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dimanche 13 mars 2016

Une proposition de week-end à Royan





Il est toujours heureux de voir que les cartes postales que l'on collectionne depuis 25 ans servent à quelque chose et ici, tout particulièrement, à souhaiter un anniversaire.
En effet, le très beau marché de Royan fête ses 60 ans ! Il a su rester jeune, coloré, joyeux et surtout populaire, aimé autant de ceux qui y travaillent que de ceux qui viennent y faire leurs emplettes chez des commerçants dont la qualité des produits (fromages et poissons !) reste un must.
Le marché de Royan est, rappelons-le, l'œuvre de messieurs Simon, Morisseau, Sarger et Laffaille. Il est à la fois un geste pur et d'une grande élégance empruntant une partie de son vocabulaire à celui de la nature mais il est aussi un objet technique époustouflant qui lui valut d'être un peu partout copié sans être jamais égalé (là... oui... je suis partial !)
Voilà donc que le service culturel de la ville de Royan décide de faire cette année une très belle et passionnante exposition retraçant sa construction mais aussi les hésitations des concepteurs ayant d'ailleurs, d'abord, conçu un modèle bien plus dans l'héritage Beaux-Arts que brésilien. C'est tant mieux et cette hésitation et ce choix sont bien ceux de la ville toute entière. On admirera en particulier le très beau plan du premier projet repris au crayon de couleur et laissant apparaître le nouveau... Génial document !
Plans (d'une grande beauté plastique et d'un intérêt technique indéniable), dessins, photographies... et cartes postales (comme je suis fier !) viennent donc se donner à voir et à lire pour comprendre la genèse d'un des hauts lieux de l'architecture de Royan et de notre Patrimoine des Trente Glorieuses. Le Comité de Vigilance Brutaliste apprécie vivement que les très belles tables fabriquées pour son exposition à Royan soient ainsi ré-utilisées. Merci aussi d'avoir cette idée de reprendre des extraits de mon livre Royan, une image absolue. Ça fait chaud au cœur ! Une visite s'impose donc !
C'est gratuit !
Vous pourrez ensuite visiter l'autre marché de Royan, à Pontaillac, devenu le Musée de la ville et y trouver une incroyable exposition sur Royan pendant la seconde guerre mondiale. Les documents, les textes et aussi une scénographie ambitieuse (incroyable !) vous permettront de comprendre comment une ville fut d'abord presque un lieu de villégiature pour soldats allemands en goguette puis deviendra comme toutes les villes de France, une ville sous l'occupation avec les drames épouvantables qui l'accompagnent pour enfin, ville martyre, finir sous les bombardements difficilement justifiés au Napalm et être ce qu'elle est aujourd'hui, une des plus belles villes de la Reconstruction.
Au retour, vous ne manquerez pas la très belle réunion d'œuvres de Robert Groborne, Lucien Hervé et Anna Mark au Centre d'Art Plastiques, sous les Voûtes du port de Royan. Les trois artistes dialoguent magnifiquement, se répondant formellement et ajoutant l'un à l'autre, matières, lumières, cadrages.
C'est gratuit !
Pour manger, une seule vraie bonne adresse : Le Petit Bouchon sous les mêmes Voûtes du port et pour dormir dans une ambiance vraiment années 50, au bord de la mer, l'Hôtel Le Trident Thyrsé vous attend. Tiens... assis là, j'entends en ce moment même Brigitte Bardot... Je vous le dis... Je crois aux forces de l'esprit !
On pourra aussi se réjouir de la restauration en cours de Notre-Dame de Royan et admirer le ravalement spectaculaire et juste du très beau Front de Mer qui sera complété bientôt par la reconstruction à l'identique de son portique. (euh... oui ? oui !)

Bon anniversaire Marché de Royan ! Bon anniversaire à toi !

Merci Charlotte de Charette et les services de la Ville, pour votre travail et votre accueil.

Merci aussi à Monsieur le Maire pour votre vibrant appel à sauvegarder à Royan toutes les villas et architectures de la Reconstruction dans un parfait état d'origine ! On vous prend aux mots, Monsieur Quentin ! Je crois que maintenant que l'éducation à l'architecture de votre ville par le menu détail est bien faite et solide et visible, il serait temps de penser aussi à un peu de répression sur les attaques éhontées et sans autorisation dont font preuve certains de vos administrés sur ce Patrimoine ! Tolérance zéro pour ces destructeurs de Patrimoine ! Honte à eux !

Vive Royan ! Vive la plus belle ville du Monde !

Quelques adresses :
Centre d'Arts Plastiques, Voûtes du Port, l'exposition se tient juqu'au 28 mars.
http://www.cap-royan.com/

Atelier Culture et Patrimoine
exposition sur le marché de Royan jusqu'au 30 avril.
http://www.royan-tourisme.com/fiche/detail/345889/Sejourner~A-l-affiche/EXPOSITION---MARCH%C3%89-CENTRAL

Musée de Royan :
http://www.pays-royannais-patrimoine.com/communes/royan/musee-de-royan/

Hôtel Le Trident Thyrsé c'est ici pour l'article :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/05/system-of-down-not-for-royan.html
ici pour réserver :
http://letridentthyrse.fr/

Le petit bouchon :
http://www.lepetitbouchon17.com/

Quelques images pour vous donner envie de venir :





Regardez avec quelle sens du pratique, cette marchande de plantes a su faire une étagère dans le creux de l'architecture du marché et comment ce marchand de nappes a fait, sur la perspective du boulevard, un beau travail de peinture ! Je suis fier d'être fils et petit-fils de forains !  J'adore ça !





J'essaie de faire une vraie carte postale :














 



Petit clin d'œil à ce très bon livre...



Le premier projet en rouge, le second en bleu !









 



Excusez mon obsession, mais le marché de Royan et bel et bien en Fonction oblique, légère certes, mais en Fonction Oblique tout de même !

 



 

  




dimanche 6 octobre 2013

Gros bisous de Royan



Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo ! Merci !
Venez passer une demi-heure avec nous à Royan.
Pour accompagner l'exposition autour des photographies de la reconstruction de Royan produites par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (M.R.U), un film est réalisé par Jérôme Couroucé.
J'ai la chance d'avoir participé à ce film et vous pourrez ainsi me voir, cartes postales à la main, guider le réalisateur sur quelques lieux de Royan.
Le film propose des regards habilement croisés de personnalités allant d'un historien local, à des habitants, un architecte et nos amis animateurs du Patrimoine de la Ville de Royan.
En espérant que cela vous permette de faire enfin un petit tour de la plus belle ville du Monde en partie avec votre serviteur, vous comprendrez sans doute mieux grâce aux belles images de Jérôme Couroucé ce que je peux aimer dans cette ville de Royan.
Je vous reparlerai plus en détails de l'exposition du Fonds du M.R.U car la question de la représentation de la ville à sa naissance y est essentielle.
Et pour encore aimer voir, une petite sélection de nouvelles cartes postales.
Bonne visite !



Cette carte postale C.A.P pourrait vous sembler bien banale et d'une certaine manière elle l'est ! Car après tout viser la plage, la mer et le ciel bleu ajouté sur le noir et blanc c'est bien là l'essentiel. Mais comme souvent le détail permet de se régaler de constructions bien plus particulières. Ici, ce qui m'intéresse c'est ce détail-ci :



On y voit parfaitement l'escalier extérieur de la Villa " le Vent du Large" de Louis Simon, architecte. Cette villa d'une très grande qualité de plan, sachant parfaitement jouer avec son implantation reste spectaculaire par sa façade d'une facture abstraite incroyable dont l'escalier sans garde-fou à lui seul fait le spectacle. Je vous propose une photographie tirée de l'excellent guide architectural Royan 1950 d'Antoine-Marie Préaut.





Cette carte postale Elcé (Chatagneau) nous montre les Nouvelles Galeries sur sa place toute neuve. Ce bâtiment dans sa forme générale n'a pas bougé mais de très beaux détails sont maintenant altérés. Mais ici, il est à son apogée, venant offrir sa modernité au Boulevard Aristide Briand.



Royan.
Royan totale.
Royan parfaite et finie, Royan tourne autour de son Casino qui, du ciel, semble comme une mécanique de montre de précision, battant d'un tic-tac sonnant l'heure de sa reconstruction achevée, le compte-à-rebours de sa désaffection et, aujourd'hui, la sonnerie de sa nouvelle prospérité.
Ce moteur sera reconstruit.

Royan : Photographies de la Reconstruction (1950-1961)
Archives photographiques du M.R.U
du 30 septembre 2013 au 20 janvier 2014
Musée de Royan.


lundi 24 mars 2014

Le flou photographique d'une ville neuve

La permanence du point de vue est bien l'un des sillons photographiques de la carte postale que je veux regarder avec vous.
Cette obsession à venir cadrer la ville de quelques points de vue particuliers interroge bien les rapports qui existent entre une ville, un objet urbain et sa construction d'images. On pourrait penser que les photographes de cartes postales, en affirmant année après année, d'éditeur en éditeur, ces quelques cadrages identiques, font preuve d'une sorte de légèreté ou même de fainéantise du regard face à la ville. Sans doute qu'il y a un peu de ça, la concurrence entre les maisons d'éditions obligeant à avoir dans le catalogue le même modèle de vue.
Mais sans doute aussi que la ville elle-même doit dire d'emblée comment elle doit donner ses spécificités, ne laissant aux cadreurs, pour qu'elle soit vue, pas d'autre choix que de venir là !
Voyons cela :






Nous avons donc deux cartes postales de deux éditeurs différents Tito et Cap prises du même endroit, un étage au carrefour de la rue de la République à Royan. Tout le monde remarquera facilement que quelques mois, quelques années séparent les deux cartes postales et l'affranchissement nous le prouve aussi. 1955, 1957.
La ville  de Royan est prise sur la première carte postale alors qu'elle est toute neuve, toute jeune et de beaux détails nous montrent que certaines boutiques ne sont pas tout à fait terminées mais enfin, la vie est là dans la ville reconstruite. Il est aisé de comprendre que le photographe vient là car il sait que, même si Royan est une ville balnéaire, il y a ici dans cette expérience urbaine, un marché à prendre et qu'on vient à Royan dans ce début des années 50 autant voir la ville que la mer.





 Il faut donc éditer des cartes postales qui montrent ses nouvelles rues, ses nouvelles constructions pour que, les habitants, les habitués de la ville d'avant-guerre et les nouveaux arrivants puissent communiquer cette renaissance urbaine et ce qui fonde sa modernité. Mettons-nous à la place de quelqu'un qui aurait connu Royan en 1937, venant s'y baigner et qui aurait après la guerre et la période de la reconstruction remis les pieds pour la première fois dans cette ville dont rien, absolument rien ne lui permettra de s'y retrouver !
Quel choc ! Il devait bien y avoir à Royan une avidité à montrer, envoyer, diffuser ce renouveau.
On pourrait affirmer dans une forme à rebours de l'histoire que Royan vit alors son "effet Bilbao" !
Ce qui fait ce renouveau sur ce point de vue c'est la courbe de la rue de la République bordée d'immeubles modernes dont sur sa gauche, les brises-soleil viennent inventer un rythme régulier aujourd'hui totalement défiguré par les marchands de vérandas. Il faudra nettoyer tout cela rapidement !



Mais la rue de la République elle-même dans sa largeur, dans la disposition de ses voies, avec sa contre-allée et ses emplacements de stationnements prouve que les urbanistes ont ouvert Royan à l'automobile et à sa fluidité, faisant de ce moment urbain, par un grand ordre architectural, une promenade automobile, une forme de cruising comme disent les américains.
Les arbres, un peu frêles mettront sans doute trop longtemps à faire de belles ombres rafraîchissantes pour une population qui avait connu un Royan plus resserré, plus ombragé avant guerre...
Mais alors même que la ville se précise, la carte postale Cap nous offre une curieuse disposition du regard en inventant la carte postale floue !
Car l'œil averti aura remarqué au centre du cliché une zone manquant singulièrement de netteté qui n'appartient sans doute pas au genre "photographie d'art " !
Ce flou mécanique créé par un contact irrégulier du papier et de son image s'exerce au centre et finalement, vendue telle quelle la carte postale a trouvé un acheteur qui ne dit rien de cette transformation dans sa correspondance. Difficile d'établir si ce flou est l'expérience unique de cette carte postale ou s'il a affecté l'ensemble de la série chez l'imprimeur !
Comme ce flou ne s'exerce pas directement sur les constructions, il a pu passer pour un flou de mise au point et ne pas trop gêner l'acheteur qui, dans sa hâte à correspondre et dans l'offre généreuse des marchands a pu passer à côté du défaut.
Une ville dans sa modernité peut donc être si nette à son projet urbain que le flou photographique de sa diffusion ne l'altère pas. Comme si la nouveauté d'une architecture réussissait l'exploit de mettre au point la photographie...
Royan, tu es vraiment la plus belle ville du Monde !
Sans doute aussi, que la connaissance de ce point de vue, sa grande diffusion répétée permettaient de croire en une image connue et reconnue par le récepteur de cette carte postale qui ajoutait à l'image la netteté disparue.
On peut toujours rêver.
On peut toujours rêver de Royan, image sur image, espoir sur reconnaissance, renaissance sur vandalisme, rêver Royan à nouveau comme aux premiers jours.
Finalement c'est bien ce que je fais dans les rues de Royan, j'y ajoute, j'y projette sur son flou actuel la réalité maintenant rêvée de son passé superbe.





lundi 5 octobre 2020

Royan à Royan, c'est normal, finalement

 Comme je vous ai tous vus à ma conférence sur Royan et sa modernité vue par les cartes postales, je ne vous ferai pas un article sur ce que j'y ai raconté. Et puis, au pire, je sais, au vu des nombreux retours de vos lectures que vous avez déjà tous lu Royan, l'image absolue et que, donc, vous en avez saisi l'essentiel. Mais savez-vous que pendant ces trois belles journées, j'ai laissé là-bas, dans les bras de Charlotte de Charette et de Madame David, les deux gros classeurs de mes cartes postales sur Royan pour les verser à la Ville et à ses archives. Voilà bien une histoire qui s'achève. Oh, ne soyez pas inquiets, je continuerai à enrichir cette collection avec de nouvelles arrivantes ou à poser un regard sur cette représentation.

Mais le plus important finalement, dans ces journées à Royan, ce n'est pas de s'alléger si facilement au fond de plus de 900 cartes postales. Le plus important c'est que j'ai fait ce dernier séjour en compagnie d'une jeunesse ouverte à mes histoires et à l'architecture de la ville. Cette jeunesse c'est Louis Lepère et Gabrielle Desile qui la portaient de leur présence, tous deux n'ayant jamais séjourné à Royan, il me fallait faire avec eux le grand tour ! Sans doute que leur présence m'a permis de me focaliser sur l'avenir et m'a permis aussi de moins me replier sur la possible difficulté d'offrir ainsi une partie de moi-même. Un contrepoint sentimental en quelque sorte...

Nouvelle casquette sur la tête pour oublier une pluie battante, nous avons donc arpenté la plus belle ville du Monde. Nous n'avons pas oublié les bunkers, de prendre un bain courageux à leur pied et d'aller voir le chantier magnifique du Palais des Congrès ! Comme c'est beau de le découvrir ainsi, allant vers sa résurrection grâce à l'équipe de Monsieur Ferret. Ça va être superbe de revenir là. Merci pour ça. Merci.

Royan renaît doucement. On sent bien que les chantiers sont en cours, que la ville se tourne vers un renouveau. Pourtant il reste d'énormes points noirs. Le premier, bien entendu, c'est le Front de Mer. Il est grand temps que courageusement il soit décidé de raser, d'éradiquer, de supprimer, de broyer, de grignoter les immondes extensions des boutiques sur le devant de ce Front de Mer. On passera sur ce qui y est vendu, on passera sur la qualité des restaurants pour se concentrer sur l'improbable couloir indigne qu'oblige ce genre de commerces. Il faudra être radical. On notera qu'une tour d'ascenseurs vient même d'être créée à l'arrière du Front de Mer... Quand la digue cède... Il faudra être alors aussi radical pour les Galeries Botton, elles aussi totalement noyées derrière des extensions inqualifiables et qui dénaturent totalement l'inspiration brésilienne dont la Ville se réclame. Rasons tout cela. Revenons au Patrimoine, laissons-lui la chance d'exister réellement.

Notons que les arrières du Boulevard Aristide Briand, que leurs façades sont dans un état aussi épouvantable, que les résidences nouvelles au style faussement 50 montant en hauteur écrasent par exemple certains points de vue sur le marché, que celui-ci présente un état inquiétant de ses peintures et nous aurons fait presque le tour des problèmes. Bref, entre la pression immobilière de mauvais goût mais à haut rendement financier, entre des propriétaires de logements de vacances ou de maisons secondaires se refusant à un entretien normal des façades, Royan fait ce qu'elle peut pour maintenir sa tête hors de l'eau et évoluer sans renier ce qui la fonde : la modernité. En ce sens, le service Culture de la Ville fait acte de pédagogie avec beaucoup de courage et d'invention. Merci.

C'est certain, les reconstructions du Portique et du Casino donneront un élan à ce retour en Grâce d'une ville martyre et exemplaire.

Gabrielle, Louis et moi-même remercions vivement l'ensemble du personnel du Service Culture de la Ville de Royan et la mairie de Royan pour cette invitation.

Quelques images de ce séjour à Royan, qui reste, en toute objectivité et malgré ces soucis, la plus Belle Ville du Monde.













Au fond, la très belle résidence Les Fauvettes, espérons que...