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mercredi 1 juillet 2026

Serqueux et la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie

 On a donc, sous nos yeux et dans le temps présent, l'opportunité de voir la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie, en Seine Maritime, à Serqueux. Si je fais ce tour des géographies c'est pour montrer que ce drame patrimonial a eu lieu sous les hospices de toutes ces territoires sans qu'à aucun moment l'un ou l'autre (avec leurs institutions respectives) ne permette de sauver l'église de Serqueux pourtant inscrite au Label Architecture Contemporaine Remarquable dont il est (encore, encore, encore) fait la preuve de sa totale inefficacité à protéger et que sa fonction de signalisation, de communication au grand public de l'Architecture Contemporaine et Moderne est finalement peu efficace à retourner les opinions négatives sur cette architecture.

Échec à tous les niveaux donc, le pire étant celui de la démagogie locale, ayant par référendum municipal décidé de l'avenir d'un bâtiment qui n'appartient pas seulement comme héritage à cette commune. Ah la démocratie participative qui passe par dessus l'expertise de la Patrimonialisation...! Magnifique petit tour de passe-passe démagogique d'un maire sans souffle patrimonial, sans idée, encombré par un bâtiment dont il ne sait quoi faire et qui, par la peur de sa responsabilité qu'il a pourtant réclamé en se faisant élire, se trouve fort dépourvu devant une architecture dont il n'a rien compris de son rôle comme jalon de l'histoire.

Faut dire qu'il s'excusera à bon compte sans doute en rappelant qu'il ne fut que le dernier jalon municipal, tous les prédécesseurs n'ayant pas désiré entretenir le bâtiment depuis sa construction. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.

Qui aurait laissé l'avenir de Notre-Dame de Paris dans les seules mains des parisiens ? Qui pensent que l'avenir de Versailles n'appartient qu'aux versaillais ? Personne non ? C'est bien pour cela qu'il y a des institutions dont le rôle est justement de passer par dessus les enjeux locaux pour maintenir aux yeux de tous et toutes la présence de ce qui fait histoire. Pas à Serqueux.

Mais les institutions, là, on en parle ? Dans mon département la Seine Maritime et sur mon territoire, la région rouennaise, on peut tirer un bilan assez catastrophique cette année concernant l'Architecture Moderne et Contemporaine puisque la mairie socialo-écologique de Rouen (Mayer-Rossignol) a fait déclasser de son classement au titre des Monuments Historiques (rien que ça...) un ensemble d'immeubles Verre et Acier dessiné par Marcel Lods pour le détruire. On se rappelle que la responsable écologiste El Khili (qui pense donc que détruire est le geste le meilleur pour la Nature qu'elle défend) avait même nommé cet ensemble de  "verrues"...L'expertise de la dame est puissante....On pourrait rigoler devant autant de hauteur de jugement. Là aussi la politique de la ruine à venir, sans ambition, sans idée. Et le terrain livré aux promoteurs et, pire, aux communicants. Les arbres sont sauvegardés...Ouf...je m'occupe bien de la Terre.

Alors à quoi sert de financer des commissions, des réunions, des Labelisations, de mobiliser des fonctionnaires du Patrimoine ? Â quoi sert de tenter de vulgariser cette architecture si c'est pour que les politiques mus par leur petites trajectoires personnelles puissent d'un coup décider de la destruction de ce qui est repéré comme historique ? À quoi servez-vous ? Et pourquoi on ne vous entend pas défendre plus fortement le travail d'analyse et d'expertise que vous avez, pour nous public et citoyens, réalisé ? Oû sont vos colères face à ce remugle politique qui écrase vos avis d'experts ? On vous piétine pourtant. Silence gêné...

Alors l'église de Serqueux, dernier grand exemple de voute en fusées céramiques de Normandie a disparu maintenant du paysage de sa ville, du territoire seino-marin, de la Région Normandie, de l'espace national. On connaît maintenant les noms des responsables locaux, régionaux, nationaux. Être le maire qui a détruit un Patrimoine de sa ville ça doit pas être facile à vivre tous les jours... Si ? Ah ? Aucun remord pour les démagogues, jamais ne se dédire ou s'excuser. Et pour quoi faire puisque les institutions sont d'une telle faiblesse de pouvoir. Alors ne reste que la colère et la rage citoyenne qui seront vues comme des lubies, comme des agitations d'inquisiteurs du Patrimoine, d'idiots de la réalité face à des personnes qui se veulent et se croient, eux et elles, "dans le réel" et "en responsabilité". Petites choses politiques.

On viendra à Serqueux, de temps en temps, redire à son maire et à ses citoyens, l'épouvantable erreur qu'ils ont faite, qu'ils furent complices de la destruction d'un Patrimoine essentiel dans leur ville et notre pays. 

Bonnes Journées du Patrimoine à Serqueux : j'arrive.

Walid Riplet

Pour revoir l'épouvantable déroulement de ce dossier :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/07/le-socialisme-et-lecologie-rouennais.html

https://archipostcard.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html

Le vide laissé par l'église de Serqueux est la parfaite analogie du vide politique du Patrimoine en France :








mercredi 21 mai 2025

Chez moi, Jacques Couëlle ?

 Hier, je décide de faire d'une pierre deux coups. J'avais rendez-vous au C.A.T de mon frère pour les portes-ouvertes de son atelier et comme le soleil brillait, je choisis d'y aller à pied ce qui représente une belle petite promenade. Nez au vent, j'arrive un peu trop tôt et je prends la décision au lieu d'attendre devant la porte de poursuivre mon chemin comme attiré par je ne sais quoi, comme si la route me disait d'avancer. Je m'étais donné comme limite l'orée de la forêt, là-bas, au loin.

Soudain, je tombe sur ce qui va suivre ! Je n'en reviens pas ! Mon sang ne fait qu'un tour. Je suis à seulement deux minutes de la résidence des Tilleuls de Louis Miquel pour laquelle j'ai demandé une Labelisation et me voici devant un mystère architectural qui, pourtant, résonne facilement. Tout (le traitement des formes, de l'échelle et le dessin des voutes) me fait penser soit au temple de Saint-Georges-de-Didonne soit, bien entendu aux expériences de Jacques Couëlle et ses fameuses fusées céramiques que nous avons défendues si souvent sur ce blog.

Malheureusement...personne dans la maison pour me renseigner sur son origine. Il faudra que je fasse des recherches auprès des permis de construire. Je vais tenter de repasser devant la maison pour y trouver quelqu'un.

Si cette petite maison se trouvait être une maison en fusées céramiques ce serait alors un petit trésor à étudier et préserver d'urgence. D'urgence...

La maison est toute petite et on remarque surtout la charge un peu épaisse de la toile goudronnée qui en fait l'étanchéité du toit ce qui n'est pas très beau (il faut bien l'avouer) et qui est le signe, peut-être, avec le temps de soucis d'infiltrations...Cela rappelle vraiment le temple Protestant de Saint-Georges-de-Didonne.

Je suis totalement excité de cette découverte dans ma ville alors que j'ai constaté dimanche que la station-service de Jean Prouvé à Oissel a, elle, malheureusement disparu. Détruite ? Sans doute...Comment se fait-il qu'une telle construction ne fut pas à temps protégée ? Qu'ont donc (pas) fait les autorités patrimoniales de Normandie pour laisser une telle oeuvre être détruite, disparaitre de son territoire ? 

On pourrait en tout cas noter une présence de Jacques Couëlle par trois fois en Seine Maritime. Qu'est-ce qui expliquerait alors cette densité de cet architecte sur ce territoire ? Et comment les autorités patrimoniales et les acteurs de l'architecture pourraient s'emparer d'un tel héritage ?

Quand on voit l'avenir des Verres et Aciers de Marcel Lods dans ma région...

Pour retrouver Jacques Couëlle en Normandie et ailleurs (avant destruction) :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/02/des-temples-royan-et-alentours.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/09/la-tuile-bouteille-est-une-fusee.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/06/je-choisis-larchitecture.html








dimanche 12 mai 2024

Serqueux in extremis

 6 mai 2026
Dernière minute ! Urgence absolue ! Menace imminente !
On apprend hier que le préfet aurait signé la destruction de l'église de Serqueux.
Si cela s'avère vrai c'est une honte absolue et une perte inestimable pour l'architecture du Vingtième Siècle !
Pire c'est l'aveu d'impuissance et d'inutilité du Label Architecture Contemporaine Remarquable  et classement en Normandie puisque dans cette région on a déjà assisté au déclassement de leur titre de Monument Historique des Verre et Aciers de Marcel Lods, voilà qu'aujourd'hui  c'est cette église qui est attaquée ainsi.
Bien entendu tout cela se fait sous les yeux des autorités patrimoniales (autorités bien peu efficientes en fait) et avec leur complicité ?
Après la destruction de l'église Sainte Bernadette du Grand Quevilly celle de Serqueux montre bien comment l'Art Sacré contemporain est traité en Normandie par ses institutions. On notera que cela fait donc deux constructions en fusées céramiques qui sont donnés aux pelleteuses. On dirait bien que la Région Normandie et ses institutions culturelles veulent en faire une vraie rareté sur son territoire en supprimant le plus possible les expressions de cette technique soit exactement l'inverse de sa...mission de sauvegarde. Chapeau la Région Normandie, Chapeau bas.


12 mai 2024 :
Il n'y a pas tant que ça de bonnes nouvelles du coté du Patrimoine Architectural du XXème siècle. Alors, hier, quand j'ai appris que l'église de Serqueux était finalement sauvée de la destruction, je fus extrêmement heureux d'autant plus que nous avons ici, sur ce blog, depuis longtemps (très longtemps...) défendu son sauvetage.
Ouf ! In extremis !
Si vous êtes un fidèle lecteur ou une fidèle lectrice de ce blog vous savez déjà que la particularité de cette église, hormis son écriture si Vingtième Siècle c'est que sa voute est faite des fameuses et rares fusées céramiques conçues par l'architecte Jacques Couëlle et ici mis en oeuvre par l'architecte Percheron.
Après la démolition scandaleuse et stupide d'une autre église du même type, (ratage patrimonial complet), il était donc temps que les responsables patrimoniaux agissent en exerçant l'autorité nécessaire pour sauver cette église.
Malheureusement, le campanile qui en finissait l'écriture est, lui, déjà tombé... Pendant qu'on discute...

Il faudra maintenant convaincre Monsieur Hermand  le Maire (plein de bonnes volontés) et ses administrés qui avaient voté pour la destruction de l'église qu'ils ont là, non pas un "machin qui fuit" mais bien une oeuvre exceptionnelle et remarquable, une pièce rare de patrimoine constructif du XXème Siècle. Il faudra donc éduquer les regards, refaire aimer cet espace, faire comprendre les particularités géniales de cette voûte pour que l'église de Serqueux, devenue autre chose, soit à nouveau l'objet de tous les soins mais aussi dotée d'un avenir.
Ce travail d'éducation que le Label Architecture Contemporaine Remarquable aurait du faire depuis longtemps a donc montrer une fois encore ses limites de protection et de signalement.
À qui la faute ? Et surtout, comment faire à l'avenir pour que cela ne se reproduise pas ?
Et comme souvent, c'est sous la menace de la démolition que ce fait le travail de sauvetage en lieu et place d'une vulgarisation efficace de l'histoire de l'Architecture. Pourquoi encore autant de réticence face à ce Patrimoine ?
Il faudra dire au Maire, Monsieur Hermand, qu'il existe un tourisme patrimonial pour le XXéme siècle, qu'une telle construction pourrait bien devenir un point de rassemblements et de visites, qu'un travail de mise en valeur de ce Patrimoine non seulement ne sera pas un frein au développement de sa ville mais bien un atout, et même, espérons, dans le futur un objet de fierté. Nous voulons bien l'aider et travailler avec lui. Ce blog fait déjà ce qu'il peut pour ça aussi.
On peut aussi se dire que cette protection pourrait être le signe dans ma région au moins d'un nouveau rapport à ce Patrimoine Moderne. On ne peut qu'espérer que ce blog y ait un tout petit peu contribué. Espérons donc que la DRAC Normandie continuera avec le même courage qu'à Serqueux à défendre et sauver des édifices de la sorte. Au vu des anciennes catastrophes dans mon département et ma Région, on pourra dire sans crainte : qu'il était temps.
In extremis, In extremis.
Trop tard pour St Bernadette de Grand Quevilly : la honte.
Saluons donc ici ce changement, ce courage.


Pour fêter donc ce retournement vraiment très inattendu, je vous propose un drôle d'objet...
Il s'agit d'un petit document, une sorte de carte en deux volets qui a laisser au correspondant toutes les joies des jeux de mots sur Serqueux...On pourra à la fois en rire et trouver ça navrant...comme vous voudrez. On note que le photographe de cette carte est Marcel Guilbaut de Lhomme. Je ne sais pas comment était diffusée cette carte. Sans doute dans l'église comme souvent à l'époque.
Vive l'Art Sacré du XXème siècle !
Vive Serqueux et sa belle église !
Et merci à la DRAC Normandie pour son travail et son courage.
On reste vigilants...bien entendu...pour tous les autres dossiers et menaces sur l'avenir de ce Patrimoine Moderne dans la Région Normandie et ailleurs.
Walid Riplet.

Pour revoir les articles (parfois durs) sur ce Patrimoine :
2014...
2016....
Sur Jacques Couëlle et sa technique :
Serqueux :
2015...

Pour voir le reportage :



















mercredi 13 septembre 2023

Journées Européennes du Patrimoine c'est inutile ?


 

6 mai 2026
Dernière minute ! Urgence absolue ! Menace imminente !
On apprend hier que le préfet aurait signé la destruction de l'église de Serqueux.
Si cela s'avère vrai c'est une honte absolue et une perte inestimable pour l'architecture du Vingtième Siècle !
Pire c'est l'aveu d'impuissance et d'inutilité du Label Architecture Contemporaine Remarquable  et classement en Normandie puisque dans cette région on a déjà assisté au déclassement de leur titre de Monument Historique des Verre et Aciers de Marcel Lods, voilà qu'aujourd'hui  c'est cette église qui est attaquée ainsi.
Bien entendu tout cela se fait sous les yeux des autorités patrimoniales (autorités bien peu efficientes en fait) et avec leur complicité ?
Après la destruction de l'église Sainte Bernadette du Grand Quevilly celle de Serqueux montre bien comment l'Art Sacré contemporain est traité en Normandie par ses institutions. On notera que cela fait donc deux constructions en fusées céramiques qui sont donnés aux pelleteuses. On dirait bien que la Région Normandie et ses institutions culturelles veulent en faire une vraie rareté sur son territoire en supprimant le plus possible les expressions de cette technique soit exactement l'inverse de sa...mission de sauvegarde. Chapeau la Région Normandie, Chapeau bas.


13 septembre 2023

Et si le dossier de l'église de Serqueux devenait un emblème de la gestion du Patrimoine en Normandie et en France ?

Voilà une petite ville qui possède sur son sol l'un des rares exemples de voûtes en fusées céramiques gràce à son église volontairement moderne et audacieuse. Archétype des églises de ce type en France construites après la Seconde Guerre Mondiale, cette église dessinée par l'architecte Michel Percheron, certes, n'est ni Ronchamp ni l'église du Raincy mais elle ne démérite pas, surtout d'un point de vue technique et aurait donc du faire l'objet de tous les soins possibles surtout après la démolition honteuse de sa soeur l'église de Grand Quevilly qui était l'autre témoin en Haute-Normandie de ce matériau génial et si original. On passera sur cette démolition, on ne comprend toujours pas le raté patrimonial...Enfin...si...On comprend...




Le clocher-campanile de Serqueux lui n'a déjà pas survécu.
On pourrait se dire que cette église de Serqueux fut bien repérée puisqu'elle a bénéficié du si étrange Label Architecture Contemporaine Remarquable (à l'origine Label Architecture du XX), preuve donc que les services régionaux du Patrimoine avaient été attentifs à cet héritage mais n'avaient bien entendu pas pensé à un classement. Il reste toujours difficile de comprendre comment on atteint le podium de l'aristocratique classement au titre des Monuments Historiques.

Mais voilà...la vie municipale et démocratique est faite de creux et de rebonds ! L'église de Serqueux est en mauvais état et, comme un nombre grandissant d'églises désaffectées en France, personne ne sait comment financer sa restauration ou lui trouver une destination autre. La reconversion et le financement ainsi que la sécurité des habitants et usagers deviennent donc de fait des questions importantes pour le maire, responsable sur tous ces points aux yeux de ses administrés. Monsieur Hermand avait donc demandé légitiment et courageusement par la voie démocratique aux habitants ce qu'ils voulaient faire de leur église. Mais...au moment-même où cette question était posée démocratiquement, manquait donc une information essentielle : le maire et ses administrés ne savaient pas que cette église de Serqueux était bel et bien labellisée ! 
Oui c'est incroyable.

Comment dire...


On notera que ce Label a pour objet justement d'éduquer à l'architecture moderne et contemporaine, il se doit de rendre visible de fait ce qui est exceptionnel et devrait être avant tout un moyen de diffusion de cette histoire de l'architecture. Comment se fait-il que personne à Serqueux ne fut informé de cette labelisation ? Pourquoi ce manque d'échanges entre l'administration du Patrimoine et une commune ? On imagine bien que le cas échéant, depuis toutes ces années, la Mairie et son maire aurait pu s'emparer de ce Label pour communiquer aux habitants de Serqueux la chance de posséder sur leur territoire un tel objet architectural et donc auraient bien pu, évidemment, voter d'une toute autre manière pour son avenir !
Maintenant, et une fois encore, tout se bouscule ! Sans doute alertés par les médias de la demande démocratique faite par le Maire à ses administrés, voilà les services patrimoniaux qui se remobilisent et rappellent au Maire que ce bâtiment fut labellisé. On a envie de dire : juste à temps ! Juste avant la démolition...
Mais Monsieur le Maire me fait remarquer justement : comment croire encore à la parole publique quand un maire s'engage sur les décisions de sa population et que cette décision se fait sur une information si ce n'est mauvaise au moins...incomplète ! 
Et comment expliquer maintenant que c'est trop tard, que cette église ne fut pas alors reconnue, soutenue et donc entretenue pendant tout ce temps. Pourquoi cette église n'a pas été repérée en 1980, 90, 2000, 2010, 2020 ?

À qui jeter la pierre de cette politique de la protection patrimoniale en France et donc en Normandie ? Pourquoi, une fois encore, a-t-on l'impression que tout se gère (ou ne se gère pas) dans l'urgence juste avant la ruine ?
Admirons la patience de Monsieur le Maire...et son fair-play, lui qui doit rendre des comptes à des administrés qui n'ont pas été informés de la qualité de leur Patrimoine. À quoi sert (et à qui ?) un Label Architecture Contemporaine Remarquable qui n'est...remarqué par personne ?

On se souvient que la DRAC Ile-de-France a mis sept ans et demi pour répondre sur un dossier. 

Alors on sait de moins en moins quoi penser de toute cette organisation administrative de notre Patrimoine, de tous ces Labels ! Et de ce qui constitue normalement un service publique.
On dirait que parfois certaines administrations tentent de sauver les apparences pour ce Patrimoine au dernier moment, comme pour effacer leur absence de repérage et de travail en amont. Un manque de Culture et de curiosité pour ce Patrimoine du XXème de la part des dits-agents ? Un manque de moyen humain et technique ? Un manque de formation à ce Patrimoine ? Qui contrôle les activités des agents patrimoniaux et leur gestion et dans quel cadre administratif ? Qui donc pour juger de la qualité de leurs services ? 
Le tribunal administratif ?
Comment inventer une vraie capillarité entre les citoyens et leurs services publiques du Patrimoine ?
Le loto du Patrimoine est-il donc le seul lien valide ?

L'autre question que cela pose est le repérage de ces architectures et de qui doit l'opérer et au nom de quelle vision du Patrimoine. En 2023, l'inventaire des constructions des années 90 et 2000 devrait être en route. On devrait déjà pouvoir classer certaines de ces architectures. Faudra-t-il que les DRAC en 2050 se rendent compte trop tard qu'elles ont oublié quelque chose ? Est-ce que la notion-même de Patrimoine aura la même valeur dans un monde surchauffé qui ne gérera l'urgence que par sa vision rétrécie et idéologique d'une écologie devenue maitresse de toutes les décisions ? Qui de cette génération montante du Patrimoine et de l'Architecture aura été formé pour sauver techniquement et esthétiquement ces architectures de la fin du XXème des risques de dépréciations écolo-démagogiques ?

Alors, en ce week-end des Journées Européennes de l'Architecture et du Patrimoine en Normandie, peut-on au moins rêver à une issue heureuse pour l'intelligente et touchante église de Serqueux ? Est-ce que la prise de position démocratique du Maire, son incroyable bonne volonté d'administrer correctement sa commune et de mettre en valeur son Patrimoine construira une alliance enfin apaisée avec les agents du Patrimoine pris d'un sursaut, conscients donc, les un et les autres, de leur responsabilité et du respect de la parole publique. Un Label ça devrait aussi être considérée comme une déclaration politique et l'exercice de la Démocratie, pas un machin de spécialistes qui tombe sur un territoire comme une punition pour une mairie ou qui s'efface selon les desiderata des élus politiques locaux.

Rêvons...Croisons les doigts.
Il parait que l'une des thématiques du Minsitère de la Culture en ces Journées Européennes du Patrimoine serait : Patrimoine vivant.
Aimons-nous vivants
N'attendons pas que la mort nous trouve du talent...donc...

Walid Riplet.

Pour revoir quelques articles en rapport avec ce texte :
Déjà en 2016 :

Sur les fusées céramiques et Jacques Couëlle :

Sur la honte de Grand Quevilly et comment ça pourrait finir aussi à Serqueux :

Quelques images déjà publiées mais qui éclaireront les nouveaux venus sur ce blog.
Ces document sont protégées par des droits d'auteur. Merci de ne pas les copier sans autorisation.








mardi 21 février 2023

des temples à Royan et alentours



 
On le sait l'Art Sacré du XXème siècle est phagocyté à Royan par la superbe et iconique Notre-Dame de Royan. Mais on sait aussi ici que si le catholicisme a offert ce cadeau à la plus belle ville du Monde, le protestantisme très vivant dans la région a aussi participé à la grande architecture à Royan. On a déjà vu dans un article le très beau temple et voici que le hasard m'apporte deux nouvelles cartes postales de ce magnifique et discret bâtiment. C'est Monsieur Berjaud, l'éditeur (et photographe ?) qui nous régale avec ces deux clichés qui nous permettent de bien lire l'incroyable qualité de l'écriture architecturale de ce temple. On notera avec bonheur que Monsieur Berjaud nous donne bien le nom des architectes : R. Baranton, J. Bauhain et le plus connu M. Hébrard.
Vous pourrez vous rendre ici pour voir ou revoir l'intérieur de cette construction :
Peu de choses à dire d'un point de vue éditorial sur ces deux cartes postales, à part, bien entendu, que l'on peut s'étonner d'autant d'éditions et de points de vue pour un tel objet architectural ce qui signe bien l'époque et son désir de partager l'architecture moderne. La carte montrant le jardin dans la parcelle et son arbre communique peu sur l'objet mais bien plus sur son insertion, donnant une place très relative à l'architecture qui, ici, atteint un degré de tranquillité très élevé. On est bien loin de Notre-Dame, de son désir d'être vue, d'être extravagante, d'être un monument criant sa présence. Deux christianismes pour deux architectures bien différentes.



Un peu plus loin et un peu plus tard, je trouve cette carte postale du Temple de St Georges-de-Didonne à proximité donc de Royan. Et qui, croyez-vous, a photographié et édité cette carte postale ? Monsieur Berjaud bien entendu ! On pourrait s'amuser à penser qu'il a fait la tournée du protestantisme en pays royannais ! Il cadre derrière une branche, le Temple apparait alors presque plus grand qu'il n'est réellement. On notera qu'aujourd'hui on ne peut plus ainsi le voir et c'est dommage. Ce petit objet architectural un peu oublié dans les icônes de Royan a pourtant une belle originalité. Je vous conseille de revoir cet article :
On se souvient de son architecte : Paul Drémilly.

dimanche 16 septembre 2018

La tuile bouteille est une fusée céramique

Dans le Fonds Lestrade, Jean-Jean me trouve ça :


Cette photographie provient de l'Agence Interpresse, le tampon au dos de la photographie ne laisse aucun doute sur sa provenance.
Je vous donne le texte collé à la photographie qui nous raconte bien ce que nous avons sous les yeux :


Malheureusement pas datée, cette photographie comporte des trous aux quatre coins, ce qui prouve que Jean-Michel Lestrade avait punaisé pendant un temps ce document dans son agence. Pourquoi ? On ne sait pas. Admiration ? Travail en cours ? Ami ou connaissance sur le cliché ? Je penche assez pour cette dernière possibilité, à moins que Jean-Michel Lestrade n'ait tout simplement eu une relation amicale avec Jacques Couëlle l'inventeur du système. Pour l'instant aucun courrier, rien dans les archives Lestrade ne prouvent cette possibilité. En tant qu'amateur débridé de nouveauté, il n'est pas impossible aussi de penser que l'ingénieur en structure, amoureux des systèmes intelligents, ait trouvé là une expression parfaite de la structure naturelle appliquée à la construction.
Reste aussi à savoir comment il a pu obtenir ce cliché réservé normalement à la presse.
Nous sommes donc au Parc de Saint-Cloud lors d'une exposition internationale du Bâtiment et de la Construction où il est aisé de penser que Lestrade s'est rendu et qu'il a dû donc voir l'expérience en cours. On note que le document n'évoque pas Jacques Couëlle et nous donne un drôle de nom pour cette méthode de construction : la tuile-bouteille !
Cette manière de nommer cette technique est bien différente de celle plus commune de fusée céramique mais aussi, pourtant, certainement plus claire à son objet. Le mot de bouteille étant très juste pour que l'imaginaire fabrique la forme.



























La construction en cours est bien modeste, un peu plus haute qu'un homme et ne faisant que quelques mètres de longueur... Ayant pour vocation d'être démonstrative, et dans le temps court d'une exposition, il s'agissait sans doute d'être surtout didactique et clair. A-t-on pu visiter et pénétrer dans l'édicule pendant le temps de l'exposition ? Le chantier était-il terminé avant ou bien en cours pendant l'exposition ? A-t-on pu suivre la construction en direct avec, parfois, Jacques Couëlle sur place expliquant les enjeux de cette invention ?
Le document est difficile à dater. Je ne trouve aucune trace de cette démonstration dans cette exposition qui semble plus souvent nommée Salon des Travaux Publics.
Les habits des maçons sont bien peu marqués par une période, salopettes et bérets étant utilisés bien longtemps.
Je penche pour le début des années cinquante mais sans certitude.
Par contre, on comprend parfaitement la beauté et la simplicité de ce procédé des fusées céramiques. Un coffrage léger est construit, une saignée dans le sol est tracée, ne reste qu'à emboîter les fusées céramiques ou tuiles bouteilles depuis le sol en les scellant avec du ciment. Elle seront entièrement recouvertes ensuite par le dessus. Les quelques exemples de ce type de construction que j'ai pu voir laissent les fusées céramiques à nu dans leur sous-face et la beauté structurelle du module apparaît donc, dynamisant la belle voûte à la couleur chaude de la céramique : un must de l'efficacité structurelle et esthétique. On note que la courbe est déterminée avant le montage, elle est donc calculée, est-ce là que Lestrade est intervenu ?
Pour l'église de Grand Quevilly, (destruction honteuse) il y avait aussi des filins d'acier passant entre les fusées céramiques, sans doute que la taille de la voûte nécessitait à la fois un guide mais aussi une structure plus ferme. On note sur ce document des morceaux de bouteilles coupés et abandonnés permettant un ajustement au coffrage. Était-ce aussi amusant et facile à mettre en ordre que le système le laisse croire ? On devine derrière un rouleau de treillage métallique. À quoi servait-il et à quel moment ? Posé dessus en phase finale ? L'émotion devait être grande au moment du décoffrage et l'épreuve de vérification de la solidité bien... euh... courageuse ! J'imagine les maçons sautant à pieds joints sur le faîte de la courbe pour prouver sa solidité.
Dans l'une des revues d'architecture de Jean-Michel Lestrade, Walid Riplet trouve cette publicité ( Walid, veux-tu bien nous retrouver le numéro et le nom de cette revue ?) :



On note que l'inventeur Jacques Couëlle n'est pas nommé. La liste des qualités du matériaux est impressionnante et c'est sans doute ces qualités qui ont plu à l'architecte Paul Dremilly, car dans une autre revue, Walid me trouve ça et, là, je reconnais bien la construction !




























































L'article met surtout en avant le faible coût de la construction et oublie la qualité esthétique du bâtiment dont les courbes font bien références encore à Royan et Brasilia même si les murs en moellons s'y opposent un rien ! On remarque aussi que les fusées céramiques ne sont plus lisibles. Voici quelques images prises par votre serviteur. Le Temple est chaque fois fermé.




































































































Mais je ne possède pas de carte postale de ce modeste et intéressant édifice en fusées céramiques.
J'ai pourtant sous la main une carte postale qui pourrait bien nous remettre sur la piste de ce système. Même si, j'avoue, rien ne me permet de l'affirmer pour l'instant, mes recherches restant vaines à l'identification de l'architecte et du procédé technique utilisé.
Voici la carte postale en question :


Cette carte postale nous montre le Souk de Orléansville en Algérie. L'éditeur Chetrite ne nous donne malheureusement aucune autre information. Mais en voyant ces petits édicules, les uns contre les autres, dans une échelle de taille tout à fait similaire et une courbe de voûtes tout aussi proche, il est assez clair que cet ensemble a bien dû être construit en tuiles-bouteilles ou fusées céramiques. Les agrandissements ne me permettent pas de voir bien sous les courbes et je n'ai pour l'instant trouvé aucune information dans mes revues, dans le Fonds Lestrade ou sur Internet sur les architectes de cet ensemble. Udo Kultermann lui-même dans son ouvrage Architectures Nouvelles en Afrique ne nous donne pas la réponse alors qu'il évoque messieurs Mauri, Emery, Simounet ou Miquel pour cette ville...
J'avoue que pour des raisons de proximité géographique, j'aimerais bien que Louis Miquel y soit pour quelque chose !
En tout cas, j'aimerais bien que les constructions réalisées avec ce procédé ingénieux et beau dans sa grande simplicité et limpidité structurelle puissent être protégées et soutenues, étudiées et aimées. En Normandie deux exemples connaissent des sorts funestes : Grand Quevilly et Serqueux...
Espérons qu'ailleurs l'invention de Jacques Couëlle saura retenir l'attention. Espérons...
Merci Walid Riplet et Jean-Jean Lestrade pour vos efforts.

ne pas copier les documents sans autorisation de la famille Lestrade.

Pour revoir des articles sur Jacques Couëlle :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/Jacques%20Couelle
Sur la fusée céramique :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/04/60-000-fusees-60-000.html 
https://archipostcard.blogspot.com/2007/10/grand-quevilly-construit-son-glise.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html 
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/11/sainte-bernadette-naime-pas-les.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/10/le-diocese-marc-massion-et-bernadette.html
































































Dernière minute ! Dernière minute !










































































Alors que j'écris déjà l'article suivant, Walid et Jean-Jean m'envoient un incroyable document. Il s'agit d'un article publié en 1946 dans la revue Le Monde Illustré et qui évoque sur une page entière tout le procédé et l'avenir de la fusée céramique de Jacques Couëlle ! 
L'exemplaire de cette revue était parfaitement rangé dans le carton dédié aux techniques et au génie civil. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? En tout cas, cela prouve à nouveau l'intérêt de Jean-Michel Lestrade pour ce procédé.
L'article est simplement passionnant car il reprend toute la philosophie de Jacques Couëlle, son attachement à l'observation de la nature et aussi toutes les qualités techniques des fusées céramiques. On devine aussi la chance du chantier expérimental de la Reconstruction pour tenter l'expérience dans le réel. De plus, cet article nous met sur la piste d'une réalisation d'envergure à Marseille pour un camp de prisonniers et de déportés, le camp de Grand Arénas.
C'est passionnant ! Le dessin explicatif est superbe et la photo de chantier nous rappelle celle tout en haut de l'article. Je vous laisse lire, c'est un peu long mais je vous sais passionnés tout comme moi de cette aventure de la fusée céramique !
Merci Walid et Jean-Jean pour votre perspicacité !