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mardi 22 juillet 2025

Le Corbusier avec deux étoiles

 Il n'existerait donc aucun recoin, aucun espace qui ne furent pas photographiés à la Cité Radieuse ! Et cette carte postale (qui est bien rare) peut vous en montrer l'un de ses atouts : le restaurant situé dans la rue intérieure...En trente ans de collection, c'est la première fois que je la vois mais, ce qui m'étonne, c'est justement mon étonnement au vu du très grand nombre de surprises de ce genre que nous aura réservé la Cité Radieuse.


Le restaurant, au dos de la carte, est affublé de deux étoiles. Bien...mais pas plus...en 1965...Mais que c'est beau non ? Même si nous ne savions pas que nous sommes à la Cité Radieuse, avouez que c'est bien beau cet espace, son mobilier, les volumes ! Reconnaissez-vous au fond notre barman ? La carte postale fut expédiée le 8 février 1965 vers l'Italie d'où elle revient vers moi...Quelle voyage !

Il s'agit là encore d'une édition Ryner que nous connaissons bien.  Où sont vos archives ? Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus pour une telle vue. Il faut dire que nous avons bien ratissé la Cité Radieuse, de son local à poubelles à sa terrasse en passant par la cuisine ou la chambre des enfants. Nous avons déjà expliqué ce désir de représentation, le tourisme architectural à laquelle fut associée cette Cité Radieuse. Nous nous sommes déjà régalés des chaises de René-Jean Caillette. On imagine que cette photographie fut prise dans la même séquence que celle du bar. On imagine aussi ce moment, la présence du photographe choisissant avec les propriétaires le point de vue vidé des clients. On s'imagine mangeant sur le balcon intérieur, projetant la vue sur l'extérieur par le haut de la baie vitrée.

Et si nous arrêtions de discuter ? Si nous allions au bar commander un cocktail puis, tranquillement que nous rejoignons notre table pour déjeuner simplement d'une rouget grillé après avoir visité la Cité Radieuse, le MUCEM ou les Pouillon sur le Vieux Ports ?

Allez ! On y va.

Pour refaire (un peu) la visite...bonne lecture...
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html 
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/08/le-corbusier-en-miniature.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/10/meubles-immeuble-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/le-corbusier-habitable.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.html




dimanche 20 juillet 2025

Pour une réadaptation de Michel Ducaroy


Il y a longtemps maintenant que nous ne nous sommes pas arrêtés devant une carte postale dont l'architecture nous importe bien moins que ce qui l'occupe.
Cette fois, cette grande salle, d'ailleurs assez belle et offrant une belle baie, nous intéresse surtout pour son ensemble mobilier. Même en n'étant pas un spécialiste du Design français d'après-guerre, on peut tout de même être particulièrement touchés par la ligne superbe de ces petits fauteuils (chauffeuses ?) en bois et cannage. Le dessin en est particulièrement réussi et parfaitement accordé à celui des petites tables basses. Je l'avoue bien volontiers, je ne savais pas de qui était le Design de ces merveilles mais en quelques clics se fut si facile à trouver...Michel Ducaroy !
On connait bien sûr ce dernier pour le fameux Togo mais ici on est un peu loin d'un design hédoniste des années 70 ! On dirait bien plus un ensemble mobilier d'un Jeanneret, quelque chose de tropical, retour des colonies. 
C'est un peu frêle, presque maigre mais comment résister à l'envie de s'y laisser glisser ! 
Il y a peu, j'étais devant la boutique du Grand Palais où des quantités d'objets Design se battent pour un bout d'étagère, attendant l'approbation des acheteurs, la reconnaissance de leur originalité. Des titis biscornus, un peu chic et marrants, au dessin souvent épuré pour faire sérieux et moderne, pour que immédiatement, dans l'originalité d'une ligne on soit rassurés sur l'origine d'un designer.



Ce qui m'étonne c'est ce positionnement du Design d'aujourd'hui, ayant quitté les formes utiles pour être affublé d'un rôle social, celui de ceux qui pourront se reconnaitre dans un moment culturel et s'offrir des objets qui leur diront leur mérite...Car alors, le prix et l'achat de ces machins créent l'exclusivité d'un Design devenu, de fait, un statut social. Pourquoi ai-je l'impression (à tort ?) que le Design est maintenant fourvoyé ? Quand on regarde une telle carte postale d'un lieu accessible, celui d'un centre de réadaption, rempli de fauteuils d'une très grande qualité on peut s'interroger en effet sur cette époque où le Design rencontrait tous les publics. 
Le design était simplement alors l'expression de son temps.
Jean Prouvé est souvent ici évoqué en ce sens. Comment ne pas dire qu'il est mort une deuxième fois quand ses droits d'auteur furent cédés à VITRA ? 
Ce fauteuil de Michel Ducaroy on sent qu'il en a réfléchi  l'économie de la matière, qu'il a réfléchi le montage simple pour en faire un objet abordable tout en étant élégant avec ce désir de faire accessible même dans le choix d'une ligne claire, tout cela semble fourvoyé, tordu, irrémédiablement perdu dans la recette commercial d'un design qui exclut de fait maintenant ceux pour qui il fut créé : tout le monde, les gens, vous et moi, les autres.
Les messieurs qui usent sur cette carte postale les assises des fauteuils de Michel Ducaroy ne font pas acte là d'un geste culturel qui les définissent. Ils utilisent. Ils usent. Ils s'assoient.
Pas ici de démonstration d'une classe sociale, d'une reconnaissance bourgeoise de ceux qui reconnaissent entre eux un designer...
À quel moment dans l'histoire du Design ce pli a été pris et crédité par la profession faisant des nouveaux designer des héros de l'exclusivité des formes ?



Et si il fallait rapidement redonner au Design sa fonction, je dis bien : fonction ?
Lâchons les droits d'auteur, faisons partout des éditions bon marché (comme à leur origine) de ses créations et de toutes celles qui sont aujourd'hui récupérées. Achetons notre chaise de Jean Prouvé chez But le samedi en faisant nos courses, achetons notre fauteuil de Ducaroy chez Conforama, c'est à dire à l'endroit-même de leur éthique. Accessible, beau, facile à vivre et donc utile et intelligent. 
En attendant, précipitez-vous au centre de réadaptation fonctionnelle des massues. Peut-être que, dans la cave, démontés, les fauteuils de Michel Ducaroy attendent un peu de lumière d'un brocanteur, c'est une affaire conclue.

Oui, réadaptons le Design.

Comme le dit Théodora :

"Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(Fashion designa)Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(J'achète plus, j'designe)Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(Fashion designa)Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(J'achète plus, j'designe)..."








lundi 28 avril 2025

Cette image pue le sexe

 Il y a certaines images portées par des cartes postales qui semblent tenir un monde, une fiction, un certain imaginaire avec lesquels je comble les vides du réel disparu. Il semble bien que le Club Méditerranée soit aussi, rien que dans sa prononciation, l'occasion d'une culture commune qui se met en place à son invocation. Et puis, depuis Houellebecq ou depuis les Bronzés, ces lieux portent aussi une certaine attente de libéralité des moeurs.

Cette image pue le sexe :



Plein de couples alanguis sur des poufs Design écrasés par le poids des corps jeunes, des bras passés par dessus des cous, des mains qui se touchent...La charge érotique retrospective et plaquée ne fait pour moi aucun doute. Comment ne pas se laisser déborder ainsi par ce que nous avons pris l'habitude de croire bien plus que par ce que nous voyons (ou pas) de cette image.

J'aime surtout, je l'avoue, le moustachu à droite, son avant-bras puissant, sa solitude, son regard franc. Il n'y a aucun doute sur ma projection. On pourrait aussi, sérieusement, pour faire genre études supérieurs ou historien du Design s'attarder sur l'agencement mobilier de cet espace. On pourrait en décortiquer les signes de la modernité, d'un esprit chaleureux du moment : couleurs chaudes mais atténuées, boules de papier en grand nombre, oeuvre murale géométrique, cendriers oranges, murs blancs. Et...bien entendu...les fameux sièges qui ressemblent à quelque chose entre les Togos de Michel Ducaroy et les sièges automobiles genre Matra de l'époque. Très bas, très mous, je le redis, ils ne sont pas faits que pour s'asseoir. Non, je ne crois pas seulement projeter mes propres désirs mais je pense bien simplement souligner ici un esprit du corps de l'époque : avachi. Le corps glisse alors vers le sol, il ne peut lutter contre un allongement, cherchant avec les talons à retenir la glissade entre le Skaï des assises et le Tergal des pantalons. Je n'ai pas retrouvé l'éditeur de ces chauffeuses furieusement seventies. 

Vous remarquerez que tout le monde sait que nous sommes là, que le photographe fait son image, on devine même que certains prennent une pose clairement signifiante des rapports qu'ils entretiennent les uns, les unes et les autres. On fabrique là un souvenir, on fait acte d'une déclaration de proximité sensuelle. Laissez-moi le croire (et donc le voir).

Par exemple, la jeune femme du fond est à la fois collée au jeune homme à sa gauche alors que celui à sa droite pose son bras dans son dos. On remarque que les chauffeuses semblent trop grandes pour une seule personne et trop petites pour deux, obligeant les couples à des proximités très marquées. J'adore ces agencements d'espaces, le jeu des jambes, des bras devant trouver de la place, tentant de se toucher.

Et même si, finalement, au vu de ma projection, l'origine de cette image n'a pas beaucoup d'importance, sachez tout de même qu'il s'agit d'une carte postale G. Carminati non datée pour le Club Méditerrannée de Livigno.

articles à relire :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/08/very-hard-design.html

https://liaudetlithographies.blogspot.com/2024/08/houellebecq-chroniques-martiennes-sur.html





dimanche 16 juillet 2023

L' Avantime à Royan : petite annonce sérieuse.

Une certaine idée du bonheur pourrait s'exprimer pour moi comme ça.
Une Renault Avantime garée devant un appartement à Royan.
Vous me direz que j'ai des rêves bien matérialistes et vous aurez raison. Mais je trouve personnellement que la fonction "Grand Air" de la Renault Avantime colle vraiment bien avec la plus belle ville du monde. Je pense que la Renault Avantime est un outil pour voir, pour voir l'architecture depuis une voiture, expérience finalement peu étudiée des architectes (sauf les Smithson) et des artistes (sauf Matisse). Car, voir la ville moderne, aurait dû être associé à voir la ville au travers du pare-brise et depuis une automobile tant les deux objets, architecture moderne et automobile, sont nés ensemble. Et si on voit souvent le design de l'un toucher l'autre, la voiture posée dans le paysage permettant chez Corbu de "moderniser" ou pire "contemporaniser" (beurk) les photographies de ses architectures, il existe peu de travaux expliquant comment la ville se déploie depuis l'objet mobile couvert de vitres qu'est une auto.

L'Avantime, je crois, a dans les gènes de sa conception, le désir justement de permettre l'observation du paysage urbain. Immense pare-brise, grandes baies latérale sans montant sur les côtés et toit panoramique, l'Avantime est bien une automobile pour le cruising en ville, le nez en l'air pour regarder l'architecture dans un objet qui est bien plus dessiné comme une construction que comme une automobile. En ce sens, l'imbrication des deux volumes de sa carrosserie le prouve aussi, tout comme le si fameux dessin de son arrière qui voudrait bien s'affirmer comme autonome. L'Avantime est bien un outil de vision tout autant qu'un outil de déplacement. C'est une auto pour voir et...pour se déplacer.
Est-elle aussi alors une auto pour être vue à son tour ? Sans doute...
M'as-tu vu ?
M'as-tu vu regarder la ville ?
Alors, oui, je l'avoue j'aimerais bien un jour, à mon tour, pouvoir faire cette expérience et le matin descendre de mon appartement de Royan pour gagner mon Avantime, appuyer sur la touche libérant le toit ouvrant et les vitres latérales et me laisser glisser dans la ville de Royan, nez au vent, yeux grands ouverts, pour enfin, enfin me sentir...chez moi.

Alors si vous avez une Renault Avantime qui traine devant un appartement de Royan et que vous voulez vous séparer des deux en même temps : je suis preneur ! C'est une annonce sérieuse.

Je vous donne deux cartes postales de ce même emplacement, cartes postales où une Dauphine Renault était exactement à la place de la Renault Avantime en 1964. Ce coin de Royan est assez peu représenté en carte postale et on s'amuse que ce rond-point fut ainsi vu comme un élément urbain important. La présence, bien entendu de l'Hôtel Les Régates aujourd'hui disparu n'y est pas pour rien, la clientèle de l'hôtel devait être bien heureuse de pouvoir envoyer une carte de son lieu de séjour.
Pour les amateurs de détails architecturaux, il reste là à gauche de belles ferronneries d'origine ! Il faudra bien les préserver et aussi restaurer ces bâtiments qui ne sont pas dans un état exceptionnel.
La mer est dans le dos des photographes des éditions Cap et Berjaud pour Tito. Ça, ça n'a pas changé...
Et si vous avez une Twingo II RS finition Gordini ou Red Bull ça peut aussi m'intéresser...je jette, ici, une bouteille...à la mer de Royan.




jeudi 6 juillet 2023

Maxime Old n'est pas si ancien



Il m'aura fallu un peu de temps pour recoller les morceaux. 
D'abord il y a eu l'achat de ce livre sur une foire à tout. Le livre s'intitule Maxime Old, architecte décorateur édité par Norma édition et écrit par Yves Badetz. 
Il n'aurait jamais été question pour moi d'acheter un tel livre à sa sortie, son prix de 550 fr à l'époque m'aurait immédiatement rebuté. Il faut donc dire une fois encore la chance culturelle que représente ces vides-greniers pour accéder à la Culture surtout pour le marché du livre...Apprendre ne coûte pas cher, ce qui coûte cher c'est éduquer à l'intérêt de la Culture.
Ceci dit, j'ai donc lu ce livre et j'ai été absolument passionné par ce personnage de Maxime Old que j'avoue je ne connaissais pas du tout. Comme quoi, la connaissance des designers de l'époque et des icônes habituellement rabattues occulte bien toute une partie de l'histoire du design.
L'écriture et le sérieux de Yves Badetz permettent bien de comprendre la place essentiel de Maxime Old sur la scène des décorateurs, ensembliers et designers dans l'époque du tournant moderniste où l'on passe des artisans d'Art aux designers de renoms. Mais justement, ce qui fait bien la grande qualité de Maxime Old c'est la manière dont sans rien renoncer de son métier d'ébéniste et de fabricant de meubles il a toujours su suivre et même devancer les dessins nouveaux et les nouvelles approches de son métier dans des réalisations d'une qualité absolument époustouflante ! Quel dessin, surtout, oui, quel dessin !
Comme Yves Badetz est rigoureux, il n'oublie aucune réalisation et j'ai immédiatement reconnu l'une de celle que je possède dans ma collection : l'Hôtel Marhaba de Casablanca par Émile Duhon, architecte. Tout de suite, le nom de Duhon a raisonné pour moi comme il devrait le faire pour vous si vous êtes un ou une fidèle lecteur-lectrice de ce blog. On connait bien un autre Hôtel Marhaba.
Mais je ne crois pas vous avoir déjà montré cette magnifique carte postale de l'intérieur d'une chambre meublée et décorée donc par Maxime Old, voilà donc que je peux enfin mettre un nom sur le designer (?) de ce mobilier. Quel plaisir ! 
Le livre de Yves Badetz semble bien permettre d'identifier les fauteuils, la petite table, les lits mais le cadrage du photographe ne permet pas de reconnaitre le petit meuble bas sur la droite de la carte postale. La photographie des éditions Flandrin (si célèbre) n'est pas datée, pas plus que la carte évidemment. Ne sont pas nommés l'architecte Émile Duhon ni Maxime Old. On note une chambre qui propose bien deux espaces soulignés et séparés par le traitement du mur et du sol. Le micro-salon est poussé contre l'immense fenêtre, notez comment le tissus des rideaux se projette sur le mur formant, rideaux fermés, une alcôve unifiée.
Pour le reste...pas de fioriture, de bibelot, rien qui encombre l'espace qui ne devait pas être si grand que cela si on observe bien les espaces entre les meubles. Le génie de Maxime Old étant bien de faire illusion de cet espace et de donner à l'oeil un mobilier solide, massif et donc luxueux sans débordement inutile. J'adore les motifs géométriques des tapis. 
Pour ceux qui aurait oublié la forme de cet Hôtel Marhaba de Casablanca et sa très belle volumétrie moderniste, je vous propose cette carte postale du même éditeur Flandrin. L'image ne rend pas très bien hommage à son accroche sur le sol, laissant le parking manger un bon tiers de la photographie. La Modernité de Casablanca est d'ailleurs soulignée par son expéditeur qui n'oublie pas d'utiliser cet Hôtel pour le prouver. Bien vu Michel ! On est en 1956.
On aura sans aucun doute l'occasion de recroiser Duhon l'architecte et Maxime Old le décorateur. Il a notamment travaillé pour Rouen... Pas de doute que maintenant, je serai éveillé à leur production. Remercions donc encore Yves Badetz de nous avoir éclairé, enseigné et fait aussi voyager dans cette époque étonnante et riche.

Pour revoir Émile Duhon :


jeudi 29 juillet 2021

Corbu ! Glissez-moi une petite paupiette !

L'imaginaire commun du restaurant français est fait de quelques références populaires que nous partageons tous (pour ma génération du moins). Que ce soit le restaurant Le Tord boyaux de Pierre Perret ou encore l'épique combat de l'huile d'olive contre la crème fraîche entre Bourvil et Fernandel dans La Cuisine au beurre.
Pour moi, le restaurant français, celui d'une gastronomie de bistrot familiale et généreuse c'est celui dans les Barbouzes où le seul énoncé des plats au menu du jour par la serveuse me fait encore saliver, tout comme l'appétit légendaire d'un Lino Ventura ne sachant quoi choisir et voulant tout. Ça sent la nappe à carreaux, l'assiette en faïence, la carafe en grès et le petit vin local. Ça sent une nourriture simple, bien cuisinée, revigorante pour laquelle on ne place pas sur le plat une fleur de bourrache avec une pince à épiler... Une cuisine où on "n'envoie pas les plats" mais "on les sert". Une cuisine où la serveuse ne vous fera pas la généalogie des ingrédients et de leurs transformations en croyant qu'elle alimente le désir alors qu'elle ne fait que communiquer, comme si le client avait besoin d'un mode d'emploi ou d'un cartel de deux pages à la manière d'une exposition d'Art Contemporain. 
Un restaurant où le seul chef c'est le client. 
Ici on saucera son plat sans remords d'abord parce que c'est bon, parce qu'on est venus pour manger et pas pour être au spectacle de l'ego d'un cuisinier et que la fonction de la nourriture si c'est aussi de vivre un moment de partage c'est d'abord de ne plus avoir faim en sortant du restaurant...
Mon imaginaire du restaurant français ressemble un peu à celui-là :




Des cartes postales comme celle-ci il y en a des centaines et il va de soi que c'est maintenant un objet de collections à part entière car, comme les menus eux-mêmes, ces cartes sont des documents populaires qui en disent long sur la manière d'envisager le repas. Le confort des clients est pris en compte pour dire aussi quelque chose d'un héritage de cet espace du repas. Les chaises en bois un rien paysannes, la vaisselle simple rassureront le client qui  pourra en quelque sorte se retrouver dans se décor, se croire un peu chez la marraine, agricultrice dans le Lot, celle qui vous servira à 15h son confit car "avec cette route, vous devez avoir un peu faim".

Alors qu'elle pouvait être la réception d'images de restaurant offrant une modernité franche comme celle-ci ?




Nous sommes à la Cité Radieuse de Marseille dans le salon de réception. On est un peu loin de l'auberge familiale. Mais, bien entendu, pour arriver là, il n'aura pas suffit de garer la Goélette Renault ou la 403 sur le bord de la route. Il aura fallu accepter d'aller voir la maison du fada, de monter dans ses étages, d'attendre qu'on vous accueille à l'entrée puis, enfin, d'avoir accès au restaurant. Le filtre de la modernité aura prévenu le client. Ici, l'expérience culinaire est différente. Mais comment et quoi mangions-nous dans ce restaurant au moment-même de son ouverture ? Est-ce que, tout comme Lino Ventura, Corbu aura demandé qu'on lui glisse aussi, entre deux, s'il reste de la place, une petite paupiette...? J'en doute.
Les Aficionados de Corbu se demanderont pourquoi le mobilier ici, certes, moderne n'est pas d'une grande révolution, ressemblant à du mobilier de hall d'accueil d'une entreprise de Province. Mr Hulot aurait pu y jouer avec la mollesse des fauteuils en faux cuir. Les chaises en bois plié, autour des tables, semblent un peu plus intéressantes. Elles sont, si je ne me trompe pas, des chaises Diamant de René Jean Caillette. On est loin de la chaise paysanne et rustique de l'auberge ou du routier. S'asseoir là-dessus vous mettait-il en condition de manger autrement et surtout autre chose ? Fallait-il alors que la cuisine du restaurant de la Cité Radieuse, loin des préoccupations de la population habitant vraiment la Cité, soit une cuisine innovante, brutaliste, aventureuse ? Je ne sais pas. 
Aujourd'hui on peut toujours manger là, dans ce restaurant. Je l'ai fait, il y a déjà longtemps maintenant. Pas grand chose comme souvenir.
Le restaurant porte maintenant le nom d'un film célèbre de Peter Greenaway  : le ventre de l'architecte.
Je vous mets le lien. Allez-y et dites-nous comment aujourd'hui on y mange et voyez s'il est possible de se faire glisser une petite paupiette entre deux par une serveuse gironde ressemblant à tata Annnick.



La première carte postale n'a pas de nom d'éditeur mais provient de l'hôtel Barbey à Orchamps Vennes
 et affiche au dos son menu ! Brési Comtois, Jambon fumé, Croûte aux Morilles (Albert Lebrun), Truite aux amandes...
La carte postale du restaurant de la Cité radieuse est une édition Ryner, non datée et sans nom de photographe. Au dos, le restaurant affiche fièrement ses deux étoiles.

jeudi 30 juillet 2020

Le Corbusier sous le Radar

Essayons de voir la réception de l'architecture de Le Corbusier dans un document populaire qui, pour une fois encore ici, ne sera pas une carte postale.
Un matin d'été 1952, une famille devait être heureuse d'aller au marchand de journaux et de se retrouver photographiée dans les pages du journal Radar, journal d'actualités sensationnelles et... euh... spectaculaires.
Sans doute que cette famille fut moins heureuse de lire le petit texte qui accompagne la photo des parents et des enfants en plein repas et le dédain mi-amusé mi-moqueur du journaliste qui est venu à leur rencontre.
Tout commence par le titre où la famille est appelée "locataires cobayes" comme si elle participait à une expérience et que cette famille était de fait sous les yeux de quelques scientifiques ou sociologues surveillant leurs faits et gestes comme pour une émission de télé-réalité quelconque.
Pourtant, ils sont bien des locataires et chez eux donc.
Ensuite l'article est prompt à faire croire qu'ils n'auraient pas su, ces gens-là, comprendre la merveilleuse révolution de vivre là et le journaliste, pour feindre une complicité avec cette modernité, laisse croire que les anciens usages et habitudes de mode de vie de cette famille n'ont pas su trouver leur chemin dans les habiletés de Le Corbusier.
Et leur liberté ?
Certes le mobilier n'a rien de moderniste, certes ce mobilier est placé étrangement un peu près de la baie, certes le bahut et le fauteuil surtout semblent hors d'âge. Et alors ? Ne pourrions-nous pas y voir justement, non pas une incompréhension de l'espace mais bien au contraire la possibilité d'en faire exactement ce que l'on veut ?  L'adaptation de cet espace est le signe de son indétermination, c'est bien ce qu'a vu cette famille qui n'est donc pas inadaptée au lieu mais libérée de ses fonctions. 
Ils sont chez eux non ?
Plier l'architecture à sa manière de vouloir y vivre est tout de même la moindre des choses. Et c'est bien ce qui est lisible ici dans cette photographie.
Et les chaises de pailles, dernier lien d'un monde hérité, ces chaises utiles autant qu'elles sont usées, ont bien du mérite que Charlotte Perriand dans un pragmatisme paysan aurait pu goûter à son tour.  Pourquoi abandonner ce lien, cette histoire ?
Vouloir être proche du ciel, vouloir sentir l'air frais du balcon, rapprocher la table de cette grande ouverture c'est comme mettre la table dehors devant la porte. C'est faire fi des conventions quand bien même elles seraient MÔdernes... C'est Monsieur Hulot retournant le canapé chez Madame Arpel. Ce n'est ni mal comprendre l'espace ni en rejeter ces révolutions, c'est juste vouloir vivre comme on l'entend, c'est tenir sa vie. Mais à qui s'adresse ce dédain du journaliste ? Croit-il, lui, avoir compris la modernité ? S'amuse-t-il de la résistance des modes de vie ? Croit-il signifier à Le Corbusier un échec puisque sa révolution n'oblige pas à ses idées ? On pourrait lui rétorquer à ce journaliste le bon sens paysan, la structure archaïque d'une tradition ou encore la joie de vivre ensemble autour d'une table familiale ? Qui sait vraiment ? Et où et par qui serions-nous censé apprendre les usages particuliers de ce lieu ?
Je suis certain que Corbu aurait aimé cette tablée et que, oui, il aurait fait aussi la leçon au père de famille entre la poire et le fromage.
Le journaliste sert la soupe. Il parle de disposition si ingénieusement conçue, il fait le tour assez habilement d'ailleurs des nouveautés de cette Cité Radieuse. Pourquoi s'amuser avec le lecteur qui serait forcément le complice des moqueries sur les errements de style de ces locataires ? On imagine facilement d'ailleurs l'écho de ce Radar chez le lecteur populaire d'une telle publication car Radar n'était tout de même pas ni Le Monde ni l'Architecture d'Aujourd'hui.
Le journaliste n'est pas nommé, pas plus que le photographe d'ailleurs. Et si on s'amuse à regarder les publicités pour le mobilier dans les pages de ce même numéro de Radar, le moins que l'on puisse dire c'est que la modernité n'y est pas très présente non plus.
Que voulez-vous... on prend ce qu'il y a à prendre.
Reste que cet article prouve la grande présence de ce monument architectural dans les médias très populaires et que le sous-entendu de cet article c'est tout de même que le lecteur a déjà entendu parler de la Cité Radieuse et de Le Corbusier. Et même si c'est sur le mode un rien moqueur, le journaliste reste tout de même assez positif sur les avancées de cette Cité allant jusqu'à la complicité et l'étonnement avec son lectorat d'une mauvaise réception justement de cette modernité.

Pour revoir une autre réception de Corbu dans la presse :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/08/mon-chez-moi-est-une-machine-habiter.html
Pour revoir les questions du mobilier de la Cité Radieuse :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=meubles+corbusier
















































































samedi 20 juin 2020

Aalto est belge parfois



Non, cette fois je ne vous parlerai pas de l'architecture de ce que vous êtes en train de regarder. Cette carte postale aura pour certains amateurs d'architecture du sens et de l'intérêt mais il ne fait aucun doute que ceux qui se perdent ici ou ceux qui y viennent régulièrement y arrivent pour un tout autre type de constructions que celui de cette salle de réunion de Caritas Melle.
Colonnades, stuc, corniches ne sont pas des éléments qui nous passionnent ici même si l'espace y est lumineux, même si la générosité des ouvertures ne nous déplaît pas. On pourrait d'ailleurs penser que c'est bien grâce à cet espace que ce qui nous tape à l'œil puisse ainsi apparaitre aussi clairement : le mobilier.
En effet comment ne pas être immédiatement titillé par ces fauteuils et ces dessertes tout en bois plié et courbé qui contrastent par leur modernité avec le décor ambiant. On peut de suite dire que la clarté de leur dessin et la transparence de leur construction permettent aussi de ne pas boucher l'espace et permettent à l'œil de traverser celui-ci.
Au fait, nous sommes en Belgique et la carte postale Nels par Thill est d'une très grande qualité éditoriale.
Comme vous avez lu le titre de cet article, il me sera difficile de travailler sur un suspens quelconque. Oui, ce mobilier (fauteuils et tables) est bien de Alvar Aalto.
Comment est-il arrivé là et aussi, y est-il encore, perdu dans la cave, mobilier empilé, en attente d'un chasseur de design ? Qui sait... Qui ira voir ?
Pour ma part, même si j'aime beaucoup ce mobilier et sa fausse apparente simplicité, j'ai toujours un peu de mal avec les assises dont les pieds finissent en patins de ski sur le sol. Je crois que trop de fauteuils de relaxation fabriqués par des grandes chaînes de mobilier ont repris ce modèle et que cette solution est devenue un peu trop marquée d'un désir de faire nordique...
Bien entendu Aalto n'y est pour rien et il faut ici admirer l'économie extrême de son dessin et l'intelligence du matériau dont les plis feront la solidité et la structure. Je m'étonne de comment aussi, la feuille de bois formant dans la même continuité le dossier et l'assise se poursuit si bas venant taper sur les mollets. Si on comprend le petit retour sur le dossier permettant de saisir le fauteuil, on peut se demander pourquoi donc descendre si bas cette feuille de bois vers le sol. On identifie le modèle comme étant le N°31.
Les petites tables ou dessertes sont magnifiques de rigueur et de simplicité. Rien à dire devant autant d'intelligence.
Reste le mystère de ce choix si audacieux et moderne pour un lieu qui lui ne respire pas l'avant-garde... Est-ce justement le désir de contraster qui poussa les propriétaires de cet espace à faire ce choix ? Est-ce que c'était aussi une manière de rajeunir le lieu ou simplement, devant l'évidence du confort, est-ce un choix pragmatique pour le repos en collectivité ? Je crois que d'abord ce mobilier agit ici surtout par sa transparence, sa légèreté et permet de ne pas encombrer l'œil et de trop fermer cet espace. Le mobilier agit donc comme par respect à l'espace et à la lumière.
Respect donc ! Monsieur Aalto !

pour voir ou revoir Aalto sur ce blog :
http://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/Alvar%20Aalto








samedi 24 août 2019

Prisunic, le beau pour tous

Le supermarché et le centre commercial sont bel et bien représentés en cartes postales. Et d'ailleurs, pourquoi ne le seraient-ils pas ?
Modernes, affirmant un nouveau rôle dans l'espace urbain, signes parfaits d'un progrès que l'époque voulait défendre et vivre, ces supermarchés avaient tous les atouts du pittoresque pour finir sur des cartons 10 x 15cm.
Nous en avons d'ailleurs déjà vu ici et certains dessinés par Monsieur Claude Parent sont chers à notre cœur.
Voici un nouveau arrivé dans ma collection :


Nous sommes à Audincourt, ville que nous avons déjà chantée avant le Prisunic ! Cette marque résonne pour moi et dans notre famille d'une manière toute particulière puisque mon père avait dans sa jeunesse à Elbeuf, travaillé au Prisunic tout neuf de la Reconstruction d'Elbeuf avant d'être embauché chez Renault.
Alors, dès que nous voyons ce nom, chez nous, ça tape.
Prisunic !
D'abord quel beau nom bien choisi ! On dirait le nom d'un personnage d'un album d'Astérix.
Ici l'éditeur Combier resserre bien le cadre sur le magasin qui n'a rien d'architecturalement passionnant, tout au plus une sorte de droiture, de fermeté que la brique (?) sur la façade accentue. En fait, ce Prisunic offre surtout une grande lisibilité et une transparence avec un déploiement de vitrines sur toute sa façade. Venez ! Venez nous voir, entrez donc ! semble-t-il nous dire. On note les drapeaux flottant comme accrochés à d'immenses queues de billard qui devaient faire signal. On note aussi un garage à vélos bien développé !
Je n'ai pas réussi à retrouver ce Prisunic à Audincourt, il semble qu'il ait disparu ou qu'il soit tellement transformé qu'il soit méconnaissable. Tant Pis...
La carte postale Combier ne nous donnant pas le nom de l'architecte, il sombrera ainsi dans un oubli tranquille sauf pour les habitants d'Audincourt.
Dans ma collection, rangée dans le quatrième classeur Boring Postcard, je trouve sur une carte postale en multi-vues, un autre Prisunic, celui de la Courneuve. La carte postale est une édition PI qui a beaucoup travaillé et diffusé la banlieue parisienne.



Finalement, c'est une image de la Courneuve bien différente de celle que l'on attend, représentée ici comme une petite ville française typique avec son bar-tabac et ses immeubles. Ne dirait-on pas que le photographe a simplement tourné sur le carrefour en photographiant tous ses axes ? On y voit donc un Prisunic épousant le cercle du carrefour. Seul le nom du magasin fait ici architecture, il est bien moins intéressant que celui d'Audincourt.
Il est aisé de retrouver ce que tout cela est devenu et le moins que l'on puisse dire c'est que le sentiment de vide et d'espace donné par le recul du photographe est maintenant comblé par une densité urbaine bien... marquée.
Mon frère Christophe, ce fouineur parfait, m'apporte sa dernière trouvaille faite dans un minuscule dépôt-vente d'Elbeuf.
Ce livres est d'une très grande qualité éditoriale et permet de vivre la révolution du prêt-à-porter dans cette France de l'après-guerre. On y apprend aussi comment Prisunic était une sorte de projet global permettant à tous d'accéder au beau pour pas cher que ce soit pour l'habillement ou pour, bien entendu le design et le mobilier.
Le design Prisunic est bien reconnu maintenant et est devenu même une sorte de Graal pour chineur chic.
Sophie Chapdelaine de Montvalon nous permet donc de suivre le travail de Maïmé Arnodin et de Denise Fayolle, figures incontournables de cette révolution populaire.
On y trouve aussi pour nous, amateurs de micro et mobiles architectures une vieille connaissance !
La Bulle six Coques de Monsieur Maneval !







































Elle servait à promouvoir l'arrivée de Prisunic dans une ville et était une vitrine fort bien en accord avec le style et les idées de Mesdames Arnodin et Fayolle. Malheureusement, le livre ne s'attarde pas assez sur l'utilisation et le choix de la Bulle Six Coques par Prisunic. C'est dommage. Et surtout, qu'est-elle devenue cette Bulle six Coques ?
On note que la photographie nous donne à voir que son piètement de métal lui permettait d'atterrir partout ! Est-ce Monsieur Maneval lui-même qui avait dessiné ce piètement ? On remarque aussi que l'entrée dans la Bulle se faisait par l'une des grandes baies montée sur vérins et que l'escalier prenait appui sur la structure métallique de la Bulle. Bien conçu tout cela !

Ce livre est vraiment superbe : qualité du papier, mise en page, choix des documents, style clair et joyeux...
Il sera vite un indispensable dans votre bibliothèque si vous aimez la France intelligente du Beau pour Tous !
Attention, il fut publié il y a dix ans déjà...
Ruez-vous chez votre bouquiniste !

Le beau pour tous
Maïmé Arnodin et Denise Fayolle
l'aventure de deux femmes de style : mode, graphisme, design.
Sophie Chapdelaine de Montvalon
édition l'iconoclaste
2019
68 euros ou 15 quand c'est Christophe qui régale ! Merci  Christophe !