lundi 16 juin 2014

Je choisis l'architecture

Et si on s'amusait, l'une contre l'autre, à regarder deux propositions pour habiter le bord de mer ?
On verra que, sans doute, il nous sera aisé de choisir depuis une image mais que, aussi, vivre les lieux nous permettrait de relativiser ce choix.
Commençons :



Nous sommes à Théoule-sur-Mer, devant la Cité Marine de Port la Galère dessinée par les architectes L. Vitorge, A. S. Kandjian et J. Couelle. On voit un ensemble coloré qui tente une représentation de rocaille, de grotte, dont la patine n'est que de béton projeté. On ajoute un peu de tuile romane, de fer forgé et d'ourlet épais de fausse maçonnerie pour que l'illusion soit parfaite. On joue.




Je vous cite de nouveau Mr Dominique Amouroux qui ramasse en quelques mots l'architecture qui n'en est pas : "Sur une structure en béton qui ne diffère en rien de celles des H.L.M. on plaque une "peau" d'aspect baroque. Il est ainsi possible de projeter deux images : historicité des demeures archaïques, trogloditiques, intégration au paysage, sans changer la conception interne des appartements figée dans un conformisme béat. Opération anti-architecturale par excellence où la forme extérieure n'est pas engendrée par les espaces intérieurs créés."









Tout est dit est bien plus encore. On voit dans le texte de Monsieur Amouroux la conception de ce que devrait être l'architecture par le négatif de l'ensemble de ses mots. Une architecture n'est pas liée à l'historicité, n'est pas décorée, n'est pas intégrée. Elle doit être conçue depuis le dedans du plan vers l'extérieur. Elle doit afficher sa structure, du moins, la structure ne doit pas être camouflée. Nous sommes d'accord.
On remarque d'ailleurs également que dans son Guide d'architecture contemporaine en France, Dominique Amouroux ajoute à la photographie une coupe pour que ce qu'il dit soit confirmé par le dessin ! On y voit bien le placage.
Il faut aujourd'hui regarder ce genre avec d'autres yeux. Si, dans l'absolu du moment, on peut être d'accord avec ce postulat radical, comment perçoit-on maintenant cet ensemble ? La question ici n'est pas tellement le rapport à l'histoire que la manière dont il est rendu visible... Car il y a aujourd'hui du néo-provençal partout qui n'a pas l'invention (oui) de cet ensemble. Reconnaissons-lui une particularité.
Sans doute également que le vernaculaire, le mauvais goût, ont travaillé cet ensemble de rajouts, de peinture acrylique, de doubles vitrages, de vérandas, donnant à Port la Galère la justesse de son nom.
Alors, faut-il préférer ça ?



Nous sommes à Calpe devant la Manzarena dessinée par Ricardo Bofill et le Taller de Arquitectura. Deux Bofill pour le prix d'un !



Au premier plan, la masse de la Muraille Rouge fait parfaitement son travail d'opposition franche avec la falaise comme pour instaurer un dialogue entre le naturel et le construit. On n'intègre pas, on oppose franchement mais aussi délicatement, ne nous y trompons pas. Couleurs, géométrie, jouent ce rôle essentiel. Au fond on devine la platitude des constructions de promoteur.
 Ici, on invente un choc psychologique et plastique dont la couleur est le moteur. Le rose et l'ocre rouge viennent chanter contre la Terre de Sienne. On ne camoufle pas, on invente une autre topographie. Bofill avait ce talent. L'objet devient mystérieux, grave , impénétrable comme une forteresse moyen-ageuse. Il y a ici architecture et l'intégration vient non d'une image historique mais d'un génie du lieu. Et la couleur devient un absolu de l'architecture.
au second plan :



On retrouve Ricardo Bofill.
Ici la radicalité pourrait semblait moindre pourtant cette forme au-delà de quelques éléments décoratifs est bien tout aussi déterminée c'est à dire sans concession. On pourra retourner ici pour lire une autre carte postale.
Il faut croire que cette construction a connu un bon succès éditorial pour que plusieurs cartes postales soient éditées. Ici le photographe des éditions Subirats Casanovas joue la symétrie avec l'énorme rocher comme si les deux éléments (le construit et le naturel) dialoguaient ensemble. Et c'est assez juste !
Alors faut-il choisir ?
Oui.
Je choisis l'architecture, je choisis Bofill. Qui aurait cru, qu'un jour, j'aurais pu écrire ça.

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