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mardi 14 avril 2026

venir ici pour chatouiller vos yeux

 Être sa propre source, ça fonctionne comme ça : acheter de manière un rien frénétique des cartes postales sur les vide-greniers, en faire des tas un peu partout, un peu abandonnés puis, quelques mois après (voire quelques années) replonger dans ces tas pour y redécouvrir quelque chose, un espace, une architecture, une image qui me touche à nouveau.
C'est bien comme cela que je fonctionne, sans grande direction, sans plan pré-établi, sans réalité concrète de ce que le management d'une collection bien gérée voudrait dire.
Mais ce qui est toujours maintenu c'est bien mon premier émerveillement comme si je renouvelais de fait toujours ma joie à regarder une image d'architecture.
Parfois, comme c'est le cas ici, cette architecture reste anonyme, donne peu d'informations et reste comme un one shot de plaisir sensuel à l'image. Je cherche, je ne trouve pas. Parfois l'échec conduit alors à remettre à plus tard la publication d'une telle carte postale et elle retourne dans l'anonymat de son tas, ou bien, malgré tout, elle me donne l'envie de venir ici pour chatouiller vos yeux à votre tour.

N'est-il pas beau cet espace ? N'en aimez-vous pas tout comme moi sa lumière, la légère courbe, les pentes douces de son sol mais surtout le très beau travail du béton ? Non mais regardez cette structure si bien dessinée et les piliers qui la portent ! Fantastique dessin !
Je me souviens que mon cerveau au moment de la découverte de ce lieu y avait collé dessus le très beau travail de Willerval pour la Caserne Massena, comme ça, d'un coup, comme un éclair ! Puis...j'avais compris bien entendu que j'étais ailleurs, ici donc dans la Crypte de Sameiro au Portugal à Braga. J'étais certain devant un tel dessin que je n'aurais pas trop de mal à trouver son ou ses architectes. Mais non...je reste sans information. Pourtant que c'est beau cet espace ! Il mériterait de retrouver ses créateurs.
Se pose ainsi à moi cette question : d'où vient cette émotion et de comment elle fut construite, faite de toutes les choses que j'ai vues, lues, aimées et surtout apprises ? Cette culture des espaces et de leur représentation couve en moi comme un petit programme informatique me faisant immédiatement la surprise d'une réaction quasi-automatique, presque par dessus ma raison. On appelle cela l'imaginaire ?
Mais voilà comment faire pour ranger cette carte postale ? Vers quel architecte ? En attendant de trouver le moyen d'une identification, je vais devoir la ranger dans le classeur d'Art Sacré où elle restera anonyme. Mais qu'importe ! Je glisserai bien encore de temps en temps mes yeux sur cet espace.




Autre chose retrouvée :



Pas très loin de la première, cette carte postale de Thonon-lès-Bains, elle, nous propose presque une icône et un architecte que nous connaissons vraiment très bien sur ce blog, le prolixe Maurice Novarina !
Je pourrais presque faire un classeur rien que pour lui ! Mais ce n'est pas un reproche et cela n'entame en rien la joie toujours renouvelée de le croiser. Ici donc un bâtiment très marqué par une écriture très moderne un peu loin du goût de Novarina pour des citations plus régionalistes notamment dans ses églises. J'ai même cru longtemps que la façade de cette Maison de la Culture était de Prouvé. Mais non...Comme quoi les projections que je fabrique ne sont pas toujours justes mais disent tout de même bien mes rapports avec mon imaginaire et cette culture des formes.
L'image est forte en tout cas et la radicalité de la Modernité de cette façade est clairement l'objet de l'architecture de cette Maison de la Culture. Pureté presque glacée. J'adore.
Le photographe de chez Combier a cherché le contraste avec cette fontaine en fonte si éclectique, si dix-neuvième siècle. Au dos de cette carte un très touchant témoignage qui complète mon goût pour cette carte postale.


Si on aime une forme de radicalité sans tomber dans la pseudo et fausse néo-objectivité des fabricants d'Atlas de la France du vide, on aimera mieux cette édition de Jansol expédiée en 1967. On admirera le découpage des feuilles du premier plan venant ralentir en quelque sorte la radicalité moderne de la Maison de la Culture de Thonon devenue le Théâtre Maurice Novarina. C'est beau, c'est plastique, ça ne refuse pas les codes du genre et donc ça ne tombe pas dans l'académisme contemporain photographique...Ouf... Vive l'Art Populaire qui est bien mieux que la condescendance contemporaine.

Pour revoir la Caserne Massena :
Pour revoir Novarina :
etc....
Et pour connaitre un peu mieux la Maison de la Culture de Thonon :

jeudi 26 février 2026

Mr Chaslin et un morceau d'amitié

 Je range un peu désabusé un petit tas de cartes postales qui traine sur un meuble en métal acheté chez Ikea et que j'aime beaucoup.
Passent dans mes doigts une énième carte postale de la Grande Motte ou une carte postale des rues du Mans. Ces dernières me servent à faire un atelier de rentrée avec nos étudiants du Mans chaque année. Mais rien ne m'inspire vraiment, rien ne me fait dire qu'il faut que je vous en parle, rien n'affirme ouvertement le travail que je fais ici depuis bientôt vingt ans. Ce sera en 2027...
Depuis tout ce temps passé à faire la vulgarisation d'une certaine architecture mal aimée et d'un médium mal compris (la carte postale moderne) j'ai eu la chance de rencontrer beaucoup d'acteurs importants de cette histoire et de ma relation à celle-ci. Mais voilà...Le temps passe cruellement. Il laisse plus de souvenirs maintenant que de vivifications renouvelées et cela cause parfois chez moi un sentiment désabusé presque dépressif devant ce monde qui disparait tout comme disparaissent les créateurs de ces architectures en question. Disparue Renée Gailhoustet, disparu mon fidèle Dominique Amouroux, disparu Claude Parent, disparu Paul Virilio, disparu mon cher Didier Mouchel, disparu Monsieur François Chaslin...Et tant d'autres architectes, photographes, critiques que j'ai aimés et qui m'ont fait avancer dans mon travail.

Et, dans ce moment, ma main glisse sur un papier plus léger, une image un peu moche, un peu pauvre.
Je la reconnais immédiatement : une carte postale envoyée par François Chaslin !
Que fait-elle là ?





Comment résister à vous la montrer et à vous la faire lire !
Ce qui m'étonne c'est que je ne me souviens pas de comment il a eu mon adresse. Sans doute l'a-t-il obtenue lors du combat pour Sens et son centre commercial dessiné par Claude Parent dont il m'avait fait l'honneur de parler sur Métropolitains. Quelle joie ce fut de l'entendre évoquer ce cas et cela sans me prévenir comme pour éprouver ma fidélité à son écoute, écoute qui était chez moi cérémonialisée et nous étions nombreux dans ce cas à tout suspendre pour l'écouter. N'est-ce pas ? Mais où est la nouvelle émission sur l'Architecture et l'Urbanisme sur France Culture aujourd'hui ? Pourquoi cette station n'a pas repris ce flambeau ?

On note l'humour sous-jacent de son envoi, j'y vois presque une petite moquerie de mon obsession à défendre le Hard French et la brutalité des blocs. Il savait être joueur Monsieur Chaslin. Mais rien ne peut me toucher plus que de penser qu'à un moment donné, dans sa tête, face à cette image trouvée, il ait eu une pensée pour moi et une pensée amusée et complice. Il a fait là un ready-made postal.
On note le...vieux brutalisme...
Voulait-il que je vois dans mon Brutalisme un certain goût de l'ordre ? Un goût des choses bien rangées ? Une certaine idée du bloc ? Une admiration sans faille  du Plan Voisin ? 
Sans doute. Et j'aime cette joyeuse raillerie.
Et comme je suis dans une école des Beaux-Arts où Le Corbusier aujourd'hui associe d'emblée les étudiants qui s'y reportent à des petits fascistes qui s'ignorent sans que la relativité de l'Histoire ne soit possible, comme je suis obligé d'être celui (un peu seul) à défendre non seulement l'architecte que nous avons tant aimé mais aussi le fait qu'un étudiant doive surtout se faire son idée (et en allant voir) je pense aussi à ce qu'il aurait voulu dire, lui, à cette jeunesse un peu perdue sous des autorités datant d'avant hier ayant mal lu, mal vu, mal compris. Sans peur donc, sans préjugé, en tout état de connaissance, une position éclairée mais surtout...complexe. C'est la leçon que j'ai retenue de Monsieur Chaslin.
Je tente bien modestement, Monsieur Chaslin de maintenir cette idée au moins chez moi, ce qui n'est pas le plus simple.
Excusez-moi si je n'y arrive pas aussi bien que vous et parfois mes Chroniques Corbuséennes sur Radio On, filles de votre émission, ne laissent pas beaucoup de place à la...délicatesse.

Me voilà donc avec cette carte postale à ranger quelque part. Mais où ? Dans quel classeur ? Celui sur le Hard French ? Celui des "belles images" où dort déjà la carte postale que m'avait envoyée Valère Novarina (lui aussi disparu il y a peu) ? Je ne sais pas. Dans l'un des classeurs de Le Corbusier ? Ou dans la proximité des cartes de Monsieur Parent ? Où voudrais-tu dormir carte postale ?

Je décide : ce sera dans le classeur de Corbu, à coté du Plan Voisin. Ce sera parfait pour vous y perdre et vous y retrouver, comme on dit, en bonne compagnie.
Ah...J'oubliais...merci pour ça et merci pour tout Monsieur Chaslin.


Il y a quatorze ans :
et :


jeudi 1 mai 2025

le goût des églises rudes

L'effet de masse de mes classeurs où sont rangées les églises modernes et contemporaines me permet d'avoir une appétence  pour une certaine école, une certaine typologie de l'Art Sacré du Vingtième Siècle.
On sait que ces églises dans cette période ont eu le droit à toutes les formes et toutes les écoles possibles : du béton rationaliste d'un Auguste Perret, de la fantaisie lyrique d'un Le Corbusier, ou du génie constructif d'un Gillet, la multitude des formes et des écritures est à son comble. Mais il y a donc aussi une école d'une écriture plus modeste, plus paysanne, plus historiciste voulant concilier la Modernité à une tradition, une volonté de modestie un peu revancharde qui, à force de vouloir jouer la carte de l'effacement, hurle un peu trop ce désir de tradition pour ne pas dire de réaction
Il n'y a peut-être pas pire que cette modestie face à l'Histoire, modestie qui voudrait surjouer sa disparition, une architecture d'églises un peu taiseuses, églises un peu rudes, revêches se refusant un peu ostensiblement aux gesticulations modernistes ( et à Vatican 2 ?) ce que par ailleurs, à la vue de certaines expériences, on peut comprendre. Faire la messe dans un bunker est certes l'une des plus belles et subversives idées mais n'est pas forcément une expérience qui est nécessaire à tous et toutes.
Suivez mon regard à l'oblique...

Alors je tente un rapprochement qui je l'espère sera bien compris non comme une vérité mais bien plus comme une certaine sensibilité à cette écriture. Maurice Novarina est sans aucun doute le chef de file de ce genre. Et quelle chance de le revoir, puisque je dois justement ranger ces deux cartes postales de l'église Notre-Dame-des-Alpes à le Fayet.



Cette très belle carte postale des éditions Yvon est imprimée en héliogravure certainement pour l'économie de son édition, la carte postale servant à envoyer un don à l'Abbé Domenget. On note que la carte nous donne quelques précisions architecturales qui semblent importantes à donner aux visiteurs : perron entouré de jardinière, immense toit d'une seule tenue descendant très bas et recouvert de tuiles vieillies, claustra de 10m2 d'ouvertures, clocher en forme de cheminée de chalet savoyard. Oui !

On devine facilement que tous ces détails tentent bien de montrer que l'église hésite entre sa modernité et des signes de la tradition, on dirait aujourd'hui son intégration ou mieux sa...contextualisation...Par contre, le nom de Maurice Novarina comme architecte est absent...L'ensemble est massif, volontairement très ancré dans le sol, la pierre apportant à l'oeil ce sentiment de solidité, de construction faite pour durer, une permanence qui devra traverser le temps des Hommes. On pourrait presque la croire fortifiée, le rapport entre les surfaces et les ouvertures ne laisse que peu de place à un accueil généreux même si les deux cylindres de l'entrée font croire à un geste d'ouverture. 


Cette autre carte postale nous montre que l'église joue avec son terrain en pente. Là encore, tout respire la massivité et la couleur ne permet pas de relativiser ce sentiment, au contraire même. C'est quand même un rien raide. Aujourd'hui, une visite sur Google Maps nous fait comprendre que l'église est littéralement encaissée, enchâssée dans un creux très peu amène à nous laisser rêver à un quelque élan que ce soit. Au contraire, l'église est comme tapie dans son trou. C'est assez triste...ou, au contraire, à l'image de ce désir d'indifférence au Monde. Cette carte postale C.A.P nomme bien l'architecte Novarina mais pas son photographe. La carte fut expédiée en 1964 avec le beau timbre de Jean Cocteau. 



Vous ne lui trouvez pas un petit air de famille ? Cette fois, nous sommes en Bretagne à Vannes-Trussac dans le Morbihan devant l'église Notre-Dame de Lourdes par l'architecte Meyer qui est bien nommé sur cette belle carte postale coloriée Artaud. On retrouve ce sentiment de rigueur, d'âpreté que la pierre massivement utilisée renforce. J'adore ça ! Ça se refuse un peu, ça ne veut pas tout donner de suite ! Car les images de l'intérieur sont assez spectaculaires surtout pour ce qui est du traitement superbe de sa charpente. Rien ne doit être plus étonnant que le contraste entre le dehors et le dedans au moment du passage du porche. On a l'impression que le toit sous son poids a enfoncé les murs dans le sol. Toute la place est donnée au toit et au jeu des tuiles. Est-ce que la Bretagne et la Montagne se retrouveraient sur le terrain d'une certaine rigueur de la Foi ? Est-ce que Meyer connaissait les églises de son camarade Novarina ? Sans aucun doute...



Cette autre carte postale, Combier cette fois, nous permet de mieux apprécier les proportions de l'église et donc la place gigantesque accordée au toit devenu l'épiderme essentiel de la construction. Notez à nouveau le beau jeu des tuiles agissant comme des pixels éparpillés. Les huisseries des portes en bois massif et appliques de métal forgé ne laissent aucun doute sur le désir d'historicité du lieu. Il faut sans aucun doute que l'église Notre-Dame de Lourdes donne immédiatement à l'oeil son sentiment de solidité. J'aime beaucoup ce dessin très épuré, très radical, un peu générique et sans fioritures dont le seul agrément est la lumière qui fait friser les ombres des pierres qui s'opposent au lisse des tuiles faisant image. On sent sous la main le grain des blocs de pierre. C'est une déclaration claire et un peu appuyée d'un désir d'appartenir à une histoire du granit.



Beaucoup plus modeste, voici donc La Chapelle de la Toussuire en Savoie. l'architecte est nommé sur cette carte postale Combier, il s'agit de Mr Toulouse, architecte à St-Jean-de-Maurienne. 
Quel objet modeste ! Quelle plaisir de voir sur un si petit projet cette envie tout de même de faire signe, de porter à la fois un élan et un abri, presque une cabane, un refuge. Le pignon et le petit campanile en pierres brutes font tout le travail de sa radicalité, on devine à l'arrière un travail de parpaings ou de béton. Cette Chapelle est donc un lieu et un signe. D'ailleurs, maintenant, elle s'appelle Notre-Dame du...ski !
Vous trouverez ici des images de son intérieur et les amateurs de design devraient en aimer les chaises...
Il s'agit donc bien d'un lieu d'accueil dont la modestie de son architecture correspond parfaitement au désir d'abord d'une altérité, d'un lieu simple mais chaleureux de repos et de recueillement. En ce sens, son architecture remplit son rôle et c'est très bien comme ça.

Pour revoir Novarina si joyeusement présent sur ce blog :
...et sur le premier volume :

Pour les églises modernes allez-là, 166 articles vous attendent...
...ou encore là...où 110 autres articles vous attendent également :


samedi 20 mai 2023

Les seconds couteaux de l'architecture sont-ils bien affûtés ?

Ce matin, une fois encore, foire à tout à Elbeuf.
C'est chez moi, je m'y reconnais, je reconnais les gens, les espaces, l'ambiance.
Par deux fois, j'ai failli acheter la base spatiale  Playmobil parce qu'elle me rappelle ma Bulle six coques, mais je me suis retenu.
Peu de choses pour vous mais trois cartes postales qui permettent au moins de se poser la question de comment l'histoire de l'architecture personnelle que l'on se fabrique est oublieuse parfois de noms célèbres ou de second couteaux qui n'ont pas démérité et qui, depuis une carte postale, réussissent au petit matin à vous mettre en appétit.
Si, par exemple, je vous parle de Harald Deilmann ? Je pense que vous êtes peu nombreux derrière votre écran à me dire que vous le connaissez !
Pourtant, cet architecte allemand a une oeuvre très riche et complète mais sa renommée n'a pas beaucoup passé la frontière.
Alors voilà :


J'aime tellement l'ambiance de cette carte postale des éditions Cramers. On ne sait pas si nous sommes à l'aube ou au crépuscule, si la Grosse Mercedes vient apporter ou reconduire des notables fatigués, on ne sait pas si on aime ou déteste cette architecture bien trop clinquante, brillante, tarabiscotée et servie par une mise en scène de jeux de lumière et de jets d'eau.  J'ai choisi pourtant de ramasser cette carte qui nous montre le Casino de Hohensyburg, casino dessiné par le fameux Harald Reilmann.
Les voilà les dégâts du Post-Modernisme flamboyant comme un coffret-cadeau pour bouteille de champagne millésimé. Trop de tout. Trop de fenêtres avec huisserie en aluminium, trop de dalles de granit agrafées en façade, trop de petites formes, de pinacles ne voulant pas dire grand chose. On hésite entre un musée américain pour collection de magnats du pétrole au Texas, une clinique de luxe en province ou des thermes d'une ville d'eau rhabillés en 1980. J'adore ce genre de machine, ça nous change du brutalisme. Sur ce cliché, on ne voit pas que l'architecte a utilisé une structure métallique tridimensionnelle en tubes. Sans doute que cette structure, que le dessin alors épuré de tous ces matériaux sont plus beaux que l'emballage, un peu comme l'était son écriture architecturale au début de sa carrière.
Il y a trois entrées dans l'Architecture d'Aujourd'hui pour Harald Deilmann, ce qui prouve qu'il avait bien une place dans ce moment de l'histoire.
Je vous propose quelques images de son théâtre à Munster dans une pure veine moderniste que nous aurions tendance à préférer...







Avec ce Casino allemand, traîne une patinoire bien française, celle de Morzine. J'ai craqué surtout pour l'utilisation de lamellé-collé ici très spectaculaire par la taille des arches qui couvrent la glace. On sait que l'architecture du sport est surtout constituée du défi de couvrir de grandes surfaces sans appui comme des patinoires, des terrains de basket ou de hand-ball ou, bien entendu des piscines dont on n'imagine pas un poteau tombant au milieu du bassin...



On pourrait ne pas avoir grand chose à dire de cette belle carte postale Combier à part, justement cette utilisation de cette technique. L'ensemble crée bien une belle ambiance, une belle lumière et une certaine chaleur. Le rythme régulier aussi des arches donne un sentiment spatial assez riche. L'éditeur nous fait la grâce de nous donner le nom des architectes : Marullaz et Faublée. L'agence d'architectes Marullaz existe toujours et on trouve de belles chaises bien massives dessinées par René Faublée ici :


Je remercie au passage la Galerie 44 de m'avoir permis d'identifier mon fauteuil que j'ai depuis 25 ans !
Un beau modèle 6772 par Preben Fabricius et Jorge Kastholm ! Merci donc pour l'info !
Mais ce nom résonne chez moi et je me dis que je dois avoir autre chose :



Voilà, bien rangée (pour une fois), voici donc La Chapelle d'Avoriaz à Morzine par René Faublée, architecte. C'est encore Combier éditeur qui régale. Ne trouvez-vous pas que cela ressemble beaucoup à l'écriture d'un Novarina ? J'aime bien son côté rustique-moderne comme ses chaises ! Ce Faublée me semble de plus en plus intéressant...à suivre donc.

On aura, pour 50 centimes, fait une belle promenade et trouvé des réponses. C'est bien non ?

samedi 16 juillet 2022

Le Gers et Babel en Normandie

Parfois, oui, il faut savoir lever le nez de la boîte à chaussures remplie de cartes postales pour voir de l'Architecture Contemporaine.
Mais d'abord, il faut trier ce qui est là disponible. Et on trouve encore des églises de Novarina (eh oui encore...) et des pépites bien plus inattendues :



Vous avez vu ?
Allez...
Regardez bien... Sans doute que, parmi vous, certains vont me trouver un peu baroque dans mes détails mais c'est pourtant bien ce qui me permet de repérer cette petite construction en préfabriqué que nous avions découvert, il y a bien longtemps maintenant ici :




En effet, on reconnaît parfaitement le modèle D333 de club des jeunes ! Ici pourtant, Combier l'éditeur de la carte postale nous précise seulement qu'il s'agit du camping de Plaisance-du-Gers et non d'un club des jeunes. On remarque aussi que le préfabriqué est posé sur des pilotis, sans doute que le terrain est propice à des inondations ce qui donne d'ailleurs à ce modèle D333 une allure de cabane de pêcheur assez belle !
Malheureusement, si j'en crois le peu que je puisse voir, le bâtiment a disparu.
Vous trouverez dans le post précédent, toutes les infos sur ce D333, je ne vais pas les répéter ici. C'était il y a seulement onze ans tout de même ! Vous devriez vous en rappeler ! :-)
Mais alors que j'étais satisfait de trouver cette carte postale, je levais donc le nez pour regarder là où je me trouvais. Je fus immédiatement séduit par ce bloc d'ardoises un peu gauchi, un peu rude : la médiathèque Jean d'Ormesson du Thuit-Signol (Thuit de l'Oison). 
On sent bien que le Cabinet d'Architecture Babel a fait là un travail d'intégration (matériaux et pentes des toits) un peu dans l'air du temps d'une modernité qui s'efface contre l'attendu d'une architecture locale vernaculaire mais il y a tout de même là un excellent dessin et des détails très beaux. J'avoue que ce qui me séduit c'est donc bien l'effet de masse sombre fendue dans son seuil par la chaleur du bois. C'est un bel ensemble. En allant sur le site de l'Agence Babel, je m'aperçois qu'elle travaille beaucoup en Normandie ! Il me sera donc facile de recroiser un jour leur travail.
Allez faire un tour ici en attendant :









mercredi 13 juillet 2022

Après les Trente Glorieuses, les Trente Dépressives* ?

 Aujourd'hui tournent en boucle sur les pages Facebook qui se veulent spécialisées toujours les mêmes icônes rabattues de l'Architecture du XXème, et ça jusqu'à l'écœurement. On pille sans nommer les sources, on copie-colle, on like mais on ne travaille pas beaucoup finalement. Bientôt on vomira les piscines Tournesol de les avoir trop vues, on ne pourra plus regarder la Villa Cavrois sans un haut-le-cœur ou on tournera la tête à une nouvelle vision par un artiste contemporain des Choux de Grandval (très mauvaise architecture devenue une excellente icône) ou des Tours Nuages de Aillaud. Ajoutez que les académiciens de la photographie contemporaine, croyant inventés quelque chose, continueront de partir en Safari culturel sur des terres sauvages de la banlieue pour vendre leur rendu à des galeries et centre d'art  ( le déplacement culturel est toujours un mauvais signe) et on finira par regretter d'avoir un peu ouvert la voie.
Alors ?
Et si on bougeait un peu d'époque ? Si on regardait de côté ? Une architecture ignorée de Stephane Bern, des "amateurs-chercheurs" de Patrimoine, des historiens des Trente Glorieuses pour regarder cette architecture des Trente Dépressives* (80, 90, 2000). Oh c'est un peu plus difficile parce que la fiche histoire n'est pas encore éditée et que AD Magazine ne vous dira pas que le bon plan pour un week-end c'est de faire un tour à St Quentin-en-Yvelines ou à Val de Reuil....Déjà le Hard French est vendu à Louis Vuitton, il trouve un nouveau souffle dans le BeurCore (est-ce là ce qui pouvait lui arriver  de mieux?) il ne nous reste donc plus grand chose pour échapper à la gentrification culturelle. Une forme de vérité des lieux ?
Finalement est-ce que aller voir (revoir pour l'histoire) ce n'est pas déjà enfermer les espaces et les architectures dans une réification comme un corail qui doucement pose une gangue durcie sur les vérités d'une histoire et finit par tout blanchir ?
Suis-je à mon tour coupable ?
Suis-je coupable en vous montrant ça ?



D'ailleurs, je m'excuse, ce n'est pas moi qui vous montre ça mais un photographe dont le nom figure sur cette carte postale des éditions La Décade d'Architecture : Frédéric Achdou.
Nous sommes donc à St Quentin-en-Yvelines, au Hameau de la Sourderie, par les architectes Patrice et Catherine Novarina. L'ensemble est daté de 1984.
J'adore cette carte postale. Je l'adore. (pour ceux qui croirait que je n'ai que des opinions négatives ou que je suis toujours en colère :-)
Je l'adore !
J'aime la construction si marquée d'une époque, voulant ouvrir les façades, multipliée les signes, s'amuser des références. J'aime cette idée d'une architecture spectacle voulant redonner par l'invention d'un lieu le sentiment d'habiter quelque part, l'essoufflement esthétique des petits riens contre la radicalité du chemin de grue, fantaisie pleine d'humour pour fabriquer presque du vernaculaire, petit palais de l'habitation collective joyeuse en couleur. J'adore les colonnettes trop fines peintes en rouge vif, j'adore le carrelage blanc rectangulaire (on pourrait faire un ouvrage consacré uniquement à ce carrelage dans les années 80), j'adore l'arcade en plein cintre coupée comme un Portzamparc déprimé, j'adore l'épaisseur des balcons et les vides, écrans pour des ombres bien dessinées. J'adore tout cela.
Mais ce qui me touche le plus, voyez-vous, ce n'est pas tout ça, non. Ce qui me touche le plus c'est la ligne des ados et des enfants venant poser devant le photographe exactement dans la même attitude que la génération précédente posant devant les barres du Hard French et que nous aimons tant sur ce blog. Mais un détail parle peut-être. Oh ! je ne veux pas trop vite tirer de conclusion mais cette ligne de jeunes n'est composée que...de garçons...Et je me reconnais complètement dans cette génération, dans les vélo, dans leurs habits. Quoi en conclure ? Une nostalgie ? 
Pourtant je ne suis pas de ce lieu. Y ai-je droit ?



La google Car nous montre bien qu'il y a encore des enfants qui font, là, du vélo aujourd'hui.
Sur le site de Catherine et Patrice Novarina, je ne trouve rien sur ce bâtiment. Il y a bien eu un article dans Technique et Architecture mais je n'ai pas ce numéro. On restera donc sans trop d'informations sur les formes, le programme, les désirs de bien faire des architectes. Je n'en sais pas davantage sur la publication de cette carte postale, sur ce désir éditorial : carte promotionnelle d'un organisme, d'une ville, d'une société de promoteur ou vraie carte postale de tourniquet que les ados photographiés ont pu acheter et envoyer à leur famille avec la fierté d'être ceux qui sont de ce lieu, ceux qui l'ont fait chanter de leur cris, de leurs bêtises, de leurs amitiés rebelles. Ont-ils suivi les conseils de Émile Aillaud ?

"J'aimerai que l'enfant des pauvres que je loge,...puisque je ne fais que des H.LM...ait été dressé à ne pas avoir peur, à n'avoir pas été surpris, à ne pas avoir été surveillé et à ne pas être entrainé par des moniteurs à jouer dignement. Il faut qu'il fasse rien."
Émile Aillaud.

Alors, sans doute, que cette architecture, celle qui vient cogner contre la toute fin du XXème Siècle, sera difficile à partager ici par des cartes postales normales, banales, ennuyeuses comme le prétend Martin Parr. L'époque n'est déjà plus, depuis longtemps à la joie des banlieues et des cités toutes neuves. Plus personne pour en envoyer, plus personne aussi pour aller les photographier pour en faire des cartes postales. Difficile de dire si cette architecture ne le mérite pas ou si c'est l'évolution sociale qui ne le permet plus. Il ne sert à rien de chercher une responsabilité devant un fait aussi simple. La fierté de ces espaces n'est plus alors dans un carton imprimé d'une photographie, elle est maintenant dans des textes de chansons, dans des clip musicaux, dans une survalorisation (souvent masculine) de l'appartenance à un lieu, une cité, un numéro de département tagué vite au feutre dans une cage d'ascenseur en panne. Et les ados sur cette carte postale sont en âge aujourd'hui d'avoir des enfants qui chantent comme ça, qui racontent ça, qui commencent à comprendre que, au nom des améliorations, on éradique aussi cette architecture des Trente Dépressives. Et là, l'inventaire patrimonial, le regard des artistes venus d'ailleurs, le trophée d'une prise de vue n'y peuvent pour l'instant pas grand chose. C'est qu'il est encore temps de vous dire d'aller voir et surtout d'y être invité.
Essuyez vos pieds sur le paillasson avant d'enter.


* dois-je déposer ce nom ?









mercredi 6 avril 2022

Novarina dans le Nord

 Je suis certain qu'il doit bien y avoir quelque part en France (ou ailleurs) un ou une collectionneuse qui ne collectionne que l'œuvre de Maurice Novarina au travers des cartes postales et même, soyons fous, peut-être qu'il ou elle est spécialisée dans ses églises.
Peut-être suis-je celui-là.
Car, au fur et à mesure que je complète mon classeur Art Sacré du XXème, je n'arrête pas d'y faire entrer des églises dessinées par le célèbre architecte.
Et je vous propose d'en voir une nouvelle dont vraiment je ne savais rien avant d'avoir acheté ce petit lot de cartes postales permettant d'en faire la rencontre puis la visite par les images. On notera d'emblée que malgré la célébrité de l'architecte, son nom n'apparaît sur aucune des cartes, il m'aura fallu chercher pour le trouver et ma surprise fut totale, non pas que l'écriture de cette église soit étrangère à son architecte mais bien plus, une fois encore, pour une petite pépite d'art Sacré de trouver l'architecte associé à cette construction.
Regardez cette beauté moderne à Mouvaux dans le Nord :



On note une écriture assez claire : trois murs porteurs, un toit posé au-dessus mais par dessus directement, des ouvertures longeant ce toit et le suspendant comme en lévitation au-dessus du bâti, un caissonnage puissant que de maigrelettes colonnes font semblant de porter. On note la brique utilisée en écran s'opposant au béton, toute la charge esthétique étant bien dans l'opposition entre ce plafond en caissons et des murs nus dont le décrochement dans le Chœur forme presque le seul décor.
C'est d'une grande beauté simple.
Toutes les photographies sont prises par le Studio Francis à Lille et les cartes sont "vendues au bénéfice de la restauration de l'église". Il s'agit en fait, même si celle-ci est construite sur une ancienne église, bien plus d'une construction. Ne restent de l'ancienne église que les murs latéraux conservés et celui du fond, on note donc le travail incroyable de Maurice Novarina réussissant en quelque sorte à glisser la Modernité tranquille sur les murs d'un ancien bâti. Génial. Novarina se fera aider ici par Jean Watel. L'église du Sacré-Cœur est livrée et bénie le 3 mai 1964.
Je ne sais pas si je possède la série complète de cartes postales mais comme souvent pour ce genre de publication, on fait donc le tour de l'église, du dehors au dedans, en passant par des détails. Parfois vendues en pochette, il arrive souvent de les trouver aussi individuellement. Il m'est même arrivé d'en trouver encore en vente dans certaines églises contemporaines, trente, quarante ans après leur publication !
Les cartes ici présentées n'ont pas été expédiées, je remarque sur la carte postale des Fonds Baptismaux un cierge bien daté de 1964.
Une fois encore Maurice Novarina nous régale de sa simplicité (apparente), de son désir de respect des codes régionaux et du bâti ancien en ne cédant rien de sa faculté à faire de l'espace et de la lumière avec quelques principes évidents et un goût affirmé de la structure. Une pépite qui ne semble pas, pourtant, avoir encore reçu de protection ni de label... On se demande bien pourquoi ? Que font les services concernés ? Ils attendent une urgence ?

Pour revoir quelques articles sur Maurice Novarina :
etc.... etc... bonne lecture...


mercredi 4 août 2021

Viens ! On va démonter l'église !

Vous vous souvenez sans doute de la très belle cabine de téléphérique de Grenoble dessinée par le Groupe 6 :
Vous vous en souvenez parce que vous êtes des lecteurs et lectrices attentifs et donc, vous vous souvenez que ce bâtiment est important dans la famille Lestrade. Aujourd'hui nous allons voir d'autres images et cartes postales des architectes de ce Groupe 6 mais avant qu'ils ne prennent ce nom d'agence : Messieurs Pupat, Potié, Vincent et Pigeon, architectes. 
Nous avons eu envie de reparler d'eux d'abord grâce à deux cartes postales assez peu bavardes d'un point de vue architectural car elles ne nomment tout simplement pas... la fonction du bâtiment représenté ! Par contre, elles nomment les architectes...
Nous sommes donc au Saint-Hugues-de-Biviers, dans la commune de Montbonnot, dans un centre spirituel et de retraite. Un lieu donc dessiné et désiré pour être de repos, un lieu de retour sur soi et sur les autres. Voilà la forme que cela peut prendre :



La carte postale est une édition Studio Ambiance qui choisit un point de vue spectaculaire et qui, d'une certaine manière, sert et avantage l'architecture. Par cette prise de vue en contre-bas, voilà que les formes simples déploient une modernité certaine. Le traitement tout en blancheur des murs, l'opposition au bois, les trouées et la massivité donnent bien à cette image quelque chose d'appétissant. On devine déjà derrière que les ouvertures sont traitées avec qualité. Tout cela sent donc bien un désir de modernité adoucie, efficace mais pas ostentatoire, simple mais pas radicale. On pense à un Novarina par exemple. C'est chaleureux, accessible comme architecture, cela n'effraie pas, cela accueille avec douceur. 
Une autre ?



On devine mieux sur ce point de vue le bâtiment au fond mais le photographe fait tous les efforts qu'il faut pour que l'architecture semble perdue dans la nature ! On ne voit que peu de choses... Pourtant, là encore, on devine bien l'écriture équilibrée de l'ensemble. C'est tranquille comme architecture. C'est encore Studio Ambiance qui régale et qui n'oublie par de nommer donc nos quatre architectes.
C'est d'ailleurs à partir de ces noms que nous suivons la piste du Groupe 6. Il est aisé en tapant ces noms de les retrouver sur un autre projet religieux. Et quel projet !
L'église démontable de St-Jacques, à Grenoble ! Oui ! Démontable !
Sur cette carte postale on retrouve bien nommés les architectes Pupat et Potié associés à l'architecte Vincent. On est en 1958 donc bien avant le centre de Saint-Hugues-en-Biviers (1963). Dans le toujours indispensable et complet Le temps des églises mobiles de Pierre Lebrun on trouve un article précis sur l'histoire incroyable de cette église et de ce désir de la voir se démonter ou évoluer selon les besoins à venir. On ne paraphrasera pas ici cet article, afin de respecter le travail de Pierre Lebrun. Il est aisé de se procurer son ouvrage et de... le lire... Ce qui est remarquable c'est bien qu'alors l'église osait cette modernité et poussait sa réflexion sur ce lieu et son usage de manière particulièrement avancée, voire révolutionnaire ! Cela calme les étonnements de quelques photographes contemporains se croyant inventeurs de cette "découverte" soudaine. 
Regardons par exemple ce très beau cliché de Rambaud Photo pour donner à voir cette église incroyable.


N'est-pas là une carte postale magnifique ? N'est-ce pas là un vrai regard sur cette construction étonnante ? On sait bien que la photographie ici construit autant l'architecture que les architectes eux-mêmes, du moins le photographe comprend et saisit dans le même temps comment il peut révéler la plasticité du lieu et fabriquer son image. Saurions-nous deviner, depuis un tel cliché, que l'objet est une église, église  démontable en plus ? L'abstraction quasi-totale de l'image tenue dans son noir et blanc franc donne bien à cette entrée une puissance incroyable. Difficile d'appréhender la forme globale de cette église depuis ce point de vue. C'est comme cela arrive souvent avec les cartes postales, une carte pour ceux qui connaissent déjà l'objet.
La voilà plus clairement accessible dans sa forme globale :



Avouez que c'est assez surprenant comme forme pour une église... C'est très carrossé, très fermé, très massif. Depuis ce point de vue, rien mais vraiment rien n'évoque le lieu de culte. Pas de tentative de clocher, pas de décoration ou de signes permettant de comprendre à quoi sert ce lieu. On aime comment le toit très épais tombe sur les murs comme un couvercle puissant donnant l'impression que les murs rentrent dans ce toit. Bien entendu le noir et blanc accentue une certaine uniformité de l'église. Sans doute que les matériaux, dans leur diversité devaient offrir un jeu plastique plus évolué. Mais que c'est beau ainsi ! Quelle masse !
Il s'agit encore d'un cliché de Rambaud pour une édition sans éditeur, peut-être vendu directement dans l'église St-Jacques elle-même. La carte n'est ni datée ni expédiée. 
N'allez pas à Grenoble voir l'église Saint-Jacques. Elle ne fut pas démontée mais incendiée par des petits cons :
Il nous en reste des documents, des images et surtout une vraie altérité, elle, courageuse et inventive.
On reste admiratif des architectes Vincent, Pupat et Potié eux, bien nommés sur cette édition et on espère les retrouver un jour pour d'autres architectures aussi belles que ce soit sous leur nom ou sous celui du Groupe 6.
Merci messieurs !
Walid Riplet.

Le temps des églises mobiles
Pierre Lebrun
édition Infolio
isbn 978-2-88474-595-6
Pour le lire achetez-le !
Merci Valérie Herran pour le cadeau !


lundi 24 avril 2017

Dernière lettre ouverte à Madame Azoulay avant son départ.

Madame Azoulay,
Ministre de la Culture et de la Communication,


Je suis un citoyen français, j'ai fait mon service militaire, je travaille dans la fonction publique, je paie mes impôts et mes costumes, mes contraventions aussi car, lorsque je commets une faute vis-à-vis de la République et de ses lois, je tente toujours au mieux de réparer et j'admets mon erreur.
Je pense donc être un citoyen digne d'une réponse de votre part, Madame la Ministre de la Culture.

Par trois fois Madame Azoulay, je vous ai adressée un courrier sur papier, ce que nous appelions avant une correspondance. Ce mot aussi est beau, correspondance.
Je croyais et je crois encore que, lorsqu'un citoyen écrit à une Ministre, même s'il ne peut s'attendre à une réponse familière ou même trop personnelle, l'administration interpellée se doit de répondre si ce n'est par la négative à ladite requête au moins, au minimum, par un courrier formel indiquant qu'il a bien pris en compte ce courrier.

Par trois fois, Madame Azoulay, je n'ai eu de votre part ou de ceux qui travaillent pour vous aucune réponse.

Trois fois.

En ce lendemain d'élections, je ne sais pas dans quel état cette lettre ouverte vous trouvera.
Au travail sans doute, réglant les derniers dossiers, travaillant au passage possible de votre Ministère à votre successeur. Je crois que nous espérons tous les deux que ce Ministère de la Culture sera toujours un Ministère de l'ouverture, de l'échange, de l'expression libre, et d'une forme de joie et de vie poétique.
Alors, Madame la Ministre de la Culture, nous aurons un Ministère de l'altérité qui écoutera, entendra, comprendra que la Culture se fait avec l'ensemble des mouvements citoyens, avec les associations, avec les artistes, avec les enseignants, avec ceux qui, lorsqu'on s'adresse à eux répondent.

Répondre.

L'état du Patrimoine Architectural Moderne et Contemporain est aujourd'hui terrible. Les menaces et les destructions n'ont jamais été aussi puissantes souvent pour des raisons croisées allant d'un manque de culture de nos élus et des citoyens à des lois sur la réduction énergétique qui écrasent les particularités et les fondements de leur beauté. Quant à nos paysages...

Il est temps d'établir un état d'exceptionnalité patrimoniale totale du Patrimoine Moderne et Contemporain.

Les destructions s'enchaînent, les Labels Patrimoine du Vingtième Siècle sont bafoués, dans des villes de droite comme dans des villes de gauche.  Dans les villes mais aussi dans nos campagnes où un petit patrimoine mal connu, mal aimé est réduit au silence. Voyez, par exemple, comment la cantine scolaire de Marçon dessinée par Messieurs Wogenscky et Le Corbusier est traitée...
Le classement du centre commercial de Ris-Orangis attend depuis cinq années une réponse de l'administration.
Je ne vous fais pas l'affront de vous faire à nouveau une liste, certain que je suis que ces dossiers sont sur votre bureau et j'ai déjà eu la joie de vous les signaler par trois fois.

Trois fois.

Vous avez avec le Patrimoine Moderne et Contemporain un levier puissant pour dire votre attachement à certains territoires délaissés. Vous avez par la déclaration d'intérêt patrimonial de ces architectures dans ces territoires l'outil pour dire à ces populations qu'ils appartiennent à la Culture, qu'il y habitent, qu'ils l'utilisent et la rendent vivante. Vous auriez pu jeter sur ces territoires une lumière, celle qui permet de reconnaître un monde.

Je ne sais pas ce que deviendra cette lettre. Finira-t-elle, archivée, dans une boîte ? Je suis certain que mes collègues fonctionnaires au Ministère de la Culture feront bien ce travail d'archivage.
Ou ira-t-elle directement dans la broyeuse, accompagnée d'un sourire complaisant se moquant de ma naïveté à croire que vous me lirez et me répondrez et que la politique ne se fait pas de la sorte par l'interpellation citoyenne ?
C'est pour cette raison que je publie cette lettre ici, sur les réseaux dit sociaux. C'est aussi une belle dénomination : réseaux sociaux.

Ne pas répondre à un citoyen c'est le désespérer. Ne pas répondre, c'est ce qui fait douter de la démocratie et de son bon fonctionnement. Ne pas répondre c'est du dédain de l'expression populaire.
Nous savons, tous les deux Madame la Ministre, comment cela se termine.

Alors, je joins un timbre à ce courrier. Peut-être qu'après tout le budget du Ministère de la Culture ne vous permet plus de répondre par courrier à un citoyen. Ce timbre c'est la preuve de l'existence d'un service public, d'agents qui cheminent sur les routes portant avec eux les missives des citoyens français croyant encore aux fonctionnements des services publics et de leurs représentants élus.

Dans l'espoir fou que vous soyez encore pour quelque temps dans l'action politique et poétique, veuillez agréer Madame la Ministre de la Culture, l'Expression vivante et citoyenne de ma Considération Distinguée.

David Liaudet



Pour la correspondance de cette carte postale de Viry-Châtillon, Huguette indique : " Fixez-moi un après-midi de la semaine prochaine et j'irai le passer avec vous... Le soleil revenu remet le moral en place. À bientôt."
Tout pareil que Huguette, Madame la Ministre, tout pareil.
N'oublions pas que l'ensemble résidentiel CILOF est de l'architecte Maurice Novarina et qu'il s'agit d'une édition Combier en photographie véritable datée de 1965.




lundi 8 février 2016

Grosses pierres, altitude et Toute-Prudence

Pour un architecte, pouvoir construire sur l'un des points les plus hauts mais aussi les plus fréquentés, doit être une chance et un honneur.
Je suis persuadé que c'est bien ce que Monsieur Novarina a pensé lorsqu'on lui confia la construction de la chapelle Notre Dame de Toute-Prudence du Col de l'Iseran.
Car, ce petit édifice tout en grosses pierres grises est bien une construction moderne. Pourtant, c'est vrai qu'il affiche une forme un peu éternelle, reconnue, presque modeste qui pourrait nous faire croire à une construction vernaculaire. C'est bien là que réside sans doute sa modernité, presque... post-moderne puisque donnant à voir une complète assignation aux signes de la typologie des petites constructions religieuses de montage et d'Art Sacré.
D'abord la pierre sombre, grise, lourde, taillée en blocs rugueux qui affirment le caractère montagnard et même montagneux de la bâtisse. Puis une forme de plan simple, en croix mais comme coupée en son abside dont le clocher monte soudainement, prenant un élan un rien court, modeste, pour ne pas trop vouloir faire de concurrence à la montagne. Enfin, des contreforts solides et visibles, un ensemble un peu écrasé sur lui-même, n'affichant qu'une seule ambition, vouloir tenir face aux éléments d'un lieu si exposé aux intempéries et donnant l'impression tout autant d'une chapelle que d'un refuge de montagne solide et vigoureux où rien ne pourra vous arriver.
Toute la modernité tiendra dans la disproportion de la statue blanche de la Sainte-Vierge d'Edgar Delvaux posée au-dessus de l'entrée et dont le dessin longiligne semble vouloir se faire une place entre les pierres. Rien d'autre, pas de décoration ostentatoire, pas de démonstration de modernité par des formes en zig-zag ou des machins bizarres, non. Monsieur Novarina prend la mesure de sa chance, bâtit avec rigueur et même modestie, un lieu de culte qui sait qu'il est d'abord un lieu d'accueil où chacun, la porte franchie, trouvera le silence, l'ombre, le creux nécessaire à la joie de son ascension. A-t-il dessiné aussi l'hôtel que l'on voit à l'arrière plan ?
On reconnaît bien là l'architecte, sachant maintenir dans son dessin les spécificités d'une architecture locale tout en jouant, transformant, s'appropriant celle-ci non pas pour dire Je suis architecte mais Nous sommes architecture. Ce qui est rare encore aujourd'hui en architecture. Merci Monsieur.
On notera que les éditeurs nomment bien Maurice Novarina comme architecte mais oublient de préciser Notre Dame-de-Toute-Prudence.

Par ordre d'apparition :
 - éditions JANSOL, collection du Châlet-Hôtel
 - Collection de l'Hôtel Refuge du Col de l'Iseran
 - éditions JANSOL, Italclor
 - éditions Combier