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dimanche 9 mai 2021

Jean Renaudie est inscrit à Ivry

Pour ceux qui sont engagés dans le combat Patrimonial (car oui, il s'agit d'un combat) et pour ceux qui pensent que malheureusement l'Architecture du Vingtième Siècle perd souvent ce combat, voilà enfin une excellente et même incroyable nouvelle qui m'arrive par Serge Renaudie :

L'immeuble Casanova de Jean Renaudie vient d'obtenir son inscription au titre des Monuments Historiques !

Oui.

Alors cela est très soudain et pour moi, cela m'étonne beaucoup. Alors qu'il y a peu j'évoquais l'abandon de ce Patrimoine par la Mairie d'Ivry-sur-Seine, voici la preuve que le travail de regard et d'attention se fait tout de même. Il faut donc remercier ceux qui en sont à l'origine directement en ayant constitué le dossier de classement et remercier tous les amateurs qui ont soutenu par leur attention à cette incroyable architecture cette décision. Une pression populaire en quelque sorte.
Bien entendu, la joie tombée et la surprise passée, on peut se demander pourquoi cela n'a pas eu lieu plus tôt, pourquoi l'ensemble du centre d'Ivry-sur-Seine n'est pas protégé en y associant les architectures de Renée Gailhoustet ?
Faut-il accepter d'être patient ? Faut-il voir là un signe, une étincelle ou une décision a minima pour étouffer ce désir bien plus vaste et surtout plus juste de voir cet ensemble urbain unique en France enfin atteindre un niveau de protection juste et nécessaire et surtout exemplaire ?
Continuons donc notre combat, continuons de dire à la ville communiste d'Ivry-sur-Seine et à l' OPH qu'elles sont responsables devant l'histoire de l'une des plus grandes expériences d'urbanisme du XXème Siècle, qu'elles se doivent à ce devoir, qu'elles doivent en faire une chance dans l'opportunité joyeuse de sa responsabilité immense. Atteindre à la dignité qui passera par l'exemplarité du tout et des détails. On attend... On espère... Et on croit encore en la synergie des bonnes volontés.


Je vous donne cette photographie de Jean Renaudie devant son immeuble, photographie de presse venant d'un documentaire TF1 "Un futur sur mesure", dans la série "les rendez-vous du 3ème millénaire". Je n'ai malheureusement pas retrouvé ce documentaire.



Mais dans celui-ci, Jean Renaudie dit : 

"Jamais je ne prendrai ce risque de me mettre à la place des gens."

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lundi 25 janvier 2021

l'Honneur puis la Honte du Parti Communiste Français ?


Lettre ouverte

La fierté puis la honte du Parti Communiste Français ?


Monsieur le Maire d’Ivry-sur-Seine,


Il y a peu de villes dont l'architecture moderne ou contemporaine fait autant image et corps avec leurs architectes. On aime Le Havre et son Perret, Royan et son Ferret, Brasilia et son Niemeyer. Mais il semble qu'il manque à cette liste une autre ville dont l'histoire du logement social fait pourtant maintenant partie intégrante de la grande Histoire de l'Architecture : Ivry-sur-Seine.

Oui toute l'histoire de la politique sociale et urbaine de Ivry-sur-Seine est chantée par tous les grands architectes comme un exemple parfait de cohérence des idéologies sociales et d'une réponse architecturale spécifique, originale et surtout humaniste. On en connait les auteurs essentiels : Renée Gailhoustet et Jean Renaudie.

Peu de villes comme Ivry-sur-Seine peuvent s'enorgueillir d'un tel héritage, partout diffusé, partout enseigné, par tous visité, faisant même l'objet aujourd'hui d'un véritable culte, élevé au rang d'icône par les amateurs d'architectures ou simplement par les usagers. Rem Koolhaas y envoie ses collaborateurs. Modestement, j'en fais de même avec mes étudiants.


Il faut le dire de suite, sans l'appui politique et l'ouverture d'esprit d'un Parti Communiste alors très disposé à comprendre que l'utopie devait passer par la construction, ce centre ville d'Ivry-sur-Seine n'aurait sans doute pas, pendant toutes ces années, par nos deux architectes, accédé à une telle radicalité belle, écologique et généreuse et à une telle reconnaissance nationale et internationale.

Ivry-sur-Seine et son centre ville modelé par Gailhoustet et Renaudie étaient alors la preuve de sa gestion remarquable du logement social en France. Ivry-sur-Seine était alors l'honneur du Parti Communiste Français.

Et puis...

Alors que Le Havre est inscrit à l'Unesco, que la Ville de Royan fait un travail absolument remarquable de diffusion et de communication autour de son architecture et de son urbanisme, rien n'est entrepris de tel pour cet héritage à Ivry-sur-Seine et même, depuis peu, on assiste stupéfaits à la détérioration  des particularités de cette architecture et de cette histoire. Ce qui fut un honneur deviendra-t-il une honte ? 

Il faut comprendre la chance exceptionnelle que représente un tel héritage. Comment ne pas même instrumentaliser un tel patrimoine pour faire d'Ivry-sur-Seine la démonstration vivante de l'héritage du Parti Communiste, prouvant ici la validité dans le réel de ses thèses humanistes sur le logement social et d'une utopie prenant enfin forme dans le réel et cela au service de tous ?


Par exemple, les attaques récentes et honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et la dégradation du centre Jeanne Hachette de Jean Renaudie prouvent bien le trop peu d'intérêts de cet héritage. Aucune mesure n'est prise pour le respect total de cet héritage patrimonial, pour sa défense et son maintien. Il s'agit d'une œuvre totale méritant un respect complet de son dessin, des détails, de leurs jonctions, de son architecture et du rapport savant des constructions les unes avec les autres. Il s'agit d'une œuvre urbaine qui ne peut être manipulée à l'envi, dont la seule considération serait celle de surfaces libres à remplir n'importe comment, par n'importe quoi. Chez Renaudie et Gailhoustet la mixité sociale et des usages et les circulations font totalement partie de la réflexion des architectes et doivent être manipulées et respectées comme chacune des pierres de Notre-Dame de Paris.


Il en va de l'héritage du Parti Communiste Français. Il ne faudrait pas, alors même qu'il fête son centenaire qu'une illusion d'attention prenne place d'une vraie réflexion. Facebook ne peut pas remplacer un comité scientifique et architectural et un vrai travail de protection patrimoniale. 

Il serait utile de faire classer immédiatement les Tours de Renée Gailhoustet, le centre Jeanne Hachette et le Liègat. Et pourquoi pas, tout comme pour Le Havre de Perret, demander immédiatement une protection par l’Unesco*  de cet urbanisme dans son ensemble, architecture, circulation, etc... C'est maintenant, pour l'Histoire du logement social en France une belle opportunité et pour le Parti Communiste une incroyable responsabilité.


Il faut stopper immédiatement les attaques honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et celles du centre Jeanne Hachette, il faudrait entreprendre un travail de fond et une protection des constructions, des paysages et des zones urbaines de ce centre ville d'Ivry-sur-Seine, il faut que cette municipalité, au lieu de se sentir encombrée par ceux qui défendent l'exceptionnalité de cet espace, comprenne qu'elle a entre ses mains, la preuve que l'architecture du logement social pouvait être écologique déjà il y a plus de quarante ans et qu'offrir du logement social intelligent et beau était possible. Votre mairie de Ivry-sur-Seine devrait prendre toutes les mesures de protections possibles, organiser enfin un vrai travail de sauvegarde et de communication, qu'elle comprenne que oui, Renée Gailhoustet et Jean Renaudie ont offert à cette ville l'occasion d'une immense fierté, expression d'un génie humaniste si rare en France. Il faut effacer la honte de ces attaques actuelles et refaire de cet héritage l'honneur de cette ville et en maintenir toutes les particularités et détails dans sa totale et entière exceptionnalité.


Le monde de l'architecture et du patrimoine avec vos citoyens regardent ce que vous ferez de cet héritage. Vous avez avec votre équipe municipale en même temps qu'une immense opportunité l’immense responsabilité d'un bien patrimonial exceptionnel et la possibilité d'entrer dans l'Histoire comme ceux qui auront sauvé cet ensemble  ou comme ceux ayant défiguré et ruiné cette Histoire au profit d'une gestion à court terme et opportuniste.


Soyez Monsieur le Maire respectueux de chaque centimètre-carré de cet héritage.


Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'Expression de ma Considération Distinguée.


David Liaudet, un amoureux de votre ville, de son Patrimoine et de la logique politique qui l’a construite.


*Tous les critères sont réunis pour une telle demande : https://whc.unesco.org/fr/criteres/


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samedi 12 octobre 2019

Madame Gailhoustet, merci.




Je reçois dans ma boîte aux lettres (oui j'ai de la chance) le dernier opus des carnets d'architectes.
Cette fois, je suis extrêmement ému car il est consacré à celle que je considère comme la (le) plus grande architecte française : Madame Renée Gailhoustet.
Les fidèles de ce blog savent mon admiration pour cette grande dame et pour son œuvre. Nous avons souvent (le plus souvent possible en fait) évoqué son travail, sa philosophie et surtout comme le dit l'ouvrage sa poétique du logement.
Je ne vous ferai pas un article pour en décliner la puissance car je ne saurais faire mieux que la spécialiste de Renée Gailhoustet qui signe ce carnet : Bénédicte Chaljub.
Avec un tel duo, une excellente critique d'architecture et une très grande architecte, il vous sera facile de comprendre qu'il ne vous reste plus qu'à vous plonger dans ce livre, totalement indispensable, pour tous ceux qui s'intéressent à l'architecture collective et sociale. J'aimerais dire d'ailleurs que, pour moi, toute architecture est forcément collective (par son territoire) et forcément sociale (par son implication).
Chez Madame Gailhoustet, il est toujours question d'une appropriation possible du logement comme une nécessité première. Laisser vivre en quelque sorte l'espace et le construire pour qu'il puisse à la fois offrir l'incroyable capillarité entre le dedans et le dehors mais aussi fabriquer cette liberté par un génie du plan.
D'ailleurs c'est ce que révèle surtout cet ouvrage qui permet clairement de saisir l'incroyable réflexion du plan et de ses infinies variations dans une structure solide et urbaine offrant souvent la constitution d'un paysage. La végétalisation étant ici pensée par Madame Gailhoustet aussi comme une politesse urbaine.
Comme pour les autres carnets d'architectes, l'ensemble du texte est clair, limpide, sans verbiage inutile. On entre au cœur de l'œuvre et de l'histoire de Madame Gailhoustet et Bénédicte Chaljub nous donne deux désirs : aller voir et avoir envie d'y habiter.
L'ouvrage possède également une iconographie très belle et très fournie.
Je ne vous montre pas d'images car je voudrais que vous fassiez l'effort d'aller vous y promener, certain que je suis aussi que vous irez, chères lectrices, chers lecteurs, acheter rapidement cet ouvrage chez votre libraire indépendant.
Mon exemplaire ira sous le nez de mes étudiantes et étudiants. Il ne faudrait pas qu'il loupent l'occasion de voir, de comprendre et d'aimer l'une des œuvres les plus importantes de l'architecture contemporaine.
Merci Mesdames.
Merci.

(ps : serait-il possible de lire (éditer) ce texte écrit par Jean Renaudie sur le Mont Saint Michel ?)

Renée Gailhoustet, une poétique du logement
Bénédicte Chaljub
Carnets d'architectes, éditions du Patrimoine.

pour relire (presque...) tous les articles sur Madame Gailhoustet :
http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html 
http://archipostcard.blogspot.com/2008/12/un-exercice-danalyse.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2017/06/nouveau-scandale-ouiencore.html 
http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/merci-renee.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/09/ivry-par-jean-renee-et-laurent.html 
http://archipostcard.blogspot.com/2009/08/un-signe.html
http://archipostcard.blogspot.com/2008/12/merci-archiguide.html

pour avoir envie de lire les autres carnets d'architectes :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/01/fernand-pouillon-en-carnets.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/02/andre-bruyere-trois-livres-et-quelques.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/04/jean-ginsberg-le-mans-monaco.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/11/maisons-bulles-en-page.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/01/felix-dumail-le-precurseur.html






mercredi 14 juin 2017

Nouveau scandale. Oui... Encore...

Si vous êtes de ceux qui aiment une forme subtile et joyeuse d'architecture, de ceux qui croient que ne rien céder de l'intelligence ne veut pas dire construire seulement pour une élite, de ceux qui savent que le verbe habiter est le plus beau, que l'urbanité est faite de voisinage, de partage, mais aussi de cachettes, que la végétalisation n'est pas un décor pour faire une démagogie écologique, qu'enfin vivre dans son architecture est toujours le signe chez une architecte d'une fidélité à ses utopies et à ses théories, alors vous allez signer la pétition ci-dessous pour sauver La Maladrerie, œuvre géniale car humaniste de Renée Gailhoustet.
Une fois encore, l'aveuglement est total. Le pragmatisme sert la bêtise. L'absence de pensée fait le jeu du faux-semblant. Toucher à la végétalisation de La Maladrerie ce n'est pas seulement croire résoudre un problème c'est éradiquer toute sa qualité, c'est ne rien avoir saisi de la leçon architecturale et surtout d'un Patrimoine architectural pourtant observé, copié, jalousé par les plus grands noms de l'Architecture Contemporaine. Je sais que Rem Koolhaas vient là.
Mais comment en France en est-on arrivé là ?
Comment a-t-on pu ainsi laisser dans des mains aussi peu éclairées le devoir de pérenniser des œuvres aussi importantes ? Après le scandale de la Cité des Poètes à Pierrefitte-sur-Seine, voilà qu'est attaquée l'une des plus belles réalisations du logement social en France. Il suffit d'avoir la chance de parcourir et de visiter les constructions de Madame Gailhoustet pour saisir l'incroyable chance de vivre là.
Signez, partagez, diffusez cette pétition. Rendez-vous dès que vous le pourrez dans les architectures de Madame Gailhoustet, racontez votre visite et votre espoir d'une France qui, enfin, se rappellera qu'elle a su, à une époque pas si lointaine, produire pour tous une architecture sociale de qualité.
Je vous donne quelques extraits du livre Éloge du Logement, Renée Gailhoustet, SODEDAT 93 et Riposati éditeurs, 1993.
Signez ICI  !



































































dimanche 11 septembre 2016

Le Mans Modeste

Finalement, je connais mal Le Mans.
Pourtant depuis 19 ans, je pratique cette ville. Il m'arrive d'en aimer des icônes comme la barre Le Couteur (bientôt défigurée), la Caisse d'Épargne (détruite) ou, en passant, de toujours me promettre de faire ici ou là des photographies.
Mais parfois, c'est la visite d'une amie, critique d'architecture, qui déclenche l'envie de vous parler d'un bâtiment, comme si, une parole venant de l'extérieur pouvait confirmer ce que j'avais déjà ressenti.
Bénédicte Chaljub que nous connaissons bien sur ce blog pour son très beau livre réalisé sur Renée Gailhoustet est donc venue au Mans. En passant le pont Yssoir après le tunnel, nous nous sommes tous deux extasiés devant une petite barre de logements quai Ledru-Rollin.
Je vous la montre d'abord grâce à une carte postale :





La carte postale Artaud en noir et blanc colorisé est expédiée en 1958, elle est typique de ce genre de production voulant associer le charme des bords de Sarthe, les plantations des berges et la ville au loin, minuscule hommage à une peinture française de paysage allant de Poussin aux impressionnistes. Dans la trouée végétale apparaît la ville offrant une horizontale franche par le pont. Les maisons se posent sur cette horizontale grâce à la perspective. Les couleurs trop douces, pâles ou parfois outrées (le vert), laissent transparaître la photographie. Rien de bien extraordinaire, vous avez raison.
Mais c'est bien par cette carte postale que nous pourrons regarder cet immeuble qui, lui, ne manque en rien de qualités.
On regarde :








Tous le vocabulaire architectural évoque les immeubles de la Reconstruction et notamment, celui d'une préfabrication. Les dalles sont lisibles, les emboîtements entre murs et ouvertures aussi avec le cadre des fenêtres débordant offrant une épaisseur superbe. Le matériau lui-même, un béton lavé, tout cela est reconnu et ici mis en place avec franchise et netteté que le dessin de cette façade sur rue affiche presque avec ostentation. On reconnaît aussi dans le maintien du toit à double pente une volonté d'insertion dans un paysage urbain fait de la Cité Plantagenêt en face. Je m'amuse à y reconnaître certains éléments de ma ville, Elbeuf (par Marcel Lods), ou même cette modernité tempérée de nombreuses villes marquées par la Reconstruction : à la fois l'économie d'un système de construction et l'élégance de le laisser visible.







Ensuite, on est aussi admiratif du traitement du volume de cette façade qui s'enfonce dans une épaisseur dégageant des circulations entre les balcons généreux. Le dos du bâtiment révèle le même vocabulaire en ajoutant les signes de la Modernité que sont le pavé de verre, les cages d'escaliers translucides et la casquette de béton qui court et délimite le rez-de-chaussée commercial et les habitations. On notera l'utilisation de pierres rouges dont la massivité bienvenue scande en contraste cette façade assez régulière.
Alors, Si je n'ai pas visité d'appartement, si je n'ai pas pu lire le plan, je peux tout de même, depuis la rue, en promeneur accompagné de Bénédicte Chaljub, aimer d'emblée cet immeuble modeste mais très représentatif de son époque. Parfaitement entretenu, dans un état d'origine remarquable, espérons qu'aucune isolation extérieure due à une politique démagogique écologique ne viendra le ruiner. Espérons que ceux qui en sont propriétaires en comprendront les signes extérieurs, son vocabulaire constructif et architectural et maintiendront dans notre paysage urbain ce petit morceau d'histoire. Les Journées Européennes du Patrimoine auront bientôt lieu au Mans comme partout en France. À l'évidence, l'importance de ce vocabulaire et de cette présence furent malheureusement ignorées pour la barre Le Couteur, souhaitons qu'ici cet héritage continue de nous réjouir et de nous raconter l'histoire de l'architecture moderne et contemporaine.
Je n'ai malheureusement pas trouvé le nom de l'architecte de cet immeuble manceau et je ne peux donc pas le remercier comme il faudrait.



mercredi 1 avril 2015

Sur des tabourets de Madame Perriand


 - Oui ? 
 - C'est Jean-Michel, Jean-Michel Lestrade...
 - Ah ! Jean-Michel ! Comment va ?
 - Mais bien, très bien ! Et toi ?
 - Au travail comme toujours, toi tu as arrêté je crois ?
 - Oui ! J'ai passé la main à mon fils Mohamed, il a repris l'agence et il développe le travail par les ordinateurs maintenant.
 - Oui ? Vraiment ? Dis-donc il y croit à ces machines ? Il est aventureux ?
 - Oui ! De toute façon, il sait revenir à la règle si nécessaire. Il est meilleur que moi tu sais.
 - J'ai vu la belle réalisation que ton agence a suivie à Grenoble, bravo. C'était ton fils je crois.
 - Oui, c'est Momo. Dis-donc, excuse-moi mais justement je t'appelle pour savoir si tu ne pourrais pas le rencontrer, il voudrait voir avec toi pour des projets de formations autour des ordinateurs. 
 - Oui ? Ah... euh... Je ne sais pas, que veut-il au juste ? 
 - Non non, ne t'inquiète pas, il veut venir avec le matériel pour te montrer son efficacité et voir comment vous pourriez faire un gros chantier ensemble.
 - Écoute oui, pourquoi pas. Là je suis en plein sur le chantier de Villetaneuse mais qu'il passe un coup de fil disons en fin de semaine, vendredi, je le recevrai cela va de soi au nom de nos vieilles histoires ! Et Jocelyne ? Comment va la jolie Jocelyne ?
 - Bien, très bien, elle te salue. Elle se souvient aussi de nos vieilles histoires....
 - ....
 - ..... Nikos ?....
 -.... Oui ! Pardon ! Un employé me posait une question... Oui ! Donc tu te souviens du chantier de Marly ?





















 - Avec André Contenay ? Et comment ! On a bien rigolé ! Et on a gagné ! Je racontais ce souvenir à Mohamed, tiens-toi bien, hier justement. Ce chantier ! Quel chantier !
 - Oui ! Comme quoi, il vaut mieux être associé que concurrent ! 
 - Tu sais que c'est ce chantier qui me paye ma retraite ! 
 - Arrête ! Je n'en peux plus ! Ah Sacré Jean-Michel !
 - Oui, c'est la vérité ! Il faut dire que le bâtiment est très beau.
 - En effet, il l'est et, entre nous... heureusement !
 - Ah t'es toujours aussi drôle. Tiens, je te passe quelqu'un, ne quitte pas...
 - Allo ? Nikos ? C'est la Princesse !
 - Jocelyne ? Jocelyne c'est toi ?
 - Mais oui ! Comment vas-tu ?
 - Tu es toujours avec ce coquin de Jean-Michel ? Comment tu fais pour supporter ce voyou ?
 - Il m'a donné quelque chose que tu n'as jamais pu me donner...
 - Des enfants ?
 - Mais non Nikos ! Ah... De la patience ! 
 - Je suis heureux de te savoir heureuse Jocelyne. Tes enfants sont bien élevés et ce que vous avez fait avec Mohamed, personne ne l'aurait fait. C'est tout vous, vous êtes parfaits.
 - Tu es gentil, passe nous voir, la semaine prochaine, je te ferai ton plat favori.
 - Du rouget grillé ? J'arrive !
 - Oui, viens dimanche, tu verras Momo et Gilles aussi. Et tu verras mon petit-fils Alvar !
 - Tu es grand-mère ? Alvar, je parie que c'est Jean-Michel qui lui a trouvé ce nom ?
 - Comme tu dis ! On t'attend dimanche. Tu pourras mieux discuter avec les garçons de vos projets.
 - Et Yasmina ? Comment va-t-elle ? je la verrai aussi ?
 - Non, elle est à la Grande Motte avec la mère de Jean-Michel. Je te le repasse, à Dimanche !
 - C'est Jean-Michel, Tu vois c'est encore Jocelyne qui arrange tout.
 - Veinard ! Je viens dimanche. Je te laisse, j'ai un plan à finir pour demain... Pour Renée Gailhoustet, un immeuble à Villetaneuse.
 - ... Charrette c'est ton second prénom ! Tu es encore charrette ! À dimanche et embrasse Renée pour moi !
 - Salut à toi ! Oui à Dimanche.



La carte postale du siège des Compagnies d'Assurances du Groupe Drouot à Marly-le-Roi est une photographie aérienne magnifique de Alain Perceval imprimée en Draeger. Elle ne comporte aucun nom d'éditeur ni d'architecte, et pas de date ni de correspondance.
Dans l'Architecture d'Aujourd'hui de 1959, on trouve une double page sur le club privé de la même Compagnie des Assurances Drouot par André Contenay, architecte.
C'est, simplement, un petit bijou de légèreté... Et on admirera le mobilier dont certaines pièces semblent de Charlotte Perriand. Qui nous aidera à identifier le reste de ce mobilier ? On notera que la revue ne nomme pas Charlotte Perriand comme ensemblière.


















lundi 9 mars 2015

Merci Renée

J'ai reçu, il y a quelques jours maintenant, sans doute l'une de mes cartes postales favorites. Vous allez comprendre pourquoi et surtout quelle charge émotionnelle elle porte.
La voici :



Si je ne vous dis rien vous aurez tout de même remarqué sur cette carte postale :
 - une dame qui parle à des jeunes femmes qui écoutent et notent. Certaines ont même un cahier "the little Prince". On passera sur ce détail...
 - des appareils photographiques sur la table et un grand monsieur chauve qui discute.
 - un poster d'un tableau de Miró, un chat en papier découpé et collé sur la fenêtre.
Étrange carte postale vous en conviendrez et vous aurez perçu rapidement qu'elle n'est pas ancienne.
Alors retournons cette carte postale et regardons ce qu'elle nous raconte :



Oui !
Vous avez compris !





Il s'agit de Madame Gailhoustet, que je me permets d'appeler Renée, car c'est elle qui me l'avait demandé lors de ma visite chez elle. Elle est en bonne compagnie car entourée d'étudiantes (mais où sont les garçons ?) et  Monsieur Yves Belorgey, artiste-peintre, les accompagne. Il s'agit d'une rencontre, d'un moment pédagogique et l'espace qui existe entre Renée et les étudiantes est le plus beau. Celui du partage et de l'écoute. Ils sont au Liégat, un ensemble d'habitations collectives dessiné par Renée Gailhoustet. Il est donc certainement question d'architecture dans cette discussion. La carte m'est envoyée par Xavier Dousson que nous connaissons bien ici car il a notamment remis en lumière le travail de Jean Bossu.
J'ai déjà dit combien pour moi le travail de Madame Gailhoustet reste un modèle que malheureusement on n'aime pas assez en France. Il faut dire que l'humanisme appliqué dans les formes, les questions sociales prises comme matériau, et une forme de pragmatisme jovial sont oubliés depuis longtemps. Il n'est pas question encore de se plaindre ni d'avouer une défaite d'une époque perdue, il est question de comprendre pourquoi (et par qui) tout ce travail visible, éprouvé, réussi est aujourd'hui un rien oublié et perçu comme un âge d'or alors qu'il est possible, toujours possible.
Je ne voudrais pas installer cette pensée architecturale dans une période révolue car cela serait accuser son éloignement, je voudrais juste le partager, le gueuler, pour qu'enfin, un peu, de temps en temps, on comprenne la leçon magnifique et claire et que, ici ou là, une jeune architecte, un jeune architecte construisent ainsi une nouvelle réalité sociale et architecturale.
Alors voir ainsi des étudiants parler avec Renée, entendre les espaces, voir la parole prendre forme, hors du jeu amusant de la prospective et de l'imaginaire des utopies (même joyeuses), voir un peintre, un critique et historien de l'architecture mettre face à face une jeunesse féminine (et tant mieux) avec l'une de nos plus grandes architectes est une image qui me réjouit.
Il faut que ça passe.
Et la lumière venant dans la pièce, la simplicité d'un espace partagé, la possibilité d'un jardin sur une terrasse disent bien comment on doit enseigner l'architecture.
Un peintre, une architecte, un lieu, des gens qui écoutent et viennent voir, des historiens, des désirs d'images aussi sans doute. C'est ça construire.
Je remercie vivement Xavier Dousson pour cet envoi.
Et merci pour tout Renée.

Xavier Dousson me demande de préciser et il a raison :


Bonjour David,

Je t'ai envoyé hier un petit paquet de cartes postales, et notamment la deuxième de la série (de 2!) que nous avions faite avec Renée Gailhoustet.
Je dis nous car, dans cette affaire pédagogique, tout a été combiné avec Sandra Parvu, mon alter-ego dans cet enseignement de projet en Licence 2.
Elle est assise à la gauche d'Yves, sur un petit banc magnifique dessiné par Jean Renaudie.
Sandra est architecte et chercheuse. Elle s'intéresse précisément aux mêmes sujets que nous! Et elle édite des cartes postales!!
Par ailleurs, même si la photo ne le montre pas, il y avait des étudiants avec nous! 2 garçons très sympathiques dont un, Gabriel, illumine le centre de la carte postale que tu vas recevoir!
Je ne sais pas dans quelle mesure ces compléments pourraient être apporté à ton texte magnifique et si encourageant, mais je ne voudrais pas que Sandra soit invisible de cette action pédagogique. 
Encore merci!
Bien à toi,
Xavier



Pour connaître un peu mieux Yves Bélorgey :
http://www.xippas.net/fr/artists/yves-belorgey/
Pour lire le livre sur Jean Bossu de Xavier Dousson :
http://editions.monuments-nationaux.fr/fr/le-catalogue/bdd/tri/1/livre/869

Je vous donne quelques extraits du très beau livre Éloge du logement, Renée Gailhoustet aux éditions Massimo Riposati qui vous permettront de voir mieux le Liègat et de reconnaître la table... et donc l'appartement de Renée Gailhoustet, si je ne me trompe pas. Il vous faudra surtout bien lire les plans pour saisir la vérité de ce travail permettant à des logements sociaux une vraie promenade architecturale offerte par la traversée d'un logement de 15 mètres de profondeur et de ses... trois terrasses.















dimanche 28 décembre 2014

Construire une maison

Alors que dans la frénésie des achats de Noël, j'étais à la recherche de livres pour les amis, mon œil glisse soudain sur un minuscule livre tant par sa taille que par sa pagination (30 pages) :



Construire une maison de Jack London aux éditions du sonneur est pourtant un livre magnifique et incroyablement d'actualité !
Quelle chance !
Je vous ai parlé de beaucoup de livres en cette fin d'année (et ce n'est pas fini...) mais si vous aimez l'architecture et l'idée même du logis, de l'habitat et surtout de l'habiter, il vous faut passer ces quelques minutes de lecture avec Jack London qui, contre toutes (mes) attentes, définit en quelques lignes une forme amusée et rigoureuse de l'architecture.
Il y a même une description de son logis idéal pour commencer ce texte qui laisse pantois et réserve une magnifique surprise digne de Le Corbusier... ou de Jules Verne, je vous laisse découvrir !
Si j'étais enseignant dans une école d'art ou d'architecture (suivez mon regard...) je ferais avec ce livre un travail avec les étudiants. J'associerais ce texte avec La politesse des maisons de Bénédicte Chaljub et Renée Gailhoustet. Il se pourrait bien qu'entre les deux livres existe une lignée belle et joyeuse d'une architecture tournée d'abord vers l'habitant : une vérité architecturale en quelque sorte. Pour 5 euros, oui, 5 euros, remettez vos pendules à l'heure sur la maison et l'architecture et achetez illico Construire une maison de Jack London.
Je ne vous en donne que quelques très courts extraits pour vous donner envie...







Pour accompagner ce texte, quoi de mieux que deux cartes postales éditées à des fins publicitaires par la société "Onduline"qui fabriquait des tôles ondulées en métal ou en plastique.
Sur cette première carte postale, on trouve deux chalets visés par le toit pour bien montrer le produit "Onduline" à l'œuvre.



Le chantier de construction est dans sa phase finale et on a un peu peur que tout cela glisse vers le bas de la montagne de Pra-Loup. On ne nomme pas d'architecte mais on parle d'une construction traditionnelle nommée par l'éditeur "châlet norvégien".
Je vous donne le verso de la carte c'est amusant !



L'autre carte postale nous montre toujours un produit Onduline utilisé ici pour une serre consacrée à la culture des œillets américains à Sainte-Estève chez les établissements Brousse Frères.
Ici c'est le produit Takiron qui est en vedette.
Mais je fus surtout séduit par l'espace de cette image, par la beauté du bleu passant entre la structure en lamellé-collé si fine et avec une telle portée !
Parfois, une belle architecture c'est d'abord la vérité de sa structure, la vérité de ses matériaux, l'application simple de ses fonctions.
Cela plairait tellement à Jack London !