Tu noteras aussi, Louis, comment en jouant avec des aplombs ou des corniches, l'architecte détermine bien le socle puis l'hôtel et ses chambres et enfin son dernier étage, construisant ainsi une dynamique de l'œil qui s'achève sur un PADOUE géant. Simple, beau, élégant.
J'hésite à te montrer ce que cet Hôtel de Padoue est devenu. Comment en est-on arrivé là ? Comment une telle attaque est possible et pourquoi ? Comment a-t-on pu (on ici c'est la chaîne incroyable des administrations locales, des architectes de bas-étage, des promoteurs à retour sur investissement) inventer sur une telle réussite une construction aussi vulgaire ?
Vulgarité, c'est bien de cela qu'il s'agit. Même pas un désir radical ou une force puissante qui auraient pu par son geste dire quelque chose sur l'héritage. Non, juste ce pragmatisme de l'ordre, celui du commerce, du confort des étoiles que le pauvre pèlerin confondra avec de l'architecture.
Vois-tu, Cher Louis, c'est bien notre époque.
Ce manque de regard qui cède aux investisseurs la permission du tragique. C'est à cela que tu dois t'éveiller. Tu te dois, à ton âge, de saisir ce risque, de comprendre comment lutter contre cela. Tu verras, souvent c'est triste, désespérant cette bêtise contemporaine, surtout que cette vulgarité des promoteurs, des agents patrimoniaux absents, touche aussi des bâtiments importants que l'on croit intouchables. Va voir, Louis, comment la Maison du Peuple de Clichy est attaquée par Monsieur Ricciotti, l'un de de nos plus grands architectes, l'un de nos plus puissants modèles de radicalité. Va voir comment, même lui, (pour faire tourner son agence ?), ose le compromis avec la vulgarité marchande, comment il se plie, il se couche.
Il se couche.
Tu comprendras alors qu'il faut beaucoup de chance à nos belles constructions, qu'il faut surtout beaucoup d'éducation pour que l'architecture, celle manifeste de son temps, ne soit pas seulement retenue, Cher Louis, dans les images.
C'est pour cela, Louis, que ta jeunesse (candeur mêlée d'espoir) te permet encore d'aller voir et que tu me verras maintenant toujours plus heureux de rester chez moi derrière LES images.
Amuse-toi bien à Marseille. Tu sais ce que tu dois y voir, en retenir.
Même le Mucem de Monsieur Ricciotti.
Même.

La bise depuis mon écran.

On notera que la carte postale ne nomme pas l'architecte de cet Hôtel de Padoue et que je n'ai pu le retrouver. On notera que je ne désire pas vous donner le nom du ou des architectes ayant requalifié cet hôtel.




















samedi 10 février 2018

Marcel Lods, actualités bonnes et tristes

Ici, depuis longtemps, j'aime évoquer Marcel Lods. Évidemment il est très présent dans ma région, autour de Rouen et à Elbeuf. Son actualité régionale c'est ainsi la destruction honteuse de ses immeubles dans les Hauts-de-Rouen. Personne n'a bronché, surtout pas les responsables du Patrimoine en Région Normandie ou à la Mairie de Rouen.
Je reçois une annonce pour une exposition au MUS à Suresnes où Marcel Lods est associé à Eugène Beaudouin, je vous communique en fin d'article les informations, il y a aussi un cycle de conférences. C'est une bonne nouvelle et il me faudra trouver le temps de venir la voir. Allez-y !
Vous savez aussi que Marcel Lods et Eugène Beaudouin sont menacés à Clichy au travers d'un projet réalisé par Rudy Ricciotti. La Maison du Peuple, qui si le projet voit le jour, ne sera plus rien qu'un socle pour une tour dont je vous laisse juge de la qualité signalétique, pour les qualités architecturales respectueuses, on repassera... Ou pas. Dommage de la part d'un si bon architecte et surtout dommage pour ce chef-d'œuvre bafoué et écrasé. La Maison du Peuple devrait être littéralement intouchable. Oui, intouchable et cela veut dire que l'on ne peut pas lui accoler quoi que ce soit qui fasse rupture avec son environnement urbain. Les échelles, ça se respecte tout autant que la construction, Monsieur l'architecte.
Je vous offre une carte postale inédite de ce chef-d'œuvre :


On notera que l'éditeur Marco nomme la Maison du Peuple et les Halles. La carte postale reste difficile à dater mais je la crois du début des années cinquante. On y voit bien à droite la Maison du Peuple et sa façade superbe venir contraster avec la rue. On remarque que l'éditeur ne lui donne pas toute la place mais laisse la ville et sa rue jouer avec elle. La Maison du Peuple est chez elle en quelque sorte. Ciel blanchi, lumière venant de la gauche. Nous sommes à hauteur de piéton, la vraie place. Allez rigoler en regardant la vidéo du groupe Duval. Vous remarquerez que rien ne signale le contact entre la construction de Monsieur Ricciotti et la Maison du Peuple. Et pour cause... Et surtout, il faudra un jour faire une parodie de ce genre de machin communicationnel où les dessinateurs nous mettent des chaises de Jean Prouvé dans le décor en garantie de leur attention et de leur appartenance au club des modernistes convertis de justesse. Allez ! Mets-moi du Prouvé ! Comme un certain ancien ministre, demandait qu'on lui mette du blancos, du White sur les images du marché pour faire cosmopolite. Et la fenêtre s'ouvre sur la ville de Clichy, le vent fait tourner les pages du catalogue et au loin, à l'horizon ensoleillé sur une musique attendrie, la tour de spaghettis s'élève, majestueuse, forcément majestueuse ! Pouf, pouf, pouf !
Non ? Franchement, les gars... C'est une blague ? Et le Centre Pompidou cautionne ?


Même type de communication, belle image, belle image :




Mais l'autre actualité sur Marcel Lods qui, peut-être est un peu loin, peut-être est un peu trop proche, est l'édition d'un superbe et très touchant ouvrage sur Drancy.





Il est inutile de dire combien ce lieu est douloureux, combien pour un architecte qu'une histoire aussi difficile puisse entacher son œuvre est une chose pénible et injuste. Drancy c'est une architecture, belle, puissante, généreuse à l'idée de loger, d'habiter. Mais c'est aussi un camp de concentration, un camp de départ pour la mort, une ignominie dont, bien évidemment, il faudra toujours, toujours dégager l'architecte de cette responsabilité. Trop de petits redresseurs de tort de l'architecture moderne ont sauté sur le dos de Marcel Lods pour accuser son architecture à Drancy, comme si, intrinsèquement, elle était prédestinée à se transformer ainsi. Cette thèse est ridicule, elle est pourtant partagée, on la trouve par exemple, dans le malgré tout excellent ouvrage de François Maspero Les passagers du Roissy-Express, avec une mauvaise foi déconcertante. (voir pages 174 à 180)
C'est pour cette raison qu'il est toujours bien d'entendre les témoignages de ceux qui ont vécu cette douloureuse expérience et ce livre vient à point.
Ce livre est plus que poignant et Georges Horan-Koiransky nous donne l'exacte mesure de ce qui s'est joué ici, dans les immeubles de Marcel Lods. L'édition de ce témoignage dessiné et écrit est d'une grande tenue éditoriale. Texte explicatif qui remet en place l'ouvrage et l'auteur dans son époque, fac-similé du livre original, qualité d'impression, choix des typos et des papiers, tout est superbement tenu. Pierre Gaudin et Aude Garnier pour Creaphis éditions ont fait un travail vraiment remarquable. Il est donc aisé d'entrer avec Georges Horan-Koiransky dans son enfer. Il est aisé de saisir le drame, de le sentir palpiter, d'avoir même du mal à retenir l'émotion car la force de l'auteur c'est son dessin, fort, noir, solide et sans concession à ce qui se déroule là. Aucune mièvrerie doloriste mais l'œil et la main au service de ceux qui subissent, au service surtout de leur mémoire. Ce livre est un monument, un choc.




Les chapitres sur les enfants sont à peine lisibles tellement c'est dur. On oublie bien entendu ce débat sur la culpabilité de l'architecture car ce serait bien obscène que de vouloir se réfugier dans cette question. Le drame est ailleurs, dans les espaces maintenus sous les autorités des gendarmes français dont le rôle est pour le moins, si on en croit l'auteur, plus que douteux. Car exercer une violence c'est tenir son espace et accepter de jouer ce jeu est bien une ignominie historique.
Il est donc temps de diffuser ce livre le plus largement possible, de montrer comment tout lieu peut basculer en enfer.
Achetez-le et faites-le lire.
Achetez-le chez un libraire indépendant.

Quelques images :






Pour terminer, voici une carte postale de ces mêmes gratte-ciel de Marcel Lods à Drancy :


La carte postale est une édition ALFA, sans doute d'après-guerre vu son mode éditorial. L'architecte n'est pas nommé mais l'éditeur reprend bien ce terme de gratte-ciel qui doit, à lui seul, raconter son ambition et sa modernité. La correspondante au verso de la carte postale ne fait pas écho au drame qui s'est joué là, elle raconte sa vie, celle des enfants, de la Marraine, de Mémé. Il ne reste plus que le spectacle superbe de ces tours dans leur ciel comme si le silence tombé sur l'image devait recouvrir aussi la mémoire. L'architecture malgré tout tente encore de tenir debout.
Est-ce raisonnable ? Que faire de cette distance, de ce doute ?
Vivre ?

Pour voir ou revoir les articles sur Marcel Lods :
http://archipostcard.blogspot.fr/search/label/Marcel%20Lods
ou
http://archipostalecarte.blogspot.fr/search?q=lods 
Sur le projet de Monsieur Ricciotti :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2017/11/rudy-les-spaghetti-sont-servie-et-la.html

Toutes les infos sur l'exposition au Mus ici :
http://www.suresnes-tourisme.com/expo-mus-architectes-davant-garde.html



mercredi 8 novembre 2017

Rudy, les spaghettis sont servis et la soupe aussi

20 Novembre 2019 :
le projet semble abandonné. Ouf...Que cela serve aussi de modèle de lutte et de colère, qu'enfin on respecte cette Architecture et ce Patrimoine.
Désolé Rudy, tu trouveras bien un ailleurs plus proche de tes hargnes.
 

Je vous donne à lire ci-dessous une lettre ouverte à Rudy Ricciotti.
Il est clair maintenant que la Région Ile-de-France, que ses institutions patrimoniales qui la représentent, que la politique du Grand Paris, osent tout, c'est à ça d'ailleurs qu'on les reconnaît. Chemetov et Prouvé à Saint-Ouen, Émile Aillaud à Nanterre, Jacques Kalisz à Nanterre, Tour Montparnasse, Claude Parent et Paul Virilio à Vélizy-Villacoublay, Esquillan à Fontainebleau et maintenant Maison du Peuple à Clichy de Beaudouin, Prouvé, Bodiansky et Lods... Le bilan des attaques contre le patrimoine moderne et contemporain devient lourd, très lourd, honteux. À qui le tour ? Le Musée des Arts et Traditions Populaires de Dubuisson peut-être...



Salut Rudy !
Je vais te tutoyer car tu es de ceux qui ont toujours fait de leur gouaille un signe de reconnaissance, comme si les tonalités de ta langue si chantante et fleurie et sans compromis devaient pouvoir immédiatement nous permettre de comprendre la franchise de ton architecture et de ta pensée, comme si cette voix, ta voix était l'occasion d'une complicité dont j'ose me saisir ici.
Dans cette vidéo, Rudy, tu affirmes avec une fierté non feinte qu'un architecte ça doit être un casse-couille, je crois que tu remplis bien ton programme.


Car vois-tu, lorsque pendant toute une carrière on joue l'outsider de service, celui qui empêche de tourner en rond, le grand pourfendeur de la pensée commune et le mec proche de la réalité du terrain et des connaissances des métiers, il est étonnant de voir soudain un travail qui écrase justement ceux qui, dans l'histoire de leur Art, furent les pionniers de cette brutalité chantante et de cet hommage aux gens : la Maison du Peuple de Clichy.
Non mais franchement Rudy... Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi cette tour de spaghettis qui va se dresser dans le ciel comme une corde enchantée par un magicien hindou et qui réduit le chef-d'œuvre de Prouvé, Lods, Bodiansky et Beaudouin à un plat de cantine en aluminium ?

Ce n'est pas à ta hauteur, c'est ça le pire. Pas à ta hauteur.

Mais vous, (je reprends le vouvoiement toujours lorsque je suis en colère), mais Monsieur Ricciotti franchement, là, vous rigolez ? Non ? Allez... C'est une blague ? Vous allez annoncer demain que vous y renoncez à ce projet et que c'était là un exercice pour montrer à tout le petit monde de l'architecture à quel point la gestion du Patrimoine Architectural du XXème siècle est méprisé en France ? 
Car sinon, tout ce que vous étiez jusque là, tout ce que vous avez porté de colères, d'intransigeance, de force et de respect à ceux qui bâtissent devient vain, inutile.
Quand on fait finalement de ses colères, de sa révolte, une image de marque, un objet de communication, un slogan à la Seguela pour servir un plat de promoteurs, on devient quoi ? 
Comment appelez-vous cela ?
Alors vous me direz que vous êtes donc bien un casse-couille pour tous ceux qui comme moi défendent le respect du Patrimoine et que vous méprisez ce combat car, sans doute, nous sommes, nous, croyez-vous, dans l'histoire et vous dans l'avenir... Que l'Histoire de la Modernité doit être réécrite, que son respect est inutile, voir ringard.
Vous avez sans doute raison Monsieur Ricciotti, mais entre l'histoire d'une gauche populaire de Clichy et de sa Maison du Peuple et l'avenir du Grand Paris des Promoteurs soutenu par une politique fourvoyée de personnalités décadentes à leur propres idéaux, je préfère le passé. 
Et je parie, oui, je parie que vous aussi Monsieur Ricciotti finalement. 
Rien dans votre projet architectural, rien ne rend hommage à cet optimisme, à cette architecture, à ces combats sociaux. Et surtout rien ne rend ici hommage à votre propre travail. Vous vous servez de ce passé comme d'un symbole, un signe qui vient marketer votre tour. Et l'absence de cette belle franchise qui était la vôtre est le signe de ce ratage. En fait, cette tour, elle débande, triste après sa petite mort érectile.
C'est certain que vous me rétorquerez que vous ne vouliez pas rendre hommage, que vous pensez que l'hommage aux aînés est une servilité. Que ce que porte cette Maison du Peuple d'idéologies d'émancipations sociales doit être réduit au silence simple de sa structure, comme un squelette vidé de sa chair. 
Mais le blanc de votre tour, ce blanc comme une boutique Macintosh de province, son élan amolli par sa façade serpentine, le contact entre l'existant, tout y est déjà épuisé surtout par son bio-design des années 90 que même Audi a abandonné il y a longtemps. Ce n'est pas du Maniérisme, c'est maniéré, c'est nouille comme on disait des mauvais suiveurs de Guimard.  Pourquoi avez-vous perdu votre puissance, votre force, votre courage ? Pourquoi la rage Ricciotti a disparu ? Pourquoi votre belle et nécessaire radicalité poétique a laissé la place à cette ascension racoleuse de spaghettis ? Quel mauvais, très mauvais dessin... Vraiment pas à votre niveau.
Mais le pire c'est l'ensemble des complicités à cette attaque patrimoniale. Le pire c'est cette caution. Le pire c'est le fourvoiement des Institutions Culturelles logotypées dans les arguments (publicitaires) des promoteurs. Ils ont instrumentalisé votre hargne pour en faire l'argument de leur probité. Le pire c'est ça, cette communication qui prend la place de la pensée, qui fait semblant, cette novlangue, outil magique pour faire passer l'indigestion de ce plat de spaghettis. Quand l'architecture devient communication, quand on illustre des concepts communicationnels par une construction, on ne fait pas de l'architecture. On fait un produit. 

Et, venant de vous Monsieur, de vous, après tout ce que vous avez porté, que j'ai tant aimé, tant admiré, et même tant diffusé auprès de mes étudiants comme modèle de résistance à ce monde boursouflé, c'est là le signe infamant qu'ils ont gagné et que nous avons perdu. Je vous inclus dans ce Nous.
Vous avez inventé ici le totem de ce retournement idéologique. Nous aurions préféré un beau majeur dressé dans le ciel de Clichy, doigt plus digne de l'héritage du Progrès Social.
Tu as raison Rudy, un architecte ça casse les couilles et on a le droit de changer après tout et nous, vois-tu, nous avons le droit au désamour.

Sinon ? Ça va ?

Pour en savoir plus sur ce projet allez là :
http://www.leparisien.fr/clichy-92110/maison-du-peuple-le-pcf-de-clichy-oppose-aux-appartements-de-luxe-05-11-2017-7374381.php 
Allez ici et lisez bien les arguments de communications. C'est hilarant puis affligeant. Où apprennent-ils à rédiger de tels textes ?

http://www.groupeduval.com/projet-maison-peuple-de-clichy-garenne/ 

J'ajoute aujourd'hui l'excellent article de Bernard Toulier :
http://www.sppef.fr/2018/04/16/la-maison-du-peuple-de-clichy-un-monument-historique-bafoue/