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mardi 19 août 2025

Système Bérard ? Attention ! Travaux !

Avant de vous livrer cet article, je veux bien évidemment faire un signe à François Chaslin disparu il y a peu. Je pense à lui et à l'importance immense qu'il a eu pour ce blog. Je ferai à la rentrée une Chronique Corbuséenne sur Radio On que je lui consacrerai. En attendant, et malgré tout, je poursuis ici mon travail, avec toujours au dessus de moi à la fois sa confiance, sa gentillesse, sa rigueur, ce qui fut aussi à mon égard sa disponibilité et ses compétences.

Merci pour tout Monsieur Chaslin.


 Dans le fantasme du collectionneur de cartes postales d'architecture, il y a toujours le désir et la joie de trouver une carte postale montrant le chantier. Le chantier est impermanent et la photographie en figeant cet état permet de tenir le temps et de comprendre souvent la construction, les méthodes du bâtir. Mais le chantier, c'est aussi une poésie, une fragmentation, une ruine à l'envers.
Je vous chantais, il y a peu, le plaisir de ma découverte du Système Bérard et la richesse de sa présence à Migennes-Laroche. On est certes dans les prémices du béton armé (encore appelé ciment) mais comment ne pas évoquer cette technique sur ce blog !
Voilà que deux occasions de se régaler nous arrivent en même temps après quelques recherches. D'abord la carte postale du chantier de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Rungis qui nous permet de voir le montage des plaques préfabriquées au pied du bâtiment, prêtes à l'emploi. On ne voit pas de machine de levage, serait-il donc possible que les maçons montaient les plaques une à une par les échelles ou avec l'aide de simples cordages ? 
Quelle chance en tout cas d'avoir ce genre de document, une fois encore les éditeurs de cartes postales, dans leur infini désir de tout montrer, ont bien travaillé pour l'Histoire.
On notera d'emblée que cette église est inscrite depuis 1999 aux monuments historiques. Ouf....




L'autre occasion vient d'une revue cette fois-ci, d'un fascicule de "le Monde et La Science" qui évoque le Chantier Moderne (sic) et toutes les inventions et quelques modèles. On y retrouve bien en place le Système Bérard et quelques photographies nous permettent de voir la construction de notre église de Rungis. Voilà qui est bien instructif.
Vous trouverez ici toutes les informations et il semble que l'église soit en excellent état aujourd'hui.
On s'en réjouit.










vendredi 16 août 2024

Matisse, les gestes dedans l'architecture

 Peut-on parler d'une architecture et la  comprendre sans vraiment la voir, du moins sans voir sa silhouette extérieure ? Pourrait-on en comprendre son sens, sa poésie seulement par quelques détails et quelques manières de l'habiter ?
On peut facilement répondre oui à ces questions quand la construction est une icône et qu'elle ne nécessite nullement à nouveau d'être montrer. Elle est tellement inscrite dans nos imaginaires et pour certains d'entre nous dans nos souvenirs (différence de l'usage) que, finalement, on peut facilement se passer d'une trop large vision de son extérieur.
La Chapelle de Vence fait partie sans aucun doute de ce type de références architecturales. Les amateurs de peinture, les aficionados de l'architecture et de l'art moderne n'ont sans doute pas besoin de voir en effet la dite-Chapelle.
Ce matin, je me réjouis de tout un petit lot de cartes postales et de photographies de cette Chapelle de Vence que, (eh oui...), personnellement je n'ai jamais visitée. Mais ne me jetez pas la Pierre trop vite (c'est celle sur laquelle je construis mon église imaginaire) je crois que je peux dire qu'à force d'en voir des images, des représentations, des dessins ou des photographies je la connais bien. Et, non, je ne rougirai pas d'une telle assertion !
Surtout que, dans ce petit lot, je me réjouis de trois cartes postales, cartes que je cherchais tout particulièrement et qui nous montrent un prêtre portant les magnifiques chasubles dessinés par Matisse. Je n'aime pas ces images, je les adore, je les vénère.





On notera d'emblée qu'il me semble que ce soit bien trois prêtres différents ainsi habillés qui nous présentent les magnifiques peintures-collages devenus vêtements de Matisse. Les trois cartes sont du même photographe : H. Adant. Je ne sais rien de lui et j'ose rêver à une seule prise de vue des trois poses expliquant que les porteurs soient différents. Tout cela sent un peu la mise en scène, le désir de bien nous montrer que l'architecture de cette Chapelle de Vence est aussi complétée par son usage et par la peinture de Matisse qui couvre tout : murs, vitraux, prêtres.
Et comme tout cela est d'une grande beauté, d'une extrême délicatesse presque, dans son vide magnifié, japonisant, zen. On dira simplement : dominicain.

Mais on pourrait aussi ajouter que cette Chapelle dans sa blancheur d'écran avait besoin pour être bien saisie en image de quelqu'un au travail, de quelqu'un qui danse ou qui pose pour en donner l'échelle, le blanc écrasant un rien les profondeurs, du moins, suspendant justement les échelles. Ici, bras écartés, gestes amples, masse du tissus des chasubles, tout cela s'accorde à nous dire la place de l'homme dans cette petite construction à la fois modeste et rigoureuse.
L'espace des oeuvres et des corps jouant à être  à leur tour des oeuvres (les prêtres deviennent des porteurs d'Art) c'est bien là l'essentiel de cette architecture dont le plan suffit à dire sa simplicité et seul l'angle de l'autel crée une perturbation, un doute, une malséance que le croyant saura reconnaitre comme celui de son doute. La perfection divine serait-elle faite ainsi d'un léger décalage, de ce qui semble une imperfection ? Un biais ?





Le même Mr Adant, photographe, nous montre une série de trois cartes postales permettant de lire un peu mieux l'espace. Mais là encore, ce que l'on perçoit surtout (et c'est bien ce qu'on veut nous montrer) c'est la projection des vitraux, leur presque trop grand désir à fuir de leur cadre. Le photographe n'arrivera donc plus à tenir de blanc dans ses prises de vue, toute la peinture de verre teinte la blancheur d'un ton doucereux de vert, de jaune, de bleu. Tout se teinte. Rien à y faire, ne pas lutter, juste accepter. Mais voyez-vous comment le sol ne rencontre pas le mur ? Comment une petite rigole vient séparer la verticale des vitraux à l'horizontal du sol ? Comment cela donne de l'assise ! Ça c'est bel et bien un vrai geste architectural, peut-être le plus précieux, le plus délicat.




Voici deux photographies qui ne sont pas des cartes postales mais qui sont tamponnées de La Chapelle du Rosaire et l'une d'elle de Eggermont, photographe. Toutes deux sont également annotées à la plume de novembre 1954. Matisse décède le 3 novembre 1954. On pouvait donc aussi acheter ce genre de souvenirs là-bas en ce temps. Le noir et blanc fait bien oublier ici la teinte dont nous parlions plus haut. Mais un détail me frappe sur l'une des photographies, un détail sans doute un peu ridicule mais qui m'intrigue : comment la porte du fond n'est pas bien ajustée et laisse le jour passer. C'est un peu, avec humour...inconvenant.




Pour finir, deux magnifiques, magnifiques dessins de Matisse.
D'abord, cette étude pour Saint Dominique dont la carte postale nous précise qu'il s'agit d'une lithographie. Qui a réussi à faire aussi pur, premier, essentiel depuis ?
J'ai compté : huit traits, huit lignes de crayon pour une telle intensité, une telle présence. Jalousie complète.
L'autre est aussi Saint Dominique, on en reconnait, si j'ose dire, le visage.
La carte nous dit qu'il s'agit cette fois de céramique.
La main est incroyable.
Tout est incroyable à Vence. 

On notera tout de même qu'aucune de ces cartes postales ne nomme les architectes qui réalisèrent avec Matisse La Chapelle de Vence : Auguste Perret, Louis Milon de Peillon avec les désirs du Frère Rayssiguier.

mardi 25 juillet 2023

Ceci n'est pas le Raincy



Il en va ainsi de la Renommée. Si je vous demande ce qui vous vient à l'esprit après vous avoir donné église et Perret, il y a fort à parier que vous me répondiez : Raincy.
Certains répondront peut-être St Joseph au Havre mais combien me répondront Montmagny ?
Rassurez-vous, si je fanfaronne ici et maintenant, j'aurais bien été en peine de faire autrement que vous il y a peu !
Et même si je vous ai déjà montré La Chapelle de l'école de la Colombière, il reste vrai que le nom des Frères Perret est avant tout associé au Raincy. 
Que faire alors de l'occultation des autres oeuvres d'un architecte ? Pourquoi finalement un bâtiment prend ainsi le dessus sur le reste de sa production et est toujours cité en exemple ? Comment rétablir la présence des autres travaux et relativiser une icône dans une production prolixe ? Et...faut-il le faire d'ailleurs ?
J'ai bien découvert cette église de Montmagny par cette carte postale de son intérieur, mon œil trompé pendant un temps court y voyant clairement  le Raincy. Mais avouez avec moi que la confusion est possible tant le vocabulaire des Perret y est utilisé avec ferveur ! C'est presque de l'auto-citation !
Il faudra ensuite peu de temps pour commencer à comprendre que nous sommes bien ailleurs et les cartes postales anciennes affichant leur localisation sous la photographie, le cerveau troublé voit alors un doute puissant (pour ne pas dire une contrariété) s'installer. Puis c'est le plaisir, celui d'avoir à la fois reconnu le style, d'avoir su replacer le bâtiment dans sa généalogie mais aussi le plaisir de découvrir une nouvelle oeuvre qui nous sort de l'icône habituelle.
Cette fonction des images, ce moment de reconnaissance est des plus palpitants pour moi. Il me rappelle à quel point une culture des images surgit, s'impose à nous, comment presque notre cerveau fonctionne. La lecture des signes plastiques, ce que l'on appellera le vocabulaire, permet bien à la fois de se rassurer sur sa mémoire et ses enjeux de stabilité mais aussi de jouir de l'aventure d'une promenade dans une image certes inconnue mais si j'ose en partie reconnue. Aby Warburg sort de ce corps en quelque sorte.
Cela m'a toujours fasciné cette capacité de ré-imprégnation du cerveau et cette boulimie des signes associées au désir de tout ranger, replacer, remettre dans l'ordre de ses connaissances.
Tout le vocabulaire des Perret est donc bien dans cette image, absolument tous les signes, tous leurs signes. On pourra croire qu'ils singent eux-mêmes leur propre production. Pourtant ici à Montmagny l'objet, cette église, est bien plus modeste en taille, en déploiement des espaces, presque en audace. Une boite percée de milliers de trous est posée sur une boite entièrement occultée. Une flèche d'une simplicité romane (ou industrielle) monte vers le ciel. Comme dirait Kandinsky : Point, Barre en quelque sorte.
Difficile depuis ces deux cartes postales de comprendre comment la forme prend la lumière, comment elle la transforme, comment l'intérieur trouble ou pas la vision de l'extérieur. La photographie de l'époque (mais surtout le mode de reproduction de celle-ci) reste assez pauvre pour que la lumière brûle un peu trop le moucharabieh de béton et, finalement, n'éclaire pas assez la nef restée un rien sombre. La couleur ici manque terriblement pour comprendre qu'il s'agit bien plus d'une lanterne inversée que d'un bâtiment. La lumière vient dedans. Dehors, le parallélépipède reste sourd, tendu, offrant seulement le grain des motifs architecturaux. Comme des napperons blancs posés sur une table de chêne.
C'est bien ce contraste que cherchent alors les architectes, laisser penser à cette pénombre pour saisir le visiteur par la richesse soudaine de la lumière transperçant complètement l'église au point de dire sa fragilité. Quelques poteaux reprennent les charges. Et les filtres de béton peuvent tenir debout imposant le spectacle des couleurs. C'est là qu'est comprise la lanterne magique, celle que Matisse volera pour St Paul de Vence.
Allez,  j'arrête de vous emporter dans une analyse ordonnée par mes seuls yeux, par ma mémoire, mais étrangement pas par mon expérience. Le réel parfois passe aussi dans la construction de la connaissance des images. Et cela, ce n'est pas répréhensible, croyez-moi.

Pour en savoir plus, je vous conseille l'excellente fiche scientifique ici :

Pour voir ou revoir les Frères Perret sur ce blog (on frôle l'indigestion !)
etc....


vendredi 2 septembre 2022

Une semaine avec Perret, complément en retard

Quand on se donne un programme c'est bien de s'y tenir mais c'est bien aussi, si une occasion se présente, de le faire déborder un peu.
Voilà donc un petit complément à la carte postale de la pose de la première pierre de l'église du Raincy par les Frères Perret. Elle donne des réponses à certaines interrogations soulevées dans l'article précédent, enfin, je crois :



Comme nous sommes plus proches des acteurs de cette manifestation, on peut un peu mieux lire le moment et surtout les détails. On voit bien cette fois les curés, les enfants de chœur et surtout un groupe de messieurs bien mis, sérieux, presque tous pareillement habillés. Malheureusement, on ne peut pas savoir qui ils sont et donc savoir si les Frères Perret seraient dans ce groupe. On s'amuse aussi du terrain retourné, boueux redonnant enfin le vrai sens premier au mot béton. Des planches sont d'ailleurs disposées pour faire un chemin que les curés et enfants empruntent pour ne pas salir leurs vêtements et chaussures. On ne comprend évidemment pas à quel moment nous sommes de la cérémonie de pose de cette première pierre que d'ailleurs on ne voit pas ! Mais où est-elle ? Et de quoi est-elle constituée ?
Par contre, on retrouve bien ces petit dômes de bois, l'un sur lequel sont posés les messieurs et les autres au fond de la carte postale en haut à gauche. Il ne fait maintenant aucune doute qu'il doit s'agir de coffrages. On note le petit appentis au fond dans lequel sont rangés quelques outils et ce qui ressemble à des briques creuses.
La carte n'est pas écrite, pas datée. Nous serions le 30 avril 1922.
On devine aussi que le photographe surplombe tout le monde et je me demande encore sur quoi il est juché ainsi pour dominer l'événement. Une échelle ? Car il est tout de même au milieu d l'événement et il a bougé depuis le premier cliché... Et pourquoi avoir choisi cet instant précis ? Les enfants de chœur sont en plein chant. Nous aussi.







dimanche 28 août 2022

Toute une semaine avec Perret, première pierre : volume 4

La carte postale, dans son âge d'or, fut à la fois un objet de correspondance, de messages, d'images mais aussi d'événements. On peut parler sans crainte d'un média. Il y a une telle quantité de cartes postales éditées que tout semble possiblement imprimé, du plus connu des monuments à l'objet le plus fruste en passant donc par, non plus des lieux, mais des événements.
Quoi de plus événementiel que la pose d'une première pierre pour une église dans une époque à la fois moderne et encore bien inscrite dans une religiosité prégnante. Tout l'événement bourgeois y est condensé : présence de personnalités, religion, construction nouvelle, sens du temps et même du temporel, instantanéité radicale (on édite alors très vite entre l'événement et l'image).
Revoyez cet exemple :
Alors pourquoi donc la pose de la première pierre de l'église du Raincy par les Frères Perret y aurait échappé ? 
Eh bien non... régalons-nous !



Pour une fois donc j'aborderai un chef-d'oeuvre de l'architecture par son avenir et non sa présence car, de fait, on ne voit rien... puisque tout est à devenir. Au mieux, les plus courageux étudieront la parcelle pour comprendre comment l'église y fut projetée mais sinon quoi dire d'autre que nous sommes dans l'attente du surgissement de l'édifice. Comment alors la foule des curieux et des invités se faisait-elle une projection mentale de ce que serait ce lieu, cette église ? Avaient-ils vu les dessins et la maquette ? Et où ? Avait-elle conscience, cette foule, de l'importance et de l'originalité des Perret les architectes ? Cette foule est-elle aussi venue pour ça, pour voir la tête de ceux dont l'audace architecturale serait bientôt visible ? Quelle part de curiosité, de nécessité, d'émotion, et aussi de vraie sens de la foi furent les moteurs de leur curiosité à ce moment ?
Qui sont donc toutes ces personnes ? J'essaie d'entrer dans cette foule avec mon compte-fil mais on n'y voit rien de particulièrement signifiant. On y reconnaît la silhouette du prêtre, on s'amuse des gens qui regardent par dessus le mur mais, bien entendu, difficile d'y reconnaître les architectes. Tout le monde est chapeauté et tout le monde piétine un sol retourné. Mais déjà un détail m'étonne et me surprend, détail que je crois reconnaître : une pièce en bois sur lequel des bottines enfoncent leur talon sans vergogne.
On dirait bien un coffrage. 
En effet, il ressemble bien à celui des courbes du plafond mais pourquoi serait-il déjà construit alors-même qu'aucun des murs n'est monté ? C'est étrange. On note aussi que la foule évite au centre de l'image un espace et se place tout autour. Pourquoi donc ? Y-a-t-il là un trou ? Et surtout, depuis quelle hauteur est juché notre photographe ? Un échafaudage ? On ne sait, il faudrait un autre point de vue.
Je reste toujours amusé que quelques jours à peine après cette pose de la première pierre, les personnes photographiées ont pu trouver cette carte postale, s'y reconnaître sans doute, avoir plaisir donc de dire à quelqu'un au loin : "j'y étais."





vendredi 26 août 2022

Une semaine avec Perret : volume 3

 J'ai toujours les cartes postales programmatiques, j'entends par là, les cartes postales un rien bavardes qui nous donnent toutes les informations sur la construction concernée comme si cette carte était en pleine conscience de son devoir et de son rôle mais aussi de l'importance technique ou architecturale de ce qui y est montré.
En voilà un exemple parfait !



J'ai juste envie de vous dire : il ne vous reste qu'à lire et mon article sera terminé !
En effet quoi raconter de plus sur cette tour d'orientation en béton armé dessinée par les Perret pour une exposition à Grenoble en 1925 !
On note même les précisions techniques du Système "Simplex-Soly" pour les pilotis.
Les architectes sont donc les Perret avec l'adresse de leur agence rue Franklin, le nom de l'entreprise Soly et son adresse à Lyon, la hauteur de la tour : 96 mètres.
On peut donc au vu d'autant de précisions affirmer que cette carte postale est une carte promotionnelle certainement supervisée soit par les architectes, soit par les entrepreneurs, voire les deux. Il existe en effet des cartes officielles de l'événement qui sont différentes de celle-ci. Malheureusement mon exemplaire n'est pas écrit. On aurait aimé y trouver l'adresse d'un architecte ou les commentaires d'un visiteur.
Pour ce qui est du très beau dessin de cette tour, peu de choses à raconter tant l'élan, l'économie du dessin nous rappelle que nous sommes bien en 1925. Peut-être que, finissant un peu trop comme un campanile, on pourrait lui reprocher sa coiffe trop symbolique. Mais bon, je m'amuse à faire semblant d'avoir un avis.
J'aimerais bien un jour venir la voir et grimper en son tube intérieur. 
Mais on en est où de sa restauration ?
Je profite de cet article pour vous joindre quelques photographies prises à St Joseph au Havre. On espère que là aussi, un jour, en lieu et place d'une sculpture contemporaine de merde pendouillant dans le vide, nous aurons l'occasion de grimper les escaliers du vide du campanile pour saisir, pour de vrai, l'espace de Perret.










mardi 23 août 2022

Une semaine avec Perret volume 2

 Au vu de la profusion des cartes postales éditées lors de la construction (et après) de l'église du Raincy, il ne fait aucun doute qu'elle était bien repérée comme un événement architectural. En effet, le visiteur pouvait acheter en souvenir de sa visite la quasi-totalité des détails et des points de vue de cette construction montrant donc en quelque sorte la charge d'étonnement de son existence : un monument. La petite suite non exhaustive des cartes postales que je vous propose aujourd'hui tentera de prouver cet intérêt, on ne sait plus, devant une telle profusion quel point de vue serait celui le plus apte à raconter à lui seul l'ensemble de cette église.
Toutes ces cartes postales sont du même éditeur Unis-France, toutes sont tirées en héliogravure et aucune, exception faite de celle du dessin, ne nomme les architectes A. et G. Perret. Aucun nom de photographe non plus, pourtant, photographier ainsi l'intérieur d'une église réclame une chambre, des compétences et un certain regard artistique.
Mais d'abord on peut s'interroger sur la nécessité d'éditer une carte postale du plan et de la coupe ! Qui pour regarder avec attention, du point de vue purement structurel comment (et non quoi) cette église du Raincy est faite ? De plus, l'édition elle-même, peu précise, ne permet pas d'offrir une grande clarté de lecture ni pour des spécialistes ni pour des profanes. On pourrait y voir une manière d'affirmer aux visiteurs la radicalité et la modernité de cet espace puisque son plan et sa coupe sont représentés. D'ailleurs, ce qui est au moins clair dans cette proposition c'est la relative simplicité justement de ce plan, qui va s'opposer à sa maigreur (son économie de matériau) dont tout le parti architectural tiendra à la fois dans sa lecture et dans la percée quasi-totale de ses murs. Une résille déguisée en bâtiment si j'ose dire. D'ailleurs c'est bien cette trame qui sur le dessin de coupe brouille sa lecture se transformant en une trame de pixels et de points peu lisibles ainsi. 
Et heureusement il suffit de voir ça pour mieux comprendre alors le génie total de ses architectes :



Sur un socle un rien ordinaire (vraiment !) s'ouvre un immense papillon : le chevet. On est immédiatement saisi par cette image. La construction dit sa particularité et toutes les allusions se bousculent dans notre esprit : dentelle, résille, moucharabié, claustra, trame optique, Op'art...
Et tout cela en béton. Il faut presque un petit moment pour que l'œil lise enfin la croix immense qui s'y dessine. On notera aussi comment l'église se glisse littéralement dans sa parcelle, à droite ça touche presque ! On pourrait en conclure que ce manque de recul pour la saisir de l'extérieur serait le signe donné par les architectes que cette église est surtout une machine optique dans laquelle on se doit d'abord d'entrer.
Les vues de l'intérieur sont toutes presque brûlées par la lumière devenue ici blanche alors que, bien entendu, tout n'est que couleur. Le noir et blanc accentue donc la mécanisation des motifs au détriment d'une jubilation de la couleur venant travailler sur le béton laissé brut. Les poteaux tapent dans les voûtes sans la tentation d'un chapiteau. Paf ! Poteaux bien plus que colonnes... La carte postale montrant la Tribune permet de mieux cerner certainement cette révolution à la fois spatiale et spartiate. C'est sévère mais c'est juste. C'est à dire que rien n'empêche à la fois l'élévation nécessaire à une église ni la simplicité de la Foi. Petit détail qui va vous sembler inutile : j'ai toujours détesté ces chaises en bois et paille que l'on trouve dans la quasi totalité de nos églises. Elles sont sinistres comme des petits cadavres alignés.
On note aussi que le Maitre-Autel est particulièrement fleuri ce dont je ne peux croire qu'il s'agit d'un hasard. Le photographe est sans doute venu à un moment particulier.
Je vous laisse vous promener.
Je me permets de vous rappeler quelques articles qui compléterons votre visite en attendant qu'on se retrouve ensemble au pied de ladite église du Raincy.
Maquette et dessin :
Points de vue plus contemporains :







lundi 22 août 2022

Toute une semaine avec Perret : volume 1

Comme un bonheur n'arrive jamais seul, je vous propose de décliner une suite sur les Frères Perret (et Auguste en particulier) en plusieurs articles afin, qu'avec délectation, vous puissiez voir ce beau et important travail et saisir comment il était représenté en cartes postales.



Et on commence fort avec une carte postale assez inattendue et même je crois assez étonnante. Il s'agit d'une carte postale de l'intérieur de La Chapelle de l'École de la Colombière à Chalon-sur-Saône dont nous avions déjà vu l'extérieur ici :


Nous étions déjà étonnés d'en trouver cette représentation depuis l'extérieur mais je ne pouvais penser que les éditeurs avaient aussi suggéré d'en faire une de l'intérieur. Non pas que le lieu ne le mérite pas (bien au contraire !) mais bien plus parce que cette Chapelle est tout de même moins repérée que l'église du Raincy que nous verrons cette semaine et qui fut déclinée en de multiples cartes postales.
Même si l'époque est à l'édition de petites séries et d'une profusion de cartes postales, je suis donc très heureux de voir que cette Chapelle ait connu donc au moins deux cartes postales. Comment d'ailleurs dans cette école de la Colombière ces cartes étaient distribuées ?
La carte est d'une pauvreté éditoriale assez radicale. Au dos ne figure que le nom de l'imprimeur qui sépare le carton en adresse et correspondance. Le cartouche descriptif vient manger l'image mais nous donne bien le nom des architectes : A. et G. Perret. Le tirage est en hélio sépia de piètre qualité, ce qui semble tardif. Quant à la qualité photographique, elle tient surtout par le contraste très fort qui permet au dessin des claustras de béton de tout de même s'exprimer même si le contre-jour mange un rien les détails et le travail des vitraux. Le cadrage pointe un angle ce qui ne permet pas bien de saisir la spatialité et rend tout cela un peu raide, un peu rude...
Pour ce qui est de l'architecture des Frères Perret, pas de souci, on retrouve bien tout le vocabulaire, la maigreur structurelle et son intelligence, la percée totale des murs et l'effet de claustra, une géométrie spatiale tendant à l'abstraction. Ici difficile de comprendre à quelle fonction est dédié ce lieu si on ne voit pas le mobilier... Une boîte percée de trous réguliers en motifs géométriques simples, voilà la proposition. On note que le plafond laisse voire les planches du coffrage et que le photographe semble prendre son cliché depuis la hauteur d'un balcon sans doute similaire en symétrie avec celui visé en face. C'est donc un cliché inattendu pour une architecture moins connue dans une édition pauvre... Un trio gagnant pour discuter de la diffusion  du travail d'architectes très connus et absolument modernes au sens du nudisme architectural et du futur brutalisme à la française. Magnifique témoignage de cette école, de cette histoire.
Pour info la carte ne fut ni écrite ni envoyée.
Vite ! Rangeons-la dans ma collection.




samedi 23 juillet 2022

Perret Vocabulaire

 Ce matin, à Pont-de-l'Arche, mon frère Christophe et moi étions bien tranquilles sur la foire à tout. Faut dire qu'il y avait peu de stands. Mais c'était bien agréable cette sensation que les vendeurs étaient presque venus pour nous. Pourtant, nous n'avons pas trouvé grand chose et, à part les quatre boîtes pleines de cartes postales, je n'ai rien trouvé.
Donc, bien planté sur mes deux pieds, triant dans ce lot d'environ deux milles cartes, mes petites clochettes intérieures se sont mises à sonner en voyant cette carte postale :



Nous sommes à Donzère-Mondragon, devant l'Usine Blondel grâce aux éditions La Cigogne qui ne nomment pas son photographe. C'est bien dommage car la qualité est au rendez-vous et l'image est parfaitement tenue dans ses valeurs de noir et de blanc, presque étales, sans ombre. Remarquez comme le ciel est exactement du même gris que l'eau. Bien entendu, j'ai reconnu l'écriture des Perret, j'étais même persuadé sur place d'avoir trouvé son architecte ! Mais non... l'architecte de cette merveille de béton classique est Théodore Sardnal qui fut bien l'élève des... Perret ! Ouf ! Je n'étais pas si ridicule que ça... Mon honneur d'expert du dimanche est sauf ! Mais mes clochettes intérieures continuaient de tintinnabuler car il me semblait avoir déjà vu ça quelque part. À mon domicile, dans le classeur Génie Civil trop arrondi par le surnombre de cartes postales, je trouve cette autre carte postale de la chute de Donzère-Mondragon réalisée par le spécialiste des vues aériennes : Cellard. ( Mais où sont vos archives ?)



On notera que cette carte coloriée ne nomme pas plus que la première Monsieur Sardnal son architecte. J'apprends que l'ensemble est maintenant classé. C'est heureux. Ce qui est certain c'est que l'écriture architecturale est transparente à ses références et que cela conduit à se demander s'il existe un inventaire des presque architectures de Perret. Il est aussi assez intéressant de voir comment ce style est reconnu, comment les éléments qui en sont constitutifs éprouvent immédiatement leur modèle, comment, finalement, un style vient s'identifier aussi facilement dans votre imaginaire. On appelle cela un vocabulaire.
Pour toutes les infos techniques et patrimoniales, je ne paraphraserai pas le travail des autres, je préfère leur rendre hommage et les remercier en vous conseillant d'aller là :



Attention ! Il se pourrait bien qu'une carte postale tape l'incruste dans cet article, j'en suis désolé et je m'en excuse.