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dimanche 12 mai 2024

Serqueux in extremis

 6 mai 2026
Dernière minute ! Urgence absolue ! Menace imminente !
On apprend hier que le préfet aurait signé la destruction de l'église de Serqueux.
Si cela s'avère vrai c'est une honte absolue et une perte inestimable pour l'architecture du Vingtième Siècle !
Pire c'est l'aveu d'impuissance et d'inutilité du Label Architecture Contemporaine Remarquable  et classement en Normandie puisque dans cette région on a déjà assisté au déclassement de leur titre de Monument Historique des Verre et Aciers de Marcel Lods, voilà qu'aujourd'hui  c'est cette église qui est attaquée ainsi.
Bien entendu tout cela se fait sous les yeux des autorités patrimoniales (autorités bien peu efficientes en fait) et avec leur complicité ?
Après la destruction de l'église Sainte Bernadette du Grand Quevilly celle de Serqueux montre bien comment l'Art Sacré contemporain est traité en Normandie par ses institutions. On notera que cela fait donc deux constructions en fusées céramiques qui sont donnés aux pelleteuses. On dirait bien que la Région Normandie et ses institutions culturelles veulent en faire une vraie rareté sur son territoire en supprimant le plus possible les expressions de cette technique soit exactement l'inverse de sa...mission de sauvegarde. Chapeau la Région Normandie, Chapeau bas.


12 mai 2024 :
Il n'y a pas tant que ça de bonnes nouvelles du coté du Patrimoine Architectural du XXème siècle. Alors, hier, quand j'ai appris que l'église de Serqueux était finalement sauvée de la destruction, je fus extrêmement heureux d'autant plus que nous avons ici, sur ce blog, depuis longtemps (très longtemps...) défendu son sauvetage.
Ouf ! In extremis !
Si vous êtes un fidèle lecteur ou une fidèle lectrice de ce blog vous savez déjà que la particularité de cette église, hormis son écriture si Vingtième Siècle c'est que sa voute est faite des fameuses et rares fusées céramiques conçues par l'architecte Jacques Couëlle et ici mis en oeuvre par l'architecte Percheron.
Après la démolition scandaleuse et stupide d'une autre église du même type, (ratage patrimonial complet), il était donc temps que les responsables patrimoniaux agissent en exerçant l'autorité nécessaire pour sauver cette église.
Malheureusement, le campanile qui en finissait l'écriture est, lui, déjà tombé... Pendant qu'on discute...

Il faudra maintenant convaincre Monsieur Hermand  le Maire (plein de bonnes volontés) et ses administrés qui avaient voté pour la destruction de l'église qu'ils ont là, non pas un "machin qui fuit" mais bien une oeuvre exceptionnelle et remarquable, une pièce rare de patrimoine constructif du XXème Siècle. Il faudra donc éduquer les regards, refaire aimer cet espace, faire comprendre les particularités géniales de cette voûte pour que l'église de Serqueux, devenue autre chose, soit à nouveau l'objet de tous les soins mais aussi dotée d'un avenir.
Ce travail d'éducation que le Label Architecture Contemporaine Remarquable aurait du faire depuis longtemps a donc montrer une fois encore ses limites de protection et de signalement.
À qui la faute ? Et surtout, comment faire à l'avenir pour que cela ne se reproduise pas ?
Et comme souvent, c'est sous la menace de la démolition que ce fait le travail de sauvetage en lieu et place d'une vulgarisation efficace de l'histoire de l'Architecture. Pourquoi encore autant de réticence face à ce Patrimoine ?
Il faudra dire au Maire, Monsieur Hermand, qu'il existe un tourisme patrimonial pour le XXéme siècle, qu'une telle construction pourrait bien devenir un point de rassemblements et de visites, qu'un travail de mise en valeur de ce Patrimoine non seulement ne sera pas un frein au développement de sa ville mais bien un atout, et même, espérons, dans le futur un objet de fierté. Nous voulons bien l'aider et travailler avec lui. Ce blog fait déjà ce qu'il peut pour ça aussi.
On peut aussi se dire que cette protection pourrait être le signe dans ma région au moins d'un nouveau rapport à ce Patrimoine Moderne. On ne peut qu'espérer que ce blog y ait un tout petit peu contribué. Espérons donc que la DRAC Normandie continuera avec le même courage qu'à Serqueux à défendre et sauver des édifices de la sorte. Au vu des anciennes catastrophes dans mon département et ma Région, on pourra dire sans crainte : qu'il était temps.
In extremis, In extremis.
Trop tard pour St Bernadette de Grand Quevilly : la honte.
Saluons donc ici ce changement, ce courage.


Pour fêter donc ce retournement vraiment très inattendu, je vous propose un drôle d'objet...
Il s'agit d'un petit document, une sorte de carte en deux volets qui a laisser au correspondant toutes les joies des jeux de mots sur Serqueux...On pourra à la fois en rire et trouver ça navrant...comme vous voudrez. On note que le photographe de cette carte est Marcel Guilbaut de Lhomme. Je ne sais pas comment était diffusée cette carte. Sans doute dans l'église comme souvent à l'époque.
Vive l'Art Sacré du XXème siècle !
Vive Serqueux et sa belle église !
Et merci à la DRAC Normandie pour son travail et son courage.
On reste vigilants...bien entendu...pour tous les autres dossiers et menaces sur l'avenir de ce Patrimoine Moderne dans la Région Normandie et ailleurs.
Walid Riplet.

Pour revoir les articles (parfois durs) sur ce Patrimoine :
2014...
2016....
Sur Jacques Couëlle et sa technique :
Serqueux :
2015...

Pour voir le reportage :



















mercredi 13 septembre 2023

Journées Européennes du Patrimoine c'est inutile ?


 

6 mai 2026
Dernière minute ! Urgence absolue ! Menace imminente !
On apprend hier que le préfet aurait signé la destruction de l'église de Serqueux.
Si cela s'avère vrai c'est une honte absolue et une perte inestimable pour l'architecture du Vingtième Siècle !
Pire c'est l'aveu d'impuissance et d'inutilité du Label Architecture Contemporaine Remarquable  et classement en Normandie puisque dans cette région on a déjà assisté au déclassement de leur titre de Monument Historique des Verre et Aciers de Marcel Lods, voilà qu'aujourd'hui  c'est cette église qui est attaquée ainsi.
Bien entendu tout cela se fait sous les yeux des autorités patrimoniales (autorités bien peu efficientes en fait) et avec leur complicité ?
Après la destruction de l'église Sainte Bernadette du Grand Quevilly celle de Serqueux montre bien comment l'Art Sacré contemporain est traité en Normandie par ses institutions. On notera que cela fait donc deux constructions en fusées céramiques qui sont donnés aux pelleteuses. On dirait bien que la Région Normandie et ses institutions culturelles veulent en faire une vraie rareté sur son territoire en supprimant le plus possible les expressions de cette technique soit exactement l'inverse de sa...mission de sauvegarde. Chapeau la Région Normandie, Chapeau bas.


13 septembre 2023

Et si le dossier de l'église de Serqueux devenait un emblème de la gestion du Patrimoine en Normandie et en France ?

Voilà une petite ville qui possède sur son sol l'un des rares exemples de voûtes en fusées céramiques gràce à son église volontairement moderne et audacieuse. Archétype des églises de ce type en France construites après la Seconde Guerre Mondiale, cette église dessinée par l'architecte Michel Percheron, certes, n'est ni Ronchamp ni l'église du Raincy mais elle ne démérite pas, surtout d'un point de vue technique et aurait donc du faire l'objet de tous les soins possibles surtout après la démolition honteuse de sa soeur l'église de Grand Quevilly qui était l'autre témoin en Haute-Normandie de ce matériau génial et si original. On passera sur cette démolition, on ne comprend toujours pas le raté patrimonial...Enfin...si...On comprend...




Le clocher-campanile de Serqueux lui n'a déjà pas survécu.
On pourrait se dire que cette église de Serqueux fut bien repérée puisqu'elle a bénéficié du si étrange Label Architecture Contemporaine Remarquable (à l'origine Label Architecture du XX), preuve donc que les services régionaux du Patrimoine avaient été attentifs à cet héritage mais n'avaient bien entendu pas pensé à un classement. Il reste toujours difficile de comprendre comment on atteint le podium de l'aristocratique classement au titre des Monuments Historiques.

Mais voilà...la vie municipale et démocratique est faite de creux et de rebonds ! L'église de Serqueux est en mauvais état et, comme un nombre grandissant d'églises désaffectées en France, personne ne sait comment financer sa restauration ou lui trouver une destination autre. La reconversion et le financement ainsi que la sécurité des habitants et usagers deviennent donc de fait des questions importantes pour le maire, responsable sur tous ces points aux yeux de ses administrés. Monsieur Hermand avait donc demandé légitiment et courageusement par la voie démocratique aux habitants ce qu'ils voulaient faire de leur église. Mais...au moment-même où cette question était posée démocratiquement, manquait donc une information essentielle : le maire et ses administrés ne savaient pas que cette église de Serqueux était bel et bien labellisée ! 
Oui c'est incroyable.

Comment dire...


On notera que ce Label a pour objet justement d'éduquer à l'architecture moderne et contemporaine, il se doit de rendre visible de fait ce qui est exceptionnel et devrait être avant tout un moyen de diffusion de cette histoire de l'architecture. Comment se fait-il que personne à Serqueux ne fut informé de cette labelisation ? Pourquoi ce manque d'échanges entre l'administration du Patrimoine et une commune ? On imagine bien que le cas échéant, depuis toutes ces années, la Mairie et son maire aurait pu s'emparer de ce Label pour communiquer aux habitants de Serqueux la chance de posséder sur leur territoire un tel objet architectural et donc auraient bien pu, évidemment, voter d'une toute autre manière pour son avenir !
Maintenant, et une fois encore, tout se bouscule ! Sans doute alertés par les médias de la demande démocratique faite par le Maire à ses administrés, voilà les services patrimoniaux qui se remobilisent et rappellent au Maire que ce bâtiment fut labellisé. On a envie de dire : juste à temps ! Juste avant la démolition...
Mais Monsieur le Maire me fait remarquer justement : comment croire encore à la parole publique quand un maire s'engage sur les décisions de sa population et que cette décision se fait sur une information si ce n'est mauvaise au moins...incomplète ! 
Et comment expliquer maintenant que c'est trop tard, que cette église ne fut pas alors reconnue, soutenue et donc entretenue pendant tout ce temps. Pourquoi cette église n'a pas été repérée en 1980, 90, 2000, 2010, 2020 ?

À qui jeter la pierre de cette politique de la protection patrimoniale en France et donc en Normandie ? Pourquoi, une fois encore, a-t-on l'impression que tout se gère (ou ne se gère pas) dans l'urgence juste avant la ruine ?
Admirons la patience de Monsieur le Maire...et son fair-play, lui qui doit rendre des comptes à des administrés qui n'ont pas été informés de la qualité de leur Patrimoine. À quoi sert (et à qui ?) un Label Architecture Contemporaine Remarquable qui n'est...remarqué par personne ?

On se souvient que la DRAC Ile-de-France a mis sept ans et demi pour répondre sur un dossier. 

Alors on sait de moins en moins quoi penser de toute cette organisation administrative de notre Patrimoine, de tous ces Labels ! Et de ce qui constitue normalement un service publique.
On dirait que parfois certaines administrations tentent de sauver les apparences pour ce Patrimoine au dernier moment, comme pour effacer leur absence de repérage et de travail en amont. Un manque de Culture et de curiosité pour ce Patrimoine du XXème de la part des dits-agents ? Un manque de moyen humain et technique ? Un manque de formation à ce Patrimoine ? Qui contrôle les activités des agents patrimoniaux et leur gestion et dans quel cadre administratif ? Qui donc pour juger de la qualité de leurs services ? 
Le tribunal administratif ?
Comment inventer une vraie capillarité entre les citoyens et leurs services publiques du Patrimoine ?
Le loto du Patrimoine est-il donc le seul lien valide ?

L'autre question que cela pose est le repérage de ces architectures et de qui doit l'opérer et au nom de quelle vision du Patrimoine. En 2023, l'inventaire des constructions des années 90 et 2000 devrait être en route. On devrait déjà pouvoir classer certaines de ces architectures. Faudra-t-il que les DRAC en 2050 se rendent compte trop tard qu'elles ont oublié quelque chose ? Est-ce que la notion-même de Patrimoine aura la même valeur dans un monde surchauffé qui ne gérera l'urgence que par sa vision rétrécie et idéologique d'une écologie devenue maitresse de toutes les décisions ? Qui de cette génération montante du Patrimoine et de l'Architecture aura été formé pour sauver techniquement et esthétiquement ces architectures de la fin du XXème des risques de dépréciations écolo-démagogiques ?

Alors, en ce week-end des Journées Européennes de l'Architecture et du Patrimoine en Normandie, peut-on au moins rêver à une issue heureuse pour l'intelligente et touchante église de Serqueux ? Est-ce que la prise de position démocratique du Maire, son incroyable bonne volonté d'administrer correctement sa commune et de mettre en valeur son Patrimoine construira une alliance enfin apaisée avec les agents du Patrimoine pris d'un sursaut, conscients donc, les un et les autres, de leur responsabilité et du respect de la parole publique. Un Label ça devrait aussi être considérée comme une déclaration politique et l'exercice de la Démocratie, pas un machin de spécialistes qui tombe sur un territoire comme une punition pour une mairie ou qui s'efface selon les desiderata des élus politiques locaux.

Rêvons...Croisons les doigts.
Il parait que l'une des thématiques du Minsitère de la Culture en ces Journées Européennes du Patrimoine serait : Patrimoine vivant.
Aimons-nous vivants
N'attendons pas que la mort nous trouve du talent...donc...

Walid Riplet.

Pour revoir quelques articles en rapport avec ce texte :
Déjà en 2016 :

Sur les fusées céramiques et Jacques Couëlle :

Sur la honte de Grand Quevilly et comment ça pourrait finir aussi à Serqueux :

Quelques images déjà publiées mais qui éclaireront les nouveaux venus sur ce blog.
Ces document sont protégées par des droits d'auteur. Merci de ne pas les copier sans autorisation.








dimanche 3 avril 2016

60 000 fusées, 60 000 !





Nous allons nous régaler d'un document exceptionnel par son édition, son objet, ses images.
En effet, j'ai peu de documents dans ma collection mettant autant en valeur une architecture et sa construction. Même si, comme vous allez le voir, on quitte un peu le monde des cartes postales, ce document est tout de même très proche de ce type d'édition dont on imagine qu'il aurait suffi de peu d'éléments pour que l'on soit en face d'une édition de cartes postales.
Nous allons donc regarder une petite pochette contenant onze photographies en noir et blanc au format 10x15 cm, un texte écrit par l'architecte et une pochette elle-même imprimée avec beaucoup d'informations. Cet objet éditorial évoque bien les éditions constituées de cartes postales mais le dos des photographies ne comporte pas de séparation pour l'adresse et la correspondance, c'est le seul détail qui ne permet pas de parler de carte postale a priori.
Pourtant...
On sait et voit sur ce blog le nombre incroyable de cartes postales nous montrant des maquettes d'églises modernes ou de leur construction (ici ou ici par exemple). On sait que ces cartes postales avaient souvent comme objectif de soulever des fonds, servant de souscription. On a vu aussi des cartes postales d'églises en construction, fières de leur originalité technique, affichant une modernité dans leur dessin et la technique qui les font naître.
C'est bien le cas ici avec ce petit portefolio concernant la construction de l'église Saint-Jean-Bosco à Chambéry dans le quartier Le Biollay. L'architecte Pierre Jomain associé à Berthe Chappis nous donnent donc à voir et à vivre la conception puis la construction de cette église d'une très grande beauté simple, celle d'une technique, ici les fusées céramiques, au service d'une forme et d'une fonction. L'exceptionnelle qualité des images, la précision sur les détails constructifs, la tenue du texte de l'architecte Jomain, racontent bien l'importance à l'époque qu'on a accordé à cette modernité, à cet élan, à la joie de penser une forme et un programme au milieu des habitations et au service des habitants en respectant un terrain et un budget difficiles... On remarquera que les clichés sont souvent coupés par une ligne dont je ne sais rien. Comme si les photographies étaient constituées de deux négatifs. On nous donne bien le nom des photographes de cette édition : Pierre Jomain l'architecte et Covin (?) dont on ne sait rien. Vous allez voir que la qualité des images est au rendez-vous et surtout qu'elle permet bien de lire la progression du chantier. On aimera aussi montrer que les constructions en fusées céramiques sont des œuvres incroyables aux capacités techniques et formelles inouïes que la Direction des Affaires Culturelles de la Seine Maritime et sa Conservation des Monuments Historiques, tout comme les mairies de Grand-Quevilly et de Serqueux, ne semblent pas vouloir reconnaître. On voit bien ici à Chambéry que Pierre Jomain a su tirer parti de toutes les possibilités de cette technique, la laissant lisible, apparente, comme pour en souligner la beauté. Cette franchise des matériaux travaillés avec délicatesse et justesse font de cet événement technique une jubilation spatiale et donc architecturale. Regardez comme le dôme est superbe ! Alors, servons-nous de ce modèle éditorial pour souligner l'urgence de sauver en France les architectures souvent modestes et donc rares faites de cette technique aujourd'hui disparue. Pour mon département de la Seine Maritime, pour les villes de Grand-Quevilly ou de Serqueux, c'est déjà trop tard. Espérons que Chambéry saura mieux faire...
Bonne visite, bonne jubilation de ce document exceptionnel !
Vive les églises modernes ! Pour une sauvegarde active et rapide de cet héritage ! Rapidement, maintenant, tout de suite !
Rappelons que le Label Patrimoine du Vingtième Siècle n'offre aucune vraie protection...
http://www.rhone-alpes.culture.gouv.fr/label/spip.php?article33

Merci de ne pas dupliquer ces images sans autorisation.