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vendredi 27 juin 2025

Ionel Schein fut brutaliste à Angers

Monument !


Cette carte postale pourrait à elle seule résumer ce blog. Force d'une photographie à la chambre ayant redressé les verticales, un noir et blanc délicat, un isolement du bâti, une tour massive en béton, une grille magnifique, et un ciel blanchi comme tentent de le faire encore (après les Becher) tous les photographes contemporains de la dernière heure.

La radicalité de cette Tour Viollet à Angers est un pur chef-d'oeuvre du hard-french et du brutalisme à la française, c'est à dire peu spectaculaire dans ces atours mais vibrant d'abord de sa structure et de sa pensée architecturale. On sait qu'à Angers sévissent aussi les grottes de Kalouguine.

Ici, on dessine, on monte, on oppose, on brutalise rien moins que le ciel et c'est tant mieux ! Ah ! La joie de lever la tête, d'être un piéton au pied, heureusement surpris de la hauteur mais aussi du très beau traitement des espaces du rez-de-chaussée aujourd'hui...remplis, défigurés.


Et comme cela doit être un privilège que de monter dans les étages et d'avoir à la fois la vue comme aurait dit Raymond Roussel et l'étoile au front.

Bien entendu, je ne pouvais qu'avoir cette carte postale des éditions M. Chrétien à Angers dans ma collection. On note que cet éditeur nous donne bien la nomination de la Tour Viollet mais également le nom de l'un de ses architectes : Ionel Schein ! Rien moins ! Et les amateurs d'architecture de plastique, des utopies oubliées, des architectures étranges, ceux qui fréquentaient le FRAC Centre avec avidité il y a encore peu doivent se dire : 

- Qui ? Pardon ? Ionel Schein ? Vraiment ?

Oui. Lui-même. Moi aussi ça m'a fait ça ! Mais pourquoi donc l'éditeur oublie-t-il de nommer aussi René-André Coulon et Yves Magnant alors même qu'il nomme les noms des constructeurs : établissement Brochard et Gaudichet. Et pourquoi, une fois encore oublier de nommer Jean-Michel Lestrade l'ingénieur qui travailla avec les architectes et les constructeurs pour le calcul des charges ? Manque de place ? D'informations ? Modestie de l'ingénieur ?

En tout cas, cette très belle, imposante et importante historiquement Tour Viollet d'Angers est assez méconnaissable aujourd'hui. La façade fut reprise, le rez-de-chaussée comblé donc et l'allure générale est bien triste aujourd'hui, toute l'écriture des pleins et des vides écrasée, comme lissée. Quel dommage ! J'ai eu du mal à la reconnaitre. Mais comment se fait-il que dans tous mes voyages à Angers je n'ai jamais entendu parler ni vu ce beau totem de la Modernité ? Personne pour m'y emmener ! 

Il faudra donc faire descendre cette façade hideuse, redonner des volumes et des ombres à celle d'origine, reprendre et réouvrir le rez-de-chaussée, préserver l'auvent-signal de l'entrée, revoir l'implantation globale de la Tour Viollet. On demande à Lacaton et Vassal de nous faire ça ? Allez ! Venez ! On a besoin de vous.

On notera que la Tour Viollet (orthographiée Violet) est bien répertoriée dans le guide de mon très cher Dominique Amouroux. 

Walid Riplet.

Pour revoir L'architecte René-André Coulon sur ce blog :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/11/je-hais-la-famille.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/06/1023-endormis-au-moins.html


Pour revoir Ionel Schein :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/03/jocelyne-lestrade-pose-dans-la-cabine.html

https://archipostcard.blogspot.com/2009/11/paris-construit.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/11/pour-joachim-la-rue-dulm.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/09/claude-parent-des-livres-chapitre-1.html








samedi 17 juillet 2021

Ouhayoun, un brutaliste trop discret

La conjonction des informations de David forme aussi le regard qu'il peut avoir sur ses images d'architecture. Et la mémoire sautillant de l'une à l'autre fabrique des liens qui assurent en grande partie la constitution de sa collection. Réussir à faire des liens, à comprendre des œuvres, voilà qui nous importe.
Elie (?) Ouhayoun, architecte, sera donc révélé par ce mélange de souvenirs un peu faibles, de la certitude de reconnaître et du doute qui persiste.
Alors que David est persuadé d'avoir une carte en multi-vues de Goussainville montrant son théâtre, je ne trouve que cette carte qui le montre tout seul. Et quelle carte ! Quelle architecture !



La carte Combier nous fait la joie donc de nommer l'un des architectes : Ouhayuon. L'éditeur oublie d'y adjoindre l'architecte Leperre ce que Ionel Schein nous permet de faire grâce à son guide. En effet, dans ce guide on retrouve bien le Théâtre de Goussainville dans un article qui nous permet de mieux en comprendre le plan et la forme.






Forme pure, radicale, d'un brutalisme franc qu'on pourrait croire de Candilis ou Josic. Le volume fait tout, la peau en béton chante un peu seule et la carte postale nous permet de lire un socle en opus incertum. On devine pour les ouvertures des couleurs traitées comme dans un tableau De Stijl et c'est tout. Que c'est beau. Je ne sais pas pourquoi mais, dans sa simplicité, par cette image, je pense aussi à la modeste et somptueuse cantine de Marçon.
Une telle radicalité d'écriture est bien née quelque part. Mais où ? Ne trouvant pas d'information sur Élie Ouhayoun et sa formation, nous resterons suspendus à des révélations à venir sur cet architecte et son comparse Leperre. Comment ont-ils dessiné cela, osé cette radicalité ?
A-t-il, ont-ils poursuivi cette écriture ailleurs, dans une autre ville pour un autre programme ? Il semble bien que oui et la ville de Persan possède un marché qui serait aussi signé de Ouhayoun, toujours avec Leperre et aussi Trudon :



Même si la carte postale ne rend pas vraiment hommage à l'architecture mais bien plus à la vie autour d'elle et aux automobiles devant le marché de Persan Village, on reconnaît tout de même l'écriture du trio avec ce mélange d'opus incertum et de béton brut. Les architectes sont-ils également ceux des petites barres d'habitations qui entourent ce marché ? C'est bien possible.
Si peu d'informations ne permettent pas de construire une logique ou une histoire. Pourtant, je reste persuadé que Monsieur Ouhayoun avait bien une écriture et que celle-ci a bien dû s'exprimer ailleurs dans d'autres programmes. Pour l'instant, je me contente de ranger pour David ces deux cartes postales à leur place, réunies qu'elles sont par une nomination et un désir de les voir nous révéler mieux une œuvre architecturale.
Espérons que l'histoire ne passera pas trop durement sur ce travail architectural resté discret. On notera l'absence de Monsieur Ouhayoun dans le guide vénéré de Monsieur Amouroux ou dans la banque de données d'Archirès. Dommage.

Enfin, après quelques recherches, dans le bordel joyeux des cartes mal rangées de David, je tombe sur cette carte postale que je croyais qu'il avait inventée. Il s'agit bien d'une multi-vues par Combier qui d'ailleurs utilise le même cliché que pour la carte précédente. On aura plaisir un jour à évoquer ici l'église moderne de Goussainville. Toute chose venant en son temps. En attendant d'aller à l'église, promenons-nous dans l'avenue Karl Marx...
À Goussainville, c'est possible.
Walid Riplet







jeudi 8 juillet 2021

Une civilisation sans ruines ça ressemble à la nôtre.



Il ne doit exister de ce morceau d'urbanisme que des cartes postales en multi-vues. Je ne sais pas pourquoi mais n'ayant jamais croisé d'autres versions, j'imagine que les éditions Guy n'ont pas trouvé utile d'offrir un seul point de vue sur cet ensemble pourtant d'une très grande qualité de dessin. C'est aussi sans doute la manière la plus adaptée d'en dire toutes les articulations urbaines et de les décrire au mieux.
Il ne nous reste que ça, le Galion 3000 n'existe plus.
Et c'est une erreur de l'avoir détruit car il était très représentatif de ces moments de la réflexion moderniste, il était beau dans son dessin et spectaculaire pour notre imaginaire.
Ionen Schein d'ailleurs ne s'est pas trompé en le qualifiant avec beaucoup de respect dans son petit livre rouge, bréviaire parfait à nos rêves. En effet, l'architecte évoque bien Aulnay-sous-bois dans son  Paris Construit :



On pourrait tirer plein de conclusions sur l'image choisie pour ce livre, celle d'immeubles, au loin, à l'horizon, perdus dans des champs. La photographie est de Thomas Cugini si on en croit le colophon de l'ouvrage. On pourrait en tirer plein de leçons sur les représentations des banlieues, villes à la campagne ou inaccessibles à l'image, nécessitant un recul pour en percevoir la réalité du gigantisme. Grand, grand ensemble. On pourrait aussi faire des oppositions entre une photographie du Galion 3000 par un éditeur de cartes postales et par un photographe spécialisé en architecture et convaincu par son commanditaire des qualités architecturales des lieux mais surtout voulant en tirer un groupe d'images servant l'architecture. Le ciel est nuageux sur la photographie de Thomas Cugini.
Mais restons à notre place. La carte postale du Galion 3000 est bel et bien maintenant un document tout aussi honnête que décidé, tout aussi attaché à son objet qu'attachant à son rôle : faire voir. En quatre petites images, voilà un morceau de ville enregistré à jamais, disponible à notre analyse, montrant un lieu, un usage, une orientation urbaine et un dessin. Et rien ne sert de regretter que l'on ne puisse y comprendre comment on y vit. Rien. Car aucune image ne le peut finalement et ce ne sont que les témoignages croisés qui le permettront. Et encore...
Ici, comme pour toutes les cartes postales, il y a d'abord la reconnaissance du lieu, le retrouver en image et l'envoyer pour faire voir ou se souvenir de l'avoir vu. Il y a l'élan d'une contemporanéité auquel on croit encore, à laquelle on adhère.





Et puis, oui, ne l'oublions pas, il y a la beauté. Celle des lignes sur la façade, héritage d'un Dubuisson, grille moderne d'aluminium, ville pour que Tati y promène Mr Hulot. La beauté des volumes purs, simples mais bien proportionnés créant des vides, des creux, des passages avec une puissance affirmée. La sculpture de l'escalier était superbe. On pourrait penser à une fierté.
Ionel Schein nous indique le nom des architectes de cet ensemble et du Galion 3000 : messieurs Risterucci, Bertrand, Wasserman. Merci Messieurs et tant pis pour l'histoire de l'architecture et de l'urbanisme. Les grignoteuses ont produit des vides jusqu'aux fondations. L'époque ne laisse même plus le temps aux ruines d'advenir. Une civilisation sans ruines ça ressemble donc à la nôtre.

Pour info, la carte fut expédiée en 1984 par un correspondant qui ne dit rien de l'architecture mais raconte le ciel bleu au mois d'avril sur Aulnay. C'est ce que je voudrais garder comme analyse du lieu et du moment. C'est l'essentiel comme dirait Ionel Schein.













lundi 1 avril 2019

Jocelyne Lestrade pose dans la cabine

Parfois, faut le dire, fouiller c'est utile.
Dans le classeur gris au-dessus des plans, il y a tout un tas de trucs inutiles pour nous pour mieux comprendre l'Agence Lestrade et on a tendance, un peu vite, à croire que rien d'intéressant ne se trouvera dans de tels classeurs bourrés de factures ou de notes de restaurant même si celles-ci permettent de mettre des dates sur des voyages et des déplacements.
Mais là, on trouve deux photographies perforées pour rentrer dans ce classeur et c'est assez exceptionnel pour deux raisons : l'objet et la personne qui s'y trouve.



L'objet c'est l'exceptionnelle cabine hôtelière de Ionel Schein, véritable précurseur de l'architecture mobile en plastique moulé. L'unité de l'objet est toute resserrée sur ses fonctions comme emballées dans une grosse carrosserie rappelant à la fois les caravanes ou les cabines de chantiers. On est surpris d'abord par le très beau dessin tout en courbes qui se referme bien sur lui-même comme gonflé, tendu depuis l'intérieur. La volumétrie est particulièrement soignée offrant depuis l'extérieur une lecture assez claire de son intérieur, la partie salle de bain venant en saillie protégeant et signalant l'entrée. On note la trichromie de la cabine qui par une teinte sur la partie touchant le sol, en allège aussi la masse et rend certainement dans l'esprit de Ionel Schein un esprit joyeux et ludique. On note aussi comment les percées et la lumière sont travaillées laissant l'intimité bien protégée.
On trouve facilement sur le site du FRAC Centre de très beaux documents sur ce projet :
http://www.frac-centre.fr/collection/collection-art-architecture/index-des-auteurs/auteurs/projets/inventaire-detaille-90.html?authID=171&ensembleID=558&page=1&sortby=dateCreation&dir=1

On remarque aussi que l'objet est présenté de deux manières différentes, l'une en entier et l'autre sous forme d'éclaté permettant au public de juger de l'aménagement intérieur sans avoir à y rentrer. Cette manière (celle des salons de l'automobile) permet aussi de laisser croire à un espace bien moins oppressant qu'il ne pouvait le paraître réellement car cette ouverture ne correspond absolument pas à la volumétrie intérieure... On note que des étiquettes viennent raconter encore les particularités de l'espace qui se veut modulable et pratique.
























Cette philosophie du minimum donnant le maximum par le jeu des rangements, des charnières, des mobilités est représentative d'un design ou tout est intégré refusant de fait l'ajout de mobilier, tout étant taillé dans le bloc pour économiser l'espace et la matière mais aussi les gestes et l'entretien. Une forme radicale du fonctionnalisme que la Modernité a chantée jusqu'à la caricature somptueuse et drôle d'une Madame Arpel dans sa cuisine.
Ici Madame Arpel c'est Madame Lestrade qui sert donc de cobaye pour montrer les possibilités de cette cabine hôtelière datée sur le document au stylo-bille du 8 novembre 1956 !
















C'est Jean-Jean qui a reconnu son arrière-grand-mère avec confirmation de son oncle Gilles et de son père Alvar. Mais pourquoi est-elle là ? Par amitié avec Ionel Schein ? Par hasard, s'amusant avec Jean-Michel Lestrade à poser lors d'une visite au salon de l'équipement hôtelier ? C'est sans doute la vraie raison ! Jocelyne Lestrade n'avait pas l'habitude d'intervenir dans les affaires de l'architecture de son mari sauf pour préparer des repas mémorables pour les équipes à la fin des chantiers ou les soirs tardifs de charrette. Tout le monde se souvient de ses soupes à l'oignon servies à deux heures du matin ! Il est certain que, même bien aménagée et pensée, cette cabine hôtelière de Ionel Schein ne lui aurait pas permis de faire ainsi de la cuisine pour toute une équipe !
Cela reste pour notre famille un excellent souvenir (et une sacrée surprise !), preuve aussi qu'elle savait s'amuser et un excellent document pour l'histoire de l'architecture mobile et en plastique.
David nous signale la similitude de cette cabine hôtelière avec celle de Jacques Carchon et Jean Fournier présente à Piacé :
https://www.piaceleradieux.com/oeuvres/capsule-plastique-edf/
Walid Riplet, J-J Lestrade.
ces documents étant familiaux, ils n'ont pas vocation à être copiés sans autorisation de la famille Lestrade. Nous remercions Dominique Magdelaine pour son aide.

samedi 14 avril 2018

Paul Bossard, exemplaire

Dans la production immense du logement social en France pendant les Trente Glorieuses, se détachent quelques icônes indispensables : Jean Renaudie, Renée Gailhoustet sont très loin devant, Aillaud bien entendu, Camus et son système remplissant le monde, mais l'une des plus belles réussites françaises, un peu oubliée est celle de l'architecte Paul Bossard pour la Cité des Bleuets à Créteil.
Nous avons déjà évoqué cet ensemble ici mais comment résister devant une nouvelle carte postale, ce qui en fait deux au moins pour ce lieu, le signe tout de même d'une certaine importance.
La voici :

La carte est une édition Scintex, maison d'édition peu fréquente qui malheureusement ne nomme ni l'architecte Paul Bossard ni le photographe...
Par contre, le cliché nous permet de bien lire toutes les qualités constructives et esthétiques de ces logements. Ici, la liaison sur le sol, avec le traitement en socle incliné et aveugle, là sur le pignon, les plaques de béton emboîtées ou encore le remarquable traitement des bandeaux que Paul Bossard a particulièrement soignés en un granulat épais de cailloux additionnés. On note la remarquable gestion des ouvertures verticales sur toute la façade perçant littéralement celle-ci sur sa longueur et contrariant les effets de massivité et de brutalisme de cet épiderme, l'un des plus étranges, des plus beaux de cette période. L'effet sculptural ne camoufle rien et l'intelligence semble avoir gagné aussi les aménagements intérieurs.







































Paul Bossard fait ici preuve d'une grande originalité, d'un sens poétique même, donnant à ces barres une force indéniable, un caractère. Claude Parent aimait beaucoup cet ensemble, sans doute y retrouvant dans leur franchise ce qui lui restait d'amour pour Le Corbusier. Une peau épaisse, granuleuse, rocailleuse comme remontée des profondeurs.
Ionel Schein ne s'y trompe pas non plus, nommant dans son Guide de l'Architecture Contemporaine la Cité des Bleuets de Paul Bossard.
On aimera aussi que la Google Car soit passée si près des barres de Paul Brossard que l'on peut presque en toucher leur peau de cailloux.











jeudi 25 mai 2017

Les frères et leur ciment superblanc



Sous les pilotis, le long du fleuve, Jean-Michel Lestrade avait garé sa voiture. Il avait dû abaisser le pare-soleil tant la lumière sur le ciment superblanc était éblouissante. Mais sous l'ombre des pilotis, il dut, pour faire sa manœuvre, le relever.
Il n'avait dit à personne qu'il viendrait. Il faisait souvent comme ça pour ses contrôles. Il aimait être seul ou parfois simplement accompagné d'un des ouvriers-maçons ou de l'un des coffreurs. Il sortit les plans, surtout ceux de l'escalier car on l'avait appelé pour un problème de raccord sur le sol, la première marche était fissurée et surtout ne touchait pas le sol. Il n'avait d'abord pas bien compris en quoi ce détail le concernait directement mais il avait gentiment répondu qu'il irait voir.



















D'abord, Jean-Michel resta admiratif de la construction, typique de ce genre de machine qu'il aimait à travailler. À la fois pleinement inscrite dans le mouvement moderne, efficace à son rôle, sans concession à son usage ni à ses formes mais délicate, affirmée dans le paysage et offrant des lignes franches, directes, dont l'escalier très sculptural donnait depuis le point de vue des quais toute la force.
Les architectes de la Maison de la Batellerie, les frères Arsène-Henry avaient donné beaucoup de travail à Jean-Michel. Il y avait entre l'agence des architectes et l'ingénieur un respect mutuel sans effusion, tout en retenue professionnelle, une confiance que Jean-Michel aimait beaucoup. Ici, comptaient le travail, le résultat, et les idées étaient toujours les bienvenues si elles servaient le projet architectural. Un jour, les Frères Arsène-Henry demandèrent à Jean-Michel quel pourrait être le bon sens de pose des planches de banchage sachant que le résultat serait lisible sur cette blancheur du ciment superblanc. Saisissant deux planches, les faisant jouer sous le soleil du chantier, cherchant comment l'ombre des raccords viendrait surligner le dessin, Jean-Michel donna son avis qui fut, immédiatement approuvé par les architectes.
























La main de Jean-Michel passa sur ce ciment rugueux. Le petit bourrelet de ciment poussé par la pression entre les deux planches maintenant moulées avait une délicatesse de couture ou de cicatrice. L'ingénieur se mit au travail, mesura les marches, regarda le sol, passa en effet de manière inquiétante sa main sous la première marche faisant fuir une araignée qui y avait trouvé refuge. L'ingénieur se recula, se gratta la tête et reprit son plan. Il n'y avait pas à proprement parler d'erreur architecturale mais le sol, un peu trop travaillé, avait laissé couler sa matière sous le béton. Un petit raccord et tout rentrerait dans l'ordre. Jean-Michel passera un coup de fil aux architectes ce soir.

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- Ah ! Merde ! Pardon Walid ! Si, je le savais que c'était détruit, j'aurais pu t'éviter ce déplacement !
- Ba, c'est pas grave David parce que le nouveau silo il est pas mal non plu.
- Oui, c'est vrai. Bon, excuse-moi encore... Et pour la Maison de la Batellerie ? Des infos ?
- Oui, c'est toujours debout. Facile à trouver. Ça n'a pas beaucoup bougé sauf une ouverture supplémentaire sur le côté. Ça reste superbe et quel emplacement ! La vache, beau site de travail ! Et on peut toujours passer dessous, trop cool !
- Vraiment ? J'irai voir sur Google Earth. Vous avez pu faire des photos ?
- Ouais, enfin pas de trop, on s'est encore fait emmerder. On ira un dimanche matin. On sera tranquille. Jean-Jean a essayé d'organiser un vrai rendez-vous, on attend la réponse. Il rappelle les responsables demain.
- Parfait les gars. C'est un beau bâtiment pour lequel Lestrade a beaucoup travaillé. Il faut pouvoir le montrer lors de l'expo. Le béton est en bon état ?
- Ouais, super état, repris récemment je crois. Bon, par contre on fait quoi pour les silos disparus ? On oublie ? Ou...
- Non ! On piquera l'image dans le guide Paris Construit de Ionel Schein ou celui de Dominique Amouroux.
- Je vais les scanner alors. Bon, David, je dois partir, y a Jean qui m'attend à l'école.
- Ok, ok mon gars, bonne journée à tous les deux. Oh... Euh... Walid, tu sauras où trouver le guide dans l'agence ? Sous l'escalier, à gauche, troisième étagère !
- Ah ! Ok ! Ok ! Je trouverai. Merci. La bise.
- La bise.








































Par ordre d'apparitions :
-carte postale publicitaire pour le ciment superblanc Demarle Lonquety et la Société des Ciments Français, Entreprise Castagnetti et Caillez. Fonds Jean-Michel Lestrade.
-Paris construit, Ionel Schein
-Guide d'architecture contemporaine en France,  Messieurs Amouroux, Crettol et Monnet, notre bible.
Merci de ne pas copier ces documents sans l'autorisation de la Famille Lestrade.