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mercredi 27 juillet 2016

Jean-Pierre Secq et brutaliste

Vous vous souvenez sans doute de notre plaisir à évoquer le travail de Jean-Pierre Secq à Loos.
Je vous avais promis que nous reparlerions de lui dès que l'occasion nous en serait donnée.
Eh bien voilà :



Oui, je sais.
C'est très beau.
Très Métabolisme japonais. Pourtant nous sommes en France, à Lille, au Forum.
On trouve bien un vocabulaire brutaliste à la française, propre, lisse, tendu mais puissant, affirmant par son dessin la richesse d'une répétition de façade faisant alterner de très grandes ouvertures sombres et du béton blanc sans décor. (Et pour quoi faire ?)
On remarque un travail complexe et subtil de jonction avec le sol, d'immenses pilotis soutenant l'ensemble et permettant de glisser dessous des hauteurs variées et des ombres qui soutiennent le construit.





La carte postale est une édition la Cigogne sans date ni photographe. Je reste, une fois encore, étonné qu'un tel programme ait pu bénéficier d'une telle édition. Y avait-il donc un marché suffisant pour porter ce désir de partage d'une telle architecture ? Nous ne pouvons que nous en réjouir. Autre étonnement, le fait que la Google Car soit passée sous le bâtiment pour photographier ce dernier depuis son arrière ! On voit même le véhicule passer sous le tunnel !
Je crois reconnaître au pied du Forum l'un des travaux de Yvette et Bernard Alleaume, les sculpteurs paysagistes qui ont travaillé aussi avec messieurs Andrault et Parat. Mais sans certitude. Il ne semble pas que cet ensemble du Forum par Monsieur Secq ait été publié. En tout cas, je ne trouve rien dans mes revues.
On aura plaisir à retrouver bientôt d'autres œuvres de Jean-Pierre Secq qui compte donc parmi les plus grands brutalistes français.

Dernière minute !
En ce lundi 20 janvier 2025, un lecteur de ce blog, Olivier Ente, m'informe que le créateur des sculptures au pied des immeubles est Philippe Scrive qui travailla d'après Olivier beaucoup avec Willerval. On espère que Olivier fera vite un beau travail de recherches sur l'oeuvre de Philippe Scrive qui est toujours vivant.
Au travail ! Il sera bien de pouvoir promouvoir ainsi un artiste.

Presque le même point de vue :





 



 



 

jeudi 30 juin 2016

Loos ou Loos, l'ornement et le crime

Bon.
Il faut savoir se réjouir de tout.
De tout.
Regardons :



N'est-elle pas représentative du genre, cette carte postale ?
N'est-elle pas à l'exact de ce que vous attendez sur ce blog ?
Une tour Kennedy (sic!) un rien sèche, comme ça, si on la regarde vite, si on ne lui prête que des arguments de façade et une construction basse, continue, recouverte d'un milliers de modules aluminium en Sculptura Panels que nous avons déjà vu sur ce blog et que nous aimons particulièrement. Le contraste entre les deux architectures, l'une verticale, l'autre horizontale, le vide du premier plan, le ciel parfait, tout cela produit une image et donc une carte postale qu'aujourd'hui nous regardons soit avec joie soit avec dédain, riant un peu de cet espace.
Remercions les éditions de l'Europe.
D'abord n'oublions jamais que cette tour Kennedy fut une réponse. Sans doute pas, forcément une bonne solution mais une réponse. Et que je suis de ceux qui en aiment l'économie assumée, la verticalité assumée, l'indigence presque assumée. J'en aime sa rectitude et son poids. Puis, la répétition des modules s'étendant à l'infini, répétition ordonnée, placide, joyeuse à elle-même produit l'idée que l'architecture pourrait s'étendre sans hésitation sur la surface du globe.





Mais une difficulté inattendue va surgir.
D'habitude pour trouver et nommer un architecte, il suffit sur un moteur de recherche de taper le nom du lieu et le programme de l'architecture pour assez souvent avoir une réponse. Mais ici, nous sommes dans une ville qui pose un problème....La ville s'appelle... Loos...
Ainsi, le moteur de recherche a vite fait de vous promener vers Adolf Loos au lieu de vous amener en ville ! Pourtant, je trouve le nom de l'architecte de la cité les Oliveaux, il s'agirait de Jean-Pierre Secq que la page wikipédia nomme même...Brutaliste ! On fait un beau cercle ! Sec et brutal.
Il est évident qu'à l'époque de la construction, notre architecte Jean-Pierre Secq connait bien l'histoire de l'architecture et donc l'homonymie entre la ville de Loos et Adolf Loos. Cela a-t-il éclairé d'une manière ou d'une autre son chantier de la cité les Oliveaux ? Si on en croit la tour Kennedy oui, si on en croit le gymnase (salle de sport) non !
Car si l'ornement est un crime, sur cette salle de sport, il y a eu des milliers de morts ! Car le rôle de ce module est bien dans sa sagesse de rapidement construire une façade dessinée et cinétique agissant comme une claustra sans autre question architecturale que la jouissance de l'œil. Mais après tout, Monsieur Loos, on aime aussi cela. Car ici le décor, l'ornement sont bien dans leur infini (et seulement dans leur infini) une réponse possible à certaines questions comme la peau d'un bâtiment, l'ordonnancement de sa pénétrabilité ici troublée par la régularité, la fabrication d'une masse, la répartition possible de la lumière intérieure par la fabrication d'un filtre ou, encore, comment construire un volume régulier épaissi par une coquille régulatrice. Je crois au contraste, je crois que Jean-Pierre Secq a vu la possibilité ici de jouer entre la verticalité de ses logements et l'horizontalité de sa salle de sport. Je crois qu'il a offert au premier la force, le rocher, un dégagement de la vue, une vigie puis à l'autre, à l'espace du loisir, comme un habillage, presque une joaillerie brillante, luxueuse, joyeuse qui permet à la fois de déterminer les fonctions de l'un et de l'autre en identifiant facilement les programmes. Cela vaut bien toutes les théories, toutes les diktats des Maîtres, qui, a force d'être répétés dans un vide deviennent non plus des positions mais des dictons.
"L'ornement est un crime" dont parfois personne, et surtout pas moi aujourd'hui, ne voudra faire le procès.
Et, vue la production de Jean-Pierre Secq dans le Nord et surtout à Lille, il pourrait bien devenir l'un de nos architectes favoris, membre de Droits du Comité de Vigilance Brutaliste.
Et une homonymie vaut bien un article.
Bonne journée.

25 mai 2025.
Ce paysage ne sera bientôt plus qu'une image. Le Patri-washing, la politique du boum-boum, le manque criant d'idées architecturales et l'esprit nettoyage par le vide auront encore gagné :

vendredi 29 juillet 2016

Sylvain Bonniol, portfolio au Forum

Hier, nous avons regardé une carte postale du Forum dessiné par Jean-Pierre Secq.
Mais, grâce à la sagacité de notre ami Sylvain Bonniol, photographe et au très utile et précis site PSS, voilà que nous pouvons trouver une nouvelle piste : Willerval !
Nous connaissons bien Willerval sur ce blog et nous aimons certaines de ses réalisations comme l'incroyable et divine caserne Massena à Paris.
Avec ce nom d'architecte, il est aisé de retrouver un article dans l'Architecture d'Aujourd'hui consacré à cet ensemble immobilier de Lille. Le Forum y est décrypté sur une page qui oublie complètement de nommer Jean-Pierre Secq... Qui fit quoi ? Jean-Pierre Secq fut-il le simple relais régional de l'architecte Jean Willerval ?
En attendant d'avoir une réponse, nous allons nous régaler deux fois. D'abord par les très belles photographies réalisées par Sylvain Bonniol dont nous avons toujours beaucoup de joie à montrer et voir le travail. Je vous invite pour le remercier à aussi aller faire un tour sur son site, vous serez très heureux de cette promenade dans ce qu'on appelle la Photographie qui sait, chez lui, sortir de l'académisme contemporain de la topologie creuse et épuisée. Pour voir au mieux les photographies de Sylvain Bonniol, cliquez dessus.
Merci de ne pas copier ses photographies sans son autorisation et de respecter ses droits à l'image.

http://bonniol-photo.com/

Puis, nous regarderons l'article de l'Architecture d'Aujourd'hui de 1973 qui ne nomme pas, lui, son photographe !

Dernière minute !
les œuvres au pied des immeubles sont du sculpteur Philippe Scrive. Merci à Olivier Ente de m'en avoir informé. Il faut maintenant mettre en valeur ce travail (avant comme ici qu'il ne soit détruit...)








































dimanche 7 juin 2020

Les gens du Nord ont dans le cœur le nom de l'architecte et du photographe

Il y a des séductions immédiates, des appels solides, d'irrésistibles attirances.
La Maison des Gens de Mer de Dunkerque en fait partie :


Beaucoup d'indices font de cette Maison des gens de Mer une petite pépite comme on les aime ici. D'abord je l'avoue la couleur. Oui, pour une fois, sans doute, la couleur fut le premier signe. Ce vert un peu glauque se demandant s'il doit être kaki m'a plu immédiatement, donnant à la construction un côté sévère, j'oserai germanique, enfin je veux dire incroyablement sérieux. Cette couleur me fit penser à un petit bâtiment à l'entrée du Mans qu'il faudra que je vous montre un jour. Puis, deuxième signe, la présence en petites touches d'un béton cannelé qui souligne le soubassement et les ouvertures ainsi que la cage d'escalier lisible au fond. Ensuite, c'est le dessin qui me plut beaucoup. Un bloc sur un autre. Celui du dessus, depuis ce point de vue, se présente comme plus fermé, clos, n'offrant que deux ouvertures faisant de ce pignon un bloc. Puis, dessous, est glissé un niveau, lui tout ouvert, tout vitré qui est posé un peu en retrait, dégageant un perron, une entrée sur le devant. L'ombre du bloc du dessus l'assombrit, alors que les larges baies tentent d'en refléter la ville. Je ne sais pas pourquoi mais c'est le genre de construction dont on imagine immédiatement le dessin de l'architecte. On imagine comment graphiquement celui-ci avait dû appuyer sur le contraste entre ces deux blocs.
On aime le dais de béton au-dessus de l'entrée sur le côté, on aime l'immense rambarde de béton qui surligne le perron. Bien entendu, on remarque que le photographe des éditions Yvon n'a pas totalement osé la frontalité face à ce pignon peut-être un peu trop radical et peu informatif du reste de l'architecture. Le photographe a préféré laisser la chance à la perspective de nous donner un peu d'informations sur le bâtiment en laissant apparaître l'autre façade et les fenêtres qui en percent sa longueur. Pourtant, on sent bien qu'il a hésité, disons que la radicalité de ce pignon ne lui a pas laissé beaucoup de chance de ne pas être remarqué...
Cette carte postale nous permet donc de voir comment un photographe presque naturellement suit les ordres de la radicalité d'une architecture.
Mais le photographe et l'architecte resteront tous deux ensemble dans l'anonymat. Bien entendu, à Dunkerque, avec un tel dessin aussi radical, on pourrait rêver que Jean-Pierre Secq en soit l'architecte. (voir la triste histoire de la B.C.M.O)
Mais je ne trouve rien pour me conforter dans cet avis. On note qu'une fois encore, dans cette ville, pour évoquer le travail des marins et des gens de mer, c'est par une construction solide, presque brute que les architectes se sont crus obligés de passer comme si la dureté du métier devait être représentée par un bâtiment affichant si ce n'est une virilité au moins une solidité à toutes épreuves.
Mais... Mais...
Dans mon petit cerveau, quelque chose traîne, d'indéfinissable, de flou...
Une vague lumière que je tente d'approcher...
Puis, soudain, je sais !
Oui, j'ai déjà vu ce bâtiment et même je l'ai déjà vu dans sa frontalité pure. Bien entendu, il me suffira de coller dans le moteur de recherches de mon âme les mots frontalité, photographie et Nord de la France pour qu'un nom surgisse : Frédéric Lefever ! Bien sûr !
Me voilà sur son site à passer une par une les images du photographe jusqu'à la...174ème photo où apparaît bien notre Maison des Gens de Mer de Dunkerque ! Quel plaisir de pouvoir comparer ainsi les deux intentions photographiques ! On voit que Frédéric n'a pas pu se retenir et a suivi la radicalité frontale du pignon, tout comme moi, il en a vu la force. Il est donc clair que ce n'est pas seulement notre œil qui décide de cette position face à face mais bien le dessin de la façade (vous noterez l'allitération subtile...) qui pousse à cette frontalité.


On note que le ciel est blanchi dans l'image de Frédéric, ce qui doit être, pour Dunkerque, un naturalisme assez évident qui contraste avec le ciel bleu de notre carte postale. On note aussi que la jardinière sur le perron est remplie d'herbes. On peut presque s'amuser à placer Frédéric dans notre carte postale, il n'y a que quelques centimètres de côté entre lui et le photographe de cartes postales mais cette petite distance fait bien toute la différence d'intention entre les deux photographes. L'un se sert du bâtiment pour, à son tour, en tirer une construction puissante, l'autre veut nous la montrer en ne perdant rien de la valeur brutale de son dessin. Les deux, finalement, font document et aussi beauté car ils laissent tous les deux à la construction l'occasion de s'exprimer.
Il pourrait être amusant lors d'une table ronde de mettre les deux cadreurs l'un à côté de l'autre, chacun leur tour expliquant alors leur point de vue. Sans doute que l'objectif des images sera la raison de ces quelques centimètres de différence entre les deux. L'un produisant une image de reconnaissance et de correspondance, l'autre voyant dans l'architecture l'occasion d'exprimer son monde intérieur et sa culture sous-jacente de l'image et de la photographie contemporaine. Je ne veux pas choisir entre les deux, je veux accorder à chacun d'eux la place qu'ils méritent. Tous deux nous permettent finalement d'être là, avec eux, devant une architecture, certes modeste mais aussi intéressante, représentative d'un moment de l'histoire de l'architecture. Tous deux auront par l'enregistrement de cette architecture fait acte d'un regard, regard respectueux, nécessaire et parfaitement utile à mon monde, à notre monde.
Merci à tous les deux.

pour revoir le travail de Jean-Pierre Secq :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=Secq
Et pour revoir l'incroyable inventaire de notre ami Frédéric Lefever, je vous conseille de passer quelques moments sur son site. Attention... c'est addictif...
http://www.frederic-lefever.com/index.php?pos=175&limite=174

ou revoir ce dernier sur ce blog :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=Lefever


samedi 12 septembre 2026

Scrive sur les murs de Willerval

 À l'heure où les nouvelles générations s'encanaillent dans le rêve de faire des inventaires des halls d'entrée des immeubles modernes, à l'heure où l'intégration des arts reprend du poil de la bête et où le vintage épuisant remet tout debout sur le trône de l'avant-garde, voilà bien un morceau de bravoure qui devrait contenter tout le monde, les vieux chnoques comme moi qui parcourent ces typologies depuis trente ans et les aficionados du matin frais qui s'erbeluent d'un rien.


L'image (je pourrais bien sûr dire la photographie) fait le travail toute seule. Une composition abstraite faite de facettes triangulaires qui jouent sous la lumière voilà qui est bien dans le goût de l'époque. Un cinétisme un rien tranquille mais bien beau qui nous fait penser à l'Oeuf, centre d'études ou à Székély ou encore Stahly. Un truc du genre comme disent les jeunes.

Vous retrouverez facilement tout ça sur ce blog, les gamins.

Et puis, pour moi, une chance car il s'agit d'une carte postale publicitaire comme je le aime tant, voulant promouvoir un matériau de l'architecture, ici un "exemple d'incorporation d'éléments décoratifs modulés dans un revêtement de série, dimension 6mX 4m" pour l'entreprise Grés Guérin S.A en Belgique...

Oh...

En plus, la carte postale nous indique le nom de l'architecte que nous connaissons bien sur ce blog et que nous aimons : Willerval mais la carte nous indique aussi le nom du créateur que nous connaissons également, le sculpteur Scrive !

Voilà un doublet gagnant ! Ne nous manque que le nom du photographe qui malheureusement ne fait pas parti du lot...le sculpteur lui-même ?

Il se trouve que le lieu d'exécution de cette oeuvre en céramique nous le connaissons aussi puisque la carte nous indique que nous sommes dans le Quartier St Sauveur de Lille. On notera que la maison Grés Guérin a envoyée sa carte vers la Belgique mais je n'ai rien trouvé de pertinent sur le correspondant De Heer Eggermont à Gent. Un architecte ? Un entrepreneur ?

On ne sait pas si le sculpteur Scrive avait créé des modules différents pouvant s'imbriquer les uns dans les autres au gré de la fantaisie du carreleur ou si il s'agit d'une composition unique et originale venant s'inclure dans des modèles déjà préfabriqués. On ne sait pas non plus quelle fut la diffusion de ce type de création dans les immeubles de Willerval ou ailleurs. Un One Shot ? Peut-on rêver que la Maison Grès Guérin ait produit d'autres cartes postales pour promouvoir ses créations ? Sans aucun doute.

revoir Willerval :

https://archipostcard.blogspot.com/2007/07/sylvain-et-willerval.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/04/dubuisson-bicyclette.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/09/la-virilite.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/03/jouir-dun-va-et-vient.html

https://archipostcard.blogspot.com/2009/07/pyramide-anisee-inversee.html

revoir Scrive :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2016/07/sylvain-bonniol-porte-folio-au-forum.html