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samedi 20 décembre 2025

Abbé Pierre et Béton, maisons ballons

 je reçois, je diffuse :

Bonjour David,
Tu vas halluciné ! Regarde ce que nous avons trouvé ! La photo était glissé dans un dossier "moulage" perdu sur le haut de l'étagère. Rien à part des listes de chiffres et des calculs mais cette photographie qui nous tomba dessus avec Jean-Jean.
Bien entendu, il ne nous fut pas difficile d'identifier l'architecture et la Maison-Ballon ainsi photographiée. On voit donc celle-ci dans une rue d'une ville non-identifiée. On a pensé avec Jean à Brignais bien sur mais ça pourrait être partout...Faudrait avec accès aux Archives de la Fondation Abbé Pierre pour savoir où cette démonstration fut faite car il ne fait aucun doute qu'il s'agit-là d'un modèle qu'on pourrait dit vite "d'exposition".
La photo n'est ni datée ni située donc.
Mais elle prouve bien que l'Abbé Pierre avait donc cru en ce modèle qui change un peu de celui de la Maison des Jours Heureux de Jean Prouvé.
Au vu des habits et de la taille minuscule de la photographie, on pense que nous pourrions être très tôt : milieu des années cinquantes sans doute.
T'en penses quoi ?
Bon allez, régale toi avec cette photo. Appelle si tu veux, y a longtemps qu'on s'est vu non ? Tu vas bien ?

Walid.
j'oublie : bien entendu rien n'indique que ce soit Jean-Michel Lestrade qui ait fait la photo. Personne dans la famille ni dans les albums de famille Lestrade ne possède de photos de ce format étonnant. Donc...sans doute un envoi.




Merci Walid et Jean-Jean.
Je pense bien que vous avez raison les gars. Je regarde la photo au compte-fil pour chercher un indice sur la localisation mais je ne vois rien comme piste. Quelle ville aurait pu accueillir sur une telle place une telle expérience architecturale ? Je pense qu'il faut chercher à proximité de Brignais, voir à Brignais-même, ce serait le plus logique. Wallace Neff a-t-il participé à ce montage ? À cette démonstration ?
On note que Notre-Dame des Sans-Abri est noté sur la pancarte et qu'il existe à Lyon un foyer qui porte ce nom. Brignais...Lyon...ça se tient non ?
Oui, on s'appelle !
David.

Pour revoir les maisons-Ballons et celles de Brignais en particulier :

Pour celles de Dakar :

Etc....





dimanche 20 juillet 2025

Pour une réadaptation de Michel Ducaroy


Il y a longtemps maintenant que nous ne nous sommes pas arrêtés devant une carte postale dont l'architecture nous importe bien moins que ce qui l'occupe.
Cette fois, cette grande salle, d'ailleurs assez belle et offrant une belle baie, nous intéresse surtout pour son ensemble mobilier. Même en n'étant pas un spécialiste du Design français d'après-guerre, on peut tout de même être particulièrement touchés par la ligne superbe de ces petits fauteuils (chauffeuses ?) en bois et cannage. Le dessin en est particulièrement réussi et parfaitement accordé à celui des petites tables basses. Je l'avoue bien volontiers, je ne savais pas de qui était le Design de ces merveilles mais en quelques clics se fut si facile à trouver...Michel Ducaroy !
On connait bien sûr ce dernier pour le fameux Togo mais ici on est un peu loin d'un design hédoniste des années 70 ! On dirait bien plus un ensemble mobilier d'un Jeanneret, quelque chose de tropical, retour des colonies. 
C'est un peu frêle, presque maigre mais comment résister à l'envie de s'y laisser glisser ! 
Il y a peu, j'étais devant la boutique du Grand Palais où des quantités d'objets Design se battent pour un bout d'étagère, attendant l'approbation des acheteurs, la reconnaissance de leur originalité. Des titis biscornus, un peu chic et marrants, au dessin souvent épuré pour faire sérieux et moderne, pour que immédiatement, dans l'originalité d'une ligne on soit rassurés sur l'origine d'un designer.



Ce qui m'étonne c'est ce positionnement du Design d'aujourd'hui, ayant quitté les formes utiles pour être affublé d'un rôle social, celui de ceux qui pourront se reconnaitre dans un moment culturel et s'offrir des objets qui leur diront leur mérite...Car alors, le prix et l'achat de ces machins créent l'exclusivité d'un Design devenu, de fait, un statut social. Pourquoi ai-je l'impression (à tort ?) que le Design est maintenant fourvoyé ? Quand on regarde une telle carte postale d'un lieu accessible, celui d'un centre de réadaption, rempli de fauteuils d'une très grande qualité on peut s'interroger en effet sur cette époque où le Design rencontrait tous les publics. 
Le design était simplement alors l'expression de son temps.
Jean Prouvé est souvent ici évoqué en ce sens. Comment ne pas dire qu'il est mort une deuxième fois quand ses droits d'auteur furent cédés à VITRA ? 
Ce fauteuil de Michel Ducaroy on sent qu'il en a réfléchi  l'économie de la matière, qu'il a réfléchi le montage simple pour en faire un objet abordable tout en étant élégant avec ce désir de faire accessible même dans le choix d'une ligne claire, tout cela semble fourvoyé, tordu, irrémédiablement perdu dans la recette commercial d'un design qui exclut de fait maintenant ceux pour qui il fut créé : tout le monde, les gens, vous et moi, les autres.
Les messieurs qui usent sur cette carte postale les assises des fauteuils de Michel Ducaroy ne font pas acte là d'un geste culturel qui les définissent. Ils utilisent. Ils usent. Ils s'assoient.
Pas ici de démonstration d'une classe sociale, d'une reconnaissance bourgeoise de ceux qui reconnaissent entre eux un designer...
À quel moment dans l'histoire du Design ce pli a été pris et crédité par la profession faisant des nouveaux designer des héros de l'exclusivité des formes ?



Et si il fallait rapidement redonner au Design sa fonction, je dis bien : fonction ?
Lâchons les droits d'auteur, faisons partout des éditions bon marché (comme à leur origine) de ses créations et de toutes celles qui sont aujourd'hui récupérées. Achetons notre chaise de Jean Prouvé chez But le samedi en faisant nos courses, achetons notre fauteuil de Ducaroy chez Conforama, c'est à dire à l'endroit-même de leur éthique. Accessible, beau, facile à vivre et donc utile et intelligent. 
En attendant, précipitez-vous au centre de réadaptation fonctionnelle des massues. Peut-être que, dans la cave, démontés, les fauteuils de Michel Ducaroy attendent un peu de lumière d'un brocanteur, c'est une affaire conclue.

Oui, réadaptons le Design.

Comme le dit Théodora :

"Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(Fashion designa)Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(J'achète plus, j'designe)Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(Fashion designa)Ouh, ouh, ouh, ouh-ah(J'achète plus, j'designe)..."








jeudi 18 juillet 2024

Jean Prouvé, combleur de vide ?


 
Non, ça ne fait aucun doute (maintenant que je peux regarder cette carte postale à la loupe) : il s'agit bien des éléments de façade Matra de Jean Prouvé que l'on connait bien sur ce blog car nous avons la chance de les avoir admirés souvent à Piacé.

Mais je ne sais pas vraiment pourquoi j'avais encore une petite retenue quant à leur attribution possible. Sinon...cette carte postale pourrait bien être d'un ennui tant aimé par Martin Parr...Voilà un collège, à Bressuire qui ne brille pas par son architecture audacieuse, non....
Devant cette grosse carcasse bien régulière dont la façade fut donc bouchée par des éléments de Jean Prouvé on ne comprend pas bien en quoi cela suffirait à chanter le génie de ce dernier. Certes, il est toujours bien de voir comment on comble un vide et le mur-rideau est bien une belle invention surtout quand le rideau n'est pas vraiment un mur et qu'il est travaillé comme une peau.
La carte postale possède sur son verso le nom de l'architecte : M. Perillier.
Ce Monsieur Périllier on le retrouve d'ailleurs comme architecte du Lycée de Sarcelles dont la typologie est absolument identique. Rappelez-vous ici :

Rien de neuf sous le soleil de la Province donc. On notera juste que le choix de couleurs pour ces panneaux Prouvé à Bressuire est bien plus restreint et bien moins pop : du blanc et un bleu de carrosserie de fourgonnette d'une administration quelconque. Peu enthousiasmant tout cela pour un si génial ingénieur et ferronnier moderne. La commande a dû tout de même sustenter l'entreprise qui les fabriquait.
Je vais aller voir ce que la façade de ce lycée est devenue : ba...plus rien de Prouvé il me semble...
Alors la question reste ouverte de l'intérêt ou pas de ce genre de mobilier de façade et de l'importance qu'il a pu avoir dans l'idée architecturale. 
Le panneau Matra est certes intéressant à bien des égards (celui de la légèreté, de la facilité de mise en place) mais cela suffit-il à en faire un moment d'intelligence architecturale (et avec qui et avec quoi) et surtout, cette mise en place d'un tel mur-rideau a-t-elle profité au génie d'un lieu ? On se le demande en effet. Est-ce qu'on est architecte quand on fournit juste des huisseries ?
Sans doute que dans l'histoire du mur-rideau, il y a bien d'autres modèles de panneaux tout aussi beaux, intelligents et efficaces que ceux de Prouvé et Matra qui n'auront pas l'aura iconique et intouchable du génie devenu bancable. Rien là en tout cas ne signe une particularité suffisamment grande pour que l'histoire de l'architecture ne lui fasse une place à part. Bien au contraire, on aurait envie de dire que la juste place des panneaux Matra-Prouvé dans l'histoire est d'être une réponse de plus à une architecture assez basique, assez fonctionnelle pour que ses vides, son épiderme donc, ne soient, finalement, simplement comblés par un tel type de panneau.
C'est sans doute l'un des pièges du génie de Prouvé : à force de vouloir faire fonction on finit par faire pragmatique au risque d'oublier que l'architecture ne peut se suffire d'une intelligence rationalisée quant bien même elle serait peinte d'orange, de bleu, ou de jaune vif...
Combler le vide en quelque sorte, voilà tout ce qui reste à Prouvé sur cette architecture. (allez...je sais que vous aimez un peu de polémique...)
Bien à vous.
Walid Riplet

Pour revoir Jean Prouvé :

Pour revoir des panneaux Prouvé et/ou Matra :

La carte postale est une édition du Gabier pour Artaud. Elle nomme bien Mr Perillier comme architecte. Pas de nom de photographe, la carte n'est pas datée.




mardi 4 juin 2024

Jean Prouvé pour mon cul et pour mes coudes

 Je ne me suis jamais assis sur une chaise ou dans un fauteuil de Jean Prouvé. Et tout va bien, je vous l'assure. L'icône qu'est devenue le quincailler de génie * n'est pas à ce point importante pour qu'on ne puisse vivre sans faire l'expérience de son ergonomie même si on peut plus facilement, aujourd'hui,  faire l'expérience de son intelligence. Et encore...
Les icônes sont ainsi inventées que parfois, elles sont elles-même débordées par leur aura. On voit bien comment le marché et l'Histoire, l'une fille de l'autre, ont construit la légende Jean Prouvé en perdant ce qui en fondait sa légitimité : un design populaire, accessible, voir pauvre dans l'usage pragmatique des matériaux. L'élégance de Jean Prouvé aurait donc dû lui survivre mais voilà le chic qui se pose sur tout a donc dévoré les raisons-même de son travail. Jean Prouvé est mort deux fois en quelque sorte, surtout que, de son vivant, on ne peut pas dire que sa renommée ait pu sauver son pragmatisme. Il est donc aussi fautif de cet étrange héritage de l'exception. On parlera un jour, peut-être du rôle des ayant-droits dans cette transformation un rien tordue de l'oeuvre d'un designer du peuple (littéralement) vers un designer du chic bourgeois des sachants portant avec eux leur certitude d'avoir compris le génie d'un homme simple.
Simple.

Pour s'amuser de cette transformation morale et éthique, je vous propose de vivre au bon temps jadis, celui où une chaise sortie d'usine de Jean Prouvé ne valait pas trois ou quatre mois de SMIC mais le prix d'une chaise en métal et en bois comme tant et tant d'autres à la même époque, une chaise sur laquelle j'aurai pu m'asseoir, poser mes pieds, que j'aurai pu racler sur le sol en linoléum, taper contre un mur, griffer avec les rivets de mon jean. Bref : la vivre.


Oui, ça en fait des salons bourgeois emplis d'un seul exemplaire de cette chaise, ça en fait des stands de la FIAC équipés de l'unique chaise Prouvé pour montrer qu'on est hype !
Ici pourtant les chaises et les tables de Jean Prouvé sont à leur vraie place en quelque sorte. Dans l'usage d'une collectivité, en grand nombre, sans autre objet que l'usage que des jeunes gens vont en faire, sans savoir (ou en sachant...) ce que ce mobilier deviendra, ridiculisant ainsi l'image bourgeoise au profit de l'usage simple mais bien pensé d'un mobilier tiré en grand nombre d'exemplaires. J'imagine qu'à l'instant-même où je vais publier cette carte postale, les aficionados de tous poils tenteront leur chance en cherchant dans les caves de ce lieu si, par hasard, il ne resterait pas quelques modèles perdus pourrissant dans l'oubli naturel d'une période passée. On supporte bien de voir des chaises Mullca à la benne...pourquoi pas des Jean Prouvé ?
C'est pour cela que je vais faire un truc incroyable ici : je ne vous dirais pas où nous sommes. Certains trouveront, finalement, c'est un secret assez éventé pour les spécialistes de Jean Prouvé qui rêveront d'un tel spot ! Pour ma part, j'attends tous les corps des jeunes gens qui sont venus poser leur cul sur l'assise et leurs coudes sur le plateau de la table également de Jean Prouvé. On rêve des parties de cartes, des lectures des journaux, des prises de conscience syndicales, des devoirs en retard ou des flirts racontés aux copains...
J'avoue que j'aurai bien aimé voir la même carte postale habitée par tous ces corps montrant l'usage qui était fait alors de ce mobilier. Et la question reste entière : est-ce que les jeunes qui venaient là savaient le génie du mobilier sur lequel ils étaient assis ? Avaient-ils eu la curiosité de retourner la chaise, d'en regarder les plis du métal, les jonctions ? Pourtant, ils étaient, un peu, de la partie.
Qu'est-ce que tout cela est devenu ? Sans aucun doute, tout cela fut usé jusqu'à la corde puis, l'une après l'autre, les chaises et les tables furent jetées pour laisser place à un mobilier plus jeune, plus pop, peut-être en plastique. C'est ça la vraie histoire de Jean Prouvé que nous devrions raconter. L'usage puis l'usure puis l'édition libre de son mobilier pour lui redonner enfin son éthique : un mobilier populaire à user tous les jours sans remord, sans attention particulière. Pour mettre son cul dessus.
Vivement que les modèles de Jean Prouvé tombent dans le domaine public, c'est sa vraie place, le domaine public.

* terme utilisé par Charlotte Perriand et qui, lors d'une conférence de l'une des filles de Jean Prouvé était vu comme disqualifiante à l'égard de son père...On rigole...








samedi 30 mars 2024

Du Cameroun à Royan, de Bauhain à Prouvé !

Comme historien de l'architecture ou comme simple amateur, il ne fait plus aucun doute que la carte postale constitue un fonds patrimonial pour saisir et découvrir toutes les inventions, orientations de cet Art.
De carte postale en carte postale, nous allons de découverte en découverte sur toutes les subtilités de cette histoire que nous pourrions croire préparée par les éditeurs pour nous permettre aujourd'hui de la réécrire, de la refonder avec des modèles un peu hors du jeu habituel des icônes certes souvent justifiées mais aussi souvent bien peu contextualisées avec d'autres productions de la même période.
En gros, quelques noms écrasent tout, au point que, justement, ce qui constitue leur force et leur originalité, n'a plus l'occasion de se mesurer contre le reste de la production architecturale.
Faisons le test : si je vous dis Pavillon, économique, tropical, bois, métal, préfabriqué et que je vous laisse quelques instant pour former dans votre imaginaire une image et un nom, pas de doute que vous me rétorquerez : Pavillon Tropicale de Jean Prouvé.
Et vous aurez raison.
Mais voilà, l'intelligence de Prouvé on doit aussi la relativiser face à d'autres productions bien moins connues et défendues qui pourtant ont parfois bien plus marqué par leur nombre et leur utilisation la réalité de l'habitat.
Voilà une bel exemple :



Et je suis même certain que, tout comme moi, d'ailleurs si je vous avez montré rapidement cette carte postale que certains d'entre vous y auraient bien vu le Pavillon Tropical de Prouvé car tous les signes de ce rapprochement sont ici possibles.
Mais voilà, il ne s'agit pas d'un pavillon dessiné par Jean Prouvé mais bien d'un travail de J. Bauhain, architecte, comme d'ailleurs cela est écrit sur la carte postale de l'éditeur Fournier.
Et...On le connait bien Monsieur Bauhain ! C'est l'un des plus prolixes architectes de la Reconstruction de Royan !
Quelle joie donc de trouver une carte postale montrant ainsi une autre production de cet architecte du Mouvement Moderne si important pour notre blog et notre rapport à cette architecture. J'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette création de Monsieur Bauhain et que je fus très surpris de voir son nom associé ainsi à ce type de production. On peut aussi imaginer la tête de J. Bauhain lorsque Jean Prouvé est venu poser son Pavillon à Royan. Quel esprit de concurrence ou d'admiration commune était en jeu alors ? Comment J. Bauhain avait-il connaissance de l'oeuvre de Jean Prouvé pour la mise au point d'une architecture similaire ? Et si c'était dans le l'autre sens qu'il fallait chercher...
La carte postale n'étant pas datée on ne peut donc pas trop comprendre comment cette case tropicale de J. Bauhain est arrivée dans l'histoire de l'architecture et de ses solutions coloniales. Il est facile par contre d'affirmer que c'est bien de toute manière dans l'esprit d'une époque cherchant des solutions pour un habitat pragmatique, préfabriqué, facile à exporter et à monter, avec des matériaux peu chers. À ce titre l'histoire des maisons préfabriquées pour le relogements des sinistrés de la Seconde Guerre Mondiale est bien établie et il serait intéressant de savoir comment J. Bauhain a peut-être aussi inscrit dans le Royan bombardé un possible lien entre cette production coloniale et de tels pavillons. On sent alors possiblement une relation de concurrence avec Jean Prouvé.
Même si cette carte postale ne nous permet pas bien de déterminer l'intelligence constructive pour ce Pavillon de J. Bauhain, il est clair tout de même qu'on en reconnait tous les signes. Grand toit en tôle ondulée qui forme un auvent sur le devant, ouverture entre les deux pentes au sommet pour la circulation de l'air, bardeaux de bois glissés entre des montants verticaux venant tendre les murs, ouvertures permettant elles aussi une aération franche et surtout, on note une capillarité possible entre le dedans et le dehors, le pavillon offrant une très large ouverture directement sur l'intérieur. La circulation de l'air et de la lumière semble bien être l'objet de toutes les attentions, ce qui est normal pour un tel projet. On note que la "case" est photographiée comme à l'orée d'une forêt qui semble bien tropicale, et que la mention "les bois du Cameroun" ne laisse aucun doute sur la localisation de la prise de vue, sans , pourtant, plus de précisions ni sur l'éditeur, ni la raison de cette édition et sur le rôle de cette carte postale dans une stratégie de diffusion du modèle de J. Bauhain. Impossible depuis ce document de savoir le succès de ce modèle sous les Tropiques et au Cameroun en particulier. Monsieur Bauhain a-t-il rejoint l'équipe de la Reconstruction de Royan avec l'aura de la réputation de ce type d'architecture ou, au contraire, a-t-il bénéficié de ce chantier de Royan pour fabriquer et diffuser ce type de modèle ? Je ne sais pas.
Mais quelle chance incroyable de trouver ainsi représenté ce modèle et son architecte ! Voilà qui éclaire donc bien vivement l'Histoire de cette architecture coloniale et de la Reconstruction dont il faudrait, si ce n'est pas déjà largement fait, redéfinir tous les liens d'échanges et de progrès.
À vos archives !

Pour revoir l'oeuvre de Monsieur J. Bauhain sur ce blog :






mercredi 9 août 2023

Upcycling Jean Prouvé



Dans l'histoire intime d'une relation à l'architecture moderne, il y a la fréquentation d'espaces puis la découverte et l'apprentissage (ce que certains appellent l'éducation) puis ensuite vient un certain type d'engagement.
Ainsi, dans le fourgon qui nous emmenait vers Royan (Dumitru Gurjii, Nicolas Hérisson et moi) me vint cette idée que j'aurais bien aimé pouvoir dire au petit garçon et l'adolescent que j'étais et qui se promenait dans les rues d'un Royan un peu délaissé qu'un jour viendrait où il irait avec ses amis récupérer un morceau d'architecture de cette ville : les panneaux de la façade arrière du Palais des Congrès de Royan, panneaux des Ateliers de Maxéville conçus par Jean Prouvé.

En effet, lors de sa restauration, ces panneaux originaux n'ont pas repris leur place, ils furent déposés et remplacés par des panneaux donnant le change avec une relative exactitude au modèle. On n'est pas ici pour dire ce qu'il aurait fallu faire, et, au vu de l'état des panneaux d'origine...il n'y a rien à regretter de leur retrait. La restauration de ce Palais des Congrès est dans l'ensemble une réussite et nous laisserons ici le débat scientifique sur les détails (transparence, couleurs, matériaux, encombrement des espaces par un choix de mobilier étonnant...) à des spécialistes. Moi, pour ma part, je jubile de cette résurrection très bien menée.

Il y avait donc une logique scientifique à ce que ces panneaux Prouvé puissent passer des sous-sols de ce nouveau Palais à la lumière de la campagne de Piacé-le-radieux dans la Sarthe. D'abord parce qu'ils retrouveront d'autres panneaux de Jean Prouvé et de Le Corbusier déjà présents et serviront donc à l'éducation des visiteurs de ce centre d'Art, de Design et d'Architecture. Ils seront le témoignage d'une certaine manière de promouvoir l'Architecture Moderne et Contemporaine, de montrer que, de ces chutes de luxe, on peut en promouvoir une réutilisation à la fois patrimoniale et nouvelle.

On dira pour être à la mode du Upcycling  (quel mot horrible) d'architecture.

Pas de doute que toute l'équipe de Piacé-le-radieux autour de l'énergie qui semble inépuisable de Nicolas Hérisson saura en faire un élément-phare du parcours.
Le travail s'annonce immense au vu de l'état des panneaux brisés, pliés, usés, oxydés et par toujours complets. Il faudra beaucoup de travail, beaucoup d'énergie et de moyens pour leur redonner leur sens mais aussi toute la chance d'une compréhension plastique et architecturale de leur rôle comme mur-rideau. Il ne s'agit pas là de faire du fétichisme inutile et vain d'un Jean Prouvé déjà un rien suralimenté de projections icôniques.
Le quincailler de génie (dixit Perriand) va nous montrer ses entrailles.
Et, permettez-moi de vous dire, par l'expérience récente de ce déménagement, que ceux qui me parleront à l'avenir de la "légèreté " des éléments  de Jean Prouvé me trouveront sur leur chemin. 
Putain ! Que ses panneaux sont lourds !

Alors nous voudrions ici remercier bien entendu tous ceux qui ont permis ce sauvetage en ne jetant pas à la benne ces panneaux, ceux qui portent, ceux qui lèvent, ceux qui poncent, peignent et ceux...qui financent pour que, bientôt je l'espère, vous puissiez gratuitement, librement, venir voir ou revoir ces éléments dans un environnement qui les mettra en lumière.
Il y a là un énorme travail à faire, croyez-nous.
Merci pour cette confiance.
Mais je remercie déjà en premier lieu Dumitru Gurjii et Nicolas Hérisson pour cette journée très physique.
On vous informera au fur et à mesure de l'avancée de cette résurrection.
Et n'oubliez pas d'aller voir Piacé-le-radieux et son parcours d'oeuvres. C'est gratuit (eh oui).
À votre bon coeur messieurs dames !

Pour voir les panneaux de Prouvé et Le Corbusier à Piacé :

Pour préparer votre visite à Piacé :

Et aussi n'oubliez pas la visite du Palais des Congrès et surtout de son très utile et sérieux Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine qui vous permettra de voir deux panneaux parfaitement restaurés et toute l'histoire de l'architecture à Royan !
Incontournable quand on est en séjour à Royan !

Pour revoir le Palais des Congrès sur ce blog :
Etc....

Quelques images.
On notera que les nouveaux panneaux ont des fenêtres basculantes en lieu et place du système à manivelle et pantographe comme une portière d'automobile conçue par Prouvé. Est-ce que cela change l'écriture architecturale et l'idée d'une capillarité entre les mondes de l'Architecture et de l'industrie ?
Cela projette une ombre en tout cas.
















samedi 25 juin 2022

Je suis marabouté par Clément Cividino

Clément Cividino je le suis maintenant depuis bien des années et le travail qu'il fait ne cesse de m'épater. Il est un insatiable découvreur et promoteur du design. Il fait une chose rare aussi, il invente des trésors comme les Héxacubes ou le mobilier des V.V.F de Candilis et Blomstedt totalement oubliés alors des institutions patrimoniales qui aujourd'hui fanfaronnent sur le classement in extremis des Carrats à Port Leucate. Il vaut mieux tard que jamais sauf qu'avec Clément Cividino il vaut mieux très tôt que trop tard !
Alors une fois encore, le bougre m'épate avec la découverte du Pavillon Marabout conçu par Raymond Camus et Jean Prouvé.
Je n'avais jamais entendu parler de ce machin étrange, sorte de yourte de métal dont le dessin laisse un rien songeur, entre cabane de chantier à la Fillod et le kiosque de Casimir en moins Pop, plus technique, plus radical, un peu plus fruste peut-être que le reste de la production de Jean Prouvé, il est l'ancêtre des Tiny House d'aujourd'hui, tellement à la mode comme les Stations-Services de Jean Prouvé en passe de devenir aussi inabordables qu'une chaise Mullca aux Emmaüs de St Pierre-lès-Elbeuf. Pourtant, ce Pavillon Marabout Camus-Prouvé est intelligent, bien conçu, parfaitement dans l'esprit de l'époque, celui d'une construction économique et rapide pour aider les gens (et non pour offrir des nuits à 1500 euros ), il est aussi très très rare et permet de comprendre comment le génial Camus de la préfabrication lourde et le Quincailler de génie*, Jean Prouvé, pouvaient s'entendre si ce n'est sur l'architecture au moins sur la construction. Bien entendu, Clément Cividino nous donne immédiatement envie de devenir propriétaire, de poser sur un terrain le magnifique objet et bien entendu, un travail de réédition permettrait peut-être de faire revivre les qualités (et les défauts) de cette construction, il va sans dire qu'aucune entreprise ne se lancera dans une telle production et que les ayants-droits préféreront vendre des fauteuils à des prix peu dignes de l'héritage de Prouvé chez Vitra. Ne vous reste donc (comme un objet rare se le doit) qu'à débourser 250 000 euros pour acquérir le Mécano génial et briller dans le petit monde des propriétaires de meubles et d'architectures de Jean Prouvé.  Ce qui d'ailleurs, au prix hallucinant et hors sol des meubles de Prouvé reste une excellente affaire pour une architecture de l'ingénieur.
Vous comprendrez que, comme mon salaire (pourtant déjà conséquent et peu mérité) de prof en école d'Art ne me permettra pas de me l'offrir, je fais comme d'habitude, je fais semblant d'exprimer un problème de classe sociale et d'histoire de la destination de l'objet pour dire ma jalousie et mon regret. Mais je sais aussi que je peux maintenant connaître cet objet rare et en tout point remarquable grâce à Clément, grâce à ses qualités de découvreur et d'inventeur de trésor. Ça au moins c'est gratuit et Clément en cela est l'un des spécialistes du Design du XXème siècle des plus généreux. Merci donc Clément pour ton travail. 
Mais s'il y a une lectrice ou un lecteur généreux et qui veulent soulager ma peine... Je reste disponible pour un don.
On regarde des cartes postales ?
Allez...C'est déjà ça.

* dixit Charlotte Perriand elle-même.

Pour l'histoire et la description de ce Pavillon Marabout et son achat ou sa location allez là :
Pour voir la galerie de Clément Cividino allez là :




Les trois cartes postales que je possède de ce Pavillon Marabout Camus-Prouvé sont des cartes postales de la station d'Hassi-Messaoud dont le nom évoque toujours pour moi, la chanson c'est comme vous voulez d'Alain Souchon que j'ai eu plaisir de chanter lors de la dernière Chronique Corbuséenne. On ne s'étonnera que relativement qu'une expérience architecturale mettant en avant la préfabrication et le montage rapide et facile se pose dans cet espace si particulier qui agit dans l'imaginaire comme la construction d'une base spatiale. Ici, au milieu du désert algérien, l'architecture atterrit littéralement du ciel.
On notera que le Pavillon Marabout semble avoir été un bar, le Cha Cha Cha. On s'amuse de cette destination architecturale.
Cette édition Compagnie des Pétroles à Alger nous montre donc l'objet à gauche pris dans les baraquements de la station d'Hassi Messaoud, presque invisible. Qui sait comment ce projet a fini par atterrir ici ?





On retrouve notre construction sur cette belle carte postale en vue aérienne qui permet de mieux lire la structure et le dessin. Mais... regardez bien... Oui ! Il y en a deux ! Et si mon regard se place volontiers sur cette construction, il faudra aussi un jour parler du reste de la base qui semble bien riche en constructions étonnantes.
Enfin, pour finir, voici une superbe carte postale par Jomone en véritable photographie au bromure. Quelle qualité éditoriale ! Bords blancs, cuvette marquée comme une gravure, noir et blanc délicat et belle mise en scène. Superbe document !
La carte nous indique bien qu'il s'agit du bar Cha Cha Cha sur la base de Maison Verte. La carte n'est pas expédiée donc pas datée.
Il vous faudra donc partir rapidement à Hassi Messaoud pour acheter le ou les kiosques qui y sont certainement encore.... mais si, mais si... Regardez sur la vue satellite.




mardi 10 mai 2022

Est-ce que les galeristes pourraient faire flamber le prix des abris Martin ?

Parfois les étoiles s'alignent bien dans le monde du collectionneur de cartes postales. Parfois même, on pourrait croire qu'il n'y a pas de hasard.
Mon frère Christophe m'apporte un lot de vieux journaux Paris-Normandie dans lesquels je m'amuse d'une publicité pour des abris préfabriqués Martin dont l'argumentaire pourrait coller parfaitement aux maisons de Jean Prouvé. Je m'amuse aussi que l'histoire de l'architecture de ce genre de construction soit ainsi écrasée par le génial Prouvé, oubliant que d'autres constructeurs ont eux aussi participé à cette école, celle du bâti léger, mobile, métallique, économique. Je m'amuse souvent de la déception des amateurs devant l'échec chronique de Prouvé à vendre ses inventions alors que pléthore d'autres constructeurs semblent avoir mené à bien la commercialisation et la diffusion de leur invention dans une France des Trente Glorieuses pourtant amène à ce genre d'invention.
Retournez ici pour voir des exemples de réussite commerciale :

Voilà donc que quelques jours après la découverte de cette publicité pour les abris Martin, je tombe sur cette carte postale dans un lot de plus de 200 cartes sur l'architecture achetées à Rougemontiers.
Comme un signe du ciel !



Il s'agit là encore d'une carte promotionnelle. Vous avez compris que je les aime bien en ce moment, ces cartes postales un rien étranges servant de cartes de visites ou publicitaires pour un produit ou un programme architectural.
Mais avouez que c'est touchant. D'abord, avant même de retourner la carte sur le vide-grenier, j'ai aimé l'aspect très brillant et métallique de cette petite maisonnette toute de tôles recouverte. Le dessin des fenêtres est aussi assez curieux et on s'interroge sur la porte poussée ainsi au bord. On comprend en fait qu'elle profite du montant de la structure pour se poser là.
Oh, je ne ferai pas semblant d'être un découvreur d'œuvres géniales oubliées de la Grande Histoire de l'architecture ! Non. Ici, le génie, s'il y en a, c'est d'abord le pragmatisme édifié en absolu. Faire simple, rapide, facile et économique en ayant compris que l'essentiel pour le client c'est que, au mieux, toutes ces qualités, ne gâchent pas une image de maison. Il faut que cela reste charmant, reconnaissable comme une architecture utile. Pas d'excentricité ici remarquable, pas de désir de révolutionner l'Art de l'Habiter mais tout de même une certaine intelligence du modulaire et de la simplicité. 
Tout cela est chanté au verso de la carte postale de cet abri de Week-end !
Week-end ça suffira comme terme de Modernité !



On pourra rire en remplaçant Martin par Prouvé et voir que tout semble bien fonctionner ! Sans doute que l'argument "les moins chers de France" par contre, n'aurait pas pu être accolé aux maisons de Prouvé.
Vous me direz avec raison qu'il ne s'agit pas tellement dans leur échelle des mêmes constructions. Oui, sans doute.
Une autre chose me plaît dans les abris Martin c'est qu'ils étaient fabriqués à Chatelaillon ! Ah... la Charente Maritime est donc bien une terre de modernité architecturale !
Il faudra donc aux galeries de Design se ruer dans ce département pour avoir la chance de récupérer, perdu au fond d'un jardin, l'un des exemples les plus efficaces de cette histoire de l'architecture du préfabriqué. Je ne suis pas certain qu'en Normandie il en reste beaucoup.
Bonne chance Clément !
Pour info, la société Martin existe toujours et toujours à Chatelaillon ! 
Comme quoi, on pourrait attendre la même chose des Maisons Prouvé. Aurait-il manqué, notre quincailler de génie, la nécessité de diffusion et de publicité de son travail ?





jeudi 1 juillet 2021

à Clichy on sert la soupe à minuit

Je reçois, je diffuse :

On sait que dans la gastronomie française il faut parfois associer le noble et la putréfaction pour faire un met délicat et rare. Ainsi un bon fromage qui pue est l'alliance d'un bon lait et d'une moisissure. Une andouille de Vire se doit de garder lors de sa cuisson ce petit fumet de boyau à caca.
En va-t-il de la sorte avec la politique patrimoniale à Clichy ? 

Alors que l'on croyait l'affaire classée et que la Maison du Peuple (après les assauts de Rudy et ses spaghettis de béton) était enfin tranquille, voilà que le Maire, Monsieur Muzeau, et son conseil municipal ont voté le déclassement de la Maison du Peuple et sa cession à un groupe privé.
Vous êtes encore vivants ?
Oui, oui, vous avez bien lu.
Ce qui est gênant dans l'histoire ce n'est pas tant qu'un groupe privé prenne en charge un bâtiment aussi exceptionnel, c'est bien que le Maire trouve encombrant ce dernier et le cède au profit d'un projet qui va le dénaturer.

Et, à part la vengeance de classe d'une droite heureuse de remettre les pendules à l'heure et de se débarrasser avec jubilation d'un Patrimoine signifiant une autre période et un autre usage de la démocratie et de la République, on ne voit pas bien ce que signifie ce véritable acharnement de cette équipe municipale votant dans un atavisme droitier l'abandon de son histoire populaire.
L'aveuglement tient ici au désir de faire la leçon à l'histoire, la Maison du Peuple sera donc Privative et offerte aux enjeux de la gentrification par la noblesse autoproclamée de la cuisine française. N'y voyez rien d'autre et ne croyez en rien d'autre, il s'agit bien là d'une vengeance politique d'une classe républicaine de droite qui réclame sa curée patrimoniale.
Bien entendu, cela se fait à minuit. Le ragoût demande une cuisson lente.

On va donc voir le bal des accointances politiques, des enjeux affairistes, la cuisine locale et nationale chercher des appuis pour nous dire combien les bruits des gamelles en Inox s'accorderont parfaitement avec la mécanique métallique des architectes Baudouin, Lods et Jean Prouvé. Pas de doute que le nom du cuisinier servira de caution culturelle pour nous chanter le bel avenir et même, oui, la chance que cela représente cette cession patrimoniale à des agents privatisant de fait ce qui était en soi une architecture et une expérience populaire, démocratique et généreuse. Pas de doute que le Maire ira prendre quelques repas chez son cuisto, heureux de vivre ensemble dans leur salle les jubilations de la Culture Française et de sa gastronomie : patates, carottes, et surtout gros navets dans le potage politico-financier d'une droite toujours prête à tout, même à céder ce qui pourtant devrait être son assise : le Patrimoine.
La noblesse républicaine a toujours aimé être suffisante avec son petit personnel en cuisine et ses passe-plats et le bleu, le blanc et le rouge brodés sur le col du costume d'un cuisinier peuvent parfois être salis par les éclaboussures d'une mauvaise soupe politique qui n'a rien mais vraiment rien d'une soupe populaire.
Chef ! Oui ! Chef !
À Clichy, marchand de soupe on est, marchand de soupe on demeure.

Walid Riplet pour le Comité de Vigilance Brutaliste.


Dernière Minute, dernière minute :
Voici le lien vers le très juste et clair reportage de Cécile de Kervasdoué hier sur France Culture. On y retrouve le maire qui veut une piscine, le chocolatier qui récupère du mètre-carré pas trop cher et le responsable de la DRAC Ile-de-France bien remis à sa place.
4 minutes de pur bonheur...sur leur rôle respectif.














vendredi 22 mai 2020

Les Vieux dans le Monde



J'avais pourtant hésité à sortir cette carte postale du commun des drouilles sur le vide-grenier. Seule la façade présentant un profil un peu comme une béquille de Jean Prouvé et l'escalier curieusement implanté m'avait décidé de donner une chance à cette carte postale.
Le petit pavillon en haut à gauche ne manquait pas de charme mais franchement rien de très sensationnel, rien de vraiment utile. J'ai d'ailleurs mis longtemps à ressortir cette carte d'un tas me demandant pourquoi donc devrais-je faire un effort pour ce que je voyais. Mais restaient tout de même ce profil et une certaine écriture de l'ensemble comme la petite fenêtre très curieusement collée au mur à droite et des pilotis pour me permettre de croire à un quelconque intérêt. Et puis, finalement, ce blog n'a-t-il pas comme vocation de donner une chance à ce petit patrimoine moderne ?
L'autre élément est aussi la prise de vue qui accentue les lignes très tendues de l'ensemble faisant jouer les angles avec dextérité.
Et cet escalier très long m'intriguait. En fait, pour bien en comprendre sa forme et sa longueur qui nécessite trois paliers, il faut comprendre à qui s'adresse cette architecture. Il s'agit d'une publication pour la C.N.R.O et donc pour les retraités ouvriers du bâtiments. Donc... pour des vieux... Cela explique cet escalier qui part de loin pour que la montée se fasse très doucement et très progressivement vers le pavillon qui sert de salle commune et de réfectoire. Au fait, nous sommes à Gradignan à la résidence des Fontaines-de-Monjous.
Bon. Voilà au moins une explication. Je cherche donc le nom de l'architecte et là j'ai une surprise. Le seul document vraiment intéressant que je trouve est un article non pas publié dans une revue d'architecture mais dans le quotidien Le Monde. Article publié en 1964 (merci l'Internet) qui chante les qualités architecturales et programmatiques de cette résidence, preuve que déjà à cette période on essayait de trouver des solutions pour loger nos vieux. N'étant pas abonné, je ne peux lire l'ensemble de cet article de Nicole Bernheim mais malgré cela on a au moins une information importante, le nom de l'architecte qui est aussi d'après l'article un urbaniste : Jean Timmel. L'article insiste bien sur les qualités architecturales, sur la nouveauté de ce type d'ensemble tentant de maintenir des espaces privés et des espaces communs, une convivialité désirée et non obligée. On pourrait presque penser que cet article a été écrit hier... Il faut donc croire que cette résidence avait eu à l'époque un certain retentissement pour avoir l'opportunité d'être publiée dans Le Monde.
Les cartes postales de résidences de vieux, de maisons de retraites sont fréquentes, elles permettaient d'envoyer des images de cette villégiature à la famille. Ces cartes postales ont souvent un caractère étrange, très Martin Parr, un peu ennuyeuses pour ceux qui n'y voient pas un document. Ici, notre carte postale permet donc de montrer les chalets et le lieu commun en une seule image. Sur Jean Timmel l'architecte vraiment pas grand chose. Quelques traces d'un courrier à Perret et une villa dont on a les plans et les dessins, villa à Sainte-Maxime qui semble bien, elle aussi, appartenir à son époque : moderne mais sans plus. C'est dommage.
J'ai l'impression de passer à côté d'un architecte intéressant mais oublié.
Et si Gilles Dusseau et Dominique Labenne avaient la gentillesse de nous envoyer une copie de leur travail d'étudiants à l'ENSAP de Bordeaux pour nous en dire plus ? Ont-ils, eux, trouvé plus de choses à nous raconter sur cette belle résidence de Jean Timmel ?
Merci d'avance.
Et même si je sais que vous l'avez déjà tous lu, je me permets de vous rappeler cet article sur les vieux écrit par votre serviteur dans l'excellente revue Strabic :
http://strabic.fr/Madame-reve-d-aeroport



lundi 16 mars 2020

Être, aller, voir : Le Mans 2

Et voilà une église contemporaine de plus, visitée par ce blog.
Toujours dans le cadre de l'atelier avec Sylvain Bonniol, nous nous sommes donc rendus, étudiants et enseignants, à l'église Saint Liboire du Mans.
De suite, je veux remercier vivement les responsables de la Paroisse de Saint Liboire qui, avec une très grande réactivité, nous ont permis de visiter l'intérieur de l'église, de répondre à nos questions, avec une grande générosité de temps et une totale liberté de travail pour nos étudiants. Comme aujourd'hui c'est assez rare une telle invitation, je les en remercie, ici, très vivement.

Voilà donc Saint Liboire que pendant des années je n'ai connu que par son très beau profil en béquille, ne réussissant jamais à la voir ouverte.
Comment d'abord ne pas être justement séduit par ce profil si incroyablement marqué par les influences de l'époque. La béquille de béton ici fait bien entendu penser à Jean Prouvé. Mais ici, matériau mis à part, elle reprend tout de même appui sur son porte-à-faux le plus long. Donnant à l'œil la sensation d'un seul point d'appui, rapidement, on s'aperçoit que le dessin nous le laisse croire. Ce profil sera répété sur toute la longueur, dégageant ainsi sous le plus grand côté l'espace des bancs et sur l'autre celui des confessionnaux. L'architecte, Monsieur Ménard, fera de l'espace dégagé sous le premier profil une entrée très impressionnante, dégageant et découpant des points de vue sur la ville. On note que l'église comporte une crypte, et que l'église est donc posée sur une dalle. L'espace est immense.
La simplicité constructive, sa logique et son économie font toute la force de cette église : une radicalité franche, aboutie, qui s'annonce depuis l'extérieur, faisant de cette béquille de béton la déclaration immédiate de son intérieur.
La lumière arrive par le grand côté, éblouissante et filtrée par une résine prise dans les stries verticales de brises-soleil. Ici pas de vitraux qui sont réservés à l'autel et à l'autre façade venant souligner sur toute la longueur la nef. Tout est d'une grande simplicité, aucune exubérance, tout tient dans la justesse des espaces bien déterminés. On note que le sol se soulève en pente douce sur l'extrémité de la salle.
Il s'agit donc d'une incroyable chance patrimoniale que cette église, véritable signe d'une église moderne, image même de Vatican 2, et réalité de la pensée architecturale sachant dans la grande tradition romane accorder économie, intelligence constructive et beauté structurale. 

Sauvons Saint Liboire !

Lors de la visite, rapidement, la question de l'avenir de cette église est évoquée. Le béton a vieilli et quelques fuites et éclatements sont visibles. La résine a mal vieilli. Il faudrait 300 000 euros immédiatement pour ne serait-ce que maintenir l'état tel qu'il est mais, bien entendu, il serait nécessaire de faire une belle reprise complète de l'édifice. À l'heure des désaffections des églises, peut-être y-a-t-il un vrai projet à construire avec ce très beau bâtiment dont le plan et l'organisation spatiale permettent sans effort de penser à une réhabilitation intelligente rendant hommage à son architecture et surtout à son histoire faite aussi de l'amitié entre Paderborn et Le Mans.
Vu l'état de l'architecture moderne et contemporaine au Mans... Rien n'est moins sûr.
Les élections municipales seront peut-être l'occasion de voir surgir une vraie attention à ce Patrimoine architectural. Rêvons.
Il suffit de lire cet article pour comprendre que parfois, pour les églises  modernes, l'enfer est pavé de "bonnes intentions"... spéculatives. Quelle tristesse ce peu de conviction pour sa propre église. Que font les autorités patrimoniales locales, régionales, municipales ? Réveillez-vous.
https://lemans.maville.com/actu/actudet_-eglise-Saint-Liboire-detruire-pour-reconstruire_24-456450_actu.Htm