mercredi 24 février 2021

Peut-on rire de tout ?

 Voilà que je cherche dans mes boîtes quelque chose à vous dire. Il est vrai que je commence à plafonner et qu'il me semble parfois avoir fait le tour de la question, question dont vous suivez le déroulement depuis 11 ans maintenant. Ceci explique sans doute cela.

Mais, dans une collection comme la mienne, il arrive que l'impulsion d'achat de la carte postale s'achève parfois dans un nouvel oubli comme si la carte postale passait d'un oubli vers un autre. C'est ce qui m'est arrivé avec cette carte postale dont j'avais totalement oublié l'existence jusqu'à ce matin, un matin clair et lumineux. C'est peut-être la raison de sa redécouverte.

La voilà :





Je me suis souvenu alors que lors de l'achat, la forme architecturale, la langue et le Brésil m'avaient permis de croire en une construction de Niemeyer. Vite fait. comme ça... ce qui m'intéressait surtout c'est qu'il s'agit d'une carte postale de construction d'un bâtiment, ce qui est assez rare dans la production de cartes postales. Une pyramide en construction, cela suffisait alors à mon bonheur et à l'impulsion d'achat. La carte postale n'indiquant pas le nom de l'architecte, j'oubliais cette jubilation en rêvant qu'un jour j'aurais le courage de m'y coller.

Ce matin, après seulement deux ou trois clics sur des moteurs de recherche, je trouve finalement cette construction et cette vidéo que je ne résiste pas à vous montrer. Peu de choses me font rire à ce point et je sais que ce n'est pas bien. Pas bien du tout de se moquer des croyances des autres. Disons que je ris surtout de la vidéo, véritable petit chef-d'œuvre de propagande confondant œcuménisme et élévation d'un temple à l'adoration d'une personnalité. On se croirait chez Visualize dans le feuilleton The Mentalist dont d'ailleurs l'architecture du "Temple" me fait rêver. Mais comment, comment tout ce folklore d'un syncrétisme douteux peut produire de tels espaces ? Tous y est : le labyrinthe que l'on parcourt pieds nus (idée de pureté et de rédemption), la petite fille en prière (là, j'ai pouffé de rire) le mélange délicieux du Christ et de l'Egypte ancienne revue et corrigée par un Mickael Jackson chez Jardiland, la pyramide bien entendu, l'énergie venant d'un soleil en résine, le culte du bienfaiteur, et enfin, perché sur le sommet de la Pyramide, le cristal de roche géant prodiguant ses bienfaits par une radiation évidente de... euh... de... sa... euh... présence ?

Il est temps que le New Age disparaisse non ? Et si nous pouvons aimer le très étonnant Auroville (voir Roger Anger), et si nous pouvons comprendre que la peur trouve ici un moyen d'être calmée (je parle de la peur métaphysique de vivre) ce ramassis kitch de symboles mielleux me fait vraiment rire. Et puis... ça me désole, car il est aussi dangereux, on le sait.

Alors pouvons-nous simplement ne faire que regarder et juger cette architecture pour ce qu'elle est ? Après tout, comme athée, j'aime les visites des églises, des temples... et du siège du Parti Communiste. Comment analyser un tel bâtiment en ne faisant que juger de son sens de l'espace, de ses circulations ou même de l'image qu'il produit ? La pyramide a bien eu droit à d'autres déclinaisons et celle du Louvre reste l'une des plus belles sans aucun doute. Sert-elle, elle aussi, après tout, un œcuménisme culturel ? Ici la pyramide sert surtout d'image, elle envoie une certaine idée des Temps passés, de l'intemporel illusion qu'une forme ouvre le ciel et garantisse le sauvetage des âmes. C'est bien usé comme métaphore. Mais je sais aussi que je ne résisterais pas à sa visite si l'occasion m'en était donnée car l'exceptionnel, l'étonnant, le fantastique et l'ironique sont aussi des qualités que j'aime en architecture et Étienne-Louis Boullée me le pardonnera, je crois.

La carte postale ne donne aucun nom d'architecte. Elle est troublante d'ailleurs car le nom qu'elle donne à ce bâtiment a changé et maintenant il faut l'appeler Templo da Boa Vontade. On nous donne la date de 1989 pour sa construction sous l'égide de l'illuminé José de Paiva Netto. Est-ce lui qui a dessiné ça ? 

Alors, allez rire un peu, bon visionnage et peut-être bonne vision d'un autre monde. Excusez-moi je sens le rayon de la Béatitude cosmique me prendre le cœur.






mardi 23 février 2021

Un Manifeste.



 Je viens de terminer  la lecture de l'ouvrage Histoire et sauvegarde de l'architecture industrialisée et préfabriquée au XXème siècle, livre sous la direction de Franz Graf et Yvan Delemontey.

Je le dis de suite c'est un livre essentiel pour tous ceux qui s'intéressent à cette architecture et à cette période mais aussi à tous ceux se demandent quoi et comment faire avec cet héritage aujourd'hui. Un livre que le maire du Mans et celui d'Ivry-sur-Seine, toutes les société d'H.L.M, tous les responsables du Patrimoine devraient lire religieusement, sérieusement au moins et... rapidement avant de faire des bêtises.

Que c'est passionnant de voir des réflexions intelligentes, des analyses justes, de voir qu'il est possible d'être respectueux et surtout d'avoir avec cette production architecturale un minimum d'égards, de savoir en lire les particularités, les chances, la Beauté, l'évidence de la nécessaire patrimonialisation de certaines de ces constructions !

Avec des exemples précis, parfaitement documentés et surtout pour les autodidactes comme moi, parfaitement décryptés, les auteurs nous permettent de comprendre les structures, les environnements historiques, les rôles expérimentaux et oui aussi de saisir que la Beauté est souvent dans le mode de construction et dans l'intelligence de sa conception.

À ce titre, l' article de Jean-Pierre Cêtre est ébouriffant ! Parfois même, j'y vois une poésie subtile dans la manière qu'il a d'écrire et de décrire les constructions. Que c'est bon d'apprendre !

On se régalera de la très belle restauration de la Tour Baudoin et Lopez à Berlin, de la transformation de la Tour Bois-le-Prêtre par Druot, Lacaton, Vassal dans un article de Yvan Delemontey tout à fait passionnant.

J'ai aimé découvrir l'architecte Miguel Fisac, redécouvrir le centre ville d'Orléans et comment ne pas se réjouir d'un article (enfin !) sur le système Camus à Fontainebleau, remarquable ensemble.

Il va sans dire qu'il s'agit d'un ouvrage scientifique, parfaitement bien documenté et sérieux qui, s'il laisse la place aux images comme outils pédagogiques, n'est pas un ouvrage de photographies sur les Trente Glorieuses. C'est, je crois, presque un manifeste, une manière de montrer que ce Patrimoine peut, doit être restauré, sauvé, regardé pour toutes ses qualités et ses défauts mais aussi pour ce qu'il représente d'essentiel dans l'histoire de l'Architecture.

Un livre donc important. Lisez-le et emparez-vous de ce livre pour montrer aux politiques ce que ce Patrimoine a de remarquable.

Je remercie Yvan Delemontey pour l'envoi.

Histoire et sauvegarde de l'architecture industrialisée et préfabriquée au XXème siècle, livre sous la direction de Franz Graf et Yvan Delemontey. éditions EPFL Press 2020.

Je vous mets quelques images pour vous mettre en appétit :














mardi 9 février 2021

Je crois dans les formes de l'esprit



C'est insaisissable ce que l'on ressent en regardant ce type d'image. J'avais envie d'écrire ce type d'histoire. Car, bien entendu, la radicalité du décor, sa presque sur-nostalgie, son trop plein de perfection éteignent tout récit par la stupéfaction de pouvoir y être et de constater que cela a bien eu lieu. Les messieurs sont tous en costumes, les boules de verre sont toutes de couleurs chaudes comme des soleils suspendus et les coupoles blanches lévitent dans l'espace, poussées par les bavardages et les bruits de vaisselles qu'elles sont chargées d'absorber. Il faut le dire, on est au Chesnay.
Il y a là du chic, une certaine joie d'être moderne, la découverte aussi d'un nouveau type d'espace et de service : un Drug-West.
Et le mobilier de chez Knoll dans sa blancheur idéale suffit à nous dire le désir du présent.
On devait vivre là une expérience nouvelle, on devait y voir l'Amérique, y croire à la suspension hydraulique, à la bureautique et aux greffes du cœur. Radieux avenir déjà dans le présent. 
Je me souviens, dans ma famille, du plaisir quasi-érotique de prononcer pour les premières fois les mots de Cafétéria ou de self-service.
Je n'arrive pas à parler d'architecture ici. Non pas qu'elle soit absente de cette image, bien au contraire, mais simplement parce que l'atmosphère prend le pas sur l'espace. Je suis déjà assis, je suis déjà en train de commander, et mon Vittel Orange a le goût trop prononcé des moments enfantins que l'on sait sortis des habitudes de la famille. 
Un plateau de fruits de mer réchauffe un peu au bord de l'image en bas, un serveur fait son travail et seuls les enfants semblent voir le photographe des éditions Pi.
Doit-on se demander qui a dessiné cet espace ? Qui l'a décoré ? Est-ce vraiment essentiel de trouver Dieu quand on est déjà au Paradis ?




Un autre Paradis ?
Ici bien entendu tout sera plus fruste, plus calme et moins luxueux pour les fesses. Ici, c'est un banc de bois qui vous accueille, un banc simple qui doit chanter immédiatement l'humilité peut-être même le pragmatisme de sa fonction. Ici, les formes seront géométriques non pas tant par peur d'être trop bavardes mais pour que l'esprit soit entièrement tourné vers l'essentiel : la cérémonie.
C'est beau d'ailleurs. Très, même.
J'aime tout dans cette carte postale France-publicité. J'aime d'abord ce que j'y vois, un ensemble de formes, de couleurs, de matières. J'aime l'éclat des fenêtres sur les surfaces, les immeubles à peine visibles dans les ouvertures, j'aime le lustre pris dans les triangles du plafond, j'aime surtout ce cylindre de pierre blanche, sculpture étrange, mobilier de culte fascinant par sa simplicité romane. J'aime surtout cette église que vous connaissez déjà.
Mais si.
Si.
Elle est à Vénissieux, c'est l'église de la Z.U.P des Minguettes dessinée par le Cabinet Grimal. 
Le cuivre a verdi depuis.







lundi 25 janvier 2021

l'Honneur puis la Honte du Parti Communiste Français ?


Lettre ouverte

La fierté puis la honte du Parti Communiste Français ?


Monsieur le Maire d’Ivry-sur-Seine,


Il y a peu de villes dont l'architecture moderne ou contemporaine fait autant image et corps avec leurs architectes. On aime Le Havre et son Perret, Royan et son Ferret, Brasilia et son Niemeyer. Mais il semble qu'il manque à cette liste une autre ville dont l'histoire du logement social fait pourtant maintenant partie intégrante de la grande Histoire de l'Architecture : Ivry-sur-Seine.

Oui toute l'histoire de la politique sociale et urbaine de Ivry-sur-Seine est chantée par tous les grands architectes comme un exemple parfait de cohérence des idéologies sociales et d'une réponse architecturale spécifique, originale et surtout humaniste. On en connait les auteurs essentiels : Renée Gailhoustet et Jean Renaudie.

Peu de villes comme Ivry-sur-Seine peuvent s'enorgueillir d'un tel héritage, partout diffusé, partout enseigné, par tous visité, faisant même l'objet aujourd'hui d'un véritable culte, élevé au rang d'icône par les amateurs d'architectures ou simplement par les usagers. Rem Koolhaas y envoie ses collaborateurs. Modestement, j'en fais de même avec mes étudiants.


Il faut le dire de suite, sans l'appui politique et l'ouverture d'esprit d'un Parti Communiste alors très disposé à comprendre que l'utopie devait passer par la construction, ce centre ville d'Ivry-sur-Seine n'aurait sans doute pas, pendant toutes ces années, par nos deux architectes, accédé à une telle radicalité belle, écologique et généreuse et à une telle reconnaissance nationale et internationale.

Ivry-sur-Seine et son centre ville modelé par Gailhoustet et Renaudie étaient alors la preuve de sa gestion remarquable du logement social en France. Ivry-sur-Seine était alors l'honneur du Parti Communiste Français.

Et puis...

Alors que Le Havre est inscrit à l'Unesco, que la Ville de Royan fait un travail absolument remarquable de diffusion et de communication autour de son architecture et de son urbanisme, rien n'est entrepris de tel pour cet héritage à Ivry-sur-Seine et même, depuis peu, on assiste stupéfaits à la détérioration  des particularités de cette architecture et de cette histoire. Ce qui fut un honneur deviendra-t-il une honte ? 

Il faut comprendre la chance exceptionnelle que représente un tel héritage. Comment ne pas même instrumentaliser un tel patrimoine pour faire d'Ivry-sur-Seine la démonstration vivante de l'héritage du Parti Communiste, prouvant ici la validité dans le réel de ses thèses humanistes sur le logement social et d'une utopie prenant enfin forme dans le réel et cela au service de tous ?


Par exemple, les attaques récentes et honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et la dégradation du centre Jeanne Hachette de Jean Renaudie prouvent bien le trop peu d'intérêts de cet héritage. Aucune mesure n'est prise pour le respect total de cet héritage patrimonial, pour sa défense et son maintien. Il s'agit d'une œuvre totale méritant un respect complet de son dessin, des détails, de leurs jonctions, de son architecture et du rapport savant des constructions les unes avec les autres. Il s'agit d'une œuvre urbaine qui ne peut être manipulée à l'envi, dont la seule considération serait celle de surfaces libres à remplir n'importe comment, par n'importe quoi. Chez Renaudie et Gailhoustet la mixité sociale et des usages et les circulations font totalement partie de la réflexion des architectes et doivent être manipulées et respectées comme chacune des pierres de Notre-Dame de Paris.


Il en va de l'héritage du Parti Communiste Français. Il ne faudrait pas, alors même qu'il fête son centenaire qu'une illusion d'attention prenne place d'une vraie réflexion. Facebook ne peut pas remplacer un comité scientifique et architectural et un vrai travail de protection patrimoniale. 

Il serait utile de faire classer immédiatement les Tours de Renée Gailhoustet, le centre Jeanne Hachette et le Liègat. Et pourquoi pas, tout comme pour Le Havre de Perret, demander immédiatement une protection par l’Unesco*  de cet urbanisme dans son ensemble, architecture, circulation, etc... C'est maintenant, pour l'Histoire du logement social en France une belle opportunité et pour le Parti Communiste une incroyable responsabilité.


Il faut stopper immédiatement les attaques honteuses contre le Liégat de Renée Gailhoustet et celles du centre Jeanne Hachette, il faudrait entreprendre un travail de fond et une protection des constructions, des paysages et des zones urbaines de ce centre ville d'Ivry-sur-Seine, il faut que cette municipalité, au lieu de se sentir encombrée par ceux qui défendent l'exceptionnalité de cet espace, comprenne qu'elle a entre ses mains, la preuve que l'architecture du logement social pouvait être écologique déjà il y a plus de quarante ans et qu'offrir du logement social intelligent et beau était possible. Votre mairie de Ivry-sur-Seine devrait prendre toutes les mesures de protections possibles, organiser enfin un vrai travail de sauvegarde et de communication, qu'elle comprenne que oui, Renée Gailhoustet et Jean Renaudie ont offert à cette ville l'occasion d'une immense fierté, expression d'un génie humaniste si rare en France. Il faut effacer la honte de ces attaques actuelles et refaire de cet héritage l'honneur de cette ville et en maintenir toutes les particularités et détails dans sa totale et entière exceptionnalité.


Le monde de l'architecture et du patrimoine avec vos citoyens regardent ce que vous ferez de cet héritage. Vous avez avec votre équipe municipale en même temps qu'une immense opportunité l’immense responsabilité d'un bien patrimonial exceptionnel et la possibilité d'entrer dans l'Histoire comme ceux qui auront sauvé cet ensemble  ou comme ceux ayant défiguré et ruiné cette Histoire au profit d'une gestion à court terme et opportuniste.


Soyez Monsieur le Maire respectueux de chaque centimètre-carré de cet héritage.


Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'Expression de ma Considération Distinguée.


David Liaudet, un amoureux de votre ville, de son Patrimoine et de la logique politique qui l’a construite.


*Tous les critères sont réunis pour une telle demande : https://whc.unesco.org/fr/criteres/


Pour lire ou relire presque tous les articles consacrés à Madame Gailhoustet :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/03/merci-renee.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2019/10/madame-gailhoustet-merci.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html 

http://archipostalecarte.blogspot.com/2017/06/nouveau-scandale-ouiencore.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/09/ivry-par-jean-renee-et-laurent.html

Pour lire ou relire presque tous les articles sur Monsieur Renaudie :

http://archipostcard.blogspot.com/2011/03/depuis-jean-renaudie-renee-gailhoustet.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/07/en-pointe-design-et-architecture-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2011/09/jean-renaudie-le-modele.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/jean-renaudie-recadre.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/07/jean-renaudie-trois-portraits.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/la-logique-de-la-complexite.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/10/premier-jour-de-givors.html

http://archipostcard.blogspot.com/2009/09/la-belle-politesse-de-la-maison.html

http://archipostcard.blogspot.com/2008/04/mes-pieds-sont-utiles-3.html

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mercredi 20 janvier 2021

Royan au début de tout

 Salut les amies, salut les amis,

Royan a en grande partie quitté mon domicile pour migrer vers le Fonds du Musée de la Ville pour une donation de ma collection de cartes postales. Quelle joie !

Mais croyez-vous que je sois capable d'arrêter de trouver et de vous montrer des nouvelles cartes pour vous faire rêver de Royan ? Bien entendu que non ! Au contraire, c'est une manière de tenir encore le fil entre ma collection partie en villégiature et moi qui suis resté en Normandie. 

Alors voilà quelques nouveautés qui rejoindront leurs copines bientôt.

On commence sans retard, le bac arrive :


C'est bien une rareté que cette carte postale. Il s'agit de la très belle et disparue petite salle d'attente de la gare du bac. On en a déjà une autre image ici, rappelez-vous 2012... 

https://archipostcard.blogspot.com/2012/11/larlesienne-royannaise.html

Ce qui me stupéfie toujours avec les cartes postales de Royan c'est bien que tous les objets architecturaux, même les plus modestes ont eu droit à leur édition en carte postale, comme pour prouver que partout, absolument partout, tout y était dessiné avec intention et délicatesse. Ici c'est le grand Louis Simon, architecte qui régale avec ce petit bâtiment, particulièrement malin et beau. Oh, on regrette que sur cette carte postale, les belles autos nous gênent un peu pour lire bien l'architecture mais on ne regrettera pas la belle ambiance que cette carte postale dégage. Et à l'arrière plan, n'oubliez pas de jeter un coup d'œil sur le reste de la ville la plus belle du Monde. Un petit bâtiment m'intrigue au second plan c'est celui marqué de l'inscription Maison Tamisier et Cie. On dirait bien un restaurant de fête foraine, mais que faisait-il là ? La carte postale est une édition du fameux Mr Berjaud mais n'est pas écrite et pas datée.




Cette carte postale nous montre Royan en chantier et partout des vides, des espaces à remplir attendent l'architecture de la Reconstruction. Les détails agrandis sont stupéfiants et permettent de comprendre l'ordre des constructions. J'aurais aimé faire la visite de ce chantier avec encore dans les cheveux le sel et le sable du bain de mer.  Quel beau document ! remercions les éditions Combier. La carte postale fut expédiée en septembre 1955 mais je la crois plus ancienne.






Pour finir ce petit tour à Royan, comment ne pas se rendre encore une fois au marché ? J'ai garé la Panhard à l'ombre mais l'ombre a tourné. Dans le miroir de l'enjoliveur de la Panhard, j'essaie de voir en vain le photographe. Est-il allé le soir, avec sa fiancée, voir Lana Turner dans Diane de Poitiers ? Sans aucun doute. Cette fois c'est C.A.P édition qui régale mais la carte n'est pas datée. Le film étant sorti en 1956, on est forcément après cette date.




dimanche 10 janvier 2021

Y'a bon Nichonville

 Il est toujours heureux de trouver une image de plus. Comme si, un cadre supplémentaire permettait en quelque sorte de prouver un peu mieux la validité d'une architecture ou d'être simplement un peu plus informé sur un Monde maintenant disparu.

Qui aurait pu croire qu'un jour nous regarderions les cartes postales de Notre-Dame de Paris avec  nostalgie et émotion car elles sont toutes aujourd'hui des documents de ce qui en a disparu après l'incendie ?

Alors, lorsque les expériences architecturales sont en plus rares, un peu oubliées, voire même détruites, il est heureux qu'une photographie supplémentaire me permette de me conforter dans l'existence de cette expérience.

Regardez, regardez à nouveau, comme si c'était la première fois ceci :


Les fidèles de ce blog auront reconnu les incroyables Maisons-Ballons de Dakar aujourd'hui menacées pour ne pas dire disparues. Cette carte postale doit être bien rare, elle ne comporte au dos aucune information d'éditeur ou de photographe et encore d'architecte : Wallace Neff. On dirait presque une carte-photo. Malheureusement pas expédiée, cette carte ne nous permet pas non plus d'avoir la joie d'une correspondance et d'une date...

Et vous avouerez que la qualité de tirage reste assez pauvre, tout comme celle de la prise de vue peu contrastée. Ne nous reste que le plaisir d'être là au milieu des Maisons-Ballons de Dakar, un peu en hauteur, perdus dans la végétation luxuriante. En bas à gauche de l'image, le petit bordel de bouts de bois est bien un poulailler bricolé et à droite on devine une ampoule qui pendouille mollement devant la fenêtre. Tout cela donne une idée un peu misérabiliste de l'ensemble que le noir et blanc de l'image accentue certainement. La végétation aurait pu avec sa verdure faire chanter un peu mieux cet ensemble. Et ce qui m'étonne c'est bien cette végétation car les cartes postales que je possède de cet ensemble ressemblent plus à cette autre inédite carte postale :


Ici, on devine mieux le plan et l'alignement des Maisons-Ballons, on remarque donc que peu de végétation couvre le sol. Faut-il en déduire un temps assez grand entre les deux cartes postales ? Mais ce qui est amusant sur cette dernière carte postale c'est la correspondance au dos de celle-ci, ne manquant ni d'humour ni aussi de critiques amusées. Je vous laisse lire !


On aimera l'appellation de Nichonville et l'humour sur le soleil qui chaufferait un peu trop la tête des architectes. On devine aussi que l'utilisation du terme Métropolitains est bien une critique sur une distance entre la réalité du terrain et l'étonnement de la réponse architecturale, comme si seul un métropolitain pouvait croire en ce genre de réponse urbaine pour Dakar...

Bien entendu, pour ce qui est de la valeur patrimoniale des Maisons-Ballons de Dakar, c'est à la population locale d'en décider en toute démocratie, avec l'aide des institutions locales de défense du Patrimoine. Pas de doute que, à la fois l'objet et l'origine, malgré l'intelligence des deux, en soit certainement les raisons de leur perte aujourd'hui.

Je vous laisse juge de ce qui se passe et de ce qui pourrait se passer.


Pour ceux qui voudraient relire les anciens articles sur les maisons-ballons ou sur Wallace Neff :

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/06/dair-et-de-beton-wallace-neff-dakar.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2019/08/labbe-pierre-et-sa-boule-zero.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2016/01/le-palmier-la-bulle-et-wallace-neff.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2015/02/wallace-neff-est-gonfle.html

http://archipostalecarte.blogspot.com/2013/07/le-sucre-en-morceau.html



lundi 4 janvier 2021

Mais l'architecture, on entre dedans

Alors que je cherche (en vain encore) le nom du maquettiste qui réalisa les si somptueuses maquettes en bois plein de Architecture Principe, je tombe sur un petit texte de Claude Parent dans son autobiographie, petit texte qui résonne à la fois avec une carte postale reçue récemment et une discussion avec l'ami Louis Lepère sur l'évolution de son travail d'artiste-sculpteur.

Les astres et surtout mon Soleil s'accordent donc en ce début d'année.

Commençons par le commencement, c'est-à-dire par l'objet même de ce blog, une carte postale et une architecture :


Les aficionados du brutalisme à la française, les amoureux des machins biscornus de la Modernité, les chasseurs en Safari de bidules oubliés et les fabricants d'Atlas douteux de formes auront reconnu cette icône : le Château d'Eau de Valence dessiné par le sculpteur Philolaos que nous avons déjà rencontré ici sur ce blog et notamment au Mans où il œuvra avec Andrault et Parat. Je vous laisse chercher, cela vous fera des pieds musclés.

Ce travail remarquable et remarqué est d'ailleurs dans notre guide vénéré d'architecture contemporaine en France et voilà ce que nous en dit Dominique Amouroux :



On est heureux de voir que André Gomis, grand architecte est associé à cette œuvre et même qu'il en serait le commanditaire. On voit aussi comment Dominique Amouroux explique bien que, en quelque sorte, c'est la visite architecturale et le déplacement de l'œil qui permettent d'en saisir le sens comme si la photographie figeait quelque chose d'essentiel à cette construction : sa mouvance. Certes les images en noir et blanc du guide (véritable hommage à rebours à Bernd et Hilla Becher) nous laissent tout de même émus de ce que nous percevons du génie du dessin du sculpteur. D'ailleurs les auteurs du guide proposent bien deux photographies de ce Château d'Eau ce qui prouve leur désir de rendre compte de cette plasticité mouvante de l'objet. Dans le même temps cela signifie bien qu'il est difficile d'en trouver un point de vue idéal, celui qui déterminerait depuis l'image le sens du regard que l'on doit porter dessus. 

Mais. Oui mais. 

Après tout, n'est-ce pas le cas pour toute l'architecture ? N'est-ce d'ailleurs pas le signe même de ses qualités qu'un objet architectural nécessite plusieurs points de vue pour être relativement bien perçu dans son entité ? Pourquoi donc penser que, parce qu'il se voudrait sculptural avant d'être architectural, un objet nécessiterait de fait plus d'images ? Risquerait-on quelque chose à ne voir ce Château d'Eau que d'un seul point de vue ? On sait bien que l'architecture a toujours pu être perçue comme une sculpture pénétrable dont les émotions spatiales seraient déterminées par la visite des formes vides contre le cheminement des formes pleines. La fameuse promenade. Mais la tentation d'image a conduit depuis toujours les architectes à se laisser tenter par une architecture-signe, bloc, faciale, faisant d'un coup image, se résumant à une forme sculptée dont finalement la coque extérieure suffirait à dire le génie. Mais l'architecture, on entre dedans.




Que faire de ce désir et cette nécessité de la pénétration ?

Si j'en crois les images de ce Château d'Eau (que je n'ose pas encore appeler sculpture), si j'en crois seulement mon imagination (puisque je n'ai pas eu la chance de voir dans le réel cet événement architectural), je dirai que ce qui le constitue surtout comme son intérieur n'est finalement pas, bien sûr, ce que contiennent les deux formes accolées l'une à l'autre mais bien l'espace entre elles, cette fente maintenue, se frôlant, donnant presque parfois l'illusion même qu'elles se touchent. C'était aussi en quelque sorte, dans un objet bien loin formellement de cette sculpture ce qui se produisait de poétique au World Trade Center de Yamasaki, la chance que le point de vue donne finalement l'illusion superbe que les deux tours finissaient par parfois se toucher. Comme les deux mains assemblées de Rodin qu'il appela... Cathédrale



Faut-il donc se plaindre que parfois l'architecture prenne le risque d'un baroque formel plus fort que son unique fonction ? Faut-il rapprocher ce désir de fondre la fonction dans une forme de Design dont l'échelle pourrait réduire la forme à celle d'un vase ? Doit-on oublier les fonctions qui, trop terre-à-terre ne seraient pas dignes de faire des formes ? La gratuité esthétique est-elle payante dans un objet se voulant comme un signal, fabriquant pour une Z.U.P un événement culturel, un choc, une grandiloquence ? Les Becher nous ont appris à aimer la variété formelle parfois indigente des réservoirs, à s'amuser des différences, des faiblesses de certains. Mais leur inventaire ne nous fait jubiler finalement que par la multitude et l'œil alors aime ne plus s'arrêter et éprouve une autre mouvance, celle des formes toujours renouvelées et toujours finalement identiques. C'est pour cela qu'en architecture, il est ridicule de se réfugier dans la typologie. Ils nous ont appris à aimer même et surtout les Châteaux d'Eau normaux. Fallait-il qu'il soit exceptionnel pour qu'on supporte la présence de celui-ci dans le paysage de Valence ?

Alors que faire de ce va-et-vient profond et répété entre la sculpture et l'architecture ? Rien. Surtout apprendre que les formes répondent à une fonction (programme) ou à un rôle (culture) et doivent être justes c'est-à-dire aptes en effet à faire oublier justement ce qui les fonde. C'est pour cela que l'on jubile dans le même temps d'une grotte, d'un supermarché, de l'espace infini d'un horizon ou du dessous de la table à manger.

Reste que l'architecture inutilement torturée pour faire une forme est une erreur et que tout ce qui est constitué d'un vide dans le dedans d'une forme n'est pas une architecture. Dubuffet aurait pu convaincre de cela Gehry.

Voyons donc ce que nous dit Monsieur Parent :





Bien entendu que Monsieur Claude Parent utilise l'exemple du Château d'Eau pour construire son attaque dans un ouvrage contemporain de celui de Philolaos ne laisse que peu de doute sur celui à qui s'adresse cette attaque... Enfin... j'en suis quasiment certain. Il devait préférer celui de Gaston Jaubert. On s'amusera aussi de l'utilisation de la claustra qui résonne aujourd'hui avec celle de Jean Nouvel à l'Institut du Monde Arabe, comme si, bien des années après, l'élève avait voulu faire enrager le Maître ! On reparlera de Gilioli un autre jour.

Il est donc bien difficile de faire la part des choses car, avant même de savoir souvent on ressent et ce sentiment spatial, cette émotion n'a que peu à faire avec son origine de sculpture ou d'architecture. Il y a des formes justes et juste des formes pour faire un jeu de mots facile. L'architecte sculpte son espace, c'est évident. Reste à savoir quels principes il utilise pour ce faire. Et la jubilation de l'œil ne suffit sans doute pas. On sait aussi que notre culture architecturale nous permet bien aussi une jubilation plastique dans la transparence des principes constructifs. C'est là la belle invention du néo-brutalisme par Banham. Il ne faut pas s'y tromper comme le malheureux Chadwick. 

Pour finir, je vous donne les informations nécessaires : la carte postale est une édition de l'Association Philatélique de Valence dont le photographe est Jean-François Sbardella. La carte postale nomme bien (merci!) le nom de Philolaos et celui d'André Gomis comme architecte. Il s'agit donc certainement d'une carte postale éditée pour constituer des entiers philatéliques et pas d'une carte postale distribuée sur les tourniquets.

En effet, le Château d'Eau a fait l'objet de l'édition d'un timbre que voici :