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dimanche 23 août 2026

La modestie comme terrain de recherche en architecture : une église

Vous l'aurez compris si vous êtes un ou une fidèle de ce blog, en ce moment, je range. 
Tentative de mettre de l'ordre une bonne fois pour toute pour l'anniversaire des vingt ans de ce blog qui arrive rapidement ? Signe d'un désir de clore un fois pour toute ce blog, de tout ranger pour ceux qui viendront récupérer ce travail ? Nécessité de se régaler à nouveau de mes propres archives qui ressemblent plus à des tas mal ordonnés qu'à un inventaire Penser/Classer perecquien ?

Un peu de tout cela sans doute.

Je m'aperçois donc que mon très gros classeur consacré (c'est le cas de le dire) à l'Art Sacré du Vingtième Siècle est plein, qu'il déborde et que nombres de cartes postales d'églises modernes ne peuvent plus l'intégrer. Il faut faire quelque chose...je vais donc ouvrir un autre classeur. En attendant, je m'émeues de cette paire de cartes postales nous montrant une bien attendrissante réalisation, une petite chose moderne, un concentré de modestie de gestes architecturaux. Oh..ici pas de grandiloquence de gestes, pas de signes trop évidents de faire mÔderne, pas de posture de l'architecte. Une sorte de modernité a minima comme on les aime tant ici sur ce blog, petites bâtisses de Province que l'on trouve au coin d'une rue sans le dédain prédateur des photographes contemporains en safari de trophées de la France oubliée, oubliée de leurs yeux uniquement...
On sait comment le génie de l'architecture vient souvent de l'accord parfait entre un certain ordre de l'économie et la qualité d'une écriture. Comment faire maigre sans que cela se voit et même en proposant un signe qui suffira à faire l'événement architectural. C'est là que l'on reconnaît un bon architecte tirant parti de la parcelle ingrate, du peu d'argent d'une paroisse, de l'élan d'une communauté, parfois même travaillant pour pas grand chose, juste pour s'offrir et offrir une église à des croyants : un geste.
Je suis très sensible à cette économie comme base d'un travail architectural. 
Le béton pas trop cher permet souvent cela ou bien une carrière de pierres pas trop loin ou, pour certaines régions, une production de bois permettant de faire rapidement un mur, un plafond, un autel.

Ce sentiment de modestie parfois est lui-même la vedette de l'église. On se doit d'en chanter sa pauvreté, mettant l'accent non pas tant sur le lieu et son esbroufe mais sur le rassemblement des fidèles, véritable raison de sa fonction. Après tout, on le sait, on peut faire église partout et de presque n'importe quel espace si on le veut ce qui n'est pas le cas d'autres programmes architecturaux.
On pourrait dire d'ailleurs que le vrai Brutalisme (pas celui galvaudé d'aujourd'hui) est un néo-brutalisme provenant de la lecture immédiate de ce désir de modestie, d'évidence des choix, de lecture sans camouflage des options prises : tout est là sous nos yeux.

Alors je vais vous montrer d'abord un espace intérieur, celui d'une organisation spatiale prise par les enjeux de la Foi mais certainement aussi par ce désir d'économie :


Avouez que l'image de cet espace est particulièrement belle à ce titre. Tout pousse, tout converge dans cet arc de cercle vers l'autel qui est ramassé dans un coin dont la croix si fine est le centre. Mettre Dieu au coin en quelque sorte. N'est-elle pas saisissante cette mise en scène ? On devine aussi la structure de béton depuis le toit qui prend appui sur le pilier du fond qui semble porter tout à lui tout seul. Il sera facile de faire ici une analogie poétique sur ce soutien unique. L'ensemble est baigné d'une lumière un peu mauve, délicate que l'événement des grandes baies mette en scène. La lumière est assez violente pour qu'on comprenne le désir d'en faire un signe liturgique. La lumière surgit. Pour le reste...pas de mobilier liturgique d'un grand sculpteur abstrait se payant un lieu de culte, pas de vitraux rugissant par des couleurs et des compositions bavardes, pas de matériaux étonnants  ou de contre-pieds spatiaux mettant en cause la liturgie et ses moyens. Non. Tout est calme, tendre, silencieux, à prendre ou à laisser en quelque sorte. Mais comment le photographe des éditions Erté a-t-il trouvé sa hauteur ? Est-il sur un escabeau ?
Et où sommes-nous ? Nous sommes dans l'église Notre-Dame de la Paix à Saint-Raphaël. On notera que l'éditeur éditions "Arts Graphiques" pour Erté ne nomme pas son photographe ni l'architecte qui serait J. Vineïs dont j'avoue ne rien savoir. Comment a-t-il eu ce chantier ? comment a-t-il travaillé avec les paroissiens ? Par quoi a-t-il été formé ?

Retrouvons-nous à l'extérieur :



Voilà un parfait exemple de comment un désir d'image fabrique une certaine architecture. La mise en scène ici est totale et on devine bien que tout le geste de l'architecte aura trouvé son expression dans la fabrication de ce point de vue ! D'abord l'érection soudaine de se clocher de pierre qui par contraste semble presque étranger à la construction qui, si on enlève ce clocher, ressemble plus à une modeste salle des fêtes ou un foyer rural qu'à une église. Faites comme moi le geste avec votre main de couper le haut du clocher et vous verrez...
Tout est triangles et pointes. Tout est élan vers ce clocher qui est l'événement de cette petite architecture, le morceau de bravoure, la certitude d'une reconnaissance immédiate de la fonction du lieu. Ici la modestie est presque campagnarde, du moins comme l'image que l'on a du petit campanile ou clocher d'une église de village montée pierre à pierre par les villageois eux-mêmes. Le plan est bien un triangle dont la pointe reçoit donc à la fois l'autel et le clocher. Simple, efficace et symbolique.
Comment la Grande Histoire de l'Architecture se doit de prendre avec elle ou pas ce genre mineur ? Comment faire Patrimoine ou pas de cette modestie ? La religion catholique et chrétienne en général qui nous chante souvent la force de la résilience pourrait-elle supporter la disparition de ce lieu de culte ? Comment animer dans les imaginaires des futurs architectes la possibilité justement d'une architecture modeste, peu bavarde, efficace mais aussi sachant rester symbolique ? Qui pour, justement face au désir du Patrimoine de surtout souligner et défendre ce qui est exceptionnel, qui donc pour dire qu'il y a bien là un geste, une école, un chemin vers une forme de justesse ?
Est-ce par hasard si sur le fronton de la porte d'entrée de cette modeste et touchante église Notre-Dame de la Paix est inscrit :
VENEZ et VOYEZ.

Je retourne à mon rangement.






mardi 7 juillet 2026

Faire et refaire les Emmaüs

 Aux Emmaüs de Saint-Pierre, c'est devenu la dèche ou pire, une boutique Vintage pour bobos. Plus rien à voir avec l'esprit lancé il y a bien longtemps maintenant. On regrettera aussi la politesse disparue en même temps que les bonnes affaires. Plus important de regarder son téléphone que de dire bonjour aux clients qui arrivent. Où est passée la convivialité ?

Je continue de les fréquenter ces Emmaüs par habitude, pour maintenir avec mon frère quelque chose d'une tradition familiale et parfois...très rarement maintenant...Il faut attendre les "grandes ventes" pour trouver quelque chose. En temps ordinaire, des caisses de livres pourrissent dans la cour alors que rien n'est renouvelé dans les rayons de la librairie et soudainement, pour ces "grandes ventes",  on voit surgir quelques nouveautés tarifées certainement à coup d'identification rapide sur Google...Un "expert" fait les prix m'avait ainsi répondu la vendeuse un jour...Un expert ! On rigole. Puis on est triste devant une telle stupidité d'argumentation.

Il faut donc se réjouir du peu que l'on trouve. Cette fois ce sera un livre de Paul Andreu, faire et refaire, et quelques cartes postales dont je vous montre un exemplaire.


La carte postale Magne était en état très moyen et j'ai dû en partie la nettoyer en arrivant. Mais elle valait le coup tant le bâtiment  est spectaculaire et correspond parfaitement à tout ce qu'on aime sur ce blog : l'église Sainte-Thérèse de la Z.U.P d'Amiens. La vache ! Quelle bâtisse ! 

La massivité est vraiment très marquée et toute la poésie tient dans quelques décrochements, quelques meurtrières, quelques ombres portées. Le message de la sévérité est bien envoyé en quelque sorte. Mais que c'est beau cette église qui fait bien penser à des églises fortifiées du roman. Remarquez les deux petits contre-forts sur la façade dont, j'avoue, je doute de leur utilité technique de raidisseur pour ce mur de pignon. Ils sont sans doute là surtout pour briser la monotonie de ce grand pan de briques. Mais il est à peu près certain que cette brique n'est qu'un décor posé sur un mur de béton armé qui, lui, effleure dans l'écriture de la bâtisse par quelques signes : rectangle au dessus de la porte, campanile et, bien entendu, (mais moins visible ici) sur la structure sur les bas-côtés de l'église apportant donc le contraste nécessaire.

Mais quel beau dessin ! On pourrait tout de même aussi se dire que ce point de vue est un peu aussi une trahison du bâtiment. Il ne permet pas de voir comment le campanile est plein de vide, le mur de façade venant se coller à la brique de ce dernier et on ne perçoit pas non plus la double pente du toit. Cette massivité est donc accentuée par la photographie. Si on ne peut pas parler de trahison, on peut tout de même dire qu'il faut toujours relativiser une impression depuis une image. Mais je crois aussi en cette image comme une image désirée sans doute aussi par les architectes Devillers et Langlois. Se pose donc encore une fois la question de comment l'architecture et son projet porte en soi son image idéale, sa photogénie, l'axe-même de sa communication. Une sorte de message avant même l'exploration de sa spatialité. Imaginons un Monde où les architectes n'auraient pas le droit aux images pour évoquer leur projet mais seulement la parole. Il ne fait aucun doute que la projection spatiale en serait bien différente !

En attendant, nous allons ranger cette carte postale dans le classeur adéquat. Elle fait maintenant (l'image et l'architecture) partie des icônes. Un pan de mur comme un écran de projection, un lieu d'accueil, une sérénité puissante.

Et malgré tout, j'irai aux Emmaüs ce samedi.









mercredi 1 juillet 2026

Serqueux et la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie

 On a donc, sous nos yeux et dans le temps présent, l'opportunité de voir la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie, en Seine Maritime, à Serqueux. Si je fais ce tour des géographies c'est pour montrer que ce drame patrimonial a eu lieu sous les hospices de toutes ces territoires sans qu'à aucun moment l'un ou l'autre (avec leurs institutions respectives) ne permette de sauver l'église de Serqueux pourtant inscrite au Label Architecture Contemporaine Remarquable dont il est (encore, encore, encore) fait la preuve de sa totale inefficacité à protéger et que sa fonction de signalisation, de communication au grand public de l'Architecture Contemporaine et Moderne est finalement peu efficace à retourner les opinions négatives sur cette architecture.

Échec à tous les niveaux donc, le pire étant celui de la démagogie locale, ayant par référendum municipal décidé de l'avenir d'un bâtiment qui n'appartient pas seulement comme héritage à cette commune. Ah la démocratie participative qui passe par dessus l'expertise de la Patrimonialisation...! Magnifique petit tour de passe-passe démagogique d'un maire sans souffle patrimonial, sans idée, encombré par un bâtiment dont il ne sait quoi faire et qui, par la peur de sa responsabilité qu'il a pourtant réclamé en se faisant élire, se trouve fort dépourvu devant une architecture dont il n'a rien compris de son rôle comme jalon de l'histoire.

Faut dire qu'il s'excusera à bon compte sans doute en rappelant qu'il ne fut que le dernier jalon municipal, tous les prédécesseurs n'ayant pas désiré entretenir le bâtiment depuis sa construction. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.

Qui aurait laissé l'avenir de Notre-Dame de Paris dans les seules mains des parisiens ? Qui pensent que l'avenir de Versailles n'appartient qu'aux versaillais ? Personne non ? C'est bien pour cela qu'il y a des institutions dont le rôle est justement de passer par dessus les enjeux locaux pour maintenir aux yeux de tous et toutes la présence de ce qui fait histoire. Pas à Serqueux.

Mais les institutions, là, on en parle ? Dans mon département la Seine Maritime et sur mon territoire, la région rouennaise, on peut tirer un bilan assez catastrophique cette année concernant l'Architecture Moderne et Contemporaine puisque la mairie socialo-écologique de Rouen (Mayer-Rossignol) a fait déclasser de son classement au titre des Monuments Historiques (rien que ça...) un ensemble d'immeubles Verre et Acier dessiné par Marcel Lods pour le détruire. On se rappelle que la responsable écologiste El Khili (qui pense donc que détruire est le geste le meilleur pour la Nature qu'elle défend) avait même nommé cet ensemble de  "verrues"...L'expertise de la dame est puissante....On pourrait rigoler devant autant de hauteur de jugement. Là aussi la politique de la ruine à venir, sans ambition, sans idée. Et le terrain livré aux promoteurs et, pire, aux communicants. Les arbres sont sauvegardés...Ouf...je m'occupe bien de la Terre.

Alors à quoi sert de financer des commissions, des réunions, des Labelisations, de mobiliser des fonctionnaires du Patrimoine ? Â quoi sert de tenter de vulgariser cette architecture si c'est pour que les politiques mus par leur petites trajectoires personnelles puissent d'un coup décider de la destruction de ce qui est repéré comme historique ? À quoi servez-vous ? Et pourquoi on ne vous entend pas défendre plus fortement le travail d'analyse et d'expertise que vous avez, pour nous public et citoyens, réalisé ? Oû sont vos colères face à ce remugle politique qui écrase vos avis d'experts ? On vous piétine pourtant. Silence gêné...

Alors l'église de Serqueux, dernier grand exemple de voute en fusées céramiques de Normandie a disparu maintenant du paysage de sa ville, du territoire seino-marin, de la Région Normandie, de l'espace national. On connaît maintenant les noms des responsables locaux, régionaux, nationaux. Être le maire qui a détruit un Patrimoine de sa ville ça doit pas être facile à vivre tous les jours... Si ? Ah ? Aucun remord pour les démagogues, jamais ne se dédire ou s'excuser. Et pour quoi faire puisque les institutions sont d'une telle faiblesse de pouvoir. Alors ne reste que la colère et la rage citoyenne qui seront vues comme des lubies, comme des agitations d'inquisiteurs du Patrimoine, d'idiots de la réalité face à des personnes qui se veulent et se croient, eux et elles, "dans le réel" et "en responsabilité". Petites choses politiques.

On viendra à Serqueux, de temps en temps, redire à son maire et à ses citoyens, l'épouvantable erreur qu'ils ont faite, qu'ils furent complices de la destruction d'un Patrimoine essentiel dans leur ville et notre pays. 

Bonnes Journées du Patrimoine à Serqueux : j'arrive.

Walid Riplet

Pour revoir l'épouvantable déroulement de ce dossier :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/07/le-socialisme-et-lecologie-rouennais.html

https://archipostcard.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html

Le vide laissé par l'église de Serqueux est la parfaite analogie du vide politique du Patrimoine en France :








mercredi 22 avril 2026

Dieu est structure

 Des cartes postales d'églises modernes, il en existes des milliers dont certaines finissent dans ma collection. c'est vrai aussi que, simplement, il existent des milliers d'églises construites en France ou ailleurs après 1945. Certaines sont plus que connues, d'autres deviennent tout doucement des icônes, d'autres sont un peu moins connues. Je suis certain que je ne suis pas le seul à méconnaitre celle qui suit qui est pourtant, pour la Suisse d'où elle vient, l'une des plus incroyables, des plus belles, des plus surprenantes et surtout surtout de plus intelligentes si on considère son Art de Bâtir.

On pourrait même dire que la carte postale qui suit ne rend pas si bien hommage que ça à cette structure et que la frontalité de la prise de vue écrase beaucoup les triangulations et les points d'appuis qui disparaissent dans une belle façade mais qui ne dit rien de l'aventure presque baroque de ce génie de la construction. Il faut dire que l'architecte Pierre Dumas a ici poussé le risque et l'équilibre au plus haut degrés de l'aventureux, formant une audace, un geste qui reste superbe. On aime.


Mais, pour vous rendre compte de cette audace, il faut regarder autre chose que cette façade et cette carte postale et je vous invite très très vivement à télécharger ce PDF qui vous montrera des images à couper le souffle ! 

https://www.bernhard-furrer.ch/wp-content/uploads/2016/10/Vicques.pdf

Sur ce blog, on a déjà beaucoup rencontré Pierre Dumas et pour des églises d'ailleurs. Et c'est tant mieux car son écriture est variée sauf pour une chose : le goût d'une certaine visibilité des structures, comme si l'église devait portée dans ses portés maitrisées toutes les joies de la Foi, montrant ainsi que la maitrise de l'équilibre y est formalisée. Enfin...Je crois...Nous aurons sans aucun doute la chance de croiser à nouveau, un peu au hasard des trouvailles le travail de Pierre Dumas et nous aurons toujours la joie de vous le montrer. En attendant vous pouvez retourner là :
Ouf...


Si nous devions en une seule carte postale et une seule église fabriquer un archétype des églises de la Reconstruction, il ne fait aucun doute que celle de Dieuze pourrait être élue ! Tout le langage de cette typologie y est réuni : volumes francs, mélange béton-moellons, sur-jeu des vitraux, sculpture monumentale et campanile dissocié qui ressemble toujours à une tour de séchage d'une caserne de pompiers ! Tout y est et on adore ! La très belle carte postale des éditons Bertrand fait le choix maintenant académique d'un ciel blanchi (dont les photographes d'aujourd'hui sont si friands depuis qu'ils regardent mal les Becher) et d'un noir et blanc bien contrasté. C'est piqué et la lumière est belle mais il manque la couleur que je vous conseille de découvrir ici car cette église est assez audacieuse de ce coté-là aussi ! C'est rien de le dire !







On notera que l'architecte Pierre Pagnon participa également à la reconstruction du village de Moyenvic. Son église est en passe de devenir pour moi un must ! Elle est simplement incroyable ! Comment se fait-il que je ne la découvre qu'aujourd'hui ! J'ai follement envie de prendre ma voiture pour m'y rendre ! La vache ! Quel morceau de brutalisme à la française ! Et pour paraphraser Alain Delon : "église de Moyenvic, je ferai de toi une star !" Voilà en tout cas un superbe document et une belle église. J'attends le moment ou je trouverai celle de Moyenvic en carte postale.



Est-ce que comme moi vous vous êtes fait avoir ? Je veux dire...Êtes-vous bien certains de ce que vous avez sous les yeux ? Car il ne s'agit pas de l'église de Mont Saint Aignan par Dominique Lefèbvre et Daniel Rauscher les architectes mais il s'agit de sa...maquette ! Oui ! C'est bien fait le collage non ? Avouez ! La carte date l'église de 1969 et les plus fidèles (et anciens...) lecteurs de ce blog se rappelleront l'avoir vu pour de vrai en 2008. Oups...ça date...
Je vous invite donc à revoir cet article ici sur le premier volume de ce blog.
La carte postale raconte : "Ce sera notre église dans le cadre de notre Cité."
Sans doute que cette carte servait à financer un peu la construction. Comment ne pas aimer son architecture et son insertion dans ce monde. Une très belle carte postale, une belle archive.
On en a sous le pied. On vous montrera encore et encore nos belles églises modernes parce qu'elles sont un signe des Temps, des chantiers d'expériences, des lieux d'accueil et des oeuvres d'Art ouvertes à tous et toutes. Visitez-les, défendez-les, sauvez-les. Elles sont à tout le Monde.


dimanche 1 mars 2026

Et l'espérance c'est au moins aussi solide que la précontrainte

 Alors que l'orgue de la messe sur France Culture résonne dans mon poste de radio et que je quitte une conversation avec Louis, je me dis qu'il est évident que ce qui fait église ce n'est pas tant l'espace de l'architecture que les gens qui y viennent. Ce rassemblement est la raison même de la présence dans nos paysages de lieux de cultes que nous aimons ici montrer.
On commencera par une église que nous aimons beaucoup mais que nous avons vu il y a bien longtemps maintenant puisque c'était il y a...16 ans...Et on ne commencera pas par l'extérieur mais par l'intérieur avec deux cartes qui justement, dans leur juxtaposition, montreront que la présence des croyants rend l'architecture plus lisible, plus utile, fabrique une image plus exacte du fonctionnement de cette forme.
J'ai donc envie, un peu à rebours, de commencer par cette carte postale de l'église de Trois-Épis prise de l'intérieur par le photographe de édition de l'Europe. On note que l'éditeur nous nomme bien les architectes : Keller et Dumas.



On voit donc bien les gens. On voit donc bien comment le photographe a pu ainsi se placer là, à ce moment exact, sans aucun doute avec l'accord de ceux qui sont là même si personne ne nous regarde. On remarque immédiatement l'incroyable courbe du toit et la fente de lumière bleue qui, comme un coup de cutter sur une toile de Fontana, fait tout le travail mystique de cet espace. On note aussi la très belle présence de l'orgue qui, dans ses propres courbes, semble vouloir faire un signe à l'architecture qui le protège. Comme une identification.
Sinon...rien à voir d'autre qu'une croix un peu frêle, un peu légère et un mur blanc, éclatant, qui agit comme un écran sur lequel chacun viendra fabriquer des images. On note que les prêtres à eux seuls donnent bien l'échelle justement de ce mur et de l'élévation de la courbe. C'est, vous en conviendrez, une incroyable image d'architecture, une très belle photographie qui, malheureusement, restera anonyme.

Mais voilà que dans ma collection, je trouve cette autre carte postale, du même espace mais pas tout à fait du même endroit et certainement pas du même moment.


C'est toujours l'Édition de l'Europe qui régale. On remarque immédiatement que le photographe est bien plus avancé vers l'autel que la carte précédente. Il semble ne pas vouloir couper le haut de la croix et montrer la jonction des deux fentes du vitrail. L'ensemble est d'une incroyable beauté bleutée oû les ombres font le seul décor. Le vide ici est devenu spectacle, attente, présence intériorisée. On entend si bien ce silence. Magnifique. Mais pourquoi cette différence d'approche ? Sans doute (et j'imagine) que ce mouvement de recul de la carte précédente est dû à la nécessité d'y inscrire l'orgue dans le cadre. Peut-être que lors de la première visite, cet orgue n'était tout simplement pas en place et que, à son arrivée, il fut nécessaire de refaire les cartes postales en l'intégrant. Mais de ce nouveau point de vue, la courbe du toit tombant comme un voile sur les fidèles disparait malheureusement. L'architecture ne présente donc plus son atout principal et le mur blanc devient le seul argument architectural du lieu. Cela aussi aurait bien pu être un argument pour refaire le cliché. On note tout de même que surgissent les cercles des trois canons de lumière posés sur le toit et que l'on verra bien sur la carte de l'extérieure de l'église.
Alors ? Laquelle choisir ? On pourrait trouver deux usages différents à ces deux cartes postales. On pourrait dire que la première permet de mieux saisir l'objet architectural et que donc elle s'adresserait plus à des personnes n'ayant jamais vu le lieu et ainsi pourrait en découvrir mieux l'espace, la structure, la particularité, on dira 'écriture. L'autre permet surtout de se recueillir dans un espace produit par la photographie et donc s'adresserait plus à des personnes voulant retrouver la plénitude du silence et de la tranquillité du lieu plus que le cri un peu bavard des audaces des architectes. Mais qui sait vraiment ?

Pour ceux qui depuis 2010 auraient oublié la forme extérieure de cette belle et audacieuse église de Trois-Épis :


On quitte l'édition de l'Europe pour les Éditions d'Art Marasco Collection Loubière (sic!). La carte fut expédiée en 1974. Alors ? C'est beau non ? Ça bascule, c'est déstabilisé comme aurait dit Claude Parent !
On aime aussi que le photographe a pu installer son point de vue depuis un petit jardin potager. Quelle image ! Quelle architecture ! On adore.


Pour finir avec cette question de l'occupation d'une architecture emblématique et de ce qui fait église, je vous propose une icône de l'architecture brutaliste à la française que nous adorons ici : la Basilique Souterraine Saint-Pie X. L'échelle n'a rien à voir avec la précédente mais si il est courant de voir des cartes postales de ce lieu vide montrant sa somptueuse structure, j'aime tout particulièrement cette carte postale MSM qui nous le montre habité. La chaleur des ampoules fabrique un ton ocre et orangé si particulier ! On perçoit surtout là encore l'échelle de cette Basilique absolument gigantesque. Ce lieu, cette place sont à voir absolument une fois a moins. C'est simplement, avec ceux qui vous y accompagnent, un lieu qui devient merveilleux car porté à la fois par sa structure en béton armé et par la joie de ceux qui y viennent avec l'espérance. Et c'est au moins aussi solide que la précontrainte.

Et la revoilà :

Lorsqu'on range...On retrouve.
Amusant ce contre-temps. Cette fois la carte postale est une édition Elnacap sans nom de photographe. Ce dernier a d'ailleurs choisi un autre point de vue qui met en avant la géométrie du lieu en jouant avec les angles et les pointes. Étrange de viser ainsi littéralement le coin de l'espace de cette église, ce point de jonction entre la pente du toit et les murs. On s'amuse que le bois du plafond fasse un écho au bois des bancs comme une mer calme saluant une mer agitée. La rudesse d'ailleurs de ce mobilier me fait rêver.
On note que sur le mur derrière l'autel est inscrite la phrase : "l'annonce fut faite à Marie". On retrouve cette inscription sur la première carte postale. On note aussi que les canons de lumières sont bien lisibles.
Trois éditeurs sont donc venus dans cette église des Trois-Épis. Cela prouve que les ventes de cartes postales devaient y être abondantes ce qui signifie une belle réception populaire de ce lieu et un désir de communiquer sur son originalité. Keller et Dumas devaient être fiers de voir ainsi leur église partir en voyage par la Poste. Ils sont d'ailleurs bien nommés sur cette nouvelle carte. 

Pour revoir Keller et/ou Dumas :
Pour revoir la Basilique Saint-Pie X :
etc....

mercredi 24 décembre 2025

La situation étant tellement grave que je ne ferai pas de voeux...

 ...à part pour le départ immédiat de la Ministre de la Culture et de ses collaborateurs et collaboratrices du Patrimoine...

Depuis au moins vingt ans maintenant, on vit dans l'incurie des Ministres de la Culture qui se succèdent et se ressemblent : un petit tour en attendant un autre poste et puis s'en vont...Ailleurs, souvent dans des institutions prestigieuses qui n'ont que des rôles protocolaires. Suivez mon regard...

Que sont devenus Riester, Pellerin, Nyssen, Azoulay, Filipetti, Bachelot, Abdoul Malak....

La prochaine devrait rejoindre le privé en étant conseillère-image pour une marque de Luxe. Car c'est clair elle n'aura pas sa Mairie. Sans doute travaillera-t-elle pour une marque de chaussures ou des bijoux. Selon ce qui trainera sous le canapé, on verra. Pas trop de travail mais beaucoup de représentation. Il y a là un Patrimoine aussi.

La situation du Patrimoine moderne et contemporain en France est tellement grave. 

Je le dis ici depuis longtemps, les institutions en charge de la défense du Patrmoine sont paralysées par les enjeux politiques et par les expériences désastreuses de l'ANRU par exemple ou par des maires (hommes ou femmes) qui n'y comprennent rien à leur Patrimoine et surtout qui le méprisent. Cela n'a pas beaucoup changé depuis vingt ans, cela s'aggrave même avec les fameux enjeux climatiques ou les nouvelles couleurs d'une politique baignée dans le vocabulaire contemporain d'une écologie bon tain, pistes cyclables, herbes folles et végétalisations à tous les étages. Une sorte de dégout des surfaces lisses ou de la minéralité. 

Alors que faire ? Continuer à mobiliser ? Dire ici quelque chose ? Quel impact cela a-t-il ? 

Et puis, il faut ajouter que le monde n'aime que les icônes. On n'en peut plus de Jean Prouvé fétichisé, des Piscines Tournesols, du brutalisme dont plus personne ne sait très bien de quoi il est fait. On n'en peut plus de voir et revoir les mêmes "pépites" rabâchées, remâchées par les réseaux sociaux. On n'en peut plus des émissions de radio traitant le béton de fasciste. On n'en peut plus.

Si vous voulez une caricature de la situation regardez chez moi à Rouen. D'un coté, le socialisme écologique qui détruit des "verrues" qui ne sont rien d'autres que des immeubles classés au titre des Monuments Historiques déclassés pour permettre...Une opération immobilière...Ah...la Gauche d'aujourd'hui c'est quand même autre chose...Et de l'autre, en face, des vieux Guy Deboridens qui croient faire la Révolution en instrumentalisant la défense du Patrimoine pour faire mousser leur indignation bourgeoise sur la situation d'ouvriers africains. Entre les deux, quelle "gauche" choisir ? Quelle politique patrimoniale est juste ou efficiente ? Aucune bien entendu.

Dernière attaque en règle : l'église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson.

Encore un maire qui cède à son incurie patrimonial, encore un qui ne voit rien, ne veut pas apprendre, se croit démiurge. La bêtise patrimoniale à son point le plus haut. Monsieur le Maire veut détruire non seulement un édifice mais aussi la rencontre avec cet édifice. Il ne comprend rien à l'architecture du XXème donc, forcément, si lui ne comprend rien c'est qu'il...n'y a rien à comprendre. La bêtise patrimoniale de ce type de représentant de l'autorité ajoutée à la certitude de son petit pouvoir de maire et voilà encore un Patrimoine qui va disparaitre sous les yeux des responsables locaux du Patrimoine...Qu'on n'entend pas beaucoup.... Y a quelqu'un à la Région, à la Ville, au Département , au Ministère ?

Il y a bien un problème systémique de la défense du Patrimoine et de sa gestion en France. ABF, Label, commissions, CAUE...tout ce fatras inefficace et toujours en retard de 25 ans...qui regarde la destruction du Patrimoine moderne et contemporain (et pas seulement) avec la larme à l'oeil du regret perpétuel.

Oh lalala...on regrette, on regrette tellement...mince...si on avait su....

Et, comme toujours avec le soutien de la presse locale qui parle de "bunker" et de "béton" mais pas d'espace, de paysage, de déambulation ou d'écriture sculpturale. Tu m'étonnes, le pauvre journaliste ou la pauvre journaliste est bien incapable de mesurer l'importance patrimoniale d'un édifice et ne fait que répéter les argumentations qu'on lui sert.

Alors, il faut qu'un citoyen ou une citoyenne se bouge pour que tout cela remonte aux oreilles de ceux...qui sont normalement en charge de ce Patrimoine...

Toutes les semaines, je reçois des demandes pour dire un mot sur tel bâtiment, pour défendre telle action de sauvetage. Et c'est toujours le même schéma de la honte.

 Non, aucun voeu pour 2026 autre qu'un grand coup de pied dans le cul des institutions du Patrimoine, toutes. Et ne me demandez pas quelles sont les solutions ! Il y en a plein. Plein ! Mais pour ça il faut travailler, défendre une certaine idée du Patrimoine, avoir de l'imagination et apprendre en regardant ce qui se fait ailleurs. Il faut aussi du....courage.

Walid Riplet.

Pour montrer dans quel monde de merde on vit. voici la très belle Église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson, (oui...rien que ça) qualifiée de bunker par un journaliste au fait de la Culture Patrimoniale et Architecturale.



Voilà ce que les "autorités Patrimoniales" (Ministère, CAUE, Conservation, ABF, etc) laissent détruire. Vive la France !

On notera qu'aujourd'hui l'église Sainte Marie-Magdeleine est enfouie sous des arbres, sans doute pour cacher ce "bunker"... On notera que l'architecte Remondet a fait ici un travail remarquable, d'une grande puissance de dessin, d'un radicalisme poétique que son époque, elle, savait comprendre et aimer. Il s'agit d'une carte postale Combier sans nom de l'architecte ni du photographe. Il nous restera au moins ça pour pleurer.


dimanche 26 octobre 2025

En France et en Architecture, la sévérité est un hédonisme

 Voilà une belle série de cartes postales d'un lieu majeur, certes un peu moins connu que Eveux mais qui en est presque l'ombre, une ombre blanche d'ailleurs car la particularité de cette architecture c'est justement l'usage technique et esthétique de son béton blanc.

Nous sommes à Orsay et nous allons visiter la Clarté-Dieu, ensemble superbe et raide, que l'on pourra sans remord qualifier de vrai brutalisme à la française. Le programme ? Un séminaire franciscain avec tout ce que nous pouvons deviner de ce que cela suppose comme enchainement des espaces : réfectoire, chambres, bâtiments conventuels, église etc...La série est pratique, elle nous permet de faire la visite. On ne s'étonnera pas d'ailleurs que l'éditeur de cartes postale fasse faire le tour des espaces à son photographe pour rendre compte justement des emboitements spéciaux. On a l'habitude sur ce blog que l'époque soit à l'inventaire et qu'un lieu sacré, église moderne ou couvent moderne, ne puisse pas se résumer à un seul cliché. On notera qu'aucune des photographies n'est signée, que le ou les photographes sont restés en retrait derrière l'appellation générique de "Cliché Édition Franciscaines". On notera tout de même l'incroyable qualité photographique de l'ensemble et le très bon niveau d'édition. Les images sont bien contrastées, mettent bien en valeur les matières et les lumières tombant dans les lieux, lumière assez douce certainement choisie pendant une météo un peu grise pour que la lumière ne durcisse pas trop les lieux.

Là encore, on fait le choix d'une description non vivifiée par la présence directe des usagers des lieux. Aucun corps, aucun geste, personne n'est visible ici pour donner à l'ensemble du sens ou une échelle. Difficile donc de bien comprendre parfois les échelles des lieux, en ce sens la chambre donne une idée par ses meubles de la petitesse des espaces, d'une forme de sévérité dépouillée, d'un contentement de peu, celui de la lumière entrant dans la cellule par une fenêtre debout pour faire sans doute plaisir à Perret et moins à Corbu ! 

Mais c'est bien ce qu'on aime dans ce genre de lieu sacré, ce dépouillement, cette tendresse du presque rien où l'oeil et l'esprit doivent se contenter d'aimer ici le banchage du béton, là la rugosité de sa surface prenant la lumière. Tout est un peu raide, rigoureux mais laissant ainsi à la poésie l'essentiel : le rapport du monde à l'architecture, le dehors dans le dedans, un hédonisme naissant dans l'économie d'une architecture vue comme une interface avec le Divin, le Sacré. En regardant les images, on s'entend faire Chuuuttttt......et demander le silence pour ne rien gâter de cette joie simple des choses bien regardées.

Mais je ne vous ai pas dit qui sont les architectes de cette merveille ! Il s'agit des Frères Arsène-Henry et de E. Besnard-Bernadac. Vous trouverez sur ce site toutes les infos nécessaires et bien complètes. Allez-y ! 

https://journals.openedition.org/insitu/5394

Les plus fidèles d'entre vous se souviennent sans doute des Frères Arsène-Henry que nous avions découverts ici en 2017 grâce à Jean-Michel Lestrade :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/05/les-freres-et-leur-ciment-superblanc.html


Sans doute que cette première carte postale aurait pu suffire à dire la qualité du lieu. On aime, bien entendu, la qualité du béton, le jeu des ouvertures offrant presque toujours un noir profond et l'incroyable rigueur de l'image, toute de gris délicats venant d'un ciel chargé et filtrant. Les photographes contemporains d'architecture et leur mode de blanchir les ciels sous Photoshop n'ont donc rien inventé...Cela objective sans doute le sujet. On perçoit, au rythme soutenu des fenêtres, l'étroitesse des chambres...


D'un peu loin, l'ensemble de la Clarté-Dieu est comme perdu dans un brouillard de lignes végétales, d'ombres projetées voulant sans doute montrer une certaine intégration de ce beau rationalisme que nous appelons parfois un peu vite du Brutalisme.


Le Cloitre intérieur nous permet de voir la beauté presque classique des banchages. On se croirait en Suisse. Admirons comment l'alternance des planches forme le seul chatoiement pour l'oeil. On sent la main caresser les joints.


Cette carte est sans doute pour nous ici sur ce blog celle qui nous fait le plus kiffer comme disent les jeunes ! Perfection absolue de la rigueur, de la dureté, de l'âpreté des lieux. Les colonnes sont réduites à des poteaux raides et sublimes n'offrant presque que leur succession comme jubilation. C'est...implacable...Quel pied le brutalisme !

Vous savez comme j'aime ce genre de cartes postales ou le collectif est réduit à l'expression de son mobilier esseulé dans ses espaces. Là encore comment ne pas être amoureux du bois brut des tables dont la perspective contraste à l'orthogonale des poutres du plafond. Tout le cadrage donne au crucifix sa puissance. La symétrie ici, ne vous y trompez pas est une poésie. Silence ! Silence !

On a vu chez Le Corbusier le sens de la proportion des chambres (cellules) pour le corps. On s'y retrouve presque...Admirons la projection du bureau vers la droite pour que l'oeil voit le mur...N'auriez-vous pas, simples mortels, l'envie comme moi, de faire glisser le bureau sur la gauche ? On note que le photographe a réussi à faire monter le paysage extérieur dans la fenêtre sans qu'il soit brulé par une surexposition.

N'est pas beau ce détail de La Chapelle ? L'autel est de Costa Coulentianos.


Pour finir en beauté et en verticale, nous voici dans l'Église Conventuelle ! Tout est dressé devant nous ! J'aime particulièrement la puissance des pièces de la charpente et là encore le vide et la symétrie donnent à cette image sa force tranquille. Savez-vous que les vitraux du fond sont en partie de...Paul Virilio. Oui, du temps où, avant d'être philosophe et architecte, il était un maitre-verrier...Heureux de le retrouver là !

On note enfin que cet ensemble était si important déjà à son époque que la revue l'Architecture d'Aujourd'hui y consacre en 1957 un article sur une double page dont les photographies sont de Lucien Hervé lui-même ! Bonne lecture :













dimanche 31 août 2025

Par Issy l'église moderne modeste et la pin-up républicaine

 Aux Emmaüs de Saint Pierre-les-Elbeuf, bien décevant maintenant depuis un moment, je regarde un petit lot de cartes postale sans grande conviction. Puis viennent à ma rencontre finalement trois cartes parmi d'autres que je décide d'acheter et de vous montrer. Il faut parfois se contenter de peu ou du moins, se contenter d'une forme modeste de sa joie.
Après tout, sur ce blog c'est aussi cette forme-là que l'on défend, les petites choses qui racontent la Grande Histoire. Cette fois, l'Histoire de l'Architecture a reconnu un monument historique puisque l'église d'Issy-les-Moulineaux, Notre-Dame des Pauvres, est inscrite depuis 2007. Alors...soyons respectueux de ce qui se passe là, sur ces deux cartes postales. Bien entendu on aime la simplicité du volume, le jeu des pierres bien ordonnées entre elles, les ouvertures reportées entre le voile de béton qui fait toit et les murs de pierre, on aime le campanile si simple, si beau (je ne sais pas pourquoi j'y vois une rigueur suisse, protestante). Et comment ne pas tomber sous le charme de la vue intérieure vide, presque aussi froide qu'une sculpture minimaliste. J'ai toujours aimé les cartes postales de lieux vides (halls, hôtels, dortoirs...) dont les chaises nous indiquent les corps absents. On regrette aussi sans doute que les couleurs soient aussi absentes mais, finalement, j'aime aussi la manière dont ce beau noir et blanc ajoute à la prise de vue quelque chose de raide, nette, ferme. On peut bien admirer le travail du béton pour le plafond et le grand mur de pierres assemblées. Tout cela et la croix géante suffiront comme écran de projection pour la Foi de chacun. Simplicité apparente, radicalité, on voit comment les architectes Lombard et Duverdier ont bien travaillé à l'économie frustre presqu'à l'os. Elle est des Pauvres cette Notre-Dame...
Les deux cartes postales sont en noir et blanc, celle de l'extérieur est bien colorisée. On note que l'éditeur Estel ne nomme pas les architectes, pas les verriers, pas son photographe...

Pour revigorer ce sentiment de rigueur ostensiblement démontrée, je voudrais vous laisser en voir une autre plus explicite.

Je vous avais prévenu : on ne maitrise pas toujours les hasards des découvertes dans les boites à chaussures remplies de cartes postales...Comment résister à cette belle carte Nugeron nous montrant une Mariane dessinée par le génial Aslan ! Cette Mariane n'est-elle pas le contre-point parfait à notre belle église ? N'est-ce point là aussi un plaisir de pouvoir se régaler de l'une et de l'autre ? Et depuis la séparation de l'état et de l'église, il est bon parfois de les voir se retrouver, se frotter gentiment au hasard des rangements et des...abandons...

Vous trouverez ici (oui...) toutes les infos sur cette belle église :
Pour revoir de belles pin-up de Aslan, allez sur mon autre blog :




mardi 19 août 2025

Système Bérard ? Attention ! Travaux !

Avant de vous livrer cet article, je veux bien évidemment faire un signe à François Chaslin disparu il y a peu. Je pense à lui et à l'importance immense qu'il a eu pour ce blog. Je ferai à la rentrée une Chronique Corbuséenne sur Radio On que je lui consacrerai. En attendant, et malgré tout, je poursuis ici mon travail, avec toujours au dessus de moi à la fois sa confiance, sa gentillesse, sa rigueur, ce qui fut aussi à mon égard sa disponibilité et ses compétences.

Merci pour tout Monsieur Chaslin.


 Dans le fantasme du collectionneur de cartes postales d'architecture, il y a toujours le désir et la joie de trouver une carte postale montrant le chantier. Le chantier est impermanent et la photographie en figeant cet état permet de tenir le temps et de comprendre souvent la construction, les méthodes du bâtir. Mais le chantier, c'est aussi une poésie, une fragmentation, une ruine à l'envers.
Je vous chantais, il y a peu, le plaisir de ma découverte du Système Bérard et la richesse de sa présence à Migennes-Laroche. On est certes dans les prémices du béton armé (encore appelé ciment) mais comment ne pas évoquer cette technique sur ce blog !
Voilà que deux occasions de se régaler nous arrivent en même temps après quelques recherches. D'abord la carte postale du chantier de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Rungis qui nous permet de voir le montage des plaques préfabriquées au pied du bâtiment, prêtes à l'emploi. On ne voit pas de machine de levage, serait-il donc possible que les maçons montaient les plaques une à une par les échelles ou avec l'aide de simples cordages ? 
Quelle chance en tout cas d'avoir ce genre de document, une fois encore les éditeurs de cartes postales, dans leur infini désir de tout montrer, ont bien travaillé pour l'Histoire.
On notera d'emblée que cette église est inscrite depuis 1999 aux monuments historiques. Ouf....




L'autre occasion vient d'une revue cette fois-ci, d'un fascicule de "le Monde et La Science" qui évoque le Chantier Moderne (sic) et toutes les inventions et quelques modèles. On y retrouve bien en place le Système Bérard et quelques photographies nous permettent de voir la construction de notre église de Rungis. Voilà qui est bien instructif.
Vous trouverez ici toutes les informations et il semble que l'église soit en excellent état aujourd'hui.
On s'en réjouit.