lundi 15 juin 2020

Hansjörg Schneider, transformation d'une carte postale

Il y a peu d'artistes que je considère capables de pouvoir faire un travail sérieux sur l'architecture moderne et encore moins, sachant s'emparer des cartes postales de celle-ci pour inventer un travail personnel et surtout signifiant de cet héritage.
Hansjörg Schneider en fait partie et je vous ai déjà montré son travail à plusieurs reprises.
Osant quelque chose qui pour moi est même difficile à penser, il triture, découpe, perce, recompose des cartes postales de sa collection pour fabriquer des images étranges qui s'appuient sur les structures des architectures et surtout des images de celles-ci. Cela est culotté car cela démontre à la fois sa grande lucidité et clairvoyance sur cet héritage et sa projection d'un l'imaginaire littéralement... déconstructiviste...

Alors, je reçois de mon ami allemand un petit catalogue tout en allemand me signalant son exposition qui a lieu en ce moment-même. Je ne pourrai malheureusement pas vous dire si je suis d'accord ou pas avec ce texte, mon allemand étant trop mauvais pour cela. Mais je connais suffisamment l'ami Hansjörg pour savoir que nous sommes d'accord et surtout, il me suffit de regarder les quelques images de ce catalogue pour immédiatement comprendre ce qu'il tente et réussit mais aussi pour en jalouser l'audace, la collection et la beauté de ses réalisations.
Qui, après nous au Mans, osera un jour faire une belle exposition du travail de Hansjörg Schneider en France ?
Dans le silence de nos incompréhensions de nos langues mutuelles, se placent ses images. Et entre son sourire et sa satisfaction et mes admirations bruyantes, quelque chose nous lie qui dépasse la nécessité de traduire : une amitié sans aucun doute.
Merci Hansjörg pour cet envoi précieux.

Alors si vous allez en Allemagne :
Hansjörg Schneider
Transformation eine PostKarte
Museum Eckernförde
23 Février 2020-26 juillet 2020

ici : https://www.museum-eckernfoerde.de/aktuell/events/hansjoerg-schneider-transformation-einer-postkarte/

Pour voir ou revoir le très beau travail de Hansjörg Schneider :
https://archipostcard.blogspot.com/2009/09/hansjorg-schneider-un-ami-un-artiste.html 
https://archipostcard.blogspot.com/2010/06/hansjorg-schneider.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/01/hansjorg-mit-cecile.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/09/kronos.html
https://archipostcard.blogspot.com/2009/09/taxi-driver-de-luxe-hansjorg-schneider.html
https://archipostcard.blogspot.com/2010/08/hansjorg-schneider-nous-envoie.html 
https://archipostcard.blogspot.com/2009/11/revolving-flatiron-building.html 










samedi 13 juin 2020

Dans mes rêves les plus fous...

... je n'aurais pas pensé trouver une telle image, une telle déclaration d'amour à l'architecture.
L'émotion spatiale est totale et elle est composée, je veux dire qu'elle ne doit rien à un hasard de la situation mais elle doit tout aux talents conjugués d'un architecte, d'un photographe, d'un éditeur et surtout, d'un désir de diffuser ainsi le monde qui se construit et dans lequel il faut bien se reconnaître.






































Cette carte postale est un monument comme auraient dit les Venturi. C'est une ode.
Voilà donc ce qu'il était possible de faire avec cet art de la carte postale, voilà donc la responsabilité d'une grande maison d'édition, Yvon, qui a su conjuguer à la fois la pertinence d'un photographe envoyé là et la belle impression photographique faite grâce au Procédé 301 de la célèbre maison Draeger.
Nous sommes à Massy devant l'une des tours de l'opération Massy-Opéra de messieurs Pierre Sonrel, Jean Dutilleul et Berdj Mikaelian les architectes. La carte postale ne nomme pas ces messieurs, pas plus qu'elle ne nomme le photographe. S'il se reconnaît, on l'écoute. La carte, par contre, titre le grand ensemble et il est amusant de voir là le singulier en lieu et place de l'habituel les grands ensembles devenu une intonation souvent négative.
La verticale de la tour monte tellement qu'elle est coupée en son sommet, certainement pour en dire l'ambition. Incapable de faire entrer toute la tour dans ce cadre, le photographe est bas, il cale les toits fragiles du centre commercial pour apporter des diagonales qui suivent celles de la tour. On note que la perspective écrase un peu la longueur du bâtiment qui apparaît bel et bien comme une tour alors qu'il s'agit bien plus d'une barre un peu tassée sans doute par le redressement des verticales. De ce fait c'est le pignon qui définit à lui seul les qualités incroyables du dessin de cette façade malheureusement en partie aujourd'hui défigurée par des transformations énergétiques.
On s'amusera que le photographe a tout fait rentrer dans son image : un peu de verdure et de nature au premier plan (il aura fallu jongler avec la hauteur), un peu de contradiction spatiale et surtout une pancarte de commerce qui fabrique un cartouche dans lesquels les mots parfumerie et esthétique apportent une touche de classe, de préciosité, de féminité parfaitement bien... sentie...
Et d'un coup la tour de Massy devient chic, ce que son dessin confirme.
Quelle incroyable carte postale et quelle belle architecture. Qui, en voyant ça, pourrait ne pas vouloir y reconnaître les qualités de cet ensemble ?

Pour les vrais amateurs d'histoire de l'architecture, pour ceux qui veulent apprendre en plus de voir, allez là, tout y est bien raconté :
https://inventaire.iledefrance.fr/dossinventaire/publication/massy-opera.pdf 

Pour retrouver Pierre Sonrel et Jean Dutilleul :
https://archipostcard.blogspot.com/2011/09/reuil-malmaison-chapelle.html
https://archipostcard.blogspot.com/2010/02/pierre-sonrel-classique.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/07/les-maisons-de-la-culture-en-france.html

mercredi 10 juin 2020

U.R.S.S à Alençon ?

Il y a des noms qui semblent attachés à quelques rares icônes sans que l'on prenne le temps de se demander s'il n'y aurait pas eu d'autres constructions : Schœller et ses piscines, Maneval et ses bulles six coques.
Pour Roger Vissuzaine, son palais des sports de St-Nazaire prend toute la place au sens propre comme au sens figuré.
Et cela est bien normal.
Il suffit de taper son nom sur un moteur de recherches pour qu'apparaisse la fameuse soucoupe volante de béton brut.
Mais voilà, il arrive que cette impression soit un peu modérée grâce à des cartes postales dont le moins que l'on puisse dire c'est qu'elles soient précises dans la nomination des architectes. Regardons :


Je sais que cela pourrait vous paraître ennuyeux comme architecture et je ne vous en voudrais pas. Non, rien de bien spectaculaire ici que la belle écriture habituelle de l'architecture des services administratifs des Trente Glorieuses. Rien non plus d'indigent. Un fonctionnalisme économique, simple, sans autre prétention que de rendre le service pour lequel il est construit. Si on veut, on dira que la façade est bien rythmée (quoi dire d'autre...) que les volumes se répondent (gentiment alors), que le petit hall d'entrée vient contraster avec les parallélépipèdes des bâtiments. Soit on est attendri par cette rationalité fruste, soit on passe son tour.
Il suffit alors de regarder le verso de cette carte postale Cap pour savoir qui a dessiné cela : Roger Vissuzaine donc, Louis Longuet, Félix Besnard-Bernadac et encore Louis Lucas. Pas moins de quatre architectes nommés pour cette caisse primaire de sécurité sociale d'Alençon. On note aussi que celle-ci est appelée Groupe U.R.S.S   A-F est cela est bien mystérieux... Que vient faire l'U.R.S.S ici ? Hommage à un pays allié ? Mais non ! Il s'agit bien de l'URSSAF ! Il aura suffit d'un vide mal placé par l'éditeur entre deux lettres pour s'amuser un peu !
Alors cette caisse primaire dans sa grande simplicité heureuse doit-elle remodeler notre vision de Vissuzaine comme un architecte brutaliste et audacieux ? Doit-on s'étonner que la carrière d'un architecte passe à la fois par cette tranquillité d'une architecture très sage puis par l'audace d'un signe monumental presque trop bavard et étrange ?
Le premier est-il l'origine de l'autre ? Sans doute que plus simplement, les architectes se doivent à leur programme et qu'il n'est pas toujours nécessaire pour faire une architecture intelligente et pratique de vouloir dire trop son existence. Le bus passe à côté en douceur. L'usager du lieu, visiteur ou travailleur, devra pouvoir se concentrer sur les raisons de sa venue et non participer à un spectacle organisé par un architecte.
Parfois le pragmatisme est la seule voix possible pour faire du beau. Une sorte de discrétion habile et attentive. C'est aussi cela l'architecture.
Et comme toujours, c'est la carte postale, enregistrant là le surgissement d'une politique sociale qui permet à la fois d'évoquer cette architecture et les raisons pour lesquelles on s'y reconnaît, on y correspond.
Ce bâtiment est toujours debout mais remanié. Rien à dire de cela. Vraiment rien.

pour revoir Vissuzaine sur ce blog :
http://archipostcard.blogspot.com/2009/05/le-coffrage-est-un-art.html
http://archipostcard.blogspot.com/2009/03/soucoupes-volantes.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/10/vaisseaux-tres-spatiaux.html

lundi 8 juin 2020

Ça vibre tout pareil


On hésite.
Je suis persuadé que si je ne vous dis pas où se trouve ce bâtiment, il vous sera difficile de le localiser. Bien entendu, les plus malins verront dans la façade en claustra ou dans le détail de la corniche qui souligne la ligne du toit plat quelque chose d'exotique, de curieux, d'un peu étrange.
Car si toute la volumétrie de l'ensemble respire les tics de la Modernité, les détails contredisent un peu cette sensation globale.
Où sommes-nous ?
Brazzaville, Congo, devant la Société Générale dessinée par Henri Chomette dont nous avons déjà vu le travail africain.
La carte postale est une édition Hoa-Qui pour les Papeteries de l'A.E.F. Cette carte en photo véritable ne nomme ni le photographe ni l'architecte.
On reste aujourd'hui surpris de deux choses sans doute : la grande présence du mouvement moderne en ces lieux (quoique cela aujourd'hui soit un peu moins oublié) et la nécessité de faire une carte postale d'une banque... Qui pour se reconnaître aujourd'hui dans une telle édition ? Qui pour réclamer une telle représentation ?
On sait sur ce blog que le mouvement moderne fut très représenté en cartes postales en France et même en Europe. On pourrait peut-être trop vite voir dans sa représentation dans les anciennes colonies ou sur d'autres continents une forme de domination, de preuve d'une présence que l'on jugerait maintenant déplacée.
Cette internationalisation du mouvement moderne serait la preuve alors, sur ces territoires, d'une domination culturelle. Les bonnes réponses architecturales sont-elles contingentées par celle-ci ?
Peut-on dire, à l'inverse, que l'exotisme-même est l'occasion d'une plus grande attention aux contextes spécifiques qui poussent à une rationalités des réponses ? Trop de soleil, de moiteur, trop de pluies soudaines, trop de tout, tout cela exige des réponses architecturales appuyées sur ces réalités et sur ces attentions qui furent celles d'une rationalité moderne. Et aussi le désir de marquer cette modernité, de l'affirmer comme un élan, de dire qu'ici tout peut commencer.
On parlait de territoires d'expériences, de liberté. Liberté de qui, de quoi ?
Henri Chomette aurait-il pu construire ceci en France, en Europe ? Sans aucun doute que oui, sans aucun doute que non. Je veux dire que pareillement, il aurait regardé le programme, qu'il aurait étudié l'environnement, qu'il aurait sur ses conclusions donné des réponses justes, c'est-à-dire prises dans cette pensée rationnelle. Un problème, une réponse.
Et parfois l'esthétique aime se frotter à des réponses directes. Du soleil ? Fabriquons des ombres. De la chaleur ? Créons des aérations, etc... C'est ce que semble dire cette architecture. Mais il n'y a pas que cela. Henri Chomette connaît son vocabulaire moderne et son héritage, il en use : rythmicité, redans, pilotis, éclatement des volumes affirmant leur fonctions, contraste des ombres, monumentalité des blocs.


Dans le très beau et utile Architecture Nouvelle en Afrique de Kultermann, on trouve un autre cliché de cette Société Générale. Et on la découvre mieux dans ses articulations et aussi dans le travail de son toit occupé par une construction invisible sur la carte postale, ce qui, d'ailleurs m'étonne beaucoup. Le Studio Charlejan est crédité pour cette prise de vue. On voit que les ombres travaillent de la même manière, que ça vibre tout pareil. Cette image produit un bâtiment moins ramassé sur lui-même, plus facile à lire.
Et j'en aime immédiatement la présence, la grande beauté classique de l'ensemble, l'incroyable qualité des façades. Alors, très vite l'idée me vient que j'aimerais poursuivre mon admiration pour Henri Chomette, ici ou ailleurs.
Tradition académique française...
L'architecture d'Henri Chomette n'en reste pas moins française...
L'architecture rigide du néo-classicisme français...
Voilà trois manières de parler de Henri Chomette par Kultermann dans son article. Il a raison. C'est aussi ce que j'aime.

Pour revoir Henri Chomette :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/02/construire-sur-et-avec-la-fragilite.html
Pour revoir Kultermann :
https://archipostcard.blogspot.com/search?q=kultermann

dimanche 7 juin 2020

Les gens du Nord ont dans le cœur le nom de l'architecte et du photographe

Il y a des séductions immédiates, des appels solides, d'irrésistibles attirances.
La Maison des Gens de Mer de Dunkerque en fait partie :


Beaucoup d'indices font de cette Maison des gens de Mer une petite pépite comme on les aime ici. D'abord je l'avoue la couleur. Oui, pour une fois, sans doute, la couleur fut le premier signe. Ce vert un peu glauque se demandant s'il doit être kaki m'a plu immédiatement, donnant à la construction un côté sévère, j'oserai germanique, enfin je veux dire incroyablement sérieux. Cette couleur me fit penser à un petit bâtiment à l'entrée du Mans qu'il faudra que je vous montre un jour. Puis, deuxième signe, la présence en petites touches d'un béton cannelé qui souligne le soubassement et les ouvertures ainsi que la cage d'escalier lisible au fond. Ensuite, c'est le dessin qui me plut beaucoup. Un bloc sur un autre. Celui du dessus, depuis ce point de vue, se présente comme plus fermé, clos, n'offrant que deux ouvertures faisant de ce pignon un bloc. Puis, dessous, est glissé un niveau, lui tout ouvert, tout vitré qui est posé un peu en retrait, dégageant un perron, une entrée sur le devant. L'ombre du bloc du dessus l'assombrit, alors que les larges baies tentent d'en refléter la ville. Je ne sais pas pourquoi mais c'est le genre de construction dont on imagine immédiatement le dessin de l'architecte. On imagine comment graphiquement celui-ci avait dû appuyer sur le contraste entre ces deux blocs.
On aime le dais de béton au-dessus de l'entrée sur le côté, on aime l'immense rambarde de béton qui surligne le perron. Bien entendu, on remarque que le photographe des éditions Yvon n'a pas totalement osé la frontalité face à ce pignon peut-être un peu trop radical et peu informatif du reste de l'architecture. Le photographe a préféré laisser la chance à la perspective de nous donner un peu d'informations sur le bâtiment en laissant apparaître l'autre façade et les fenêtres qui en percent sa longueur. Pourtant, on sent bien qu'il a hésité, disons que la radicalité de ce pignon ne lui a pas laissé beaucoup de chance de ne pas être remarqué...
Cette carte postale nous permet donc de voir comment un photographe presque naturellement suit les ordres de la radicalité d'une architecture.
Mais le photographe et l'architecte resteront tous deux ensemble dans l'anonymat. Bien entendu, à Dunkerque, avec un tel dessin aussi radical, on pourrait rêver que Jean-Pierre Secq en soit l'architecte. (voir la triste histoire de la B.C.M.O)
Mais je ne trouve rien pour me conforter dans cet avis. On note qu'une fois encore, dans cette ville, pour évoquer le travail des marins et des gens de mer, c'est par une construction solide, presque brute que les architectes se sont crus obligés de passer comme si la dureté du métier devait être représentée par un bâtiment affichant si ce n'est une virilité au moins une solidité à toutes épreuves.
Mais... Mais...
Dans mon petit cerveau, quelque chose traîne, d'indéfinissable, de flou...
Une vague lumière que je tente d'approcher...
Puis, soudain, je sais !
Oui, j'ai déjà vu ce bâtiment et même je l'ai déjà vu dans sa frontalité pure. Bien entendu, il me suffira de coller dans le moteur de recherches de mon âme les mots frontalité, photographie et Nord de la France pour qu'un nom surgisse : Frédéric Lefever ! Bien sûr !
Me voilà sur son site à passer une par une les images du photographe jusqu'à la...174ème photo où apparaît bien notre Maison des Gens de Mer de Dunkerque ! Quel plaisir de pouvoir comparer ainsi les deux intentions photographiques ! On voit que Frédéric n'a pas pu se retenir et a suivi la radicalité frontale du pignon, tout comme moi, il en a vu la force. Il est donc clair que ce n'est pas seulement notre œil qui décide de cette position face à face mais bien le dessin de la façade (vous noterez l'allitération subtile...) qui pousse à cette frontalité.


On note que le ciel est blanchi dans l'image de Frédéric, ce qui doit être, pour Dunkerque, un naturalisme assez évident qui contraste avec le ciel bleu de notre carte postale. On note aussi que la jardinière sur le perron est remplie d'herbes. On peut presque s'amuser à placer Frédéric dans notre carte postale, il n'y a que quelques centimètres de côté entre lui et le photographe de cartes postales mais cette petite distance fait bien toute la différence d'intention entre les deux photographes. L'un se sert du bâtiment pour, à son tour, en tirer une construction puissante, l'autre veut nous la montrer en ne perdant rien de la valeur brutale de son dessin. Les deux, finalement, font document et aussi beauté car ils laissent tous les deux à la construction l'occasion de s'exprimer.
Il pourrait être amusant lors d'une table ronde de mettre les deux cadreurs l'un à côté de l'autre, chacun leur tour expliquant alors leur point de vue. Sans doute que l'objectif des images sera la raison de ces quelques centimètres de différence entre les deux. L'un produisant une image de reconnaissance et de correspondance, l'autre voyant dans l'architecture l'occasion d'exprimer son monde intérieur et sa culture sous-jacente de l'image et de la photographie contemporaine. Je ne veux pas choisir entre les deux, je veux accorder à chacun d'eux la place qu'ils méritent. Tous deux nous permettent finalement d'être là, avec eux, devant une architecture, certes modeste mais aussi intéressante, représentative d'un moment de l'histoire de l'architecture. Tous deux auront par l'enregistrement de cette architecture fait acte d'un regard, regard respectueux, nécessaire et parfaitement utile à mon monde, à notre monde.
Merci à tous les deux.

pour revoir le travail de Jean-Pierre Secq :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=Secq
Et pour revoir l'incroyable inventaire de notre ami Frédéric Lefever, je vous conseille de passer quelques moments sur son site. Attention... c'est addictif...
http://www.frederic-lefever.com/index.php?pos=175&limite=174

ou revoir ce dernier sur ce blog :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=Lefever


mercredi 3 juin 2020

Oran la radieuse cité

Sans doute qu'hier, ma discussion avec Bastien sur la guerre d'Algérie et mon père a revivifié mon désir de parcourir le bel héritage moderniste de ce pays.
Alors, je me dis que je pourrais bien vous montrer ça :


Alors, sur le cul hein ?
Dans la catégorie des beaux immeubles modernes et des belles photographies frontales qui les montrent, nous pourrions avoir là une sorte d'icône. Mais à l'inverse des vraies et belles icônes religieuses orthodoxes, celle-ci n'est pas anonyme. Le photographe s'appelle Alexandre Sirecky, du moins c'est le nom de la maison d'édition.
Mais l'architecture elle ?
Rien...
Pourtant cet immeuble de Lattre de Tassigny est tout de même bien intéressant. Il est posé sur une pente légère qui le perturbe à peine et oblige l'architecte à le dessiner comme trois tours accolées entre elles, chacune à son niveau. L'ensemble se courbe doucement, tranquillement et j'aime, aux jointures, comment les fenêtres en longueurs discutent entre elles sur les joints du collage. La radicalité superbe vient bien de l'étirement de la barre par les trois immenses verticales qui montrent vers le ciel proposant un nid d'abeille, un filtre, un immense aérateur dont il est difficile de juger de son rôle depuis ce cliché. Cages d'escaliers ? Balcons ajourés d'un moucharabieh ? Oui, il s'agit bien de balcons ou de séchoirs, on devine au travers de la grille du linge accroché. Le bas de l'immeuble ne propose rien d'extravagant et son traitement donne l'impression de s'implanter durement, nettement. À peine le dessin d'une corniche en dessine les entrées et c'est tout.
Que j'aime ça. Que j'aime cette dureté tragique, puissante. Je ne dirai pas autoritaire pour ne pas faire plaisir aux redresseurs de tort de l'histoire coloniale. Ce n'est pas le sujet ici.
Toujours grâce à Monsieur Alexandre Sirecky, voici une autre belle carte d'Oran.


Sur le front de mer se pose un paquebot Art Déco, bien épais, bien solide, jouant des volumes de sa façade. Oh rien d'extraordinaire, non. Mais la beauté simple d'un bloc taillé et solide, à peine effleurée par des balcons et quelques décrochements. Le noir et blanc du photographe et le soleil puissant le sculptent pourtant bien, lui donnent sa fierté. On notera que la fermeture quasi systématique des volets devant les fenêtres ajoute aussi au graphisme réussi de l'ensemble. Vous rappelez-vous l'avoir déjà vu ici ?
http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/03/oran-blanche-et-bleue-pastel.html 
Cette carte fut expédiée en 1957.
Nous ne trouverons pas non plus l'architecte. Walid ? Toi qui est sur place, peux-tu aller voir ? Y aura-t-il un ou une amie algérienne pour nous trouver l'info ? Peut-être qu'il existe un bel inventaire des constructions Art Déco d'Oran la Radieuse ?

lundi 1 juin 2020

César, Clémence, Pierre, Jacqueline, Claude, Georges, Odette, Saint-Denis


Modestie.
C'est le mot qui me vient immédiatement en regardant cette carte postale de Saint-Denis et des immeubles de la Cité du Colonel Fabien.
Rien dans ce document n'est extravagant, surprenant, étonnant. Rien. La carte elle-même, mal colorisée, mal imprimée, écornée ne raconte aucune ambition. Il faut aimer l'architecture pour la regarder et tenter d'y percevoir quelque chose qui mérite l'attention. Le dessin des ouvertures (balcons et fenêtres), la lisibilité des plaques de béton aux joints apparents, une certaine habileté des volumes et, bien entendu, l'espace entre les immeubles qui fait penser à une cité-jardin.
Le photographe place l'inévitable branche d'arbre pour introduire un premier plan, il cadre aussi la percée entre les immeubles dont on devine que la hauteur est limitée par raison. Une femme marche vers cette blancheur au loin. Il me faudra l'aide de mon compte-fil pour entrer mieux dans l'image, surprendre là le linge qui sèche, une jardinière de fleurs et même, oui, une cage à oiseaux sur le balcon du rez-de-chaussée. J'y trouve aussi quelques graffiti d'enfants dessinés à la craie. Je ne vous ferai pas une leçon d'histoire d'architecture, vous trouverez ici toutes les informations sur ce groupe dessiné par Lurçat. Je ne fais pas de la paraphrase des collègues.
Lurçat on sait qui c'est, on sait ses qualités.
Au verso, Odette raconte ses déambulations dans sa famille et elle établit une véritable carte géographique des amitiés et familiarités en nommant tout le monde. Tous ces prénoms sont comme des points dans un espace qu'Odette relie avec cette carte postale.
Modestie.
Parfois, cela me suffit l'amour des gens à s'écrire.
Ajoutons Raymon à cette liste de prénoms, l'éditeur de cette carte postale. Nous n'en saurons pas plus, nous ne saurons pas le prénom du photographe. Raymon éditeur écrivez-moi.