mercredi 24 juillet 2019

La nuit sur leur vie

Il m'est toujours apparu comme étrange ce noir profond entourant les photographies de maquettes d'architecture.
Il ne s'agit pas d'une nuit tombée sur les bâtiments ou imitée par les photographes de studio car cette nuit artificielle ne laisse aucun doute sur la nécessité et la raison de faire voir le bâtiment. Il n'y a là aucune illusion d'une nuit mystérieuse, enveloppante, occultante. Non, bien au contraire, ce noir est celui d'une lecture maximum qui doit, par l'éclairage contrasté et parfaitement englobant, faire lire la maquette. C'est un noir qui cerne, qui entoure, qui donne à voir.
La lumière, si elle tournait autour de la maquette dans le studio du photographe, donnerait forcément à voir la banalité des artifices du studio. Cela serait trop direct comme lecture de l'échelle. Ici le noir autour des maquettes sert bien à oublier la réalité de cet espace du studio, à faire tenir dans un onirique réel la forme parfaitement lisible de la future architecture.
Comme c'est beau cette poésie étrange.
Mais personne n'est dupe. Ni du jeu des illusions des échelles, ni des illusions des lumières. Personne, ni l'architecte, ni le maquettiste (personnage toujours anonyme) ni l'acheteur de la carte postale.
Tout tient dans une cohésion de principe, une adhésion à ce jeu.
Voici :



Cette somptueuse représentation de la maquette du pavillon de l'U.R.S.S pour l'exposition de 1937 ne nous donne pourtant ni le nom du studio de photographie, ni le nom du maquettiste. Cette carte postale par contre nous donne bien le nom des architectes : Iophan pour le soviétique et Bonnères, Coquet et Jossitewitch pour les français. Elle est une concession de H. Chipault pour S.P.A.
On les connaît bien.
On devine que la sculpture n'est pas encore bien déterminée. Peut-être que le maquettiste n'a pas su bien la réduire ou qu'il n'a pas eu assez tôt des images de celle-ci terminée. Mais d'ailleurs d'où provient cette maquette ? Quel est son rôle ? Où était-elle visible ? Qu'est-elle devenue ?
Dans l'exposition Rouge au Grand Palais, j'ai vu une maquette similaire qui me fit comprendre la radicalité de ce pavillon si souvent décriée comparé à celui plus bouleversant de Melnikov en 1925. Pourtant, ce couloir infini buttant sur l'étagement de volumes finissant en socle géant est, finalement, bien radicale aussi. Comme une locomotive cubiste.
Une autre nuit, à Paris, la même année :


Et pour le même H. Chipault...
Il devait avoir l'exclusivité des éditions de maquettes !
Ce très beau pavillon donnant à voir une complexité très technique faite de flèche, de croisillons, de portiques en métal et pleine aussi de décrochements est celui de la Tchécoslovaquie. On dirait presque l'une des Folies de Tschumi pour la Cité des Sciences, une sorte de condensé technico-futuriste dont l'influence vient jusqu'au Centre Pompidou...
L'architecte de ce beau pavillon est Kreskar dont je ne trouve de trace nulle part... Il est associé à Nicod, Molinié, Boulanger et Barberis.
Un accident de tirage ou de prise de vue produit un flou sur le devant de la maquette, comme une brume matinale. Les câbles sont mal tendus pourtant la flèche se dresse bien dans cette nuit de studio. Le contraste avec l'architecture de Iophan est dur. Ici la légèreté arachnéenne du métal répond à la masse des russes. Une fragilité peut-être...
Mais pourquoi Kreskar l'architecte de ce beau projet reste si peu visible sur le net ? Qu'a-t-il fait ? Qu'est-il devenu après ce moment parisien ? Est-ce que la nuit de la maquette serait aussi tombée sur sa carrière, son destin ?

Je vous donne à voir quelques images de la maquette du Pavillon Soviétique prises dans l'exposition Rouge. Si j'ai bien compris, je dis bien si, il pourrait bien s'agir de cette maquette vue plus haut même si les arbres ont depuis perdu leur feuilles...






































Pour revoir quelques articles concernés par cette thématique :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/09/avoir-une-belle-poutre-bien-droite.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/marcel-aux-pays-des-soviets.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/10/melnikov-un-temoignage-exceptionnel.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/10/un-constructiviste-marseille-en-1928.html
https://archipostcard.blogspot.com/2012/10/face-face-extreme.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=maquette


Aucun commentaire:

Publier un commentaire