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mardi 5 mai 2026

une erreur de l'architecture peut-elle être aussi une icône ?


Si j'en crois le renouveau d'intérêt pour une certaine architecture post-moderne sur les réseaux sociaux et les blogs (renouveau auquel nous participons depuis 20 ans), il faudra bientôt ramener le sens de l'architecture bien plus à ses images qu'à son usage.
Alors que le Brutalisme s'amollit sous des définitions variées (voir l'article sur Chadwick), il semble que certaines constructions gagnent soudain en intérêt devenant des icônes obligées pour un urbex à ciel ouvert, un enfonçage de portes ouvertes.
Ricardo Bofill est en passe de devenir à ce titre le héros de cette réécriture de l'histoire de l'architecture tant les mochetés qu'il a pondu à l'envi sont devenues aujourd'hui pour la jeunesse des "lieux" saisissants, des aventures urbaines, des "place to be" jusqu'à l'écoeurement. Le grand bazar des illusions, la satisfaction éblouie des promoteurs-politiciens avides de grandeurs giscardiennes.

On regrettera (ou pas) que cette nouvelle génération ne se soit pas réveillée plus tôt (et mieux...) pour sauver sur l'Instagram des oeuvres majeures qu'elle ne sait pas voir et qui sont sans doute moins chics, moins amusantes, moins publiables. Le Mirail crève bien en silence malgré de courageux et courageuses défenseurs et défenseuses. Mais c'est moins...sexy.

Par contre, pas de souci pour reconnaitre à cette erreur architecturale, les Arènes de Picasso de Manuel Nunez Yanowsky, un rôle dans l'histoire de l'Architecture. Car oui : c'est une erreur. Une erreur décorée, bien façonnée et surtout remarquablement déguisée mais une erreur tout de même. On pourrait même dire que c'est cela qui la rend touchante cette erreur, son costume trop grand, sa révérence à Ledoux, aux utopistes, au cinéma, au...spectacle un peu comme une crête d'iroquois sur le crâne dégarni d'un vieux punk décati.
Certes, le Vintage (et l'urgence de le voir prendre la place de la nostalgie)  peut bien sauver tout en même temps, les youngtimers, les disques vinyles, les T-shirts de Hard Rock mais doit-on supporter que l'on confonde ce décor grandiloquent avec de l'architecture ? Car, où sont l'analyse des plans ? Qui s'interroge au pied de ces camemberts en béton moulé sur des façades de comment la gestion des espaces y est dessinée ? Mettre un cadre Napoleon 3 sur ce clapier à lapin est-ce faire de l'architecture ?
Doit-on sauver aussi les images ? Patrimonialiser les décors ? Se faire oublieux du fond pour ne sauver que les apparences des formes ? Vivre là, dans ce décor est-ce vivre vraiment et c'est vivre quoi ?
Les pauvres ont-ils besoin d'un décor de carton pâte pour supporter la pauvreté des solutions architecturale  qu'on leur propose, qu'on leur assigne ?

Oui, on peut reconnaitre à ces espaces d'être des lieux. Oui, on peut se convaincre de leur extravagance, de la joie de la situation, du plaisir du jeu et du théâtre. Après tout ce n'est pas pire que le pavillonnaire. Si ?
Ah oui...c'est minéral...Mais il semble que là, on doive encore attendre pour que la ruine des constructions laisse la végétation venir y apporter la folie de l'incohérence végétale qui rachète tout si on en croit Gilles Clément ou Descola. Manque de bol, sont en trop bon état ces Arènes de Picasso pour qu'on en chante l'uchronie, la ruine, les jubilations arty et bourgeoises des hétérotopies.
Moins d'espace pour parler d'Édith Girard ou de Henri Gaudin par exemple qui n'ont pas le malheur d'avoir réalisé des oeuvres grotesques (au sens baroque du terme). Là, l'intelligence fait moins spectacle, offre moins de points de vue instantanés. La discrétion et la délicatesse ne semblent pas intéresser ce désir d'images d'aujourd'hui. Et puis...faut apprendre à lire. Dommage pour l'histoire de l'Architecture.

Alors ne vous inquiétez pas de trop. Je défendrai toujours et encore cette architecture de merde. Je le fais d'ailleurs depuis longtemps déjà. Mais j'aimerai simplement que l'on rappelle que si des merdes font l'histoire, elles restent des merdes. Et que ce serait bien (et honnête) de défendre aussi, dans le même temps, des vraies oeuvres d'architecture, des vraies intentions humanistes, des vraies écritures modeste et intelligentes en lieu et place de ces façadismes immatures. Faites, faisons un effort. Et, s'il vous plait, une bonne fois pour toute : laissez Piranèse loin de cela.

Ah...j'oubliais...il en va de même des si fameux "choux" de Grandval à Créteil.

La carte postale est une édition Raymon (où sont vos archives ?), le photographe que nous connaissons bien sur ce blog est J.-N Duchateau. On notera que l'éditeur ne nomme pas l'architecte : Manuel Nunez Yanowsky.
On notera la ressemblance entre son projet et celui-ci, moqueur à rebours. 110 ans d'écart...Comme quoi c'est à ça qu'on les reconnait. On rira donc que ce tonneau habitable existe depuis 1897.





Pour vous rappeler que je les aime vraiment et depuis si longtemps (2008 !)  ces errements post-modernes :
etc....





mercredi 27 août 2025

Petite suite post-moderne (et théâtrale) à classer d'urgence

 Dans l'histoire de mes engagements architecturaux, j'ai longtemps mis des limites de coeur et d'esprit, dans un désir de pureté toujours signe d'une radicalité que seule la jeunesse peut expliquer et excuser.

Et puis...

Il y a vingt ans, au début de ce blog, jamais je n'aurai fait un article sur l'architecture historiciste ou post-moderne ou alors pour m'en moquer. Il faut dire que le Brutalisme et le Hard-French occupaient déjà bien la place de mon esprit combatif pour la reconnaissance d'un Patrimoine mal aimé et que, aujourd'hui, même si je relativise encore beaucoup le sens de cette autre architecture, il m'arrive maintenant de comprendre un peu mieux son goût du délire psychopathique, surréaliste, gesticulant de signes et d'humour aussi, ce qui, chez moi, sauve beaucoup de choses. 

Et puis...

Et puis la jeunesse pousse un peu et ce qui faisait une certaine originalité de position de ma part il y a longtemps je dois bien le supporter des jeunes d'aujourd'hui qui, eux, se baignent dans les lumières moulées de béton d'un Ricardo Bofill ou d'un Nunez-Yanowski sans remord, sans crainte, un peu comme maintenant on se baigne dans la Seine à Paris. Il y a bien un peu de caca dans l'eau mais pas suffisamment pour que le désir de baignade ne soit pas satisfait. Il faut donc plonger dans toute l'Histoire de l'Architecture. Je veux plonger maintenant avec cette jeunesse amusée de l'histoire récente de l'Architecture.

Et puis...

Dans le rangement et la recherche de cartes pour un projet sur Nantes d'une exposition sur Jean Prouvé, je fouille mon Fonds et je trouve cette carte postale un peu perdue, mal rangée et qui me fit sourire immédiatement :




Vous allez rire mais au premier regard sur cette carte postale mon esprit y à coller le travail de Roland Castro à Angoulème et on verra que finalement il y a un lien très tenu. Mais non bien entendu, il ne s'agit pas de Castro qui use, lui, d'autres références. Nous sommes à Miramas et il s'agit d'une carte postale des éditions Anatome affranchie en 1987 qui nous montre le Théâtre "La Colonne". On le dit de suite : cette carte est vraiment très mal imprimée, d'une qualité douteuse et ne permet pas de bien lire ce qui s'y passe. Pourtant, il y a longtemps, j'ai bien décidé de l'acheter, sans doute d'ailleurs touché par cette qualité fragile qui lui donne aussi un aspect un rien usée, fatiguée, un peu comme les cartes pauvres des pays de l'Est. Et voilà que je me vois décidé aujourd'hui à la prendre en compte, à la sortir du lot, à me voir faire des recherches sur cet espace sans bien comprendre pourquoi c'est maintenant que cette urgence se déclenche chez moi. Je trouve facilement le nom de l'architecte : Jean-Jacques Morisseau. J'avoue découvrir ce nom et son travail que je n'avais jusqu'à ce jour jamais entendu. Et pourtant, il y a là une vraie oeuvre. Le moins que l'on puisse dire c'est que, au moins pour ce théâtre, Monsieur Morisseau est totalement pris par cette école Post-Moderne, entre donc un Ricardo Boffil ou le Groupe Site, jouant de tous les vocabulaires, jouant au fantastique joyeux, ménageant surprise des matériaux et des espaces, construisant à la fois un décor avec humour mais fabriquant un vrai lieu, un espace qui raconte quelque chose de l'imaginaire, du décor, de la mise en scène. Il y a même des colonnes qui montent un escalier...C'est Piranèse ou de Chirico si on veut. On pourrait trouver à toutes cette gesticulation une vanité mais j'avoue que maintenant je me laisse volontiers prendre à ce mouvement baroque, au désir d'une architecture qui gueule sa présence, qui demande avidement qu'on la regarde. Aujourd'hui, une architecture-piège (tableau -piège) que l'on dirait instagramable. Je m'excuse pour ce néologisme atroce. J'adorerais aller la voir, jouer avec mon appareil photographique et je dois pour l'instant me contenter de la Google Car qui fait tout de même bien le travail.

Mais je découvre que Jean-Jacques Morisseau a aussi produit un lycée à Angoulème ce qui explique peut-être un peu mon collage évoqué plus haut. Mais Comment je n'ai pas eu l'intelligence de profiter de mon séjour à Angoulème pour aller visiter ce pur délire architectural ! Mon ami Frédéric Lefever me fera y revenir. Le Lycée de l'Image et du Son est vraiment incroyable ! On a envie d'y aller voir ! Existe-il une carte postale de ce lycée ?

Bien entendu la question qu'il faut poser ici c'est la Patrimonialisation de ce genre d'architecture. De telles constructions mériteraient un classement immédiat tant elles sont représentatives de cette école architecturale finalement assez rares en France. Ce qui d'ailleurs me réjouissait à une autre époque...On voit que la Résidence Lamartine de Tours des architectes Marc Ginisty et Robert Mander que j'ai découvert par hasard cette année est bien labellisée. Qu'en est-il des oeuvres de Jean-Jacques Morisseau ? Il est temps de les protéger mais aussi d'en révéler toutes les qualités même si le spectacle de leur existence prend parfois un peu le pas sur leur fonction. Après tout, c'est aussi l'une des joies de la Ville que de tomber dans des fictions, des histoires, des narrations, des ruines un peu trop neuves.

Je ne trouve pas de site pour le travail de Jean-Jacques Morisseau ni de catalogue de son oeuvre. C'est dommage.

Pour les courageux et ceux qui sont en retard, ils peuvent revoir les Post-Modernes et Bofill et compagnie sur mon blog. Le premier article sur Bofill date de 2008...je n'étais donc pas si en retard que ça...

D'abord le Théâtre "la Colonne" :











Pour La Résidence Lamartine de Tours, voici quelques images de votre serviteur :










mercredi 29 janvier 2025

Ledoux dans l'aire

 Il y a peu d'architectes aussi iconiques que Claude-Nicolas Ledoux, sorte de quintessence de l'esprit français. Il y a donc fort à parier qu'il soit imité, singé, copié et honoré par tout le monde, allant chercher chez lui (sa radicalité) quelque chose qui fonderait une raison à faire n'importe quoi allant du fanatisme le plus crasse à de véritables hommages plus structurels, utopistes, révolutionnaires.

Comme la vie ne manque pas de sel (vous pigez la référence ?), il arrive que des amis en balade tombent sur de tels hommages dans des lieux un rien particuliers mais qui finalement vont bien à notre architecte de la révolution : une aire d'autoroute.



L'ami en question est l'un de mes brillants anciens élèves, un graveur sur bois particulièrement efficace et dont le chatoiement des noirs dispute la foison des motifs : Jérémie Lechailler. C'est Jérémie qui m'envoie donc des photos de sa découverte tout heureux de me faire savoir qu'il pense à moi devant ces machines monumentales qui doivent donc rendre une sorte d'hommage à l'architecte...hommage ici sur l'aire du Jura-Arlay. Je signale à mon ami que je connais cet ensemble, qu'il fait partie maintenant des machines un peu comiques, un peu désuètes que l'on trouve sur les aires d'autoroute, sculptures et installations qui vont des trucs les plus moches (pyramide en tôle ondulée sur l'A7) aux jubilations parfois assez nettes. J'aime bien celle-ci et on la doit à l'architecte Jean-Luc Grenard qui donc propose une sorte de petit parc de folies toutes référencées au grand architecte, reprenant les formes, l'écriture, les projets. On dirait un parc post-moderne, on dirait une salle de travail (au sens de l'accouchement) pour un Ricardo Bofill lâchant là ses derniers feux, son maniérisme giscardien ou son génie du mal. Vous déciderez. C'est exactement ce que j'aime dans cette proposition. On ne comprend pas très bien ni à quoi on joue ni comment les visiteurs sont censés comprendre l'architecture de Ledoux (et son sens) après deux heures de voitures, en roulant à 130 kilomètres heures, obligés de s'arrêter car le petit dernier à une envie urgente. Comment donc, tentant de se détendre, la famille ou le routier bulgare vont pouvoir se saisir de ce type de jardin d'utopies ? C'est touchant. J'aime cette idée.



Ici, ce que je sais pas c'est comment on arpente ces espaces et ces architectures. Peut-on entrer dedans ? Peut-on les traverser ? Leur échelle permet-elle de les comprendre non pas comme des maquettes géantes mais bien comme des architectures ? C'est quoi cet entre-deux ? Ainsi blanchies, ces constructions me font en effet penser à une table remplie de maquettes en carton-plume ou à des capsules d'Absalon. J'aimerai beaucoup aller les voir et comprendre leur sens autant comme architecture que comme hommage.

Au téléphone, en parlant avec Jérémie, un sentiment vague d'avoir une carte postale de cette aire d'autoroute flotte dans ma tête. Littéralement, je vois une image. Je cherche donc dans mes classeurs et je comprends mon collage. Je possède bien une carte en multi-vues de cette aire d'autoroute avec laquelle j'ai fait un collage mental d'une carte postale provenant, elle, du Musée Claude-Nicolas Ledoux d'Arc-et-Senans. Mon sang ne fait qu'un tour lorsque je remarque que cette carte postale précise : "réalisé en 1998 sur l'Aire du Jura de l'A39" ! Tout s'explique ! On remarque alors certains détails d'ailleurs différents entre la maquette du musée et la réalisation sur l'autoroute. Dans ma collection, les cartes du Musée sont trop grandes et ne permettent ni de les ranger avec les autres ni d'ailleurs de prendre le risque de les envoyer. Elles sont un peu...prétentieuses et j'ai tendance à préférer la version modeste de l'aire d'autoroute. On notera que la carte du Musée Claude-Nicolas Ledoux ne nomme pas alors Jean-Luc Grenard comme architecte de réalisation. 


Peut-on encore visiter les bâtiments sur cette aire d'autoroute ? Peut-on encore y acheter sur place des cartes postales ? Peut-on encore y rencontrer, la nuit tombant, un routier bulgare en manque de tendresse ? J'irai voir. Promis. On note que les photographies de Jérémie nous montrent un ensemble en mauvais état. Il serait bien de revoir l'ensemble et de lui rendre sa splendeur, sa blancheur irréelle. Au prix des péages des autoroutes...ça ne devrait pas être un souci financier...

La carte de l'aire d'autoroute est une édition Cellard qui précise donc bien Jean-Luc Grenard comme architecte.

Les cartes des maquettes du Musée sont des éditions de l'Institut Claude-Nicolas Ledoux dont les photographies sont de G. Fessy.

Les photos de l'aire d'autoroute sont de Jérémie Lechailler. Merci l'ami. Merci.

Pour voir ou revoir Bofill :
etc...









lundi 4 juillet 2022

Le Viaduc de Ricardo Boffil, bientôt une ruine pour Urbex ?



Lors de la manifestation Archiweek où j'ai pu parlé de la représentation des cartes postales et du logement, une autre intervention m'a un peu fait peur, intervention pourtant que l'on sentait pleines de bonnes volontés et de bonnes intentions.
En effet, il fut question de l'ensemble les Arcades du Lac de Ricardo Bofill et plus particulièrement de son Viaduc* et de son état inquiétant. Il faut donc dès maintenant s'interroger sur son avenir et sur les manières d'intervenir sur ce très très beau morceau d'architecture préfabriquée dont la poésie, la force et l'étrangeté sont plus que reconnues même par ceux qui, comme moi, ne sont pas toujours convaincus par le travail de l'architecte Bofill capable du meilleur comme du pire. Le pire étant, dans sa spécificité historique, ce qu'il faudra bien patrimonialiser comme tel...
Ce qui est très très inquiétant c'est bien que ce morceau d'architecture, ce Viaduc n'est absolument pas protégé et ne semble bénéficier d'aucune attention particulière de la part de ceux qui sont en charge de sa sauvegarde ( DRAC Ile-de-France). Seuls les habitants et co-propriétaires semblent vouloir être attentifs à cette oeuvre. Pourtant, certains mots, certaines idées, certaines même orientations semblent indiquer un risque de vouloir le "réhabiliter" en lieu et place de maintenir la construction dans un état d'absolue exceptionnalité. Autrement dit, la meilleure chose à faire c'est d'en faire le moins possible et de ne surtout toucher à rien de ce qui est l'essentiel : le dessin et les formes.
Il faut faire attention que, à vouloir bien faire, à vouloir tenir ce monument comme un objet-spectacle de finir par le ruiner et de le désavouer dans une sorte de vengeance contre la politique qui l'a fait naître.
On peut bien bouder Bofill et lui reconnaitre maintenant qu'il est dans l'histoire, la grande, celle des étrangetés, des Folies et vouloir en maintenir chacun de ses détails ou de son ensemble : une silhouette, une surface, une matière, une organisation spatiale.
Pour ma part, je pense qu'il faudrait avoir le courage de suivre les délires de Bofill et de laisser la ruine venir prendre la place de la construction. Car Bofill et son école auraient certainement aimé que le monolithe pourrisse lentement, se vidant des habitants, devenant dans trente ou quarante ans une belle ruine moderne, habitée par les corbeaux, devenant un lieu de culte pour amateurs d'urbex ou de Ruin Porn. Voilà qui serait post-moderne en diable !
Mais je ne crois pas que cette hypothèse soit celle désirée par les habitants et c'est, bien entendu, tant mieux.
Pourtant...Comme cela serait beau une belle ruine de Bofill bouffée par les lierres et les arbres.
Il est donc nécessaire maintenant de soutenir les propriétaires et les agents culturels pour faire tout ce qui est possible pour que rapidement, nettement et avec respect ce monstre de béton iconique et digne retrouve toute la superbe de son arrogance monumentale. Il y a des gens qui habitent là, qui sont heureux d'y vire et on doit remercier Bofill de leur avoir offert un lieu aussi magique.
Mais que font, une fois encore, les responsables de cette protection nécessaire ? Où sont-ils ?
On est en Ile-de-France.

Je remercie donc Donata Merlo et Claire Lavenant pour leur intervention et pour les craintes qu'elles ont soulevées chez moi. Qui prendra en charge, en France, l'inventaire et  la Patrimonialisation de l'œuvre de Monsieur Bofill en passe de devenir pour toute une génération l'objet d'un culte déviant à l'architecture ?

Je vous propose donc cette carte postale des éditions La Cigogne qui nous montre le Viaduc de Bofill au temps de sa splendeur. On note que le Studio Mandarine qui a réalisé le cliché laisse l'architecture s'exprimer pleinement dans son horizontalité pour en montrer sans doute toute l'étrangeté de sa forme rappelant à la fois les ponts habités, Chenonceau ou un palais stalinien.

* Montigny-le-Bretonneux



samedi 27 février 2016

Forteresses sans défense

Amusons-nous !
J'ai rassemblé trois cartes postales de trois architectures aux programmes bien différents mais qui ont dans leur forme quelque chose de massif, solide, reprenant un vocabulaire un rien défensif et épais qui évoque un peu (beaucoup) des architectures gaillardes me rappelant (et c'est personnel) des constructions plus guerrières, des châteaux-forts un peu tendres.
D'abord un hôtel !



J'avoue beaucoup aimer cet hôtel Carol à Rimini.
Comment ne pas être séduit par les volumes en béton brut posés sur la façade donnant un aspect de guérites observant le paysage ? La massivité de ces volumes jouant un double rôle de balcon pour l'étage supérieur et de dais pour l'étage inférieur est un geste gratuit, certes, mais rythmant cet immeuble qui, sans ce détail, serait bien simple. On notera aussi que le dernier étage reprend un ourlet épaissi couronnant tout le pourtour et donnant un poids à l'ensemble. On admire les très beaux dessins de ces garde-corps venant bien jouer avec la couleur de la façade. Pour le reste, difficile de dire quoi que ce soit, c'est la limite de l'image. On pourrait (un peu vite ?) y reconnaître le style de Bofill et du Taller de Arquitectura dans sa période Reus. Mais de loin sans doute... On s'amuse du cheminement de la gouttière faisant un angle au-dessus de la terrasse !





Ce qui est certain, c'est qu'il y a bien là un projet stylistique et donc aussi un architecte ayant su affirmer un vocabulaire précis à un commanditaire, ici la famille Gamberini. Mais qui est cet architecte audacieux ?
La carte postale fut expédiée par Marthe pour participer à Tournez Manège...
Ensuite un hôpital :




Une succession de volumes en décrochements répétés et en opposition offrent des ouvertures dans les angles et des murs aveugles. Les épaisseurs, les redents s'associent avec deux tours jumelles en béton brut juste séparées par une liaison fine évoquant des meurtrières ajoutant une massivité bien utile à l'ensemble. Une entrée comme un pont-levis posé sur des pilotis mais ne menant à aucune porte sur le dessus, laisse le visiteur entrer par le... dessous. On en profite pour remarquer que l'expéditeur a fait une croix sur sa fenêtre donnant en plein sur cette surface lisse de béton.



 

L'ensemble ne manque pas d'allure car les volumes accrochent la lumière et forment un ensemble comme construit par étapes successives évitant le bloc ennuyeux. On aime aussi la belle ouverture pratiquée au milieu qu'un escalier permet d'arpenter. Nous sommes à l'hôpital Caremeau de Nîmes. La carte postale est une édition La Nimoise Des Cartes qui ne nomme pas l'architecte.
À nouveau un hôtel :





Alors que le premier plan évoque une mer éternelle, la machine hôtelière se pose sans aucune compromission sur le flan de la falaise semblant même la construire. La dégringolade des chambres sur la pente, leur égalité de traitement semble dire qu'aucune résistance du paysage n'est possible. Comme un dédain affirmé de ce que le caillou en dessous pouvait bien raconter. Un arbuste semble pourtant à lui seul avoir retenu la cascade architecturale. Pourtant deux grosses tours un peu pataudes et laissées grises et totalement aveugles affirment soudainement une verticale dont il est aisé de comprendre le rôle : il s'agit de cages d'ascenseurs permettant de récupérer le niveau supérieur de la falaise qui doit accueillir les vacanciers. Ainsi isolées, les deux tours prennent des allures de vigies grâce à une ombre offrant le détail d'un crénelage digne d'un beau et ancien château-fort. Seuls les voûtains du premier niveau offrent l'occasion d'une légèreté. On aimera aussi le mur de pierre qui retient l'ensemble au sol. Tout le monde a vue sur mer, c'est l'essentiel. J'adore ça.
Nous sommes à l'hôtel Cartago au port de Sant Miquel à Ibiza. La carte postale est une édition Subira sans date ni nom d'architecte, malheureusement...

 

mardi 24 mars 2015

Bofill Barrio apartamentos



Nous n'en finissons pas d'aimer à nouveau Ricardo Bofill.
Sur cette carte multi-vues faisant la promotion d'appartements au soleil (voir verso de la carte postale), j'avais bien senti un possible travail d'architecte en n'étant pas certain de ce que cela pouvait porter comme désir ni comme projet et encore moins comme auteur. Il faut dire que l'œil a vite fait dans le tri rapide des matins brumeux des vide-greniers d'analyser une image et surtout... de tenter sa chance !
Et voilà !
Cette carte postale nous montre bien l'une des belles œuvres de Ricardo Bofill et du Taller de Arquitectura. Les appartements Sargazo (apartamentos Sargazo) nous montrent d'abord une utilisation de la couleur puissante et psychologiquement appliquée conduisant sans doute à une forme poétique de l'espace qui me rappelle toujours Luis Barragan. Les volumes puissants ajoutent aussi au travail des ombres et des aplats réalisant une géométrie et donc, une architecture radicale et belle.









On notera que, par contre, les aménagements intérieurs restent pour ce que cette carte postale nous en donne à voir... d'une rigueur presque monacale dont le design du mobilier ne donne pas le change au génie de l'architecture ! On a même la vision de la bouteille de gaz sous l'évier.
Vous trouverez sur le site de Ricardo Bofill une série de magnifiques images dont je me permets de copier quelques-unes.
http://www.ricardobofill.com/EN/595/architecture/portfolio/el-sargazo-apartments-html






Comme il s'agit d'une carte postale promotionnelle servant au promoteur à faire son travail, on notera avec joie les différences d'approche entre la photographie produite par le cabinet d'architecture et celle montrant les vertus de l'achat du bien... On notera que l'éditeur  Fotocolor Valman ne nomme pas l'architecte.



















Plongeons avec délice dans l'œuvre de Ricardo Bofill, je vous propose cette nouvelle carte postale du Barrio Gaudi à Reus que nous avions déjà vu sur ce le premier volume de ce blog. Mais ne nous privons pas de regarder à nouveau comment le Taller de Arquitectura savait alors construire, dessiner, imbriquer, faire architecture. Cette carte postale est une édition Escudo de Oro sans nom d'architecte ni de photographe.
Sans doute que tout jeune homme (suivez mon regard) ayant le désir de comprendre l'architecture espagnole du Vingtième Siècle se devra de faire vers Ricardo Bofill et son Taller, les nombreux voyages qui s'imposent. Avec un peu de chance, à son retour, il nous fera partager ses visions dans des noirs profonds à moins que la couleur soudainement posée sur les formes solides, lui donnent envie de poser des rouges sang et des ocres jaunes sur ses papiers...