mardi 17 septembre 2024

Linkedin et Ronchamp : étonnements et réalité

 


Sur mon fil d'actualités du célèbre site Linkedin, je vois un article de Rafael-Florian Helfenstein consacré à la restauration de La Chapelle de Ronchamp et qui s'étonne que celle-ci ne soit pas que de béton mais qu'elle est aussi en grande partie faite de pierres. Il a bien raison mais c'est cet étonnement qui m'étonne un peu.



Il suffit de regarder les images du chantier (celles de Charles Bueb par exemple) pour savoir cette vérité bien connue, peut-être, c'est vrai, seulement des aficionados de Corbu. Mais cela est assez signifiant de l'image que l'on se fait de Le Corbusier dont les titres ronflants ou populaires de roi ou pape du béton armé ont inscrit dans l'imaginaire collectif son impossibilité d'avoir oeuvré autrement qu'avec ce matériau. Il y a bien de la pierre chez Corbu, de la brique et du bois aussi ! Voir les fameux et étranges Murondins.
Et comme par un hasard heureux, j'ai trouvé il y a peu (elles sont arrivées hier dans ma boite aux lettres) ces deux photographies :




Je les avais d'abord acquises pour leur représentation assez rare sous ces angles de l'Abri des Pèlerins mais si on regarde bien, on voit clairement le chantier de La Chapelle en cours et donc...les pierres montées les unes sur les autres. Voilà qui est clair.
Comme il s'agit pour ces deux photographies aux bords blancs de photographies de particulier, elles restent anonymes et ne sont pas datées non plus. On aurait aimer voir des clichés du chantier de La Chapelle elle-même. Impossible de savoir si ce photographe en a fait ou s'il a décidé de photographier uniquement les bâtiment achevés. C'est le drame de la récupération des archives privées, à la fois toujours possiblement originales et souvent parcellaires et peu éclairantes sur les désirs du photographe. Cela restent de superbes et rares documents et l'ambiance des images, vous avouerez, y est assez particulière.

Alors il faut remercier Rafael-Florian Helfenstein d'avoir divulgué son étonnement car il est toujours, toujours bien de jubiler de nos découvertes, de nos surprises et de vouloir les partager. 
En espérant qu'il ait d'autres choses à nous faire découvrir et que ce blog et notamment l'histoire de Charles Bueb lui permettent d'autres enchantements.
Bien à vous.
David Liaudet

Pour revoir Ronchamp en chantier :

Pour revoir toute l'histoire de Charles Bueb et de Ronchamp :






dimanche 8 septembre 2024

Royan, Nouvelles Vagues...

 Je ne compte plus les articles sur mon blog relatifs au Front de mer de Royan encore actuellement totalement défiguré et dont le portique a disparu.
Alors quand j'apprend qu'enfin les travaux vont commencer et que les "vagues" vont disparaître, je ne vais pas bouder mon plaisir et je vais féliciter la mairie de Royan de prendre les choses en main.
Reste à voir ce qui va prendre place...
Là...
Si on en croit ce qui est présenté, il ne s'agira pas de revenir à un état d'origine mais bien de céder à un nouvel ordre moral bien marqué par les questions contemporaines que l'on nous inflige un peu partout : le Patri-washing.
Notamment la fameuse végétalisation qui viendra donc littéralement ré-encombré l'espace, encombrement accentué par la construction de pavillons devant le Front de mer...On devine bien comment cela va finir.
L'impression que donne ce nouveau projet (SCE Ateliers Up+) c'est celui d'un nouvel encombrement, certes, cette fois, "végétal" et qui donc ne souffrirait d'aucune critique (puisque dans un certain air du temps) mais bien d'un encombrement tout de même ne permettant pas plus que les vagues, une lecture franche et directe de l'architecture, c'est à dire que nous assistons à une éradication du sens premier de son urbanisme et de ses circulations. Le bannissement de l'automobile (et ce malgré l'apparition magique d'une Ford Mustang sur les documentations de communication de l'agence SCE Ateliers Up) est le signe d'une dégradation du sens premier de l'architecture du Front de mer. Le cruising, spectacle de l'auto, avait son sens dans la fabrication de ce Front de mer. C'était un héritage à prendre en compte.

On peut, bien entendu, le remettre en cause. Mais si la réponse c'est une forêt "tropicale" d'influence brésilienne (si si c'est ce qu'on nous raconte...) on ne va pas rire longtemps. 
Ce qui m'inquiète le plus ceux sont les "bijoux d'architecture" à "l'écriture patrimoniale" prévu donc devant le Front de mer et en lieu et place du portique. J'en imagine déjà la qualité architecturale genre découpe au laser et blancheur avec un toit plat, les images de communications en ce sens sont épouvantables ! De faux pavillons bas de gamme de Jean Prouvé : c'est déjà ignoble. Pourquoi, au lieu de singer l'architecture des Trente Glorieuse ne pas alors oser la fabrication d'un nouveau Patrimoine à venir en confiant ces pavillons à de grands architectes ? En faire une sorte de collection de pavillons contemporains ? Comment l'A.B.F peut laisser passer ça devant le Front de mer ?
Et la présence de ces pavillons et ce qui les accompagnera (chaises, tables, parasols, panneaux racoleurs des restaurants) finira bien par ne plus laisser respirer l'espace soi-disant libéré et à produire un nouvel écran à l'architecture.
Comme je ne suis pas royannais, et qu'il y a peu de chances maintenant que je le devienne, je ne sais plus très bien ce que je dois penser des avancées ou des retours patrimoniaux sur cette ville. Peut-être que je n'arrive tout simplement pas à renoncer à un fantasme, un rêve, une impression. La mairie a l'air de vouloir être dans une énergie et c'est déjà formidable.

Mais je crains que l'enfer soit pavé (littéralement) de bonnes intentions, de petits signes patrimoniaux, de couleurs locales pour faire "années cinquante" en lieu et place d'une véritable écriture moderne se stratifiant sur l'héritage au risque d'un fantôme de ville, certes bien ombragée mais n'étant plus que de citations. Comme un nouveau bombardement d'idées reçues sur les qualités d'un écologisme simplet fait de plate-bandes filtrantes ou de copies décevantes des pavements de Roberto Burle Marx...Faire des signes urbains n'est finalement peut-être pas plus radical et nécessaire que des vagues bleues des années 90.

Alors...j'abandonne encore un peu mon lien avec la plus belle ville du Monde. 
On "verra". 
David Liaudet

Voilà la présentation du projet. Amusez-vous à compter les marinières framboise et les doudounes bleu marine et la jeunesse, ce qui induit, de fait, une certaine idée de la praticabilité attendue de la ville et de ses usages :

Je fais un choix de deux cartes postales qui montrent bien la simplicité et la radicalité du rapport entre architecture, plage et circulation à l'époque : une certaine horizontalité franche, presque une minéralité admise et souhaitée aujourd'hui complètement rejetée et détruite dans le futur projet "végétal" et animé de signes patrimoniaux.
On rigole à gorge déployée quand, avec beaucoup de sentiments sans doute, un habitant lors de la réunion, réclame un pavillon qui rendrait hommage au casino disparu...On se demande lequel en fait...celui d'avant-guerre sans doute...

Pour revoir Royan sur mon blog (bon courage...) c'est ici :
ou encore :
Pour revoir mes cartes, allez à Royan, elles ont toutes été données à la Ville.
Sinon...trouvez et lisez mon livre....

Une édition Chatagneau Elcé (où sont vos archives ?) expédiée en 1961 :
Une édition Bauch, expédiée en 1958 :





lundi 2 septembre 2024

Nous les gilets jaunes de l'Art, de l'Architecture et du Patrimoine


Dans "Ministre démissionnaire", ce que j'aime le plus c'est démissionnaire surtout avec Rachida Dati. La démission lui va comme une fragrance de Dior, à la fois un peu trop capiteuse et s'évaporant bien vite.

On aurait pu croire (j'y ai cru, je suis naïf que voulez-vous...) que ce dont elle se réclamait comme perturbatrice du jeu des émancipations lui permettrait un regard et surtout une action dans le domaine de la Culture et de l'Art. On aimait le coté Vintage de son attachement aux M.J.C ou sa vision de la télévision des Trente Glorieuses : un mélange des dossiers de l'écran avec beaucoup de bonne nuit les petits... On voyait bien la petite fille de banlieue faire son chemin mais la petite fille a pris l'émancipation comme une vengeance de classe, un peu comme Annie Ernaux ou comme le maintenant triste car devenu trop iconique, Édouard Louis. Fais gaffe, devenir une image ce n'est bon pour personne, Eddy.



Rachida, elle, elle ressemble de plus en plus à Stephen, ce serviteur trop zélé joué par Samuel J. Jackson dans le film de Tarantino : "Django Unchained". Au lieu de prendre le risque de sa liberté, elle se plie aux manières des dominants pour en tirer les privilèges. Ma grand-mère qui travaillait aux tissages sur des métiers épuisants me racontait souvent comment, parmi les ouvrières, il y en avait toujours qui accéléraient la cadence de production lors des visites des patrons pour se faire bien voir de ceux-ci et des contre-maîtres, obligeant les autres ouvrières à suivre cette cadence infernale. Ma grand-mère me racontait aussi que la vengeance ne tardait pas et que la collaboratrice zélée des patrons retrouvait ses chaussures clouées au sol dans les vestiaires...On aurait du clouer les Louboutin de Rachida au parquet du Ministère de la Culture avant qu'elle parte.

Madame Dati a raison : il y a bien une aristocratie culturelle. Elle s'exerce surtout par les filiations, par les héritages, par des carrières toutes tracées sur celles des parents ayant souvent eux-même hérités. On en entend souvent sur France Culture qui viennent raconter leur "chemin de vie" comme étant normal alors-même qu'il n'est possible que pour cette aristocratie si particulière de la Culture. Les héritiers sont ainsi presque devenus avec l'aide d'une sociologie (elle-même souvent formée d'héritiers qui s'auto-observent) des figures normatives : une catégorie finalement acceptable voir légitimée par un monde en vase clos. 

Papa faisait des performances rigolotes, je vais en faire aussi. Atavisme du ridicule.

Il y a bien aussi une aristocratie des lieux culturels, certains espaces devenus des églises à sachants, des rond-points de l'entre-soi culturel.  La France en est couverte en été.
C'est difficile pour ceux qui rêvent de créer d'autres espaces plus ouverts car le risque c'est alors de tomber dans une autre catégorie socio-culturelle : le si libéral tiers-lieux...Voyez par exemple la "friche Darwing" à Bordeaux. C'est effrayant :

Un jardin "flou" type friche conscientisée (Oh! merci Gilles Clément) une tatoueuse des murs couverts de grafs + des Start-up sur palettes recyclées + de la bière locale Bio = le lieu culturel d'aujourd'hui ?

Et puis il y a les complices, les artistes eux-mêmes ayant saisi d'ailleurs souvent avec intelligence ce que réclame à la fois l'aristocratie culturelle et ses espaces protégés de notre époque. On voit alors ces artistes partir en safari dans la diagonale du vide pour remplir des centres d'Art, des F. R.A.C amusés de leurs découvertes si étranges : les vrais gens. On les voit toujours voulant faire participer ceux qui vivent-là vraiment à cet Art Contemporain, art qui semble comme une couleur dont on habille les agriculteurs que l'on photographie, dont on écoute à peine la parole, sans comprendre que le récit de la chasse au sanglier est bien plus l'oeuvre culturelle qu'il faudrait sauver en lieu et place d'un regard faussement complice sur des citoyens n'ayant pas les signes culturels pour comprendre qu'ils sont (littéralement) déguisés, instrumentalisés comme des objet anthropologiques libres de droit. On appellera ça la condescendance contemporaine. 

L'artiste contemporain vient donc détourner les signes d'une culture qu'il effleure pour y coller ceux de l'Art Contemporain et s'amuser, comme un (ou une d'ailleurs) potache, s'amuser de ce que lui sait du si fameux second degrés et que l'autre, l'indigène (ce mot ne me fait pas peur), lui ne sait pas. Tout cela avec la morale habituelle de ceux qui se croient en position de faire descendre une culture vers une autre, c'est à dire établissant de fait eux-mêmes la hiérarchie des valeurs culturelles. Et puis...il ou elle rentre chez lui, chez elle. Il est à quelle heure le train pour Paris ou celui de Nantes ?

Vous savez, ceux qui s'étonnent qu'il y ait des graffitis sur les murs des granges en campagne....Ils ont l'impression d'y avoir vu quelque chose. Ils font des inventaires.
Ou celui-là qui dort dans une bouteille géante. Il a le temps (sur qui ou quoi le prend-il ?) de dire au monde que ses loisirs sont de l'Art. Admirez ma fantaisie si libérée, JE performe, voyons !

Au moins, Edouard Levé, ses vanités dans Oeuvres, lui n'avait fait que les écrire....

C'est donc une autre forme de petite bourgeoisie, sourire en coin (toujours Duchampien) qui fabrique une expérience plastique souvent creuse et qui se vide dès que les signes sont visibilisés, dès que la surface ironique des choses est percée. Mais on rit au dépend de qui ou de quoi dans leur monde ?
Est-ce bien là ce que voulait dénoncer Dati ? Est-ce, au contraire, ce qu'elle voulait soutenir en associant la ruralité (qui serait donc de fait en manque de cette Culture) à cette vision de l'Art ? Ruralité qu'il faudrait donc corriger car pas assez frottée à l'autre monde, celui justement auquel elle, Rachida, elle a voulu appartenir ?


Je vous conseille de lire ça. C'est hallucinant ! Le maillage en Province (et donc en ruralité) des écoles d'Art y est...simplement...absent...Bien joué le Ministère de la Culture.

Approchent les Journées du Patrimoine, ce rendez-vous joyeux, populaire (il faudra faire une étude sur le public populaire de ces Journées) qui a pour objectif d'éparpiller façon puzzle l'émerveillement culturel sur tout le territoire, dans toutes les catégories de ce Patrimoine dont, une fois encore, on se demande qui en définit les bords dentelés. Car ce qui a été oublié et qui est redécouvert semble bien maintenant devenir de fait du Patrimoine. Le monde ouvrier est maintenant muséifié. Pas au Pakistan, je vous l'assure.

Le risque de ce genre de manifestation c'est bien de remplacer l'histoire par ce qu'on n'ose plus appeler du Folklore mais par une manifestation culturelle et inclusive. Ce serait parfait. À ce titre, les Régions cherchent, chacune leur tour, ce qui les constituent comme territoire culturel, comme particularité, une image facilement assimilable, pas plus dure à enfiler qu'un T-Shirt Gauguin acheté dans les rues de Pont-Aven.




Le retournement culturel du Havre en est un autre exemple affligeant. Certains appellent cela la gentrification, en fait c'est un rapt social appuyé sur la Culture.

Alors, certe, il est toujours bien de penser à un certain partage de la Culture et de l'Art, de penser que c'est toujours bien d'être informé, de pouvoir visiter, ici ou là,  les chiottes de l'Élysée ou le vestiaire des mineurs de fond mis, pour une journée, sur le même plan. Mais il y a toujours quelque chose qui manque, qui, je devrais dire, a disparu : la Culture justement. Car si il y a quelque chose qui ne devrait pas pouvoir se fabriquer parce que, dans une société vivante, elle émane, c'est bien la Culture, cet objet étrange qui ressemble à un blob, toujours mouvant, toujours glissant mais qui est fait de ce que produit une époque et surtout, surtout de ce qui est constitutif d'un apprentissage en commun d'un héritage commun de formes et de pensées qui devraient nous appartenir à tous. Pour cela, il faut la pratiquer la Culture et pas la déclarer. Je suis désolé mais oui la Culture est par nature conservatrice.

Savez-vous qu'il y a des étudiants et des étudiantes au Beaux-Arts en troisième année qui ne sont jamais allés au Louvre ? Ce n'est pas de leur faute. Non. Mais la faute de qui alors ? Qui ou quoi faut-il blâmer ?

Rachida, t'aurais pu, à nous les culs-terreux provinciaux de l'Art, de l'Architecture et du Patrimoine nous donner des tickets de train et de bus pour qu'on vienne à Paris avec les gosses voir les musées.

Peut-être que le Louvre est devenu un objet trop violent pour notre jeunesse ? 
Vaut mieux commencer par Assassin's Creed ? 
Comme cette figure masquée qui courait sur les toits de Paris lors de l'inauguration des Jeux Olympiques, exacte image de là où on en est du maniérisme des signes culturels par trop sur-joués et humidifiés des larmes pathétiques d'une Daphnée Burki dont les nerfs lâchent devant l'apparition, dans son réel, d'un wokisme attendri et, pire que tout, d'un wokisme qui s'excuse d'en être...
Costumé en quelque sorte en émotion incontrôlable et donc sans pudeur. Sans pudeur.
Une fontaine en quelque sorte, une fontaine de Duchamp bien entendu.

Même pas honte.







Alors il ne fait aucun doute que la mobilisation pour le Patrimoine aura bien lieu, que les gens y trouveront des joies et des plaisirs, qu'ils y découvriront des espaces, des histoires, un sens commun avec un peu de chance. Tant mieux. Deux jours de communion populaire.
Pour ma part, j'irai voir les travaux de la Synagogue d'Elbeuf, voir si elle est ouverte à la visite. J'ai envie de retrouver quelque chose qui, même de très loin, m'appartient réellement, comme un sentiment culturel, quelque chose, en quelque sorte, qui m'appartient oui malgré moi. 

Malgré moi.

Walid Riplet

PS: En haut de l'article, comme un cul de lampe prémonitoire, je vous offre cette carte postale du nouveau pont de Sens, dans l'Yonne. Cette carte postale des Éditions Nivernaises, nous montre un objet peu regardé aujourd'hui par le Patrimoine et son public. Pourtant, il est bien dessiné ce pont, il est utile, il correspond parfaitement à cette thématique des Journées du Patrimoine. Et, avec un peu de chance, il vous emmènera vers le Centre Commercial de Sens, dessiné par Claude Parent et Jean Nouvel.
Une certaine idée de la France, de ses provinces et de ses trésors. 
Admirons comment le photographe a cadré cette photographie laissant un grand aplat de gravier au premier plan, nécessaire pour le pont entre dans le cadre et que, d'un ciel bleu étendu et vide, le pont se jette sur une petite barre moderniste. Superbe image vernaculaire pour autochtones.
La bise de Sens.

vendredi 30 août 2024

L'Abbé Pierre aimait les maisons en béton



Non, non, je ne serai pas de ceux qui courent après l'Abbé Pierre au nom d'une sainteté présumée qu'il n'a jamais réclamée. Non, l'Abbé Pierre a fait assez de bien dans sa vie pour qu'on retienne surtout cela même si, bien entendu, cela justement n'enlève rien à ses mauvaises actions. 

L'Abbé Pierre était chrétien, accordons-lui ce qu'il réclamait pour les autres: compassion, compréhension, pardon d'un simple pécheur parmi d'autres.

Voilà. On parle architecture ?


Je n'en reviens pas que le témoignage des cartes postales permet , une fois encore, de se saisir d'une certaine histoire du logement social et d'urgence. Nous avions, (pour les plus fidèles d'entre vous dont vous êtes) pu voir comment à Brignais l'expérience des Maisons Ballons de l'Abbé Pierre a été enregistrée. Mais ici, ce qui me séduit particulièrement c'est que l'on voit les Maisons Ballons dans leur espaces et qu'elles sont habitées et aussi que c'est Combier qui enregistre cette expérience grâce à son si célèbre service de vues aériennes. Il est donc certain pour cette carte postale, par rapport à celles que nous avions publiées, qu'elle fut bien diffusée régulièrement dans les lieux habituels de vente de cartes postales ce qui implique une certaine reconnaissance au moins locale de l'expérience. On note que la carte postale est affranchie en 1971 mais est bien plus ancienne. Une main attentive a noté que les maisons furent détruites dès 1973 ce qui leur fait un temps de vie très court...Pourquoi donc ?

Quand on regarde cette carte postale, on pense immédiatement aux Maisons Ballons de Dakar et il ne fait alors aucun doute qu'il s'agit bien là du système de maisons de Wallace Neff, système de béton projeté sur structure gonflable et réutilisable.

Restent des questions ouvertes à des chercheurs, des historiens de l'architecture : comment l'Abbé Pierre a cru trouver dans ce modèle une solution au logement d'urgence ? Comment donc furent commanditées ces constructions ? Avec la participation de Wallace Neff ? Le lotissement photographié ne comporte que cinq Maisons Ballons sur un terrain dont les jardins sont à peine esquissés. Comment les familles furent choisies ? Quelle réception positive ou négative ces maisons si particulières ont reçu de la part de leurs habitants et du reste de la ville de Brignais ? Et pourquoi cette histoire, il me semble, est complètement oubliée alors que la Maison des Jours Heureux de Jean Prouvé pour le même Abbé Pierre est devenue une icône malheureusement inutile à sa cause ?

En regardant au compte-fil, je remarque devant l'une des Maisons-Ballons une silhouette qui regarde l'avion passer au dessus d'elle. C'est touchant cette présence.

Alors ? Combien encore de surprises aussi importantes pour l'Histoire de l'Architecture aurons-nous à découvrir ? C'est bien ce qui semble un infini qui nous donne encore cette énergie et la certitude que les cartes postales sont bien une source plus qu'à privilégier dans des recherches. C'est une forme presque neutre pour des archives joyeuses, populaires, accessibles à qui s'en donne la peine.

Qui à Brignais, qui à la Fondation Abbé Pierre sera raconter cette histoire ?

David Liaudet




Pour voir ou revoir les Maisons Ballons de Brignais ou d'ailleurs :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/10/lautre-maison-experimentale-de-labbe.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2022/05/des-bulles-de-beton-pour-les-sans-abri.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/08/labbe-pierre-et-sa-boule-zero.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/wallace-neff-est-gonfle.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2021/01/y-bon-nichonville.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/06/dair-et-de-beton-wallace-neff-dakar.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2022/11/maisons-ballons-demandez-miguel-mazeri.html


dimanche 18 août 2024

Vous auriez des assiettes moches ?*




Dans les traces populaires de la réception du Patrimoine Architectural Moderne, il y a bien beaucoup de possibles. Les cartes postales en font partie bien entendu mais aussi des articles sur l'architecture dans des revues non-spécialisées, les sacs plastiques, les portes-clefs bref souvent des objets de souvenir ou de tourisme produits en grand nombre.

Il en va alors comme des cartes postales et c'est notre étonnement à découvrir ces objets qui nous trouble bien plus que les objets eux-mêmes car, finalement, on reconnait bien leur droit à exister, presque leur logique. Si une construction moderne est populaire, reconnue, visitée, pourquoi donc, en effet, ne serait-elle pas représentée comme plein d'autres objets touristiques dans des artefacts aussi communs ? Alors ? Pourquoi cet étonnement si ce n'est qu'aujourd'hui cela nous semblerait impossible.

L'assiette-souvenir fait bien partie de ces artefacts. Je les collectionne.
Enfin...je devrais dire que, comme pour les cartes postales au début de ma collection : je les ramasse.
Je veux dire par-là que ce qui compte c'est la rencontre au petit hasard, sous une pile d'assiettes décorées, de tomber sur une qui concerne notre intérêt. C'est ce moment-là qui compte vraiment le plus, ce moment de surprise, de rencontre, ce Ah... qui réjouit et qui étonne. Vous allez, sans doute, à la lecture de cet article, vous-même pousser ce genre de petits cris étouffés de bonheur (si, si, je vous l'assure).

Pour ce faire, je vais commencer par un chef-d'oeuvre, sans doute le clou de ma collection, l'une des assiettes-souvenirs les plus incroyables, je devrais dire improbables, de part l'objet architectural ainsi représenté mais aussi de part son style qui lui est si ostensiblement éloigné !



Alors ? Je vous avais prévenu !  
Voilà bien une assiette en quelque sorte programmatique de ma collection ! Celle-ci est un ensemble de signes qui me font de l'oeil comme si il était impossible que je ne la possède pas. D'abord, bien entendu, l'architecture représentée : l'église Sainte-Bernadette du Banlay à Nevers par Claude Parent et Paul Virilio. Il n'est plus la peine de dire ici ma relation avec ces architectes. L'autre signe est la date : 1967 ! Ma date de naissance ! 
On admirera comment J.M pour A.Montagnon a réussi à traduire les traces du banchage du béton par de simples mais si beaux petits coups de pinceau formant la matérialité du béton de Nevers : remarquable traduction. Sur la page Wikipédia, j'apprends d'ailleurs que la Famille Montagnon fut bien à l'origine de la poursuite de la grande tradition de la Faïence de Nevers et c'est vraiment une joie de voir ainsi un art populaire, ancien, venir se croiser avec une architecture moderne. On note aussi la belle simplicité du décor.
On voit là, déjà, dans ce mélange des genres (style et objet) quelque chose qui nous rappelle immanquablement le travail drôle et puissant d'un Wim Delvoye. Si la famille Montagnon pouvait nous raconter son approche de Sainte Bernadette de Nevers ce serait fantastique... Y-a-t-il eu d'autres exemples de l'utilisation et de productions avec comme motif Sainte-Bernadette du Banlay ?
Quelle joie cette assiette !

Je continue avec une autre production s'accrochant à une tradition de la céramique : Rouen.
Je continue avec donc un autre type de proximité personnelle :




Je ne suis pas allé bien loin pour trouver celle-ci ! Mais avouez que là également, le désir de croisement entre architecture moderne et contemporaine et fabrication  traditionnelle est bien réussi et nous emporte avec un certain étonnement mais aussi avec un certain humour.
Le dos nous informe aussi un peu.
Et...j'ai un doute sur la réalité du fait main du décor central, celui de l'église du Vieux Marché de Rouen dont les architectes sont Arretche et Gaudin. Une oeuvre magnifique d'ailleurs, absolument immanquable. J'ai raison ! Avec mon compte-fil, comme pour mes cartes postales, j'observe nettement que l'image centrale est tramée...Donc il s'agit d'une décalcomanie apposée et cuite. Je pense que le décor main de Marli est seulement réservé pour les bords qui reprennent bien les teintes et motif de la céramique de Rouen. On note que le modèle porte le numéro 241 ce qui pourrait signifier qu'il existe d'autres modèles d'assiettes avec un autre motif de l'église. Je ne sais pas si cette assiette a eu un grand succès commercial, si elle fut produite au moment-même de la construction de l'église et je n'ai jamais revu ni à Rouen dans les boutiques ni ailleurs ce modèle-ci.

Toujours une tradition de céramique et toujours un contraste :




C'est la toute première de mes acquisitions ! Le doigt dans l'engrenage ! Reconnaissez-vous la construction au centre de cette assiette en bleu de Delft ?
C'est écrit au dos mais sans le nom des architectes : Maaskant, Van Dommelen, Kroos et Senf. J'en aime l'audace du point de vue sur cette superbe architecture et l'idée de la glisser dans un décor aussi marqué historiquement. On notera tout de même un certain flou, une certaine mollesse du dessin peu précis. On dirait que ça a trop cuit ! Mais comment ne pas être séduit immédiatement par ce choc des représentations. Difficile là aussi de savoir ce qui a déterminé et ordonné ce besoin de fabriquer un tel objet, de savoir comment il était distribué.

Même si, comme pour les cartes postales, j'aime mieux les vues simples que les cartes en multi-vues comment donc renoncer à l'acquisition d'une telle pièce :







On notera là encore le choix du bleu comme signe d'une certaine tradition de la céramique peinte. J'adore la réduction graphique des représentations des architectures et toutes celles-ci ne vous donnent-elles pas envie de vous rendre à Toronto !
Faisons la liste des architectures représentées :
- Ontario Place et son dôme : Eberhard Zeidler, architecte
- Roy Thomson Hall : Arthur Erickson, architecte.
-New City Hall :Viljo Revell associé à Heikki Castren, Bengt Lundsten, Sepo Valjus.
(sans doute l'une de mes architectures préférées)
- la tour panoramique, CN tower qui occupe le centre de l'assiette.
On ne cherche pas où pouvait bien être vendu ce genre de souvenir ! C'est assez clair. On notera tout de même que cela démontre que la ville se reconnait beaucoup dans son architecture moderne et contemporaine qui est perçue comme une attractions, a place to be.
Là aussi, l'assiette est bien une production industrielle mais ici qui n'est pas rattachée à une tradition de la Faïence mais en reprend tous les signes. Une petite étiquette nous indique même que l'assiette aurait été produite...au Japon...

Attention ! Monument !




Voilà donc une assiette nous montrant le Berlin moderne, celui de l'après-guerre, celui de l'Ouest aussi. Je pense évidemment que ce type de production date d'avant la chute du mur. Comment résister à un tel esprit à la fois de synthèse du dessin et absolument kitch pour le bord de l'assiette ! Quel mélange audacieux ! On voit donc parfaitement l'église du Souvenir de l'Empereur Guillaume (Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche) en ruine reconstruite par Egon Eiermann (un chef-d'oeuvre absolu) et l'immeuble avec le logo Mercedes sur son toit, l'Europa-Center, par les architectes Hemut Hentrich et Hubert Petschnigg. On ne peut pas faire plus occidentale et internationale comme architecture. On notera avec amusement que le logo Mercedes côtoie la minuscule croix de l'église et la domine un peu. Cette assiette fut produite par Schedel Bavaria dont on admire la marque au dos de l'assiette.
Et l'inscription Berlin Bleibt Berlin (Berlin reste Berlin) est assez touchante et encore vraie aujourd'hui.

Voici l'une des plus spectaculaires et qui me fut offerte par Claude Lothier. Merci Claude :
N'est-ce pas merveilleux comme souvenir de New-York ?






Tout est réussi : dessin, couleurs, mise en scène de l'Empire State Building. On devine facilement où cette assiette a, sans aucun doute, été achetée, surtout que le dos de l'assiette enfonce le clou de manière claire et très complète ! On note tout de même que l'Empire State Building est entouré de deux autres architectures du Vingtième Siècle : le Coliseum et Palais des Nations Unies. On note aussi l'absence du World Trade Center, ce qui permet à mon avis de dater cette assiette d'avant sa construction. On note encore que cette superbe qualité de fabrication est de la célèbre fabrique Johnson Brothers England. Il s'agit donc d'un produit d'importation. Quelle merveille !

Avec le même motif central et toujours à New York :





Même si cette assiette reprend bien les codes graphiques anciens (on pourrait y voir un hommage à Little Nemo) il ne fait aucun doute qu'elle est bien plus contemporaine que la précédente. Un détail le montre clairement : une nomination du Kennedy International Airport. J'adore le dessin de la ville au pied de l'Empire State Building ! Petits volumes tout nets. On aime voir là encore le Palais des Nations-Unies et aussi le Rockfeller Center. 






Certaines architectures sont en quelque sorte attendues dans ce genre. Quand la laideur de certaines constructions rejoint le kitch, le surjeu des objets du souvenir...tout s'accorde pour une production assez caricaturale. Pas de doute que les machines du Futuroscope hurlant leur modernité et leur pseudo-avant-garde auront su trouver dans ces objets une certaine forme de légitimité. En ce sens, ces deux productions que je ne boude pas, sont exemplaires.
Les deux sont "signées" Yves Deshoulières" dont on ne sait pas si il s'agit du concepteur ou du fabricant.




Ce très grand plat nous montre donc l'Hôtel de Ville de Villerupt. Mais pourquoi donc ? Pour qui ? Qui décida un jour que cette petite architecture moderniste mériterait ainsi une production aussi ambitieuse ? Le dos nous réserve la surprise d'une production en Longwy décorée "à la main" ! Tout cela sent tellement les années 50-60 ! Surtout ce glacis noir profond dans lequel brillent de petites étoiles. Cadeau de la Ville de Villerupt pour des invités privilégiés ? Et combien reste-il de ce modèle  que je trouve si touchant dans son désir de bien faire. Peu d'infos sur les architectes Gilbert et Laporte de cet Hôtel de Ville très moderniste pour en dire quelque chose mais le bâtiment semblait très bien dessiné.



Et comment ne pas finir avec cette assiette que j'ai achetée hier (!) et qui me décida à vous montrer ma collection. Je n'ai pas grand chose à vous dire encore sur Royan, vous savez la place de cette ville dans ma vie et dans mes rêves d'y vivre malheureusement pas encore aboutis. On notera tout de même que ce n'est pas une production d'une grande qualité, ni le dessin, ni les choix graphiques ne permettent de se réjouir vraiment...On devine que le Casino est encore debout, ce qui signifie que le modèle du dessin est antérieur à sa destruction mais je reste persuadé que cette assiette-souvenir de Royan est bien plus récente que ça. Et choisir Notre-Dame et la Conche en lieu et place du Marché est aussi, pour moi, la certitude qu'il doit exister des assiettes de Royan avec le Marché. Cela ne fait aucun doute.

Pour finir, vous aurez compris que si j'aime me faire surprendre comme hier avec l'assiette de Royan, il y a forcément des bâtiments que j'aimerais trouver. N'importe quelle construction de Le Corbusier me ravirait et pourquoi pas Ronchamp par le céramiste Bézard ami de Corbu ? Et le centre Pompidou ? Je suis certain qu'il existe aussi des assiettes de ce bâtiment...Et pourquoi pas aussi rêver à des assiettes-souvenirs de Sarcelles, Grigny ou des Tours Nuages de Nanterre...Qui sait...
Continuons de chercher.
Pour voir les céramiques de Bézard, ami de Le Corbusier :
Ne pas oublier l'excellente revue Profane qui aime regarder ce genre d'objet autour de l'architecture :

* c'est l'expression détournée de celle que j'utilise pour demander et nommer normalement des cartes postales moderne sur les vides-greniers.

Dernière acquisition (21 septembre 2024)

Trouvée à l'instant aux Emmaüs, elle pourrait être l'archétype de ce que je cherche. Voilà une assiette d'une petite taille qui reprend avec beaucoup de qualité la Tour d'Auguste Perret à Amiens. On aime le graphisme très serré et les choix de couleurs un peu éteintes. On note le fabricant : création Almi, fait main inscrit sur une étiquette. On doute du "fait main" mais qu'importe ! Voilà un bel exemplaire qui va rejoindre ses camarades dans ma collection !



Dernière donation (dimanche 22 septembre) :

Hier, alors que je me suis rendu à Piacé pour les Journées Européennes du Patrimoine, Nicolas Hérisson qui depuis des années maintenant réveille le souvenir de Le Corbusier et de Robert Bézard dans cette petite ville de la Sarthe m'a offert cette assiette. Elle a la particularité d'être une ré-éditon d'un modèle créé par Norbert Bézard pour être vendu en souvenir à Ronchamp. Le Corbusier ayant pour l'apiculteur-céramiste de la Sarthe une véritable amitié, notre architecte avait soutenu le travail étrange et brut de ce paysan moderne dans la ruralité.
Bien entendu, on sort un peu de mes autres acquisitions parce qu'il s'agit bien d'une assiette-souvenir mais qu'elle ne possède peut-être pas, par son histoire, la liaison un rien naïve du surgissement d'une architecture moderne dans le champ touristique. Quoique...
Et puis, adoubée par Le Corbusier lui-même, cette production revue un peu à l'aulne de l'Art Contemporain lui donne une aura que l'amitié et l'engagement de Nicolas pour Piacé rendent toute particulière. Comme quoi, comme pour le ready-made, les circonstances de création et de donation d'un objet fabriquent tout autant sa perception et sa réception. Quelle soit la bienvenue dans ma collection et un immense merci à Nicolas Hérisson pour ce très touchant et beau cadeau.
Pour en savoir plus sur Norbert Bézard, Le Corbusier et Piacé, c'est une très belle histoire. Une visite s'impose !




Le mardi 6 mai 2025 :
Il fallait que ça arrive et cette collection ne serait pas sérieuse sans une assiette de la Grande Motte car, après tout, c'est bien par une carte postale de la Grande Motte que j'ai commencé ces blogs. Comment résister à cette magnifique assiette marron dont les délicats tons de brun rivalisent les uns les autres pour donner à cette assiette du bonheur l'image d'un vieux grès ?  L'éditeur de cette assiette-souvenir "fait main" (faut bien rêver) est La Cigale. Merci à eux pour ce si bel objet.




samedi 17 août 2024

Les Beautés d'Israël

 Il existe pour les amateurs d'architectures modernes des pays qui résonnent comme des utopies réalisées, comme des lieux prouvant dans le vrai les chances d'une certaine réalité concrète et bâtie.
Les amateurs d'Urbex appellent ça un spot.
Le Brésil et bien entendu Brasilia ou Rio, les pays de l'ancienne U.R.S.S. font partie de ces espaces imaginaires ou imaginés, vus aussi comme des lieux et des pays remplis de merveilles vraiment construites. Royan aussi.

Dans mon imaginaire, un autre pays me fait cet effet : Israël.
Nous avons déjà évoqué ici sur mes blogs certaines architectures ou certaines créations venant de ce pays. (voir en fin d'article)
Mais voilà que je rassemble depuis peu quelques nouveautés et je crois que c'est le moment de vous les montrer, de les partager. On verra que des croisements et des hasards un rien détachés de l'Architecture ajoutent à mon vif intérêt pour certaines constructions, certaines villes de ce pays.
Se croisent chez moi plusieurs choses : d'abord Julien Donada m'envoie un lot de cartes postales de ce pays et me laisse en faire quelque chose. Puis, depuis les vide-greniers j'y ajoute un peu de mes trouvailles et enfin, je passe une partie de l'été à regarder la série Shtisel sur Arte et j'aime tenter d'y comprendre les articulations urbaines, les manières d'habiter et de traverser les espaces publics et intimes par cette famille.  En ce sens, le balcon semble un lieu essentiel des appartements. C'est passionnant rien qu'à ce titre, cette série ! Et je l'avoue la présence de Yoav Rotman n'est pas pour rien aussi dans ma joie de la regarder. Hanina Tonik est le personnage que je préfère. Rien que son nom est magnifique.



On sait tous comment, par exemple, l'héritage (peut-être un peu mythifié) du Bauhaus aurait couvert la ville de Tel-Aviv de constructions, comment il va de soi aujourd'hui de dire que c'est le spot idéal pour voir cet héritage. Sans doute.
J'aimerais bien faire ce voyage pour vérifier la densité de ce rêve et sa réalité. Je ne sais pas à quel point cette réputation est surestimée. Mais, même si elle est un peu usurpée, j'en aime l'idée et ça ajoute à mon désir mais surtout à ma projection imaginaire. Et vous le savez, je ne suis pas un grand voyageur, c'est le moins qu'on puisse dire...

On commence ?


Cette magnifique carte postale de l'Hôtel de Ville de Bath-Yam (Municipal Building) nous montre donc une construction dont Julien nous indique sur une petite note manuscrite être de Zvi Hecker, Alfred Neuman et Arieh Sharon. Si le bâtiment me laisse coi d'admiration et d'étonnement, il faut dire que la carte postale est elle aussi parfaitement construite avec ce personnage en scooter qui semble nous présenter le bâtiment. Bien entendu le jeu plastique de la façade qui semble entièrement occultée et les volumes sur le toit dans un bleu du ciel nettoyé donne à l'Hôtel de Ville une image primitive, presque africaine. La carte est une édition Isranof à Tel Aviv, non datée et sans nom d'architecte.


N'auriez-vous pas comme moi envie de réserver une chambre dans ce superbe hôtel Deborah (Debrah) de Tel Aviv ?
On y reconnait là un style international, on pourrait bien trouver cet Hôtel à Rio. Un bloc s'articule sur la rue (sans doute les services de l'hôtel) et en surgit une tour qui abrite les chambres. Admirez la mosaïque sur la façade, la saignée verticale sur la tour qui affine la verticalité du bloc, en allège aussi sa masse, on devine une immense terrasse sous des voiles de couleurs au second étage. Je trouve le nom de l'architecte : Yitzhak Toledano. Pour voir ce qu'il est devenu cet hôtel :


On ne boude jamais notre plaisir de voir un Hilton ! C'est toujours un grand moment ! Voici donc le monstre de Tel-Aviv !
La carte postale de E. Stanek voudrait nous laisser croire un un bâtiment surgissant derrière la végétation, comme un paradis au loin. Il a le droit à une page Wikipedia qui nous donne Yaakov Rechter comme architecte. Merci. J'adore ce genre de grosse machine implacable.


Une carte postale sur laquelle figure une Renault 8 est toujours une bonne carte postale même si ici évidemment nous regardons tous la belle barre qui se glisse derrière. Nous sommes devant le Trade Center de Ashdod grâce là encore à une carte postale Isranof. Pas grand chose à vous en dire...si ce n'est une certaine ambiance que, étrangement, nous pourrions reconnaitre comme familière.


Cette vue aérienne de Haifa est particulièrement spectaculaire car assez archétypale d'une certaine idée de la Modernité. Des petites barres jetées sur un terrain laissant entre elles des espaces verts, des axes routiers bien déterminés, une blancheur de bon aloi...tout cela sent l'héritage des CIAM ou plus exactement de la Ville Radieuse. J'adore.


Pour finir, cette belle vue de Tel-Aviv dont il est aisé d'aimer immédiatement la densité urbaine et quelques beaux morceaux d'architecture. 
On devine la superbe et brutaliste tour IBM-Tower appelée aujourd'hui Europ-Israel Tower qui domine tout. Absolument magnifique ! Si on en croit la page Wikipedia qui lui est consacrée, les architectes en seraient A. Yaski et J. Sivan.
Devant, un bâtiment tout en courbes blanches, c'est Asia House par l'architecte Mordechai Ben Chorin. Le contraste entre les deux constructions fabrique un très beau morceau de ville. Vous pourrez les revoir mieux ici :
On espère que nous aurons l'occasion de rencontrer d'autres beautés d'Israël. 
Pour ma part, je vais me plonger dans la thèse de Jérémie Hoffmann. Il parle de livres d'enfants, de sable, de blancheur et même un peu de Royan. J'ai trouvé quelques infos dans cette thèse mais j'ai vraiment envie de la lire avec densité. Voici ce lien :

Histoire de la ville blanche de Tel-Aviv: l'adaptation d'un site moderne et de son architecture.
Jérémie Hoffmann, sous le regard de Richard Klein, ce qui est un excellent signe.
Bonne lecture.

Je remercie Julien Donada pour son envoi.

pour voir ou revoir Israël sur ce blog :