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mercredi 1 juillet 2026

Serqueux et la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie

 On a donc, sous nos yeux et dans le temps présent, l'opportunité de voir la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie, en Seine Maritime, à Serqueux. Si je fais ce tour des géographies c'est pour montrer que ce drame patrimonial a eu lieu sous les hospices de toutes ces territoires sans qu'à aucun moment l'un ou l'autre (avec leurs institutions respectives) ne permette de sauver l'église de Serqueux pourtant inscrite au Label Architecture Contemporaine Remarquable dont il est (encore, encore, encore) fait la preuve de sa totale inefficacité à protéger et que sa fonction de signalisation, de communication au grand public de l'Architecture Contemporaine et Moderne est finalement peu efficace à retourner les opinions négatives sur cette architecture.

Échec à tous les niveaux donc, le pire étant celui de la démagogie locale, ayant par référendum municipal décidé de l'avenir d'un bâtiment qui n'appartient pas seulement comme héritage à cette commune. Ah la démocratie participative qui passe par dessus l'expertise de la Patrimonialisation...! Magnifique petit tour de passe-passe démagogique d'un maire sans souffle patrimonial, sans idée, encombré par un bâtiment dont il ne sait quoi faire et qui, par la peur de sa responsabilité qu'il a pourtant réclamé en se faisant élire, se trouve fort dépourvu devant une architecture dont il n'a rien compris de son rôle comme jalon de l'histoire.

Faut dire qu'il s'excusera à bon compte sans doute en rappelant qu'il ne fut que le dernier jalon municipal, tous les prédécesseurs n'ayant pas désiré entretenir le bâtiment depuis sa construction. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.

Qui aurait laissé l'avenir de Notre-Dame de Paris dans les seules mains des parisiens ? Qui pensent que l'avenir de Versailles n'appartient qu'aux versaillais ? Personne non ? C'est bien pour cela qu'il y a des institutions dont le rôle est justement de passer par dessus les enjeux locaux pour maintenir aux yeux de tous et toutes la présence de ce qui fait histoire. Pas à Serqueux.

Mais les institutions, là, on en parle ? Dans mon département la Seine Maritime et sur mon territoire, la région rouennaise, on peut tirer un bilan assez catastrophique cette année concernant l'Architecture Moderne et Contemporaine puisque la mairie socialo-écologique de Rouen (Mayer-Rossignol) a fait déclasser de son classement au titre des Monuments Historiques (rien que ça...) un ensemble d'immeubles Verre et Acier dessiné par Marcel Lods pour le détruire. On se rappelle que la responsable écologiste El Khili (qui pense donc que détruire est le geste le meilleur pour la Nature qu'elle défend) avait même nommé cet ensemble de  "verrues"...L'expertise de la dame est puissante....On pourrait rigoler devant autant de hauteur de jugement. Là aussi la politique de la ruine à venir, sans ambition, sans idée. Et le terrain livré aux promoteurs et, pire, aux communicants. Les arbres sont sauvegardés...Ouf...je m'occupe bien de la Terre.

Alors à quoi sert de financer des commissions, des réunions, des Labelisations, de mobiliser des fonctionnaires du Patrimoine ? Â quoi sert de tenter de vulgariser cette architecture si c'est pour que les politiques mus par leur petites trajectoires personnelles puissent d'un coup décider de la destruction de ce qui est repéré comme historique ? À quoi servez-vous ? Et pourquoi on ne vous entend pas défendre plus fortement le travail d'analyse et d'expertise que vous avez, pour nous public et citoyens, réalisé ? Oû sont vos colères face à ce remugle politique qui écrase vos avis d'experts ? On vous piétine pourtant. Silence gêné...

Alors l'église de Serqueux, dernier grand exemple de voute en fusées céramiques de Normandie a disparu maintenant du paysage de sa ville, du territoire seino-marin, de la Région Normandie, de l'espace national. On connaît maintenant les noms des responsables locaux, régionaux, nationaux. Être le maire qui a détruit un Patrimoine de sa ville ça doit pas être facile à vivre tous les jours... Si ? Ah ? Aucun remord pour les démagogues, jamais ne se dédire ou s'excuser. Et pour quoi faire puisque les institutions sont d'une telle faiblesse de pouvoir. Alors ne reste que la colère et la rage citoyenne qui seront vues comme des lubies, comme des agitations d'inquisiteurs du Patrimoine, d'idiots de la réalité face à des personnes qui se veulent et se croient, eux et elles, "dans le réel" et "en responsabilité". Petites choses politiques.

On viendra à Serqueux, de temps en temps, redire à son maire et à ses citoyens, l'épouvantable erreur qu'ils ont faite, qu'ils furent complices de la destruction d'un Patrimoine essentiel dans leur ville et notre pays. 

Bonnes Journées du Patrimoine à Serqueux : j'arrive.

Walid Riplet

Pour revoir l'épouvantable déroulement de ce dossier :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/07/le-socialisme-et-lecologie-rouennais.html

https://archipostcard.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html

Le vide laissé par l'église de Serqueux est la parfaite analogie du vide politique du Patrimoine en France :








mercredi 24 décembre 2025

La situation étant tellement grave que je ne ferai pas de voeux...

 ...à part pour le départ immédiat de la Ministre de la Culture et de ses collaborateurs et collaboratrices du Patrimoine...

Depuis au moins vingt ans maintenant, on vit dans l'incurie des Ministres de la Culture qui se succèdent et se ressemblent : un petit tour en attendant un autre poste et puis s'en vont...Ailleurs, souvent dans des institutions prestigieuses qui n'ont que des rôles protocolaires. Suivez mon regard...

Que sont devenus Riester, Pellerin, Nyssen, Azoulay, Filipetti, Bachelot, Abdoul Malak....

La prochaine devrait rejoindre le privé en étant conseillère-image pour une marque de Luxe. Car c'est clair elle n'aura pas sa Mairie. Sans doute travaillera-t-elle pour une marque de chaussures ou des bijoux. Selon ce qui trainera sous le canapé, on verra. Pas trop de travail mais beaucoup de représentation. Il y a là un Patrimoine aussi.

La situation du Patrimoine moderne et contemporain en France est tellement grave. 

Je le dis ici depuis longtemps, les institutions en charge de la défense du Patrmoine sont paralysées par les enjeux politiques et par les expériences désastreuses de l'ANRU par exemple ou par des maires (hommes ou femmes) qui n'y comprennent rien à leur Patrimoine et surtout qui le méprisent. Cela n'a pas beaucoup changé depuis vingt ans, cela s'aggrave même avec les fameux enjeux climatiques ou les nouvelles couleurs d'une politique baignée dans le vocabulaire contemporain d'une écologie bon tain, pistes cyclables, herbes folles et végétalisations à tous les étages. Une sorte de dégout des surfaces lisses ou de la minéralité. 

Alors que faire ? Continuer à mobiliser ? Dire ici quelque chose ? Quel impact cela a-t-il ? 

Et puis, il faut ajouter que le monde n'aime que les icônes. On n'en peut plus de Jean Prouvé fétichisé, des Piscines Tournesols, du brutalisme dont plus personne ne sait très bien de quoi il est fait. On n'en peut plus de voir et revoir les mêmes "pépites" rabâchées, remâchées par les réseaux sociaux. On n'en peut plus des émissions de radio traitant le béton de fasciste. On n'en peut plus.

Si vous voulez une caricature de la situation regardez chez moi à Rouen. D'un coté, le socialisme écologique qui détruit des "verrues" qui ne sont rien d'autres que des immeubles classés au titre des Monuments Historiques déclassés pour permettre...Une opération immobilière...Ah...la Gauche d'aujourd'hui c'est quand même autre chose...Et de l'autre, en face, des vieux Guy Deboridens qui croient faire la Révolution en instrumentalisant la défense du Patrimoine pour faire mousser leur indignation bourgeoise sur la situation d'ouvriers africains. Entre les deux, quelle "gauche" choisir ? Quelle politique patrimoniale est juste ou efficiente ? Aucune bien entendu.

Dernière attaque en règle : l'église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson.

Encore un maire qui cède à son incurie patrimonial, encore un qui ne voit rien, ne veut pas apprendre, se croit démiurge. La bêtise patrimoniale à son point le plus haut. Monsieur le Maire veut détruire non seulement un édifice mais aussi la rencontre avec cet édifice. Il ne comprend rien à l'architecture du XXème donc, forcément, si lui ne comprend rien c'est qu'il...n'y a rien à comprendre. La bêtise patrimoniale de ce type de représentant de l'autorité ajoutée à la certitude de son petit pouvoir de maire et voilà encore un Patrimoine qui va disparaitre sous les yeux des responsables locaux du Patrimoine...Qu'on n'entend pas beaucoup.... Y a quelqu'un à la Région, à la Ville, au Département , au Ministère ?

Il y a bien un problème systémique de la défense du Patrimoine et de sa gestion en France. ABF, Label, commissions, CAUE...tout ce fatras inefficace et toujours en retard de 25 ans...qui regarde la destruction du Patrimoine moderne et contemporain (et pas seulement) avec la larme à l'oeil du regret perpétuel.

Oh lalala...on regrette, on regrette tellement...mince...si on avait su....

Et, comme toujours avec le soutien de la presse locale qui parle de "bunker" et de "béton" mais pas d'espace, de paysage, de déambulation ou d'écriture sculpturale. Tu m'étonnes, le pauvre journaliste ou la pauvre journaliste est bien incapable de mesurer l'importance patrimoniale d'un édifice et ne fait que répéter les argumentations qu'on lui sert.

Alors, il faut qu'un citoyen ou une citoyenne se bouge pour que tout cela remonte aux oreilles de ceux...qui sont normalement en charge de ce Patrimoine...

Toutes les semaines, je reçois des demandes pour dire un mot sur tel bâtiment, pour défendre telle action de sauvetage. Et c'est toujours le même schéma de la honte.

 Non, aucun voeu pour 2026 autre qu'un grand coup de pied dans le cul des institutions du Patrimoine, toutes. Et ne me demandez pas quelles sont les solutions ! Il y en a plein. Plein ! Mais pour ça il faut travailler, défendre une certaine idée du Patrimoine, avoir de l'imagination et apprendre en regardant ce qui se fait ailleurs. Il faut aussi du....courage.

Walid Riplet.

Pour montrer dans quel monde de merde on vit. voici la très belle Église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson, (oui...rien que ça) qualifiée de bunker par un journaliste au fait de la Culture Patrimoniale et Architecturale.



Voilà ce que les "autorités Patrimoniales" (Ministère, CAUE, Conservation, ABF, etc) laissent détruire. Vive la France !

On notera qu'aujourd'hui l'église Sainte Marie-Magdeleine est enfouie sous des arbres, sans doute pour cacher ce "bunker"... On notera que l'architecte Remondet a fait ici un travail remarquable, d'une grande puissance de dessin, d'un radicalisme poétique que son époque, elle, savait comprendre et aimer. Il s'agit d'une carte postale Combier sans nom de l'architecte ni du photographe. Il nous restera au moins ça pour pleurer.


samedi 20 décembre 2025

Abbé Pierre et Béton, maisons ballons

 je reçois, je diffuse :

Bonjour David,
Tu vas halluciné ! Regarde ce que nous avons trouvé ! La photo était glissé dans un dossier "moulage" perdu sur le haut de l'étagère. Rien à part des listes de chiffres et des calculs mais cette photographie qui nous tomba dessus avec Jean-Jean.
Bien entendu, il ne nous fut pas difficile d'identifier l'architecture et la Maison-Ballon ainsi photographiée. On voit donc celle-ci dans une rue d'une ville non-identifiée. On a pensé avec Jean à Brignais bien sur mais ça pourrait être partout...Faudrait avec accès aux Archives de la Fondation Abbé Pierre pour savoir où cette démonstration fut faite car il ne fait aucun doute qu'il s'agit-là d'un modèle qu'on pourrait dit vite "d'exposition".
La photo n'est ni datée ni située donc.
Mais elle prouve bien que l'Abbé Pierre avait donc cru en ce modèle qui change un peu de celui de la Maison des Jours Heureux de Jean Prouvé.
Au vu des habits et de la taille minuscule de la photographie, on pense que nous pourrions être très tôt : milieu des années cinquantes sans doute.
T'en penses quoi ?
Bon allez, régale toi avec cette photo. Appelle si tu veux, y a longtemps qu'on s'est vu non ? Tu vas bien ?

Walid.
j'oublie : bien entendu rien n'indique que ce soit Jean-Michel Lestrade qui ait fait la photo. Personne dans la famille ni dans les albums de famille Lestrade ne possède de photos de ce format étonnant. Donc...sans doute un envoi.




Merci Walid et Jean-Jean.
Je pense bien que vous avez raison les gars. Je regarde la photo au compte-fil pour chercher un indice sur la localisation mais je ne vois rien comme piste. Quelle ville aurait pu accueillir sur une telle place une telle expérience architecturale ? Je pense qu'il faut chercher à proximité de Brignais, voir à Brignais-même, ce serait le plus logique. Wallace Neff a-t-il participé à ce montage ? À cette démonstration ?
On note que Notre-Dame des Sans-Abri est noté sur la pancarte et qu'il existe à Lyon un foyer qui porte ce nom. Brignais...Lyon...ça se tient non ?
Oui, on s'appelle !
David.

Pour revoir les maisons-Ballons et celles de Brignais en particulier :

Pour celles de Dakar :

Etc....





mercredi 9 juillet 2025

le socialisme et l'écologie rouennais détruisent des Monuments Historiques

 Le Socialisme et ses complices les écologistes sont, de fait, maintenant, des destructeurs assumés de Monuments Historiques.

Mayer-Rossignol et El Khili ont donc laissé les pelleteuses détruire du Patrimoine. Vous me direz, en Seine Maritime et dans l'ancienne baronnie de Fabius ça devient une habitude de détruire le Patrimoine en faisant toujours semblant de le faire pour ce que eux appellent "la bonne cause".

L'esprit village...Patri-washing.

Détruire les Verre et Acier de Marcel Lods, qui étaient donc classés donc Monuments Historiques, c'est donc fouler du pied les institutions qui ont fait ce classement, c'est afficher un mépris honteux pour cette histoire, pour le fonctionnement des institutions patrimoniales et pour leur neutralité. On s'étonne d'ailleurs aussi du silence assourdissant de leur part... Leur part c'est la peur ? Peur de dire quelque chose ?

De l'Aitre Saint Maclou devenu un centre commercial à ciel ouvert pour bobos achetant une poterie en passant par l'église Sainte Bernadette de Grand Quevilly (dont les oeuvres de Szekely furent sauvées sous les pelleteuses) en passant par la "transformation " du Palais des Consuls ou le foyer des travailleurs, on assiste donc de la part du Socialisme rouennais et normand et ses complices écolos à une véritable politique organisée en destructeur bienveillant du Patrimoine.

Aucun désir d'étudier l'héritage, de questionner sa réhabilitation*, de fonder un travail de recherches et de solution, on commence d'abord par user l'héritage en le nommant "verrue" puis vient le discours lénifiant habituel de la gauche bourgeoise qui fait semblant d'agir pour les "petites gens" alors qu'elle veut gentrifier à tour de bras avec les complices des merveilleux architectes de la...COGEDIM....pauvre gauche...pauvre gauche....qui imite finalement la droite macronienne du Havre...Même Patri-Washing à l'oeuvre. Même esprit petit bourgeois.



Allez voir leur projet c'est à mourir de rire tant du point de vue architectural que urbanistique, un ramassis de merdes à balcon sur fond d'aquarelle pixelisée. Le rêve du monde Mayer-Rossignol enfin dévoilé. D'une tristesse affligeante, petites ambitions du care pour  politique urbaine soignée par des parterres de fleurs et de toits végétalisés.... On attend déjà avec soulagement les premiers tags.

Le "blossom Park" est à mourir...de rire. Allez voir les images de ce rêve de la bourgeoisie moyenne. Mais qui a enseigné à ces architectes de tels rêves ?

Les écolos eux sont contents Il y aura des arbres...et on inaugurera l'ensemble avec la veste d'un tailleur vert pomme pour être certaine que le bon peuple reconnaitra les siens à moins que ce soit une veste de camouflage pour disparaitre dans les buissons en cas de contestation populaire contre la gentrification opérée donc sur le dos du Patrimoine. L'amour est dans le près, Madame.

Alors que dire ? Alors que faire de cette politique qui a même l'ambition de devenir nationale puisque l'autre veut devenir Président de la République. On imagine la politique culturelle et urbaine qui ira avec.

Arrêtons de voter pour ces pseudo-politiques qui ne font que communiquer, que du spectacle, que de la gentrification sous les conseils de sociétés immobilières qui n'ont rien de populaire ou de gauche. Rien.

Pauvres jeunes architectes obligés de travailler pour de telles sociétés...On les plaint finalement. Leur petit espoir estudiantin de faire de belles choses réduit dans la tambouille du réel et de la nécessité de manger. Pauvreté des ambitions, ravage des désirs éteints et devenus complices de la laideur du Monde.

Monsieur Mayer-Rossignol, Thomas Joly aurait pu participer à cette grande fête de l'éradication de ce Patrimoine. Non ?  avec un feu d'artifices de la gentrification !

Walid Riplet
(quand on veux piquer son chien, on dit qu'il a la rage)


Quelques liens qui libèrent :

https://www.francebleu.fr/infos/societe/demolition-des-immeubles-verre-et-acier-de-rouen-d-ici-septembre-ces-verrues-ne-seront-plus-qu-un-lointain-souvenir-5920802

On notera "l'impartialité" du journaliste....

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/10/le-diocese-marc-massion-et-bernadette.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2021/11/palais-des-consuls-pour-les-bourgeois.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/04/la-main-de-fatima-risque-detre-bien.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2020/08/aitre-ou-ne-plus-etre-scandaleuse.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/10/laffaire-du-foyer-moise-lenfer-pavee-de.html

* on notera que deux îlots ont été parfaitement requalifier et que c'était donc...possible...autre temps, autre politique culturelle et urbaine...2009

https://www.amc-archi.com/article/experimental-et-durable.29213


vendredi 27 juin 2025

Ionel Schein fut brutaliste à Angers

Monument !


Cette carte postale pourrait à elle seule résumer ce blog. Force d'une photographie à la chambre ayant redressé les verticales, un noir et blanc délicat, un isolement du bâti, une tour massive en béton, une grille magnifique, et un ciel blanchi comme tentent de le faire encore (après les Becher) tous les photographes contemporains de la dernière heure.

La radicalité de cette Tour Viollet à Angers est un pur chef-d'oeuvre du hard-french et du brutalisme à la française, c'est à dire peu spectaculaire dans ces atours mais vibrant d'abord de sa structure et de sa pensée architecturale. On sait qu'à Angers sévissent aussi les grottes de Kalouguine.

Ici, on dessine, on monte, on oppose, on brutalise rien moins que le ciel et c'est tant mieux ! Ah ! La joie de lever la tête, d'être un piéton au pied, heureusement surpris de la hauteur mais aussi du très beau traitement des espaces du rez-de-chaussée aujourd'hui...remplis, défigurés.


Et comme cela doit être un privilège que de monter dans les étages et d'avoir à la fois la vue comme aurait dit Raymond Roussel et l'étoile au front.

Bien entendu, je ne pouvais qu'avoir cette carte postale des éditions M. Chrétien à Angers dans ma collection. On note que cet éditeur nous donne bien la nomination de la Tour Viollet mais également le nom de l'un de ses architectes : Ionel Schein ! Rien moins ! Et les amateurs d'architecture de plastique, des utopies oubliées, des architectures étranges, ceux qui fréquentaient le FRAC Centre avec avidité il y a encore peu doivent se dire : 

- Qui ? Pardon ? Ionel Schein ? Vraiment ?

Oui. Lui-même. Moi aussi ça m'a fait ça ! Mais pourquoi donc l'éditeur oublie-t-il de nommer aussi René-André Coulon et Yves Magnant alors même qu'il nomme les noms des constructeurs : établissement Brochard et Gaudichet. Et pourquoi, une fois encore oublier de nommer Jean-Michel Lestrade l'ingénieur qui travailla avec les architectes et les constructeurs pour le calcul des charges ? Manque de place ? D'informations ? Modestie de l'ingénieur ?

En tout cas, cette très belle, imposante et importante historiquement Tour Viollet d'Angers est assez méconnaissable aujourd'hui. La façade fut reprise, le rez-de-chaussée comblé donc et l'allure générale est bien triste aujourd'hui, toute l'écriture des pleins et des vides écrasée, comme lissée. Quel dommage ! J'ai eu du mal à la reconnaitre. Mais comment se fait-il que dans tous mes voyages à Angers je n'ai jamais entendu parler ni vu ce beau totem de la Modernité ? Personne pour m'y emmener ! 

Il faudra donc faire descendre cette façade hideuse, redonner des volumes et des ombres à celle d'origine, reprendre et réouvrir le rez-de-chaussée, préserver l'auvent-signal de l'entrée, revoir l'implantation globale de la Tour Viollet. On demande à Lacaton et Vassal de nous faire ça ? Allez ! Venez ! On a besoin de vous.

On notera que la Tour Viollet (orthographiée Violet) est bien répertoriée dans le guide de mon très cher Dominique Amouroux. 

Walid Riplet.

Pour revoir L'architecte René-André Coulon sur ce blog :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/11/je-hais-la-famille.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2018/06/1023-endormis-au-moins.html


Pour revoir Ionel Schein :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/03/jocelyne-lestrade-pose-dans-la-cabine.html

https://archipostcard.blogspot.com/2009/11/paris-construit.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/11/pour-joachim-la-rue-dulm.html

https://archipostcard.blogspot.com/2008/09/claude-parent-des-livres-chapitre-1.html








mardi 7 janvier 2025

Group Ludic à l'état pur

 


Pour commencer cette année et pour bien la commencer, je ne commencerais pas obligatoirement par une carte postale mais par un document familial provenant de chez les Lestrade. Vous connaissez sans doute à la fois cette histoire et ce lieu si vous êtes un ou une fidèle de ce blog. Il n'y aura donc pas grand chose à ajouter.

Nous sommes au Pins de Cordouan dans un Village-Vacances et la photographie nous montre des enfants posant devant l'entrée du sous-marin, aire de jeux en partie souterraine créée par la Group Ludic que nous aimons et défendons sur ce blog depuis ...si longtemps !

La photographie m'a été envoyée par Walid Riplet (dont vous lisez parfois ici des articles) et cette photographie vient du Fonds familial des Lestrade. Personne n'a pu identifier les enfants, ils ne sont pas de la famille, des amis donc de circonstance, trouvés sur les lieux. La photographie est datée de 1970. 

Ce qui est certain c'est que cette photographie montre bien que cette aire de jeux si étonnante était bien perçue comme originale et donc méritait qu'on fasse poser les enfants devant. On devine bien derrière l'échelle qui permettait de descendre sous terre !

La composition de l'image est superbe. Les enfants ne cachent pas le jeu. La joie de vivre à l'état pur.

êtes-vous-vous sur cette photographie ? Moi, je pourrais y être...qui sait ?

Rien à ajouter. Ah...si...Merci Walid.

Belle année à tous.
David Liaudet

pour revoir le Group Ludic et les Pins de Cordouan :





lundi 2 septembre 2024

Nous les gilets jaunes de l'Art, de l'Architecture et du Patrimoine


Dans "Ministre démissionnaire", ce que j'aime le plus c'est démissionnaire surtout avec Rachida Dati. La démission lui va comme une fragrance de Dior, à la fois un peu trop capiteuse et s'évaporant bien vite.

On aurait pu croire (j'y ai cru, je suis naïf que voulez-vous...) que ce dont elle se réclamait comme perturbatrice du jeu des émancipations lui permettrait un regard et surtout une action dans le domaine de la Culture et de l'Art. On aimait le coté Vintage de son attachement aux M.J.C ou sa vision de la télévision des Trente Glorieuses : un mélange des dossiers de l'écran avec beaucoup de bonne nuit les petits... On voyait bien la petite fille de banlieue faire son chemin mais la petite fille a pris l'émancipation comme une vengeance de classe, un peu comme Annie Ernaux ou comme le maintenant triste car devenu trop iconique, Édouard Louis. Fais gaffe, devenir une image ce n'est bon pour personne, Eddy.



Rachida, elle, elle ressemble de plus en plus à Stephen, ce serviteur trop zélé joué par Samuel J. Jackson dans le film de Tarantino : "Django Unchained". Au lieu de prendre le risque de sa liberté, elle se plie aux manières des dominants pour en tirer les privilèges. Ma grand-mère qui travaillait aux tissages sur des métiers épuisants me racontait souvent comment, parmi les ouvrières, il y en avait toujours qui accéléraient la cadence de production lors des visites des patrons pour se faire bien voir de ceux-ci et des contre-maîtres, obligeant les autres ouvrières à suivre cette cadence infernale. Ma grand-mère me racontait aussi que la vengeance ne tardait pas et que la collaboratrice zélée des patrons retrouvait ses chaussures clouées au sol dans les vestiaires...On aurait du clouer les Louboutin de Rachida au parquet du Ministère de la Culture avant qu'elle parte.

Madame Dati a raison : il y a bien une aristocratie culturelle. Elle s'exerce surtout par les filiations, par les héritages, par des carrières toutes tracées sur celles des parents ayant souvent eux-même hérités. On en entend souvent sur France Culture qui viennent raconter leur "chemin de vie" comme étant normal alors-même qu'il n'est possible que pour cette aristocratie si particulière de la Culture. Les héritiers sont ainsi presque devenus avec l'aide d'une sociologie (elle-même souvent formée d'héritiers qui s'auto-observent) des figures normatives : une catégorie finalement acceptable voir légitimée par un monde en vase clos. 

Papa faisait des performances rigolotes, je vais en faire aussi. Atavisme du ridicule.

Il y a bien aussi une aristocratie des lieux culturels, certains espaces devenus des églises à sachants, des rond-points de l'entre-soi culturel.  La France en est couverte en été.
C'est difficile pour ceux qui rêvent de créer d'autres espaces plus ouverts car le risque c'est alors de tomber dans une autre catégorie socio-culturelle : le si libéral tiers-lieux...Voyez par exemple la "friche Darwing" à Bordeaux. C'est effrayant :

Un jardin "flou" type friche conscientisée (Oh! merci Gilles Clément) + une tatoueuse + des murs couverts de grafs + des Start-up sur palettes recyclées + de la bière locale Bio = le lieu culturel d'aujourd'hui ?

Et puis il y a les complices, les artistes eux-mêmes ayant saisi d'ailleurs souvent avec intelligence ce que réclame à la fois l'aristocratie culturelle et ses espaces protégés de notre époque. On voit alors ces artistes partir en safari dans la diagonale du vide pour remplir des centres d'Art, des F. R.A.C amusés de leurs découvertes si étranges : les vrais gens. On les voit toujours voulant faire participer ceux qui vivent-là vraiment à cet Art Contemporain, art qui semble comme une couleur dont on habille les agriculteurs que l'on photographie, dont on écoute à peine la parole, sans comprendre que le récit de la chasse au sanglier est bien plus l'oeuvre culturelle qu'il faudrait sauver en lieu et place d'un regard faussement complice sur des citoyens n'ayant pas les signes culturels pour comprendre qu'ils sont (littéralement) déguisés, instrumentalisés comme des objet anthropologiques libres de droit. On appellera ça la condescendance contemporaine. 

L'artiste contemporain vient donc détourner les signes d'une culture qu'il effleure pour y coller ceux de l'Art Contemporain et s'amuser, comme un (ou une d'ailleurs) potache, s'amuser de ce que lui sait du si fameux second degrés et que l'autre, l'indigène (ce mot ne me fait pas peur), lui ne sait pas. Tout cela avec la morale habituelle de ceux qui se croient en position de faire descendre une culture vers une autre, c'est à dire établissant de fait eux-mêmes la hiérarchie des valeurs culturelles. Et puis...il ou elle rentre chez lui, chez elle. Il est à quelle heure le train pour Paris ou celui de Nantes ?

Vous savez, ceux qui s'étonnent qu'il y ait des graffitis sur les murs des granges en campagne....Ils ont l'impression d'y avoir vu quelque chose. Ils font des inventaires.
Ou celui-là qui dort dans une bouteille géante. Il a le temps (sur qui ou quoi le prend-il ?) de dire au monde que ses loisirs sont de l'Art. Admirez ma fantaisie si libérée, JE performe, voyons !

Au moins, Edouard Levé, ses vanités dans Oeuvres, lui n'avait fait que les écrire....

C'est donc une autre forme de petite bourgeoisie, sourire en coin (toujours Duchampien) qui fabrique une expérience plastique souvent creuse et qui se vide dès que les signes sont visibilisés, dès que la surface ironique des choses est percée. Mais on rit au dépend de qui ou de quoi dans leur monde ?
Est-ce bien là ce que voulait dénoncer Dati ? Est-ce, au contraire, ce qu'elle voulait soutenir en associant la ruralité (qui serait donc de fait en manque de cette Culture) à cette vision de l'Art ? Ruralité qu'il faudrait donc corriger car pas assez frottée à l'autre monde, celui justement auquel elle, Rachida, elle a voulu appartenir ?


Je vous conseille de lire ça. C'est hallucinant ! Le maillage en Province (et donc en ruralité) des écoles d'Art y est...simplement...absent...Bien joué le Ministère de la Culture.

Approchent les Journées du Patrimoine, ce rendez-vous joyeux, populaire (il faudra faire une étude sur le public populaire de ces Journées) qui a pour objectif d'éparpiller façon puzzle l'émerveillement culturel sur tout le territoire, dans toutes les catégories de ce Patrimoine dont, une fois encore, on se demande qui en définit les bords dentelés. Car ce qui a été oublié et qui est redécouvert semble bien maintenant devenir de fait du Patrimoine. Le monde ouvrier est maintenant muséifié. Pas au Pakistan, je vous l'assure.

Le risque de ce genre de manifestation c'est bien de remplacer l'histoire par ce qu'on n'ose plus appeler du Folklore mais par une manifestation culturelle et inclusive. Ce serait parfait. À ce titre, les Régions cherchent, chacune leur tour, ce qui les constituent comme territoire culturel, comme particularité, une image facilement assimilable, pas plus dure à enfiler qu'un T-Shirt Gauguin acheté dans les rues de Pont-Aven.




Le retournement culturel du Havre en est un autre exemple affligeant. Certains appellent cela la gentrification, en fait c'est un rapt social appuyé sur la Culture.

Alors, certe, il est toujours bien de penser à un certain partage de la Culture et de l'Art, de penser que c'est toujours bien d'être informé, de pouvoir visiter, ici ou là,  les chiottes de l'Élysée ou le vestiaire des mineurs de fond mis, pour une journée, sur le même plan. Mais il y a toujours quelque chose qui manque, qui, je devrais dire, a disparu : la Culture justement. Car si il y a quelque chose qui ne devrait pas pouvoir se fabriquer parce que, dans une société vivante, elle émane, c'est bien la Culture, cet objet étrange qui ressemble à un blob, toujours mouvant, toujours glissant mais qui est fait de ce que produit une époque et surtout, surtout de ce qui est constitutif d'un apprentissage en commun d'un héritage commun de formes et de pensées qui devraient nous appartenir à tous. Pour cela, il faut la pratiquer la Culture et pas la déclarer. Je suis désolé mais oui la Culture est par nature conservatrice.

Savez-vous qu'il y a des étudiants et des étudiantes au Beaux-Arts en troisième année qui ne sont jamais allés au Louvre ? Ce n'est pas de leur faute. Non. Mais la faute de qui alors ? Qui ou quoi faut-il blâmer ?

Rachida, t'aurais pu, à nous les culs-terreux provinciaux de l'Art, de l'Architecture et du Patrimoine nous donner des tickets de train et de bus pour qu'on vienne à Paris avec les gosses voir les musées.

Peut-être que le Louvre est devenu un objet trop violent pour notre jeunesse ? 
Vaut mieux commencer par Assassin's Creed ? 
Comme cette figure masquée qui courait sur les toits de Paris lors de l'inauguration des Jeux Olympiques, exacte image de là où on en est du maniérisme des signes culturels par trop sur-joués et humidifiés des larmes pathétiques d'une Daphnée Burki dont les nerfs lâchent devant l'apparition, dans son réel, d'un wokisme attendri et, pire que tout, d'un wokisme qui s'excuse d'en être...
Costumé en quelque sorte en émotion incontrôlable et donc sans pudeur. Sans pudeur.
Une fontaine en quelque sorte, une fontaine de Duchamp bien entendu.

Même pas honte.







Alors il ne fait aucun doute que la mobilisation pour le Patrimoine aura bien lieu, que les gens y trouveront des joies et des plaisirs, qu'ils y découvriront des espaces, des histoires, un sens commun avec un peu de chance. Tant mieux. Deux jours de communion populaire.
Pour ma part, j'irai voir les travaux de la Synagogue d'Elbeuf, voir si elle est ouverte à la visite. J'ai envie de retrouver quelque chose qui, même de très loin, m'appartient réellement, comme un sentiment culturel, quelque chose, en quelque sorte, qui m'appartient oui malgré moi. 

Malgré moi.

Walid Riplet

PS: En haut de l'article, comme un cul de lampe prémonitoire, je vous offre cette carte postale du nouveau pont de Sens, dans l'Yonne. Cette carte postale des Éditions Nivernaises, nous montre un objet peu regardé aujourd'hui par le Patrimoine et son public. Pourtant, il est bien dessiné ce pont, il est utile, il correspond parfaitement à cette thématique des Journées du Patrimoine. Et, avec un peu de chance, il vous emmènera vers le Centre Commercial de Sens, dessiné par Claude Parent et Jean Nouvel.
Une certaine idée de la France, de ses provinces et de ses trésors. 
Admirons comment le photographe a cadré cette photographie laissant un grand aplat de gravier au premier plan, nécessaire pour le pont entre dans le cadre et que, d'un ciel bleu étendu et vide, le pont se jette sur une petite barre moderniste. Superbe image vernaculaire pour autochtones.
La bise de Sens.

vendredi 9 août 2024

Corbusier ? Ronchamp ? What the fuck ?!

 Nous croyons toujours avoir fait le tour d'une certaine analyse possible des images. Et puis, au fond, finalement, cette analyse a l'air peu utile puisque aujourd'hui l'accumulation des images suffirait à construire une oeuvre, une idée et pire une critique. 

L'Instagramabilité des images (ce mot entrera dans le Robert bientôt) est même le seul et dernier acte de critique en architecture, art qui a pris le pli de cette révélation unique. L'immonde tour Alta (Altra raté) au Havre en est l'exemple. Il y en a des milliers comme celle-là mais celle-là, faut l'avouer elle est comac.

On pense peu les espaces, on écrit plus de poésie sur leurs articulations avec le monde et l'analyse reste maintenant en retrait, l'important étant de faire signe. Avant on aurait dit : faire semblant. 

L'architecture d'aujourd'hui (oui...) fait-elle semblant de faire architecture au profit des images ? Elle imprime sur les rétines ébahies des effets parfois d'ailleurs réussis qui doivent marquer les esprits par la puissance attendu d'un étonnement. En anglais on dirait : what the fuck ?!

Alors quand un exemple devenu historique (et presque fautif) se joue justement de sa propre image, on espère toujours que cela remettra les pendules à l'heure. Ronchamp fut bien la surprise attendue réglant d'un coup les questions et principes de la Modernité*. Un suicide de l'ordre durement établi en quelque sorte, une tumeur bubonique qui est d'ailleurs volontairement imphotographiable, je veux dire que, d'un seul point de vue unique, on ne peut en rendre compte.

"J'ai vécu le coup de Ronchamp." Claude Parent.

Il était malin (pas agent du Mal) le Corbusier. Alors ce que très vite la culture critique de l'architecture appela le caillou a du être dans l'obligation pour en évoquer sa mouvance de multiplier les points de vue et cela pour le pèlerin fatigué comme pour le critique ou l'architecte informé. Ici, pas de jaloux, tout le monde est à la même enseigne de cette impossibilité : représenter.

En voici une petite suite :



Je commence avec une vue parfaitement abstraite, abstraction bien volontairement considérée par Corbu, ici magnifiée par un photographe resté anonyme. Charles Bueb ?

On note comme la composition est implacable et ne laisse aucune chance au regardeur de saisir de quoi il retourne. Un grand pan de crépi blanc occupe la moitié de l'image et l'autre est composé de formes et de contrastes dont il est impossible pour quelqu'un qui ne serait pas venu là de comprendre leur logique. Cette effet de formes perdues, comme jetées au hasard hardi d'une composition ne peut être l'objet que d'un photographe ayant compris le désir de l'architecte de former un cirque des tensions, une idée de la ruine, un morcellement des espaces. C'est un photographe (j'a envie de dire et d'écrire) corbuséen, voué à la tache de rendre les honneurs d'une architecture de chaos et de sensations. Une photogénie bien calculée. Il faut d'avance en aimer cette abstraction, faire comme si Corbu était là pour nous guider les yeux sur des compositions concrètes et  fabriquées pour faire justement des images. Il faut donc une sensibilité convaincue d'avance pour comprendre l'utilité d'un tel cadrage. Mais, bien entendu, ce qui nous saute au yeux c'est ce putain de crépi. Pourquoi donc nous coller le visage contre cette surface grumeleuse, volontairement sauvage, racoleuse, paysanne ? Pourquoi donc le noir et blanc sert-il ici à jouer ainsi des états de surfaces entre le lisse et le rugueux fabriquant les masses, les séparant par leur tonalité de gris. Du blanc ? D'accord ! Mais seulement si vous en supportez sa matière, son grain. On dit aussi le grain en photographie. Quelle autre architecture fut ainsi photographiée de si près, la tête dedans ? Quel est ce message radical ? 


Sur cette autre carte postale, toujours sans photographe, on note que celui-ci a réussi avec une Chapelle toute de courbes d'en déterminer un angle droit qui s'enfonce dans le ciel : un coin.

Le photographe saisit le ciel dans l'espace entre l'abri du pèlerin et La Chapelle, comme si leur rôle était bien d'établir ainsi un certain ordre du regard. L'architecture serait aussi dans les espaces laissés vacants par le bâti. C'est bien là une idée ancienne. Mais ici, justement, les formes de ce bâti restent peu reconnues, peu saisissables et il faut en connaitre le programme architectural pour en dire quelque chose. Il faut être un photographe acquis à la cause de l'architecte pour se permettre de fabriquer une image qui, au lieu de décrire l'objet, en fabrique d'abord une atmosphère dont le bâtiment lui-même est vu comme un révélateur de points de vues et dont l'usage s'efface à ce rôle. Là encore, il faut sans doute être un photographe corbuséen en quelque sorte, déjà convaincu ou ayant bien accepté cette vision et sa mission.
Il est alors difficile de dire ce qui est une pure fiction du regard, ce qui est déjà organisé par l'architecte, de dire comment c'est le bâtiment qui commande lui-même ses vues. Et que voudrait nous raconter cet aplat du ciel étendu à l'infini ? Que sommes-nous chargés de prendre en compte ? Un infini pointé du doigt ?
La grande quantité de points de vues édités en cartes postales (et en grande partie visibles sur ce blog) est bien là pour prouver le jeu plastique du cadrage sur un tel objet. Une Chapelle mouvante, changeante, créant des surprises parfois face à elle, parfois cadrant le paysage, le remodelant pas ses limites, sa présence. Ce n'est rien d'autre que ça que je voudrais raconter.
Et combien de fois encore cela va-t-il durer ?
Walid Riplet.


* voir mon texte et celui de Claude Parent, le coup de Ronchamp, dans l'ouvrage sur Charles Bueb et La Chapelle de Ronchamp.

Les deux cartes sont des éditions de la Société Immobilière de N.-D. du Haut, sans date, sans nom de photographe, sans correspondance.

Pour revoir Ronchamp sur ce blog (faut un peu de temps...) :


jeudi 18 juillet 2024

Jean Prouvé, combleur de vide ?


 
Non, ça ne fait aucun doute (maintenant que je peux regarder cette carte postale à la loupe) : il s'agit bien des éléments de façade Matra de Jean Prouvé que l'on connait bien sur ce blog car nous avons la chance de les avoir admirés souvent à Piacé.

Mais je ne sais pas vraiment pourquoi j'avais encore une petite retenue quant à leur attribution possible. Sinon...cette carte postale pourrait bien être d'un ennui tant aimé par Martin Parr...Voilà un collège, à Bressuire qui ne brille pas par son architecture audacieuse, non....
Devant cette grosse carcasse bien régulière dont la façade fut donc bouchée par des éléments de Jean Prouvé on ne comprend pas bien en quoi cela suffirait à chanter le génie de ce dernier. Certes, il est toujours bien de voir comment on comble un vide et le mur-rideau est bien une belle invention surtout quand le rideau n'est pas vraiment un mur et qu'il est travaillé comme une peau.
La carte postale possède sur son verso le nom de l'architecte : M. Perillier.
Ce Monsieur Périllier on le retrouve d'ailleurs comme architecte du Lycée de Sarcelles dont la typologie est absolument identique. Rappelez-vous ici :

Rien de neuf sous le soleil de la Province donc. On notera juste que le choix de couleurs pour ces panneaux Prouvé à Bressuire est bien plus restreint et bien moins pop : du blanc et un bleu de carrosserie de fourgonnette d'une administration quelconque. Peu enthousiasmant tout cela pour un si génial ingénieur et ferronnier moderne. La commande a dû tout de même sustenter l'entreprise qui les fabriquait.
Je vais aller voir ce que la façade de ce lycée est devenue : ba...plus rien de Prouvé il me semble...
Alors la question reste ouverte de l'intérêt ou pas de ce genre de mobilier de façade et de l'importance qu'il a pu avoir dans l'idée architecturale. 
Le panneau Matra est certes intéressant à bien des égards (celui de la légèreté, de la facilité de mise en place) mais cela suffit-il à en faire un moment d'intelligence architecturale (et avec qui et avec quoi) et surtout, cette mise en place d'un tel mur-rideau a-t-elle profité au génie d'un lieu ? On se le demande en effet. Est-ce qu'on est architecte quand on fournit juste des huisseries ?
Sans doute que dans l'histoire du mur-rideau, il y a bien d'autres modèles de panneaux tout aussi beaux, intelligents et efficaces que ceux de Prouvé et Matra qui n'auront pas l'aura iconique et intouchable du génie devenu bancable. Rien là en tout cas ne signe une particularité suffisamment grande pour que l'histoire de l'architecture ne lui fasse une place à part. Bien au contraire, on aurait envie de dire que la juste place des panneaux Matra-Prouvé dans l'histoire est d'être une réponse de plus à une architecture assez basique, assez fonctionnelle pour que ses vides, son épiderme donc, ne soient, finalement, simplement comblés par un tel type de panneau.
C'est sans doute l'un des pièges du génie de Prouvé : à force de vouloir faire fonction on finit par faire pragmatique au risque d'oublier que l'architecture ne peut se suffire d'une intelligence rationalisée quant bien même elle serait peinte d'orange, de bleu, ou de jaune vif...
Combler le vide en quelque sorte, voilà tout ce qui reste à Prouvé sur cette architecture. (allez...je sais que vous aimez un peu de polémique...)
Bien à vous.
Walid Riplet

Pour revoir Jean Prouvé :

Pour revoir des panneaux Prouvé et/ou Matra :

La carte postale est une édition du Gabier pour Artaud. Elle nomme bien Mr Perillier comme architecte. Pas de nom de photographe, la carte n'est pas datée.




dimanche 12 mai 2024

Serqueux in extremis

 6 mai 2026
Dernière minute ! Urgence absolue ! Menace imminente !
On apprend hier que le préfet aurait signé la destruction de l'église de Serqueux.
Si cela s'avère vrai c'est une honte absolue et une perte inestimable pour l'architecture du Vingtième Siècle !
Pire c'est l'aveu d'impuissance et d'inutilité du Label Architecture Contemporaine Remarquable  et classement en Normandie puisque dans cette région on a déjà assisté au déclassement de leur titre de Monument Historique des Verre et Aciers de Marcel Lods, voilà qu'aujourd'hui  c'est cette église qui est attaquée ainsi.
Bien entendu tout cela se fait sous les yeux des autorités patrimoniales (autorités bien peu efficientes en fait) et avec leur complicité ?
Après la destruction de l'église Sainte Bernadette du Grand Quevilly celle de Serqueux montre bien comment l'Art Sacré contemporain est traité en Normandie par ses institutions. On notera que cela fait donc deux constructions en fusées céramiques qui sont donnés aux pelleteuses. On dirait bien que la Région Normandie et ses institutions culturelles veulent en faire une vraie rareté sur son territoire en supprimant le plus possible les expressions de cette technique soit exactement l'inverse de sa...mission de sauvegarde. Chapeau la Région Normandie, Chapeau bas.


12 mai 2024 :
Il n'y a pas tant que ça de bonnes nouvelles du coté du Patrimoine Architectural du XXème siècle. Alors, hier, quand j'ai appris que l'église de Serqueux était finalement sauvée de la destruction, je fus extrêmement heureux d'autant plus que nous avons ici, sur ce blog, depuis longtemps (très longtemps...) défendu son sauvetage.
Ouf ! In extremis !
Si vous êtes un fidèle lecteur ou une fidèle lectrice de ce blog vous savez déjà que la particularité de cette église, hormis son écriture si Vingtième Siècle c'est que sa voute est faite des fameuses et rares fusées céramiques conçues par l'architecte Jacques Couëlle et ici mis en oeuvre par l'architecte Percheron.
Après la démolition scandaleuse et stupide d'une autre église du même type, (ratage patrimonial complet), il était donc temps que les responsables patrimoniaux agissent en exerçant l'autorité nécessaire pour sauver cette église.
Malheureusement, le campanile qui en finissait l'écriture est, lui, déjà tombé... Pendant qu'on discute...

Il faudra maintenant convaincre Monsieur Hermand  le Maire (plein de bonnes volontés) et ses administrés qui avaient voté pour la destruction de l'église qu'ils ont là, non pas un "machin qui fuit" mais bien une oeuvre exceptionnelle et remarquable, une pièce rare de patrimoine constructif du XXème Siècle. Il faudra donc éduquer les regards, refaire aimer cet espace, faire comprendre les particularités géniales de cette voûte pour que l'église de Serqueux, devenue autre chose, soit à nouveau l'objet de tous les soins mais aussi dotée d'un avenir.
Ce travail d'éducation que le Label Architecture Contemporaine Remarquable aurait du faire depuis longtemps a donc montrer une fois encore ses limites de protection et de signalement.
À qui la faute ? Et surtout, comment faire à l'avenir pour que cela ne se reproduise pas ?
Et comme souvent, c'est sous la menace de la démolition que ce fait le travail de sauvetage en lieu et place d'une vulgarisation efficace de l'histoire de l'Architecture. Pourquoi encore autant de réticence face à ce Patrimoine ?
Il faudra dire au Maire, Monsieur Hermand, qu'il existe un tourisme patrimonial pour le XXéme siècle, qu'une telle construction pourrait bien devenir un point de rassemblements et de visites, qu'un travail de mise en valeur de ce Patrimoine non seulement ne sera pas un frein au développement de sa ville mais bien un atout, et même, espérons, dans le futur un objet de fierté. Nous voulons bien l'aider et travailler avec lui. Ce blog fait déjà ce qu'il peut pour ça aussi.
On peut aussi se dire que cette protection pourrait être le signe dans ma région au moins d'un nouveau rapport à ce Patrimoine Moderne. On ne peut qu'espérer que ce blog y ait un tout petit peu contribué. Espérons donc que la DRAC Normandie continuera avec le même courage qu'à Serqueux à défendre et sauver des édifices de la sorte. Au vu des anciennes catastrophes dans mon département et ma Région, on pourra dire sans crainte : qu'il était temps.
In extremis, In extremis.
Trop tard pour St Bernadette de Grand Quevilly : la honte.
Saluons donc ici ce changement, ce courage.


Pour fêter donc ce retournement vraiment très inattendu, je vous propose un drôle d'objet...
Il s'agit d'un petit document, une sorte de carte en deux volets qui a laisser au correspondant toutes les joies des jeux de mots sur Serqueux...On pourra à la fois en rire et trouver ça navrant...comme vous voudrez. On note que le photographe de cette carte est Marcel Guilbaut de Lhomme. Je ne sais pas comment était diffusée cette carte. Sans doute dans l'église comme souvent à l'époque.
Vive l'Art Sacré du XXème siècle !
Vive Serqueux et sa belle église !
Et merci à la DRAC Normandie pour son travail et son courage.
On reste vigilants...bien entendu...pour tous les autres dossiers et menaces sur l'avenir de ce Patrimoine Moderne dans la Région Normandie et ailleurs.
Walid Riplet.

Pour revoir les articles (parfois durs) sur ce Patrimoine :
2014...
2016....
Sur Jacques Couëlle et sa technique :
Serqueux :
2015...

Pour voir le reportage :



















mardi 28 novembre 2023

Le Mirail en danger ! Signez l'appel !

Merci de signer l'appel contre les démolitions ANRU du Mirail ! Ça suffit !
Malheureusement l'actualité des grands Ensembles et de leur  Patrimonialisation de certains d'entre eux continue de nous montrer l'indifférence des autorités patrimoniales et culturelles et des sociétés privées ou publiques de logements sociaux. on ne parle même pas du ministère de la Culture qui est aux abonnés absents depuis belle lurette !
La Tour des Célibataires de Mourenx appartenant à un bel ensemble dessiné par Maneval et Douillet vient de tomber dans l'indifférence générale. 
Le Mirail est attaqué depuis longtemps maintenant (l'erreur de la destruction de son université est une faute grave) et il y a encore, heureusement des citoyens qui se mobilisent.
Envoyez à cette adresse un courriel avec indiqué : je signe l'appel avec votre nom et qualité :
non.aux.demolitions.anru@gmail.com
Merci !

David Liaudet
Walid Riplet
J.J. Lestrade.
Pour revoir le Mirail sur ce blog :


Je vous montre ça :