jeudi 1 juillet 2021

Rouen à l'équerre

Il est assez aisé de trouver des critiques d'architecture ou des historiennes de l'architecture qui moquent les cartes postales comme des documents trop partiaux, trop vigoureusement du côté d'un bonheur soutenu par le ciel bleu, la netteté de l'image, la joie des enfants au pied des barres ou des tours.
Pourtant, non, les cartes postales, leurs éditeurs et leurs photographes ne font pas spécialement preuve de propagande pour (ou contre aussi) ce type de constructions.
Les éditeurs envoient leurs photographes là, tout simplement parce qu'il y a du monde. On appelle ça une clientèle. 
Et c'est un monde aussi.
Ce monde désire dire là où il habite et donner depuis son chez lui des nouvelles à la famille. Il se représente par ce carton, il s'y retrouve et le ciel bleu et les enfants servent aussi ce désir. Rien là de politiquement déplacé, d'horriblement policier et rien non plus d'une servitude à la société. Il n'y pas de spectacle, il n'y a que des gens ayant besoin de cette représentation et de cette correspondance de mots et d'images. Comment disait Serge Daney déjà à propos des cartes postales ? Une image absolue.
Ainsi il est donc rare de trouver finalement de vraies cartes postales servant par leur image les causes de la construction des architectures du Hard French. Je vous en donne deux aujourd'hui, deux cartes postales de chez moi puisque nous sommes à Rouen et sa périphérie :




Le verso de la carte postale prouve bien qu'il s'agit de cartes postales ayant pour mission de promouvoir une action sociale et politique celle du Congrès National des Habitations à Loyer Modéré et celle de l'O.P.H.L.M de la Ville de Rouen. On est donc bien devant un désir d'image devant rendre compte d'une action, en prouver sa réalité, en démontrer l'action.
Comme je n'ai aucun nom d'architecte et encore moins de nom de photographe, il est difficile d'analyser les orientations de ces prises de vues d'avion mettant d'abord les objets architecturaux dans un paysage avant de les placer à hauteur de piéton ou d'usager. Ici, il faut faire "groupe" et c'est bien ce terme qui est usité pour définir ces grappes de logements : Groupe Marin le Pigny et Groupes les Sapins et Chatelet. Pas encore quartier, pas encore Z.U.P et surtout pas encore Grand Ensemble, le groupe raconte surtout une densité.
Les deux cartes postales donnent aussi une image très pure, très nette, des constructions car la distance éteint les détails et laisse d'abord poindre le plan et l'organisation des barres H.L.M entre elles et contre le reste des constructions. Le groupe Marin le Pigny fait presque un enclos se fermant sur lui-même, rectangle ouvert seulement aux coins qui restent les seules percées pour une capillarité peu désirée. On dirait une bastide enfermant les deux petites barres dans l'enclos dont les limites sont celles des barres les plus grandes. Je me méfie de mon propre vocabulaire voyant que naturellement il a tendance à ressembler à celui des militaires. Ne soyons pas pris au piège du graphisme* pour déterminer trop vite une attention politique dans ce dessin. Il s'agit sans doute bien plus d'un pragmatisme constructif que des traces d'un état policier et ou d'exclusion. J'y vois une affirmation d'une radicalité et non un trauma social dessiné à grand coups de règle.
Avez-vous remarqué comment la photographie a été tirée de manière à flouter un peu l'environnement des barres pour faire monter au centre de l'image le groupe, plus blanc, plus dur, lui donnant la chance d'être immédiatement lisible sur cette carte postale ?
Pour l'autre carte postale, celle des Hauts de Rouen, on perçoit le désir d'inscrire le nouveau quartier dans le paysage époustouflant des collines et de la cuvette de Rouen. Bien alignées en chevron ou en peigne les barres se succèdent les unes après les autres, posées avec égalité et régularité sur la crête donnant certainement l'occasion de vision panoramique aux habitants. Le bouquet de châteaux d'eau reste l'un des plus incroyables que j'ai vu, un monument à lui tout seul, gardien de béton, uniforme en livrée qui surveille comme une vigie la vie qui s'y déroule.

Ces images sont impressionnantes, puissantes. J'entends d'ici ceux qui diront glaçantes, collectivisées, organisées, orthonormées. Peut-on aimer cet ordre ? On voit aussi comment ces constructions fabriquent autour d'elles des espaces et comment la densité des logements offre des vides. Les barres toujours décalées laissent bien les ombres ne pas se porter les unes sur les autres, offrant des vis-à-vis lointains même si on ne comprend pas bien pourquoi ne pas, comme Corbu pour Alger, avoir profité de la crête pour dessiner une suite de constructions qui aurait suivi et fabriqué une topographie construite accompagnant le paysage. Rouen et son centre semblent loin et on pourrait croire que la vraie ville, celle des rues minuscules et des logements insalubres n'est pas si proche. Pourtant, Rouen est là, un peu dans le flou du haut de l'image.
Dois-je me croire obligé à une analyse socio-politique de ce genre de documents, de comment ils participent à une organisation du logement social, de comment il en est la représentation avant d'en être la réalité terrifiante d'un échec à venir ? Je laisse ça à d'autres, plus doués, plus informés, plus assis sur leur certitude. Je veux juste qu'on me laisse me repaître de ces images parfaites, dures, romantiques aussi. Comme un grand ordre, comme une civilisation perdue ou échouée. Je ne m'intéresse au bonheur des autres que quand il m'invitent à y penser avec eux et à venir chez eux voir comment ils vivent. J'aime mieux ces voix-là que celles des idéologies du spectacle et des révolutions éteintes par une voix monocorde.
J'aime mieux me tromper que de dormir dans une planque.

Vous pouvez relire ou lire ça à propos de Rouen :
sur les Hauts de Rouen :
sur Claude Parent :

* relire Bruno Vayssière et son indispensable et puissant Reconstruction-déconstruction.

lundi 28 juin 2021

Besoin d'air, ça me gonfle un peu

 Dans les registres des utopies et des images d'une architecture dédouanée du sol, libertaire, légère au monde, les constructions gonflées ont eu leur heure de gloire que se soit pour des architectures permanentes ou pour construire en s'appuyant sur la tension de la bulle une phase du chantier. 
Revoyez Wallace Neff par exemple.
Ou la Maison de l'abbé Pierre :
Voilà qu'entre dans ma collection cette carte postale qui dit tout, tout de suite :




Deux bandeaux nous permettent d'entrer en contact avec la construction et le nom de l'architecte apparaît directement et même le qualifie, ce qui est rare pour des cartes postales d'architectures. Pas de doute, il s'agit d'une carte promotionnelle que l'architecte a commandée puisque le verso nous donne toutes les informations sur cet architecte et sa société qui produit donc des architectures gonflables qui agissent comme des manèges forains, apparaissant puis disparaissant au gré des commandes et des manifestations.
Alan Parkinson donc, l'architecte, se définit comme un architecte de l'air... je trouve que cela est un peu étrange car finalement ce n'est pas tant l'air qu'il dessine mais bien des formes fermées, pleines, colorées qui, certes, sont tendues par une surpression mais dont l'objet du travail n'est certainement pas l'éther...
Est-ce grave ? Non. Est-ce de l'architecture ? Non. Est-ce grave ? Non.
Il s'agit bien plus de sculptures, de pénétrables, d'objets ayant comme sujet une certaine sidération béate et spectaculaire qui ressemble bien plus à des aires de jeux, des parcours, qu'à une définition de l'architecture. Dehors des formes simples, ludiques entre plug anal et église byzantine, suppositoire ou bulle Barbapapesque. On en reconnaît immédiatement la culture qui se veut fun, joyeuse, enfantine et donc bien évidemment sympa.
Et l'expérience doit y être, c'est certain, assez étonnante mais aussi assez vaine pour ce qui est de résoudre des vrais problèmes de l'architecture. On peut aller voir sur le site de Alan Parkinson des visites et le sourire des visiteurs baignés dans des bulles de couleurs, pieds nus, au plus près d'une expérience physique assez régressive qui se voudrait, si on en croit Alan Parkinson presque mystique. L'odeur du plastique chauffé par les corps des visiteurs doit sans doute ajouter à cette stupéfaction....
Rassurez-vous, je ne me moque que peu. J'aime bien cette idée, je veux dire que j'aime bien une expérience lorsque sa seule conséquence c'est un moment de plaisir partagé collectivement. Et que cela ne serve à rien me réjouit aussi et je ferai si l'occasion m'en est donnée un parfait visiteur lambda des constructions de Alan Parkinson. Mais je ne sais pas trop quoi penser de cette esthétique. Est-ce le mode de tension qui oblige l'architecte à ses formes courbes et rondes ? L'air ne peut-il pas dessiner autre chose que des boules et des cônes colorées ? Le jouet doit-il forcément avoir ce dessin ?
Pourquoi également le volume doit-il ainsi se clore sur lui-même ne laissant aucune ouverture ou projection de l'extérieur vers l'intérieur comme si la matière de la peau du bâtiment ne devait laisser passer qu'une lumière filtrée qui n'aurait d'autre vocation que de porter la couleur en aplat à un paroxysme si tendu ?
Bon. Je ne sais pas. Et que penser de la seule déambulation possible ? Car, à part parcourir les pièces les unes après les autres en produisant des cris d'admirations à chaque changement de couleur que se passe-t-il vraiment là ? Le bruit vivifiant des cris des enfants qui courent d'une pièce vers une autre est-il si remarquable ?
Alan Parkinson m'a l'air d'un gars sympa, heureux de ses créations, de ses événements plastiques. Il est évident que cela rencontre un public, que la satisfaction des visiteurs doit y être lisible et vrai.
C'est déjà ça.


des vidéos pour visiter les architectures :





dimanche 23 mai 2021

Passe pas la Loire en été

 


Lorsque j'ai lu le département inscrit au dos de cette carte postale, mon cerveau m'a offert immédiatement dans le juke-box de ma mémoire la première phrase de la chanson de Alain Souchon :

Passe pas la Loire en été...

Je me souviens très bien de cette chanson car elle fut l'une des premières dont je compris, adolescent, les évocations sexuelles à peine déguisées par la poétique souchonnienne faisant du détail ramassé dans un mot une ambiance parfaitement claire et lisible. Ici, les images sont euh... assez directes.

Passe pas la Loire en été...

Le titre de la chanson laisse aussi peu d'équivoque à ce qui va s'y dérouler. Mais quoi de commun alors avec cette carte postale Combier nous montrant la piscine Tournesol de Sorbiers ? Je ne sais pas. Bien entendu la charge érotique de la piscine, de l'été, de la moiteur éteinte dans la fraîcheur d'un plongeon, tout cela je l'ai déjà raconté dans des articles ou dans mes chroniques. Bien entendu, dans cette nouvelle carte postale de piscine Tournesol, on ne peut que s'amuser de sa ressemblance avec ses soeurs partagées ici sur blog. Une fois encore, sans le nom de la ville inscrite au dos, cette piscine pourrait bien être partout car le cadrage ne laisse rien voir d'une particularité qui signerait la localisation. Cette piscine Tournesol c'est celle de Sorbiers et c'est toutes les piscines Tournesol en même temps. On notera que Combier se croit obligé d'inscrire Photo X au verso. L'anonymat ajoute à l'universalité de la vue.
Le détail particulier de cette carte c'est le congélateur Gervais dont j'ai reconnu le logo. Facile alors de faire de cette image, celle des premiers émois, des plaisirs simples ou s'accordent à la fois le doute d'y avoir droit, la chance de les partager, l'innocence perdue entre le glaçage chocolat qui fond sur le ventre et l'eau trop bleue pour être honnête. Ma jeunesse aussi.

Passe pas la Loire en été...

cliquez sur ce lien pour entendre la chanson :

lundi 17 mai 2021

La Bastille est morte sous Mitterrand

Dans le grand spectacle actuel des anciens combattants fantomatiques de la Mitterrandie idolâtre, il n'est de cesse de nous rappeler la grande empreinte culturelle laissée par le Président des français pendant l'exercice de son pouvoir monarcho-républicain.
D'ailleurs, si on regarde Paris, on a vite l'impression que l'architecte-président de la République a joué aux dés en répandant sur la ville tous les volumes platoniciens : cube, pyramide, sphères.
Arche de La Défense, Pyramide du Louvre, Cité des Sciences etc...
Son goût pour les formes dites simples il serait facile de l'analyser à l'aune d'un désir de pérennité égyptienne et pharaonique. On le sait, les formes simples c'est ce qui perdure dans le temps, c'est, comme le disait Auguste Perret, ce qui fait de belles ruines. Son désir d'éternité m'a toujours laissé pantois.
Alors, si parmi cet échantillonnage de pureté formelle, certaines réalisations m'ont toujours semblé à la fois belles, affirmées et même nécessaires (Le Louvre ou la Grande Bibliothèque par exemple) d'autres m'ont toujours un peu contrarié et même permis de croire au mauvais goût de ce président. L'Opéra de la Bastille de Carlos Ott en fait indéniablement partie. Ce machin grandiloquent affirmant à qui veut l'entendre (c'est le cas de le dire) sa Modernité hésitant entre centre commercial géant et siège d'entreprise pour banlieue affairiste d'une ville moyenne de Province, (Niort et ses bureaux de mutuelles lui irait bien) est l'exemple de ce que Mitterand, souvent, parfois ne savait pas choisir. Et ce n'est pas son masque tendu qui, croyait-il, lui donnait la justesse de sa sévérité qui me fera changer d'avis.
L'Opéra Bastille c'est moche, mais moche à mourir. Alors, oui, on pourrait toujours et habilement dire que d'abord, avant d'être un Opéra c'est un instrument parfait pour y écouter de la musique, mettant en avant l'outil avant le style comme si aller à l'Opéra c'était seulement comme pénétrer un instrument de musique.
Mais si on mesure l'importance d'un architecte au nombre d'élèves qui se réclament de lui alors, on est tranquille sur l'héritage de Carlos Ott : personne ne lève la main et le reste de sa production laisse admiratif de son goût pour les décors de série B de science-fiction.

Combien de temps avant que quelqu'un n'ose poser la question froidement : détruire ce machin. Parfois, je crois qu'il serait bien d'avoir ce courage. Faudra-t-il qu'une génération trouvant que Chirac avait le swag, que Giscard était cool et que Mitterrand était l'ami de Barbara (passe-droit culturel de gauche permettant sans doute d'excuser sa politique pour la France-Afrique) pour que les jeunes aiment cette architecture comme ils aiment à nouveau le tricot, la bière locale et les barbiers tatoués ?
Nous faudra-t-il faire de cet Opéra Bastille un manifeste de cet état de l'Architecture mitterrandienne, aimant à la fois les architectes inconnus (Carlos Ott et Otto von Spreckelsen), les formes simples et les ordres venant du haut, du très haut ?
Comme en Corée du Nord finalement ou à Cuba pour être un socialiste plus politiquement correct.
Faudra-t-il sauver ce machin en le réduisant à son utilité ? Faudra-t-il que, pour une fois, l'ultime excuse de la passoire énergétique signe enfin le glas de cette erreur ? Espérons...


Sur cette carte postale Ovet, j'aime surtout lire le flot des autos qui d'ailleurs signe également pour moi la déchéance du Design automobile de cette période. Il suffit de regarder la Supercinq au premier plan (et de la même couleur que l'Opéra) pour comprendre que même la Régie Renault a perdu à cette période tout sens du design en massacrant la beauté simple et joyeuse de la première Renault Cinq de Monsieur Michel Boué pour en faire une auto ressemblant à un jouet Playmobil. Mitterrand d'ailleurs en fit lui-même la promotion dans la cours de l' Élysée... tout se tient finalement. On rit aussi du minable portique et de son dessin, laissant donc le public passer sous cet ersatz de grandiloquence post-Corbuséenne (Carlos Ott a dû visiter trop vite la Cité du Refuge et son portique décalé sur la rue) pour nous laisser croire qu'on vivrait là une expérience culturelle. Le reste... matériaux, couleurs, lecture de cet escalier sur la façade d'une pauvreté affligeante me donne aussi peu l'envie d'écouter de la musique que d'entrer au rayon disques à la FNAC un samedi après-midi avant Noël.
Comme Jessie Norman lors du Bicentenaire de la Révolution française, drapons-nous dans le bleu, blanc, rouge pour entamer une Marseillaise épuisée et marchons, marchons pour retrouver le vrai sens de la Bastille.




La Mitterrandie architecturale à voir et revoir ici :




vendredi 14 mai 2021

Deux premières fois



Il était bien trop tôt et même le videur à l'entrée de la boîte le Must avait sursauté en voyant arriver Alvar. Alvar avait fait un effort surhumain pour mettre ce pantalon à pinces, cette ceinture à boucle dorée et cette chemise Cacharel sur laquelle il noua une mince cravate noire qu'il avait trouvée dans les tiroirs de son père. Ses copains de promo voulaient finir l'année en beauté comme ils disaient et bien entendu, Alvar, comme à son habitude, pris entre le désir de refuser ce genre de projet et celui de s'intégrer avait fini par accepter. Ne connaissant pas les mœurs de ce genre de soirée, et aussi sans doute, croyant en finir au plus vite, il était arrivé bien trop tôt à ce rendez-vous. Il n'avait pas compris que tout le monde devait d'abord passer une partie de la soirée chez Sandrine avant de se rejoindre ici, déjà un peu chaud, dans la boîte de nuit.
Il était venu avec la Renault 5 Lauréate de sa mère qui avait cru bon de faire mine de saisir le sens de ce prêt par un sourire en coin en y ajoutant les conseils habituels de prudence.
Il ne sut jamais si c'était elle qui avait glissé des préservatifs dans sa veste ou si c'était son père. En fait, c'était son frère. Sur le parking, il avait d'ailleurs pour la première fois de sa vie, en les découvrant, pris le temps d'en déballer un pour apprendre comment c'était fait, voir un peu à quoi ça ressemble et paraître, le cas échéant, moins stupide même s'il ne voyait pas bien avec qui il pourrait avoir l'occasion de s'en servir. Il avait d'ailleurs été nommé d'office chauffeur des retours et avait compris que cette invitation était en fait une manière cachée pour ses camarades d'avoir une sécurité assurée, tout le monde sachant bien que Alvar était bien trop sérieux pour ne pas se saouler toute la nuit.
Malgré cela, malgré ce sentiment étrange ressemblant au choix qu'on fait du dernier pour former l'équipe de basket en sport, il avait accepté par curiosité. Et il avait les clefs. Il était finalement en position de pouvoir.




Dans la boîte, un peu seul, il changea plusieurs fois de place. Là il ne voyait pas l'entrée, là, il était trop près des toilettes, ici, le pouf était fatigué. Il trouva finalement sur une banquette tout le loisir d'étendre ses bras de chaque côté et adopta mi pour rire, mi sérieusement, cette position qu'il avait vu dans les films de mafieux, jambes ostensiblement écartées, bras ouverts, le corps légèrement  abandonné. Ses aisselles pourraient tout à loisir répandre le musc trop fort de son déo bon marché. La musique passait déjà à fond, et il se demanda pourquoi le Dj passait si tôt Paula Abdul dont d'ailleurs il aimait tant le magnifique Straight up qu'il lui arrivait de danser, seul dans sa chambre. 
Il vit arriver alors la petite bande de ses amis surpris et amusés de le retrouver là, se moquant un peu de son erreur mais appréciant qu'il ait eu la présence d'esprit de réserver cet espace. Alvar dut alors refermer son corps, le replier, le petit groupe devant se serrer sur la banquette. Myriam vint alors se coller à lui et pour s'excuser de le tasser un peu, elle posa sa main sur sa cuisse. Alvar ne sut pas quoi faire de ce signe. En lui parlant de banalités, du chemin pour venir là, Myriam parlait à Alvar d'un peu trop près comme pour que sa voix passe par dessus la musique. Il sentait presque ses lèvres toucher le lobe de son oreille gauche. 
Elle lui tendit alors la petite paille rouge qui débordait de son Mojito et l'invita à goûter le cocktail en lui disant que ce n'était pas ça qui l'empêcherait de les ramener. Alvar s'exécuta et il ne compris pas alors pourquoi Myriam lui donna dans le creux de son oreille un délicat merci.

Alors que déjà une partie de la troupe s'agitait sur le dance floor, Alvar resta sur la banquette et eut plaisir à presque reprendre sa position de leader si ce n'est que Myriam était restée elle aussi avec lui.
- Tu me remercies de quoi au juste demanda alors Alvar.
- ... de quoi...?
- Tout à l'heure tu m'as dit merci en me proposant ton Mojito. Pourquoi ?
- Tu verras tout à l'heure...
Alvar n'eut pas le temps d'interroger à nouveau Myriam qu'elle le tirait par le bras pour qu'il vienne la rejoindre sur la piste de danse.  Et sur Somebody's Watching me, Alvar soudain, soutenu du bout des doigts par Myriam se vit prendre avec l'espace des libertés dont il ne se croyait pas capable, ce qui sidéra d'ailleurs une partie de ses camarades obligés de le regarder ainsi danser avec une certaine grâce en compagnie de Myriam, elle-même étonnée et heureuse de cette découverte. Alvar ne réussit plus alors à s'asseoir et enchaîna morceau sur morceau, suant de la tête aux pieds. Il fallut organiser des approvisionnements en eau fraîche pour le désaltérer et Myriam se chargea de cette tâche avec une grande attention, en profitant parfois pour rester avec lui et danser. 
Alvar ne se souvient plus très bien comment finalement il se retrouva seul avec elle dans la Renault 5 Lauréate mais il comprit rapidement pourquoi maintenant elle lui avait dit merci.





Bien entendu, les chaînes sur les pneus de la Renault 5 peinaient à accrocher la route bien trop enneigée et verglacée. Finalement, avec beaucoup de prudence et dans un esprit bon enfant où chacun fait un effort pour rester dans l'esprit joyeux des vacances, ils arrivèrent à Val-Thorens. Seul, Gérald avait perturbé ce voyage profitant même de la lenteur de l'auto pour sortir pisser sur le bord de la route, et faisant rire tout le monde, réussissant à descendre et remonter de voiture d'un virage à l'autre sans qu'elle ne s'arrête.
Dans le Club Hôtel, ils avaient loué deux chambres contiguës. En fait, ils n'en avaient loué qu'une seule, l'autre ayant été prêtée à Gérald gratuitement car il connaissait le propriétaire, son parrain, pour lequel il avait travaillé l'an dernier. Il y avait déjà plus de six heures qu'ils roulaient et Alvar était le dernier à prendre le relais de la conduite sur cette portion plus délicate de la route. Il était un peu nerveux de conduire ainsi sur la neige pour la première fois.
Gérald prit lui-même les clefs derrière le comptoir de la réception montrant ainsi qu'il était familier des lieux. 504 et 506 étaient les numéros de leurs chambres, Alvar et Myriam choisirent la 506, Gérald et Sandrine la 504.
Arrivés devant leur porte respective, les couples s'excusèrent de la même manière : besoin de se rafraîchir, de se reposer, de ranger leurs affaires et ils se donnèrent rendez-vous dans une heure au bar du rez-de-chaussée. Tout était pourtant transparent pour chacun d'eux.
C'est en ouvrant la fenêtre pour voir le paysage que Alvar comprit qu'il avait oublié de serrer à fond le frein à main de sa voiture. Elle avait glissé tranquillement vers le bas du parking en se posant en biais au milieu des autres automobilistes qui tentaient de la déplacer. Il hurla de maladroites excuses tout en courant en t-shirt et chaussettes vers le parking pour réparer son erreur. 
C'est depuis ce point de vue qu'il vit sur le balcon Myriam se moquer de lui. Il comprit qu'il avait oublié ses chaussures et les clefs à l'étage. Toutes tombèrent dans la neige épaisse en n'y faisant que des trous minuscules  et profonds dans lesquels Alvar dut pourtant plonger sa main déjà glacée.
Alvar et Myriam arrivèrent donc légèrement en retard au rendez-vous du bar.


Par ordre d'apparition :
Carte postale publicitaire photo JPS Selestat pour Espace JC Helmer, le chalet, complexe de danse et loisirs nocturnes, Le Must.
Carte postale Combier, Val-Thorens, "Club Hôtel", Jean-Claude Bernard, architecte. (On aura l'occasion d'en reparler.)








mardi 11 mai 2021

Bleue comme une orange, la Maison Bernard.




C'est bien à ce poème d' Éluard auquel j'ai pensé en premier en voyant cette carte postale Combier qui nous montre un détail de la Maison Bernard à Théoule.
La carte postale expédiée seulement en 2007 est bien plus ancienne et c'est assez amusant de penser à ce retard à l'allumage de l'expédition.
Je le dis, je ne suis pas un grand amateur de ce genre de machine. Certes l'originalité est indéniable et la poésie sans doute aussi bien présente mais ce refus obstiné et militant de l'angle (droit ou autre) m'a toujours un peu amusé surtout quand l'argument est souvent développé sur des principes dits de la Nature. On peut tout de même aimer une coupole sans avoir à affirmer contre La Modernité qu'un angle ou qu'un mur droit est une violence contre l'homme.
Bon.
Qu'importe !
De toute façon il y a très peu de raisons pour que je sois invité dans ce genre de construction et il est clair que je n'aurai pour en jouir que l'occasion des images. Images nombreuses car cette Maison Bernard est maintenant une star des magazines de déco ou d'architecture et connaît un succès indéniable. Et c'est mérité. Vous pouvez même la visiter. Elle est l'œuvre du célèbre architecte Antti Lovag.
Voyez par vous-même ici :

Ce qui me surprend c'est bien l'existence d'une autre carte postale Combier, preuve que la Maison Bernard a obtenu une reconnaissance assez rapide et été jugée suffisamment importante pour en éditer une carte postale. On notera que l'éditeur malin ou... oublieux... n'a pas cru bon nommer ladite villa ni en donner le nom de l'architecte. Faut-il y voir une crainte de reconnaissance des droits d'auteurs ? Car personne ne peut croire en un cadrage hasardeux ayant placé la Maison Bernard dans l'image du bord de mer et du voilier. Voilier qui d'ailleurs fait un excellent contre-point à cette image. Enfin un triangle ! Enfin des angles !
Rappelez-vous ici, il y a déjà onze ans...

N'êtes-vous pas comme moi surpris par la matière étrange qui fait l'épiderme des bulles oranges ? Et que penser du fatras de tubes et de barres devant la villa ? Construction en cours ?
Mais que cette carte postale est belle, donnant toute la chance à la couleur, opposant le bleu à l'orange, opposant les formes entre elles et le cadrage resserré sur la villa donne bien l'occasion de la voir et de la comprendre aussi un peu. Et, bien entendu, on se projette dans ce bonheur ensoleillé, dans la chance d'une mer au pied du rêve comme si l'utopie rencontrait une certaine forme d'éternité.
Veinards habitants...
Je vous salue depuis mon image avec l'aide de mon imagination.

" ... tu as toutes les joies solaires
tout le soleil sur la terre
sur les chemins de ta beauté."



dimanche 9 mai 2021

Jean Renaudie est inscrit à Ivry

Pour ceux qui sont engagés dans le combat Patrimonial (car oui, il s'agit d'un combat) et pour ceux qui pensent que malheureusement l'Architecture du Vingtième Siècle perd souvent ce combat, voilà enfin une excellente et même incroyable nouvelle qui m'arrive par Serge Renaudie :

L'immeuble Casanova de Jean Renaudie vient d'obtenir son inscription au titre des Monuments Historiques !

Oui.

Alors cela est très soudain et pour moi, cela m'étonne beaucoup. Alors qu'il y a peu j'évoquais l'abandon de ce Patrimoine par la Mairie d'Ivry-sur-Seine, voici la preuve que le travail de regard et d'attention se fait tout de même. Il faut donc remercier ceux qui en sont à l'origine directement en ayant constitué le dossier de classement et remercier tous les amateurs qui ont soutenu par leur attention à cette incroyable architecture cette décision. Une pression populaire en quelque sorte.
Bien entendu, la joie tombée et la surprise passée, on peut se demander pourquoi cela n'a pas eu lieu plus tôt, pourquoi l'ensemble du centre d'Ivry-sur-Seine n'est pas protégé en y associant les architectures de Renée Gailhoustet ?
Faut-il accepter d'être patient ? Faut-il voir là un signe, une étincelle ou une décision a minima pour étouffer ce désir bien plus vaste et surtout plus juste de voir cet ensemble urbain unique en France enfin atteindre un niveau de protection juste et nécessaire et surtout exemplaire ?
Continuons donc notre combat, continuons de dire à la ville communiste d'Ivry-sur-Seine et à l' OPH qu'elles sont responsables devant l'histoire de l'une des plus grandes expériences d'urbanisme du XXème Siècle, qu'elles se doivent à ce devoir, qu'elles doivent en faire une chance dans l'opportunité joyeuse de sa responsabilité immense. Atteindre à la dignité qui passera par l'exemplarité du tout et des détails. On attend... On espère... Et on croit encore en la synergie des bonnes volontés.


Je vous donne cette photographie de Jean Renaudie devant son immeuble, photographie de presse venant d'un documentaire TF1 "Un futur sur mesure", dans la série "les rendez-vous du 3ème millénaire". Je n'ai malheureusement pas retrouvé ce documentaire.



Mais dans celui-ci, Jean Renaudie dit : 

"Jamais je ne prendrai ce risque de me mettre à la place des gens."

Pour lire ou relire presque tous les articles consacrés à Madame Gailhoustet :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/merci-renee.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/10/madame-gailhoustet-merci.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html 

http://archipostalecarte.blogspot.com/2017/06/nouveau-scandale-ouiencore.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/09/ivry-par-jean-renee-et-laurent.html

Pour lire ou relire presque tous les articles sur Monsieur Renaudie :

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/07/en-pointe-design-et-architecture-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/09/jean-renaudie-le-modele.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/jean-renaudie-recadre.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/07/jean-renaudie-trois-portraits.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/10/premier-jour-de-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

http://archipostcard.blogspot.com/2008/04/mes-pieds-sont-utiles-3.html