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mercredi 22 avril 2026

Dieu est structure

 Des cartes postales d'églises modernes, il en existes des milliers dont certaines finissent dans ma collection. c'est vrai aussi que, simplement, il existent des milliers d'églises construites en France ou ailleurs après 1945. Certaines sont plus que connues, d'autres deviennent tout doucement des icônes, d'autres sont un peu moins connues. Je suis certain que je ne suis pas le seul à méconnaitre celle qui suit qui est pourtant, pour la Suisse d'où elle vient, l'une des plus incroyables, des plus belles, des plus surprenantes et surtout surtout de plus intelligentes si on considère son Art de Bâtir.

On pourrait même dire que la carte postale qui suit ne rend pas si bien hommage que ça à cette structure et que la frontalité de la prise de vue écrase beaucoup les triangulations et les points d'appuis qui disparaissent dans une belle façade mais qui ne dit rien de l'aventure presque baroque de ce génie de la construction. Il faut dire que l'architecte Pierre Dumas a ici poussé le risque et l'équilibre au plus haut degrés de l'aventureux, formant une audace, un geste qui reste superbe. On aime.


Mais, pour vous rendre compte de cette audace, il faut regarder autre chose que cette façade et cette carte postale et je vous invite très très vivement à télécharger ce PDF qui vous montrera des images à couper le souffle ! 

https://www.bernhard-furrer.ch/wp-content/uploads/2016/10/Vicques.pdf

Sur ce blog, on a déjà beaucoup rencontré Pierre Dumas et pour des églises d'ailleurs. Et c'est tant mieux car son écriture est variée sauf pour une chose : le goût d'une certaine visibilité des structures, comme si l'église devait portée dans ses portés maitrisées toutes les joies de la Foi, montrant ainsi que la maitrise de l'équilibre y est formalisée. Enfin...Je crois...Nous aurons sans aucun doute la chance de croiser à nouveau, un peu au hasard des trouvailles le travail de Pierre Dumas et nous aurons toujours la joie de vous le montrer. En attendant vous pouvez retourner là :
Ouf...


Si nous devions en une seule carte postale et une seule église fabriquer un archétype des églises de la Reconstruction, il ne fait aucun doute que celle de Dieuze pourrait être élue ! Tout le langage de cette typologie y est réuni : volumes francs, mélange béton-moellons, sur-jeu des vitraux, sculpture monumentale et campanile dissocié qui ressemble toujours à une tour de séchage d'une caserne de pompiers ! Tout y est et on adore ! La très belle carte postale des éditons Bertrand fait le choix maintenant académique d'un ciel blanchi (dont les photographes d'aujourd'hui sont si friands depuis qu'ils regardent mal les Becher) et d'un noir et blanc bien contrasté. C'est piqué et la lumière est belle mais il manque la couleur que je vous conseille de découvrir ici car cette église est assez audacieuse de ce coté-là aussi ! C'est rien de le dire !







On notera que l'architecte Pierre Pagnon participa également à la reconstruction du village de Moyenvic. Son église est en passe de devenir pour moi un must ! Elle est simplement incroyable ! Comment se fait-il que je ne la découvre qu'aujourd'hui ! J'ai follement envie de prendre ma voiture pour m'y rendre ! La vache ! Quel morceau de brutalisme à la française ! Et pour paraphraser Alain Delon : "église de Moyenvic, je ferai de toi une star !" Voilà en tout cas un superbe document et une belle église. J'attends le moment ou je trouverai celle de Moyenvic en carte postale.



Est-ce que comme moi vous vous êtes fait avoir ? Je veux dire...Êtes-vous bien certains de ce que vous avez sous les yeux ? Car il ne s'agit pas de l'église de Mont Saint Aignan par Dominique Lefèbvre et Daniel Rauscher les architectes mais il s'agit de sa...maquette ! Oui ! C'est bien fait le collage non ? Avouez ! La carte date l'église de 1969 et les plus fidèles (et anciens...) lecteurs de ce blog se rappelleront l'avoir vu pour de vrai en 2008. Oups...ça date...
Je vous invite donc à revoir cet article ici sur le premier volume de ce blog.
La carte postale raconte : "Ce sera notre église dans le cadre de notre Cité."
Sans doute que cette carte servait à financer un peu la construction. Comment ne pas aimer son architecture et son insertion dans ce monde. Une très belle carte postale, une belle archive.
On en a sous le pied. On vous montrera encore et encore nos belles églises modernes parce qu'elles sont un signe des Temps, des chantiers d'expériences, des lieux d'accueil et des oeuvres d'Art ouvertes à tous et toutes. Visitez-les, défendez-les, sauvez-les. Elles sont à tout le Monde.


mardi 3 mars 2026

Le Même, architecte, Royan, souvenir

 Alors là...Franchement...
Depuis la très belle et incroyable découverte des cartes postales de Heaume et Persitz par Claude Lothier (merci Claude) il m'est arrivé assez peu souvent de tomber ainsi de ma chaise à la découverte d'une carte postale qui, par son destinataire, fait vibrer la corde de la  Modernité architecturale avec autant d'intensité.
Qui plus est lorsque cette carte postale est une vue de Royan, l'une de celles de la maquette et qu'elle est en parfait état.
Étrangement, je vais commencer par vous montrer le verso de la dite carte postale car si elle comporte beaucoup d'informations, elle demeure malheureusement assez mystérieuse quant à son expéditeur ou expéditrice. 




On a donc d'abord le nom du destinataire : Henry Jacques Le Même, immense architecte que nous connaissons un peu sur ce blog mais qui est très bien répertorié et évoqué par l'Histoire de l'Architecture. Je n'ai donc pas eu de difficulté à reconnaitre la chance que cette carte me tombe dans les mains ! On note que l'adresse reste très lacunaire et que cela prouve la célébrité du récipiendaire mais aussi la gentillesse des services postaux capables de bien retrouver à Megève Monsieur Le Même. Ce qui ne devait pas être très difficile. On note, et c'est très rare, que nous avons la date d'expédition le 7 avril 1953 mais aussi la date de réception car un tampon nous indique que la carte postale fut reçue le 9 avril 1953. Cela révèle aussi une pratique de l'architecte (ou de son secrétariat) qui ainsi tamponnait les lettres et correspondances arrivant chez l'architecte sans doute pour ses archives. On note aussi que la carte ne fut pas envoyée de Royan mais de ma ville, Saint-Palais-sur-Mer, qui est juste à coté. On note encore que c'est la maquette qui est ainsi sélectionnée par le correspondant pour parler de Royan, il faut dire qu'en 1953 on est encore très très tôt dans la Reconstruction de la Ville qui "sera l'une des plus belles et luxueuses stations balnéaires." Et c'est vrai...
Pas de doute qu'il s'agit d'une correspondance voulant montrer à un architecte de l'architecture et on peut donc supposer que le correspondant sait parfaitement opérer un choix qui satisfera le destinataire. Mais qui est-il, qui est-elle, ce correspondant, correspondante ? J'essaie de déchiffrer la signature mais je ne trouve rien de bien convaincant : Fr Ventue ? Hummm.....
Si quelqu'un connait assez les amis et famille de l'architecte pour reconnaitre cette signature ce serait très utile.

Bien entendu, je ne sais pas comment Le Même reçut cette architecture en cours de construction, comment il aura exercé son avis critique sur ce projet architectural et urbain de la nouvelle Royan. Au vu de sa propre production, au vu de sa carrière, on peut supposer (et que supposer) qu'il y aura retrouvé son goût pour une architecture ouvertement moderne en sachant y accoutumer des signes plus adoucis d'une architecture régionale (les deux faces de la couverture du Front de Mer par exemple). Mais qui sait ? Difficile depuis cette maquette d'être averti de ce qui va arriver même si Le Même avait comme     architecte l'habitude de lire une maquette. Sans doute aussi, avait-il toutes les informations nécessaires comme architecte pour saisir ce qui allait se passer là, à Royan, de si moderne. On ne peut que lancer des conjonctures. Aurait-il pousser sa curiosité jusqu'à aller voir et séjourner un jour à Royan ?


Pour finir, je vous donne à voir cette carte postale du sanatorium du Plateau d'Assy, la Clairière Guériant, oû Le Même est associé à P. Abraham. On est en 1942, la carte postale est une édition C.A.P et elle nous montre ce superbe bâtiment à l'écriture si moderne. On y reviendra un jour.


mercredi 11 juin 2025

Marc Saint-Rémy mystérieux




Voilà une belle oeuvre. Voilà bien une écriture singulière, expressionniste, organique, on pourrait dire du Nord. C'est la brique en mouvement qui fait cette impression de beauté et de tendresse, une forme libre et joyeuse comme une flamme réifiée. Je redécouvre en même temps que vous cette très belle et expressive église Sainte-Geneviève de Garges-les-Gonesse. 

L'architecte en serait Marc Saint-Rémy. Voilà. On pourrait s'arrêter là tant le vide d'information sur cet architecte nous laisse un rien démunis. Comment se fait-il qu'avec une telle écriture le travail de cet architecte ne soit pas plus connu et visible, repéré ? Qui connait Marc Saint-Rémy ? Qui aurait des informations sur d'autres de ses oeuvres ? Car, si, pour lui, tout fut aussi beau et marquant, il serait bien de pouvoir lui rendre l'hommage qu'il mérite.

On notera que même l'éditeur de cette carte postale oublie déjà de nommer l'architecte. Pourtant cette édition des "images de Garges-les-Gonesse" se veut un peu précieuse car elle indique qu'il s'agit d'un tirage limité. Mais pourquoi donc ? Pourquoi ce désir d'exclusivité et de rareté pour une église moderne ?

Pas de date non plus, pas de nom de photographe. Ça commence à faire trop peu d'informations pour partager avec vous ce très beau travail. Heureusement, dans le lot, une autre carte postale du même éditeur nous montre l'intérieur de l'église Sainte-Geneviève. Et c'est très beau ce chemin de croix sur le mur de brique, c'est très beau le mobilier liturgique. Mais là encore...aucune information sur les décorateurs ou décoratrices de cette église ? Mais pourquoi manquer ainsi à ce devoir ?


Il reste une fiche Wikipédia. C'est peu mais c'est déjà ça. Si on en croit cette fiche, l'architecte serait mort à 33 ans. Tiens...c'est une curieuse coïncidence pour une église. Est-ce cette jeunesse qui fait que trop peu d'informations et d'oeuvres nous permettent d'éclairer l'écriture de cet architecte ? Sans doute. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_Sainte-Geneviève_de_Garges-lès-Gonesse

La famille de Marc Saint-Rémy a-t-elle des informations sur sa formation, d'autres oeuvres, ses rêves, ses influences ? Nous serions heureux de lui rendre hommage. Et reste cette superbe église, si originale, si subtile. C'est déjà bien pour un architecte mystérieux.

En attendant, la Google Car nous permet de tourner autour de cette superbe et complexe volumétrie d'une église qui mériterait d'être un peu plus reconnue. Magnifique. Magnifique !

Dernière minute :

Je reçois ce jour un courriel de Raphaël Saint-Rémy me permettant de corriger quelques fautes (stupides de ma part)  et d'apporter quelques précisions sur cet architecte. Merci. On y retrouve l'architecte Zavaroni que nous connaissons sur ce blog. Voilà donc un témoignage qui éclaire et donne de la vie à une oeuvre isolée et trop courte. Espérons que cela serve à mettre un peu plus en lumière cet architecte peu connu. Malheureusement les vues de la Google Car ne nous permettent pas de bien lire l'architecture des trois maisons qui sont toujours en place...Il me faudra prendre la voiture !

Cher Monsieur,

Ma cousine Jeanne Nicolas est tombée par hasard, en parcourant votre blog, sur la page que vous consacrez à l’église de Garges-lès-Gonesses dont mon père Marc Saint-Remy a été l’architecte.

Tout d’abord un grand merci à vous pour cette page, et pour vos mots chaleureux concernant cette réalisation de mon père !

Dans votre texte de présentation, vous regrettez le peu d’informations dont vous disposez le concernant. Je me permets donc de vous apporter celles qui pourraient vous intéresser : 


Marc Saint-Remy (1933 - 1966) a été diplômé DPLG (architecte diplômé par le gouvernement) en novembre 1963. 

Pour l’obtention de ce diplôme, il avait entre autres présenté au jury le projet d’une « Villa pour Orson Welles ». La maquette en plâtre existe encore. Son patron d’atelier, Otello Zavaroni, a raconté que le débat du jury avait été mouvementé, les membres les plus traditionnels refusant de cautionner un travail trop original. Cette originalité avait séduit au contraire les autres membres… 

Zavaroni estimait réellement mon père semble-t-il : ma mère Michèle Saint-Remy, épouse de Marc, raconte qu’il était allé le voir à l’hôpital (ma mère étant absente lors de cette visite) et que quand elle était arrivée, elle avait trouvé les infirmières émues aux larmes par le bien qu’il leur avait dit de son ancien élève, alors que tous le savaient condamné. 


En dehors de l’église de Garges-les-Gonesses, Marc Saint-Remy n’a eu le temps de réaliser qu’un seul projet : un ensemble de trois maisons (identiques) à Olivet (45). Elles existent toujours, et sont situées au 2543 rue du Général de Gaulle.


Je profite de ce courrier pour vous signaler deux erreurs (bénignes) sur la page de votre blog : l’église est à Garges-lès-Gonesses, et non à Garches-lès-Gonesses…

Le nom de mon père est sans particule. Marc Saint-Remy, donc (sans « de »).


Ma famille et moi tenons à vous remercier très sincèrement d’avoir créé cette page de blog consacrée à l’église de mon père, et pour votre texte si chaleureux.

Bien cordialement 

Raphaël Saint-Remy


En 2011 (oups !),  je vous montrai déjà cette carte postale. Je n'en savais pas plus. Par contre, on était déjà stupéfaits par la qualité de l'écriture de cette architecture. Cette carte postale des éditions La Cigogne ne nous informait pas plus. J'avais mis à l'époque au crayon un point d'interrogation sur l'indication de l'architecte. Je vais pouvoir le gommer et le remplacer par : Marc de Saint-Rémy. C'est bien mérité.









mercredi 29 janvier 2025

Ledoux dans l'aire

 Il y a peu d'architectes aussi iconiques que Claude-Nicolas Ledoux, sorte de quintessence de l'esprit français. Il y a donc fort à parier qu'il soit imité, singé, copié et honoré par tout le monde, allant chercher chez lui (sa radicalité) quelque chose qui fonderait une raison à faire n'importe quoi allant du fanatisme le plus crasse à de véritables hommages plus structurels, utopistes, révolutionnaires.

Comme la vie ne manque pas de sel (vous pigez la référence ?), il arrive que des amis en balade tombent sur de tels hommages dans des lieux un rien particuliers mais qui finalement vont bien à notre architecte de la révolution : une aire d'autoroute.



L'ami en question est l'un de mes brillants anciens élèves, un graveur sur bois particulièrement efficace et dont le chatoiement des noirs dispute la foison des motifs : Jérémie Lechailler. C'est Jérémie qui m'envoie donc des photos de sa découverte tout heureux de me faire savoir qu'il pense à moi devant ces machines monumentales qui doivent donc rendre une sorte d'hommage à l'architecte...hommage ici sur l'aire du Jura-Arlay. Je signale à mon ami que je connais cet ensemble, qu'il fait partie maintenant des machines un peu comiques, un peu désuètes que l'on trouve sur les aires d'autoroute, sculptures et installations qui vont des trucs les plus moches (pyramide en tôle ondulée sur l'A7) aux jubilations parfois assez nettes. J'aime bien celle-ci et on la doit à l'architecte Jean-Luc Grenard qui donc propose une sorte de petit parc de folies toutes référencées au grand architecte, reprenant les formes, l'écriture, les projets. On dirait un parc post-moderne, on dirait une salle de travail (au sens de l'accouchement) pour un Ricardo Bofill lâchant là ses derniers feux, son maniérisme giscardien ou son génie du mal. Vous déciderez. C'est exactement ce que j'aime dans cette proposition. On ne comprend pas très bien ni à quoi on joue ni comment les visiteurs sont censés comprendre l'architecture de Ledoux (et son sens) après deux heures de voitures, en roulant à 130 kilomètres heures, obligés de s'arrêter car le petit dernier à une envie urgente. Comment donc, tentant de se détendre, la famille ou le routier bulgare vont pouvoir se saisir de ce type de jardin d'utopies ? C'est touchant. J'aime cette idée.



Ici, ce que je sais pas c'est comment on arpente ces espaces et ces architectures. Peut-on entrer dedans ? Peut-on les traverser ? Leur échelle permet-elle de les comprendre non pas comme des maquettes géantes mais bien comme des architectures ? C'est quoi cet entre-deux ? Ainsi blanchies, ces constructions me font en effet penser à une table remplie de maquettes en carton-plume ou à des capsules d'Absalon. J'aimerai beaucoup aller les voir et comprendre leur sens autant comme architecture que comme hommage.

Au téléphone, en parlant avec Jérémie, un sentiment vague d'avoir une carte postale de cette aire d'autoroute flotte dans ma tête. Littéralement, je vois une image. Je cherche donc dans mes classeurs et je comprends mon collage. Je possède bien une carte en multi-vues de cette aire d'autoroute avec laquelle j'ai fait un collage mental d'une carte postale provenant, elle, du Musée Claude-Nicolas Ledoux d'Arc-et-Senans. Mon sang ne fait qu'un tour lorsque je remarque que cette carte postale précise : "réalisé en 1998 sur l'Aire du Jura de l'A39" ! Tout s'explique ! On remarque alors certains détails d'ailleurs différents entre la maquette du musée et la réalisation sur l'autoroute. Dans ma collection, les cartes du Musée sont trop grandes et ne permettent ni de les ranger avec les autres ni d'ailleurs de prendre le risque de les envoyer. Elles sont un peu...prétentieuses et j'ai tendance à préférer la version modeste de l'aire d'autoroute. On notera que la carte du Musée Claude-Nicolas Ledoux ne nomme pas alors Jean-Luc Grenard comme architecte de réalisation. 


Peut-on encore visiter les bâtiments sur cette aire d'autoroute ? Peut-on encore y acheter sur place des cartes postales ? Peut-on encore y rencontrer, la nuit tombant, un routier bulgare en manque de tendresse ? J'irai voir. Promis. On note que les photographies de Jérémie nous montrent un ensemble en mauvais état. Il serait bien de revoir l'ensemble et de lui rendre sa splendeur, sa blancheur irréelle. Au prix des péages des autoroutes...ça ne devrait pas être un souci financier...

La carte de l'aire d'autoroute est une édition Cellard qui précise donc bien Jean-Luc Grenard comme architecte.

Les cartes des maquettes du Musée sont des éditions de l'Institut Claude-Nicolas Ledoux dont les photographies sont de G. Fessy.

Les photos de l'aire d'autoroute sont de Jérémie Lechailler. Merci l'ami. Merci.

Pour voir ou revoir Bofill :
etc...









vendredi 5 juillet 2024

Les triangulaires de Guillou



 Ah ! Voilà bien l'occasion pour certains de crier à nouveau à la traitrise des images et particulièrement de la photographie !
Comment, en effet, depuis ce point de vue, comprendre vraiment la volumétrie de ce restaurant universitaire de Nantes, restaurant dessiné par le célèbre (et breton) Yves Guillou ?
Ce qui surprend si bien c'est comment l'extrémité du bâtiment semble n'être qu'une lame sans épaisseur.
Bien entendu, le restaurant universitaire n'est pas ainsi aussi étroit dans cet espace et la pointe à l'arrière nous explique mieux, par sa transparence, ce que nous devrions comprendre de cette architecture.
Cela donne au bâtiment de Guillou une véritable écriture presque post-moderne ou du moins High-Tech, écriture qui n'arrivera que bien plus tard pourtant.
Ici, un beau mur-rideau bien fin vient remplir la carcasse de béton en formant donc des branches triangulaires, comme une étoile permettant sans doute d'ouvrir largement les point de vue, produisant aussi un jeu plastique avec les croisements des regards d'une pointe à l'autre : quelque chose de ludique et de cinétique.
On peut donc assez facilement penser que Guillou avait prévu ce jeu optique, ce plaisir du développement de l'épaisseur par la circulation autour de la forme. 
La carte postale est une édition Artaud qui ne nous donne pas le nom du photographe qui a attendu un drôle de moment lumineux pour faire son cliché. L'ombre du premier plan ne laisse que peu de chance à la lumière de faire jouer la transparence des fenêtres qui semblent bien sombres. Peut-être aussi que le verre prenant trop le soleil et le renvoyant ne permettait pas d'attendre que celui-ci frappe et revienne depuis la surface vitrée en éclats trop puissants.
Dans mon Fonds, je retrouve assez facilement Guillou avec une autre carte postale que j'aime tout particulièrement pour la qualité assez étrange de son édition au-delà bien entendu de la forme architecturale qui est ainsi proposée.
L'église de Caudran. 


Tout est si propre, si net, si tendu que l'on pourrait croire à une photographie de maquette. Monsieur Marigny l'éditeur a-t-il vu ce glissement plastique possible ? En tout cas, l'église de Caudran est bien attribuée sur cette carte postale à Guillou. On admire une fois de plus comment l'architecte semble aimer les triangles, les angles pointus, les masses. Ici c'est tout le toit qui fait architecture se posant sur le sol. Il ne reste de verticales que la petite bande de pierres sous le porche creusé dans l'épaisseur et ce bandeau blanc immaculé qui dessine un A majuscule dont on ignore le sens. C'est d'une grande beauté cette image et cette architecture. Ça ne rigole pas....Là aussi, difficile de dire ce qui dessine vraiment le lieu entre l'image et l'architecture. Il ne fait aucun doute que Guillou fait une architecture d'images, prompte à faire des formes pures sous la lumière, une photogénie qui pourrait prendre le pas sur le sens des espaces. Cela se veut spectaculaire et moderne en offrant pourtant comme base une certain registre formel assez traditionnel (le toit en ardoise en double pente) ici surjoué, sur-dimensionné, exubérant, on dirait presque baroque. Comme si la Modernité ne pouvait rester ancrée dans la tradition qu'en hypertrophiant ses caractéristiques. C'est assez curieux et assez représentatif de l'époque. 
Promis, dès que je le pourrai, je vous montrerai l'intérieur absolument magnifique.

Pour voir ou revoir Guillou :

lundi 18 mars 2024

l'oubli par l'histoire d'un architecte

 Il y a des cartes postales dans ma collection dont je ne sais pas très bien quoi faire. Pourtant elles portent tous les signes nécessaires et c'est pour cela d'ailleurs que je les ai achetées. Mais, après l'enthousiasme de la découverte, je me demande bien par quel biais et pourquoi je devrais les mettre ici, à nouveau dans le registre possible d'une histoire de l'architecture et de sa représentation.
Voilà un exemple :



Oh ! comme j'étais heureux de trouver cette carte postale Iris nous montrant une belle façade moderniste d'un immeuble qui semble si typique de la production de cette époque ! Comme j'étais heureux de trouver cet immeuble bien cadré dans la verdure d'un parc comme pour en adoucir justement la grille de cette belle façade en mur-rideau !
Et, miracle, au dos de la carte postale figure bien le nom de l'architecte : A. Delessert.
Nous sommes donc à Roanne (la marraine d'Elbeuf, ma ville natale !) devant la résidence "Promenades-Beaulieu". Nous sommes en 1978.
J'avais fait des recherches pour trouver l'architecte A. Delessert et les recherches restant vaines, j'ai oublié cette carte postale, oublié cette architecture ne sachant quoi faire d'une telle image. Pourtant, maintenant, je me dit que c'est intéressant cet oubli de l'histoire face à l'intérêt de cette construction au moment de sa création et de cette prise de vue. Mais quoi faire de ce paradoxe ?
Je ne peux vraiment pas dire grand chose de cet architecte et encore moins de cette architecture depuis ce point de vue. Je peux juste dire que nous sommes heureux de penser qu'à une époque cette résidence avait suffisamment d'importance pour faire image de la ville de Roanne. Et puis...plus rien...oublié l'architecte, oubliée sa résidence, son impact dans la ville. 
L'immeuble est toujours là, avec toujours sa superbe grille. Il est juste à coté d'un autre immeuble que nous avions déjà aimé ici :
On pourrait donc penser que les constructions modernes de Roanne avaient trouvé dans la proximité de ce parc tout le loisir d'une expression franche et moderne, faisant monter leurs verticales dans une ville bien ancienne. Élan moderniste !
Google Map nous permet de mieux comprendre d'ailleurs l'intégration de notre immeuble de A. Delessert dans la ville. On note un traitement de rez-de-chaussée comme un socle bien plus brutaliste que le reste de l'immeuble, opposition franche entre les services sur la rue et l'élan des logements de la résidence. C'est bien fait, bien dessiné, presque un archétype du petit immeuble moderne pour maquette de chemin de fer. 
Elle a fière allure cette résidence ! Et la carte postale ne lui rend pas assez hommage finalement en la perdant dans la verdure.
Alors rien ne me permet de rebondir, d'accrocher le nom de l'architecte Delessert à une autre production ni à une école, une filiation. Vous savez comme j'aime rebondir d'une carte postale à une autre.
Mais qu'importe ! Voilà que je mets un tout petit peu de lumière sur Monsieur Delessert. Espérons que ce message trouvera un écho pour le replacer dans l'histoire. Cette réalisation, en tout cas, le mérite.
Je suis certain que quelqu'un viendra ici nous dire toute la place que mérite de retrouver Monsieur Delessert dans l'histoire d'une certaine architecture moderne. 





mercredi 31 janvier 2024

Royan, Henri, un architecte du Front de Mer




 
Dans ma boite aux lettres ce matin, je reçois donc une petite lettre et deux photographies d'un monsieur penché sur des plans d'architecture. L'ensemble me fut vendu comme provenant de Henri Bertrand, mais le courrier n'est signé que Henri. Certes, le courrier fait bien référence à la Reconstruction de Royan et c'est même cette adresse qui est donnée en fin de courrier mais l'auteur ne semble pas architecte et d'ailleurs s'en amuse en écrivant à ses parents. Je vous laisse lire.
Comment donc pouvoir vraiment identifier ce document et retrouver le nom de son auteur puis pouvoir enfin identifier le monsieur penché sur ces plans qui seraient donc bien ceux de Royan ?
Vous imaginez mon trouble...
On trouve bien un "bâtisseur" du nom de Henri Bertrand qui aurait travaillé aux Sables-d'Olonne mais la date de naissance me laisse perplexe au regard des photographies :

En effet, si c'est bien ce Henri Bertrand, né en 1891, cela lui donnerait sur les photographies juste après guerre plus de 50 ans...je n'y crois pas. Ce visage est bien plus juvénile et le contenu du courrier ne confirme pas que c'est là la correspondance d'un homme de cet âge.
Par contre, je trouve dans le témoignage passionnant de Monique Canellas-Zimmer sur la construction de la maquette de la Reconstruction de Royan le nom d'un Bertrand venu aider ! Il pourrait bien s'agir de mon mystérieux Henri ! Sans aucun doute.



Alors ?
Qui pour identifier ce jeune homme dessinant des plans ? Peut-être que les photos ne montrent pas Henri mais un camarade de travail de celui-ci...
On note donc que ce Henri n'est pas architecte, qu'il évoque le rendu de la maquette pour la venu du Ministre, ce qui devrait permettre de dater le document facilement. Il est aussi question de St Germain mais lequel ?

Dès que nous aurons identifié ce courrier, son auteur et bien entendu les photographies, nous verserons ces documents au Musée de Royan. Ce sera sa juste place.

En attendant, faites un tour ici, c'est passionnant : https://www.c-royan.com


Mercredi,

Chers Parents,
Je m'étonne de ne pas avoir encore reçu de lettre de vous cette semaine, il est vrai que Jacqueline me donne souvent des nouvelles.
Mon travail marche bien, je m'y suis mis très vite et il m'intéresse. D'ailleurs, je crois que les patrons sont contents de moi, je leur fignole comme à mon habitude. Les architectes me parlent comme si j'étais du métier, j'écoute les explications comme si je comprenais, ensuite j'étudie la question et me défend comme je peux, tout seul. Tous mes compagnons sont sympas, il règne une bonne atmosphère de camaraderie, je suis très libre et je peux m'absenter si j'ai une course à faire. En ce moment il y a beaucoup de travail, il faut finir la maquette fin octobre car le ministre de la reconstruction doit venir la voir, on va s'amuser. Question chambre, je suis toujours à l'hôtel, je me suis renseigné les chambres sont assez chères par ici 5 ou 6000 fr par mois. Au restaurant, je mange très bien et ce n'est pas tellement cher 250fr le repas vin à volonté, et il est à coté de mon travail.
Donnez-moi de vos nouvelles de St Germain. Avez-vous passé une bonne journée dimanche et j'espère vous vous entendez bien avec Jacqueline. je commence à me faire à ma nouvelle vie, je prends des habitudes, mais je ne sors pas beaucoup, où voulez-vous que j'aille tout seul. D'ailleurs le pays n'est pas très drôle. En ce moment, il pleut assez souvent, mais il fait assez chaud.
En espérant vous lire bientôt je vous quitte et vous embrasse bien affectueusement.
Henri.
Agence des Architectes, Front de Mer, Royan, Charente Maritime





lundi 29 janvier 2024

Libreville, libre à vous

 C'est toujours spectaculaire ce genre architectural, genre qu'on pourrait appeler baroque-moderne ou syndrome Brasilia. Je veux dire des gestes dans le dessin voulant affirmer une originalité et un désir d'image du bâtiment bien avant son fonctionnalisme, disons simplement son rôle.

Comme disaient les Venturi : "i am a monument."

Ce geste formaliste, tout en évidence de spectacle, on le trouve souvent dans des espaces voulant rattraper en quelque sorte trop rapidement leur retard moderne ou voulant afficher de manière trop évidente leur jeunesse, leur adhésion au Monde Moderne.
Faut que ça pète !
Alors, devant ce genre architectural souvent maladroit, trop marqué, on peut sourire assez vite en  raillant l'impression d'une architecture de bande dessinée de science-fiction, d'un caractère fictionnel évident : c'est osé.
C'est vrai que ce morceau est tout inscrit dans cette veine. On hésite entre une agence de pacotille voulant imiter un décor pour James Bond ou un Futuropolis arrogant rempli de machins tarabiscotés pour valider le Futur qui se doit de ne pas être normal et donc spectaculaire.
Quelque chose donc de surjoué dans l'étrange, faut épater le badeau ou le responsable politique qui veut que l'on se rappelle être passés là.
La vache ! C'est moderne ici !



Nous sommes donc à Libreville au Gabon devant la Tour de l'Immeuble du 2 décembre grâce à une très belle carte postale dont la photographie est de J. Trolez que nous connaissons sur ce blog pour une exceptionnelle et magnifique carte postale qui reste l'une de mes préférées de ma collection :
J. Trolez, ici, cadre un détail dont on pourrait croire, depuis ce point de vue, qu'il est le tout. On devine que c'est bien alors ce morceau qui fait l'événement architectural du bâtiment, qui en donne sa quintessence moderne.
L'effet tient de la ziggourat, de la base de fusée gràce aux empennages, du détail d'une pièce mécanique d'un presse-agrume électrique. Ce qui fait exotique c'est bien entendu, ici, le champ coloré avec un dégradé de Terre de Sienne un peu trop rose pour être honnête. On passera sur le contraste entre les huisseries des fenêtres avec effet miroir (trop top !) et la maigreur des morceaux de béton, minces comme des découpes de balsa d'une maquette promotionnelle.
Sur cette carte postale, l'architecte est nommé : GAU. Je ne trouve rien de très clair sur cet architecte ou sur ce qui ressemble plus à une agence. On trouve bien une agence GAU à Montpellier mais j'ai du mal à croire en un lien entre cette production et celle de cette agence. Qui aurait un éclaircissement à faire ?


Sur cette autre carte postale, toujours de J. Trolez, on recule un peu pour mieux comprendre le bâtiment et comprendre sa forme globale. On devine aussi le travail de couleur ainsi qu' une sorte de soucoupe volante venant se poser derrière la tour. Difficile donc de comprendre cet ensemble qui semble pourtant conséquent. La vue satellitaire est plus utile. Malheureusement, nous ne pouvons pas depuis Google Map en faire le tour.
Doit-on donc s'amuser, se moquer de ce type d'architecture ? Ne doit-on pas justement en aimer la presque naïveté moderne, le surjeu plastique, la volonté d'existence comme une cagole trop maquillée ?
Car si on aime les projections en carton de l'artiste Bodys Isek Kingelez, espace de jeu et de rêves, il est plus difficile de comprendre le besoin d'inscrire ce genre de décor dans le réel et donc dans l'usage. Peut-être que la volonté de surtout faire image sera ce qui peut sauver ce genre. Il y a, en tout cas, pour moi, très peu de chance pour que j'aie à éprouver mes yeux face à face avec cette architecture. Alors, derrière sa photographie, je peux bien vivre mon rêve et mes projections comme je veux. Libre à vous d'en faire de même ou de faire le voyage !
Et qui aurait les archives de Monsieur Trolez ?
Pour revoir un autre exemple en Afrique de ce type un peu (beaucoup) raté : https://archipostalecarte.blogspot.com/2020/11/le-cas-cacoub.html






mercredi 30 août 2023

Atlas Régional Nécessaire



Et si, comme tout le monde, on avait envie d'enfoncer les portes ouvertes ?
Et si, comme tout le monde, on faisait semblant d'inventer un inventaire, de fabriquer un genre, de construire un fonds ?
On sait aujourd'hui que le débat sur la bonne santé du pavillonnaire n'en finit pas de passer par des phases de rejets et des phases de retour en grâce sans que le modèle et son image ne soient finalement analysés. L'architecture sans architecte des pavillons est-elle le nouveau vernaculaire si chers aux lecteurs trop superficiels de l'oeuvre de Walker Evans ? Faudra-t-il un centre d'art pour faire semblant de donner de la noblesse dans un second degrés depuis cet art de la  représentation d'un certain bonheur architectural ?
Qui pour nous faire croire qu'il aurait inventé là quelque chose, avant tout le monde, fabriquant une oeuvre  sautant du dégoût admis à l'exaltation de cette défaite de la culture architecturale par l'Art Contemporain ?
Moi ?
Allez...je suis assez tenté.

Finalement, on peut piller, classer, ranger et chanter partout que ce regard en coin, de biais, amusé serait sérieux puisqu'il aurait reçu l'aval (et l'amont de l'Histoire ?) de critiques qui ne fréquentent pas finalement ce genre et, surtout...ces lieux....Sauf Claude Lévêque peut-être. Oui, je veux rester attentif et même attendri à son étrange parcours.

Pour le  BeurCore c'est fait et c'est fait depuis longtemps maintenant. Remercions ceux qui mettent un nom sur une pratique de requalification culturelle : Sara Sadik.
Ne reste que le paysage des gilets jaunes qui ne soit pas encore récupéré par les Fashion Addicts, les marques de luxe, les revues de décoration intérieur comme AD qui propose de réfléchir sur l'angle droit en s'appuyant sur les quelques villas et maisons bulles : on rigole.  On attend avec impatience un article de AD sur Gifi ou But et le design populaire. 
Alors, ils viendront les artistes contemporains pour remanier à leur sauce ce monde de l'étalement pavillonnaire. Ils viendront à contre-courant pour croire inventer un regard, un mouvement, un territoire. On pisse au quatre coins de ce que l'on peut ( les Pays, les non-lieux, les hétérotopies etc) et, finalement, les lotissements de pavillons pourraient bien servir à ça. Et faire semblant d'aimer ce que tout le monde déteste ça donne de l'épaisseur intellectuelle, le fameux pas de coté de l'artiste en manque d'originalité.

Je sais de quoi je parle. (vous avez raison, c'est de bonne guerre)

La laideur architecturale peut-elle être finalement à l'origine d'un mouvement politique et esthétique qu'il faudra écrire ? Comment justement cette laideur a-t-elle pu séduire et se construire une image de lieu habitable ? Qui a définit cette esthétique du bonheur et pourquoi tout une classe sociale s'y est reconnue ? 
C'est quoi cette maison ?
Peut-être que pour comprendre comment cette dérive esthétique a pu exister, il faut se retourner sur les documents graphiques et promotionnels des fabricants, des promoteurs, des constructeurs ? Comment ont-ils représenté cette vie et ce type architectural et sur quel signe ? Et que disaient-ils aux futurs acheteurs de ce monde de propriétaires fait d'un morceau de terrain recouvert en partie par une architecture a minima, une sorte d'image préfabriquée du bonheur ?
Sur les trois exemples que je vais vous monter, ce qui saute au yeux c'est que le mot architecture n'est jamais employé, pas plus que le mot architecte. N'apparaissent que constructeur et maison. On note aussi que les maisons sont toujours représentées seules, sans le contexte et le prospect, comme si la maison, le pavillon n'étaient pas insérés dans un lotissement, qu'ils étaient perdus dans la nature dont on ne sait pas bien ce qui la constitue d'ailleurs. On note les efforts du photographe pour éviter ce voisinage. La forme globale est toujours la même, un habitat plat surmonté d'un toit en double pente que seule la variation des détails pseudo-régionaux viendra compléter. La couleur des façades et l'apparition minimale du bois (volets, poutres...) finissent de donner à ces constructions un semblant de caractère régional. Rien d'autre. On note que les constructeurs ne communiquent pas sur les plans intérieurs, sur le déploiement des espaces, sur l'originalité d'un lieu de vie. Non, l'argument essentiel est celui d'une certaine tranquillité reconnue comme accessible financièrement. Le coût reste l'argument essentiel. On parlera d'accessibilité.
Il reste difficile de dire qui a commencé, je veux dire est-ce que les constructeurs donnent aux futurs acheteurs l'image exacte de l'attendu d'un futur propriétaire ou bien est-ce que les acheteurs se trouvent finalement devant un marché du pavillon ne lui donnant comme modèle que celui-ci ? 
Dans ma collection, ce genre de cartes promotielles est assez fréquent et il fut même une période ou je l'ai boudé...
On observe l'usage fréquent de la photographie comme mode de représentation des pavillons mais qui est souvent accompagné de peintures et de dessin. Pour l'instant je n'ai trouvé aucune carte montrant des maquettes et on peut s'en étonner car la maquette fut bel et bien un objet de représentation en cartes postales et je me souviens de certaines maquettes de pavillons sous des globes de plexiglass chez des promoteurs. Sans doute que le constructeur préfère communiquer sur du réel, sur de vraies constructions ce qui appuiera sa réputation et prouvera la confiance qu'il a déjà reçu de la part de nouveaux propriétaires. C'est du solide en quelque sorte. On ne sait absolument rien des artistes et des peintres ayant travaillé pour ces constructeurs. Souvent, les représentations ne sont même pas signées. Comment les constructeurs recrutaient donc leurs dessinateurs ? Je ne sais...
Le ciel est bleu, les arbres sont verts, les familles sont  dehors et les enfants jouent. Le bonheur donc. Rappelez-vous ici :

Je note qu'au verso de la carte des Maisons GTM et Compagnie, le constructeur ne s'adresse qu'à l'homme du foyer puisqu'il est demandé de cocher une case pour savoir si "Madame" travaille !

Autre remarque sur ce mode de publicité choisi et l'utilisation des codes de la carte postale : on notera que très très peu de promoteurs d'appartements ont utilisé ce mode de représentation et de diffusion commerciale, en tout cas c'est très faible par rapport à la construction des pavillons. Il y aurait comme un certain accord entre ce mode d'habitat et la carte postale, comme une culture commune de la représentation de la vie à la campagne, une sorte d'idéalisation de l'habitat individuel, se référant sans doute à la maison de campagne, la fermette, le petit cottage tranquille, voir le manoir, une représentation rassurante, loin des axes routiers et de la concentration urbaine, croit-il.
C'est en ce sens que je considère qu'il y a bien là l'invention d'un genre et que je me dois ici de le diffuser et de le révéler. Chaque constructeur ayant essayé de coller à son terrain régionaliste, à son Pays, à son monde, on pourra facilement fabriquer un inventaire et même, localisation par l'image oblige, on pourra inventé un A.R.N : un Atlas Régional Nécessaire.
Nécessaire ? Oui, car il est temps de sauver cette imagerie populaire de l'architecture, cette vision de l'habitat et de l'urbanisme. Il faut montrer comment ce rêve fut et est encore diffusé largement. Et, vous verrez que, comme d'habitude, c'est par ce second degrés permanent qui agite notre époque actuelle que l'on pourra peut-être vraiment étudier notre monde. Ce monde n'est pas underground, il n'est pas invisible, il ne mérite aucun sourire en coin, amusement, petite satisfaction auto-centrée post-anthropologique ou sociologique pour Art Contemporain en panne de sujet, ce monde c'est celui que j'habite, le mien, le vôtre peut-être. Et on emmerde les visiteurs du jour, capteurs d'images, cette petite aristocratie culturelle et bourgeoise qui s'encanaille à la campagne, qui vient nous voir en safari, le fameux zoo de la France tranquille et qui produit un arpentage condescendant de la diagonale du vide pourtant... si peu vide.
Alors ? On y va ?
On les fait chier à notre tour ?

pour voir ou revoir des articles sur cette questions :