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mardi 13 septembre 2016

Le Corbusier en carton

Pouvoir associer en une seule carte postale beaucoup des thématiques que nous abordons ici est toujours une joie.
Architecture Moderne + le Corbusier + maquette + carte postale + logements + Pessac =



Oui.
Il s'agit bien pour moi d'une vraie découverte que l'existence d'une telle maquette mais aussi de sa publication en carte postale !
L'éditeur est Elcé, autrement dit L. Chatagneau, l'un des grands éditeurs de Royan. Monsieur Chatagneau nous donne au verso les informations suivantes : Pessac, "les Quartiers Modernes Frugès" édifiés par Le Corbusier-1926. Maquette exécutée par Henry Frugès.
Si on n'est pas comme moi un spécialiste de l'histoire de cette cité, on sursaute d'emblée au fait que cette maquette fur réalisée par le promoteur de cette célèbre cité de Le Corbusier. Comme l'éditeur ne date pas la réalisation de cette maquette, on peut facilement se poser les questions de son origine et de son utilisation. Maquette promotionnelle pour vendre les appartements, maquette réalisée après cette construction pour en venter l'architecture, maquette d'amoureux de Le Corbusier prêt à donner de son temps pour faire comprendre par cet objet l'importance du lieu ? Cette maquette dont on ne sait pas si elle voyageait ou si elle était présente en permanence sur le lieu même reste donc depuis cette carte postale un rien mystérieuse, tout comme d'ailleurs le désir de sa diffusion en carte postale ce qui signifie tout de même un marché et des visites pour cet objet.
Heureusement, on a l'Internet ! Il suffit de deux clics pour trouver la réponse :
http://lamachineahabiter.com/maquette-fruges/
La vidéo n'a pas de son, je trouve cela étrange.
En tout cas, on comprend de suite cette maquette et sa raison d'être et c'est bien d'avoir ainsi une réponse. Toute cette énergie et cette passion à faire ainsi dans le menu détail un tel objet pour chanter l'importance de ce site dans l'œuvre de Le Corbusier sont incroyables. Reste tout de même une interrogation sur l'usage à la fois de la maquette et de cette carte postale. Il ne fait aucun doute qu'ici l'édition a comme rôle de diffuser au mieux le travail de l'architecte en offrant en quelque sorte une vue aérienne aisée, nous connaissons ce phénomène avec les cartes postales des maquettes de Royan par exemple. Bien entendu, ici, la maquette étant construite bien après la construction du quartier, elle n'a pas du tout le même rôle. Elle permet dans le cadre d'une visite d'architecture, visite donc déjà patrimonialisée de mieux saisir l'ensemble immobilier. La maquette, comme la carte postale ont donc une valeur d'abord didactique. Fabriquer une telle maquette sans autre but que de partager le travail de Le Corbusier dit bien aussi l'ampleur de l'attachement au quartier, du désir d'en donner à voir ses spécificités, d'en défendre ses atouts. C'est un acte d'amour. Mais lors de notre visite du quartier en 2007, je ne me souviens pas d'avoir eu une telle opportunité. Comment donc cette maquette fut et est donnée à voir au public ? Comment dans la visite de l'amateur d'architecture, cet objet fut donc visible dans le parcours ? Existe-il d'autres cartes postales de ce quartier ayant eu, elles aussi, le désir de partager la construction de Le Corbusier ? Y-a-t-il eu une maquette réalisée à l'époque et aujourd'hui disparue, disparition qui pourrait être le moteur de cette restitution ? On sait également que, en 1967, date de fabrication de cette maquette, l'état de la Cité Frugès était bien altéré. La maquette devait donc bien avoir un rôle de renaissance, de pureté, de retour à une forme idéale au delà des modifications et des transformations du temps par les habitants. Un rêve à revoir, une utopie à rebours.







 C'est aussi cela que diffuse la carte postale. Je ne sais pas si l'éditeur Elcé (Chatagneau) décida seul de cette édition ou s'il fut appelé pour la réaliser. Le marché de ce genre étant très très serré, je pense à une commande. Je n'ai pas rencontré encore dans mes recherches de cartes postales d'époque de ce quartier. Pourtant, vu l'ampleur et l'originalité de ce quartier, vu le nombre des habitants et donc des clients potentiels, il est possible de penser qu'il y a bien eu, même à très petit nombre, une édition d'époque de cartes postales de ce quartier.
La patience nous fera trouver un jour l'objet de notre désir. Peut-être que cela se fera sous la forme d'une carte postale de maquette ! Et si nous ne trouvions pas, nous pourrions bien aussi nous amuser à la produire.
Je vous propose de voir sur le site de l'INA, le court mais émouvant film sur Pessac. On y voit Henry Frugès, en train...de peindre sa maquette ! On voit aussi que nous sommes, comme pour la carte postale en 1967 et que la question du classement de la Cité Frugès est au cœur du reportage. Cela appuie bien l'idée d'une production de la maquette et de la carte postale comme moyen de médiatiser cette histoire et cette demande de classement. C'est, en tout cas, très touchant.
Pour lire la vidéo, cliquez sur l'image :



Je vous donne également l'article de Dominique Amouroux dans le guide d'architecture contemporaine en France. Une fois de plus, Dominique Amouroux (et déjà à l'époque) pose les bonnes questions. Malheureusement, aujourd'hui encore, ces questions n'ont pas trouvé de réponse. Pire même, je crois que vues les politiques patrimoniales nationales et l'absence totale d'éducation à l'architecture par les deux ministères concernés, la situation est bien plus grave. Et ce n'est pas un week-end des Journées Européennes du Patrimoine qui changera quelque chose. Je vous signale tout de même que Dominique Amouroux nous propose pour ce week-end une visite de la Maison  Wogenscky-Marta Pan à Saint-Rémy-les-Chevreuse. Voir en haut de cette page.











lundi 23 novembre 2020

Delleuze à la table de Egger

On pourrait bien voir cette manie comme la preuve d'une impatience. Qu'est-ce qui pousse donc les architectes et les éditeurs de cartes postales à vouloir avant même le début de la construction produire des cartes postales représentant les maquettes des édifices ? Si nous avons déjà ici beaucoup regardé de telles cartes pour les églises dont on sait le rôle pour rassembler des fonds pour leur construction, on peut tout de même se poser cette question pour une Faculté de Médecine et de Pharmacie à Marseille : 



Qui (et comment ?) achetait donc ce type de carte postale ? Quel public était visé pour la diffusion d'un tel document ? L'étudiant impatient de voir sa nouvelle faculté ? L'architecte impatient de montrer à ses confrères la beauté et l'ambition de son projet ? Les institutions locales heureuses de faire la promotion de leur investissement ? La Faculté de Médecine et de Pharmacie quand elle était encore en chantier (voir en projet) devait bien faire rêver quelqu'un. C'est sans doute ce quelqu'un que cette carte postale voulait séduire. Et comme toujours, on imagine la scène : la descente de la maquette sous le soleil vivifiant de Marseille, l'installation de la table portée par des assistants dans un jardin dont on ne sait rien de sa localisation (donc possiblement pas à Marseille...), le choix habile d'un angle de prise de vue pouvant faire croire rapidement que nous sommes en avion au-dessus de la construction (l'illusion sera parfaite) puis la remontée de la table après le cliché fait par Monsieur H. Delleuze qui semble connaître parfaitement son alphabet de photographe. En effet, la maitrise de la prise de vue est totale tout comme la précision de cette maquette dont les détails prouvent la maturité du projet à venir.

D'ailleurs, il faut souligner la grande beauté de cette faculté, si typiquement marquée par son époque. Les volumes s'emboîtent les uns dans les autres, on note que les fonctions de chacune des parties permettent une lecture rapide de ces fonctions par leur forme, l'éclatement ainsi des parties fera le tout s'alignant et laissant une façade qui s'étire et repousse vers l'arrière la forme en peigne et l'amphithéâtre. Il s'agit bien d'une des pièces majeures du grand René Egger dont on sait l'importance dans la région. 

Mais comment René Egger et H. Delleuze ont travaillé ensemble ? Je veux dire, est-ce que cette demande pour faire une carte postale de cette maquette fut bien discutée entre l'éditeur-photographe et l'architecte ? Quelles étaient alors les conditions de cet accord ? Car le nom de René Egger ne figure pas au dos de la carte postale alors que celui du photographe y est bien indiqué. Cette impatience à donner au monde une carte postale et donc une image de la future architecture de la Faculté était-elle partagée par l'architecte ? Difficile de le savoir même si ce blog depuis plus de dix ans maintenant montre bien qu'à part quelques exceptions les architectes dans cette période restent peu préoccupés par l'édition de cartes postales, certains ignorant même que leurs bâtiments furent édités ou que leur nom n'apparaît pas ou mal orthographié au verso. Mais ici, avec une maquette posée à l'extérieur il est difficile de croire que le photographe ait pu emprunter celle-ci sans l'accord de l'agence.

On notera que H. Delleuze ne s'arrêta pas à l'édition de la maquette puisqu'il publia aussi cette carte postale :



Nous sommes ici dans le Grand Hall des Étudiants de la même Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marseille. N'est-ce pas superbe ? Comme moi, entendez-vous les talons résonner dans ce hall ? Mais cette carte, en tous points éditoriaux, identique à ceux de la maquette pourrait bien nous dire quelque chose, c'est que la maquette ne fut pas photographiée en attendant la réalisation de la faculté mais bien une fois celle-ci construite. Sans doute que photographier ainsi une maquette permettait simplement d'avoir à peu de frais une vue aérienne de l'ensemble. On sait que parfois dans de telle construction sont déposées des maquettes permettant de lire l'ensemble, d'aider à comprendre les lieux. Je ne sais pas pourquoi mais je pense qu'il pourrait bien s'agir de cela. Ainsi Monsieur Delleuze pouvait avoir eu l'accord général de faire ces cartes postales, il trouva dans cette maquette la vue générale dont il avait besoin et même, on peut penser que ses cartes postales furent diffusées ici-même, dans le hall de la Faculté offrant aux étudiants l'occasion de diffuser leur lieu d'apprentissage tout comme les foyers des bases militaires proposaient des cartes postales de leurs bâtiments.

Mais... un détail, un punctum me trouble dans cette carte postale du Hall. À quoi servent donc les boîtes au pied des colonnes ? Tout est impeccable dans cet espace alors pourquoi laisser traîner au sol ces petites boîtes ? Des fuites ? Non... Des cendriers... possible...




 Raoul le Palmier est venu en villégiature à Marseille :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/07/raoul-le-palmier.html

Pour conclure, on voit donc qu'une carte postale isolée peut faire divaguer le collectionneur vers des conclusions hâtives sur l'édition des cartes postales et sur la diffusion de l'architecture. Souvent les réponses les plus simples sont les plus justes. Les choses sont là et les éditeurs en profitent. Mais aussi, il est toujours heureux de voir que ces photographes et éditeurs ont bien fait là œuvre de documentation et d'histoire de cette réception de l'architecture moderne et contemporaine.

Dans la revue l'Architecture d'Aujourd'hui (merci Walid Riplet, merci Jean-Jean Lestrade) nous retrouvons cette si belle Faculté de René Egger. Et chose remarquable pour la diffusion des images et des photographies de l'Architecture, nous avons ici la preuve que la célèbre revue fait bien usage, une fois encore, de cartes postales pour illustrer ses articles ! 

https://archipostcard.blogspot.com/2008/05/monsieur-persitz-collection-9.html

On y retrouve à l'identique celle du Hall sans recadrage et celle de la maquette recadrée. On note que les prises de vue de la maquette montrent une séance photo ayant vu la maquette, tour à tour, posée sur la table ou simplement, directement posée dans l'herbe ! Voilà qui en dit long sur l'usage des clichés populaires et de comment la revue pouvait construire son iconographie en s'appuyant sur ce genre photographique. On note aussi que L'Architecture d'Aujourd'hui nomme bien Delleuze comme photographe et que donc, il y a eu un accord éditorial entre le photographe et ladite revue. Mais comment la revue a-t-elle eu connaissance de ces cartes postales de Delleuze ? Qui les envoya à Paris ? Certainement d'ailleurs que Delleuze a fourni les négatifs de ses clichés et non des éditions en cartes postales quoique nous avons bien déjà eu la preuve d'un cadrage directement fait par la revue sur des cartes. Pourrait-on même pousser la réflexion et affirmer que, peut-être, est-ce l'occasion de faire des photographies pour la revue qui poussa Delleuze à en tirer des cartes postales ? En tout cas, cartes postales et revues prouvent bien l'importance de ce travail de René Egger pour cette Faculté de Pharmacie de Marseille. Et l'image photographique nous permet bien encore d'en jouir dans sa beauté et sa complétude.



















mercredi 24 juillet 2019

La nuit sur leur vie

Il m'est toujours apparu comme étrange ce noir profond entourant les photographies de maquettes d'architecture.
Il ne s'agit pas d'une nuit tombée sur les bâtiments ou imitée par les photographes de studio car cette nuit artificielle ne laisse aucun doute sur la nécessité et la raison de faire voir le bâtiment. Il n'y a là aucune illusion d'une nuit mystérieuse, enveloppante, occultante. Non, bien au contraire, ce noir est celui d'une lecture maximum qui doit, par l'éclairage contrasté et parfaitement englobant, faire lire la maquette. C'est un noir qui cerne, qui entoure, qui donne à voir.
La lumière, si elle tournait autour de la maquette dans le studio du photographe, donnerait forcément à voir la banalité des artifices du studio. Cela serait trop direct comme lecture de l'échelle. Ici le noir autour des maquettes sert bien à oublier la réalité de cet espace du studio, à faire tenir dans un onirique réel la forme parfaitement lisible de la future architecture.
Comme c'est beau cette poésie étrange.
Mais personne n'est dupe. Ni du jeu des illusions des échelles, ni des illusions des lumières. Personne, ni l'architecte, ni le maquettiste (personnage toujours anonyme) ni l'acheteur de la carte postale.
Tout tient dans une cohésion de principe, une adhésion à ce jeu.
Voici :



Cette somptueuse représentation de la maquette du pavillon de l'U.R.S.S pour l'exposition de 1937 ne nous donne pourtant ni le nom du studio de photographie, ni le nom du maquettiste. Cette carte postale par contre nous donne bien le nom des architectes : Iophan pour le soviétique et Bonnères, Coquet et Jossitewitch pour les français. Elle est une concession de H. Chipault pour S.P.A.
On les connaît bien.
On devine que la sculpture n'est pas encore bien déterminée. Peut-être que le maquettiste n'a pas su bien la réduire ou qu'il n'a pas eu assez tôt des images de celle-ci terminée. Mais d'ailleurs d'où provient cette maquette ? Quel est son rôle ? Où était-elle visible ? Qu'est-elle devenue ?
Dans l'exposition Rouge au Grand Palais, j'ai vu une maquette similaire qui me fit comprendre la radicalité de ce pavillon si souvent décriée comparé à celui plus bouleversant de Melnikov en 1925. Pourtant, ce couloir infini buttant sur l'étagement de volumes finissant en socle géant est, finalement, bien radicale aussi. Comme une locomotive cubiste.
Une autre nuit, à Paris, la même année :


Et pour le même H. Chipault...
Il devait avoir l'exclusivité des éditions de maquettes !
Ce très beau pavillon donnant à voir une complexité très technique faite de flèche, de croisillons, de portiques en métal et pleine aussi de décrochements est celui de la Tchécoslovaquie. On dirait presque l'une des Folies de Tschumi pour la Cité des Sciences, une sorte de condensé technico-futuriste dont l'influence vient jusqu'au Centre Pompidou...
L'architecte de ce beau pavillon est Kreskar dont je ne trouve de trace nulle part... Il est associé à Nicod, Molinié, Boulanger et Barberis.
Un accident de tirage ou de prise de vue produit un flou sur le devant de la maquette, comme une brume matinale. Les câbles sont mal tendus pourtant la flèche se dresse bien dans cette nuit de studio. Le contraste avec l'architecture de Iophan est dur. Ici la légèreté arachnéenne du métal répond à la masse des russes. Une fragilité peut-être...
Mais pourquoi Kreskar l'architecte de ce beau projet reste si peu visible sur le net ? Qu'a-t-il fait ? Qu'est-il devenu après ce moment parisien ? Est-ce que la nuit de la maquette serait aussi tombée sur sa carrière, son destin ?

Je vous donne à voir quelques images de la maquette du Pavillon Soviétique prises dans l'exposition Rouge. Si j'ai bien compris, je dis bien si, il pourrait bien s'agir de cette maquette vue plus haut même si les arbres ont depuis perdu leur feuilles...






































Pour revoir quelques articles concernés par cette thématique :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/09/avoir-une-belle-poutre-bien-droite.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/marcel-aux-pays-des-soviets.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/10/melnikov-un-temoignage-exceptionnel.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/10/un-constructiviste-marseille-en-1928.html
https://archipostcard.blogspot.com/2012/10/face-face-extreme.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/search?q=maquette


lundi 27 janvier 2014

Balsa communiste et chrétien

Les artistes contemporains aiment les maquettes d'architecture.
Nous les comprenons.
En voici deux, pour deux types de programmes un rien opposés : une église et le siège du Parti Communiste Français.
Programmes opposés ? Pas tant que cela puisque les deux lieux sont des lieux de rassemblement et d'accueil, des lieux normalement ouverts et à l'écoute de ceux qui viennent là.
Premier accueil :



Cette carte postale sans éditeur mais dont le photographe est R. Schillinger à Ugine nous montre la maquette de l'église du Sacré-Cœur des Fontaines à Ugine donc.
Le verso de cette carte est très précis car il nous donne bien le nom de l'architecte M. CL. Fay et nous signale même entre parenthèses que nous sommes devant la maquette et non devant le réel !
Pourrions-nous nous tromper ?
Ce fond noir en nuit presque égale mais qui fait angle si on regarde bien, alors que l'objet est vivement éclairé ne laisse aucun doute sur cette maquette tout comme les détails des collages et des matériaux hésitant entre une grande finesse et une imprécision. On notera que le photographe descend devant la maquette la visant comme un piéton un peu loin. Au dos, on nous précise que l'architecte s'est appuyé sur les Saintes Écritures : "Il a dressé sa tente parmi nous". Tente canadienne sans doute, car il y a fort à parier que le Christ n'a jamais dormi dans une tente de cette forme ! L'architecte habitué à la construction d'églises a aussi dessiné celle-ci simplement mais efficacement en une succession de triangles en charpente (lamellé-collé ?). Cela en plus d'être économique fait donc aussi image : la tente ou le toit posé et protecteur.
Deuxième accueil :



Cette superbe carte postale Abeille-Cartes nous montre le non moins formidable futur siège du Parti Communiste Français par Oscar Niemeyer.
Si on connaît bien ce chef-d'œuvre parisien, on en connaît sans doute moins ce type de représentation dont on pourra penser que le but ici est à l'égal de celui de l'église : récolter des fonds.
On remarquera que cette maquette est peu précise jouant surtout sur ses masses et ses lignes générales et que ni le traitement de son toit ni celui de sa façade ne sont à l'exact de sa réalité d'aujourd'hui. On sent une maquette permettant surtout de saisir en effet son implantation sur son terrain, écrasant le reste de la ville dans une abstraction, mais permettant tout de même de saisir le désir génial de Niemeyer, d'offrir là en plus d'une construction, une nouvelle place publique ouverte... Mais marcher là, arpenter cette esplanade est impossible. L'ensemble est fermé d'une grille, de caméras, de portiques qui font du Siège du Parti Communiste une forteresse peu accueillante et surtout rompant avec le génie spatial et généreux du dessin de son architecte. Il faudrait faire l'inventaire des espaces ouverts et offerts à l'espace public par les architectes et devenus des petits machins étriqués par nos peurs contemporaines : passage du dedans-dehors du centre Pompidou, Hautes-Formes de Porzamparc, Palais des Congrès de Royan, Siège du Parti Communiste... Et tant d'autres sans doute. Une forme de restriction à la pénétration.
Pour revenir à cette carte postale, on remarquera le choix d'un noir et blanc dur et avec du grain qui sans doute graphiquement permet de mieux lire l'architecture en gommant les matériaux de la maquette. La barre blanche en bas de l'image indique aussi certainement un recadrage. Et j'ai un doute sur le fait que cette maquette pourrait être la même que celle déjà éditée en carte postale et que nous avions vue ici.
Je vous donne le verso tant il est riche de belles informations : tampons, correspondances...



vendredi 29 août 2014

Tenir le Temple à bout de bras

Dans l'histoire de la Reconstruction de Royan, nous avons vu la grande diffusion de sa maquette par le biais de la carte postale. Comme vous avez tous lu l'excellent  (oui...) Royan, l'image absolue, je ne reviendrai pas sur les questions que posent une telle diffusion.
Nous avons également vu que Notre-Dame de Royan, comme lieu de culte, a eu elle aussi en son temps une carte postale de sa maquette diffusée et distribuée. C'est, pour ce type de lieu de culte, presque une norme tant les maquettes d'églises modernes furent diffusées comme moyen de souscription. J'ai dans ma collection une belle représentation de ce type de cartes postales, certaines que vous avez pu voir sur ce blog.
Mais voici qu'une petite dernière, une nouveauté envoyée par Dominique Magdelaine arrive dans ma collection. Merci encore Dominique pour cette très belle trouvaille.
La voici :



Les aficionados de la plus belle ville du Monde auront reconnu le Temple Protestant appelé parfois Centre Protestant ici représenté en maquette et... en carte postale.
Sans doute sommes-nous devant, là aussi, un objet permettant par sa vente de soutenir un peu le projet de construction et aussi d'informer sur la future forme de l'architecture de ce Temple. La carte postale ne dispose d'aucune information, ni d'architecte, ni de l'utilité de ce document, ni encore de sa date. Rien !
On sait juste qu'il s'agit d'une publication du Studio Bourdier (si vous êtes de cette famille, joignez-moi !) Studio Bourdier qui publia l'essentiel des cartes postales de maquette de la Ville de Royan. Voilà donc que cela pose plus de questions que cela ne donne de réponses... Cette maquette fut-elle présentée en même temps que la maquette d'urbanisme de la ville ? Qu'est-elle devenue ? Où était-elle visible pour les Royannais ? Comment était distribuée cette carte postale ?
Les architectes du Temple Protestant sont Messieurs Bauhain, Baraton et Hébrard même si, comme nous en informe l'ouvrage L'invention d'une ville, il semble que ce furent les deux premiers qui travaillèrent plus sur ce très beau et discret projet. Dans ce même livre, qui reste la référence sur Royan, une image va faire résonner notre carte postale d'une manière particulière !
On y trouve en effet une photographie de Marc Hébrard portant la maquette en question ! J'avoue être étonné par la taille de cette maquette...


Si l'article nous informe sur la construction et la constitution du projet, rien ne permet mieux de connaître ce lieu que de le visiter. Il ne faut pas le manquer lors de votre visite de Royan car sa discrétion est toute sa beauté. L'un des plus beaux moments de cette architecture est bien la manière dont il articule l'espace de la rue à celui du Centre Protestant qui nous accueille avec une grande subtilité découpant dans le ciel une ouverture, proposant un espace mixte ni intérieur ni extérieur sous une ombre bienveillante. Mais il faut aussi entrer et voir l'intérieur dont l'ensemble mobilier est une merveille baignée de lumière.
Et, la chaire de bois tendu et dense, me fait penser aux très belles maquettes de Sainte-Bernadette-du Banlay...

L'invention d'une Ville, Royan années 50
Collectif, Cahiers du Patrimoine.
Gilles Ragot directeur de publication.
éditions du Patrimoine.
isbn-2-85822-754-3










 







mardi 17 mars 2015

Posez l'église sur la table

Depuis que vous avez lu et aimé avec vigueur l'excellent ouvrage Royan, une image absolue, livre dont le hasard sans doute veut que j'en sois l'auteur, vous savez mon attachement à Royan, certes, mais également aux représentations de ses maquettes par les cartes postales.
En voici une nouvelle :



Sur ce site, on regarde souvent des maquettes d'architectures et surtout des maquettes d'églises dont on sait par ailleurs qu'elles permettaient parfois de faire acte de don pour leur construction mais surtout étaient des objets de communication pour éprouver la modernité de l'événement architectural que représente la construction d'une église. Royan n'y fait pas exception mais cette carte postale en noir et blanc ne présente même pas de nom d'éditeur ni même de photographe et nous donne les noms de l'architecte Guillaume Gillet, et des ingénieurs Bernard Laffaille et René Sarger. On notera une faute fréquente sur Laffaille écrit avec un seul F. Mais on note aussi que la maquette est due à la société EPI, fabricant et concepteur de maquettes architecturales.
Rien d'autre...
Pas de correspondance non plus.
Qui commandita cette carte postale ?
Ce qui est intéressant également c'est que cette carte postale permet de voir comment l'église tout en étant l'élément essentiel est aussi prise dans un programme avec un ensemble immobilier. On voit même un terrain de tennis que je crois bien, du moins je n'en ai aucun souvenir, n'a jamais vu le jour ! On voit aussi comment l'architecte Gillet a joué avec la pente du terrain et a rattrapé les niveaux du sol en articulant les entrées, en inventant un passage couvert.
La maquette ne montre pas le travail incroyable de sa jonction au sol permettant d'ajouter un passage autour de la nef et agrandissant celle-ci. Ici, sur la maquette, les V Laffaille tombent directement dans le sol.





On notera que le bas de la flèche est ouvert laissant croire à une ouverture et une entrée possible alors même que cette partie est bien fermée et devait même servir d'autel extérieur en été. Une fois de plus, le geste photographique est une imitation de l'avion qui survole l'architecture, survol ici effectué à la hauteur d'un homme se penchant à peine sur la maquette. On aime toujours le fond gris et égal, réduction superbe du monde entourant l'objet, l'isolant comme une image d'un réel qui ne permettrait pas d'en dégager la maquette.
Cette netteté de l'architecture dans ce moment de la maquette fonde souvent l'avis que l'on en donne, accentuant le dessin en écrasant les questions matériologiques dans un unisson du carton découpé. Une forme parfaite de lecture.
J'imagine toujours ce moment émouvant où, la maquette terminée, les maquettistes la déplacent pour la montrer. On a sans doute trimbalé l'église en réduction depuis chez le maquettiste EPI vers la mairie ou vers le diocèse dans le coffre d'une camionnette. Puis, arrivée à sa place, on a en quelque sorte, posé l'église sur une table.
La parole alors est prise, chacun se penche, cherche les points de vue, se plie pour inventer sur l'objet réduit, des regards souvent impossibles dans le réel. L'œil tout contre la courbe du toit, regardant le dos de la flèche, ou, accroupi sur le sol, posant comme un piéton son œil dans la rue pour apprécier le jeu de la lumière et imaginer la masse. On discute, on palabre sur la forme, sur la technique, sur le coût. Chacun donnant son avis, ses doutes.
La maquette d'architecture est toujours un objet de paroles parce que c'est un objet de visions.
"Par ici, messieurs, attention à la chaise, là, voilà, comme ça, posez l'église sur la table."

Le livre Royan, l'image absolue est toujours disponible... Ici.

Et chez le même éditeur, on peut et on doit, si on aime l'église Notre-Dame de Royan, se précipiter sur la lecture du très éclairant livre de Franck Delorme à son sujet. Ce livre sérieux, solidement appuyé sur une belle iconographie permet de faire le tour de ce monument si cher à notre coeur :
http://www.lefestin.net/leglise-notre-dame-de-royan


Comme je vous aime bien, je vous offre également un autre moment intermédiaire de l'architecture avec cette très belle publicité pour les établissement André Delau et Fils, publicité trouvée dans un numéro de la revue l'Architecture Française.
On y voit les compétences de l'entreprise parfaitement représentées par ce magnifique et rare cliché de l'église de Royan en construction et surtout de l'élancement de sa flèche dans le ciel de Royan.
Pour moi, (pour vous ?) l'émotion est totale...