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dimanche 9 juin 2019

Dionis du Séjour

Il est toujours facile de croire que les architectes cherchent leurs formes dans d'autres objets que l'architecture elle-même. On sait comment d'ailleurs certaines de ces architectures dans le langage commun se trouvent des petits noms : Volcan, pot de yaourt, Tournesol, soucoupe volante etc...
Alors, est-ce que pour cette maquette de la future église Notre-Dame de la Salette à Paris, les architectes Henri Colboc et Jean Dionis du Séjour auraient posé sur la table une râpe à légumes Moulinex ou un presse-agrume Seb ?
Avouez qu'il est aisé de confondre.


Mais si on a bien le droit de s'amuser un peu, on doit tout aussi vite être saisi par la beauté de cette forme bien plus complexe et audacieuse qu'il n'y paraît. On doit aussi être saisi par la photographie très contrastée mais restée anonyme qui sait dramatiser cette maquette, la faisant surgir d'une nuit tombée durement, offrant alors soudain, sur le bâti, toute la lumière franche d'un projecteur quasi-divin.
On notera que cette carte postale de souscription porte bien la mention aidez-nous à construire, vocation donc pécuniaire de cette carte postale, existant sans doute à la fois en amont de sa construction et sans doute aussi un peu en aval, mais que, précisément, le maquettiste de cette architecture, tout comme le photographe de cette image restent tous deux dans l'ombre.
Qu'est devenue cette maquette ?
À quelle moment, poussée ici, rangée au fond de la sacristie, dans un grenier quelconque a-t-elle perdu sa fonction de projection du désir de construire ?
Je ne sais pas.
Ce que je sais c'est que l'église Notre-Dame de la Salette a été construite, que vous pouvez la voir ici ou vous y rendre. C'est dimanche après tout.
https://archipostcard.blogspot.com/2011/06/maismais-quest-ce-que-cest.html
Cela prouve-t-il que des milliers de cartes postales achetées et envoyées ont permis d'obtenir assez d'argent pour la construire ? J'en doute.
Qu'importe !
L'élan de l'appel aux dons aura permis de construire mais aussi de préserver ce moment de l'architecture où quelques morceaux de bois bien taillés, un peu de plâtre et de peinture construisent sur une table ce rêve d'église, cette belle image, cet incroyable document.





mercredi 23 décembre 2015

L'autre belle église du Havre

On évoque souvent ici et à raison la très belle église St-Joseph du Havre dessinée par Auguste Perret, mais cela fait longtemps que je voulais vous parler d'une autre très belle église du Havre, cette fois c'est Saint-Michel.
La voici :



La carte postale des éditions Société Nouvelle en Belcolor d'après Ecktachrome (sic!) nous donne beaucoup d'informations. D'abord le nom de l'architecte Henri Colboc mais aussi la date de la construction de l'église : 1964.
On est frappé par le registre formel de cette église faite d'un bloc dont le toit se détache pour s'ouvrir en aile et laisser passer la lumière. La porte au centre sous un dais somptueux de béton et les dalles de béton gravillonné aux joints visibles finissent une composition austère, sévère mais d'une très grande puissance plastique. Ajoutons un campanile bien détaché qui semble enregistrer dans les courbes de son altitude les ondes des sonneries des cloches et nous aurons un superbe objet architectural un rien coincé dans le fond de sa parcelle. On devine aussi que l'architecte a parfaitement joué avec le vocabulaire du Maître Perret et que l'ensemble de la construction s'intègre parfaitement à l'histoire de l'architecture de ce Havre reconstruit.
On retrouve ici l'église Saint-Michel :



Cette édition Yvon en Draeger procédé 301 (un top !) nous montre d'un peu plus près la construction. Si le point de vue est similaire c'est que simplement il est difficile d'en trouver un autre et même, je crois d'expérience, que c'est bien le seul qui puisse rendre l'église lisible. On peut même dire que sans doute, dans ce point de vue, Henri Colboc a placé tous ses atouts d'architecte. L'arrière de la construction n'offre pas vraiment de surprise. Pour l'intérieur... je n'en sais rien ! L'église est fermée à chacune de mes visites ! On imagine pourtant que le jeu des ouvertures et la simplicité de l'élévation doivent réserver de belles surprises. Dommage que dans une ville d'attrait touristique et architectural, une telle œuvre ne soit pas plus visible pour les amateurs...
On ne peut pas toujours vouloir du Perret au Havre ! Ouvrez vos églises ! Surtout quand elles ont cette force !
Je vous mets également quelques images prises sur place il y a peu de temps. Et un ou deux petits rappels... Ça ne fait pas de mal !