samedi 15 décembre 2018

L'architecture est dans le sac

Il y a ceux qui collectionnent les cartes postales d'architecture et ceux qui collectionnent les sacs plastique sur lesquels figurent une architecture.
Figurer ici prend tout son sens et chacun se débrouille avec ses monomanies.
Éric Monin a donc une maladie particulière qui se nomme (et il doit être le seul à en être atteint) : Archisaccuplastikophilie.
Mais je te rassure, lecteur, lectrice, Éric Monin est normal, il est même Professeur en Histoire et Cultures Architecturales à l'ENSAP de Lille, c'est dire s'il a le bras long pour porter ses sacs.
Alors, avec une telle maladie, a-t-on, en France encore le droit d'enseigner ? N'est-ce pas contagieux ?
Si, un peu, il est à parier que l'un des étudiants ou étudiantes de Lille deviendra fiévreux et apportera le matin en cours, un sac récolté pour leur Mentor, ou, déformant la maladie, deviendra à son tour malade des cendriers avec des architectures, des porte-clefs avec portraits d'architectes, des savons d'hôtels avec l'immeuble sur l'emballage. Je crois, pour ma part, que le T-shirt d'architecture a un avenir certain, j'ai pris de l'avance.
Mais voilà, Éric Monin est partageur et se fait fi de toute prophylaxie en montrant sa collection, en la partageant et donc depuis peu en l'éditant dans un livre superbe et bien surprenant. Il a cru bon de demander à des amis, des collègues, des connaissances de produire des textes pour (et c'est un retournement surprenant) pour illustrer ses sacs.
Et la liste des participants est impressionnante, on pourrait croire que l'ensemble du corps enseignant ou de la critique architecturale est venu là rendre un vibrant hommage au malade et aux signes de sa pathologie. On y retrouve des amis et des connaissances comme Xavier Dousson, Gilles Maury ou encore Monsieur François Chaslin mais aussi votre serviteur qui, lui, a subi une fièvre brésilienne.
Mais avant tout, l'ouvrage, sous un angle bien particulier, questionne avec humour et légèreté la réception de l'architecture dans l'art populaire, redéfinit aussi l'image du Patrimoine et de comment on s'y reconnaît et surtout comment il fait signe. Le sac plastique, léger, emballant, voué après usage au déchet arbore donc ainsi la trace de la ville, sa représentation, son adresse. C'est la beauté de cette collection, partir du commun, presque du rien pour mieux appréhender nos images de la Ville.
La gageure était de faire de cet objet souvent trop reconnu et ingrat, un objet lisible. Et là, il faut le dire ce numéro spécial de la revue Profane y réussit avec brio (pas la lessive warholienne quoique...)
La mise en page et la qualité graphique sont époustouflantes ! Réellement magnifiques !
Les sacs sont posés dans des aplats de couleur, les uns contre les autres, de page en page la foire est ouverte ! C'était pourtant bien difficile comme pari de montrer avec autant de joie sa maladie. On note aussi une surprenante couverture faisant affiche et un emboîtage de toute beauté. Diable !
Si vous êtes comme moi un féru d'objets éditoriaux curieux par leur sujet et originaux par leur forme, il vous faut ce numéro ! Remercions Audrey Corregan pour ses photographies mais qui remercier pour la mise en page et les choix graphiques ? François Havegeer et Sacha Léopold ?
Merci. Bravo Monsieur Monin.

Alors, sans hésitation, offrez-vous ce numéro, ce bel ouvrage. Je suis certain que comme moi, vous vous surprendrez à fouiller avec frénésie dans votre bas de placard de cuisine pour voir, si par hasard, vous n'auriez pas vous aussi un sac palpitant pour Monsieur Monin.

Archisaccuplastikophilie
une collection d'Éric Monin
photographie d'Audrey Corregan
Profane, Hors-série
30 euros, achetez votre exemplaire chez un libraire indépendant



























































































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