mercredi 10 juin 2020

U.R.S.S à Alençon ?

Il y a des noms qui semblent attachés à quelques rares icônes sans que l'on prenne le temps de se demander s'il n'y aurait pas eu d'autres constructions : Schœller et ses piscines, Maneval et ses bulles six coques.
Pour Roger Vissuzaine, son palais des sports de St-Nazaire prend toute la place au sens propre comme au sens figuré.
Et cela est bien normal.
Il suffit de taper son nom sur un moteur de recherches pour qu'apparaisse la fameuse soucoupe volante de béton brut.
Mais voilà, il arrive que cette impression soit un peu modérée grâce à des cartes postales dont le moins que l'on puisse dire c'est qu'elles soient précises dans la nomination des architectes. Regardons :


Je sais que cela pourrait vous paraître ennuyeux comme architecture et je ne vous en voudrais pas. Non, rien de bien spectaculaire ici que la belle écriture habituelle de l'architecture des services administratifs des Trente Glorieuses. Rien non plus d'indigent. Un fonctionnalisme économique, simple, sans autre prétention que de rendre le service pour lequel il est construit. Si on veut, on dira que la façade est bien rythmée (quoi dire d'autre...) que les volumes se répondent (gentiment alors), que le petit hall d'entrée vient contraster avec les parallélépipèdes des bâtiments. Soit on est attendri par cette rationalité fruste, soit on passe son tour.
Il suffit alors de regarder le verso de cette carte postale Cap pour savoir qui a dessiné cela : Roger Vissuzaine donc, Louis Longuet, Félix Besnard-Bernadac et encore Louis Lucas. Pas moins de quatre architectes nommés pour cette caisse primaire de sécurité sociale d'Alençon. On note aussi que celle-ci est appelée Groupe U.R.S.S   A-F est cela est bien mystérieux... Que vient faire l'U.R.S.S ici ? Hommage à un pays allié ? Mais non ! Il s'agit bien de l'URSSAF ! Il aura suffit d'un vide mal placé par l'éditeur entre deux lettres pour s'amuser un peu !
Alors cette caisse primaire dans sa grande simplicité heureuse doit-elle remodeler notre vision de Vissuzaine comme un architecte brutaliste et audacieux ? Doit-on s'étonner que la carrière d'un architecte passe à la fois par cette tranquillité d'une architecture très sage puis par l'audace d'un signe monumental presque trop bavard et étrange ?
Le premier est-il l'origine de l'autre ? Sans doute que plus simplement, les architectes se doivent à leur programme et qu'il n'est pas toujours nécessaire pour faire une architecture intelligente et pratique de vouloir dire trop son existence. Le bus passe à côté en douceur. L'usager du lieu, visiteur ou travailleur, devra pouvoir se concentrer sur les raisons de sa venue et non participer à un spectacle organisé par un architecte.
Parfois le pragmatisme est la seule voix possible pour faire du beau. Une sorte de discrétion habile et attentive. C'est aussi cela l'architecture.
Et comme toujours, c'est la carte postale, enregistrant là le surgissement d'une politique sociale qui permet à la fois d'évoquer cette architecture et les raisons pour lesquelles on s'y reconnaît, on y correspond.
Ce bâtiment est toujours debout mais remanié. Rien à dire de cela. Vraiment rien.

pour revoir Vissuzaine sur ce blog :
http://archipostcard.blogspot.com/2009/05/le-coffrage-est-un-art.html
http://archipostcard.blogspot.com/2009/03/soucoupes-volantes.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/10/vaisseaux-tres-spatiaux.html

Aucun commentaire:

Publier un commentaire