jeudi 18 juillet 2019

Group Ludic, le travail au pouvoir






































Il y aura toujours ceux qui cherchent, ceux qui travaillent et ceux qui suivent.
Julien Donada et Grégoire Romefort, dans leur travail d'éditions ou de vidéastes, font partie de ceux qui cherchent et qui trouvent.
Leur dernier ouvrage est à ce titre l'un des plus importants car il est l'un de ces livres qui réinventent une histoire qu'on aurait bien pu croire perdue, car cette histoire est à cheval sur le Design, l'architecture et l'urbanisme. Ce territoire étrange et mélangé avait un peu disparu des regards des historiens.
Group Ludic, L'imagination au pouvoir retrace donc l'aventure exceptionnelle de ce trio ayant donné aux enfants des espaces (des aires comme on dit) de jeux à la fois superbes mais surtout, au-delà de leur esthétique, parfaitement conçus pour l'expression de la liberté.

Ce livre est bien fait, je veux dire que son atout principal c'est de laisser l'histoire à ceux qui l'ont construite et on peut ainsi facilement comprendre tous les enjeux de cette invention. Une longue entrevue nous permet en effet d'entendre les trois protagonistes nous raconter les fondations du groupe, leurs influences et aussi la dissolution de leur trio sous les changements radicaux et violents d'une politique de la Ville en plein échec.
On aime aussi la très belle introduction de Vincent Romagny que nous sommes heureux de lire là et qui est bien maintenant la voix de l'histoire des aires de jeux en France.
Pour le reste que dire ? Des illustrations superbes et touchantes, en noir et blanc et surtout en couleurs vous donnent l'impression d'y être et d'entendre les enfants (que nous fûmes) jouer ici et là dans des sphères, des pyramides, avec des cordages, des bouées et tous les éléments du Monde : la terre et le ciel.
J'ai été tout particulièrement heureux de retrouver les expériences de Royan mais aussi celle de Lozari en Corse car elle fut l'occasion de retrouver l'une de mes cartes postales préférées et présente dans ma collection dont je ne cesse de chanter la beauté plastique :
https://archipostcard.blogspot.com/2010/12/toiles-tendues-mettre-les-voiles.html

Ce livre c'est aussi un hommage au travail. Celui du Group Ludic bien entendu mais aussi celui de ceux qui aiment à tirer le fil d'une histoire, qui retrouvent les protagonistes, qui fouillent les archives, loin, bien loin des chasseurs en capture d'écran.

On notera que le livre est superbe dans sa mise en page et dans sa qualité éditoriale. Il est, et ce sera ma seule critique, un peu cher mais dites-vous qu'en l'achetant vous rendrez hommage à ce travail de recherches.
Et précipitez-vous vite chez votre libraire indépendant, il n'a été tiré que 800 exemplaires de ce livre qui marque déjà un jalon dans l'histoire encore trop peu connue du Design des aires de jeux en France et en Europe. Ce sera vite un collector !
À mon tour de vous dire merci, Julien et Grégoire.

Group Ludic, l'imagination au pouvoir
Julien Donada et Grégoire Romefort
Préface de Vincent Romagny
éditions du Facteur Humain
36 euros (ce n'est pas si cher finalement) 

Je vous offre cette carte postale encore inédite sur ce blog et sur laquelle on aperçoit bien une aire de jeux dessinée par le Group Ludic. Nous sommes à Saint-Denis, grâce à une édition Raymon non datée, non signée...


Et vous comprendrez que j'aime tout particulièrement cette belle collection de cartes postales !


Vous pouvez aussi revoir tous les articles sur le Group Ludic ici :
http://archipostalecarte.blogspot.com/2016/08/group-ludic-et-familial.html
http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/07/toile-de-tente-et-theatre-la-palmyre.html 
http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/06/sculpture-jeux.html
http://archipostcard.blogspot.com/2009/08/groupe-ludic-une-reponse-de-monsieur.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/11/retrouvailles-ludiques.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/06/une-reunion-amicale.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/des-jeux-en-france-de-lair-des-aires.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/point-ligne-plan.html
Certainement l'une de mes plus belles cartes postales :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/12/toiles-tendues-mettre-les-voiles.html 
Un document rare offert par Julien Donada :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/11/group-ludic-un-document-rare.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/complements-ajouts-et-autres-details.html
Celle-ci est merveilleuse, simplement merveilleuse :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/07/groupe-ludic-chalons-sur-saone.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2009/08/groupe-ludic-architecture-pour-jeux.html 
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/06/sculpture-jeux.html 

Quelques images du livre qui ne rendent pas compte de la qualité éditoriale et qui n'ont comme vertu que de vous donner envie d'acheter vite ce livre et pas de le copier-coller sur votre blog sans nommer vos sources, n'est-pas ?  Bisous.











































































































































vendredi 12 juillet 2019

Claude Parent Visionary Architect

Non, ne craignez rien, je ne vais pas me mettre à écrire mes articles en anglais, j'en serais bien incapable.
Pourtant, il n'est pas très difficile de comprendre le titre de ce livre :







































Les éditions Rizzoli nous proposent donc ce nouvel ouvrage sur Monsieur Parent, et c'est un très bel ouvrage, luxueux, un volume qui permettra sans aucun doute aussi, édité aux U.S.A, de faire connaître (et reconnaître) Claude Parent outre-atlantique.
L'ouvrage se veut d'abord un livre mettant en avant des dessins et des reproductions de photographies, laissant la partie d'analyse un peu en retrait sur une œuvre ici surtout servie par l'incroyable qualité des dessins de Monsieur Parent.
Il ne fait aucun doute que c'est certainement une belle porte d'entrée pour connaître son travail tant y sont déployés tous ses espaces, ses rêves mais aussi la réalité de son sens constructif.
On en prend plein la vue comme on dit chez nous, car la qualité éditoriale est parfaite. Choix des papiers, de la mise en page claire et lumineuse, jeux et ponctuations aussi des petits dessins humoristiques que Monsieur Parent aimait faire dans ses courriers se caricaturant lui-même, c'est irrésistible.
On devine alors bien cette personnalité à la fois joviale et sérieuse, ferme sur ses convictions mais toujours prête aussi à expliquer, démontrer et raconter.
J'avoue que mon anglais est trop peu avancé pour bien saisir les textes mais on retrouve des personnalités importantes : Jean Nouvel, Odile Decq ou Monsieur Migayrou (oui, Monsieur, c'est du respect).
L'ouvrage permet d'entrer dans les dessins et pour un dessinateur comme moi, cela soulève beaucoup de questions. Il va de soi que nous connaissons bien la capacité du dessinateur à projeter dans un espace à deux dimensions la réalité d'un déploiement en perspective. Nous faire circuler dedans en quelque sorte. On sent bien que Claude Parent construit souvent en amont cette projection, qu'elle existe souvent avant le dessin dans ce que nous oublions d'appeler maintenant un imaginaire. Mais je crois aussi que dans les derniers dessins, plus tardifs, on sent aussi que la main libre reprend le dessus, qu'elle court à la vitesse de la pensée, qu'en fait le dessin ne sert plus seulement à représenter (présenter à nouveau) mais bien à formuler des tentatives. L'architecte connaissant parfaitement son monde et son espace, il peut davantage s'y perdre. Attention ! Rien là dedans d'une expressivité relâchée ou impulsive ! Non ! Bien plus une promenade libre sur les pentes d'un paysage déjà bien parcouru. Mais je crois aussi que la maîtrise parfaite de ses outils de dessins (que je suis jaloux de son fouettage du crayon !) est à l'exacte de sa maîtrise constructive. On oublie souvent cela chez lui dans les analyses de son œuvre, sa très grande connaissance de ses matériaux de construction, le béton bien sûr, et de sa mise en œuvre. Quand il défendait une architecture, il évoquait souvent cela, la mise en œuvre constructive. Je me souviens de son explication des porte-à-faux de Banlay ou de l'opposition entre Prouvé et Lods sur le métal. Je crois donc aussi que ces dessins, pourtant chantés comme des représentations utopistes, dans leur grande maîtrise de l'espace du papier et de l'espace mental, permettent aussi à celui qui les écoute de comprendre que Monsieur Parent était bien un architecte visionnaire mais aussi un incroyable constructeur.
Revoyez-le sur le chantier de Ris-Orangis, dans le film de Rohmer expliquer les qualités d'une poutre porteuse en béton. Regardez comment ses mains, dans l'espace de la conversation, expliquent les forces.
Ce livre permet même à ceux qui connaissent déjà bien son travail de découvrir encore quelques superbes pépites. La double page mettant les centres commerciaux de Sens et de Ris-Orangis face à face m'a particulièrement ému, évidemment.

Je me dois de terminer cet article en remerciant à mon tour Chloé Parent et Laszo Parent pour cet envoi.
Je me dois de leur dire aussi que d'avoir pensé à moi dans les remerciements de l'ouvrage me touche profondément.

Ce qui compte, au fond, quand on a aimé une personnalité et son œuvre, c'est bien entendu les souvenirs que l'on en garde mais aussi l'énergie que l'on met à la maintenir dans le présent.
Pas de doute que ce livre fait partie maintenant des jalons permettant d'éveiller les rêves de Monsieur Parent.
Je pense alors que, quelque part, en France ou aux U.S.A, dans une librairie, quelqu'un tombera par hasard sur cet ouvrage, en feuillettera les pages et d'un coup, par les forces du dessin rencontrera comme nous vraiment Claude Parent.
Louis, je t'apporte le livre à la rentrée.

Claude Parent, Visionary Architect 
ouvrage collectif
Rizzoli New-York, éditions
isbn-978-0-8478-6215-3
achetez votre livre chez un libraire indépendant.

Pour lire ou relire tous les articles consacrés à Claude Parent sur ce blog, allez ici :
https://archipostalecarte.blogspot.com/search/label/Claude%20Parent

Et vous pouvez particulièrement suivre les avancées du dossier de Ris-Orangis ici :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/07/ris-orangis-dossier-largement-ouvert.html


Les images que je vous donne ne rendent pas la qualité d'impression de l'ouvrage, elles sont là pour vous mettre en appétit :


















































































































jeudi 11 juillet 2019

Taillibert, de-ci de-là

Sur ce blog, nous aimons Roger Taillibert.
Il est l'un des très grands architectes de ce que nous pourrions appeler rapidement le Brutalisme à la Française (French Brutalism pour faire genre) c'est-à-dire un brutalisme de conséquences et non d'images.
Je veux dire que, d'abord, avant d'être ceci ou cela, Roger Taillibert est un architecte qui pense en architecture puis cette pensée prend une forme radicale, poétique et souvent aussi spectaculaire laissant la place à un imaginaire parfois un rien fantastique.
Courbes ambitieuses, projections dans l'espace sont souvent contrecarrées par des volumes francs, raides, ardus et brutaux. C'est là que Taillibert est le plus poétique, dans ce mélange audacieux du structurel innovant et de la forme absolue.
Le dessin est toujours impeccable.

Sur une carte postale Cely par Michel Pendaries, on voit cela :


On y voit assez mal la préfecture de Montauban. On voit aussi que l'éditeur a choisi un papier imitant la toile ce qui ne facilite par la lecture de l'architecture. Pourtant on y reconnait immédiatement une belle écriture, la réalité d'une œuvre, du moins une attention architecturale si marquée par cette époque : épaisseur des volumes, franchise et netteté des lignes, obliques en contraste avec des courbes et des jardinières épaisses. Tout cela dans ces fameuses tonalités marron glacé et ocre jaune si typique et sans doute... clin d'œil régionaliste...
L'éditeur ne nous dit rien de l'architecte, il suffira de peu de recherches pour trouver son nom, celui de Roger Taillibert sur ce site :
http://www.ledepartement.fr/fileadmin/mediatheque/cg82/documents/download/Dossier_de_presse_expo.pdf
Dans ce document, on remarque que la Préfecture devient un Hôtel du Département, que le bâtiment est daté de 1978 et que l'on retrouve Bénédicte Chaljub qui écrit une belle introduction.
Remercions aussi le CAUE du Tarn-et-Garonne de nous offrir un petit texte intéressant et une série d'images révélatrices :
http://www.caue-observatoire.fr/ouvrage/hotel-departement-de-tarn-garonne/

Bien entendu, si on devait classer les architectures par leur nombre d'usagers, celle qui remporterait la palme pour Roger Taillibert serait celle-ci :


La photographie aérienne et de J. Lang qui doit bien s'amuser d'avoir presque le même nom que notre ancien et toujours actif Ministre de la Culture.
J. Lang est donc monté dans l'avion et a cadré le Parc des Princes pour l'éditeur Yvon. Quel beau dessin que ce monstre tendu. Et comment il contraste avec vigueur avec le Paris tout blanc. Et si vous êtes Corbuséen, vous pourrez même vous amuser à trouver sur cette image l'une des architectures de Le Corbusier. Je vous laisse chercher ? Allez... c'est facile... Petit indice : aviateurs morts.

Mais si ne devais garder qu'une seule carte postale de l'œuvre de Roger Taillibert (je ne sais pas pourquoi je devrais penser à ça) je garderais celle-ci :


Comment ne pas tomber immédiatement amoureux de cette image et donc de cette photographie ?
On la doit à l'éditeur Lyna dont je n'arrêterai pas de chanter le talent et l'importance du travail.
Si quelqu'un de chez Lyna est présent qu'il me contacte tout de suite.
Ce cliché n'est pourtant pas signé cette fois, dommage. Monsieur Pinet ?
Quel cadre !
Les horizontales viennent superposer les fonctions de la ville et bien entendu le Parc des Princes semble être posé sur le vide des circulations urbaines. La Renault 8 jaune répond à la pancarte indiquant Molitor et Auteuil, le point rouge de la Mini répond au panneau de limitation de vitesse, et tout le champ coloré, très doux, de blanc et de gris donne à cette image d'architecture et aussi d'urbanisme une géniale compréhension de ces chevauchements, de ce millefeuille urbain.
On retrouve sur la première carte postale le lieu même où le photographe était posté. Vous entendez avec moi le bruit de la circulation ? Êtes-vous comme moi avec le photographe, penché par-dessus le parapet et cadrant la vitesse des automobiles ?
Oui... Bien entendu.
Un chef-dœuvre éditorial, une carte postale magnifique qui vient bien contredire toutes ces pensées négatives posées sur cet Art.
Merci Lyna.
Merci Monsieur Taillibert.




lundi 8 juillet 2019

Bijou ethnico brutaliste

Lucie Gautier-Martins est l'une de mes élèves. Elle dessine très bien, grave aussi très bien et a obtenu cette année son DNA Arts Plastiques.
Louis Lepère est l'un de mes élèves. Il sculpte bien, photographie bien, et fait aussi de beaux voyages. Lui, vous le connaissez déjà un peu si vous êtes l'un de mes lecteurs assidus.
Voyez ici :
http://archipostalecarte.blogspot.com/2018/03/19-piges-banlay.html
Il a aussi obtenu son DNA Art cette année.

Lucie pratique un art particulier, celui de sertir des pierres dans des macramés très fins qu'elle ne réalise que sur mesure et dont elle choisit la pierre suivant ce qu'elle aime comprendre de la personnalité de ses commanditaires. Elle fait cela avec beaucoup de tact, une vraie écoute, en ne tombant jamais dans une version new age désagréable.
Et c'est beau et c'est sensible, surtout quand vous avez la chance d'entendre aussi ce qu'elle raconte de ses choix.
Chaque collier, bracelet qu'elle réalise est donc à la fois un bijou mais aussi un objet témoignant de sa relation avec la personne.
Je lui ai donc demandé si, pour elle, un morceau de béton pourrait convenir à son travail. Elle fut enchantée de cette demande. Il me fallait donc bien choisir ce morceau. J'ai choisi l'un de ceux donnés par Louis, morceau qui provient de l'un des bunkers du Mur de L'Atlantique que Louis a suivi scrupuleusement.
Manière pour moi d'évoquer Monsieur Virilio et Monsieur Parent.
Je tiens beaucoup à ce morceau car, vous le savez aussi, je garde précieusement des morceaux de béton ramassés au pied de mes architectures fétiches. J'ai hésité longuement entre un morceau provenant du Ivry de Jean Renaudie, un morceau provenant de Notre-Dame de Royan et ce dernier. Puis, finalement la charge subversive, un rien sulfureuse de porter sur soi un morceau de l'histoire brutale du béton m'est apparue comme essentielle. Et puis, c'était Louis.
Dans le petit bloc, nous avons donc prélevé un morceau que Lucie a d'abord arrondi pour pouvoir le sertir des fils, puis elle a tressé, tressé jusqu'à ce résultat.
Je vous laisse apprécier.
Je le porte donc maintenant avec fierté ce morceau de bunker et je me dis que j'y ajouterais bien un pendentif provenant de Royan...

Bien entendu, ce mélange entre béton et fil, entre rayonnements amicaux et historiques, tout cela confère à ce bracelet une force tectonique et spirituelle qui va au-delà des matériaux mis en œuvre.
Sur mon bras, bien tenu, j'emporte avec moi ce reliquaire.










































































Modernité adoucie, Reconstruction acceptée

Bonjour,
nous décidons de publier une lettre de Jean-Michel Lestrade envoyée à Jean-Louis Pensée, architecte.
Il y est question de la Reconstruction de Vitry-le-François et surtout de la nouvelle halle du marché.
En vert ce qui est difficile à lire.
Les deux autres personnes nommées Robert et André doivent certainement être Robert Clauzier qui a travaillé avec Jean-Louis Pensée sur cette halle et Robert Contenay, architecte de la Reconstruction de Vitry-le-François.
Copie carbone, dossier VlF (Vitry) tamponnée Ag. Lestrade. La carte postale était glissée dans le dossier. Pas expédiée, elle fut certainement achetée sur place comme à l'habitude de Jean-Michel Lestrade.
W. Riplet, J. J. Lestrade.


Royan, 22 septembre 1951

Cher confrère,

j'ai bien reçu ton télégramme hier. Je te réponds par le courrier car les plans et les calculs ne passeront pas par le même retour.
Tu me demandes si ton angle n'est pas trop ouvert et surtout si l'écartement des 24 pylônes sera assez sérieux pour tenir la charge.
J'ai déjà répondu à Robert, j'ai déjà envoyé mes calculs.
Il ne dépend pas de moi de défendre une reprise de charge modifiant alors à la fois ta forme et ton dessin mais aussi ton désir d'être dans le gabarit d'origine.
Moi, je calcule ce que l'on me donne à calculer. J'y ai mis cinq jours surtout pour ton idée de croisement de poutres très élégant certes mais certainement un rien compliqué à mettre en œuvre au niveau des coffrages. La charge est faite et tu assureras facilement la répartition des poussées avec cet angle très naturel en fait.
J'ai calculé au plus faible l'épaisseur de tes pylônes, même si je trouve que parfois, l'économie du béton et ce désir de faire fin n'est pas justifié. L'élégance n'est pas seulement dans la finesse*. Et l'épaisseur racontera bien physiquement j'entends, la charge et la beauté de cette charpente que Robert a superbement mise en œuvre. (depuis la reprise de son dessin, Plan 12/VlF/ 49)

Si tu n'es pas sûr de toi, je ne peux pas être celui qui te rassure. Je suis juste celui qui calcule.
Mais je te connais. Alors n'aie pas peur ça tiendra.
Tu sais comme j'aime bien ce genre de machin expressif, alors pourquoi vous avez pris le parti de le montrer par le dessous (visibilité de l'ancienne charpente) et de foutre ce toit avec des fausses fenêtres ?

Tu me répondras comme d'habitude : Modernité adoucie, Reconstruction acceptée.

Je te salue et je salue aussi Robert et André.
Fais comme lui, passe nous voir quand je sera rentré de Royan.
Jocelyne veut tester son nouveau civet...

Jean-Michel Lestrade

Ps : les plans 14/VlF/ 48 et le 51 sont encore ici. 
*Tu devrais être autour des 700 tonnes de béton, dis-donc...




édition Combier, Fonds Agence Lestrade.
L'éditeur ajoute : Ville Martyre totalement détruite par les bombardements Allemands en 1940.
Les Halles 






dimanche 7 juillet 2019

Rationalisme italien je t'aime bien.

Une collection de cartes postales d'architecture n'est pas seulement constituée de cartes postales d'architectures.
Parce que la boîte à chaussures, au petit matin brumeux d'un vide-grenier vous fait tomber sur des cartes étonnantes et pas chères, vous revenez souvent avec dans votre poche autre chose qu'une construction du Vingtième Siècle.
Et puis, au détour d'un classement, parfois des années après, vous comprenez que deux cartes fort éloignées par leur sujet, finalement parlent de la même chose.
La même chose ici c'est le fascisme italien en 1935 pour être précis.





































Un petit garçon nu, seulement habillé de chaussures vernies et d'un curieux chapeau est debout devant une carte de l'Afrique et urine sur le mot Le Sanzioni. Sur la carte est bien noté Addis Abeba avec un faisceau de licteur stylisé.
Sanzioni, bien entendu c'est les sanctions que subira l'état italien de Mussolini après avoir colonisé l'Éthiopie.
Le message est clair non ? Et l'humour si juvénile...
La carte postale est une photographie de Cauti pour lequel je ne trouve aucune information.
Dans ma collection, 1935 et Italie ça donne ça aussi :


Nous sommes devant le Pavillon italien de l'Exposition de Bruxelles de 1935. Il s'agit de la carte officielle éditée par PIM. Je ne sais pas en quoi l'appellation Officielle signifie quelque chose de précis quant à la représentation de cette construction. Est-ce que les architectes choisissaient leur point de vue ? Est-ce que cette photographie était validée par eux ?
Sans doute.
Mais si, je l'avoue bien volontiers, je trouve cette image et cette architecture absolument superbes et j'ai toujours aimé le rationalisme italien quand bien même son idéologie me répugne, il est tout de suite refroidissant de savoir que cette seconde carte postale est tout à fait contemporaine de la première. La façade de ce pavillon étant d'ailleurs constituée de faisceaux de licteurs stylisés...
Il est très facile de trouver le nom des architectes de cette merveille rationaliste (terme qui permet d'éviter de dire fasciste en société) : Libera et De Rengi.
Pour en savoir plus :
https://www.worldfairs.info/expopavillondetails.php?expo_id=29&pavillon_id=2197

Je ne vais pas vous laisser ainsi perplexe sur ce que j'écris et raconte. Pour moi, l'Italie d'aujourd'hui c'est celle-ci. Celle que je découvre grâce à Monsieur Thomas Rayon, celle que je chante sur Radio On en duo avec lui, celle des ragazzi éternels qui connaissent, défendent et aiment aussi leur territoire :





lundi 1 juillet 2019

On nous écoute

Ce matin, France Culture a la bonne idée de nous proposer une belle émission sur le centre de communications spatiales de Pleumeur-Bodou.
L'émission est superbe, donne toutes les informations nécessaires et nous permet de bien ressentir le choc que cette construction ultra-moderne a produit dans une paysage de Bretagne presque trop archétypal.
D'ailleurs c'est bien ce que les éditeurs et photographes de cartes postales ont voulu rendre mettant souvent dans le cadre de leurs cartes postales à la fois la boule du Radome et un élément signifiant la Bretagne bretonnante comme on dit.
Le contraste produira le pittoresque de cette modernité dont il était alors naturel de s'emparer encore dans cette période. Des dizaines de cartes postales furent produites de cet objet comme bien d'autres objets techniques de l'époque : barrages, antennes de télévision etc...
L'époque aimait son avenir et surtout son présent. On entend bien cela dans l'émission de ce matin.

Je vous propose donc une sélection de cartes postales de ma collection de ce centre de communication de Pleumeur-Bodou que vous pourrez regarder en écoutant l'émission de radio. Vous aurez alors le son et l'image, une télé-vision en quelque sorte.
Pour écouter l'émission allez ici :

https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/revolutions-des-sixties-15-un-ballon-dans-la-lande-laventure-spatiale-de-pleumeur-bodou

On commence ?
D'abord deux cartes postales éditées lors du Premier Jour (émission du timbre) de la première liaison de télévision par satellite. La date c'est le 29 juillet 1962.
La première est une édition Jos (grand éditeur) qui propose timbre et carte postale à l'unisson ! Est-ce possible pourtant que la photographie, si on en croit certains détails, aurait été réalisée pendant le chantier ?

La suivante est des éditions Jack par jean Stoll.


Toujours en noir et blanc, une édition du Centre National d'Études des Télécommunications et son tampon, donc achetée certainement sur place. Le Radome est collé directement contre une petite maison bretonne pour faire jouer le contraste entre modernité et tradition. Le chien nous regarde...



Est-ce la même maison que les éditions du C.O.S du C.N.E.T a choisi aussi de cadrer ? Sans doute !
L'apparition au loin de cette boule blanche au milieu des fougères, c'est vrai que c'est inquiétant et beau.



Continuons de tourner autour de cette maison ! On la retrouve sur cette édition Combier expédiée en 1962 avec le beau timbre de Cocteau.



Presque abstraite, cette très belle carte postale me fut envoyée par Claude Lothier lui-même, oui. C'est aussi une édition Jos.


Offerte par le même Claude, cette carte postale nous permet de nous rapprocher et de voir l'entrée du Radome. Est-ce dans ce préfabriqué mono-pente que les visiteurs pouvaient acheter leurs cartes postales ? Et qui est l'éditeur de ce chalet préfabriqué venant s'amuser de l'architecture technique du Radome ? C'est toujours Jack qui édite cette carte postale expédiée en 1965 :


Pour faire une station spatiale à la James Bond, les Belles éditions de Bretagne nous proposent une photographie de Y.R. Caoudal nous montrons des machins et des bidules techniques superbes ! Difficile de savoir ce que nous regardons si on n'est pas un technicien averti mais vous avouerez que cela ressemble à une base spatiale !


D'encore plus près, l'étrange Command Tracker pointe ses fusils Laser vers le ciel breton ! Quelle image emplie d'un imaginaire superbe ! Et pourtant nous ne sommes pas chez les Thunderbirds !



Prenons l'air. Une belle vue aérienne et on comprend mieux le choc du paysage et du Radome ! L'éditeur est le C.N.E.T/ E.V. On peut même replacer la petite maison vue plus haut.


On descend un peu et la boule du Radome émerge comme un champignon superbe et vierge, même éditeur que précédemment :



Combier éditera cette carte postale pour l'émission du Premier Jour du centenaire de l'UIT avec Pleumer-Bodou gravé à droite. On appelle cela un entier postal. C'est beau non ?




































Vous aimez les déserts martiens rouges et pleins d'espoir ? Allez en Bretagne à Pleumer-Bodou !
cette carte postale des éditions Yvon est un cliché du célèbre Alain Perceval, spécialiste des vues aériennes qui, ici, confie son cliché à Yvon pour être imprimé par la fameuse maison Draeger. Un must du trio des cartes postales ! La carte fut expédiée en 1971.





































Pour finir, sans doute un chef-d'œuvre de la carte postale et de l'objet scientifique mais aussi de l'architecture en plastique. Tout cela est réuni dans ce cliché absolument merveilleux, doré, étrange, presque intimidant !
Quelle image ! Quel lieu !
Il s'agit d'une carte postale de la collection C.O.S du C.N.E.T. Merci à eux pour ce chef-d'œuvre éditorial !