J'ai hésité à vous donner à voir cette carte postale. Non pas que son objet ne soit pas intéressant (bien au contraire), non pas parce qu'il ne s'agit pas d'un lieu et d'une architecture en France mais simplement parce que cette carte postale est particulièrement mal imprimée. Ça pique un rien les yeux.
Pourtant nul doute que nous sommes bien quelque part d'intéressant et même d'important dans le siècle dernier car nous sommes en Inde à Chandigarh exactement devant le très beau et spectaculaire Gandhi Museum que l'on doit à Pierre Jeanneret.
Le contraste entre la pauvreté éditoriale et le luxe des formes de l'architecture me fait penser à ces cartes postales de la période soviétique où le brutalisme le plus échevelé et la Modernité la plus innovante étaient diffusées par des cartes postales en version euh...économique.
Pourtant cette image est (par cette raison-même) incroyablement poétique et forte car le mauvais calage de la quadrichromie procure à la masse de ce musée une vibration dont je ne suis pas certain que le scan que j'en ai fait rende bien toute la mouvance optique. Ça vivre, ça tremble, ça chatoie un rien.
La composition est parfaite avec son contre-point obligatoire, une silhouette rouge sur la pointe de la courbe du bassin. Pour le reste...il n'y a que peu à faire (ou trop ?) et l'architecture baroque et lyrique s'exprime toute seule, un peu trop bavarde de pointes et de courbes mêlant dans un subtil cocktail la douceur de Ronchamp et le lyrisme du Pavillon Philips. Enfin...c'est mon avis.
Je m'interroge une fois de plus sur le chemin qu'à fait cette carte postale pour finir dans l'un de mes classeurs. L'Inde (c'est tout de même loin...) puis Londres et enfin la Normandie...La carte est datée de 1976 ce qui fait que je suis contemporain de son envoi. On notera que l'expéditeur ou l'expéditrice (j'ai du mal à déchiffrer) parle d'un lieu dessiné par Le Corbusier...Ce qui est vrai mais pas tout à fait non plus...
Le voyage, si on en croit la correspondance, se finira au Taj Mahal...Ce n'est pas si mal.
Comme ce travail est parfaitement encadré d'un point de vue historique, je ne vous ferai pas la leçon. Je vous laisserez juste comme moi avec le plaisir de ce surgissement et de sa poétique. On notera que j'aime tout particulièrement le minuscule petit lapin des éditions M.T.C mais que ces éditions oublient de nommer leur photographe et même le nom de l'architecte.
Ce n'est pas grave. Vous connaissez l'histoire. Moi, maintenant il faut que je range et je crois bien que pour des raisons pratiques qui disent quelque chose de l'histoire de ce lieu, je vais ranger cette carte postale dans l'un des classeurs Le Corbusier. On ne se refait pas.
On notera qu'il y a peu on trouvait de belles copies très inspirées du mobilier de Chandigarh chez Noz, soldeur professionnel. J'ai laissé cette chaise avec un dédain profond, non pas que je me moque de la popularisation de ce Design mais, justement, pour ne pas tomber dans le piège de son appropriation iconique. Vous appellerez ça une certaine hauteur si vous voulez , moi j'en ai juste marre du Design et des signes sociaux de sa reconnaissance culturelle qu'il nous oblige à produire. Vive les copies ! On attend avec impatience les copies chinoises de bonne qualité d'un Jean Prouvé épuisé par l'icône qu'il est forcé de devenir. On veut des millions de chaises sortant des chaines de Guangzhou pour dix balles. Retrouvons le vrai esprit populaire de ces chef-d'oeuvres du Design fabriqués et pensés pour nous tous. Les pilleurs de Chandigarh ont eu raison et il faudra aussi, dans le même mouvement de reconnaissance remercier les futurs copistes de nos icônes. Du Prouvé chez But ou Gifi et vite ! S.V.P !
Pour revoir Chandigarh :
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