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mardi 16 juillet 2024

Joyeux anniversaire la Grande Motte !

Par deux fois, la télévision se fait le relais de la bonne nouvelle : la Grande Motte a 50 ans !
Et il semblerait qu'il faille s'en réjouir officiellement. Dire qu'il y a encore quelques années, il était plus souvent question de la moquer, de la critiquer voir de l'utiliser comme repoussoir de l'architecture moderne ! On se souviendra longtemps de comment les curés de Thalassa nous servaient la Grande Motte comme exemple ignoble de la bétonisation du littoral...Ils n'étaient pas très subtiles, les pauvres...
Et, quand j'ai commencé ce blog, nous étions peu nombreux à chanter la chance de cette architecture.
Je n'oublie pas que mon tout premier post sur mon blog en...2007 était une carte postale de la Grande Motte !
C'est donc depuis presque vingt ans que j'assiste (et les amateurs de belles architectures avec moi) au retournement d'opinion sur ce qui est maintenant devenu un Patrimoine, a place to be, un lieu Vintage et surtout une vraie ville habitée toute l'année.
Tant mieux !
Tant pis pour la génération Thalassa...
Une ville de cinquante ans c'est quoi ? D'abord c'est une ville complète dont les jardins, les aménagements urbains, les architectures, les espaces publiques permettent de mieux comprendre comment Jean Balladur avait bien pensé cet accord entre mer, architecture et paysage. C'est une évidence aujourd'hui. Mais c'est aussi le début nécessaire d'une première réflexion sur sa préservation et une lumière puissante doit être posée sur tout ce qui fait de la Grande Motte sa particularité. En ce sens, tout le monde doit être vigilant à...tout. 
Et dans toutes les échelles : du plan d'urbanisme aux poignets de portes, aux huisseries, aux couleurs, au respect complet et total des dessins des ouvertures et les matériaux, tout doit faire l'objet maintenant d'une attention non seulement des habitants permanents ou saisonniers, des autorités locales municipales mais aussi des autorités patrimoniales régionales et nationales. C'est de leur lourde responsabilité. La Grande Motte, comme d'ailleurs l'ensemble de la Mission Racine, doit dorénavant accéder à cette exigence de l'avenir...attention donc à Port Leucate par exemple.
Ne donnons pas raison aux curés de Thalassa en laissant se dégrader et perdre son sens à toutes ces réflexions urbaines que furent donc les projets de la Mission Racine. 
Exigence partout, tout le temps, respect inaliénable.
Mais l'autre question que je me pose c'est que la Grande Motte profite aussi d'une image fun, joyeuse, ensoleillé. Le Patrimoine au soleil et au bord de mer c'est toujours plus facile à défendre (quoique...) Mais pourquoi ne fête-on pas aussi le Mirail à Toulouse ? Sarcelles ? 
Pourtant en voilà bien aussi du Patrimoine en désérrance...Et le Mirail subit actuellement des attaques honteuses comme bientôt les Tours Nuages de Aillaud à Nanterre...Espérons donc que la télévision française ira y faire un tour et saura aussi célébrer ces mondes qui, sous nos yeux, disparaissent. Doit-on y envoyer Thalassa ? Doit-on mettre un maillot de bain au Mirail ?

Je vous ai déjà tellement montré de cartes postales de la Grande Motte que je ne sais pas très bien comment innover ! Je choisis donc quelques cartes vous montrant la Grande Motte en chantier. On y voit encore des parcelles sans construction. C'est toujours émouvant ce moment d'une ville !
J'aurai bien aimer connaitre ce moment et, en remontant de la plage, sentir le béton frais et l'élan joyeux de la construction d'un nouveau lieu. Quelle chance cela devait être !

Pour revoir La Grande Motte sur ce blog...Ba...Bon courage...Il y en a des posts (plus de 40...)


Pour revoir Jean Balladur :


Pour revoir Thalassa...euh...non...merci...

Par ordre d'apparition :
Carte postale Yvon, imprimée en 301 Draeger (un must!), photographie de Alain Perceval, pas de date.
Carte postale Société des éditions de France, expédiée en 1973, pas de nom de photographe.
Carte postale Estel, pas de nom de photographe et pas datée.




mardi 15 mai 2018

Laissons les enfants jouer sur les briques

Voici encore une preuve du remarquable investissement des architectes des V.V.F (village, vacances, famille) à une certaine période de son histoire.
Nous verrons également que la sculpture traitée comme un lieu de jeux pour les enfants (à moins que cela ne soit l'inverse) fut aussi l'occasion de très belles interventions.
Nous serons encore à la Grande Motte qui par les cartes postales nous réserve encore et encore l'occasion de jubiler de ces réalisations.
Visitons :


Cette très belle carte postale du V.V.T et V.V.F de la Grande Motte nous montre bien ce travail sculptural étonnant des bassins et fontaines à l'entrée de la construction qui, elle-même, semble rassembler des qualités plastiques et formelles.
D'ailleurs les deux objets, sculpture et architecture jouent de leur opposition. L'architecture toute de lignes droites tendues et fortes, s'amusant d'étagements, soulignant les portées et offrant une circulation ombrée très lisible, s'accorde fort bien des volumes de briques rouges courbées, tordues en escaliers dont on ne sait si on peut vraiment les arpenter.
Cette fontaine est accueillante et d'une modestie formelle qui la rend parfaitement humaine, sensation certainement accentuée par les formes un rien zoomorphes.
La brique nous emmène aussi vers des objets familiers comme des puits et les fontaines des villages, et nous donne l'envie de nous y asseoir.
Et :


Nous sommes au même lieu mais cette fois devant la pataugeoire de la nursery.
Les enfants activent parfaitement le lieu fait d'un travail de courbes, de petites collines, de tunnels ouverts et d'une balançoire que l'on dirait sortie d'un dessin de Miró.


Des petites flaques artificielles offrent à loisir des occasions de se mouiller les fesses, de s'éclabousser.
Les briques enregistrent parfaitement l'eau qui s'échappe du bassin soulignant la vivacité des bambins.
On s'amusera des deux nurses et de leurs belles blouses.
Le petit train est garé là, attendant les bambins pour une promenade. La vie est belle...
On regardera également le très beau dessin du petit mur crépi de blanc.
Vraiment une belle carte postale des éditions Yvon en impression Draeger toujours de qualité.
Il faut aussi parfois rentrer :


Voici le bar du V.V.T.
Tout le jeu formel du mobilier rappelle la ville de la Grande Motte.
On regardera la solidité affirmée des sièges en bois et paille. Et malgré le vide de l'endroit devenu ocre orangé une silhouette féminine est piégée dans l'image.



Certainement une jeune mère heureuse de voir ses enfants libres dans les pataugeoires...
Nous devons ces belles sculptures-jeux à Michèle Goalard et Albert Marchais.

Mon frère Christophe (merci !) m'apporte hier un numéro de la revue Parents de 1970. On y trouve un petit article bien pratique et intéressant pour nous, puisqu'il nous montre cette belle aire de jeux. Au-delà des informations, cela prouve bien que ces lieux ont connu un succès éditorial et qu'ils étaient reconnus déjà à l'époque de leur création comme des éléments intéressants et modernes. On s'amuse que le manque d'herbe soit souligné comme une particularité et que, de jardin de crèche, devant son succès, il devienne jardin public ! Régalons-nous donc :




samedi 24 février 2018

Edith Commissaire est généreuse

Dans une enveloppe de papier-bulles, je reçois un paquet de cartes postales envoyées par Edith Commissaire. C'est gentil Edith. Merci beaucoup Edith !
Il convient, comme le veut l'usage, que je vous en fasse profiter, ainsi, sans trop trier, dans le hasard joyeux de leur arrivée.
Pour une fois, laissons donc les cartes postales comme cela, heureuses à leur fréquentation. Voici une petite sélection.
On commence ?
J'ai envie de commencer par celle-ci :


Nous sommes à Cholet et l'on retrouve ici la Mairie grâce à l'éditeur Combier. La carte fut envoyée en 1987. Nous sommes immédiatement séduits par le pincement de béton lavé, la massivité de l'ensemble et l'esplanade vide pourtant aménagée avec des jeux pour les enfants. On pourrait se croire à Mériadeck. Un petit retour vers cet article vous permettra de voir mieux ce superbe bâtiment de Cholet de l'architecte Francis Pierrès et aussi de voir mieux la bibliothèque au fond de la carte postale. Un très beau morceau de ville !
Puisque j'évoque Mériadeck :


Cette belle carte postale est une édition Cely par Michel Pendaries. Sait-il, Monsieur Pendaries, que le quartier Mériadeck de Bordeaux est en train de devenir le spot des aficionados des dalles et du beau béton des seventies ? Aujourd'hui The place to Be, Meriadeck, hier détesté et maintenant incontournable et c'est amplement mérité. Mais que nous montre exactement ce très solide et construit cadrage ?
Au fond, l'immeuble André Lhote, très beau, très typé qui serait de l'architecte Francisque Perrier si on en croit l'excellent et riche site Meriadeck Free. Je vous conseille d'y faire un tour ! Je n'y ai pas trouvé le nom ni l'auteur de la sculpture en bronze au premier plan... Qui a une réponse ? Vous ne trouvez pas curieux la presque homonymie entre Francis Pierrès et Francisque Perrier ? Le même architecte ?
Et au sud ?


Retrouvons La Grande Motte ! Cette carte postale des éditions Yvon nous plonge sur l'avenue de l'Europe au cœur de la ville et de ces superbes pyramides. Tout comme Mériadeck, le retournement de l'histoire de l'architecture a eu lieu et La Grande Motte est aussi devenue une étrangeté ravissante et brutale qui mérite la visite en oubliant Thalassa et ses acolytes. Il y a tellement de cartes postales de La Grande Motte que cela devient indécent ! Retournez ici par exemple !
Nous voici aux Ulis :


Il s'agit de la mairie des Ulis plus précisément. On aimera ce très beau volume marron glacé, couleur si typique de cette époque. Mais on aimera surtout la grande classe de cette construction et de sa structure de verre et de métal. C'est d'une grande rigueur, d'un chic incroyable. Châssis sur châssis, ce beau bloc tout tendu de sa couleur nous laisse rêver à son mode de fabrication. Qui aurait le nom de l'architecte de cette petite pépite de métal et de verre ?


mardi 13 juin 2017

Donner forme à la torpeur

On sait comment Guimard suivi par une foule de petits Maîtres de l'Art Nouveau a su donner à son style une reconnaissance d'époque, quelque chose qui immédiatement fait penser à lui, sans pourtant être son œuvre.
Il en va sans doute ainsi de Jean Balladur.
Souvent, on voit ainsi des constructions affichant clairement dans leur jeu de formes des similitudes avec La Grande Motte, offrant des courbes dans tous les sens, aux façades découpées de percées arrondies ou des surfaces de béton pliées un peu baroques dont le fonctionnalisme laisse la place à des signes un peu grandiloquents.
Regardons :


Cette carte postale de Port-Camargue par Combier nous montre clairement l'Hôtel Le Chabian qui affiche trois étoiles tout de même... Comme Combier est un éditeur intelligent, il nomme l'architecte de cet Hôtel, M. Munné à Nîmes.
Il est assez clair que M. Munné a dû bien regarder La Grande Motte et surtout son quartier appelé La Motte du Couchant. On y retrouve le vocabulaire où tout se courbe pour offrir une modernité joyeuse, comme dansante sous le soleil, comme si l'espace des villégiatures permettait au béton des extravagances qu'il ne peut s'offrir dans le tertiaire. On aime l'élan un peu inutile des pointes triangulées sur le toit de l'accueil du Chabian ! Sans doute ce que l'architecte appellera un signal, reprenant les ailes de l'oiseau sur le logotype de l'Hôtel. Est-ce que Chabian est le nom local d'un oiseau marin ?
On les voit mieux ici :




Toujours chez Combier, cette fois la carte postale est limpide. Un grand aplat de ciel, un grand aplat de sable, une grande courbe percée en continu de la même alternance et l'édicule de l'accueil au loin. La fonction de la carte postale ici est de montrer l'Hôtel et de permettre sans doute d'y faire une croix ou un signe pour indiquer sur sa fenêtre la chambre dans laquelle on passe un bel été.
Il est certain que depuis cette chambre, il doit être heureux de voir le ciel découpé ainsi au travers d'une courbe comme si Matisse lui-même, d'un coup de ciseaux avait ouvert l'horizon.
Alors nous restera à découvrir davantage le travail de M. Munné, architecte. De définir mieux ses liens avec Balladur, avec la Mission Racine, comment il en fut l'un des acteurs. En tout cas, la carte postale permet de rendre visible cette diffusion d'un type, ce qu'il faudra bien appeler le style Balladur.
Le Chabian continue de lézarder au soleil. Tranquillement, ondulant de tout son long comme si le temps lui était passé par dessus sans faire rien bouger de sa torpeur.
Et c'est heureux.

mercredi 13 avril 2016

Aller de Montpellier à la Grande Motte

D'abord la carte postale :



Nous sommes à Montpellier.
Oui, nous aurions pu en rester là tant cette carte postale des éditions Yvon est belle.
On aimera la gestion du premier plan nous permettant de toucher un premier immeuble puis comment, dans une carte postale pourtant horizontale, vient se placer la Tour Saint-Martin dont l'éditeur nous dit que l'architecte serait Arnihac. Le noir est blanc est superbe, le blanc du ciel surtout qui donne la chance à cette Tour Saint-Marin de livrer toutes les qualités de sa modénature faisant vibrer ombres, creux, et alternance des ouvertures et des garde-corps des balcons qui tournent sur les angles. Une bien belle tour, bien marquée par son époque mais pas anonyme offrant une grandeur et une ambition constructives dont les façades doivent sans doute raconter un agencement des plans des étages complexes et bien étudiés.






N'avez-vous pas comme moi, la sensation qu'il s'agit de plusieurs blocs réunis ensemble ?
On pourra aussi regarder comment le dégagement du sol offert par la montée en hauteur des logements offre un espace vide bien vite rempli par... un parking...
Je cherche qui est cet architecte Arnihac et je tombe (merci PSS) sur deux architectes ayant travaillé à la Grande Motte, donc dans la même région ! Jacques et Philippe Arnhiac auraient construit sous le patronage de Jean Balladur deux très beaux bâtiments de la Grande Motte, son Hôtel de Ville et la belle pyramide les Argonautes. Le site PSS hésite aussi sur l'orthographe car parfois nous avons Arnihac et parfois Arnhiac ! Il s'agit bien de Arnhiac si on en croit la solide base Archiwebture...
Une fois encore, on remarque ce flottement sur les orthographes des architectes par les éditeurs de cartes postales, il faut donc toujours être prudent sur les attributions de leur part.
Bref... Messieurs Arnhiac ! Bien le bonjour !
Car il ne fait aucun doute (hummm....) qu'il s'agit des mêmes architectes. Reste à savoir comment ceux-ci se retrouvèrent à travailler avec Jean Balladur, comment ils furent recrutés pour ce chantier de la Grande Motte et pour quelle part précise, entre celle de Balladur et la leur, ils purent être de vrais architectes des constructions de cette ville.
On notera avec étonnement que Jean Balladur dans son ouvrage La Grande Motte, L'architecture en fête ou la naissance d'une ville ne nomme absolument pas ces architectes !
On notera aussi l'absence des Arnhiac dans le livre L'aventure du balnéaire par Claude Prelorenzo et Antoine Pivon qui, même, laissent toute la place pour l'Hôtel de Ville à sa conception par Balladur (page 131). Claude Thibault n'y fait pas non plus référence dans son L'aventure de la Grande Motte ! On s'amuse du mot aventure utilisé si fréquemment !
Enfin, une fois encore, la carte postale permet de vivre un moment de l'histoire de l'architecture, de saisir que certains architectes vivent des expériences diverses dans leur carrière et que les petits noms de cette histoire récente de l'architecture sont visibles grâce à ce mode d'édition.
Comment ne pas être certain alors de l'importance de ce fonds iconographique pour la construction d'une histoire plus juste et plus précise surtout si on prend la peine de les regarder non pas pour ce que l'on voudrait leur faire dire mais pour ce qu'elles sont... À bon entendeur...

Voyons, par exemple, cette carte postale des édition MAR qui nous montre la Place du 1er Octobre 1974 et qui nomme aussi la Grande Motte, la ville de l'an 2000 :



Nous y voyons parfaitement cet Hôtel de Ville pour lequel les architectes Arnhiac auraient travaillé avec Jean Balladur mais on y voit aussi l'ensemble de l'espace public et comment il fut dessiné. On remarque le beau labyrinthe sur le sol, la fontaine ou encore le design surprenant des éclairages publics. Au loin, l'église.
Tout cela est l'héritage de Jean Balladur et de son équipe, c'est TOUT CELA qui fait la Grande Motte. Il serait bien à l'avenir, maintenant en fait, que les responsables municipaux de ce patrimoine y portent une attention particulière car, un ensemble urbain tel que la Grande Motte ne peut se résumer à quelques immeubles-phares isolés de leur contexte. TOUT y fait ŒUVRE !
La hauteur d'un trottoir, la couleur d'un pavage, l'orientation d'un banc, le choix de végétaux !
Donc le respect de ce travail doit passer par une éducation à l'architecture mais plus largement au tissu urbain. Il est de la responsabilité des élus de faire ce travail, il est de la responsabilité des institutions patrimoniales de le défendre.
Une fois encore, la carte postale permet d'en lire parfaitement l'infini des détails, d'en donner un aperçu documentaire qui ne saurait être remis en cause sous de banales envies de le prendre pour un document pris par des enjeux d'images qui lui sont bien étrangers et surtout aveuglés.
Oui, l'eau de la fontaine, poussée par le vent, vient donner une autre couleur aux pavés de la place, oui les enfants y font du patin à roulette, oui des dames peu nombreuses s'y assoient, oui la minéralité rafraîchie de l'espace public est désirée par l'équipe de Jean Balladur.
Merci aux images de me permettre de m'y promener, de le vivre.



samedi 25 octobre 2014

La pyramide d'usage



Entre les petits pins juvéniles, monte une pyramide blanche et hérissée de pointes.
Elle porte une ambition dans son nom : Babylone !
La carte postale est superbe aussi parce qu'elle nous donne à voir une ville tranquille, ensoleillée et moderne. Aujourd'hui, le Combi Volkswagen ajoute encore à la joie vintage de l'image. Qui aura aussi regardé le mobilier urbain de béton au premier plan ?
Comme nous sommes à la Grande Motte, on pourrait rapidement attribuer cet immeuble à Jean Balladur or il est de Vignal.







Au dos de la carte postale, Yolande donne son avis sur l'architecture. Ce qui est rare.
"Je t'envoie une vue d'un immeuble qui est juste à côté du nôtre, il est très original."
C'est peu mais c'est vrai. On notera que le mot original n'est ni totalement négatif, ni vraiment positif laissant un doute planer sur le jugement, jugement que Yolande, par politesse laisse à sa correspondante.
À la frontière franco-espagnole :



Il fallait montrer la frontière, il fallait montrer ce passage. Mais le photographe des éditions Postales Internacional Color devait aussi montrer la Pyramide de la Liberté. Alors il se passe ce qui se passe, les autos arrivent, les bus font la queue, les cônes de plastique sont là. Et étrangement ce n'est plus le monument de Ricardo Bofill que l'on regarde mais les bras nus posés sur les portières, l'écrasement des amortisseurs de la Ford, la porte ouverte du bus. On regarde cette vie, ce moment, ce ça de l'image qui dit que l'attente due à la géographie politique est l'objet de l'image.
Personne sur les escaliers de Bofill, personne ne monte là-haut sur la Pyramide de la Liberté.
La liberté c'est les vacances, remplir le coffre de Pastis pas cher et de cartouches de cigarettes, c'est avoir bronzé au soleil espagnol, c'est une époque où la climatisation des automobiles fonctionnait en ouvrant plus ou moins les vitres... Et l'adolescent fait un V de la victoire au photographe repéré.
Qui voudrait monter là-haut sous un soleil de plomb ?
Et pour quoi faire ?
Le monument agit comme un énorme signe, un rien inutile, marquant mais pas pratiqué. Comme une ruine moderne, présente certes, belle aussi, mais ignorée à sa fonction. C'est une image.
J'en aime la grandiloquence, j'en aime son vide de visiteur, sa végétation cuite et jaunie, désespérée.
Il faudra l'oublier totalement. Puis, un jour, soudain, se la rappeler cette pyramide, la redécouvrir comme un monument ancien et oublié.
On viendra là voir ce tumulus aussi parce que la frontière et sa symbolique n'auront plus de sens.





jeudi 17 juillet 2014

Par quelle couleur je commence ?



.....Gilles regardait maintenant le voilier faire sa manœuvre dans le port. Il posa sa main à plat sur son front pour se faire une visière puis naturellement il sentit sa main faire des gestes, des adieux. Il arrivait encore à voir Hans s'affairer sur le pont, tirant là une drisse pliant ici la toile mais Gilles savait aussi que ce départ était inéluctable et qu'il devrait attendre l'automne pour revoir Hans.
Il se rappela alors qu'il y avait seulement trois semaines, il ne le connaissait même pas et qu'aujourd'hui, il lui était impossible de voir tout cela, ce ciel, cette eau, le sillon troublé du bateau comme autre chose que des signes à leur rencontre. Gilles sentit la main de Jean-Michel se poser sur son épaule.
"Tu lui a promis de lui écrire. Je l'aime bien ce garçon. Tu devrais lui envoyer dès maintenant des lettres, des cartes postales."
"Oui. mais..."
Gilles ne finit pas sa phrase, il n'y avait vraiment rien à ajouter à la tristesse....



....Gilles tenait dans sa main une quantité incroyable de cartes postales, ce qui amusait Momo et Sidonie. Devant le tourniquet, tous les trois essayaient de choisir des cartes postales pour les envoyer à Hans. Momo et Sidonie avaient décidé d'aider Gilles dans le choix mais ce dernier semblait surtout se rassurer en sentant la masse de cartes postales dans sa main comme si la promesse de tous ces envois, la liasse même de ces cartes réifiait en quelque sorte sa liaison avec Hans, comme s'il lui tenait encore sa main.
"Regarde, Gilles, sur celle-ci il y a Sidonie !"



Et Momo tout en se marrant montrait la fille nue sur le détail de la carte postale. Cela n'amusa pas Sidonie qui chercha en vain un équivalent masculin mais ne trouva rien sur le tourniquet.
"Ah, c'est marrant vraiment ! Tu m'énerves quand t'es comme ça."
"Oh bah quoi... attends... non... mais..."
Sidonie se rapprocha de Gilles, voulait vraiment l'aider, essaya de choisir avec Gilles.
"Regarde Gilles, sur celle-ci on voit le port et des voiliers, cela lui rappellera votre rencontre."
"Oui."



Et Gilles glissa cette nouvelle carte sur la masse des cartes postales déjà choisies. Dans une nuit noire, un feu d'artifice explosait sur la plage et dans des petits cadres on voyait le port avec un voilier et les pyramides. Gilles comprit que c'était cette carte là, la seule qui racontait leur histoire et que Hans aurait besoin de moins de mots au dos de la carte pour saisir ce qu'elle racontait. Alors Gilles décida d'en acheter tout de suite une vingtaine identiques qu'il enverrait chaque jour pour multiplier l'éclat des fusées dans le ciel noir. Le buraliste s'étonna de ce choix et Gilles en profita pour lui demander s'il y aurait toujours cette carte postale en vente tout l'été.
Le buraliste en glissant le paquet de cartes postales dans deux pochettes en papier lui répondit que oui, dans doute, mais qu'il y avait bien d'autres modèles tout aussi beaux.
"Non, c'est celle-ci, c'est celle-ci nous deux, celle-ci."
Momo fit un sourire au buraliste comme pour lui faire comprendre qu'il n'y avait rien à comprendre. Gilles était déjà sorti. Momo vit alors Sidonie donner à Gilles un Bic quatre couleurs.
"Tiens, c'est pour toi. Un petit cadeau. Change de couleur chaque jour pour lui écrire."
C'était un petit geste qui toucha Gilles. Momo aurait voulu avoir ce geste et Gilles pour la première fois depuis ce matin esquissa un sourire.
Momo en rangeant les chaises :
"Là, elle est bien cette table. On va se mettre là pour boire un verre. Tu écriras ta première carte à Hans maintenant et c'est moi qui te donnerai le timbre."
Gilles en s'asseyant :
"Par quelle couleur je commence ?"




lundi 7 juillet 2014

Sidonie a plus d'un amant...



Sidonie avait hésité un peu puis avait cédé sur le conseil de Momo. Elle prit donc la pose devant le photographe des éditions de France qui lui demanda, photographie à l'appui, de poser comme la petite sirène de Copenhague. Mais, pour tout dire, le rocher lui faisait mal aux fesses et le soleil l'éblouissait un rien. Elle essayait de regarder le photographe mais elle voyait surtout Momo et sentait que quelque chose dans son insistance à cette image la troublait.
Elle avait été en même temps flattée par cette demande mais comme malheureuse de n'avoir pas toute seule su décider.



Momo, lui, posait un tas de questions au photographe. Il voulait savoir quand il pourrait voir les cartes postales, comment il avait appris son métier, pourquoi il avait choisi Sidonie et ce point de vue. Mais le photographe était à son affaire et répondait toujours un peu vite, de côté, sans précision.
Il finit par donner une carte à Sidonie pour qu'elle vienne chercher des copies au studio de Marseille. Mais c'était loin et Sidonie ne voyait pas comment elle ferait pour aller là-bas sans automobile.......



.........Sur le marché, Yasmina choisissait un panier avec Hortense. Elle le voulait avec un fond bien plat et large pour pouvoir y poser les fruits sans qu'ils s'écrasent et pas trop lourd pour que Hortense puisse le porter. Les commerçants les connaissaient bien maintenant que les deux femmes habitaient là à l'année et on leur faisait toujours un sourire pour leur faire comprendre que le prix des touristes n'était pas le leur. Yasmina avait même retrouvé là, vendant tout un attirail de plastique, Roger, qu'elle connaissait à Casa et qui tentait sa chance l'été sur les plages françaises. Yasmina demandait des nouvelles de tout le monde et Roger avait des nouvelles de tout le monde... Et, à son tour, il demandait des nouvelles de toute la famillle "pour pouvoir en donner au retour à Casa !"
Les deux femmes s'entendaient à merveille et la simplicité de leur rapport touchait tout le monde. Le dimanche, elles s'offraient même après le marché, un petit blanc-cassis toujours à la même place que le cafetier leur réservait. Yasmina lisait les articles de Paris-Match à Hortense, surtout ceux avec Brigitte Bardot que Hortense aimait tant pour sa liberté de femme et sa beauté. Puis, on rentrait à la maison et on préparait le repas pour toute la famille quand ils étaient là en été, ou bien, si elles n'étaient que toutes les deux, elles faisaient une bonne salade pour aller rapidement à la plage et vivre avec le monde......


....................
"Mais si, je te dis, il n'y a aucun problème, Gilles va nous emmener."
"T'es sûr ? Et c'est pas trop dangereux ça le bateau à voile ?"
"Pas avec Gilles ! Et son copain, Hans c'est un vrai marin, tu sais, c'est son métier."
Sidonie n'eut pas le temps de répondre que Momo depuis le quai appelait déjà Gilles qui ne répondit pas. Mais Hans apparut et reconnut Momo qu'il voyait maintenant régulièrement.
"à Marseille, tu pourrais nous conduire à Marseille ?"
"Oui. Mais difficile, pas aujourd'hui. Toi pressé ? Urgent ?"
"Non Hans, mais c'est pour Sidonie, elle veut récupérer les images, tu comprends ?"
" Nein, arh non... demander à Gilles. Moi, préparer bateau pour demain."
"Demain...."
Gilles reprit à son tour, il venait d'arriver.
"Demain ? Quoi demain ?"
Et Momo dans une tirade sans fin mêlant excitation de la proposition et tentative d'attendrissement de son frère lui raconta l'histoire du photographe.
"Et tu laisses un type photographier ta copine comme ça toi ? non mais Momo... ça va pas !"
"Ba quoi ? C'est pas des photos salaces c'est des cartes postales !"
"Et à Marseille que crois-tu qu'ils vont lui proposer à Sidonie ? De faire la une de Tricot-Magazine ?"
"Oh toi, t'as toujours de ces idées... Mais quoi alors tu peux nous emmener ou pas ?"
"Oui mais faut faire des courses et prévenir tout le monde."
"T'es pas fou toi ! Dire à papa que je vais avec Sidonie plusieurs jours en mer pour aller chercher des photos... t'imagines ça !"
"Tu vois bien que ça te gêne un peu. On dira qu'on va voir Corbu et que Sidonie va voir sa vieille tante !"
"Sa vieille tante.... Gilles..."
Et les deux garçons se mirent à éclater de rire ! Et Sidonie et Hans les regardaient tous les deux sans comprendre ce qui les amusait tant.
"Ok mais c'est toi Momo qui va raconter ça, moi j'en ai déjà assez fait avec Papa pour pas en plus lui raconter des craques."
Momo était déjà parti laissant dans son empressement Sidonie sur place avec les deux garçons. Hans commença en rangeant le bateau à chantonner. Il reprit tout doucement entre ses dents en prononçant mal le français l'air de la chanson de Brigitte Bardot :
"Sidonie élaplou dinnaman."






samedi 5 juillet 2014

Oui, yes, ja



Jocelyne avait loué ce parasol pour l'après-midi. Elle n'envisageait pas un achat car cela prendrait bien trop de place dans l'appartement et encore plus dans la Ds. Elle trouvait que c'était joli toutes ces couleurs et tous ces parasols identiques sur la plage.





Alors que toute la famille ou presque était sous l'ombre nécessaire de l'objet de toile, à quelques mètres de là, un membre de la famille faisait un peu bande à part depuis le début de la journée. C'était Momo et sa copine Sidonie.
Elle avait presque le même âge que lui, 17 ans, trois mois et deux jours alors que Momo avait juste 5 jours de plus. Ils avaient mis un temps fou tous les deux à calculer sur le calendrier des Postes à l'appartement en riant des années bissextiles et de cette proximité d'âge. Cela avait d'ailleurs un rien agacé Gilles, un peu jaloux de voir ainsi Momo capable en à peine quatre jours de vacances de trouver une jolie fille à accompagner.
Le jeune couple voulait faire bande à part et prendre le soleil en pleine tronche car Sidonie voulait rentrer à Paris "dorée comme une brioche" selon son expression.
Gilles regardait ainsi son frère faire le beau, faire le tendre et de loin il le charriait un peu mais toujours de manière amicale. Sidonie avait promis de présenter à Gilles sa cousine Céline dès son arrivée dans quelques jours alors, il fallait faire le sage.
Yasmina gardait sa robe et observait son fils avec tendresse faire ses premiers pas d'amoureux..........





........Sidonie avait trouvé un petit travail à l'hôtel Frantel et devait dans la matinée donner un coup de main pour refaire les chambres. C'est d'ailleurs à l'accueil de l'hôtel que Momo avait vu pour la première fois Sidonie qui avait fait tomber à ses pieds une liasse énorme de draps propres ce qui lui valut de se faire houspiller par Madame Yvette la directrice de l'hôtel. Momo ramassa les draps et son sourire enjoleur suffit à Sidonie pour oublier la dispute. Posant un à un les draps sur les bras de Sidonie, Momo profitait de son immobilité pour lui parler, lui donner son adresse, lui dire qu'il serait à la plage vers telle heure. Momo savait faire ça et ne savait pas où il avait bien pu apprendre à le faire......



.......Cette fois, c'était bien Gilles qui rentrerait tard, sans excuse, à l'appartement. C'est bien Gilles qui devrait pour une fois mentir malhabilement en sachant que Jean-Michel verrait ce mensonge aussi facilement que s'il était transparent. Mais il ne pouvait dire d'où il venait aussi tard ni avec qui il était, ni pour quelle raison il avait oublié le temps. Même Gilles finalement ne savait pas bien ce qui venait de se passer, là, sur les quais du port, le long des immeubles. Il avait pourtant simplement suffi qu'une corde se prit dans ses pieds pour que ses certitudes s'écroulent soudainement.
Hans.
Hans avait, sans le faire exprès, envoyé la drisse de son petit voilier dans les pieds nus de Gilles qui trébucha d'un coup. Alors même que Gilles se mit à engueuler le jeune homme, il comprit que toute sa fureur ne passerait pas car Hans ne comprenait que très mal le français. C'est finalement l'inutilité de ces insultes qui tombaient dans le port comme des petits cailloux qui firent rire les deux garçons.
Hans.
Assis tous les deux sur le quai, les pieds ballant dans le vide, touchant parfois le clapotis d'une eau tiède, Hans tenta de raconter qu'il devait livrer un voilier pour un touriste allemand et qu'il avait fait ainsi un grand tour de voile. Ses grandes mains faisaient des dessins dans l'air pour remplacer les mots de français et d'anglais qu'il ne connaissait pas et Gilles répondait lui semblait-il toujours bêtement par des "ah d'accord" en reprenant les arguments de Hans. Mais quelque chose se transformait, quelque chose mêlant l'admiration pour l'autonomie de Hans, son exploit physique, sa liberté, et une anatomie du sourire qui faisait soulever la lèvre supérieure toujours vers la gauche. Gilles oublia l'heure, oublia le port, oublia tout. La nuit tombait et Hans entra dans le voilier et apporta à Gilles un saladier avec deux fourchettes. Qu'est-ce donc que cette force qui fait que l'on reste là alors que tout vous dit de partir ? Gilles comprit qu'il était tard, trop tard, en se surprenant à entendre le bruit des rares voitures qui maintenant circulaient sur le quai. Le saladier sous leur menton, tenu ainsi très haut, les fourchettes s'entrechoquant, Hans lui répéta plusieurs fois "demain, voir demain toi, venir demain."
Et Gilles s'entendit dire " Ah d'accord... oui, yes, ja."





Juste avant d'entrer dans la pyramide, il regarda les fenêtres de l'appartement familial. Il regarda au loin l'enseigne du Frantel qui brillait. Il savait que sans doute Momo devait la regarder aussi mais qu'il aurait beaucoup moins de mal à dire la raison de son attachement à ces lettres de lumières. Gilles ne savait rien de la vie.....



.....Jean-Michel s'était levé le premier, avait tout bien organisé. La famille laisserait là Hortense, la mère de Jean-Michel et Yasmina, dans le nouvel appartement. Yasmina avait décidé de faire ici sa vie, et avait trouvé un travail à la Mairie. Elle s'occuperait également d'Hortense toute l'année. Elle aimait cette ville neuve, pleine de promesses et si calme hors saison. Elle aimait beaucoup le battement de la ville au rythme des étés et des hivers.
Jean-Michel regardait depuis ce quai ces beaux immeubles qui seraient maintenant le décor de la vie de sa mère et de Yasmina. Mais il n'était pas là pour ça. Il attendait un jeune homme.
Soudain le voilier remua un peu et une onde l'entoura. Un grand type brun en short bleu en sortit en levant les bras au ciel comme pour déplier tout son squelette.
"Hans ?" interpella Jean-Michel.
"Ja ?" répondit le jeune homme.
Jean-Michel commença à parler dans un allemand cristallin au jeune homme. Il posa toutes les questions et obtint toutes les réponses. C'était sérieux. Jean-Michel voulait savoir où ils iraient, quand ils arriveraient, avec qui ils seraient. Il voulait une liste de numéros de téléphone, il voulait en donner à son tour.
Hans n'avait presque pas le temps de répondre, pris à la fois par le flot des paroles de Jean-Michel et par l'émotion de ce qu'il comprenait.
Jean-Michel se retourna soudain, fit un signe large avec son bras et Hans eut la surprise de voir Gilles tirant avec difficulté un énorme baluchon.
Hans sauta du voilier et saisit avec fougue le baluchon comme s'il s'agissait du corps même de Gilles.
Jean-Michel serra lui son fils dans ses bras.
"Tu nous donnes des nouvelles, tu rentres pour le 20 août. Tu t'amuses. Tu ne fais pas ton Gilles. Tu demandes de l'argent si jamais il t'en manque. Pense aussi un peu à Momo."
Les deux garçons regardèrent le dos de Jean-Michel se diriger vers l'appartement.
Le voilier quitta le port.


Par ordre d'apparition à l'image :
carte postale Yvon, procédé Draeger 301, expédiée en 1973.
carte postale Mar.
carte postale Combier, expédiée en 1975.
carte postale Combier, expédiée en 1978.
Aucune ne nomme Jean Balladur comme architecte.