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mercredi 20 février 2019

Lœwy Station Maya

Dans les archives, quelques numéros de la revue Neuf, revue d'architecture belge.
On note de suite que Jean-Michel Lestrade, à la différence de revues comme l'Architecture d'Aujourd'hui, n'en possède pas tous les numéros mais seulement quelques exemplaires, d'ailleurs plutôt bien serrés dans le temps. On peut donc imaginer qu'il en acheta des exemplaires pendant quelques années, à moins qu'un ami belge ne lui en envoyait ces numéros.
Comme nous fouinons un peu au hasard dans les archives de l'Agence et que nous nous laissons emporter par des découvertes, nous tombons d'accord avec Walid pour évoquer une expérience rare, celle de la station-service de Dijon, dessinée, non pas cette fois par Jean Prouvé (y en a marre) mais par le surprenant et prolixe Raymond Lœwy.



On note bien entendu un ensemble de vocabulaires qui ressemble beaucoup aux préoccupations du genre, comme celui de la Bulle Six Coques où le module, la cellule, la structure, la légèreté, l'autonomie face au lieu sont les maîtres-mots. Techniquement aussi, le moulage et la résine en sandwich font partie de ce vocabulaire et aussi de cette technicité bien à la mode. L'idée étant de laisser croire (ou de faire vraiment) que la construction se pose, atterrit en quelque sorte là où cela est nécessaire, sans doute pour Raymond Lœwy c'est comme un souvenir du travail pour la NASA, comme un imaginaire lunaire et spatial, celui de la capsule.
Bon. Tout le rêve de la préfabrication, assimilant une fois encore la construction à une fabrication en série et en usine. Là, Lœwy se rappelle d'avoir aimé aussi les automobiles.
Il faudra tout de même pour que l'ensemble des cellules fasse architecture les couvrir d'un immense toit rassemblant en quelque sorte tout ce petit campement de modules sous un signe visuel et territorial bien net et clair. L'ensemble est d'une grande beauté faite d'un jeu subtil de courbes nécessaires et de celles esthétiques, comme ce goût immodéré pour les angles arrondis et faisant ourlets. Le Streamline version plastique moulé...
On note aussi qu'il s'agit d'une Station Shell société pour laquelle Lœwy avait redessiné le logo et sa belle coquille. Une logique de communication de la part de l'entreprise donc, voulant sans doute harmoniser ses lieux de vente et produire une image globale pour l'entreprise.
Nous vous donnons cet article qui provient donc de la revue Neuf, numéro de l'année 72. Pas de crédit photographique, ce qui ne t'autorise pas à venir te goberger. Nous avons laissé les images avec leur contraste très doux.
Suit une carte postale provenant cette fois de la collection de David. Il nous affirme qu'il n'a pas mieux et plus précis. On y retrouve pourtant bien la Station-Service de Raymond Lœwy grâce à cette vue aérienne des éditions La Cigogne. On aime comment la cité universitaire de Dijon contraste avec le tapis pavillonnaire devant elle. Nul doute que les habitants de ce quartier devaient dans la Station-Service croiser les étudiants venant mettre de l'essence dans la Mobylette ou dans la 2CV hors d'âge... Un lieu de rencontre et de mixité sociale, comme on dit aujourd'hui dans les TP des écoles d'architectures...
Walid Riplet, J-J Lestrade






































































































































La carte postale :



Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! Dernière minute ! 

Cette fois c'est David qui fouille dans sa bibliothèque et nous envoie des photographies de pages provenant du livre Raymond Lœwy, Design Industriel publié par Hachette/Chêne en 1979.
On retrouve bien notre Station-Service de Dijon et surtout on apprend qu'une autre fut bien implantée à Turin ! D'ailleurs les photographies semblent bien représentées celle-ci (Archives Shell). On voit aussi les très beaux dessins explicatifs du procédé et comment la Station de Lœwy devait s'intégrer dans le paysage. Est-ce que la Station de Turin existe toujours...Sans doute pas...Non plus...
Les stations portées le joli nom de Maya :






































































jeudi 14 mai 2015

Avanti ! Haüsermann ! Avanti ! Loewy !



Disons que dans ma formation de jeune homme désireux de se cultiver, d'aimer le monde, d'en saisir les beautés, l'automobile a toujours été pour moi un objet possible d'interrogations car, tout comme l'architecture, il est à la fois un objet très technique et très porteur d'images au point d'ailleurs, parfois de faire de cette technique son image même ou, au contraire, tenter de la faire oublier.
Ajoutez à l'automobile qu'elle est par définition l'inverse de l'architecture puisqu'elle lui oppose sa mobilité et vous aurez compris que la réunion des deux objets produit forcément chez le jeune homme soucieux des désirs.
Lors de mes études aux Beaux-Arts de Rouen, j'avais la chance d'avoir une magnifique chambre d'écho à mes désirs d'automobile avec Marc Hamandjian qui, comme au jeu de ping-pong, me faisait la joie de renvoyer une balle plus bondissante encore et nos conversations glissaient toujours sur une opposition amicale entre Citroën et Renault. Chacun de nous avait des raisons de préférer sa marque automobile, Marc ayant un grand-père travaillant dans une agence Citroën et moi, ayant un grand-père et un père travaillant chez Renault. Le match Renault 16 et Ds pouvait commencer...
Mais il y avait une automobile et surtout un designer d'automobile que nous chérissions tous les deux : Raymond Loewy et sa Studebaker Avanti.
J'avais trouvé sur une foire à tout le fameux livre La laideur se vend mal et devant la prolifique carrière du designer, m'apercevant d'un coup que ce monde autour de moi avait été en partie dessiné par ce français devenu américain, j'étais aux anges. Et puis le bonhomme avait un melon énorme et j'adorais ça...
La Studebaker Avanti... Comment chanter une telle automobile ? La fausse simplicité des courbes  fluides de ses lignes contrariait à jamais les chromes agressifs de ses concurrentes, sa douceur calme contenant comme un muscle tendu presque toute l'énergie du moteur, le galbe évoquant sa vitesse de pointe ahurissante pour une voiture de ce type, tout cela en faisait un objet étrange et sans agressivité que je voulais alors, et veux toujours, posséder.
Mes étudiants aujourd'hui sont saoulés d'un discours bobo-chic qui fait de l'automobile un objet qu'ils méprisent. Ils disent bagnoles, caisses. La Studebaker Avanti est une sculpture tout comme la DS de Bertoni. Il s'agit d'abord d'une forme épousant une fonction. La Renault 16 de Charbonneaux est une fonction trouvant une forme.



Alors un peu comme Le Corbusier faisait poser une somptueuse Voisin devant ses architectures, comme Charles Bueb faisait poser une DS devant Ronchamp, je reçois une carte postale d'une Studebaker Avanti posant devant le Motel de l'Eau-Vive de Pascal Haüsermann. Même si l'époque est similaire, même si les courbes de l'un répondent aux courbes de l'autre, même si le plaisir de voir en une seule image deux icônes rassemblées, je suis pourtant persuadé que Raymond Loewy et Pascal Haüsermann n'avaient pas grand chose en commun. Le Streamline n'a que faire d'un béton projeté qui raconte bien trop sa méthode. Loewy ce n'est pas tant la forme utile ou l'économie ou encore l'idée d'un brutalisme simple des matériaux. Loewy c'est le dessin comme absolu. La ligne comme ultime décision, ligne franche, nette, décidée et qui dans son déploiement dit la fluidité des éléments qu'elle rencontre : l'air, l'eau, la main. D'ailleurs, Loewy ne s'est intéressé que peu à l'architecture. Il a décoré l'architecture, il a aménagé, au mieux a-t-il designé des stations-service. En cela, il diffère complètement d'un Buckminster Fuller son contemporain. L'automobile était une image de soi que l'on trimbale, un objet donnant un titre, un goût. La seule fonction que Loewy goûtait de l'automobile était la vitesse. Loewy aimait les Ranchs, aimait Manhattan. Il aimait l'Amérique des images, des mirages, d'une haute bourgeoisie américaine moquée par Saul Steinberg. Je ne critique pas cela et, avec lui, j'aurais aimé faire du cruising entre Philadelphie et New York dans la plus belle automobile du monde. Je le ferai un jour.
Je vous donne ici d'autres cartes postales offertes gracieusement par Bruno Tourmen du Motel l'Eau-Vive qui depuis peu et après un travail acharné a reçu non seulement le Label Patrimoine du XXème siècle mais est également inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
Allez-y avec l'automobile que vous voulez, vous y serez toujours bien reçu, c'est un endroit superbe et accueillant.
Je vous offre également quelques images supplémentaires de la plus belle voiture du Monde provenant du fonds photographique de l'agence de Raymond Loewy en ma possession... Oui ! On ne se refuse rien... On y voit Raymond Loewy vêtu comme un vrai cow-boy et faisant semblant de modeler la glaise du projet de l'Avanti !
Ne pas dupliquer sans mon autorisation...
Et, une bonne fois pour toute, non, non, non, Raymond Loewy n'a pas dessiné la bouteille de Coca-Cola... Il l'a, au mieux, redéfinie.
Alors Avanti Raymond ! Avanti Pascal ! Et si la laideur se vend mal, elle trouve tout de même partout, malheureusement dans notre paysage architectural et automobile encore bien des occasions de s'exprimer...
Merci Bruno pour cet envoi généreux. Les cartes postales sont toutes éditées par le Môtel et disponibles sur place.
http://www.museumotel.com/architecte.htm