dimanche 23 août 2026
La modestie comme terrain de recherche en architecture : une église
mardi 7 juillet 2026
Faire et refaire les Emmaüs
Aux Emmaüs de Saint-Pierre, c'est devenu la dèche ou pire, une boutique Vintage pour bobos. Plus rien à voir avec l'esprit lancé il y a bien longtemps maintenant. On regrettera aussi la politesse disparue en même temps que les bonnes affaires. Plus important de regarder son téléphone que de dire bonjour aux clients qui arrivent. Où est passée la convivialité ?
Je continue de les fréquenter ces Emmaüs par habitude, pour maintenir avec mon frère quelque chose d'une tradition familiale et parfois...très rarement maintenant...Il faut attendre les "grandes ventes" pour trouver quelque chose. En temps ordinaire, des caisses de livres pourrissent dans la cour alors que rien n'est renouvelé dans les rayons de la librairie et soudainement, pour ces "grandes ventes", on voit surgir quelques nouveautés tarifées certainement à coup d'identification rapide sur Google...Un "expert" fait les prix m'avait ainsi répondu la vendeuse un jour...Un expert ! On rigole. Puis on est triste devant une telle stupidité d'argumentation.
Il faut donc se réjouir du peu que l'on trouve. Cette fois ce sera un livre de Paul Andreu, faire et refaire, et quelques cartes postales dont je vous montre un exemplaire.
La carte postale Magne était en état très moyen et j'ai dû en partie la nettoyer en arrivant. Mais elle valait le coup tant le bâtiment est spectaculaire et correspond parfaitement à tout ce qu'on aime sur ce blog : l'église Sainte-Thérèse de la Z.U.P d'Amiens. La vache ! Quelle bâtisse !
La massivité est vraiment très marquée et toute la poésie tient dans quelques décrochements, quelques meurtrières, quelques ombres portées. Le message de la sévérité est bien envoyé en quelque sorte. Mais que c'est beau cette église qui fait bien penser à des églises fortifiées du roman. Remarquez les deux petits contre-forts sur la façade dont, j'avoue, je doute de leur utilité technique de raidisseur pour ce mur de pignon. Ils sont sans doute là surtout pour briser la monotonie de ce grand pan de briques. Mais il est à peu près certain que cette brique n'est qu'un décor posé sur un mur de béton armé qui, lui, effleure dans l'écriture de la bâtisse par quelques signes : rectangle au dessus de la porte, campanile et, bien entendu, (mais moins visible ici) sur la structure sur les bas-côtés de l'église apportant donc le contraste nécessaire.
Mais quel beau dessin ! On pourrait tout de même aussi se dire que ce point de vue est un peu aussi une trahison du bâtiment. Il ne permet pas de voir comment le campanile est plein de vide, le mur de façade venant se coller à la brique de ce dernier et on ne perçoit pas non plus la double pente du toit. Cette massivité est donc accentuée par la photographie. Si on ne peut pas parler de trahison, on peut tout de même dire qu'il faut toujours relativiser une impression depuis une image. Mais je crois aussi en cette image comme une image désirée sans doute aussi par les architectes Devillers et Langlois. Se pose donc encore une fois la question de comment l'architecture et son projet porte en soi son image idéale, sa photogénie, l'axe-même de sa communication. Une sorte de message avant même l'exploration de sa spatialité. Imaginons un Monde où les architectes n'auraient pas le droit aux images pour évoquer leur projet mais seulement la parole. Il ne fait aucun doute que la projection spatiale en serait bien différente !
En attendant, nous allons ranger cette carte postale dans le classeur adéquat. Elle fait maintenant (l'image et l'architecture) partie des icônes. Un pan de mur comme un écran de projection, un lieu d'accueil, une sérénité puissante.
Et malgré tout, j'irai aux Emmaüs ce samedi.
mercredi 1 juillet 2026
Serqueux et la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie
On a donc, sous nos yeux et dans le temps présent, l'opportunité de voir la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie, en Seine Maritime, à Serqueux. Si je fais ce tour des géographies c'est pour montrer que ce drame patrimonial a eu lieu sous les hospices de toutes ces territoires sans qu'à aucun moment l'un ou l'autre (avec leurs institutions respectives) ne permette de sauver l'église de Serqueux pourtant inscrite au Label Architecture Contemporaine Remarquable dont il est (encore, encore, encore) fait la preuve de sa totale inefficacité à protéger et que sa fonction de signalisation, de communication au grand public de l'Architecture Contemporaine et Moderne est finalement peu efficace à retourner les opinions négatives sur cette architecture.
Échec à tous les niveaux donc, le pire étant celui de la démagogie locale, ayant par référendum municipal décidé de l'avenir d'un bâtiment qui n'appartient pas seulement comme héritage à cette commune. Ah la démocratie participative qui passe par dessus l'expertise de la Patrimonialisation...! Magnifique petit tour de passe-passe démagogique d'un maire sans souffle patrimonial, sans idée, encombré par un bâtiment dont il ne sait quoi faire et qui, par la peur de sa responsabilité qu'il a pourtant réclamé en se faisant élire, se trouve fort dépourvu devant une architecture dont il n'a rien compris de son rôle comme jalon de l'histoire.
Faut dire qu'il s'excusera à bon compte sans doute en rappelant qu'il ne fut que le dernier jalon municipal, tous les prédécesseurs n'ayant pas désiré entretenir le bâtiment depuis sa construction. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.
Qui aurait laissé l'avenir de Notre-Dame de Paris dans les seules mains des parisiens ? Qui pensent que l'avenir de Versailles n'appartient qu'aux versaillais ? Personne non ? C'est bien pour cela qu'il y a des institutions dont le rôle est justement de passer par dessus les enjeux locaux pour maintenir aux yeux de tous et toutes la présence de ce qui fait histoire. Pas à Serqueux.
Mais les institutions, là, on en parle ? Dans mon département la Seine Maritime et sur mon territoire, la région rouennaise, on peut tirer un bilan assez catastrophique cette année concernant l'Architecture Moderne et Contemporaine puisque la mairie socialo-écologique de Rouen (Mayer-Rossignol) a fait déclasser de son classement au titre des Monuments Historiques (rien que ça...) un ensemble d'immeubles Verre et Acier dessiné par Marcel Lods pour le détruire. On se rappelle que la responsable écologiste El Khili (qui pense donc que détruire est le geste le meilleur pour la Nature qu'elle défend) avait même nommé cet ensemble de "verrues"...L'expertise de la dame est puissante....On pourrait rigoler devant autant de hauteur de jugement. Là aussi la politique de la ruine à venir, sans ambition, sans idée. Et le terrain livré aux promoteurs et, pire, aux communicants. Les arbres sont sauvegardés...Ouf...je m'occupe bien de la Terre.
Alors à quoi sert de financer des commissions, des réunions, des Labelisations, de mobiliser des fonctionnaires du Patrimoine ? Â quoi sert de tenter de vulgariser cette architecture si c'est pour que les politiques mus par leur petites trajectoires personnelles puissent d'un coup décider de la destruction de ce qui est repéré comme historique ? À quoi servez-vous ? Et pourquoi on ne vous entend pas défendre plus fortement le travail d'analyse et d'expertise que vous avez, pour nous public et citoyens, réalisé ? Oû sont vos colères face à ce remugle politique qui écrase vos avis d'experts ? On vous piétine pourtant. Silence gêné...
Alors l'église de Serqueux, dernier grand exemple de voute en fusées céramiques de Normandie a disparu maintenant du paysage de sa ville, du territoire seino-marin, de la Région Normandie, de l'espace national. On connaît maintenant les noms des responsables locaux, régionaux, nationaux. Être le maire qui a détruit un Patrimoine de sa ville ça doit pas être facile à vivre tous les jours... Si ? Ah ? Aucun remord pour les démagogues, jamais ne se dédire ou s'excuser. Et pour quoi faire puisque les institutions sont d'une telle faiblesse de pouvoir. Alors ne reste que la colère et la rage citoyenne qui seront vues comme des lubies, comme des agitations d'inquisiteurs du Patrimoine, d'idiots de la réalité face à des personnes qui se veulent et se croient, eux et elles, "dans le réel" et "en responsabilité". Petites choses politiques.
On viendra à Serqueux, de temps en temps, redire à son maire et à ses citoyens, l'épouvantable erreur qu'ils ont faite, qu'ils furent complices de la destruction d'un Patrimoine essentiel dans leur ville et notre pays.
Bonnes Journées du Patrimoine à Serqueux : j'arrive.
Walid Riplet
Pour revoir l'épouvantable déroulement de ce dossier :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/07/le-socialisme-et-lecologie-rouennais.html
https://archipostcard.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html
Le vide laissé par l'église de Serqueux est la parfaite analogie du vide politique du Patrimoine en France :
mercredi 22 avril 2026
Dieu est structure
Des cartes postales d'églises modernes, il en existes des milliers dont certaines finissent dans ma collection. c'est vrai aussi que, simplement, il existent des milliers d'églises construites en France ou ailleurs après 1945. Certaines sont plus que connues, d'autres deviennent tout doucement des icônes, d'autres sont un peu moins connues. Je suis certain que je ne suis pas le seul à méconnaitre celle qui suit qui est pourtant, pour la Suisse d'où elle vient, l'une des plus incroyables, des plus belles, des plus surprenantes et surtout surtout de plus intelligentes si on considère son Art de Bâtir.
On pourrait même dire que la carte postale qui suit ne rend pas si bien hommage que ça à cette structure et que la frontalité de la prise de vue écrase beaucoup les triangulations et les points d'appuis qui disparaissent dans une belle façade mais qui ne dit rien de l'aventure presque baroque de ce génie de la construction. Il faut dire que l'architecte Pierre Dumas a ici poussé le risque et l'équilibre au plus haut degrés de l'aventureux, formant une audace, un geste qui reste superbe. On aime.
Mais, pour vous rendre compte de cette audace, il faut regarder autre chose que cette façade et cette carte postale et je vous invite très très vivement à télécharger ce PDF qui vous montrera des images à couper le souffle !
https://www.bernhard-furrer.ch/wp-content/uploads/2016/10/Vicques.pdf
dimanche 1 mars 2026
Et l'espérance c'est au moins aussi solide que la précontrainte
mercredi 24 décembre 2025
La situation étant tellement grave que je ne ferai pas de voeux...
...à part pour le départ immédiat de la Ministre de la Culture et de ses collaborateurs et collaboratrices du Patrimoine...
Depuis au moins vingt ans maintenant, on vit dans l'incurie des Ministres de la Culture qui se succèdent et se ressemblent : un petit tour en attendant un autre poste et puis s'en vont...Ailleurs, souvent dans des institutions prestigieuses qui n'ont que des rôles protocolaires. Suivez mon regard...
Que sont devenus Riester, Pellerin, Nyssen, Azoulay, Filipetti, Bachelot, Abdoul Malak....
La prochaine devrait rejoindre le privé en étant conseillère-image pour une marque de Luxe. Car c'est clair elle n'aura pas sa Mairie. Sans doute travaillera-t-elle pour une marque de chaussures ou des bijoux. Selon ce qui trainera sous le canapé, on verra. Pas trop de travail mais beaucoup de représentation. Il y a là un Patrimoine aussi.
La situation du Patrimoine moderne et contemporain en France est tellement grave.
Je le dis ici depuis longtemps, les institutions en charge de la défense du Patrmoine sont paralysées par les enjeux politiques et par les expériences désastreuses de l'ANRU par exemple ou par des maires (hommes ou femmes) qui n'y comprennent rien à leur Patrimoine et surtout qui le méprisent. Cela n'a pas beaucoup changé depuis vingt ans, cela s'aggrave même avec les fameux enjeux climatiques ou les nouvelles couleurs d'une politique baignée dans le vocabulaire contemporain d'une écologie bon tain, pistes cyclables, herbes folles et végétalisations à tous les étages. Une sorte de dégout des surfaces lisses ou de la minéralité.
Alors que faire ? Continuer à mobiliser ? Dire ici quelque chose ? Quel impact cela a-t-il ?
Et puis, il faut ajouter que le monde n'aime que les icônes. On n'en peut plus de Jean Prouvé fétichisé, des Piscines Tournesols, du brutalisme dont plus personne ne sait très bien de quoi il est fait. On n'en peut plus de voir et revoir les mêmes "pépites" rabâchées, remâchées par les réseaux sociaux. On n'en peut plus des émissions de radio traitant le béton de fasciste. On n'en peut plus.
Si vous voulez une caricature de la situation regardez chez moi à Rouen. D'un coté, le socialisme écologique qui détruit des "verrues" qui ne sont rien d'autres que des immeubles classés au titre des Monuments Historiques déclassés pour permettre...Une opération immobilière...Ah...la Gauche d'aujourd'hui c'est quand même autre chose...Et de l'autre, en face, des vieux Guy Deboridens qui croient faire la Révolution en instrumentalisant la défense du Patrimoine pour faire mousser leur indignation bourgeoise sur la situation d'ouvriers africains. Entre les deux, quelle "gauche" choisir ? Quelle politique patrimoniale est juste ou efficiente ? Aucune bien entendu.
Dernière attaque en règle : l'église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson.
Encore un maire qui cède à son incurie patrimonial, encore un qui ne voit rien, ne veut pas apprendre, se croit démiurge. La bêtise patrimoniale à son point le plus haut. Monsieur le Maire veut détruire non seulement un édifice mais aussi la rencontre avec cet édifice. Il ne comprend rien à l'architecture du XXème donc, forcément, si lui ne comprend rien c'est qu'il...n'y a rien à comprendre. La bêtise patrimoniale de ce type de représentant de l'autorité ajoutée à la certitude de son petit pouvoir de maire et voilà encore un Patrimoine qui va disparaitre sous les yeux des responsables locaux du Patrimoine...Qu'on n'entend pas beaucoup.... Y a quelqu'un à la Région, à la Ville, au Département , au Ministère ?
Il y a bien un problème systémique de la défense du Patrimoine et de sa gestion en France. ABF, Label, commissions, CAUE...tout ce fatras inefficace et toujours en retard de 25 ans...qui regarde la destruction du Patrimoine moderne et contemporain (et pas seulement) avec la larme à l'oeil du regret perpétuel.
Oh lalala...on regrette, on regrette tellement...mince...si on avait su....
Et, comme toujours avec le soutien de la presse locale qui parle de "bunker" et de "béton" mais pas d'espace, de paysage, de déambulation ou d'écriture sculpturale. Tu m'étonnes, le pauvre journaliste ou la pauvre journaliste est bien incapable de mesurer l'importance patrimoniale d'un édifice et ne fait que répéter les argumentations qu'on lui sert.
Alors, il faut qu'un citoyen ou une citoyenne se bouge pour que tout cela remonte aux oreilles de ceux...qui sont normalement en charge de ce Patrimoine...
Toutes les semaines, je reçois des demandes pour dire un mot sur tel bâtiment, pour défendre telle action de sauvetage. Et c'est toujours le même schéma de la honte.
Non, aucun voeu pour 2026 autre qu'un grand coup de pied dans le cul des institutions du Patrimoine, toutes. Et ne me demandez pas quelles sont les solutions ! Il y en a plein. Plein ! Mais pour ça il faut travailler, défendre une certaine idée du Patrimoine, avoir de l'imagination et apprendre en regardant ce qui se fait ailleurs. Il faut aussi du....courage.
Walid Riplet.
Pour montrer dans quel monde de merde on vit. voici la très belle Église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson, (oui...rien que ça) qualifiée de bunker par un journaliste au fait de la Culture Patrimoniale et Architecturale.
Voilà ce que les "autorités Patrimoniales" (Ministère, CAUE, Conservation, ABF, etc) laissent détruire. Vive la France !
On notera qu'aujourd'hui l'église Sainte Marie-Magdeleine est enfouie sous des arbres, sans doute pour cacher ce "bunker"... On notera que l'architecte Remondet a fait ici un travail remarquable, d'une grande puissance de dessin, d'un radicalisme poétique que son époque, elle, savait comprendre et aimer. Il s'agit d'une carte postale Combier sans nom de l'architecte ni du photographe. Il nous restera au moins ça pour pleurer.
dimanche 26 octobre 2025
En France et en Architecture, la sévérité est un hédonisme
Voilà une belle série de cartes postales d'un lieu majeur, certes un peu moins connu que Eveux mais qui en est presque l'ombre, une ombre blanche d'ailleurs car la particularité de cette architecture c'est justement l'usage technique et esthétique de son béton blanc.
Nous sommes à Orsay et nous allons visiter la Clarté-Dieu, ensemble superbe et raide, que l'on pourra sans remord qualifier de vrai brutalisme à la française. Le programme ? Un séminaire franciscain avec tout ce que nous pouvons deviner de ce que cela suppose comme enchainement des espaces : réfectoire, chambres, bâtiments conventuels, église etc...La série est pratique, elle nous permet de faire la visite. On ne s'étonnera pas d'ailleurs que l'éditeur de cartes postale fasse faire le tour des espaces à son photographe pour rendre compte justement des emboitements spéciaux. On a l'habitude sur ce blog que l'époque soit à l'inventaire et qu'un lieu sacré, église moderne ou couvent moderne, ne puisse pas se résumer à un seul cliché. On notera qu'aucune des photographies n'est signée, que le ou les photographes sont restés en retrait derrière l'appellation générique de "Cliché Édition Franciscaines". On notera tout de même l'incroyable qualité photographique de l'ensemble et le très bon niveau d'édition. Les images sont bien contrastées, mettent bien en valeur les matières et les lumières tombant dans les lieux, lumière assez douce certainement choisie pendant une météo un peu grise pour que la lumière ne durcisse pas trop les lieux.
Là encore, on fait le choix d'une description non vivifiée par la présence directe des usagers des lieux. Aucun corps, aucun geste, personne n'est visible ici pour donner à l'ensemble du sens ou une échelle. Difficile donc de bien comprendre parfois les échelles des lieux, en ce sens la chambre donne une idée par ses meubles de la petitesse des espaces, d'une forme de sévérité dépouillée, d'un contentement de peu, celui de la lumière entrant dans la cellule par une fenêtre debout pour faire sans doute plaisir à Perret et moins à Corbu !
Mais c'est bien ce qu'on aime dans ce genre de lieu sacré, ce dépouillement, cette tendresse du presque rien où l'oeil et l'esprit doivent se contenter d'aimer ici le banchage du béton, là la rugosité de sa surface prenant la lumière. Tout est un peu raide, rigoureux mais laissant ainsi à la poésie l'essentiel : le rapport du monde à l'architecture, le dehors dans le dedans, un hédonisme naissant dans l'économie d'une architecture vue comme une interface avec le Divin, le Sacré. En regardant les images, on s'entend faire Chuuuttttt......et demander le silence pour ne rien gâter de cette joie simple des choses bien regardées.
Mais je ne vous ai pas dit qui sont les architectes de cette merveille ! Il s'agit des Frères Arsène-Henry et de E. Besnard-Bernadac. Vous trouverez sur ce site toutes les infos nécessaires et bien complètes. Allez-y !
https://journals.openedition.org/insitu/5394
Les plus fidèles d'entre vous se souviennent sans doute des Frères Arsène-Henry que nous avions découverts ici en 2017 grâce à Jean-Michel Lestrade :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/05/les-freres-et-leur-ciment-superblanc.html
Sans doute que cette première carte postale aurait pu suffire à dire la qualité du lieu. On aime, bien entendu, la qualité du béton, le jeu des ouvertures offrant presque toujours un noir profond et l'incroyable rigueur de l'image, toute de gris délicats venant d'un ciel chargé et filtrant. Les photographes contemporains d'architecture et leur mode de blanchir les ciels sous Photoshop n'ont donc rien inventé...Cela objective sans doute le sujet. On perçoit, au rythme soutenu des fenêtres, l'étroitesse des chambres...
D'un peu loin, l'ensemble de la Clarté-Dieu est comme perdu dans un brouillard de lignes végétales, d'ombres projetées voulant sans doute montrer une certaine intégration de ce beau rationalisme que nous appelons parfois un peu vite du Brutalisme.
Le Cloitre intérieur nous permet de voir la beauté presque classique des banchages. On se croirait en Suisse. Admirons comment l'alternance des planches forme le seul chatoiement pour l'oeil. On sent la main caresser les joints.
Cette carte est sans doute pour nous ici sur ce blog celle qui nous fait le plus kiffer comme disent les jeunes ! Perfection absolue de la rigueur, de la dureté, de l'âpreté des lieux. Les colonnes sont réduites à des poteaux raides et sublimes n'offrant presque que leur succession comme jubilation. C'est...implacable...Quel pied le brutalisme !Vous savez comme j'aime ce genre de cartes postales ou le collectif est réduit à l'expression de son mobilier esseulé dans ses espaces. Là encore comment ne pas être amoureux du bois brut des tables dont la perspective contraste à l'orthogonale des poutres du plafond. Tout le cadrage donne au crucifix sa puissance. La symétrie ici, ne vous y trompez pas est une poésie. Silence ! Silence !
On a vu chez Le Corbusier le sens de la proportion des chambres (cellules) pour le corps. On s'y retrouve presque...Admirons la projection du bureau vers la droite pour que l'oeil voit le mur...N'auriez-vous pas, simples mortels, l'envie comme moi, de faire glisser le bureau sur la gauche ? On note que le photographe a réussi à faire monter le paysage extérieur dans la fenêtre sans qu'il soit brulé par une surexposition.
N'est pas beau ce détail de La Chapelle ? L'autel est de Costa Coulentianos.Pour finir en beauté et en verticale, nous voici dans l'Église Conventuelle ! Tout est dressé devant nous ! J'aime particulièrement la puissance des pièces de la charpente et là encore le vide et la symétrie donnent à cette image sa force tranquille. Savez-vous que les vitraux du fond sont en partie de...Paul Virilio. Oui, du temps où, avant d'être philosophe et architecte, il était un maitre-verrier...Heureux de le retrouver là !
On note enfin que cet ensemble était si important déjà à son époque que la revue l'Architecture d'Aujourd'hui y consacre en 1957 un article sur une double page dont les photographies sont de Lucien Hervé lui-même ! Bonne lecture :