Alors que l'orgue de la messe sur France Culture résonne dans mon poste de radio et que je quitte une conversation avec Louis, je me dis qu'il est évident que ce qui fait église ce n'est pas tant l'espace de l'architecture que les gens qui y viennent. Ce rassemblement est la raison même de la présence dans nos paysages de lieux de cultes que nous aimons ici montrer.
On commencera par une église que nous aimons beaucoup mais que nous avons vu il y a bien longtemps maintenant puisque c'était il y a...16 ans...Et on ne commencera pas par l'extérieur mais par l'intérieur avec deux cartes qui justement, dans leur juxtaposition, montreront que la présence des croyants rend l'architecture plus lisible, plus utile, fabrique une image plus exacte du fonctionnement de cette forme.
J'ai donc envie, un peu à rebours, de commencer par cette carte postale de l'église de Trois-Épis prise de l'intérieur par le photographe de édition de l'Europe. On note que l'éditeur nous nomme bien les architectes : Keller et Dumas.
On voit donc bien les gens. On voit donc bien comment le photographe a pu ainsi se placer là, à ce moment exact, sans aucun doute avec l'accord de ceux qui sont là même si personne ne nous regarde. On remarque immédiatement l'incroyable courbe du toit et la fente de lumière bleue qui, comme un coup de cutter sur une toile de Fontana, fait tout le travail mystique de cet espace. On note aussi la très belle présence de l'orgue qui, dans ses propres courbes, semble vouloir faire un signe à l'architecture qui le protège. Comme une identification.
Sinon...rien à voir d'autre qu'une croix un peu frêle, un peu légère et un mur blanc, éclatant, qui agit comme un écran sur lequel chacun viendra fabriquer des images. On note que les prêtres à eux seuls donnent bien l'échelle justement de ce mur et de l'élévation de la courbe. C'est, vous en conviendrez, une incroyable image d'architecture, une très belle photographie qui, malheureusement, restera anonyme.
Mais voilà que dans ma collection, je trouve cette autre carte postale, du même espace mais pas tout à fait du même endroit et certainement pas du même moment.
C'est toujours l'Édition de l'Europe qui régale. On remarque immédiatement que le photographe est bien plus avancé vers l'autel que la carte précédente. Il semble ne pas vouloir couper le haut de la croix et montrer la jonction des deux fentes du vitrail. L'ensemble est d'une incroyable beauté bleutée oû les ombres font le seul décor. Le vide ici est devenu spectacle, attente, présence intériorisée. On entend si bien ce silence. Magnifique. Mais pourquoi cette différence d'approche ? Sans doute (et j'imagine) que ce mouvement de recul de la carte précédente est dû à la nécessité d'y inscrire l'orgue dans le cadre. Peut-être que lors de la première visite, cet orgue n'était tout simplement pas en place et que, à son arrivée, il fut nécessaire de refaire les cartes postales en l'intégrant. Mais de ce nouveau point de vue, la courbe du toit tombant comme un voile sur les fidèles disparait malheureusement. L'architecture ne présente donc plus son atout principal et le mur blanc devient le seul argument architectural du lieu. Cela aussi aurait bien pu être un argument pour refaire le cliché. On note tout de même que surgissent les cercles des trois canons de lumière posés sur le toit et que l'on verra bien sur la carte de l'extérieure de l'église.
Alors ? Laquelle choisir ? On pourrait trouver deux usages différents à ces deux cartes postales. On pourrait dire que la première permet de mieux saisir l'objet architectural et que donc elle s'adresserait plus à des personnes n'ayant jamais vu le lieu et ainsi pourrait en découvrir mieux l'espace, la structure, la particularité, on dira 'écriture. L'autre permet surtout de se recueillir dans un espace produit par la photographie et donc s'adresserait plus à des personnes voulant retrouver la plénitude du silence et de la tranquillité du lieu plus que le cri un peu bavard des audaces des architectes. Mais qui sait vraiment ?
Pour ceux qui depuis 2010 auraient oublié la forme extérieure de cette belle et audacieuse église de Trois-Épis :
On quitte l'édition de l'Europe pour les Éditions d'Art Marasco Collection Loubière (sic!). La carte fut expédiée en 1974. Alors ? C'est beau non ? Ça bascule, c'est déstabilisé comme aurait dit Claude Parent !
On aime aussi que le photographe a pu installer son point de vue depuis un petit jardin potager. Quelle image ! Quelle architecture ! On adore.
Pour finir avec cette question de l'occupation d'une architecture emblématique et de ce qui fait église, je vous propose une icône de l'architecture brutaliste à la française que nous adorons ici : la Basilique Souterraine Saint-Pie X. L'échelle n'a rien à voir avec la précédente mais si il est courant de voir des cartes postales de ce lieu vide montrant sa somptueuse structure, j'aime tout particulièrement cette carte postale MSM qui nous le montre habité. La chaleur des ampoules fabrique un ton ocre et orangé si particulier ! On perçoit surtout là encore l'échelle de cette Basilique absolument gigantesque. Ce lieu, cette place sont à voir absolument une fois a moins. C'est simplement, avec ceux qui vous y accompagnent, un lieu qui devient merveilleux car porté à la fois par sa structure en béton armé et par la joie de ceux qui y viennent avec l'espérance. Et c'est au moins aussi solide que la précontrainte.
Pour revoir Keller et/ou Dumas :
Pour revoir la Basilique Saint-Pie X :
etc....
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